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Mother! ou la création selon Darren Aronofsky

Bouillonnante proposition artistique, Mother! est de ces œuvres rares qui retournent, interrogent et hantent son spectateur tandis qu’Aronofsky arrive à la culmination de son cinéma et l’expose au monde dans un cri de rage et de douleur. Puissant.

Synopsis : Une jeune femme et son mari mènent une vie paisible dans une maison campagnarde et retirée. Leur existence est bouleversée par l’arrivée chez eux d’un mystérieux couple qui peu à peu va prendre possession de leur demeure.

Dans l’ombre de l’artiste

D’entrée de jeu, Aronofsky cherche à perdre son spectateur. Nous présentant d’abord quelques plans mystérieux et totalement en accord avec son cinéma, il rassure sur la direction prise par son Mother!, surtout après une campagne promotionnelle qui le vendait un peu trop comme un ersatz de Rosemary’s Baby. Et il est vrai qu’une fois qu’il nous plonge dans le quotidien de son personnage principal, une veine Polanski se fait légèrement sentir mais basculant assez vite dans la veine d’un autre cinéma, celui de Żuławski. Malgré ses influences, jamais le cinéaste ne se laisse submerger par elles et fait de ce Mother! la continuation logique de son cinéma et il aboutit même à en faire sa culmination. Commençant de manière paisible mais néanmoins alerte, il nous laisse avec des personnages dont on ne sait rien. Ni leurs prénoms, ni les circonstances de leur amour, on ne sait presque rien à part le sentiment d’une vague tension entre eux et le métier du mari. Ici, le cinéaste ne cherche pas à créer de l’empathie pour ses personnages mais au contraire veut plonger le spectateur dans un sentiment de malaise. On ne pourra se fier à quasiment aucun des personnages que l’on nous montre. Est-ce ces étrangers qui viennent dans la demeure du jeune couple qui sont suspects ? Ou est-ce la jeune femme qui plonge doucement mais surement dans la paranoïa et la folie ? Son mari est-il aussi protecteur qu’elle semble le croire ? Le film nous met dans un climat d’incertitude et nous fait douter de tout ce que l’on voit.

Mother-Jennifer-Lawrence-houseC’est au final à travers ce climat très pesant qu’on finira par adhérer de plus en plus au regard de la jeune femme car on rentre dans son état d’esprit. Grâce à ce solide procédé d’identification, on se retrouve à totalement faire corps avec elle lors des derniers actes du film. Plus la folie escalade et plus on se retrouve autant psychologiquement agressé que le personnage principal, au point que cela en devienne presque physique. Intense, c’est le mot qui convient le mieux à ce qu’est Mother! dans ses derniers instants. Après cette intensité fait que l’on n’échappe pas à une certaine lourdeur par moments et il devient vite clair où le film veut en venir mais c’est dans la manière de nous y conduire que l’ensemble retourne. La dernière grosse demi-heure est sans aucun doute ce que l’on a vu de plus fou, hystérique et proprement sidérant en terme de cinéma cette année. Et c’est une conclusion qui ne risque pas d’être égalée de sitôt. Non seulement Aronofsky arrive à amener de manière surprenante un élément pourtant attendu mais en plus il rebondit dessus à merveille dans un épilogue sacrément habile. Le cinéaste vient s’affranchir de tout impératif de narration, il joue même avec les ellipses de manière improbable pour véritablement faire perdre tout sentiment de confort, pour donner vie à un récit avant tout symbolique. C’est probablement un des gros reproches à faire à ce Mother!, car Aronofsky puise les clés de son film à travers toute son oeuvre et pas seulement dans ce que son dernier né a à offrir. Cela donne à Mother! un côté un peu renfermé sur lui-même mais c’est aussi ce qui accentue son aura fascinante.

Mother-Jennifer-LawrenceQuête de création et de reconnaissance à travers l’obsession de ses personnages, Darren Aronofsky interroge tout autant son cinéma que le rapport d’un artiste face à ce qu’il crée et la réception des gens par rapport à celle-ci. Dans cet hurlement du cœur, car c’est indubitablement ce qu’est le film, il ne fait de cadeaux à personne. Ni à lui, dépeignant l’artiste comme un irresponsable naïf qui répète encore et encore les mêmes erreurs, ni envers ses spectateurs qu’il dépeint comme des êtres désespérés de laisser leurs traces, en essayant de s’approprier l’œuvre des autres ou de dégrader le travail d’une vie. Car comme souvent chez Aronofsky, la création d’une chose vient de la destruction d’une autre. Ce pessimisme ambiant pourra donc facilement rebuter mais le cinéaste arrive pourtant à toucher beaucoup de vérités dans sa critique très claire du fanatisme mais aussi dans son regard sur le délaissement que cause l’obsession. Il se révèle même assez magnanime dans le traitement qu’il offre au personnage de Jennifer Lawrence, représentation de la vie. Une vie qui donne, une vie qui attend qu’on l’embrasse à pleines mains, une vie qui essaye de nous offrir un environnement pour nous épanouir, mais une vie qu’on délaisse au profit de nos ambitions. Elle est la Mère du titre, mais une mère au sens beaucoup plus large que son simple aspect maternel. C’est d’ailleurs avec ce lien très mystique qu’elle partage avec sa demeure que le film trouve ses pistes de réflexion les plus intéressantes. Le cinéaste assoit ici sa démarche avec intelligence, il est même amusant de constater qu’il tire son film-somme où toutes ses thématiques explosent comme jamais auparavant au sein de son septième long-métrage. Comme Dieu qui créa le monde en 7 jours, il vient à l’aboutissement d’un pan de sa filmographie avec ce septième film. Il revisite d’ailleurs son cinéma mais aussi l’histoire de l’humanité et de la bible dans ce Mother!. C’est d’ailleurs un acte biblique qui sonne le début de la descente aux enfers pour le couple. Quand Adam et Eve brisent le fruit défendu du créateur.

Mother-Jennifer-Lawrence-Javier-BardemBrillamment pensé dans tout ses aspects, le film brille aussi par son casting et sa réalisation. Jennifer Lawrence est de chaque plan, Aronofsky la filmant ici comme jamais on ne l’avait filmée auparavant et l’actrice en profite pour livrer sa meilleure performance. Totalement habitée par son personnage, elle crève l’écran avec sa prestation fiévreuse et nuancée. Le reste du casting, même si très bon, ne tient pas la comparaison face à elle. Sauf peut être un Javier Bardem ambigu qui s’impose par son charisme. Pour ce qui est de la réalisation, Aronofsky opère des changements significatifs au sein de son cinéma. Offrant une mise en scène très proche de son personnage principal, avec une caméra portée à l’épaule, il favorise les plans plus longs et se fait plus posé dans sa démarche. Ici moins d’inserts et il joue plus sur une ambiance qui s’étire sur la longueur que sur quelque chose qui se jouerait sur la frénésie du montage. Plus immersif, il signe donc un huit clos éprouvant où il filme la maison comme un personnage à part entière. Car paradoxalement, même si sa mise en scène apparaît plus calme dans son montage, il signe son film le plus hystérique. Et toujours autant fasciné par l’aspect volatil des organismes, il offre des visions fantasmagoriques comme lui seul en a le secret, ici très ancré sur le cœur et le sang, moteurs de la vie. Avec aussi un travail sur le sound design impressionnant, il préfère jouer sur l’ambiance sonore et délaisse un peu les grandes partitions musicales. Avec la photographie très épurée de Matthew Libatique, le cinéaste joue plus sur un registre intimiste que sur ses habituelles grandes fresques épiques.

Darren Aronofsky fait donc de Mother! son film-somme. Il résonne comme l’aboutissement de son œuvre, du moins telle qu’on l’a connue jusqu’à présent. Le cinéaste étant fasciné par le thème de la création et de la renaissance, il clôture son récit en annonçant sa propre renaissance artistique. Sur la mise en scène, il apporte d’ailleurs de nouvelles choses et impressionne toujours par sa maîtrise et la précision du regard qu’il a sur son propre cinéma. Parfois trop lourd dans ses dialogues ou un peu trop renfermé sur lui-même, Mother! subit le contrecoup de ses défauts mais reste un choc artistique comme on en voit peu. Un sommet d’hystérie collective, de fureur et une sidérante proposition de cinéma. On ressort de Mother! épuisé mais avec plein d’images et de réflexions en tête, ce qui est généralement synonyme de grand film. Accompagné de sa muse, une impressionnante Jennifer Lawrence, Aronofsky ne signe probablement pas son meilleur film, mais un de ses plus personnels et complexes. Un jalon majeur de sa filmographie qui fera assurément date qu’on l’adore ou qu’on le déteste, car Mother! divisera.

Mother! : Bande annonce

Mother! : Fiche technique

Réalisation et scénario : Darren Aronofsky
Casting : Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris, Michelle Pfeiffer, Dohmnall Gleeson, Brian Gleeson, Kristen Wiig,…
Décors : Larry Dias
Costumes : Danny Glicker
Photographie : Matthew Libatique
Montage : Andrew Weisblum
Musique : Jóhann Jóhannsson
Producteurs : Darren Aronofsky, Scott Franklin et Ari Handel
Distribution : Paramount Pictures
Budget : 30 millions de dollars
Durée : 121 minutes
Genre : Thriller
Dates de sortie : 13 septembre 2017

États-Unis – 2017

Good Time, course contre la montre nocturne dans un Queens sous acide

Présenté en compétition au dernier festival de Cannes dans la sélection officielle, Good Time est un thriller nocturne électrisant qui décrit avec une tension permanente et une cadence survoltée la course contre la montre d’un malfrat qui tente le tout pour le tout afin de faire sortir son frère de prison. Descente aux enfers improbable dans un Queens sous acide, Good Time est un film en perpétuel mouvement dominé par un fatalisme aussi étrange que poétique.

Synopsis : Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté. Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York, une longue nuit sous adrénaline. 

Le cinéma de la survie

Good Time, c’est avant tout un film de l’urgence et du désœuvrement, un néo-thriller qui évoque à la fois le rythme nerveux du New-York scorsesien de Taxi Driver, le pessimisme sombre de Quand vient la nuit, les bas-fonds urbains de Cogan : Killing Them Softly ou encore la fuite en avant d’une jeunesse qui n’a plus rien à perdre, celle qui était déjà décrite dans American Honey. Une chose est sûre : l’Amérique n’est plus cet eldorado ni cette terre de tous les possibles, mais bien un pays où la misère, les marginaux et les laissés pour compte tentent de réinventer good-time-film-Benny-Safdie-Robert-Pattinson-critique-cinemaleur place dans une jungle qui les a oubliés. Mais Good Time, c’est aussi un style âpre, violent et sans concession, à la manière d’un Dog Pound, conjugué au rythme hypnotique d’un Drive, avec une pointe d’onirisme enfantin, surréaliste et macabre qui évoque parfois l’esthétique de Lynch ou du récent Lost River. Good Time, c’est tout cela et bien plus encore, tant de références qui prouvent qu’au-delà de rendre hommage au cinéma des 70’s, les frères Safdie ont signé un long métrage empreint d’un réalisme contemporain très marqué, qui s’inscrit logiquement dans une nouvelle frange de cinéma, celle d’un 7e art fiévreux et choc, dopé à l’adrénaline et au désespoir. C’est un film de survie sans happy-end, un film de condamné, un film sans issue. Implacable.

Les bas-fonds 

Good Time, c’est aussi l’histoire d’une descente aux enfers programmée, celle de Connie (Robert Pattinson), un personnage un peu paumé, voyou des rues, prêt à tout pour faire sortir son frère Nick (Benny Safdie) de prison. En une nuit, ce héros infatigable va remuer ciel et terre pour échapper à son destin et sauver son frère, allant de rencontres improbables en obstacles, d’imprévus en échecs, le tout avec la frénésie d’un possédé, la folie d’un homme qui se refuse à la fatalité, la persévérance aveugle d’un désespéré qui ne perd jamais de vue son objectif, malgré les difficultés et l’adversité. Connie ne renonce pas, jamais. Il braque une banque pour quitter la misère de son Queens natal et pour emmener son frère loin de cette vie, mais l’expédition tourne court et c’est le début d’une cavale haletante qui le pousse à se battre pour deux raisons : sauver sa peau mais surtout celle de son frère, tombé dansgood-time-benny-joshua-safdie les griffes de l’administration pénitentiaire pour un crime dont il n’était pas franchement responsable. Dès lors, tout s’enchaîne à une vitesse folle, comme si le héros vivait déjà en sursis, dans ce New-York nocturne à la fois onirique et cauchemardesque. Les personnages de cette histoire sont tristes et pathétiques : Jennifer Jason Leigh campe une pauvre fille hystérique prête à dilapider l’argent de sa mère pour s’attirer les faveurs d’un Connie qui ne l’utilise que pour servir son seul intérêt, Nick est attardé mental et donc incapable de s’en sortir seul, Ray (Buddy Duress) est un raté sans beaucoup de jugeote qui préférera se défenestrer plutôt que de se faire prendre, et Crystal est une jeune adolescente livrée à elle-même qui vit dans un taudis avec ses grands parents dépassés. Tant de protagonistes apparemment voués à l’échec, l’anonymat et la pauvreté, avec pas ou peu d’avenir. Good Time, c’est une fresque urbaine survitaminée mais terriblement tragique, qui fait la part belle aux rebuts et aux cas sociaux.

Lost Downway

Good Time, c’est enfin un film qui ressemble à un dangereux manège, une montagne russe avec ses pics, ses pointes, ses loopings et ses pentes raides, sa vitesse et ses virages : c’est une expérience cinématographique pure et imprévisible, qui ne se traduit pas seulement par les mots mais qui se vit, qui se ressent. Déjà à travers une bande originale fascinante qui s’accorde parfaitement aux images et aux séquences qu’elle illustre, un son puissant, brut good-time-robert-pattinsonet viscéral qui a d’ailleurs valu au film le Cannes Soundtrack Award 2017. Mais aussi à travers une photo étrange, presque envoûtante, parfois sombre voire indistincte, parfois blafarde et crue, et d’autres fois irréelle, avec ses couleurs vives et fluos (cf. la poudre/gaz rouge du début), ses lumières criardes, ses néons, ses effets phosphorescents, ses plans sous acide, ses close-ups oppressants. A l’instar des sirènes des voitures de police dont les gyrophares viennent toujours nous rappeler que la menace plane, l’inattendu surgit de n’importe où dans Good Time, sorte d’ovni cinématographique qui dépeint avec l’énergie de la survie toute l’urgence de la course contre la montre d’un héros en sursis noyé au milieu des bruits et des lumières d’une ville qui l’a déjà englouti.

Même si certains détails du scénario laissent à désirer (notamment la scène de l’hôpital où Connie fait évader un inconnu à la place de son frère sans s’en apercevoir), Good Time est un film à ambiance qui nous embarque dans une virée au désespoir endiablé (on pense à la séquence de la fête foraine) et qui séduit par ses imperfections. En conclusion, Good Time fait partie de ces films qu’il faut voir pour l’empreinte qu’ils laissent sur nous, plutôt que pour l’histoire qu’ils racontent. En bref, Good Time, c’est une claque.

Good Time : Bande-annonce

Good Time : Fiche Technique

Réalisateurs : Benny et Josh Safdie
Scénario : Ronald Bronstein, Josh Safdie
Casting : Robert Pattinson (Connie Nikas) ; Benny Safdie (Nick Nikas) ; Taliah Webster (Crystal) ; Jennifer Jason Leigh (Corey Ellman) ; Barkhad Abdi (Dash, le surveillant du parc d’attractions)
Photographie : Sean Price Williams
Montage : Benny Safdie et Ronald Bronstein
Décors : Audrey Turner
Costumes : Miyako Bellizzi et Mordechai Rubinstein
Musique : Daniel Lopatin aka Oneohtrix Point Never
Producteur(s) : Sebastian Bear-McClard, Oscar Boyson, Terry Dougas, Paris Kasidokostas Latsis
Production : Elara Pictures, Rhea Films
Distributeurs : Ad Vitam, TF1 Studio
Genres : Thriller, policier
Durée : 1h 40 min
Date de sortie : 13 septembre 2017

Nationalité : États-Unis

3% la série dystopique réussie de Netflix

Ce n’est pas sans penser à Hunger Games ou encore Divergente que l’on parlera de la première série brésilienne de Netflix intitulée 3 % mais pourtant, Pedro Aguilera a su se détacher des références évidentes pour créer quelque chose de singulier.

Synopsis : 3% nous plonge dans une société dystopique divisée en deux : d’un côté les riches (3% de la population) et de l’autre les pauvres vivant sur le Continent. Pour pouvoir accéder à la plus haute strate, les participants n’auront le droit qu’à une seule chance et se départageront autour d’épreuves. Un moyen si malsain et si abusif qu’un mouvement rebelle tente d’agir contre le Processus : La Cause. Mais seulement 3% d’entre eux arrivera au bout et accèdera à l’Autre Rive.

Attention critique pouvant contenir des spoilers !

Renouveau d’abord et changement pour Netflix qui diffuse sa première série brésilienne grâce à 3%. Il est très vite agréable d’oublier l’accent américain au profit de la langue brésilienne, très peu entendue dans le monde des séries ou du cinéma. Cela crée rapidement un peu d’originalité bien que l’intrigue en elle même aurait pu avoir lieu dans bien d’autres endroits du monde puisque nos sociétés actuelles divisent presque de manière innée leur population dans différentes classes selon les capitaux. Ici, la série reflète bel et bien l’état de crise du Brésil où la tête du pays laisse totalement les plus démunis de côté, en partie dans les favelas que l’on voit omniprésentes sur le Continent. 3% n’a alors pas le budget des grosses séries américaines mais parvient malgré tout à trouver sa place.

À la manière d’autres séries, on découvre un bout de l’histoire des personnage sur qui l’intrigue est resserrée dans chacun des épisode. Ce qui est parfois touchant devient parfois maladroit, comme si cela cherchait à cacher les failles de l’intrigue principale. L’amateurisme des comédiens rend parfois l’empathie difficile car ils ne touchent pas le public autant qu’ils le pourraient. Cependant, ils s’abandonnent totalement au scénario et le servent autant qu’ils le peuvent malgré quelques faiblesses de ce côté. Parfois trop linéaire et plat, il est regrettable que le film ne laisse pas voir suffisamment  d’opposition à ce système à travers la Cause, peu exploitée. 3-pour-cent-serie-netflix-critique-saison1-joao-miguel-discours-processusCette première saison reste globalement un peu trop en surface là où elle pourrait frapper fort mais c’est ce qui maintient en haleine d’une certaine façon puisque l’envie d’en découvrir davantage est plus forte que le reste. Cette qualité là semble alors essentielle pour la réussite d’une série et Pedro Aguilera y excelle véritablement. Toutefois, un travail supplémentaire pourrait être établi sur les liens entre les personnages qui forment le cœur principal de l’intrigue. Leur histoire et leur passé intéressent forcément pour éclaircir beaucoup d’aspects mais leur présent est bien plus fort et important à traiter. De plus, la technique utilisée pour 3% ne laisse pas la porte ouverte à beaucoup de création bien que la musique représente une part importante des émotions qui ne passent pas forcément par les images.

Si les séries tendent forcément à divertir leurs audiences, toute série d’anticipation et encore plus si  dystopique a son message à faire passer. 3% fait alors le portrait d’une société méritocratique donnant l’illusion de la justice. Le mérite serait la meilleure manière de donner l’égalité des chances au peuple, du moins c’est ce dont tout le monde nous persuade aujourd’hui et c’est ce qu’Ezequiel fait aussi croire aux jeunes qui viennent tenter le Processus. Beaucoup sont prêts à tout pour arriver au bout de celui-ci, y compris à sacrifier toute morale et tout lien familial. La série débute par un aperçu des favelas et de la pauvreté omniprésente sur le Continent pour se poursuivre par le chemin des jeunes vers le lieu où ils pourront répondre aux exercices de ce fameux Processus. Si ce dernier est leur seul espoir d’avoir une vie meilleure, certains y croient aveuglément. Les mouvements et les regards rappellent alors immédiatement ceux d’une secte, les jeunes sont obnubilés par le discours du dirigeant du Processus et par leurs objectifs.

Plus largement, le créateur de 3% cherche à montrer de quelle manière nos sociétés sont constamment catégorisées et hiérarchisées. Ces dynamiques sociétales courent tout droit vers la perte d’une humanité que l’on voit pas à pas se transformer dans le Processus où la loi du plus fort règne telle dans une jungle. Mais ici, il en ressortirait presque que ce n’est pas le plus fort qui gagnera, mais le plus malin, vicieux ou égoïste. Cette sélection fait ressortir le pire de chacun. Et pourtant, le collectif prime souvent sur l’individuel puisque beaucoup d’épreuves sont réalisées en groupe. Pas d’autres choix alors que d’aider leurs camarades s’ils veulent s’en sortir. Est-ce-que le réalisateur essaie de faire passer un message selon lequel le mérite et la réussite ne sont rarement dus qu’à soi même ? Peut être. En tout cas, ces réflexions semblent mûrir dans la tête des personnages que l’on trouve plus apaisés et moins rancuniers à la fin de la saison. 3pour-cent-serie-netflix-bianca-comparato

En effet, 3% ne se porte pas réellement comme une série novatrice mais reste solide sur ce qu’elle présente avec d’importants messages. La dystopie présente toute la relativité entre justice, mérite et réussite et c’est ce qui passionne les esprits du début à la fin. La saison 2 s’annonce intéressante, en partie pour voir ces bouts de personnages évoluer et les actions de la Cause que l’on espère plus virulente à travers deux personnages majeurs.

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3% : Bande Annonce

3% : Fiche Technique

Crée par : Cesar Charlone, Pedro Aguilera
Casting : Joao Miguel, Bianca Comparato, Miguel Gomes, Rodolfo Valente, Vaneza Oliveira, Viviane Porto
Réalisation : Pedro Aguilera
Scénario : Cesar Charlone, Pedro Aguilera
Producteurs : Tiago Melo
Sociétés de production : Films Boutique
Format : 47 minutes
Nombre d’épisodes : 8
Diffusée sur : Netflix
Genre : science-fiction, drame, thriller
Premier épisode : 25 novembre 2016

Spike Lee et Jordan Peele préparent un film sur le Ku Klux Klan

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Spike Lee va s’associer avec Jordan Peele (Get Out, Keanu) sur Black Klansman, un thriller coup de poing sur la thématique du racisme et sur l’infiltration du mouvement suprémaciste blanc, le Ku Klux Klan.

Selon de nombreux médias américains, Spike Lee a l’intention de produire un film engagé avec le nouvel homme fort à Hollywood après le carton inattendu au box-office de Get Out, Jordan Peele. Black Klansman sera une adaptation des mémoires de Ron Stallworth, publiées en 2014, sur son passé lors d’une mission d’infiltration du Ku Klux Klan. Cet officier de police afro-américain est parvenu à saboter de nombreux projets de la mouvance extrémiste. Spike Lee aura la double casquette de réalisateur et de producteur sur Black Klansman. Jordan Peele va produire ce film à travers Monkeypaw Productions. Le tournage de Black Klansman va débuter dès cet automne. Les sociétés QC Entertainment et Blumhouse Productions (Get Out) sont également impliquées sur ce film.

D’après la rédaction du Hollywood Reporter, le rôle principal du long-métrage devrait être confié à John David Washington, le fils de Denzel Washington. Le scénario et le travail d’adaptation, basés sur l’autobiographie de Ron Stallworth, ont été confiés à Kevin Willmont, Spike Lee, Charlie Wachtel et David Rabinowitz.

Ron Stallworth, un policier dans la ville de Colorado Springs, a tout simplement répondu à une annonce dans le journal local en 1978 pour devenir membre du Klan afin d’enquêter sur cette mouvance extrémiste et pour freiner l’organisation. Stallworth est non seulement parvenu à devenir membre mais a également commencé à gravir les échelons pour finalement accéder à la tête d’un chapitre local du groupe suprémaciste. Ce policier noir a utilisé un stratagème habile pour parvenir à ses fins. Il a été en mesure de donner le change en communiquant principalement par téléphone ou par courrier. Il envoyait un complice, un officier de police blanc, lors des rencontres en chair et en os.

Reste à savoir si Black Klansman adoptera une esthétique et un traitement des scènes d’action inspirées des films cultes des années 1970 issus du genre de la Blaxploitation comme Shaft de Gordon Parks, Coffy, la panthère noire de Harlem de Jack Hill ou plus récemment Black Dynamite de Scott Sanders. En 1966, Ted V. Mikels avait réalisé un thriller sur une thématique similaire avec The Black Klansman, la quête de vengeance d’un afro-américain après l’assassinat de sa fille.

Spike Lee, Jordan Peele ainsi que les autres producteurs travaillent sur ce projet cinématographique depuis au moins deux ans selon des informations du Hollywood Reporter. La collaboration entre Spike Lee et Jordan Peele promet de faire des étincelles avec ce projet ambitieux et engagé sur des thèmes assez sensibles aux Etats-Unis sur les groupes extrémistes blancs, la discrimination, le racisme et la violence policière envers la communauté afro-américaine.

Après les polémiques sur le manque de diversité à Hollywood et aux Oscars, le whitewashing de nombreuses séries télévisées et suite à la vague de films poignants sur des figures importantes de la communauté noire, sur les luttes, les combats et les engagements des afro-américains ou bien encore après la multiplication d’œuvres qui tendaient à dénoncer les préjugés, les injustices et le racisme latent aux USA à travers The Birth of a Nation, 12 Years A slave, SelmaLe Majordome, Les Figures de l’ombre, La couleur de la victoire, Dear White People, Get Out ou bien encore Detroit, le nouveau film de Spike Lee, Black Klansman, pourrait donc bien jeter un pavé dans la mare en pleine Amérique de Donald Trump et inspirer de futures générations de cinéastes et d’acteurs issus de la diversité.

Histoire du film de sabre chinois : le wu xia pian

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Le wu xia pian, qui signifie littéralement « film de chevalier errant » est un genre extrêmement populaire en Chine. Moins connu en Occident, il fascine pourtant, tant il est polymorphe. Décryptage.

Considéré comme étant le western chinois, le film de sabre se concentre sur la figure des chevaliers combattants, souvent seuls, presque toujours emportés dans une histoire de vengeance.  Ils sont les descendants des wuxia, des combattants de la noblesse guerrière, qui refusent de quitter leur art de vivre au profit de la classe des lettrés, et vivent par conséquent en dehors de la société. C’est pour cela qu’on les appelle des « chevaliers errants ». Ce mythe se perpétue avec l’arrivée des romans wuxia, racontant leurs histoires, sous la dynastie Tang (618-907).

Les débuts:

Ce genre cinématographique apparaît dans les années 1920, alors que le pays est en proie à la Guerre Civile entre le parti nationaliste, le Kuomintang et le Parti Communiste Chinois (PCC). Deux films sortent alors, Li Feifei: une chevalière errante, en 1925, puis L’incendie du monastère du Lotus Rouge, en 1928, réalisé par Zhang Shichuan, qui connaîtra 17 suites. La série n’est plus trouvable aujourd’hui, car elle a été perdue. Elle devait durer 27 heures au total. Elle était assez incroyable pour l’époque car comportait beaucoup d’effets spéciaux, comme des fondus enchaînés ou du montage et la présence de femmes guerrières.

Malheureusement ce seront les seuls films de ce genre à connaître le succès jusqu’en 1950, car le wu xia pian sera interdit par le Kuomintang. Le reste se fera à Hong Kong. Après la Guerre, une vingtaine de films se basant sur la figure de Wong Fei-Hung, un héros cantonais d’arts martiaux, seront réalisés jusqu’en 1956. Au total c’est l’acteur Kwan Tak-Hing qui l’interprétera dans plus de 100 films. Ces productions vont marquer d’une empreinte nouvelle les oeuvres à venir, car rejettent les effets de style et le fantastique, pour laisser place à des scènes de combats plus réalistes.

L’âge d’or, les années 60:

Les années 60 marquent le renouveau de ce genre, en s’inspirant des chanbaras (films de sabre) japonais. Ce sont les studios Shaw Brothers qui permettent de le faire revenir à la mode car ils choisissent de produire des films en mandarin. L’objectif étant de devenir l’équivalent des studios hollywoodiens, et pour ce faire quoi de mieux que faire des westerns à la sauce chinoise?

Deux réalisateurs se démarquent alors: tout d’abord King Hu (1931-1997), avec son Hirondelle d’or (大醉俠), sorti en 1966, qui introduit l’actrice culte de ce style cinématographique, Cheng Pei-Pei. Elle incarne une guerrière à la recherche de son frère enlevé par des brigands.

http://www.dailymotion.com/video/x2js22w_l-hirondelle-d-or_shortfilms

Le film est le premier d’une trilogie où l’action se passe entièrement dans une auberge, avec en 1967 et 1974 respectivement L’auberge du dragon et L’auberge du printemps qu’il réalise à Taiwan. Ils révolutionnent le genre car concentrés en un seul lieu, et l’action est lente. Ce sont de gros succès. Quant aux intrigues, il s’agit bien souvent d’histoires de vengeance, avec un personnage féminin qui se travestit. Mais là où L’Hirondelle d’or réussit à accrocher le spectateur par son action et son rythme, L’auberge du dragon endort, sans doute à cause de son format de huis-clos à la cadence mal gérée. Les métrages de King Hu sont très inspirés par l’Opéra de Pékin, dont il puise ses sources pour les chorégraphies des combats, qui sont légères et fluides.

Puis vient le réalisateur Chang Cheh, au style beaucoup plus cru et violent. Il reprend le film de King Hu en faisant sa suite, Le Retour de l’Hirondelle d’or (Jin yan zi), mais au lieu de concentrer l’intrigue sur le personnage interprété par Chang Pei-Pei, il la centre sur la relation entre deux hommes. Ses films sont plus masculins. En 1971 il sort une relecture d’un de ses films antérieurs, La Rage du tigre (Xin du bi dao), connu pour son final d’anthologie avec le héros face à 100 adversaires. Il est d’une violence extrême pour l’époque et tranche totalement avec le style de son acolyte, plus raffiné. On y suit les aventures de Lei Li (David Chiang), combattant devenu manchot suite à une humiliation.

https://www.youtube.com/watch?v=euep4syq_yw

Déclin puis Renaissance:

Le wu xia pian tombe en désuétude au début des années 70. La vague du kung-fu déferle sur le paysage cinématographique chinois, avec Bruce Lee en tête. Il met en avant le combat à mains nues (exit le sabre) .

Néanmoins à la fin des années 70 une « Nouvelle Vague » se dessine, portée par Tsui Hark, réalisateur culte du film de sabre. Il réalise, en 1979, The Butterfly Murders, sa toute première – et déjà réussie – oeuvre. Le synopsis est mystérieux puisqu’il traite d’une attaque de papillon dans un château, sur fond de guerre inter clans. Les années 80 voient également apparaître des histoires basées sur des Triades, ou mafias chinoises, comme les œuvres de John Woo avec Le Syndicat du crime, en 1986, sur la pègre avec trois personnages principaux.

Un film fait cependant le lien entre l’ancienne et la nouvelle époque du genre wu xia: Duel to the death (Xian si jue), réalisé en 1983 par Ching Siu-tung. Il narre la compétition entre une école Shaolin chinoise contre une école japonaise au travers d’un combat afin de déterminer laquelle est la meilleure. Il a un rythme régulier, des combats spectaculaires avec une certaine réflexion apportée sur la condition des guerriers, mais signe la fin d’une époque. Il enchaîne avec une série de trois films: Histoire de fantômes chinois (Sinnui yauwan), sortis respectivement en 1987, 1990 et 1991, avec le célèbre Leslie Cheung, malheureusement disparu trop tôt. Ils sont l’adaptation d’une nouvelle écrite par Pu Songling, du recueil Liaozhai zhiyi. Ils introduisent des éléments surnaturels comme des fantômes.

Ils sont produits par Tsui Hark (encore lui), qui révolutionne ce courant cinématographique en y apportant une touche fantastique (même si ce n’est pas le premier à le faire), avec beaucoup d’effets spéciaux et un montage très rapide. C’est le cas avec Zu, les guerriers de la montagne magique, en 1983 qui deviendra culte par la suite malgré son échec commercial. Avec ce métrage il s’impose comme le maître du néo-wu xia pian.

Quelques années plus tard, en 1995 il réalise The Blade, considéré comme un classique du genre mais qui déroute le public de par son mélange d’intrigue amoureuse, d’extrême-violence et son rythme infernal. C’est un échec commercial mais un succès critique. C’est un remake du film de Chang Cheh, Un seul bras les tua tous (Dubei dao) où l’on retrouve l’image du sabreur manchot.

Wong Kar-wai va se mettre à son tour à réaliser son propre long-métrage de sabre avec, en 1994 Les cendres du temps (Dung che sai duk). Leslie Cheung y campe un mercenaire vivant seul dans le désert après que sa femme l’a quitté, exécutant des contrats. Il impose sa propre vision des choses avec une photographie très marquée par le « style kar-wai »: une colorimétrie saturée, une pellicule travaillée, des ralentis et des effets de montage, des plans poétiques et un rythme lent. Le film est visuellement marquant et véritablement beau, avec une lumière magnifique et lui vaudra plusieurs prix.

Retour aux sources:

Malgré ces réussites critiques, le marché est saturé si bien qu’à la fin des années 90 le cinéma de Hong Kong est en crise. Cela est dû à plusieurs choses: tout d’abord les exportations ne sont pas à leur meilleur niveau, puis le piratage arrive en masse, ce qui provoque l’effondrement du marché. De plus les principaux acteurs à succès partent à l’étranger et seules les productions réussissent à s’imposer. La rétrocession de Hong Kong en 1997 n’arrange pas les choses puisque les réalisateurs se tournent vers Taiwan pour produire leurs projets ou bien demandent des aides financières à des pays étrangers.

Néanmoins au début du 21ème siècle des films signent le retour aux sources du wu xia pian. Tigre et dragon (Wò Hǔ Cáng Lóng) d’Ang Lee, par exemple, est un incroyable triomphe car produit par les Etats-Unis et trouve son public à l’étranger et remporte de nombreux prix dont quatre oscars. Le synopsis raconte l’histoire d’un guerrier virtuose qui doit remettre une épée très précieuse à un seigneur, mais celle-ci sera volée…

Cette superproduction n’est pas aimée par les fans du cinéma hongkongais, trop habitués au style de Tsui Hark. Ici le film n’est pas fantastique, mais contient des combats très chorégraphiés, aériens (avec beaucoup de sauts). Le réalisateur confie aussi ses rôles à des acteurs talentueux et en pleine gloire, comme Michelle Yeoh, habituée des combats et arts martiaux, Chow Yun-Fat, Zhang Ziyi de la nouvelle génération et l’on retrouve même Cheng Pei-pei.

Un autre réalisateur va s’imposer à l’international: Zhang Yimou avec en 2002, Hero (Ying xiong). Histoire fabuleuse d’un guerrier qui assassine les ennemis du roi. Jamais auparavant une oeuvre sur le courant du wu xia n’avait été si travaillée esthétiquement, avec des combats extrêmement stylisés, une attention toute particulière portée aux couleurs et à leur signification. Même s’il fait des films « pour occidentaux »,  celui-ci rencontre un énorme succès au box-office, essentiellement en Amérique du Nord. Son long-métrage rapportant plus de 177 millions de dollars pour un budget de 31 millions.

Il récidive en 2004 avec Le secret des poignards volants (shí miàn mái fú), avec Zhang Ziyi qui joue la fille d’un chef de clan recherché par les autorités à l’identité trouble, accompagnée par un guerrier joué par Takeshi Kaneshiro. Il déconcerte car se positionne plus comme un mélodrame qu’un film de de sabre chinois et est toujours aussi somptueux au niveau de sa réalisation et de ses combats. En témoigne la scène ci-dessous.

Récemment, il y a eu quelques œuvres traitant de ce genre cinématographique, de réalisateurs le modifiant à leur gré. Citons par exemple The Grandmaster (yīdài zōngshī) de Wong Kar-wai, en 2013 et The Assassin de Hou Hsiao-Hsien, avec Shu Qi, très beau mais trop lent, donc il ennuie vite.

Ce genre a connu une évolution ininterrompue: au départ seules quelques productions existaient, mais le filon s’étant révélé de bonne qualité, il s’est propagé. Il a connu des déclins et des moments d’intense productions, avec de nombreux réalisateurs qui se le sont appropriés. Tsui Hark l’a révolutionné et l’Occident a jeté son dévolu sur ce nouveau cinéma inconnu jusqu’alors. Il continue de connaître un beau succès encore aujourd’hui, et certainement plus tard. Et comme le dit le réalisateur Daniel Lee:

Le wu xia pian est un genre qui transporte tout un pan de la culture et de la philosophie chinoise.
De ce fait, il est normal qu’il réapparaisse régulièrement au devant de la scène.

The Fountain, une quête sur l’immortalité par Darren Aronofsky

Avec The Fountain, son troisième film, Aronofsky signe un chef d’œuvre majeur du 21ème siècle qui transcende les questionnements sur la mort, l’amour et de la transmission au sein d’une odyssée obsessionnelle fascinante.

Synopsis : Espagne, XVIe siècle. Le conquistador Tomas part en quête de la légendaire Fontaine de jouvence, censée offrir l’immortalité. Aujourd’hui. Un scientifique nommé Tommy Creo cherche désespérément le traitement capable de guérir le cancer qui ronge son épouse, Izzi. Au XXVIe siècle, Tom, un astronaute, voyage à travers l’espace et prend peu à peu conscience des mystères qui le hantent depuis un millénaire.

Attention, cet article est une analyse critique du film qui contient des spoilers majeurs

Malgré le succès très mérité de son précédent film, Requiem for a Dream, Darren Aronofsky aura eu du mal à donner jour à son troisième bébé. Il faut dire que The Fountain représente encore aujourd’hui sa proposition de cinéma la plus radicale mais aussi sa plus personnelle. Initialement prévu avec Brad Pitt et Cate Blanchett, le film aura connu une gestation difficile de presque 5 ans avant de voir le jour, avec cette fois-ci de Hugh Jackman et Rachel Weisz dans les rôles principaux. The Fountain est un long métrage qui a divisé et qui divise encore par son récit complexe et nébuleux qui crée généralement la confusion et l’incompréhension chez le spectateur. Parce que la complexité du film d’Aronofsky ne vient pas seulement du fait qu’il faut décrypter le fond de l’œuvre, mais qu’il faut aussi décortiquer sa forme. Avec maestria, le cinéaste compose un tableau fascinant qui se joue à diverses échelles, et même s’il offre toutes les clés nécessaires à son spectateur pour donner sens à ce qu’il voit, jamais il ne va venir lui faciliter la route. Puisant ses influences dans la mythologie maya et les récits bibliques, il va venir questionner les fondements de la croyance sans jamais tomber dans un récit religieux, préférant soumettre la religion à ses propres thématiques.

The-Fountain-film-MayaDivisé en trois parties, le récit prend faussement la forme d’une lutte à travers les âges d’un homme qui tente de sauver sa femme, atteinte d’un cancer. Sa femme qui écrit un livre et qui lui demandera de le finir pour elle une fois qu’elle sera partie. L’apparition du titre au début se fera d’ailleurs par la jaquette du livre, car celui-ci porte le même nom que le film. C’est une manière assez symbolique discrète pour signifier que l’intégralité du récit se passe dans le livre même et que donc la plupart des choses qui nous sont montrées sont fictives, nous racontant une histoire dans une histoire. Le cinéaste va appuyer cela avec subtilité, grâce à la mise en scène en adoptant un code de formes et de couleurs selon que l’on se retrouve dans la fiction ou la réalité du film. Ce qui symbolisera l’obsession de son personnage et la fiction du livre sera représenté ici soit par des halos de lumières dorés, signe de divinité et donc de croyance, soit sous forme d’éclairages naturelles ou de sources de lumières plus abstraites, tandis que ce qui symbolise la réalité est représenté par des lumières blanches rectangulaires, signe de révélation et de vérité. C’est seulement après avoir repéré cet astucieux procédé de mise en scène que The Fountain est plus en mesure de révéler tout ses secrets.

The-Fountain-Hugh-Jackman-Rachel-WeiszAronofsky déploie une audace et un savoir-faire hors du commun dans sa réalisation. Esthétiquement l’ensemble est sublime, arrivant à faire cohabiter plusieurs ambiances et époques sans jamais tomber dans un mélange dissonant. Au contraire, The Fountain est un patchwork fabuleux, aidé par une photographie somptueuse notamment dans sa gestion brillante de la lumière et de la composition des plans qui les font souvent passer pour des toiles de maîtres. Avec sa direction artistique sans fausse note et sa mise en scène appliquée, Darren Aronofsky signe une odyssée épique et vertigineuse enveloppée à merveille par le score mémorable de Clint Mansell et du Kronos Quartet. Et le brio vient du fait que la forme ne sert pas qu’à emballer le fond, elle lui donne sens parce que The Fountain est indissociable de ses visuels ; en effet, pour le comprendre il se doit d’être vu. Car comme il le montre, la révélation passe par la vue et c’est donc par ce procédé que le cinéaste raconte son histoire. Une histoire qui finit par dépasser les questions de vie et de mort. Même si l’on est face à une œuvre délicate sur le deuil et l’acceptation, The Fountain est avant tout un formidable récit à propos de la création et d’héritage. Ici la création est sous une forme artistique, qui vit au delà de son créateur et qui représente la forme ultime d’héritage. La réponse du cinéaste à ce qu’est l’immortalité.

The-Fountain-Hugh-JackmanCar sous ses airs de récit biblique, le scénario parle avant tout de l’enfant qu’un homme et une femme mettent au monde pour que leur amour et leurs vies perdurent même après leur mort. Un enfant qui n’est pas de chair et de sang mais d’encre et de papier. La période du conquistador est ici la partie du livre qui est écrite par la femme, la période dans le présent est le moment où elle passe le flambeau à son mari qui le reprend et écrit cette transition entre fantasme et réalité. Cette partie oscillant visuellement entre les teintes jaunes liées à la fiction et les passages réels éclairés par des lumières blanches plus cliniques. D’ailleurs le moment où le mari décide de se tatouer avec la plume de sa femme symbolise bien le moment où il accepte d’achever son roman. Et la dernière partie avec le « cosmonaute » est le récit entièrement imaginé par le mari, qui accepte enfin la mort de sa femme et sa propre mortalité, faisant son deuil. Ce n’est que dans l’épilogue que l’intrigue vient se situer hors du livre. Après un plan entièrement immaculé de blanc, symbole de réalité, on retrouve le mari sur la tombe de sa femme pour lui faire ses adieux et annoncer qu’il a terminé son écrit assurant ainsi leur héritage. Il accomplit son deuil, il lève les yeux au ciel et une étoile dorée s’éteint pour laisser place à un éblouissant éclair de lumière blanche. La mari ayant vaincu ses peurs, son obsession et trouvé la vraie réponse à l’immortalité.

C’est à travers la délicatesse de The Fountain qu’Aronofsky interroge sa propre place de créateur mais aussi la capacité que nous tous avons de l’être. Brassant toutes ses thématiques, il offre un récit universel sur l’acte de création qui se révèle tout à la fois destructeur et libérateur. Le cinéaste signe assurément son morceau de cinéma le plus personnel et le plus complexe mais qui s’apparente surtout comme son œuvre la plus intelligente et la plus aboutie esthétiquement. The Fountain est un long métrage exigeant mais qui fascine et récompense le spectateur qui fait l’effort de s’y perdre. Avec sa mise en scène brillante, sa finesse d’écriture et aussi la qualité de son casting (Hugh Jackman dans un de ses meilleurs rôles) Darren Aronofsky ne fait pas que signer le meilleur film de sa carrière, mais aussi un chef d’oeuvre hors norme qui continuera encore à faire parler de lui au fil des décennies.

The Fountain : Bande annonce

The Fountain : Fiche technique

Réalisation : Darren Aronofsky
Scénario : Darren Aronofsky d’après une histoire de Darren Aronofsky et Ari Handel
Casting : Hugh Jackman, Rachel, Weisz, Ellen Burstyn, Mark Margolis, Stephen McHattie,…
Décors : James Chinlund
Costumes : Renée April
Photographie : Matthew Libatique
Montage : Jay Rabinowitz
Musique : Clint Mansell
Producteurs : Arnon Milchan, Iain Smith et Eric Watson
Distribution :  TFM Distribution
Budget : 35 millions de dollars
Durée : 96 minutes
Genre : Drame
Dates de sortie : 27 décembre 2006

États-Unis – 2006

L’Emprise des Ténèbres cauchemarde en DVD & Blu-ray

Le mercredi 6 septembre a débarqué en coffret DVD + Blu-ray + Livret chez Wild Side le film L’Emprise des Ténèbres. Réalisé par le génial Wes Craven, le thriller d’épouvante vous emmène dans un voyage aux obsessions bien craven-iennes.

Synopsis : Jeune anthropologue mandaté par une firme pharmaceutique, Dennis Alan enquête sur d’inquiétants phénomènes survenus à Haïti. Un poison lié au culte vaudou plongerait des habitants dans un état de mort artificielle. Enterrés vivants, ils seraient piégés entre deux mondes, leur volonté annihilée, tels des zombis, à la merci de puissances occultes.

Nightmares on Elm Street… Euh, no, at Haïti !

Sorti au cinéma en 1988, L’Emprise des Ténèbres, au titre original The Serpent and the Rainbow, est réalisé quatre ans après A Nightmare on Elm Street, en français Freddy : Les Griffes de la Nuit, premier volet de la saga horrifique culte. Si le croquemitaine brulé ne vient pas terrifier le protagoniste interprété par Bill Pullman, l’obsession de Craven pour le cauchemar est toutefois bien présente.

Alexandre Aja, réalisateur du remake de La Colline a des Yeux (produit par Craven), explique dans l’interview (présente dans les bonus de l’édition) que le maître de l’horreur cherche toujours à inventer des formes. Craven cherche toujours la nouvelle idée cinématographique d’épouvante. Cette recherche visuelle s’illustre formidablement dans L’Emprise des Ténèbres. Sans être aussi présente que dans Les Griffes de la Nuit ou Shocker, la quête de Craven donne ici naissance à quelques grands moments de cinéma d’épouvante : on peut notamment penser à la chute du héros entrainé dans le fond du puits par des dizaines de mains ; et aussi à l’enterrement forcé cauchemardé par le personnage de Pullman où la gravité et la perception spatiale sont malmenées dans un ballet psychédélique de l’épouvante.

Ballet psychédélique de l’épouvante pour Bill Pullman. Et attention à la noyade ensanglantée !

La réalité à travers la fiction.

La quête de nouvelles formes visuelles horrifiques par la récurrence du maître à travailler le rêve/cauchemar dialogue avec une autre de ses obsessions : le documentaire. Le réalisateur n’a jamais cessé de dépeindre à travers le genre – comme bien d’autres (George Miller, Tobe Hooper, et caetera) – des facettes de notre réalité : la starification à l’extrême dans Scream 4 ; la faute des parents portée par les enfants dans Freddy… De plus, le cinéaste est décrit comme « un fan de faits divers » par Aja, tous ses films se basent sur des faits réels. Mais dépassons le concept « inspiré par des faits réels » – d’ailleurs présent au début de l’Emprise des Ténèbres –, Craven tend ici comme dans La Dernière Maison sur la Gauche à filmer tel un documentariste, caméra à l’épaule. Et au delà de ce geste important, il capte ici le dictat qui règne sur Haïti, dont les habitants sont en proie à la plus grande misère et à la terreur. Il filme les rues sales, les gens sans le sou s’occupant comme ils le peuvent, loin des yeux du leader politique. Il raconte en image une rafle de police ; une révolution. Et il filme aussi les rituels religieux haïtiens, mix de chrétienté et vaudou, non sans émerveillement lors de la séquence de la caverne à l’eau considérée par les natifs comme étant magique. Ainsi Wes Craven dépasse ici la critique ou le portrait négatif du monde (occidental) par le film de genre. Avant de révéler des vérités du réel, et même des formes du réel par la fiction, le cinéaste tend à filmer la réalité telle qu’elle est, dans sa complexité à la fois emplie de mystère, de terreur, et de merveille.

The Serpent and the RainBlu-ray.

L’édition présentée par Wild Side est comme à leur habitude très soignée. Accompagné d’un livre spécialement écrit pour l’occasion par l’un des cofondateurs de la revue culte Starfix, Frédéric Albert Levy, le film nous est présenté dans une version remasterisée soignée, malgré un léger manque de piqué sur quelques scènes du film et quelques plans de nuit granuleux (car probablement abimés sur la copie utilisée pour le remaster). Côté bonus, le coffret fait vache maigre : une interview (heureusement) intéressante de vingt-neuf minutes (extraits vidéo compris) d’Alexandre Aja, et la bande-annonce du film. Heureusement, le manque de bonus est rattrapé par le très bon livret de Frédéric Albert Levy.

L’Emprise des Ténèbres n’est probablement pas un grand film lorsqu’il obéit aux codes du genre (exemple spoiler : le héros doit faire face au bad guy pour sauver sa chérie qui va finir décapitée lors du grand rituel final). Mais il en est assurément un lorsque se déploient l’intelligence et l’imagination filmiques de Wes Craven, de l’aspect documentaire à la recherche visuelle d’épouvante/horreur, en passant par la transcendance de certains codes (« le héros brisé » l’est ici lors d’un terrible clouage des « parties » génitales).

EXTRAIT – L’Emprise des Ténèbres

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Master restauré HD – Format image : 1.85, 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Français Dolby Digital 2.0, Anglais DTS 2.0 & Dolby Digital 2.0 – Sous-titres : Français – Durée : 1h34

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Master restauré HD – Format image : 1.85 – Résolution film : 1080p 24p – Format son : Anglais & Français DTS HD Master Audio 2.0 – Sous-titres : Français – Durée : 1h38

COMPLÉMENTS

– Gentleman Wes : entretien avec le réalisateur Alexandre Aja (29’)

+ Un livret exclusif de 60 pages, spécialement écrit par Frédéric Albert Levy

Prix public indicatif : 24,99 Euros le Coffret Blu-ray + DVD + Livret

The Wrestler, la déchéance d’un homme brisé

The Wrestler, 4e long métrage de Darren Aronofsky, se distingue des autres films du cinéaste par un style en apparence plus « normal ». Le résultat est simple et épuré, sans effets ni maniérisme, avec une image crue et sans filtre, à l’image du quotidien de son héros, ancienne gloire du catch déchue confrontée à sa ruine et à sa solitude.

Synopsis : Ancienne gloire du catch, Randy « The Ram » Robinson galère désormais à joindre les deux bouts. Sa carrière bat de l’aile, il écume les tournois miteux, vit seul dans une caravane dont il peine à payer le loyer, travaille comme manutentionnaire dans un supermarché, n’a plus aucun contact avec sa fille et passe ses nuits dans des bars de seconde zone. Sa situation empire lorsqu’il se trouve terrassé par une crise cardiaque, physiquement éreinté. Il se retrouve alors confronté à sa solitude et se met en quête de rédemption.

Randy et Mickey

The Wrestler n’est pas un beau film : l’image est terne, crue, les décors sont sinistres, les paysages déprimants. Les combats de catch sont tristement grotesques, entre mascarade à peine déguisée, effets ridicules, têtes d’affiche ringardes, promoteurs véreux, public irrespectueux. C’est l’envers du décor, le revers de fortune. Ici, pas de paillettes, les feux de la rampe ne brillent plus depuis longtemps : c’est l’oubli et la lutte. Le tombeau des vedettes.

the-wrestler-mickey-rourkeLe long métrage retraduit, à travers son image cafardeuse, la réalité du quotidien de son héros, Randy, ancienne star du ring qui se retrouve condamnée à cachetonner dans des tournées miteuses, pour une bouchée de pain. Avant, il était une légende, désormais, il n’est plus rien. Similitude troublante avec son acteur, Mickey Rourke, qui revient ici dans un film qui fait étrangement écho à son statut de star maudite, écornée et abimée par une traversée du désert dévastatrice qui fait de lui une sorte de martyr du 7e Art. Impossible de ne pas faire une telle analogie, et c’est à travers une lecture méta que The Wrestler prend un sens encore plus fort, et nous touche au cœur. C’est un film qui blesse.

Le corps et le sang

Randy est périmé, exténué, au bout de sa vie : il porte un sonotone qui témoigne des coups qu’il a encaissés, souffle comme un buffle pendant l’effort, et souffre chaque instant dans un corps monstrueusement usé qui ne suit plus la cadence. D’ailleurs, lors d’une séance de dédicace, il se rend violemment compte de sa situation : entre un ancien collègue en fauteuil roulant et un autre affublé d’une poche urinaire, Randy s’aperçoit qu’il ressemble davantage à un vieillard décrépit qu’à un athlète invaincu. Le tableau est triste. Et c’est justement ce corps, dans lequel le héros est condamné à vivre, qui va se faire l’expression de son mal-être et de sa haine de lui-même.

Témoin d’une existence ravagée, ce corps qui saigne, qui se contorsionne, se plie, se perce, pour finalement céder sous le poids d’une vie d’excès, s’impose comme le pilier du récit. Le spectateur se trouve face à un film charnel, qui the-wrestler-evan-rachel-woodexplore les blessures de l’âme à travers la chair et la mutilation. Randy n’a plus rien à perdre, il dépasse ses limites, d’une part car il ne sait rien faire d’autre, mais aussi parce qu’il se raccroche à ce semblant de gloire pour continuer à vivre. Alors il se dope, se pique, se jette dans des barbelés, s’entaille, se coupe, se troue et s’agrafe la peau, tout ça pour la beauté du spectacle. Mais si son attitude cachait en réalité un véritable désarroi ? Car Randy ne s’exprime pas par les mots, c’est un animal, une bête, un « Bélier », qui encaisse les coups sans rien dire, en attendant d’être abattu. Car la réalité est ainsi : il se suicide à petits feux, jusqu’à ce que son calvaire s’achève. Et sa souffrance nous brise le cœur.

Pour preuve, malgré une crise cardiaque presque fatale, il continue, il remonte sur le ring, et va même jusqu’à faire exploser sa rage et sa frustration en se tranchant la main sur une machine à jambon. Tant de sang et de peine, de giclures, de cris et de sueur qui peuvent s’interpréter comme de nombreux appels au secours, les râles de détresse d’un héros seul et oublié, qui n’est plus que lambeaux. En ce sens, Aronosfky explore la souffrance au niveau corporel et primal pour aborder un thème cher à son cinéma : la folie et l’autodestruction.

Seul au monde

Mais si Randy néglige son hygiène et met à mal son corps (qui est aussi son outil de travail), c’est aussi car il est seul. Comme il le dira à plusieurs reprises, il ne compte pour personne : « The world doesn’t give a fuck about me ». Alors pourquoi continuer ? Sans amis, sans attache et sans famille, il tente de renouer le dialogue avec sa fille sans y parvenir, car il fait encore tout tomber à l’eau, comme d’habitude. C’est une épave, un déchet qui n’a plus rien à donner ni à recevoir. Un héros résiduel. Même les enfants avec qui Randy s’amusait parfois délaissent progressivement sa compagnie, ses fans ne sont plus au rendez-vous, et la femme envers qui il éprouve des sentiments, -une mère au foyer gogo-danseuse-, ne cesse de le repousser.

Alors, The Wrestler pose une question difficile : quel est le sens de tout cela ? Pourquoi se battre, lorsqu’on a tout raté, tout perdu ?

the-wrestler-rourke-tomeiRandy traîne dans les rues, les bars, mais a-t-il réellement un but ? On peut légitimement s’interroger sur le sujet, d’autant qu’il semble clair qu’Aronofsky, en filmant son héros de dos avec une caméra qui le suit partout, souhaite que l’on s’identifie à cet homme pour qui toutes les portes paraissent fermées. Restent la déprime, la détresse et le sentiment d’isolement, la misère d’une vie gâchée, le vide que l’on laisse derrière soi. De là, on en revient à cette idée de destruction : Randy tente en vain de s’amender, sa rédemption est un échec. Quelles perspectives d’avenir s’offrent alors à lui ? Visiblement aucune, d’où son choix final : remonter encore et toujours sur le ring, pour un dernier baroud d’honneur, ou bien jusqu’à la mort.

Métaphore du star-system Hollywoodien qui broie les destins de ceux qui s’y engouffrent, parabole d’une machine à rêves qui s’enraye et allégorie d’une industrie qui repose sur des artifices et du faux, The Wrestler est un film poignant et pessimiste qui décrit sans détour la déchéance d’une gloire oubliée, mais aussi d’un homme, à travers les blessures d’un corps usé, miroir d’une âme tout aussi mutilée. Déchirant.

The Wrestler : Bande-annonce VO

The Wrestler : Fiche Technique

Réalisateur : Darren Aronofsky
Scénario : Robert D. Siegel
Casting : Mickey Rourke (Robin Ramzinski alias Randy « Le Bélier » Robinson) ; Marisa Tomei (Pam / Cassidy) ; Evan Rachel Wood (Stephanie Ramzinski) ; Mark Margolis (Lenny)
Photographie :  Maryse Alberti
Montage :  Andrew Weisblum
Décors : Tim Grimes
Costumes : Amy Westcott
Musique : Clint Mansell
Producteur(s) :  Darren Aronofsky, Scott Franklin, Evan Ginzburg, Ari Handel, Mark Heyman, Vincent Maraval, Agnès Mentre, Jennifer Roth
Production : Wild Bunch, Protozoa Pictures
Distributeur : Mars Distribution
Genres : Drame, sport
Durée : 1h 49min
Date de sortie : 18 février 2009

Nationalité : États-Unis

In a Heartbeat : le court-métrage animé sur un amour homosexuel

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In a Heartbeat est le court-métrage animé sur l’homosexualité qui a suscité le buzz cet été. Retour sur ce petit film diffusé sur YouTube qui vaut le détour.

Nous entendons rarement parler des courts-métrages alors qu’ils représentent autant une proposition artistique et cinématographique que les longs-métrages. In a Heartbeat a pourtant réussi à faire parler de lui grâce à son sujet : la représentation de l’amour homosexuel dans un dessin animé. En effet, l’homosexualité est très rarement représentée dans le cinéma d’animation même si la tendance est à la hausse dans les animés japonais de type Yaoi et Yuri.

Un énorme progrès donc pour faire avancer les mentalités grâce au talent indéniable d’Esteban Bravo et Beth David, deux étudiants américains en animation informatique à l’Université de Ringling en Floride. Pour certains besoins techniques, les réalisateurs comptaient réunir 3000 dollars via la plateforme de financement participatif KickStarter : ils en ont récolté en quelques heures 14 000 ! L’histoire de ce film a continué sur la toile : mis en ligne sur YouTube le 31 juillet, il réunit dès les premières vingt-quatre heures 2 millions de vues. A l’heure de la publication de cette critique, In a Heartbeat affiche au compteur plus de 28 millions de vues. Malgré certains détracteurs extrémistes (on ne pouvait pas y échapper), une large partie du public est enthousiaste de voir à l’écran des propositions différentes, les minorités méritant d’avoir un traitement égal aux personnages standards.

Son sujet est bien traité et pas uniquement parce qu’il met en scène deux gays qui s’aiment dans le cadre d’un dessin animé. Cela serait même superficiel de limiter In a Heartbeat à l’orientation sexuelle des personnages même si on ne peut pas passer à côté de cette information. En réalité, l’histoire est tout simplement universelle : qu’on soit hétérosexuel, homosexuel, bisexuel, pansexuel ou autre, chacun pourra être touché en plein cœur par un récit pourtant très simple mais si juste. Les réalisateurs n’avaient d’ailleurs pas envisagé au départ de mettre en scène un couple gay. Le court-métrage a su illustrer un coup de foudre. Le titre n’ayant pas été choisi par hasard, le cœur de l’un des personnages sortant de sa poitrine devient lui-même un personnage moteur de l’action et des émotions du garçon.

L’animation est séduisante par son apparente simplicité, mettant en avant la fluidité des mouvements et les différentes expressions et émotions des personnages. Enfin, étant donné qu’il n’y a aucun dialogue, la musique d’Arturo Cardelus parvient à retranscrire tout ce que les personnages pensent et ressentent, toutes ces choses que, finalement, on ne peut pas dire à l’autre au moment du coup de foudre, événement si émouvant et littéralement indicible sur tous les points.

Au-delà de sa beauté émotionnelle et visuelle, on espère que In a Heartbeat permettra au cinéma d’animation plus populaire, notamment chez Disney et Pixar pour ne citer qu’eux, de se pencher davantage sur cette question et de lever les tabous pour de bon. Que ce soit avec ce genre d’histoire ou autre chose, un court ou un long, on rêve déjà de voir Esteban Bravo et Beth David réaliser d’autres petits bijoux.

In a Heartbeat : le court-métrage sur Youtube

In a Heartbeat : Fiche Technique

Réalisation : Esteban Bravo et Beth David
Voix : Nicolas J. Ainsworth, Kelly Donohue… 
Production : Ringling College of Art Designer
Durée : 4 mn
Genre : animation, romance
Date de sortie (YouTube) : 31 juillet 2017

États-Unis – 2017

Ôtez-moi d’un doute, la filiation à travers l’œil de Carine Tardieu

Ôtez-moi d’un doute parle avant tout de filiation et de rapport père-fils/fille avec une pointe d’humour et beaucoup de douceur, d’authenticité. Pourtant, le film de Carine Tardieu reste très anecdotique et peinera à marquer les esprits après le visionnage somme toute très agréable.

Tel père, tel fils 

On avait quitté la réalisatrice de Dans la tête de maman en 2011 avec le très ludique et doux Du vent dans mes mollets. Le film racontait le passage éclair à l’âge adulte d’une petite fille plus mature que ses propres parents. Elle devait alors faire face au deuil et comprendre que la vie continuait, bref grandir. Avec Ôtez-moi d’un doute, c’est donc de nouveau à la filiation que Carine Tardieu fait appel pour raconter l’histoire d’Erwan et de ses deux pères. Voilà ce démineur breton face à une bombe plu complexe à déterrer que toutes celles auxquelles il a eu affaire jusqu’alors. Et c’est sans compter sur toute une galerie de personnages hauts en couleurs et tous un peu loufoques pour lui mettre des bâtons dans les roues. A leur tête, la belle et toujours aussi épatante de sincérité Cécile de France alias Anna qui trouble le plus Erwan. Demi-sœur ou future amante ? Difficile à dire pour celui qui côtoie son tout nouveau père depuis peu tout en cachant la vérité à son père adoptif et en gérant la grossesse de sa fille. Les mères d’ailleurs sont quasiment absentes du tableau, défaillantes. Ce sont les pères qui rassurent ici, qui câlinent et qui cuisinent. Un bel hommage au rapport père-fille/fils s’écrit aussi en filigrane. 

Dans la tête de papa

Le décor breton donne au film une saveur de tempête brestoise, tout est toujours prêt à exploser telles les bombes, souvenirs de la guerre, que désamorce Erwan. La force du film de Carine Tardieu est son authenticité et sa douceur. Tous les acteurs offrent une simplicité bienvenue à des personnage simples, un peu décalés, loin d’être performants avec leurs vies respectives. On s’attache donc à eux et à leurs petites frasques, à leurs regards qui se croisent et à ce désir tenace de retrouver le plaisir d’être ensemble. Pourtant, le film manque cruellement de rythme et l’accroche sur la filiation perd de son sens dès lors que la relation entre Erwan et son « vrai » papa semble réglée d’avance. On se désintéresse donc presque de leurs échanges. L’humour tombe parfois un peu à plat, car il manque de surprise. Demeure une petite ritournelle entraînante (la musique est signée Eric Slabiak), quelques belles scènes de confrontation entre les personnages, toujours filmées en plans rapprochés, avec en ligne de mire les réactions physiques des protagonistes.

La question de la filiation est peut-être ici presque trop dispersée (car elle concerne presque tous les personnages) pour être vraiment abordée de front et l’intrigue principale en perd de la force, de l’intérêt. Le film nous renvoie alors à une autre réalisatrice française, Ounie Lecomte dont la question de la filiation a été magnifiquement abordée de film en film, avec notamment le récent Je vous souhaite d’être follement aimée. Et le film de Carine Tardieu souffre un peu de la comparaison, même si du drame à la comédie, l’envergure du projet semble bien différente, on gagne alors en poésie ce que l’on perd en intensité et en profondeur. Dans tous les cas, la quête des origines est tenace. On passe finalement un agréable moment devant Ôtez-moi d’un doute, mais sans plus.

Ôtez-moi d’un doute : Bande-annonce

Ôtez-moi d’un doute : Fiche Technique

Synopsis : Erwan, inébranlable démineur breton, perd soudain pied lorsqu’il apprend que son père n’est pas son père.  Erwan enquête discrètement et retrouve son géniteur : Joseph, un vieil homme des plus attachants, pour qui il se prend d’affection. Erwan croise en chemin l’insaisissable Anna, qu’il entreprend de séduire. Mais un jour qu’il rend visite à Joseph, Erwan réalise qu’Anna n’est rien de moins que sa demi-sœur. 

Réalisatrice : Carine Tardieu
Casting : François Damiens, Cécile de France, André Wilms, Guy Marchand, Alice de Lencquesaing, Lyes Salem, Alban Aumard…
Scénario : Carine Tardieu, Michel Leclerc, Raphaële Moussafir
Compositeur : Eric Slabiak
Directeur de la photographie : Pierre Cottereau
Chef monteur : Christel Dewynter, Jean-Marc Tran Tan Ba
Distributeur France (Sortie en salle) : SND
Date de sortie : 6 septembre 2017
Durée : 1h 40min
Genres : Comédie, Drame

France – 2017

Festival Lumière 2017 : Wong Kar Wai, William Friedkin et Michael Mann au programme

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Du 14 au 22 Octobre, la cité rhodanienne fera comme à l’accoutumée la part belle au cinéma en abritant la 9ème édition du Festival Lumière 2017. Grand rassemblement cinéphile, c’est surtout l’occasion pour Thierry Frémaux et consorts de célébrer la carrière d’une personnalité du milieu. Mais pas que ! Car si Wong Kar Wai sera « la reine du bal », ce n’est rien de moins que Guillermo Del Toro, Tilda Swinton, Henri-Georges Clouzot, Michael Mann ou William Friedkin qui auront aussi les honneurs ! Vivement !

Si l’an dernier, l’honneur était fait aux femmes via l’entremise de Catherine Deneuve, l’année 2017 marquera la révérence de Lyon envers l’un des plus grands cinéastes de la profession : Wong Kar Wai.  L’homme derrière 2046, In The Mood For Love, Les Anges Déchues ou The Grandmaster sera en effet à l’honneur de ces joyeusetés lyonnaises ; et il ne sera pas le seul, puisque fidèle à sa bonhomie légendaire, le maestro Thierry Frémaux a concocté une recette d’anthologie autour du cinéaste hong-kongais. Pensez donc, des masters-class à gogo (Michael Mann, qui viendra présenter une remasterisation 4K de son chef-d’œuvre Heat ; Guillermo Del Toro qui arrivera avec son tout récent Lion D’Or Shape of Water ; William Friedkin, la versatile Tilda Swinton ou la doyenne Diane Kurys), des classiques diffusés sur grand-écran (Rencontre du Troisième Type, Le Salaire de la Peur, La Leçon de Piano), une soirée articulée autour du thème de l’Espace à la Halle Tony Garnier (Interstellar, Gravity, Seul sur Mars & Star Trek) sans oublier les enfants qui se régaleront avec Ratatouille, Le Roi Lion et d’autres joyeusetés Pixar. A cela s’ajoutant également quelques nouveautés comme la présentation du moyen-métrage d’Alfonso Cuaron (Gravity), La fórmula secreta ; ou une rétrospective d’ensemble sur le genre matriciel qu’est le western, qui sera présenté par un vieux de la vieille, le grand Bertrand Tavernier. Bref, une programmation épousant encore une fois parfaitement le crédo voulu par la bande à Frémaux : un festival de cinéma pour TOUS !

L’intégralité du programme est à retrouver ICI !

Bande-annonce de l’édition 2016 (Catherine Deneuve) : 

 

Barbara, Une famille syrienne, Jeannette… Les films à voir (ou pas) ce week-end

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O KA, Dans les pas de Trisha Brown, Otez-moi d’un doute, Napalm…Chaque semaine, une dizaine de nouveaux titres se partagent l’affiche. Que faut-il voir cette semaine au cinéma ? La rédaction fait le tri pour vous. Ce week-end on vous conseille Barbara, Une famille syrienne, Jeannette et Pop Aye.

Barbara de Mathieu Amalric. Comédie française, avec Jeanne Balibar, Mathieu Amalric, Aurore Clément, Grégoire Colin, Pierre Michon (1h37)

Se démarquant du biopic traditionnel, Barbara est une immersion aussi intime qu’artistique dans l’esprit nébuleux de la chanteuse. Mais aussi de Jeanne Balibar, qui l’incarne. Mathieu Amalric, avec émotion, crée alors un jeu de miroir assez étonnant, une mise en abîme feutrée. Il se dépêtre des barrières habituelles du genre pour façonner un faux biopic qui embrasse avec beauté le vestige de Barbara.

Une famille syrienne de Philippe Van Leeuw. Drame franco-belge, avec Hiam Abbass, Diamand Bou Abboud (1h26)

Une famille syrienne est une bouleversante et oppressante plongée au cœur de la guerre en Syrie depuis l’intérieur d’une maison de famille où sont enfermés des femmes, un homme et des enfants. Ce huis-clos est une œuvre presque théâtrale très intense. Une fresque de violence et de rébellion sourde portée notamment par Hiam Abbass.

Pop Aye de Kirsten Tan. Comédie thaïlandaise, avec Thaneth Warakulnukroh, Bong, Penpak Sirikul (1h42).

Premier film singapourien sélectionné et primé au Festival du film de Sundance, Pop Aye est un road-movie rempli d’humanité. Réalisé par la jeune Kirsten Tan, ce conte lyrique dépeint avec délicatesse la perte de repère de Thana, un homme désormais perdu au beau milieu d’une société modernisée. Un beau voyage dans l’intimité de la Thaïlande, à découvrir sans plus attendre !

Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc de Bruno Dumont. Comédie musicale française, avec Lise Leplat Prudhomme, Jeanne Voisin (1h45).

Jeannette l’Enfance de Jeanne d’Arc, ou ce mixage intriguant entre chant médiéval et techno Breakcore. Dans ce film, symbole de la France et destruction du symbole se mélangent pour offrir ce spectacle singulier mêlant danse moderne, poésie et décibels. Les landes pâles de la côte d’Opale et l’amateurisme voulu des acteurs, s’ajoutent au reste pour nous faire plonger dans cet étrange rêve éveillé. A découvrir pour les amateurs de curiosités !

https://www.youtube.com/watch?v=GuqENb11uac