Good Time, course contre la montre nocturne dans un Queens sous acide

Présenté en compétition au dernier festival de Cannes dans la sélection officielle, Good Time est un thriller nocturne électrisant qui décrit avec une tension permanente et une cadence survoltée la course contre la montre d’un malfrat qui tente le tout pour le tout afin de faire sortir son frère de prison. Descente aux enfers improbable dans un Queens sous acide, Good Time est un film en perpétuel mouvement dominé par un fatalisme aussi étrange que poétique.

Synopsis : Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté. Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York, une longue nuit sous adrénaline. 

Le cinéma de la survie

Good Time, c’est avant tout un film de l’urgence et du désœuvrement, un néo-thriller qui évoque à la fois le rythme nerveux du New-York scorsesien de Taxi Driver, le pessimisme sombre de Quand vient la nuit, les bas-fonds urbains de Cogan : Killing Them Softly ou encore la fuite en avant d’une jeunesse qui n’a plus rien à perdre, celle qui était déjà décrite dans American Honey. Une chose est sûre : l’Amérique n’est plus cet eldorado ni cette terre de tous les possibles, mais bien un pays où la misère, les marginaux et les laissés pour compte tentent de réinventer good-time-film-Benny-Safdie-Robert-Pattinson-critique-cinemaleur place dans une jungle qui les a oubliés. Mais Good Time, c’est aussi un style âpre, violent et sans concession, à la manière d’un Dog Pound, conjugué au rythme hypnotique d’un Drive, avec une pointe d’onirisme enfantin, surréaliste et macabre qui évoque parfois l’esthétique de Lynch ou du récent Lost River. Good Time, c’est tout cela et bien plus encore, tant de références qui prouvent qu’au-delà de rendre hommage au cinéma des 70’s, les frères Safdie ont signé un long métrage empreint d’un réalisme contemporain très marqué, qui s’inscrit logiquement dans une nouvelle frange de cinéma, celle d’un 7e art fiévreux et choc, dopé à l’adrénaline et au désespoir. C’est un film de survie sans happy-end, un film de condamné, un film sans issue. Implacable.

Les bas-fonds 

Good Time, c’est aussi l’histoire d’une descente aux enfers programmée, celle de Connie (Robert Pattinson), un personnage un peu paumé, voyou des rues, prêt à tout pour faire sortir son frère Nick (Benny Safdie) de prison. En une nuit, ce héros infatigable va remuer ciel et terre pour échapper à son destin et sauver son frère, allant de rencontres improbables en obstacles, d’imprévus en échecs, le tout avec la frénésie d’un possédé, la folie d’un homme qui se refuse à la fatalité, la persévérance aveugle d’un désespéré qui ne perd jamais de vue son objectif, malgré les difficultés et l’adversité. Connie ne renonce pas, jamais. Il braque une banque pour quitter la misère de son Queens natal et pour emmener son frère loin de cette vie, mais l’expédition tourne court et c’est le début d’une cavale haletante qui le pousse à se battre pour deux raisons : sauver sa peau mais surtout celle de son frère, tombé dansgood-time-benny-joshua-safdie les griffes de l’administration pénitentiaire pour un crime dont il n’était pas franchement responsable. Dès lors, tout s’enchaîne à une vitesse folle, comme si le héros vivait déjà en sursis, dans ce New-York nocturne à la fois onirique et cauchemardesque. Les personnages de cette histoire sont tristes et pathétiques : Jennifer Jason Leigh campe une pauvre fille hystérique prête à dilapider l’argent de sa mère pour s’attirer les faveurs d’un Connie qui ne l’utilise que pour servir son seul intérêt, Nick est attardé mental et donc incapable de s’en sortir seul, Ray (Buddy Duress) est un raté sans beaucoup de jugeote qui préférera se défenestrer plutôt que de se faire prendre, et Crystal est une jeune adolescente livrée à elle-même qui vit dans un taudis avec ses grands parents dépassés. Tant de protagonistes apparemment voués à l’échec, l’anonymat et la pauvreté, avec pas ou peu d’avenir. Good Time, c’est une fresque urbaine survitaminée mais terriblement tragique, qui fait la part belle aux rebuts et aux cas sociaux.

Lost Downway

Good Time, c’est enfin un film qui ressemble à un dangereux manège, une montagne russe avec ses pics, ses pointes, ses loopings et ses pentes raides, sa vitesse et ses virages : c’est une expérience cinématographique pure et imprévisible, qui ne se traduit pas seulement par les mots mais qui se vit, qui se ressent. Déjà à travers une bande originale fascinante qui s’accorde parfaitement aux images et aux séquences qu’elle illustre, un son puissant, brut good-time-robert-pattinsonet viscéral qui a d’ailleurs valu au film le Cannes Soundtrack Award 2017. Mais aussi à travers une photo étrange, presque envoûtante, parfois sombre voire indistincte, parfois blafarde et crue, et d’autres fois irréelle, avec ses couleurs vives et fluos (cf. la poudre/gaz rouge du début), ses lumières criardes, ses néons, ses effets phosphorescents, ses plans sous acide, ses close-ups oppressants. A l’instar des sirènes des voitures de police dont les gyrophares viennent toujours nous rappeler que la menace plane, l’inattendu surgit de n’importe où dans Good Time, sorte d’ovni cinématographique qui dépeint avec l’énergie de la survie toute l’urgence de la course contre la montre d’un héros en sursis noyé au milieu des bruits et des lumières d’une ville qui l’a déjà englouti.

Même si certains détails du scénario laissent à désirer (notamment la scène de l’hôpital où Connie fait évader un inconnu à la place de son frère sans s’en apercevoir), Good Time est un film à ambiance qui nous embarque dans une virée au désespoir endiablé (on pense à la séquence de la fête foraine) et qui séduit par ses imperfections. En conclusion, Good Time fait partie de ces films qu’il faut voir pour l’empreinte qu’ils laissent sur nous, plutôt que pour l’histoire qu’ils racontent. En bref, Good Time, c’est une claque.

Good Time : Bande-annonce

Good Time : Fiche Technique

Réalisateurs : Benny et Josh Safdie
Scénario : Ronald Bronstein, Josh Safdie
Casting : Robert Pattinson (Connie Nikas) ; Benny Safdie (Nick Nikas) ; Taliah Webster (Crystal) ; Jennifer Jason Leigh (Corey Ellman) ; Barkhad Abdi (Dash, le surveillant du parc d’attractions)
Photographie : Sean Price Williams
Montage : Benny Safdie et Ronald Bronstein
Décors : Audrey Turner
Costumes : Miyako Bellizzi et Mordechai Rubinstein
Musique : Daniel Lopatin aka Oneohtrix Point Never
Producteur(s) : Sebastian Bear-McClard, Oscar Boyson, Terry Dougas, Paris Kasidokostas Latsis
Production : Elara Pictures, Rhea Films
Distributeurs : Ad Vitam, TF1 Studio
Genres : Thriller, policier
Durée : 1h 40 min
Date de sortie : 13 septembre 2017

Nationalité : États-Unis

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Marushka Odabackian
Marushka Odabackianhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile depuis ma naissance, j'ai vu mon premier film dans les salles obscures à 2 ans, puis je suis tombée en amour devant "Forrest Gump" à 4 ans, avant d'avoir le coup de foudre pour Leo dans "Titanic" à 8 ans... Depuis, plus rien ne m'arrête. Fan absolue des acteurs, je les place au-dessus de tout, mais j'aime aussi le Septième Art pour tout ce qu'il nous offre de sublime : les paysages, les musiques, les émotions, les histoires, les ambiances, le rythme. Admiratrice invétérée de Dolan, Nolan, Kurzel, Jarmusch et Refn, j'adore découvrir le cinéma de tous les pays, ça me fait voyager. Collectionneuse compulsive, je garde précieusement tous mes tickets de ciné, j'ai presque 650 DVD, je nourris une obsession pour les T-Shirts de geeks, j'engrange les posters à ne plus savoir qu'en faire et j'ai même des citations de films gravées dans la peau. Plus moderne que classique dans mes références, j'ai parfois des avis douteux voire totalement fumeux, mais j'assume complètement. Enfin, je suis une puriste de la VO uniquement.

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