Pop Aye, un road-movie empreint de poésie

Primé au festival de Sundance, Pop Aye est un road-movie nous contant l’histoire d’amitié insolite entre un homme et son drôle de compagnon. Une fable poétique et légère réalisée par la jeune singapourienne, Kirsten Tan.

Une fable comme échappatoire ?

Thana, un architecte anciennement reconnu, sombre du jour au lendemain dans l’oubli. Désabusé, l’homme va faire une rencontre qui va changer le cours de sa vie : une retrouvaille inattendue avec l’éléphant qui a bercé son enfance. Une histoire étonnante qui se dessine tout en finesse ! Sélectionné au Sundance 2017, Pop Aye est le premier film singapourien à être représenté durant le festival. Première réalisation et donc premier succès pour la jeune réalisatrice !

pop-aye-elephant

C’est sous l’apparence d’un conte lyrique que le road-movie prend forme. Il s’agit d’un voyage tout en douceur, dans l’intimité de la Thaïlande. En introspection avec la vie quotidienne des Thaïlandais, nous découvrons grâce à Pop Aye une culture et des coutumes peu connues. Sobriété du style, mélancolie et dédramatisation se maintiennent pendant 102 minutes. Une pointe d’humour dans un amas de poésie, telle est la signature de la jeune et désormais reconnue Kirsten Tan.

Toutefois, Pop Aye est avant tout une ode à la vie. À l’heure où la société s’ancre toujours plus dans une vie modernisée, il existe une multitude de personnes isolées comme Thana. Le rejet du progrès, l’incompréhension liée à ce dernier, ou encore une sensation d’impuissance face à un monde sans cesse en mouvement, sont des éléments qui poussent chaque jour des individus à se retirer de la société. Tel un retour aux sources. Le septième art abrite de nombreuses œuvres traitant de la thématique de l’isolement. Parmi elles, Into The Wild, l’inoubliable biopic réalisé par Sean Penn. Il faut dire que le retour vers la nature est un sujet qui n’a de cesse d’attiser la curiosité des spectateurs. Peut-être est-ce un besoin d’échapper au quotidien ?

Néanmoins, Pop Aye n’est pas uniquement un voyage dans l’air du temps, c’est également une œuvre défendant la cause animale. Alors que Okja anime depuis quelques mois la toile en provoquant notre réflexion, Pop Aye s’intéresse, quant à lui, aux animaux utilisés pour amadouer les touristes de Bangkok. Loin d’être activiste, le film singapourien s’engage avec une légère délicatesse dans l’éternelle lutte contre les « éléphants mendiants ». Un sujet encore très peu traité au cinéma, mais pourtant si virulent. Depuis quelques temps, un grand nombre de réalisateur est habité et animé par une militance qui se remarque dans leur réalisation. Mais est-ce une sonnette d’alarme ?

Pop Aye réussit de fait un pari risqué, celui de raconter avec douceur et élégance, une émouvante histoire remplie de vérité. Avec son prix du meilleur scénario lors du Festival du film de Sundance, Pop Aye a le mérite de réussir à véhiculer un message plein d’humanité !

Pop Aye : Bande Annonce

Pop Aye : Fiche technique

Réalisateur : Kirsten Tan
Acteurs : Bong (Pop Aye), Thaneth Warakulnukroh (Thana), Penpak Sirikul (Bo), Chaiwat Khumdee (Dee), Yukontorn Sukkijja (Jenny), Narong Pongpab (Peak)
Producteur Exécutif : Anthony Chen
Producteur : Lai Weijie
Directeur De La Photographie : Chananun Chotrungroj
Chef Décorateur : Rasiguet Sookkarn
Directeur Artistique : Manop Chaengsawang
Créateur De Costumes : Visa Kongka
Monteur : Lee Chatametikool
Compositeur : Matthew James Kelly

Singapour – 2017

 

 

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Megane Bouron
Megane Bouronhttps://www.lemagducine.fr/
Obnubilée par le cinéma indépendant, je passe la plupart de mon temps à rechercher de nouvelles pépites cinématographiques. De la psychose en passant par la tristesse pour arriver aux éclats de rire, tous les états d’âme sont bons pour apprécier à sa juste valeur un film… Si je devais n’en choisir qu’un ? Mr. Nobody de Jaco Van Dormael (2010).

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.