Presque deux mois après la disparition de Sam Shepard, Harry Dean Stanton vient de s’éteindre. L’acteur américain qui a marqué des générations de films indépendants et qui fut souvent abonné aux seconds rôles est décédé à 91 ans. Avec cette perte, c’est tout un souffle du cinéma américain qui vient de s’évaporer, comme une note de blues qui vient de s’achever.
Cette gueule cassée, ce monstre des plaines étasuniennes étendues et tourmentées avait un charisme laconique, un regard troublant, et une démarche patibulaire qui émouvaient dès le premier coup d’œil. La carrière de l’acteur sonne comme une mélodie rocailleuse de Bob Dylan. Harry Dean Stanton est né en 1926 dans le Kentucky, fils d’un fermier de tabac. Après avoir servi comme cuisinier de marine dans le théâtre du Pacifique pendant la Seconde Guerre Mondiale, il a étudié le journalisme avant de quitter les cours d’acteur en 1949. Comme il le disait lui-même, il avait l’ambition d’être écrivain, musicien et acteur. Il était un artiste vertueux aux multiples visages. Harry Dean Stanton était célèbre pour sa capacité à projeter son charme de « chien » dans des rôles mineurs, notamment dans des westerns ou des films de gangsters, ce qui lui a permis de travailler en permanence pendant plus de six décennies. Pourtant il a travaillé avec les plus grands comme le prouvent David Lynch, Sam Peckinpah, Ridley Scott, Martin Scorsese et Wim Wenders.
L’une de ses premières grandes apparitions fut celle en tant que pianiste de chant dans Luke la main froide, dans lequel il a interprété la chanson Gospel « Just a Closer Walk with Thee ». Le visage de Stanton, sa carrure mortifère, sa silhouette rachitique et ses personnages anti héroïques ont accroché le cinéma des années 1970 avec la montée de la nouvelle vague d’Hollywood, et ses rôles ont progressivement pris du galon. Il a joué l’un des soldats américains dans de L’Or pour les braves, la comédie de guerre de 1970, ou un auto-stoppeur gay dans Macadam à deux voies, le film existentialiste de Monte Hellman ou même Homer Van Meter dans Dillinger dirigé par John Milius en 1973. À l’exception d’un rôle prometteur dans Le Parrain II, les films commercialement réussis semblaient échapper à Harry Dean Stanton : cela changea après que Ridley Scott le jeta en tant que membre d’équipage du Nostromo dans l’émoi de science-fiction Alien, surmontant sa réticence à incorporer les films de « monstres ».
Puis il continua à trouver du travail avec une nouvelle génération de cinéastes dans les années 1980 comme en témoigne le rôle clé de Brain dans New York 1997 de John Carpenter, et surtout un dépositaire de voitures dans La Mort en prime d’Alex Cox. Après des décennies de seconds rôles, qui le virent jouer en face de grandes stars et qui lui permirent de montrer avec humilité son talent lumineux et son don magnifique de chanteur, Harry Dean Stanton devint, avec son aura et son apparence ascétique, un Dieu parmi les humains. Ou un humain parmi les Dieux. Grace à Paris Texas en 1984. Sam Shepard donna le rôle de l’angoissé Travis Henderson à Harry Dean Stanton. Avec ce rôle qui marqua toute une génération de cinéphiles, il a symbolisé à l’écran l’errance solitaire et agonisante, portant une casquette de baseball rouge, un costume et une cravate dans la chaleur flamboyante du désert du Texas.
La légende était soudainement mise en place. Ce visage est devenu inoubliable dans le film de Wim Wenders : la stature d’Harry Dean Stanton était elle-même le paysage : muette, mystérieuse. Travis Henderson est l’une des grandes personnalités autodestructrices et fantômes empathiques du cinéma moderne. Sous une casquette rouge, derrière une mèche blonde, il y a une tempête sous un crane, une ébullition de sentiment qui implose jusqu’au mutisme et l’amnésie quasi inébranlable. Le récit initiatique d’un homme qui essaye de retrouver l’horizon, de reconstituer le puzzle d’une vie, composée d’un passé et d’un futur. Malgré ce rôle, cela ne fit pas de lui une star planétaire.
C’est alors sous la houlette de David Lynch qu’il continua et surtout finit sa carrière. De Sailor et Lula, à Twin Peaks jusqu’à Une Histoire vraie voire Inland Empire, le physique singulier de l’acteur joncha les affres cinématographiques du réalisateur américain. Et qui de mieux pour incarner les lubies mélancoliques et tortueuses du cinéaste que le sourire sombre de Harry Dean Stanton. Alors que l’on aperçoit dans la magnifique dernière saison de Twin Peaks, on le verra dans un dernier rôle accompagné de son ami David Lynch, dans Lucky, qui sort prochainement, récit mystique de John Carrol Lynch. Sans crier gare, c’est donc une perte immense dans le paysage du cinéma américain qui s’envole vers d’autres cieux. Aussi comique que tragique, ce visage reconnaissable entre mille, à la verve poétique, fait partie de ces acteurs qui émeuvent à partir de rien, car de par leur prestance et leur simplicité, il était aisé de s’identifier à leur personnage.
Voilà des années que l’on attendait le biopic sur l’immense rappeur qu’était Tupac, il est enfin là. Avec All Eyez on me, Benny Boom retrace la vie de cet activiste, poète et même acteur qui a laissé une trace indéniable de par son œuvre mais surtout un grand vide suite à sa disparition prématurée.
Tupac Amaru Shakur méritait son biopic. Plus de 20 ans après son assassinat, qui ne fut jamais élucidé, il est important de transmettre aux jeunes générations l’impact que des artistes de sa trempe ont eu dans le rap mais également auprès des communautés afro-américaines opprimées dans l’après-ségrégation américaine. À défaut d’être un grand film, on espère que les nouvelles générations se rueront sur la discographie de cet artiste au parcours atypique.
Et le premier gros problème du film est justement qu’il s’intéresse surtout au parcours, aux différentes étapes de sa vie plus qu’à l’homme lui-même. Pourtant, prenant le parti de raconter sa vie à travers une interview qu’il a donnée en prison, l’introspection semblait pouvoir se mettre en place, mais seules quelques scènes arriveront à sortir du simple schéma de sa vie pour entrer un peu plus à l’intérieur, essayer de comprendre Tupac. Car chacun a déjà entendu parler de 2Pac, un rappeur gangster, plus rappeur, plus gangster, assassiné à un feu rouge etc. On ne pourra pas reprocher au film de zapper les grandes lignes de sa vie. On pourra lui reprocher bien d’autres choses.
La première partie du film enchaîne différentes scènes de sa jeunesse sans jamais que l’on puisse s’attacher au personnage. Il est évidemment important de parler de ses parents, sa mère qui a une influence considérable dans l’œuvre de Tupac (activiste au sein Black Panthers, mouvement révolutionnaire Afro-américain, elle est enceinte de lui lorsqu’elle est emprisonnée pour complot contre le gouvernement). Seulement l’enchaînement de ces « vignettes », participe à un melting pot de clichés peu inspirés (descentes du FBI dans le foyer familial, passage à tabac de jeunes Noirs par la police ou autres règlements de comptes entre gros bras du quartier) sans vraiment s’intéresser au fond du problème. On nous explique simplement que Tupac n’a pas une vie facile (on en doutait encore…) en montrant le contexte de l’époque. La mise en scène on ne peut plus classique participe à cette impression de facilité et on a déjà peur de rester en surface pendant tout le film.
Et les évènements continuent de s’enchaîner les uns après les autres sans véritables transitions si ce n’est la multitude de fondus au noir, synonymes d’autant d’ellipses. Tupac déménage, Tupac fait un sermon à sa mère qui se drogue, Tupac a des problèmes avec la police. Puis Tupac commence le rap, enchaîne les auditions, obtient un contrat, part en tournée. Vous trouvez que ça va vite ? Nous aussi. Pas une seule scène où l’on voit l’artiste travailler, écrire, rien. La réussite arrive comme un cheveu sur la soupe alors qu’on a encore du mal à saisir les nuances du personnage. Le film s’attardera donc sur les évènements connus, les étapes clés de sa vie, pas celles de l’homme. On a abandonné l’espoir d’avoir un semblant de virtuosité dans la mise en scène, un semblant d’audace. Des biopics comme ça, on en voit tous les ans.
On attend alors les scènes musicales, toutes coupées après trois vers, frustrant. Jusqu’à ce que Biggie arrive à l’écran. L’acteur qui avait joué le rappeur new-yorkais dans le biopic Notorious BIG reprend ici le rôle de biggie small. Et sa première entrée en scène est assez remarquable, mais on reste encore sur notre faim. On attendra l’époque Death Row.
Évidemment plus on se rapproche de la fin, plus les scènes coup de poings, prévisibles, s’accumulent. Son procès pour viol, son agression dans un studio au cours de laquelle il se fera tirer dessus à 5 reprises. La vitrine s’élargit, mais on connaît déjà toute l’histoire. Le récit rejoint par la suite le point de départ du film : son passage en prison. On espère à ce moment que le film prenne un virage et que la caméra, libérée des flash-backs, se rapproche de Tupac, qu’elle aille au plus près de l’homme. Rien n’y fait, la transition est à peine marquée. On se demande pourquoi le choix de l’interview si ce n’est uniquement pour mettre en place les flash-backs jusqu’ici. C’est léger et simpliste.
Vient finalement l’époque Death Row, label de Big Suge que rejoint 2pac à sa sortie de prison et qui fera sa gloire. On sent (enfin !) la volonté du réalisateur de mettre le doigt sur le changement du rappeur. Lui qui souhaitait exprimer les maux d’une société, d’une classe sociale inaudible auprès des puissants se mue en star bling-bling aux textes vengeurs empreints de violence. Tupac est connu pour ces deux visages. Seulement le film paye son manque de profondeur dans la première partie, alors que la question est à peine esquissée, et on ne s’attarde pas sur cette ambiguïté. À aucun moment le réalisateur tente de saisir la nuance entre le symbole et la réussite, entre l’homme et la star. On prend ce qu’on nous donne et mises à part quelques scènes (visite de sa mère en prison) ses motivations ne sont que des slogans plus que de réelles réflexions personnelles. Cette dernière partie est donc très prévisible, bien que certaines scènes arrivent à nous sortir de notre torpeur, notamment l’enregistrement de California love en studio qui redonne le sourire et du punch au film. Également les scènes du concert en live, filmées sans grandes convictions, mais efficaces. Au moins ça.
Le film se clôt donc par l’issue tragique qu’a connu Tupac Shakur dans une scène qui semble durer une éternité (en plus d’être incohérente par rapport aux faits), très voyeuriste et donc très dispensable alors que sa mort est sûrement l’évènement le plus ancré dans les mémoires car le plus médiatisé. Il y avait tellement d’autres choses à dire, à montrer.
Les acteurs, bien que physiquement ressemblants, frôlent par moment la caricature à l’image de Big Suge. Demetrius Shipp Jr., interprète de Tupac, alterne lui entre sur jeu et prestation correcte.
La déception est grande, ce biopic ne dépasse jamais sa fonction de raconter la vie, à travers les grandes lignes, d’un personnage connu. On aurait aimé plonger dans l’intimité de ce rappeur disparu trop tôt. Au lieu de ça, on a une simple piqûre de rappel. On espère néanmoins que cela initiera les novices, les plus jeunes ou ceux qui ne connaissaient tout simplement pas l’œuvre de Tupac et on attendra avec impatience le prochain documentaire sur le rappeur par Steeve McQueen.
All Eyez on me: Bande Annonce
All Eyez on me: Fiche technique
Réalisation : Benny Boom
Scénario : Jeremy Haft
Interprétation : Demetrius Shipp Jr., Danai Gurira, Kat Graham
Montage : Joel Cox
Musique : John Paesano
Production : James. G Robinson
Société de production : Emmett/Furla Films
Durée : 2h20
Genre : Biopic
Date de sortie : Inconnue (dans quelques mois sur Netflix France)
Michel Hazanavicius traite dans Le Redoutable d’une des personnalités les plus franches du cinéma français, Jean-Luc Godard. Entre ses idées politiques maoïstes et sa perdition artistique, c’est surtout sa recherche permanente de liberté qui sera mise en avant.
Synopsis : Paris 1967. Jean-Luc Godard, le cinéaste le plus en vue de sa génération, tourne La Chinoise avec la femme qu’il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean-Luc une remise en question profonde. Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean-Luc va le transformer profondément passant de cinéaste star en artiste maoiste hors système aussi incompris qu’incompréhensible.
Mai 68, l’heure est à la révolution. Pour certains, l’une des époques les plus sombres de la Ve République française. Pour d’autres en revanche, ce combat mené par le populo français démontre la grandeur et la vaillance de nos idéaux politiques. Entre deux échauffourées, les artistes parisiens se retrouvent pour discuter, débattre, combattre et filmer l’aboutissement de tout un pan cinématographique francophone : la nouvelle vague. Dans ce trouble politique, une personnalité, un auteur, un « génie » sent la révolte comme la possibilité idyllique d’enfin trouver la liberté. Plus qu’un des réalisateurs les plus célèbres de l’histoire, Jean-Luc Godard est un homme troublé, en proie à une perdition artistique et philosophique. De cette sensation de floue, Michel Hazanavicius, fameux réalisateur de La Classe Américaine ou de l’adulé The Artist, signe avec Le Redoutable un biopic grinçant et humaniste, faisant la part belle à la déconstruction de son mythe.
Ainsi va la vie, à bord du Redoutable
Spécialiste du détournement, Michel Hazanavicius tenait un sujet assez ambitieux avec Le Redoutable : adapter le livre Un an après d’Anne Wiazemsky – l’ex jeune femme de Jean-Luc Godard – narrant leur relation durant la révolte populaire de mai 68. L’actrice, qui a tourné avec lui dans La Chinoise, y raconte son amour pour son époux mais aussi ses doutes et ses frayeurs face à un homme basculant vers une folie révolutionnaire. De ce sujet d’un sérieux papal, Hazanavicius se lance dans une désacralisation mordante de la figure « godarienne ». Le point de vue adopté est clairement déluré, avec un humour décapant, le personnage de Jean-Luc Godard étant un pro-révolutionnaire enchaînant les punchlines et les frasques qui prêtent à sourire.
En cela, l’interprétation quasi mimétique de Louis Garrel aide beaucoup à s’identifier, aussi bien à cet anti-héros qu’à son entourage, souvent mis à mal par son comportement. Pourtant, plus que la ressemblance frappante avec Godard, c’est la candeur presque naïve d’Anne Wiazemsky, jouée par une magnifique Stacy Martin, qui retient toute notre attention. Michel Hazanavicius n’oublie pas son support d’origine et privilégie alors la jeune femme au profit de son mari. On y sent alors l’atmosphère pesante voire oppressante de côtoyer une telle personnalité, devoir le suivre sans cesse dans ses délires politiques parfois violents, souvent ridicules, mais toujours autocentrés, montrant à quel point Jean-Luc Godard n’aime rien, sauf lui-même. En soi, il est bien plus un excellent personnage de fiction, qu’un bon compagnon. Tout le drame et tout le ridicule du mythe Godard se retrouvent mis en avant, montrant une icône bobo totalement démystifiée. Nul doute que son passage au festival de Cannes aurait pu être encore plus glorieux, notamment au niveau du casting, où Stacy Martin n’aurait usurpé un prix d’interprétation.
Révolution permanente
Toujours dans la bienveillance, Hazanavicius est un caméléon dans sa mise en scène. Mimant le style libertaire de son personnage, il s’amuse à détourner les codes du genre et à glisser quelques paraboles méta qui, disséminées dans un long métrage très rythmé, donnent un sens profond à ce biopic drôle et touchant. D’ailleurs, tout spectateur politisé sera ravi d’assister à des assemblées générales étudiantes plus vraies que nature, sans être d’une profondeur ou d’une lourdeur politique indigeste, trouvant le juste milieu entre la description d’un militantisme invulnérable et le ton comique généralisé. Hazanavicius a également la bonne idée de ne jamais prendre parti pour une conception politique, préférant montrer la défaite d’un couple qui se déchire face aux convictions envahissantes de l’auto-proclamé chef de famille. Pas (ou peu) de propagande maoïste mais une ode à l’esprit libre, non biaisé par la consommation ou un vieux pouvoir en place.
Toutefois, même si le film vaut bien plus que les traditionnels biopics « wikipédia », Le Redoutable peine à marquer les esprits, la faute à plusieurs facteurs. Tout d’abord, son ton, aussi bien sa plus grande force que sa faiblesse inhérente au style : on rit, on sourit mais on reste peu attaché à un personnage abject, égoïste et froid. Godard est décrit comme l’homme qu’il est et non pas comme le génie qu’il était, c’est à dire un « vieux con », selon ses propres mots. De fait, Le Redoutable apparait plus comme un pastiche plutôt qu’un grand film comique, la faute à une superficialité volontaire mais préjudiciable. Hazanavicius, tout comme Godard, choisit d’agacer plutôt que de satisfaire. Un choix caustique et risqué, que l’auteur de ces lignes salue volontiers mais qui laissera d’aucuns sur le carreau. La résultante mène à un film solaire mais sans véritable point d’ancrage ni révolution dans le style. Ce qui, dans la logique et le propos inhérent au long métrage, fait tout de même grincer des dents.
Plus pastiche qu’hommage, plus agaçant qu’agréable, Le Redoutable est une prise de risque louable, caustique, intelligemment conçu et remarquablement interprété. Toutefois, il risque de laisser nombre de spectateurs de marbre, de par l’aspect déluré de son ton et l’apparente liberté de sa forme. À défaut d’être le messie attendu, Le Redoutable pourrait guider tout un pan de notre culture du 7e art vers une horizon salvatrice et décapante, méritant de facto d’être vu en salle obscure.
Le Redoutable : Bande-annonce
Le Redoutable : Fiche technique
Réalisation : Michel Hazanivicius
Scénario : Michel Hazanavicius, d’après l’autobiographie « Un an après » d’Anne Wiazemsky
Interprètes : Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo, Micha Lescot, Grégory Gadebois, Jean-Pierre Gorin, Jean-Pierre Mocky…
Photographie : Guillaume Schiffman
Montage : Anne-Sophie Bion
Production : Riad Sattouf, Michel Hazanavicius et Florence Gastaud
Distribution : Studio Canal
Genres : Comédie, Biopic, Romance, Drame
Durée : 1h 47 min
Date de sortie : 13 septembre 2017
Les tueurs rôdent lors de cette deuxième journée du Festival du Film Fantastique de Strasbourg 2017. Ils prennent d’ailleurs diverses formes, que ça soit un adolescent maniant le sabre dans la section Crossovers, ou des serial killers beaucoup plus originaux dans le Dick Maas universe, notre invité d’honneur du jour.
Avant de commencer le marathon filmique du jour, rien de tel qu’un petit tour à la très sympathique exposition Laurent Melki à la galerie Aedaen. Véritable artiste, ce dernier est à l’origine de nombreuses affiches ou jaquettes VHS de films d’exploitation des années 80, allant de grands classiques comme Videodrome (dont le prix de l’affiche originale s’élève à un prix faramineux) ou des films bien plus confidentiels de catégorie X, sans oublier des commandes pour les festivals d’Avoriaz, de couverture de Mad Movies ou encore Nanarland. On y a par ailleurs la possibilité d’acheter des affiches pour la modique somme de 10 euros ou encore des T-shirts à 25 euros. Une exposition qui ravira tous les fans de VHS et des couleurs criardes. Un régal.
[Crossovers] – Super Dark Times
Réalisé par Kevin Phillips (USA, 2017).
On nous l’a vendu comme le complément de Ça en ce qui concerne l’aspect « coming-of-age ». Et au final pas vraiment, car à ce niveau Ça lui est finalement bien supérieur. Super Dark Times raconte l’histoire de l’amitié entre Zach, Josh, Daryl et Charlie qui va s’ébranler après que Josh ait accidentellement tué à Daryl avec un sabre. Alors déjà, sur les quatre présents lors de l’accident, l’un est un mec quasi-inconnu par les deux autres amis, donc on se retrouve avec un personnage complètement inutile. De l’autre côté, c’est la façon dont le réalisateur va développer son idée qui est terriblement ratée. Se concentrant principalement sur Zach, meilleur ami de Josh (le responsable de l’accident), on le voit dans un premier temps essayer de créer une certaine paranoïa avec des apparitions de Daryl, la victime. Cet angle d’approche est assez intriguant, et permet de développer une certaine réflexion sur la culpabilité, la façon d’assumer ses actes.
Malheureusement tout bascule quand le réalisateur décide de faire de Josh, un tueur au sabre (qui aime en plus s’attaquer aux fumeurs d’herbe parce que la drogue c’est mal). Alors déjà le truc est tellement attendu que l’effet escompté est complètement raté. En même temps quand on voit l’acteur qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Zack de Desperate Houseviwes, on se doute bien qu’il va mal tourner. Et encore plus problématique, la façon dont ce changement dans la personnalité de Josh est présentée. Abrupte au possible, elle ne met en place aucun véritable développement psychologique vis-à-vis du personnage. Si on ajoute à cela un rythme des plus bancal peinant à démarrer, Super Dark Times est un véritable vautrage. On lui préférera dans le même genre le très bon I am not a serial killer, reparti l’an dernier avec le Méliès d’Argent.
[Double programmation Dick Maas] – Amsterdamned et L’Ascenseur
Amsterdamned réalisé par Dick Maas (Pays-Bas, 1988)
Le FEFFS a accueilli ce samedi soir, son premier invité d’honneur, le metteur en scène Dick Maas, réalisateur culte parmi les amateurs de série B d’horreur et grand nom hdu cinéma hollandais, son pays natal. Le cinéaste nous a fait le plaisir de nous présenter deux de ses plus grands films. Celui avec quoi tout à débuter, L’Ascenseur et le cultissime Amsterdamned.
Il est d’ailleurs intéressant de voir les similarités entre ces deux films. Dans les deux cas, Amsterdam est en proie à un serial killer des plus saugrenu, d’un côté un homme-grenouille et de l’autre un ascenseur. Le ton des deux films se rapproche énormément aussi, Dick Maas sachant à merveille allier action et humour dans l’un et horreur et humour dans le second. Les films ont d’ailleurs eu l’avantage d’être projeté en VF afin de décupler le plaisir vis à vis de certains dialogues hallucinés. N’oublions pas de noter que Dick Maas, à l’instar de John Carpenter, compose lui-même sa musique. Résultat, on se retrouve avec des partitions synthétiques assez minimalistes mais diablement efficace.
Amsterdamned raconte donc l’histoire d’un plongeur/tueur se déplaçant dans les canaux d’Amsterdam. En plus de son titre tellement génial, le film est une série B de très bonne facture n’ayant pas du tout à rougir face aux grands polars américains de la même époque. Revisitant de nombreux codes allant des courses poursuites impressionnantes que n’aurait pas renier William Friedkin (qu’elles soient en voiture ou encore plus fou, en bateau sur les canaux), en passant par la caméra subjective et les meurtres à connotations parfois phalliques hérités des giallos, Dick Maas propose un polar efficace et diablement fun. N’hésitant pas, comme dit plus tôt, à insérer une dose d’humour non négligeable, le cinéaste hollandais ne met cependant pas de côté une tension des plus palpables. Amsterdamned prouve donc qu’à partir d’une idée des plus originales, on peut aboutir à un polar assez violent et couillu.
L’Ascenseur réalisé par Dick Maas (Pays-Bas, 1983)
L’Ascenseur, qui a eu l’honneur d’être projeté en 35 mm (peut-être même la copie qui a gagné le grand prix à Avoriaz en 1984), est le premier film du cinéaste. Là encore, l’idée d’un ascenseur tueur est des plus absurde, mais Dick Maas va réussir à accoucher d’un film fantastique solide. Avec son atmosphère rappelant Stephen King, L’Ascenseur distille une angoisse des plus particulières. Là où Dick Maas fait fort, c’est la façon dont cet ascenseur se débarrasse de ces victimes. En bloquant l’air climatisé, en faisant tomber un aveugle dans la cage d’escalier ou encore en décapitant un garde de sécurité, cette machine rivalise d’ingéniosité et cultive un certain goût dans l’art du troll. Bien évidemment humour et frisson collaborent une nouvelle fois dans cet oeuvre fascinante, qui dispose d’un dernier quart des plus haletants. On ne pourra s’empêcher de noter quelques baisses de rythmes au cours du film, mais L’Ascenseur est un film des plus généreux.
[Midnight Movie] – Prey
Réalisé par Dick Maas (Pays-Bas, 2016).
Comme dit le proverbe, jamais deux sans trois, et c’est donc toujours avec Dick Maas que nous allons finir la soirée. Le cinéaste néerlandais nous fait en effet l’honneur de nous présenter son tout dernier film, Prey. Et forcément, que se passe-t-il dans Prey ? On vous le donne en mille, un serial killer étrange sème le chaos dans Amsterdam. Cette fois-ci c’est un gigantesque lion qui fait de la capitale hollandaise son terrain de jeu. Après avoir vu les deux précédents films, on se retrouve dans une ambiance familière. Le générique d’ouverture reprend d’ailleurs celui de Amsterdamned, avec cette musique électro sur des plans en caméra subjectives. Dick Maas fait une nouvelle fois preuve de générosité, n’hésitant pas cette fois-ci à faire proliférer le gore et à multiplier les mises à morts hilarantes. Un lion dans un tram, une course-poursuite entre un fauteuil roulant et un lion, les rires sont présents.
Dans la grande tradition des midnight movies à base d’animal tueur (parmis lesquels on se souvient de Zombeavers ou Stung), Prey, par le ton délibéré employé par Dick Maas, arrive à sortir du lot et se faire bien plus fun que d’autres. Malheureusement comme d’habitude dans ce genre de film, le rythme est assez saccadé et certains moments peuvent paraître assez long. On retiendra cependant ce chasseur unijambiste complètement over the top. Si on regrettera un lion en CGI pas très folichon, Prey remplie assez bien les critères du midnight movies, même si il fait le strict minimum et ne fait guère de véritable surprise.
Dimanche sera le jour de la compétition internationale avec pas moins de trois films présentés dont l’ultra-attendu Laissez bronzer les cadavres en présence de Hélène Cattet et Bruno Forzani. Si en plus, on ajoute des nonnes et un catcheur mexicain, on risque de passer une très bonne soirée.
Barry Seal, Les Grands Esprits, Home, Le Redoutable, The Party, Colombiennes, Mary… Chaque semaine, une dizaine de nouveaux titres se partagent l’affiche. Que faut-il voir cette semaine au cinéma ? La rédaction fait le tri pour vous. Ce week-end on vous conseille…
Nos années folles,drame français d’André Téchiné, avec Pierre Deladonchamps, Céline Sallette, Grégoire Leprince-Ringuet (1h43).
En adaptant la vie de Paul et Louise Grappe à l’écran, Téchiné fait de cette histoire de transformation, de travestissement et d’amour déchu, un film sensuel, près des corps de ses acteurs, sans chercher à juger ni à expliquer. Porté par deux formidables comédiens, Pierre Deladonchamps et Céline Sallette, Nos années folles est une histoire de trouille autant que de désir de liberté.
Barry Seal,drame américain de Doug Liman avec Tom Cruise, Sarah Wright (1h55).
Comédie déjantée autant que portrait à charge d’un establishment reaganien en proie à la corruption, la success story de ce pilote de ligne un brin opportuniste narrée dans Barry Seal est un vrai rafraîchissement. Un peu comme si Doug Liman, qui n’a rien perdu de son mordant, mélangeait l’âpreté et le cynisme contenu dans Lord of War à l’absurdité de Pain and Gain. Un succès qui n’est possible ceci dit qu’avec la partition délurée d’un Tom Cruise impérial.
Good Time, polar américain de Josh et Benny Safdie, avec Robert Pattinson, Benny Safdie, Jennifer Jason Leigh (1h40).
Good Time est un film électrisant qui démarre sur les chapeaux de roues et qui ne s’arrête jamais. Un rythme effréné, des acteurs investis, une photo sous acide ultra-soignée, une ambiance survoltée, une course contre la montre en temps réel avec une tension permanente, un message social : ce film réunit tout ces ingrédients et bien plus encore, avec une histoire de braquage, des losers magnifiques, une bande originale à tomber et, accessoirement, Robert Pattinson. Un trip efficace.
Mother!, film fantastique américain de Darren Aronofsky, avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle Pfeiffer, Ed Harris (1h55).
Avec Mother!, Darren Aronofsky n’entend pas créer un consensus. Son film, comme son précédent le décrié Noé, va diviser mais cela est le prix d’un cinéma hystérique et d’une proposition artistique totalement folle. Il vient clôturer un triptyque entamé par The Fountain et poursuivi avec Noé, sur l’acte de création et la transmission humaine à travers le regard du couple, fondement de la vie. Vous ne verrez probablement pas un film aussi radical et furieux cette année. À voir pour son message nécessaire même au risque de le rejeter.
The Party,drame britannique de Sally Potter, avec Patricia Clarkson, Timothy Spall, Kristin Scott Thomas (1h08).
The Party réussi le pari de mêler comique et drame pour créer un tout intelligemment écrit. Sans oublier les acteurs qui excellent dans leur rôles, victimes de leurs mensonges. Allez voir ce film, vous ne le regretterez pas.
Si à l’heure actuelle beaucoup de gens rejettent les remakes, ils restent pourtant essentiels au cinéma. Malheureusement certains projets viennent ternir cette image bienfaitrice, comme le téléfilm Dirty Dancing récemment diffusé sur ABC…
La rentrée s’est bien passée pour les jeunes internautes ? Les étudiants en herbe sont déjà à fond dans les révisions, dans le but de préparer leurs examens ? Vous en avez déjà marre de toute cette pression scolaire qui vous stresse, vous angoisse ? Pour adoucir l’ambiance, la rédaction de CineSeriesMag vous propose un petit cours, pour le moins récréatif. Celui abordant le thème de « comment éviter de faire un très mauvais remake ». Et pour illustrer cela, nous aborderons une nouvelle tentative insipide de la part des producteurs, qui pensent pouvoir crouler sous l’or en prétextant faire découvrir une œuvre culte à toute une nouvelle génération de cinéphiles : Dirty Dancing. Mais leur incompétence en termes d’ambition et leur manque d’implication dans leur travail fait que, la plupart du temps, ledit remake est aussi bien une catastrophe artistique que commerciale. Voulez-vous absolument éviter ce cas de figure ? Voici les points à respecter pour réaliser ce que nous pouvons considérer comme un bon remake !
Pour information, Dirty Dancing version 2017 est un téléfilm produit par la chaîne américaine ABC et diffusé le 24 mai dernier.
Avoir une bonne raison de le faire
Avant toute chose, il faut savoir pourquoi réaliser un remake peut s’avérer indispensable pour certaines œuvres cinématographiques. Se présentant par définition comme une nouvelle version du matériau de base, le remake se doit d’apporter quelque chose à ce dernier. Qu’il s’agisse de le dépoussiérer par le biais d’une nouvelle technologie (le King Kong de Peter Jackson, avec des effets spéciaux dantesques) ou par des thématiques remises à l’ordre du jour (La Guerre des Mondes de Steven Spielberg, la menace soviétique laissant sa place aux conséquences du terrorisme). D’y apporter une toute nouvelle vision propre à son réalisateur, pouvant au mieux surpasser son aîné (The Thing de John Carpenter, reprise de La Chose d’un autre monde). De l’améliorer par plus de maîtrise et d’efficacité (La colline a des yeux, d’Alexandre Aja). Bref, il est impératif d’avoir un argument valable pour se lancer dans un tel projet ! Et pourtant, beaucoup ne semblent pas connaître cette règle de base, livrant pour le coup d’infâmes navets au public. Se vautrant dans le copier-coller sans nom, au risque de dénaturer l’œuvre originelle. S’attaquant également à des titres qui, étant tellement ancrés dans leur époque et ayant déjà un charme imparable, n’ont pas besoin d’être « modernisés ». En effet, voir des remakes de films comme Jurassic Park, Titanic, Le Seigneur des Anneaux ou encore – pour toucher un autre domaine de la cinéphilie – Autant en emporte le vent relèverait du blasphème pur et dur. Mais malgré cela, certaines personnes n’ayant pour seule ambition que de « surfer sur le succès » osent ce genre d’infamies, offrant au remake une assez mauvaise image dans l’inconscient collectif.
Dirty Dancing est carrément de cette trempe. Car, en réfléchissant bien, hormis l’appât du gain, pourquoi refaire le film d’Emile Ardolino ? Entre les réfractaires qui le considèrent comme un nanar musical, une bluette à l’eau de rose, et des fans ayant été marqués par ses musiques, son aspect naïf et conte de fées, rien ne prédisposait le long-métrage à avoir droit à un remake. Surtout qu’en y réfléchissant bien, le genre de la comédie musicale se prête assez mal à l’exercice, proposant des titres au scénario se suffisant à lui-même et ayant pour atout une bande son justement indémodable. Se tirant donc déjà une balle dans le pied dès sa mise en chantier, ce genre de remake ne peut que reprendre le script du film originel tout en modernisant – pour ne pas dire massacrer – les chansons. Dirty Dancing version 2017, c’est la copie conforme, réplique après réplique, de l’original. Il y a bien quelques modifications, comme les personnages de Neil Kellerman (petit con prétentieux devenu un benêt lourdingue) et de Vivian Pressman (femme divorcée et cougar au lieu d’une épouse nymphomane). Mais ces changements ne sont pas justifiés et n’apportent clairement rien ! Sans compter quelques oublis (le couple Schumacher, pickpockets) pourtant évoqués sans raisons dans cette version (le scénario passe tout de même par une histoire de vol de portefeuilles), ce qui amène à bon nombre d’incohérences.
En ajout, nous pouvons tout de même compter sur un script s’intéressant bien plus aux parents de l’héroïne. Alors que le film original faisait la part belle à la relation père-fille, ce remake s’intéresse cette fois-ci à la destruction progressive du couple. Le mari, tellement plongé dans son travail et qui veut être le bon père de famille idéal, en délaisse inconsciemment sa femme. Un petit plus apporté à l’histoire de Dirty Dancing qui aurait pu être acceptable – notamment dans cette vision où Bébé et sa sœur, ayant vécu dans cette optique de la famille parfaite, voient cette image s’écrouler car faisant face à la dure réalité de la vie en couple – s’il était narré convenablement. Ou encore l’amourette de la sœur de Bébé avec un musicien noir, afin de parler de couple mixte (surtout pour l’époque du film, les années 60), si ce n’était pas aussi survolé. Malheureusement, tout comme deux-trois chansons supplémentaires, ces apports ne servent finalement qu’à meubler, rendant l’ensemble inutilement long (on passe de 100 à 130 minutes, tout de même !). Et on ne parlera pas du final : un autre ajout (le devenir du couple Bébé/Castle des années plus tard), qui ne fait que casser le côté féerique et niais totalement assumé du long-métrage d’Ardolino, également omniprésent dans cette version.
Avoir un bon casting
Pour un remake, l’un des problèmes majeurs à surmonter est le casting originel. Si beaucoup de films sont encore aujourd’hui dans les esprits, c’est pour leurs comédiens. Pour l’exemple, imaginez-vous une reprise du Flic de Beverly Hills, avec quelqu’un d’autre à la place d’Eddie Murphy ? Ou encore un Retour vers le futur sans Michael J. Fox et Christopher Lloyd ? Vraiment difficile d’entrevoir de tels faits. Et notamment dans le domaine de la comédie musicale, qui puise souvent son succès populaire auprès de son couple vedette. Il suffit de voir Footloose, dont le remake de 2011 souffrait déjà de l’absence de Kevin Bacon (son remplaçant, Kenny Wormald, n’ayant pas le même charisme), ou d’imaginer Grease sans les éternels John Travolta/Olivia Newton-John. Dirty Dancing, c’est exactement la même chose : outre quelques chorégraphies et chansons, ce qui avait marqué les esprits à l’époque de la sortie du film, c’était le tandem Patrick Swayze/Jennifer Grey. Le couple était bancal sur le papier (acteurs inconnus à l’époque, aucune entente sur le tournage…), mais avait réussi à créer l’alchimie et la passion qui avait marqué tant de fans, hissant ce film au rang d’œuvre culte. Remplacer cet atout par de nouveaux comédiens était d’entrée de jeu le premier obstacle à surmonter.
Abigail Breslin est une bonne actrice, elle a su le démontrer dans de précédents projets et ce depuis sa jeune consécration dans Little Miss Sunshine. Mais il faut se rendre à l’évidence : le rôle de Bébé n’est pas fait pour elle. D’une part parce qu’elle n’a malheureusement pas le charme de Jennifer Grey (ni même la carrure, ne le cachons pas sans être méchant…). Et d’autre part, parce que son jeu d’actrice ne convient pas à ce genre de film, surtout quand elle n’est pas dirigée. Si la comédienne semble s’éclater pour quelques pas de danse, elle ne parvient pas à rendre son personnage attachant, car surjouant beaucoup trop. Peut-être le fait-elle le temps d’une scène (celle où son personnage se lâche devant son père), mais cela reste insuffisant. Colt Prattes, quant à lui, est l’exemple-type du mauvais remplaçant. Comme Swayze à l’époque, pour le public, il sort de nulle part (du milieu de la danse et des petits rôles). Cependant, à part jouer le bad boy à l’excès, il est aussi oubliable qu’un figurant de seconde zone, n’ayant tout simplement aucun « dirtycharisme » ni talent. Malgré leur mésentente si légendaire, Jennifer Grey et Patrick Swayze avaient su mettre de côté leurs différends (sauf quand Swayze ne cachait pas son agacement envers sa partenaire qui riait sans cesse à ses chatouilles involontaires, scène d’ailleurs gardée dans le film) et créer l’alchimie parfaite entre leurs deux personnages, faisant prendre à Dirty Dancing tout son sens. Avec Abigail Breslin et Colt Prattes, c’est le vide abyssal. La passion n’est plus au rendez-vous. Plus rien ne semble crédible à l’image. Le remake n’a, pour ainsi dire, plus aucune raison d’être, ayant enterré l’essence même du film original. Et ce n’est pas, comme dans la plupart des « nouvelles versions », en prenant des comédiens connus (outre Abigail Breslin, nous avons également Bruce Greenwood) que cela va arranger quoi que ce soit. Car ce n’est pas en cherchant à redonner du prestige à un casting bancal que l’on retrouve forcément l’étincelle de l’original.
Avoir une bonne équipe en charge du projet
Comme pour n’importe quel film, il est impératif que l’équipe de tournage soit solide pour un remake. Notamment en ce qui concerne le réalisateur, l’une des personnes clés de la conception du projet. Celle qui peut comprendre ce qu’elle a entre les mains, qui a correctement décortiqué le matériau de base pour en faire une variation respectueuse. Et surtout quelqu’un sachant mener à bien un projet, qui ne soit pas un banal yes man ne faisant que son devoir sans se forcer. Dans ce cas-là, le rendu final risque fort de n’avoir aucune envergure. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un remake (plutôt d’un hybride entre la suite et le reboot), prenons le cas de Predators. Le producteur Robert Rodriguez a voulu rendre hommage au film de McTiernan car, ce qui en faisait son charme, c’était son action dans la jungle. Donc faisons un nouvel opus dans la jungle ! Mais Predator premier du nom n’était pas aussi banal que Rodriguez semblait le voir. Il y avait une mise en scène ingénieuse, pointilleuse, malheureusement singée dans le reboot. Des séquences d’anthologie, reprises plus que maladroitement (celle du Yakuza, remplaçant l’Amérindien du film original, devenant un banal face-à-face et non une séquence de terreur). Il est donc clair que le réalisateur d’un remake se doit d’être talentueux et de savoir quoi faire de son projet. Et pour bien le comprendre, voici un comparatif de la danse finale des deux versions de Dirty Dancing, séquence qui résume à elle seule le fossé séparant les deux films.
Emile Ardolino (futur réalisateur de Sister Act), est à la tête d’une histoire d’amour musicale et il le sait très bien ! Du coup, pour la grande scène de danse, que fait-il ? En fond sonore, il met une chanson magnifique (qui remportera l’Oscar en 1988), faisant encore vibrer les foules grâce à sa mélodie et ses deux interprètes. Il colle sa caméra à son couple vedette et ne le quitte pratiquement jamais des yeux, afin de capter un regard, un sourire qui témoigne de la complicité des deux personnages. La caméra ne quitte le duo d’acteurs que pour voir la réaction des spectateurs de la scène, éblouis par le spectacle qui leur est offert. Le réalisateur occupe l’espace comme il se doit, tournant autour pour mieux apprécier la chorégraphie. Il met le paquet sur les spots de lumière, afin de créer une ambiance à la fois passionnelle et virevoltante, à la limite du féérique (lumière rose, claire, éblouissante). Le film parlant de danse, il mise tout sur les pas de ses interprètes. Swayze démontre ses talents de danseurs, Grey s’éclate tout comme son personnage. Ils sont spontanés, énergiques, élégants… L’entrée sur la piste des figurants démontre le travail accompli par une très belle synchronisation. Et enfin, le plan iconique qui marquera toute une génération : celui du porté, filmé comme si c’était le clou du spectacle (couple mis en valeur, la comédienne dans une lumière plus forte, élévation de la musique…). Tout semble à fois si simple et si beau ! Normal que cette séquence traverse encore les âges !
Bien qu’il ait déjà dirigé des films musicaux (dont Les Saphirs), le réalisateur australien Wayne Blair n’était pas le gars sur qui il fallait compter pour faire un remake de Dirty Dancing. Avec une mise en scène beaucoup trop plan-plan et une mauvaise direction d’acteurs (la façon dont est joué le discours de Johnny Castle en dit long), le bonhomme se perd dans ce qui semble être un spectacle de fin d’année, encore au stade des répétitions : chorégraphies molles (Colt Prattes se dandine plutôt qu’il ne danse), comédiens ne se lâchant jamais, la caméra donnant l’impression de faire des repérages sur le plan final à enregistrer (constamment fixe malgré quelques zooms mineurs, n’occupant pas l’espace comme il faut…). L’ensemble parait brouillon, ne mettant jamais en valeur la danse des figurants ni même du couple vedette, beaucoup trop paresseux. Les lumières ne sont pas aussi travaillées, ce qui empêche une ambiance de se créer. La niaiserie prend cependant plus d’ampleur, donnant l’impression d’un film qui en fait beaucoup trop, qui n’a plus rien de spontané, d’iconique (le porté perd toute son ampleur). Cette fois-ci, les comédiens chantent, mais comme tout ne semble pas finalisé, la synchronisation avec le playback est laborieuse (mention spéciale à Bruce Greenwood) et le travail sur le chant n’est pas peaufiné comme il se doit. Et avec un public qui s’extasie pour rien, la mythique scène de Dirty Dancing premier du nom devient une représentation ridicule, guignolesque, qui fait autant rire jaune que pitié.
Et dire qu’à la base, c’était Kenny Ortega qui devait s’atteler à ce remake… Bien que celui-ci ait à son actif la trilogie des High School Musical et des deux Descendants, il est quand même un chorégraphe reconnu. Il a notamment travaillé avec Madonna, Michael Jackson et sur certains films, dont Dirty Dancing premier du nom. Même s’il n’est pas un réalisateur de renommée, il était au moins capable de donner du panache à cette nouvelle version, du moins pour les séquences dansées. Mais au final, à force de ne pas savoir comment mener le projet et de ne plus avoir confiance (au point de le reléguer au rang de téléfilm), les producteurs ont préféré jeter leur dévolu un metteur en scène lambda, incapable de bien moderniser une œuvre (mettre de l’électro dans She’s Like The Wind alors que l’histoire se déroule dans les années 60, c’est déjà problématique) et de tout mener sans aucun génie. Un homme ne sachant jamais recréer la passion de ses personnages, ni même la sensualité qui pouvait se dégager de certaines scènes. Comme les mains de Swayze caressant le corps de Grey. Juste un mec musclé faisant tomber le t-shirt trop facilement, à l’instar de Taylor Lautner dans Twilight. Donc, si vous voulez un bon remake, choisissez bien votre réalisateur et les gens qui l’entourent (monteur, directeur de la photographie…). Sinon, vous foncez droit dans le mur !
Voilà, ce petit cours arrive à son terme. En espérant que cela ait été autant récréatif qu’instructif. Le but étant de rappeler qu’un remake n’est pas forcément une abomination cinématographique mais bien une œuvre purement légitime. À condition, bien évidemment, d’avoir toutes les cartes en mains pour justifier son existence. Et en espérant également que ce cours vous aura donné envie d’éviter à tout prix ce Dirty Dancing version 2017 qui a eu la seule bonne idée de ne pas traverser l’Atlantique, ni de sortir dans les salles obscures. Mais qui a malheureusement réussi à laisser Bébé toute seule dans un coin…
Pour fêter ses 10 ans, le FEFFS démarre très fort avec la nouvelle adaptation du roman culte de Stephen King, Ça et le retour en fanfare des hollandais de New Kids Turbo avec Ron Goossens, Low Budget Stuntman pour ouvrir les séances de minuit.
Voilà, on y est. La dixième édition du FEFFS vient de débuter ce vendredi 15 septembre. Au menu, une programmation des plus alléchantes et ce n’est pas cette première soirée qui va nous faire dire le contraire. En effet, c’est le film d’horreur le plus attendu de l’année, Ça qui a eu l’honneur d’ouvrir cette édition anniversaire. Mais ce n’est pas tout, le festival nous a également proposé un petit midnight movie bien décalé, de quoi se mettre très vite dans le bain.
[Film d’ouverture] – Ça
Réalisé par Andy Muschietti (USA, 2017). Date de sortie : 20 septembre 2017
Certainement le film d’horreur le plus attendu, encore plus après que Xavier Dolan l’ait qualifié de film du siècle, Ça a fait salle comble pour l’ouverture de cette dixième édition. À tel point qu’une nouvelle séance a été ajouté à la dernière minute. Forcément, quand on a adapte l’une des œuvres les plus emblématiques du maître de l’horreur, Stephen King, la hype est présente, mais est-ce que Ça le mérite ?
Dans le Maine, un groupe d’adolescents de 13 ans se voit confronté à un clown maléfique se servant des peurs de ses victimes pour les enlever, voilà la postulat de base de Ça. Très vite, on retrouve cette ambiance créée par Amblin dans les années 80, et reprise bien évidemment l’année dernière par le carton Stranger Things. Il n’est donc pas étonnant de voir les résultats au box office du film, tellement il se rapproche de la série Netflix. C’est d’ailleurs le gros point fort du film de Muschietti, l’alchimie qui se dégage du groupe des Losers. Si certains restent en retrait, le groupe dans son ensemble fonctionne à merveille, et on remarque une certaine aisance de la part de ces jeunes acteurs dans leurs échanges. Parmi eux, on retrouve d’ailleurs Finn Wolfhard (qui joue dans Stranger Things) qui se transforme en véritable machine à punchlines, et Jaeden Lieberher (déjà vu dans Midnight Special) en leader bègue. C’est au travers de cette bande d’enfants que Muschietti va pouvoir établir une ode à l’enfance et à l’affrontement des peurs qui accompagnent cette période charnière de la vie.
Malheureusement la façon dont il va mettre cette peur en scène ne sera pas toujours des plus convaincantes, notamment lors des premières apparitions du clown Pennywise. En effet, Muschietti va dans un premier temps céder à la facilité pour essayer d’instaurer l’angoisse et cela se traduit par ces procédés un peu putassier qui parsèment le cinéma d’horreur grand public aujourd’hui. Jump scares sonores et visuels seront donc bien évidemment de la partie. Cependant, Muschietti va se rattraper plus tard et réussir à véritablement créer une atmosphère des plus cauchemardesques et cela apparaît lors de l’arrivée de la bande dans la maison abandonnée. Il faut dire qu’il est aidé par un très beau travail de Chung-hoon Chung à la photographie qui arrive à rendre l’antre de Pennywise des plus angoissantes. Bill Skarsgard est d’ailleurs des plus convaincants dans son rôle de clown tueur, grâce à un sourire des plus sadiques.
Ça est donc une belle petite réussite, qui ne peut cependant s’empêcher de tomber dans des écueils propres aux genres de ces dernières années. Il délivre cependant un beau message de courage et de surpassement de soi-même servi par un casting remarquable à l’alchimie notable. Un bien bel façon de débuter ce festival.
[Midnight Movies] – Ron Goossens, Low Budget Stuntman
Réalisé par Steffen Haars et Flip van der Kuil (Pays-bas, 2017). Date de sortie inconnue
Si il y a bien deux réalisateurs qui pouvaient ouvrir la section midnight movies en beauté, c’est bien le duo néerlandais Steffen Haars et Flip van der Kuil. Connu pour le diptyque New Kids où des beaufs aux mulets de compétitions décidaient de ne plus rien payer, les deux hollandais se sont très vite portés comme étendards d’un humour très graveleux, trash à l’extrême et ne se refusant aucune limite dans le mauvais goût. Bien évidemment, leur nouvel essai Ron Goossens est de la même trempe.
Racontant l’histoire du personnage éponyme, poivrot notoire devenu star du web après une cascade ratée, qui entame une carrière de cascadeur dans le cinéma, Ron Goossens est un film d’amour, mais attention un film d’amour par Steffen et Flip n’est pas comme tous les autres. Ici, notre valeureux prince pas très charmant doit se taper la sublime Bo Maerten (dans son propre rôle) pour espérer reconquérir Angela son amour de toujours trop occuper à se faire prendre par la moitié du village pour prêter attention au pauvre Ron. Notre héros va donc tout faire pour retrouver sa dulcinée et pouvoir fonder une famille. Sous cette quête à peu près noble se trouve cependant un déluge de gags plus extrêmes les uns que les autres. Entre racisme, pédophilie ou scatophilie, le duo Steffen/Flip n’y va pas avec le dos de la cuillère. Le cocktail parfait pour un midnight movie qui fera déclencher de nombreux rires dans la salle tellement les hollandais ne se voient aucune limite dans le jusqu’au-boutisme de la beauferie. Agrémenté d’un petit côté méta sur l’industrie cinématographique hollandais avec de nombreux caméos dont Dick Maas (un des invités d’honneur du FEFFS), Ron Goossens est une quête de la rédemption par un homme blessé par l’amour. Le film manque peut-être un peu de mulet comparé aux New Kids, mais bon quand on a des sublimes montages alternant séance de beuverie avec des clips du François Feldman hollandais et sa sublime nuque longue bouclée, on ne va pas faire la fine bouche.
Pour sa deuxième journée, le FEFFS mettra la Hollande une nouvelle fois à l’honneur, avec non pas un, non pas deux mais trois films de Dick Maas qui nous fera également l’honneur de sa présence. Ce deuxième jour sera également l’occasion de débuter la compétition crossovers avec Super Dark Times.
Entre portrait à charge de l’establishment reaganien, rise & fall à la Scorsese et mix entre Lord of War et Pain and Gain, Doug Liman signe avec Barry Seal une virée sous speed et furieusement jouissive dans l’une des histoires les plus délirantes et débridées de l’Oncle Sam.
Un pilote de ligne au sourire Colgate ravageur ayant convolé pour la DEA, la CIA, Pablo Escobar & qui a vécu le rêve américain ? Un peu plus et on serait tenté de croire que ce Barry Seal n’a jamais existé ; qu’il est de cette trempe de personnage déluré servant à rappeler à quel point l’imagerie du rêve américain infuse jusque dans son propre cinéma. Mais là ou le bât blesse, c’est que ce Barry Seal a vraiment existé. Un anti-héros d’un autre temps, qui chance et culot aidant, s’est vu devenir un des rouages les plus importants dans l’ascension de Pablo Escobar et la traque malheureuse que tenta la DEA et la CIA pour arrêter le trafiquant colombien. Et si sur le papier, tout indiquait que Barry Seal : American Traffic allait emprunter un chemin au moins égal si ce n’est similaire à Argo : celui d’un fait divers « bigger than life » impliquant le gouvernement traité avec suffisamment de recul pour en percevoir toute la gravité, il n’en est heureusement rien. La chance à Doug Liman & Tom Cruise, tous deux responsables de ce rail cinématographique délirant et débridé qui rappelle curieusement un Lord of War coupé à l’absurdité de Pain and Gain.
Un portrait à charge nappé de cool de l’administration reaganienne
Quiconque connait ainsi Doug Liman sait que le bougre, entre deux morceaux de peloches guindées grand public, se plait à dessouder subtilement ou non les instances gouvernementales américaines. Que ça soit son récentThe Wallou l’acclamé Fair Game, l’américain a ainsi toujours cru bon de mêler divertissement et réquisitoire dans un même film. Le voir donc s’approprier l’histoire de ce pilote de ligne n’avait à priori rien d’anormal, tant celle-ci au travers des exploits de son pilote révèle en filigrane les failles béantes d’un système reaganien la plupart du temps corrompu ; le reste du temps impuissant face à la menace de la drogue. Fatalement, voir donc au milieu de ce marasme bureaucratique, la success-story de ce monsieur tout le monde un brin entreprenant qui va duper le système et s’en mettre plein les poches, a quelque chose de grisant. De comique même. Et c’est sans doute parce qu’il doit prendre un malin plaisir à dessouder le gouvernement de manière détournée, que Liman y va franco quitte à transformer le tout en un sommet de cynisme et d’opportunisme. Dès l’entame ça se sent d’ailleurs. Patine rétro assumée, logo des studios qui crame et se remet à la page des années 80 ; bref tout sent l’anti-conformisme à plein nez. Un peu comme si Liman réitérait ce qui avait fait le succès de sonEdge of Tomorrow, un délire SF qui brillait non seulement par son concept mais surtout par son montage qui lui conférait toute sa force comique. Là, même rengaine, l’auteur se plaisant à user à fond du média montage pour appuyer encore plus loin les délires de son pilote devenu bien malgré lui millionnaire. Et ça marche. Du moins suffisamment pour souligner l’absurdité de la situation et poser sur le film, un sentiment d’irréalité, de fantasme, de cool. Si bien que la véhémence du message initial, à savoir pointer du doigt des instances US dépassées et qu’on se le dise franchement incompétentes s’en retrouve éclipsé au profit d’une leçon de cool vivifiante.
Un opéra à la gloire du talent comique de Cruise
Et question cool, Liman peut compter certes sur son montage mais surtout sur Tom Cruise. L’acteur qui laisse le temps d’un film son costume d’action-man du cinéma US apparait ici transfiguré. Fini les abdos saillants de son Ethan Hunt (Mission Impossible) et bonjour la bedaine et l’insouciance qui va de pair avec l’américain moyen. Une surprise d’autant plus forte qu’elle marque son retour dans la composition dira-t-on normale. Celle qui requiert plus que la simple belle gueule ou le charisme ravageur. Et c’est marrant car ça nous rappelle à quel point Cruise est bon quand il est en confiance. Puisque si il joue à merveille la carte du pilote déboussolé en proie au doute quand on lui propose de convoyer pour la CIA, on ne peut feindre le rire hilare quand le doute du personnage s’envole pour laisser place à l’assurance tue la mort, du genre qu’il a quand il doit faire décoller un avion d’une piste minuscule ou mieux encore, se poser en catastrophe dans une banlieue résidentielle, la DEA aux fesses. Mais au-delà de ça, c’est bien pour sa prédisposition à embrasser les embardées du film que Cruise se révèle dément. Quand le film se veut grave, il joue la poker face. Et quand il fonce à 200 à l’heure et souligne l’heureux destin de cet escroc, pas besoin de longtemps avant de voir Cruise décocher un sourire qui ferait pâlir une Miss France. Tout ça a pour résultante de voir un acteur qu’on croyait connaitre par cœur et jouer la carte de l’arnaqueur professionnel avec tellement d’aisance et de naturel que l’on en viendrait à vraiment réévaluer son potentiel comique.
A mi-chemin entre l’absurdité de Pain and Gain et le cynisme de Lord of War, Barry Seal : American Traffic permet à Tom Cruise de jouer la carte du self-made man déluré dans ce brulot délibérément comique envers l’establishment reaganien. Rafraichissant et furieusement fun !
Barry Seal – American Traffic : Bande-annonce
Synopsis : L’histoire vraie de Barry Seal, un pilote arnaqueur recruté de manière inattendue par la CIA afin de mener à bien l’une des plus grosses opérations secrètes de l’histoire des Etats-Unis.
Barry Seal – American Traffic : Fiche technique
Titre original : American Made
Titre français : Barry Seal : American Traffic
Réalisation : Doug Liman
Casting : Tom Cruise (Barry Seal), Sara Wright (Lucy Seal), Domhnall Gleeson (Monty Schafer), Jama Mays (Dana Sibota), Jesse Plemons (le shérif Downing), Lola Kirke (Judy Downing), Caleb Landry Jones (JB), Connor Trineer (George W. Bush)
Scénario : Gary Spinelli
Direction artistique : Kelley Burney
Décors : Dan Weil
Costumes : Jenny Gering
Photographie : César Charlone
Montage : Dylan Tichenor
Musique : Christophe Beck
Production : Doug Davison, Brian Grazer, Ron Howard, Brian Oliver et Tyler Thompson
Producteurs délégués : Ray Angelic, Michael Bassick, Jean-Luc De Fanti, Terry Dougas, Michael Finley, Paris Kasidokostas Latsis, Kim Roth, Lauren Selig et Christopher Woodrow
Sociétés de production : Cross Creek Pictures, Imagine Entertainment, Quadrant Pictures et Vendian Entertainment
Sociétés de distribution : Universal Pictures (États-Unis), Universal Pictures International France (France)
Budget : 80 000 000 $
Genre : thriller, policier, comédie
Durée : 115 minutes
Date de sortie : 13 Septembre 2017
Avec son dernier film, The Party, Sally Potter signe un huis-clos où les secrets de couples bouillonnent jusqu’à atteindre des sommets de dramaturgie, tout en arrivant à faire rire. Brillant.
Synopsis: Janet (interprétée par Kristin Scott-Thomas) vient d’être nommée ministre de la santé. Elle décide avec son mari Bill (Timothy Spall) de réunir quelques amis, mais la fête va révéler des secrets qui vont tout faire basculer…
A peine commencé que le temps file à une allure folle. L’histoire se déroule en temps réel (1h11), et est construite comme une pièce de théâtre. Le décor est entièrement constitué de la maison du couple, parfois aussi du jardin. Les personnages sont introduits un à un et l’on découvre leur personnalité archétypale, ce qui permet de les reconnaître. Tom (Cillian Murphy), c’est le drogué, le mec sûr de lui, qui bosse dans la finance. Gottfried (Bruno Ganz) c’est l’homme aux penchants mystiques, et sa femme April (Patricia Clarkson) la cynique. Sans oublier Bill, l’impayable Bill dont on comprend qu’il ne va pas bien dès les premières minutes; et le couple de lesbiennes dont la plus jeune attend des triplés.
On comprend en regardant les scènes se passer, que quelque chose cloche. La première scène du film nous met sur la voie : Janet tient un pistolet pointé sur nous comme pour nous prendre à partie de cette tragédie qui va se jouer sous nos yeux. Car l’œuvre s’écrit sur deux tableaux : le drame, induit par les secrets qui vont se révéler au fur et à mesure, puis la comédie, par les situations grotesques qui s’installent, ainsi que les dialogues incisifs. Le personnage d’April fait mouche à presque chaque réplique, tant son cynisme et son pessimisme sont intelligemment dépeints.
Ce mélange des genres fonctionne parfaitement, et la mise en scène est brillante. La musique intradiégétique sert de manière subtile à faire rire, en étant par exemple mal approprié à la situation, ou bien s’arrêtant dans les instants les plus dramatiques. En tant que spectateur, on prend partie pour Janet, perdue au milieu de ses invités loufoques qui ne l’aident pas vraiment face à la révélation de son mari. Les masques tombent petit à petit, jusqu’à créer un chaos total où la situation part en vrille. Les couples se défont et c’est un régal pour nous car les dialogues sont drôles, mais ce sentiment laisse place à de la pitié. Faut-il rire ou pleurer? Les deux à la fois. De plus, les acteurs sont vraiment impliqués dans leur rôle, et les plans au cadrage serrés sur leur visage renforcent l’attachement que nous éprouvons pour eux.
Le sujet abordé est ambivalent, tout comme le laissait supposer le titre. The Party peut aussi bien désigner la fête que le parti politique que Janet représente (que l’on devine être le Labour Party, celui des travaillistes). Même si la situation politique du pays n’est jamais clairement définie, elle est en revanche parfaitement mise en cause par certains personnages, dont April. Des débats naîtront d’ailleurs au sein du petit comité. L’autre sujet principal constitue celui du jeu des apparences, et de la fragilité des relations. Nous assistons à un déchirement des couples : celui de Gottfried et April, dont elle veut divorcer, puis celui du couple lesbien dont la faute incombe indirectement à la révélation de Bill. Son propre couple à lui, également.
Le vrai défaut du film, finalement, est sa longueur. On aimerait qu’il dure plus longtemps. Même si la temporalité fondée sur celle du réel est bien retransmise, parfois les situations s’enchaînent un peu trop rapidement. Notamment certains revirements de comportement. Quant aux twists, on peut les deviner, mais le dernier reste inattendu -et encore une fois- intelligent. Et même si la réalisatrice ne renouvelle pas le genre du huis-clos, elle en livre une version plus que correcte.
The Party est un film brillant à bien des égards, porté par une sublime direction d’acteurs et un comique de situation à toute épreuve. Laissez-vous emporter par cette histoire folle dont vous ne serez pas déçus.
The Party : Bande-Annonce
The Party : Fiche Technique
Réalisatrice : Sally Potter
Scénario : Sally Potter
Interprétation : Kristin Scott-Thomas, Timothy Spall, Patricia Clarkson, Bruno Ganz, Cillian Murphy, Cherry Jones, Emily Mortimer…
Directeur de la photographie : Aleksei Rodionov
Chef monteur : Emilie Orsini, Anders Refn
Chef décorateur : Carlos Conti
Distributeur : Eurozoom
Genre : Drame, Comédie
Durée : 1h 11 min
Récompensé lors du Festival de Deauville 2017 avec le Prix du public, le film sentimental de Marc Webb n’aura pourtant pas fait l’unanimité. Malgré l’originalité de son scénario, Mary est une comédie dramatique, maladroitement prévisible.
Du déjà-vu ?
Lorsqu’on évoque Marc Webb, on pense évidemment à son emblématique film, (500) jours ensemble. À la fois drôle et originale, cette comédie portée par Zooey Deschanel et Joseph Gordon-Levitt est sans aucun doute la plus grande réussite du réalisateur. Le retour de l’Américain dans les films indépendants était donc particulièrement attendu. Mary ou Gifted (titre original) retrace le parcours d’une petite fille confiée à son oncle (Chris Evans), après le suicide de sa mère. Une fillette au talent surdimensionné, qui va rapidement se retrouver au cœur d’une querelle familiale : Mary doit-elle continuer à vivre avec son oncle au risque de devenir une jeune fille quelconque, ou bien doit-elle suivre sa grand-mère afin de devenir, par défaut, une illustre personne ?
Même si le scénario relève de l’originalité, Mary tend à sombrer peu à peu dans le prévisible. La première partie de l’intrigue est également la mieux traitée. On y découvre une aveuglante complicité entre les personnages principaux ; Mary, une fillette à la maturité affolante et Frank, un oncle protecteur et responsable. Le tout est bercé par une pointe d’humour particulièrement appréciable. Mais passée le première heure, le film semble se perdre en sombrant peu à peu dans le pathos. On compte de nombreux moments faibles mêlés à un excès d’émotions… On jette un œil à notre montre tout en regardant, sans aucun suspense, la finalité de cette histoire. Bref, en multipliant les longueurs, Marc Webb fait de Mary une comédie mélo-dramatique décevante. Et pourtant, la simplicité de la narration aurait pu devenir le point fort de ce film. Un scénario tout en naturel n’est-il pas ce qu’il y a de plus plaisant ? Mais pourquoi Mary serait-elle une œuvre malheureusement mineure ?
Tout simplement car c’est du déjà-vu ! En effet, nombreux sont les drames offrants une configuration similaire à celle présente dans Mary : un contexte de conflit et de tiraillement familial pour la garde d’un enfant. Un sujet pour le moins convoité par un grand nombre de réalisateurs. Mais parfois, il suffit d’un rien pour rendre une œuvre, véritablement singulière : une pointe de poésie, d’esthétisme ou encore de musicalité, une chose dont Marc Webb n’aura pas su faire preuve ici… Pourtant, il faut bien avouer que le casting est l’aspect positif du film. Le personnage de l’enfant, incarné par la jeune McKenna Grace, est d’une justesse infinie. Au centre de l’affrontement familial, elle est cette lueur dans l’obscurité. Soyons honnêtes, sans elle, le film ne saurait exister.
Mary est un film léger, se laissant tout de même regarder. Bien loin d’être l’œuvre majeure de Marc Webb, cette comédie dramatique est tout de même un feel-good movie plein d’humanité. Simple et efficace ? Désormais, c’est à vous d’en juger !
Mary : Bande-annonce
Mary : Fiche Technique
Titre original : Gifted
Réalisateur : Marc Webb Scénario : Tom Flynn Interprétation : Chris Evans, Mckenna Grace, Lindsay Duncan, Octavia Spencer,Jenny Slate, John M. Jackson Musique : Rob Simonsen Photographie : Stuart Dryburgh Montage : Bill Pankow Chef décoratrice : Laura Fox
Producteurs : Andy Cohen, Karen Lunder Distributeur : Twentieth Century Fox France Genre Drame Durée : 1h 41min Date de sortie : 13 septembre 2017
Nos années folles ne se contente pas, comme la BD Mauvais genre ou le livre La garçonne et l’assassin avant lui, de raconter l’histoire de Louise et Paul Grappe, mais parle de corps qui se cherchent, de trouille de la guerre et d’amour dévasté. Tout cela à travers l’œil aguerri d’André Téchiné et sa caméra qui filme au corps à corps.
Aimer à perdre la raison
Le film commence sur des gestes précis, filmés avec une attention toute particulière. Ce sont ceux des couturières, groupe duquel se détache très vite la figure de Louise. Dans cette partie du film, Paul, son mari, n’est plus en danger de mort. Il a été amnistié. Il se produit même dans un cabaret. La figure de Louise va parcourir le film, tantôt en amoureuse passionnée, tantôt déchue, mais aussi, et c’est plus étonnant, en destructrice déterminée, puis en mère. Cette femme n’est pas la seule du film, loin de là. A ses côtés, on retrouve aussi la mystérieuse Suzanne, cachée à ses collègues couturières par Louise. Si présente et pourtant si absente qu’elle fera penser à la patronne de Louise que Suzanne et elle entretiennent une relation homosexuelle. Elle est alors loin de se douter que Suzanne est en fait Paul, déserteur de guerre et devenu femme par la force des choses. Ou plutôt par la volonté de Louise, qui en fait d’abord un jeu, déjà auréolé d’inquiétude, notamment dans la scène où la grand-mère de Louise en rit à table avant, la seconde d’après, de se renfermer, être prise de panique. Louise prétend pourtant que c’est le seul moyen pour Paul de ne pas être exécuté. Il échappe donc à la trouille de la guerre et rejoint les plaisirs de la chair. Car quand il se décide enfin à vivre en Suzanne – « il faut que j’ai les couilles de sortir seul » dit-il à Louise – c’est dans le bois de Boulogne qu’il devient le centre de toutes les attentions. Il finit même par se prostituer (mais déteste ce mot) en Suzanne, emmenant parfois avec lui une Louise craintive mais pas récalcitrante. Elle s’efface peu à peu devant cette figure si égocentrée qu’est Suzanne/Paul. Qui de l’un ou de l’autre domine alors ce corps ? Mystère que Téchiné se refuse à élucider puisque chez lui les corps, filmés au plus près des peaux, sont multiples, les êtres jamais figés. La peau d’ailleurs, Paul voudrait bien s’en défaire. Un jour, en permission, alors qu’elle se plaint qu’il sent la boue, Louise se voit répondre par Paul « la prochaine fois je me laverai mieux, jusqu’à arracher ma peau, tu m’aimeras encore sans peau? ». Elle continue à l’aimer bien sûr, presque aveuglément, c’est d’ailleurs un autre homme qui à cet amour aveugle opposera à Louise un amour « droit ». Mais Louise persiste. Même une fois son secret percé au grand jour, même quand Paul ne veut pas de l’enfant qu’elle porte.
Amour un jour, Suzanne toujours …
La force du film de Téchiné est de mêler à l’attention première sur les gestes, un film de chair, de corps qui se mêlent. Le réalisateur, qui raconte ici une histoire « vraie », ne cherche pourtant pas à nous tenir par la main sur le chemin de la reconstitution. De la guerre, il montre avant tout la trouille de Paul, qui se lit sur son visage. De l’atelier de couture, des petites fourmis au travail, leurs mains attentives et leurs repas au grand air. Et de l’amour de Paul et Louise, il ne tente pas de nous convaincre, les corps sont nus, tout prêts à se mordre, se prendre. Les ébats sont filmés furtivement dans la toute première partie du film. Et de cette invraisemblable histoire de transformation, Téchiné se fait le témoin et non le juge. Il mêle d’ailleurs au récit initial, celui fantasmé dans un cabaret, les deux se mélangent sans cesse, ajoutant au trouble qu’entraîne Suzanne dans la vie de Paul et Louise et surtout accentuant l’idée que Suzanne échappe à celle qui l’a imaginée : Louise. Pour nous raconter cette histoire, Téchiné, comme il l’avait déjà fait dans son précédent film Quand on 17 ans, s’intéresse aux visages, à leurs réactions. Il montre aussi la face duelle d’une relation, qui n’est jamais ce qu’elle paraît. Dans une très belle scène de rencontre avec une « gueule cassée », d’abord vue de son profil intact, Paul apprend à s’assumer en Suzanne. Mais il ne renonce pas à Paul pour autant. Cependant, ce Paul là est déjà loin, trop loin d’une Louise prête à se reconstruire et qui l’aime « comme il est » alors que lui-même avoue ne pas savoir qui il est vraiment, et refuser de choisir. Alors, tout s’accélère, l’amour échappe à ce couple si fort, qui pensait se protéger rien qu’en étant dans les bras l’un de l’autre. Avec Céline Sallette et Pierre Deladonchamps, Téchiné a trouvé le couple parfait, qui se répond – parfois quand Paul est en Suzanne on pourrait presque les confondre – autant qu’il s’oppose. Ainsi, face à cet homme d’abord fragile puis bientôt ogre, Céline Sallette a du répondant. L’actrice offre à Louise un corps fin mais robuste, une voix et un regard. Quant à Pierre Deladonchamps, il excelle comme jamais dans ce jeu de transformation, de perdition et de retrouvailles avec un soi-même qui est déjà autre.
Le corps en question…
Cette question des corps et de la transformation mise en avant par Téchiné amène à se poser celle de la sexualité, fréquemment abordée par le réalisateur. S’il a souvent été question d’homosexualité masculine chez André Téchiné, on pense notamment aux Témoins ou encore au plus récent Quand on a 17 ans, dans Nos années folles le sexe tient une place prépondérante, sans pour autant être réellement abordé de front. En effet, quand la relation entre Louise et Paul se passe au mieux, soit avant et au début de la guerre, leurs corps se jettent l’un sur l’autre de manière égale. Déjà dansQuand on a 17 ans, quand il filmait le premier rapport charnel entre Damien et Tom, Téchiné refusait de choisir un dominant, surtout là où on l’attendait. Il montrait donc un basculement, chacun des deux garçons ayant le loisir de « s’offrir » à l’autre. Dans la relation entre Paul et Louise, c’est à peu près identique. Mais quand Suzanne se jette sur Louise après qu’elle l’ait maquillée, habillée, elle est soudainement plus brutale, Louise lui demandant, dans une scène d’amour plus longue que les autres, d’y aller « moins fort ». Leur sexualité s’en trouve donc transformée, avant qu’elle échappe à Louise qui ne fait plus qu’observer Suzanne faisant l’amour (sans aimer, précise-t-elle) avec d’autres. On ne voit Louise, qui a besoin d’aimer ou au moins de connaître l’autre pour « avoir envie de coucher avec », faire l’amour avec un autre homme qu’une seule fois, du moins c’est ce que décide de montrer Téchiné. Cette scène n’est que suggérée, pas montrée. Louise est sommée de s’asseoir sur le siège qui précisément représente la virilité de son « amant », un comte fasciné par l’Allemagne et qui raconte à quel point le front, le combat furent signes de liberté pour lui. Il évoque cela longuement, faisant, dans ses mots, de Suzanne/Paul, un non homme, pas même une femme. Téchiné ne décide donc pas qu’une sexualité est soit féminine, soit masculine, il donne à voir des êtres qui cherchent à expliquer leurs désirs, d’autres qui les vivent. A l’heure où fleurissent les questionnements sur la sexualité féminine et sa représentation, il est intéressant de voir ce que fait Téchiné de cette histoire d’amour duelle. On se souvient que la question était assez peu abordée par Dolan dans Laurence Anyways, autre histoire d’homme se désirant en femme et en aimant une autre, qui l’a d’abord aimé en homme. Le sexe était volontairement caché dans Une femme fantastique, mettant cette fois-ci en scène une actrice transgenre. C’est donc vers les séries qu’il faut se tourner – car au cinéma seule Lucie Borleteau avec Fidelio, l’odyssée d’Alices’en est ouvertement emparée ces dernières années – pour voir la question d’une sexualité complexe et décomplexée, abordée au-delà du genre. Après Téchiné, on peut donc s’intéresser au travail d’Iris Brey avec Sex and the series, réflexion sur la représentation de la sexualité féminine sur le petit écran. Les questions abordées sont, là encore, celles de la quête de soi. Et c’est avant tout des individus à part entière que filme Téchiné, même quand ils se perdent l’un dans l’autre, se désintéressent de l’objet du désir, accusant une envie de liberté factice et individualiste, bien trop grande pour eux. Et c’est ça le plus passionnant chez Téchiné, depuis toujours, étudier à l’écran la transformation, l’entaille que la vie laisse sur les chairs amoureuses, même désunies.
Nos années folles : Bande annonce
Nos années folles : Fiche technique
Synopsis : La guerre 14-18 éclate, Paul Grappe a peur, trop peur de mourir, il déserte. Pour le cacher, le sauver et lui permettre de sortir au grand air, Louise, sa femme, lui propose de le travestir en femme. Il refuse d’abord puis devient Suzanne et y prend goût, peut-être même un peu trop…La fin de la guerre n’enterre pas définitivement Suzanne, de l’appartement du couple à la scène d’un cabaret, sa figure continue de hanter Paul et bien sûr Louise.
Réalisateur : André Téchiné
Scénario : André Téchiné, Cédric Anger, d’après La garçonne et l’assassin de Fabrice Virgili, Danièle Voldman
Interprètes : Pierre Deladonchamps, Céline Sallette, Michel Fau, Grégoire Leprince-Ringuet, Virginie Pradal…
Photographie : Julien Hirsch
Montage : Albertine Lastera
Costumes : Pasacaline Chavanne
Producteurs : Laurent et Michèle Pétin
Production : ARP Sélection
Distribution : ARP Sélection
Durée : 103 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 13 septembre 2017
L’acteur belge François Damiens vient de terminer le tournage de son tout premier film en tant que réalisateur. Dany devrait plaire aux amateurs du personnage de François l’embrouille, qui a permis à François Damiens de se faire connaître du grand public.
Selon des informations de la radio Europe 1, François Damiens a bouclé le tournage de sa première réalisation. Ce film, intitulé Dany, sortira dans les salles obscures de l’Hexagone dans quelques mois à peine. François Damiens s’est confié à la rédaction d’Europe 1 pour évoquer ses débuts en tant que réalisateur. L’humoriste belge aurait choisi de capitaliser sur ce qu’il sait faire de mieux : les caméras cachées. Son incroyable talent de comédien pour l’improvisation ainsi que son sens inouï de la répartie vont faire mouche une nouvelle fois pour le plus grand bonheur des spectateurs.
Le film est une enfilade de caméras cachées, le but était de faire une comédie. C’est l’histoire d’un type qui est en prison et qui veut tout faire pour sortir et retrouver son fils. Mais problème, entre temps, son fils lui annonce qu’il a demandé son émancipation.
François Damiens, qui a réalisé Dany, occupera également le rôle principal dans cette comédie. Le reste du casting n’a pas encore été dévoilé. Dany est attendu au cinéma pour le début de l’année 2018 selon des précisions d’Europe 1.
A la manière de son compatriote Benoît Poelvoorde, le comédien et humoriste belge François Damiens a réussi à conquérir le public français grâce à ses caméras cachées diffusées à la télévision et suite à ses nombreux rôles au cinéma dans des films grand public (La famille Bélier, Rien à déclarer, Taxi 4), dans des comédies pures (Dikkenek, Une pure affaire, Je fais le mort), dans des films émouvants et plus intimistes (Les cowboys, La danseuse, La délicatesse) ou dans de véritables ovnis cinématographiques (Des nouvelles de la planète mars, Le tout nouveau testament, Ils sont partout).
François Damiens est actuellement à l’affiche d’Otez-moi d’un doute de Carine Tardieu aux côtés de Cécile de France, André Wilms, Guy Marchand, Alice de Lencquesaing, Lyes Salem et Alban Aumard. Il sera également au casting du Petit Spirou le 27 septembre prochain.