The Party : Un huis-clos loufoque et dramatique

Avec son dernier film, The Party, Sally Potter signe un huis-clos où les secrets de couples bouillonnent jusqu’à atteindre des sommets de dramaturgie, tout en arrivant à faire rire. Brillant.

Synopsis: Janet (interprétée par Kristin Scott-Thomas) vient d’être nommée ministre de la santé. Elle décide avec son mari Bill (Timothy Spall) de réunir quelques amis, mais la fête va révéler des secrets qui vont tout faire basculer…

A peine commencé que le temps file à une allure folle. L’histoire se déroule en temps réel (1h11), et est construite comme une pièce de théâtre. Le décor est entièrement constitué de la maison du couple, parfois aussi du jardin. Les personnages sont introduits un à un et l’on découvre leur personnalité archétypale, ce qui permet de les reconnaître. Tom (Cillian Murphy), c’est le drogué, le mec sûr de lui, qui bosse dans la finance. Gottfried (Bruno Ganz) c’est l’homme aux penchants mystiques, et sa femme April (Patricia Clarkson) la cynique. Sans oublier Bill, l’impayable Bill dont on comprend qu’il ne va pas bien dès les premières minutes; et le couple de lesbiennes dont la plus jeune attend des triplés.

On comprend en regardant les scènes se passer, que quelque chose cloche. La première scène du film nous met sur la voie : Janet tient un pistolet pointé sur nous comme pour nous prendre à partie de cette tragédie qui va se jouer sous nos yeux. Car l’œuvre s’écrit sur deux tableaux : le drame, induit par les secrets qui vont se révéler au fur et à mesure, puis la comédie, par les situations grotesques qui s’installent, ainsi que les dialogues incisifs. Le personnage d’April fait mouche à presque chaque réplique, tant son cynisme et son pessimisme sont intelligemment dépeints.

Ce mélange des genres fonctionne parfaitement, et la mise en scène est brillante. La musique intradiégétique sert de manière subtile à faire rire, en étant par exemple mal approprié à la situation, ou bien s’arrêtant dans les instants les plus dramatiques. En tant que spectateur, on prend partie pour Janet, perdue au milieu de ses invités loufoques qui ne l’aident pas vraiment face à la révélation de son mari. Les masques tombent petit à petit, jusqu’à créer un chaos total où la situation part en vrille. Les couples se défont et c’est un régal pour nous car les dialogues sont drôles, mais ce sentiment laisse place à de la pitié. Faut-il rire ou pleurer? Les deux à la fois. De plus, les acteurs sont vraiment impliqués dans leur rôle, et les plans au cadrage serrés sur leur visage renforcent l’attachement que nous éprouvons pour eux.

Le sujet abordé est ambivalent, tout comme le laissait supposer le titre. The Party peut aussi bien désigner la fête que le parti politique que Janet représente (que l’on devine être le Labour Party, celui des travaillistes). Même si la situation politique du pays n’est jamais clairement définie, elle est en revanche parfaitement mise en cause par certains personnages, dont April. Des débats naîtront d’ailleurs au sein du petit comité. L’autre sujet principal constitue celui du jeu des apparences, et de la fragilité des relations. Nous assistons à un déchirement des couples : celui de Gottfried et April, dont elle veut divorcer, puis celui du couple lesbien dont la faute incombe indirectement à la révélation de Bill. Son propre couple à lui, également.

Le vrai défaut du film, finalement, est sa longueur. On aimerait qu’il dure plus longtemps. Même si la temporalité fondée sur celle du réel est bien retransmise, parfois les situations s’enchaînent un peu trop rapidement. Notamment certains revirements de comportement. Quant aux twists, on peut les deviner, mais le dernier reste inattendu -et encore une fois- intelligent. Et même si la réalisatrice ne renouvelle pas le genre du huis-clos, elle en livre une version plus que correcte.

The Party est un film brillant à bien des égards, porté par une sublime direction d’acteurs et un comique de situation à toute épreuve. Laissez-vous emporter par cette histoire folle dont vous ne serez pas déçus.

The Party : Bande-Annonce

The Party : Fiche Technique 

Réalisatrice : Sally Potter
Scénario : Sally Potter
Interprétation : Kristin Scott-Thomas, Timothy Spall, Patricia Clarkson, Bruno Ganz, Cillian Murphy, Cherry Jones, Emily Mortimer…
Directeur de la photographie : Aleksei Rodionov
Chef monteur : Emilie Orsini, Anders Refn
Chef décorateur : Carlos Conti
Distributeur : Eurozoom
Genre : Drame, Comédie
Durée : 1h 11 min

Grande-Bretagne – 2017

 

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Flora Sarrey
Flora Sarreyhttps://www.lemagducine.fr/
Biberonnée au cinéma depuis toujours, je suis passionnée par les films danois et asiatiques. Egalement férue de littérature et rock'n'roll.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.