FEFFS 2017 : Un homme-grenouille, un ascenseur et un lion à Amsterdam

Les tueurs rôdent lors de cette deuxième journée du Festival du Film Fantastique de Strasbourg 2017.  Ils prennent d’ailleurs diverses formes, que ça soit un adolescent maniant le sabre dans la section Crossovers, ou des serial killers beaucoup plus originaux dans le Dick Maas universe, notre invité d’honneur du jour.

Avant de commencer le marathon filmique du jour, rien de tel qu’un petit tour à la très sympathique exposition Laurent Melki à la galerie Aedaen. Véritable artiste, ce dernier est à l’origine de nombreuses affiches ou jaquettes VHS de films d’exploitation des années 80, allant de grands classiques comme Videodrome (dont le prix de l’affiche originale s’élève à un prix faramineux) ou des films bien plus confidentiels de catégorie X, sans oublier des commandes pour les festivals d’Avoriaz, de couverture de Mad Movies ou encore Nanarland. On y a par ailleurs la possibilité d’acheter des affiches pour la modique somme de 10 euros ou encore des T-shirts à 25 euros. Une exposition qui ravira tous les fans de VHS et des couleurs criardes. Un régal.

[Crossovers] – Super Dark Times

Réalisé par Kevin Phillips (USA, 2017). 

On nous l’a vendu comme le complément de Ça en ce qui concerne l’aspect « coming-of-age ». Et au final pas vraiment, car à ce niveau Ça lui est finalement bien supérieur. Super Dark Times raconte l’histoire de l’amitié entre Zach, Josh, Daryl et Charlie qui va s’ébranler après que Josh ait accidentellement tué à Daryl avec un sabre. Alors déjà, sur les quatre présents lors de l’accident, l’un est un mec quasi-inconnu par les deux autres amis, donc on se retrouve avec un personnage complètement inutile. De l’autre côté, c’est la façon dont le réalisateur va développer son idée qui est terriblement ratée. Se concentrant principalement sur Zach, meilleur ami de Josh (le responsable de l’accident), on le voit dans un premier temps essayer de créer une certaine paranoïa avec des apparitions de Daryl, la victime. Cet angle d’approche est assez intriguant, et permet de développer une certaine réflexion sur la culpabilité, la façon d’assumer ses actes.

Malheureusement tout bascule quand le réalisateur décide de faire de Josh, un tueur au sabre (qui aime en plus s’attaquer aux fumeurs d’herbe parce que la drogue c’est mal). Alors déjà le truc est tellement attendu que l’effet escompté est complètement raté. En même temps quand on voit l’acteur qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Zack de Desperate Houseviwes, on se doute bien qu’il va mal tourner. Et encore plus problématique, la façon dont ce changement dans la personnalité de Josh est présentée. Abrupte au possible, elle ne met en place aucun véritable développement psychologique vis-à-vis du personnage. Si on ajoute à cela un rythme des plus bancal peinant à démarrer, Super Dark Times est un véritable vautrage. On lui préférera dans le même genre le très bon I am not a serial killer, reparti l’an dernier avec le Méliès d’Argent.

[Double programmation Dick Maas] – Amsterdamned et L’Ascenseur

Amsterdamned réalisé par Dick Maas (Pays-Bas, 1988)

Le FEFFS a accueilli ce samedi soir, son premier invité d’honneur, le metteur en scène Dick Maas, réalisateur culte parmi les amateurs de série B d’horreur et grand nom hdu cinéma hollandais, son pays natal. Le cinéaste nous a fait le plaisir de nous présenter deux de ses plus grands films. Celui avec quoi tout à débuter, L’Ascenseur et le cultissime Amsterdamned.

Il est d’ailleurs intéressant de voir les similarités entre ces deux films. Dans les deux cas, Amsterdam est en proie à un serial killer des plus saugrenu, d’un côté un homme-grenouille et de l’autre un ascenseur. Le ton des deux films se rapproche énormément aussi, Dick Maas sachant à merveille allier action et humour dans l’un et horreur et humour dans le second. Les films ont d’ailleurs eu l’avantage d’être projeté en VF afin de décupler le plaisir vis à vis de certains dialogues hallucinés. N’oublions pas de noter que Dick Maas, à l’instar de John Carpenter, compose lui-même sa musique. Résultat, on se retrouve avec des partitions synthétiques assez minimalistes mais diablement efficace.

Amsterdamned raconte donc l’histoire d’un plongeur/tueur se déplaçant dans les canaux d’Amsterdam. En plus de son titre tellement génial, le film est une série B de très bonne facture n’ayant pas du tout à rougir face aux grands polars américains de la même époque. Revisitant de nombreux codes allant des courses poursuites impressionnantes que n’aurait pas renier William Friedkin (qu’elles soient en voiture ou encore plus fou, en bateau sur les canaux), en passant par la caméra subjective et les meurtres à connotations parfois phalliques hérités des giallos, Dick Maas propose un polar efficace et diablement fun. N’hésitant pas, comme dit plus tôt, à insérer une dose d’humour non négligeable, le cinéaste hollandais ne met cependant pas de côté une tension des plus palpables. Amsterdamned prouve donc qu’à partir d’une idée des plus originales, on peut aboutir à un polar assez violent et couillu.

L’Ascenseur réalisé par Dick Maas (Pays-Bas, 1983)

L’Ascenseur, qui a eu l’honneur d’être projeté en 35 mm (peut-être même la copie qui a gagné le grand prix à Avoriaz en 1984), est le premier film du cinéaste. Là encore, l’idée d’un ascenseur tueur est des plus absurde, mais Dick Maas va réussir à accoucher d’un film fantastique solide. Avec son atmosphère rappelant Stephen King, L’Ascenseur distille une angoisse des plus particulières. Là où Dick Maas fait fort, c’est la façon dont cet ascenseur se débarrasse de ces victimes. En bloquant l’air climatisé, en faisant tomber un aveugle dans la cage d’escalier ou encore en décapitant un garde de sécurité, cette machine rivalise d’ingéniosité et cultive un certain goût dans l’art du troll. Bien évidemment humour et frisson collaborent une nouvelle fois dans cet oeuvre fascinante, qui dispose d’un dernier quart des plus haletants. On ne pourra s’empêcher de noter quelques baisses de rythmes au cours du film, mais L’Ascenseur est un film des plus généreux.

[Midnight Movie] – Prey

Réalisé par Dick Maas (Pays-Bas, 2016). 

Comme dit le proverbe, jamais deux sans trois, et c’est donc toujours avec Dick Maas que nous allons finir la soirée. Le cinéaste néerlandais nous fait en effet l’honneur de nous présenter son tout dernier film, Prey. Et forcément, que se passe-t-il dans Prey ? On vous le donne en mille, un serial killer étrange sème le chaos dans Amsterdam. Cette fois-ci c’est un gigantesque lion qui fait de la capitale hollandaise son terrain de jeu. Après avoir vu les deux précédents films, on se retrouve dans une ambiance familière. Le générique d’ouverture reprend d’ailleurs celui de Amsterdamned, avec cette musique électro sur des plans en caméra subjectives. Dick Maas fait une nouvelle fois preuve de générosité, n’hésitant pas cette fois-ci à faire proliférer le gore et à multiplier les mises à morts hilarantes. Un lion dans un tram, une course-poursuite entre un fauteuil roulant et un lion, les rires sont présents.

Dans la grande tradition des midnight movies à base d’animal tueur (parmis lesquels on se souvient de Zombeavers ou Stung), Prey, par le ton délibéré employé par Dick Maas, arrive à sortir du lot et se faire bien plus fun que d’autres. Malheureusement comme d’habitude dans ce genre de film, le rythme est assez saccadé et certains moments peuvent paraître assez long. On retiendra cependant ce chasseur unijambiste complètement over the top. Si on regrettera un lion en CGI pas très folichon, Prey remplie assez bien les critères du midnight movies, même si il fait le strict minimum et ne fait guère de véritable surprise.

Dimanche sera le jour de la compétition internationale avec pas moins de trois films présentés dont l’ultra-attendu Laissez bronzer les cadavres en présence de Hélène Cattet et Bruno Forzani. Si en plus, on ajoute des nonnes et un catcheur mexicain, on risque de passer une très bonne soirée.

 

 

Festival

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