Portés par le souffle LGBT, les BL dramas asiatiques s’offrent une échappée belle dont la romance Addicted Heroin est l’un des exemples les plus séduisants. Une web-série gay chinoise écrite par Chai Jidan et qui, malgré la censure, reste l’une des mieux notées sur la toile !
Ces dix dernières années, les dramas asiatiques BL (comprendre Boys Love) connaissent un foisonnement sous l’impulsion de la tendance LGBT, des romans gays ou des mangas Yaoi. Parmi ces séries très inégales et manquant souvent de subtilité, Addicted Heroin sort du lot. Malgré des moyens modestes, ce drama chinois est de ceux qui parviennent à émouvoir et à faire sourire, avec pudeur et finesse, sans tomber dans le grotesque comme le douteux HIStory : Obsessed ou la décevante adaptation Wait for Me at Udagawachou.
La recette est toute simple et l’histoire n’a rien de très original : une romance adolescente entre deux garçons que tout sépare mais que le destin va irrémédiablement réunir… Bai Luo Yin est issu d’un milieu très modeste et vit seul avec son père depuis le divorce de ses parents. De son côté, Gu Hai est le fils d’un riche militaire veuf et autoritaire. Quand le père de Gu Hai se remarie avec la mère de Luo Yin, les deux garçons refusent d’intégrer cette nouvelle « famille » et se retrouvent par hasard dans la même école. Commence alors un jeu du chat et de la souris, entre taquinerie et séduction ; on aurait vite fait de tomber dans le cliché !
Pour autant, Addicted Heroin tire son épingle du jeu en misant sur la sobriété du cadre, de l’histoire et surtout sur la fraîcheur de son duo d’acteurs. Leur interprétation est impeccable, leurs minois transmettent les émotions avec justesse et l’alchimie s’installe entre eux rapidement. Quant aux décors, certes très sommaires, ils ajoutent au réalisme et touchent par leur simplicité. Là où bon nombre de dramas pèchent par un excès de jeu et un humour pesant, la série ravit par son ton léger et ses échanges naturels. Seul bémol : des scènes en huis clos insipides durant lesquelles les étudiants restent en classe à ne rien faire – on a beau savoir qu’en Chine, comme au Japon, les élèves ont des temps d’études en autonomie, ces passages lourds et inutiles sont assez déroutants.
En Chine, les fictions BL ont gagné légion de jeunes adeptes ces dernières années, en particulier chez les jeunes femmes. La littérature, les jeux vidéo et les animés qui traitent de l’amour au masculin abondent dans la sphère Web. Mais fin janvier 2016, Addicted Heroin est censurée et bannie des principaux sites de vidéo en streaming, l’état désapprouvant le sujet (l’homosexualité) et le titre de la série (Heroin ou plutôt 上瘾, combinaison ingénieuse des prénoms des deux héros en caractères chinois). Dans un sondage du Comité pour le bien-être de la jeunesse de la ville de Chengdu, 93% des 20.000 répondants refusaient cette censure. Chai Jidan avait alors assuré que le tournage de la deuxième saison ne serait pas affecté. Celui-ci devait avoir lieu en mai 2016…
Et pourtant, la série ne contient aucun caractère choquant. Tout n’est que suggéré avec retenue et sensibilité, avec toute cette délicatesse et cette tendresse qui se dégage des deux personnages. Humblement mais sûrement, Addicted Heroin parvient à se hisser à la hauteur des BL dramas les plus appréciés comme le très beau Seven Days (tiré du manga éponyme).
Dans un pays qui classait encore officiellement l’homosexualité comme une maladie mentale jusqu’en 2001 et, ce, malgré la dépénalisation en 1997, sortir du placard reste aujourd’hui un combat et de telles créations forcent le respect. A noter que l’homosexualité est toujours désignée comme un « désordre psychologique » dans de nombreux manuels universitaires récents de psychologie et que les unions homosexuelles sont, évidemment interdites.
Pour les plus curieux ou pour les adeptes, vous trouverez ces séries LGBT asiatiques classées par pays d’origine sur Kchatjjigae.com.
Addicted Heroin : Bande-annonce
Addicted Heroin : Fiche technique
Synopsis : Bai Luo Yin vit, dans des conditions très vétustes, avec son père divorcé. Gu Hai évolue dans une sphère aisée auprès de son veuf de père. Mais quand ce dernier épouse la mère de Luo Yin, les chemins des deux jeunes hommes vont étrangement se croiser…
Titres alternatifs : 上瘾 (Heroin) / 上癮网络剧 (Shang Yin Wang Luo Ju)
D’après le roman Are You Addicted ? de Chai Jidan
Réalisation : Ding Wei
Scénario : Chai Jidan
Casting : Xu Weizhou, Huang Jingyu, Lin Feng Song, Chen Wen, Song Tao, Wang Dong, Zhou Yu Tong
Musique : Chai Jidan, Xu Weizhou
Genre : Romance, Comédie
Diffusion : 29 Janvier 2016 au 23 Février 2016
Chaîne de retransmission : Original network iQiyi ; Huace Film & TV (Youtube)
Production location(s) : Pékin
Nombre d’épisodes : 15
Durée moyenne : 22 minutes par épisode.
Avec toute la noblesse qui le caractérise, Harry Dean Stanton fait sa dernière apparition au cinéma avec Lucky. Touchant du doigt cette douce Amérique périphérique et multiculturelle, John Carroll Lynch accouche d’un amer récit initiatique, funèbre mais caressé par une humilité et une ironie souriante.
C’est drôle mais triste à la fois. Se dire que c’est la dernière fois qu’on le verra sur un écran de cinéma, que ce sont les derniers dialogues que Harry Dean Stanton laissera transparaître de son vivant. Le destin voulut que ce dernier acte de bravoure cinématographique soit Lucky : un film qui était fait pour lui, tellement il ressemble à l’acteur qu’il était. Dans cette Amérique désertique, un vieil homme passe ses journées à voir des amis au bar d’à côté tout en jouant aux mots croisés dans son restaurant habituel. 23 ans plus tard, on croirait revoir Travis : celui de Paris Texas. Mais cette fois ci, au lieu de courir après l’absence, de crier dans le vide à la recherche de l’être aimé, il semble fatigué par les regrets, émoussé par la douleur intérieure et son amertume a été remplacé par la peur.
Dans Lucky, il y a beaucoup de Jim Jarmusch : ce cadre rustique mais très américain, ce rythme lancinant, cette mise en scène du quotidien, cette starification des choses simples, ce décorum naturaliste mais aussi véritablement burlesque. Côté burlesque qui apparaît beaucoup dans les relations entre les différents personnages comme l’atteste Howard, l’ami de Lucky, qui est déboussolé par le perte de sa tortue terrestre. Lucky est une œuvre qui respire beaucoup cette atmosphère « americana » : il est devenu un vieux de la vieille, un cowboy qui a rendu les armes, qui fume ses dernières cigarettes et qui n’a plus que quelques rêveries pour ne plus suffoquer. Car derrière le calme qu’il incarne, sa gentillesse et sa posture de pilier de bars mélancoliques, Lucky vit un quotidien assez morne, où les ramifications de l’agitation semble bien derrière lui, dans un passé qu’il semble exclure de sa mémoire.
A l’image de Paterson de Jim Jarmusch, John Carroll Lynch fait parler le geste du quotidien, le rituel de la journée, la victoire de la rencontre, que ça soit la petite gymnastique du matin au cocktail identique de soir en soir. La rythmique du film est diluée dans cette volonté perpétuelle de mettre le présent dans un contexte bien spécifique, de magnifier un dialogue aussi lunaire que philosophique. Malgré cette rengaine sur le temps qui passe, cette émotion que porte le personnage à cette idée que nous serons tous consumés à un moment donné de l’histoire, que nous sommes un grain de sable dans un désert qui dissimule bien des secrets, Lucky ne transpire pas la nostalgie grabataire mais au contraire, devient la célébration de l’osmose d’un groupe, d’une communauté américaine aussi paisible qu’anxieuse.
Lucky n’est pas une vitrine cinéphile qui existe juste pour voir David Lynch et Harry Dean Stanton taper la discussion à l’écran et amuser la galerie ; le film n’est pas un film testimonial visant à filmer une relique du cinéma sous toutes ses coutures. John Carroll Lynch donne une aura noble à son œuvre, écrase toute ambition opportuniste pour se donner corps et âmes à un acteur qui fait de même pour le cinéaste. C’est alors que se dessine un beau de portrait, simple mais passionnant dans son questionnement sur le temps qui passe et la falaise vers laquelle nous fonçons tous plus ou moins : la mort. Sauf qu’au lieu d’être un tire larmes qui puise sa passion dans le lacrymal, Lucky garde cette pertinence, ou même cette impertinence pour glorifier la vie, dans cette envie de continuer à sourire devant l’inévitable. A quoi bon respecter les règles, quand on peut les contourner avec plaisir et l’approbation de tous ses proches. Harry Dean Stanton est un visage marquant du cinéma et sort par la grande porte. Merci à lui.
Lucky : bande-annonce
https://www.youtube.com/watch?v=zsr_VHbQbSI
Lucky : Fiche technique
Titre original : Lucky
Réalisation :John Carroll Lynch
Scénario : Logan Sparks
Photographie : Tim Suhrsted
Montage : Slobodan Cajic
Sociétés de production : Magnolia Pictures
Société de distribution : KMBO
Pays d’origine : États-Unis
Genre : drame
Durée : 88 minutes
Passant devant et derrière la caméra, Kenneth Branagh signe cette nouvelle adaptation du roman d’Agatha Christie. Mais malgré quelques qualités, Le crime de l’Orient-Express souffre de l’Ego de son auteur, plus intéressé par la figure d’Hercule Poirot que par l’enquête qui l’a rendu célèbre.
Synopsis : Le célèbre détective belge Hercule Poirot prend l’Orient-Express pour rentrer à Londres. Mais alors que le train se retrouve bloqué par la neige, Samuel Ratchett, un riche américain, est assassiné. À la demande de son ami M. Bouc, directeur de la ligne, Poirot se met à enquêter pour découvrir le meurtrier parmi les passagers.
« Ce n’est pas naturel que cinq ou six suspects soient sur place lorsque B est assassiné et que tous aient un motif pour tuer B ». Ces mots prononcés par Ariadne Oliver, auto-caricature assumée d’Agatha Christie qui accompagne parfois Hercule Poirot, résument assez bien le problème de toute adaptation de l’auteure britannique. Elle même avait un certain recul sur son œuvre, teinté d’une certaine auto-dérision, élément que beaucoup d’interprétation de ses livres semblent laisser de côté. Le crime de l’Orient-Express version Kenneth Branagh a du mal à se défaire de cette première incongruité. Pourtant, et plus particulièrement dans le cas d’un long métrage de cinéma, le plus important avant de mettre en scène un meurtre est d’installer un semblant de vraisemblance. Après une introduction classique (mais un peu longue) qui nous présente cet Hercule Poirot nouvelle génération, plus fantasque que ses prédécesseurs Peter Ustinov et David Suchet (pour les plus connus), nous entrons dans le vif du sujet. Les passagers embarquent, se croisent et s’ignorent. L’un deux semble paranoïaque, il sera assassiné au moment où une avalanche bloque le luxueux train au milieu des montagnes. Les éléments sont enfin en place, l’enquête peut donc commencer… Et pourtant, elle ne passionne pas plus que cela.
L’incapacité du film à nous embarquer ne vient cependant pas de sa mise en scène ampoulée. Nous serions presque heureux de dire que pour une fois, Kenneth Branagh s’est un peu calmé sur les cadrages outranciers. Il reste bien sûr quelques effets numériques un peu baveux et quelques plans-citations hyper travaillés complètement gratuits (pourquoi cette évocation grossière et gratuite de la Cène de De Vinci ?) mais dans sa globalité, Le crime de l’Orient-Express n’est pas si désagréable à regarder. Il y a par-ci par-là quelques jolis cadrages, et on ne saurait reprocher à Branagh d’essayer de dynamiser l’espace réduit du train par des plongées frontales ou quelques flashbacks en noir et blanc. Même la musique de Patrick Doyle renforce parfois certains moments. La scène de meurtre, par exemple, tout en distorsion d’effets (images en noir et blanc, violence du montage et musique douce), est plutôt réussie. Bref, cette nouvelle version du roman a ses instants de grâce de temps en temps.
Mais paradoxalement, pour un amoureux des lettres comme l’acteur/réalisateur, le principal défaut du film vient de l’adaptation même du texte. Si le nom d’Agatha Christie est connu dans le monde entier, le dénouement de ses romans les plus célèbres l’est tout autant. Que ce soit Les Dix Petits Nègres, Le meurtre de Roger Ackroyd ou Le Crime de l’Orient-Express, même certains qui n’ont jamais lu les livres ont une petite idée du twist final qui leur donne cette saveur particulière. Adapter la reine du crime au cinéma ou à la télévision est un exercice d’équilibriste, demandant un juste dosage entre respect de l’œuvre et entorses pour essayer de surprendre. Exercice que réussit, par exemple, très bien la série Les petits meurtres d’Agatha Christie sur France 2. Mais dans ce cas précis, si le film se permet de modifier gentiment quelques personnages, l’intrigue suit à peu près le même déroulement et au final, surprend très peu.
Le seul véritable écart que se permet le réalisateur se concentre sur le personnage de Poirot lui même. Tordant le cou aux principes Kracaueriens qui veut que l’enquêteur n’ait pas d’autre vie que celle de chasser le crime, Branagh s’offre le rôle d’un Hercule Poirot aussi fantasque qu’introspectif. Bien décidé à monter qu’il en a une plus grosse que David Suchet, l’acteur/ réalisateur se met dans tous les plans du film, invente une peine de cœur, brode autour d’une éventuelle maniaquerie du personnage, et lui ajoute une petite touche de lassitude face à la dépravation du monde. Si nous allions sur un terrain psychanalytique, nous pourrions affirmer que rarement un film n’avait aussi bien théorisé l’Ego de son auteur. Avec cette nouvelle adaptation, Kenneth Branagh s’offre un écrin à la taille de son délire. La moustache n’est plus amusante, elle est monstrueuse, et malgré le travail remarquable effectué sur les décors et les costumes, nous ne pouvons voir que cette pilosité faciale qui dévore le cadre. Toujours un peu trop sûr de lui, l’acteur semble même convaincu de pouvoir jouer l’accent belge sans problème, ajoutant des mots français placés de façon aléatoire dans ses phrases, prononcés eux avec un accent anglais trop marqué. Un sommet d’ironie involontaire est atteint lorsque le détective se permet de reprocher à un autre personnage de mal imiter l’accent allemand. Quel pied pour le spectateur francophone !
Mais malgré tout, nous finissons par apprécier ce nouveau Hercule Poirot qui arrive à être amusant par moment, sans tomber dans l’excentricité extrême qui vampirisait les adaptations de Sherlock Holmes ces dernières années. Mais à trop vouloir moderniser son détective belge, le réalisateur oublie qu’il a un autre film à faire, intitulé Le crime de l’Orient-Express. Car pendant que Poirot se lustre la moustache en regardant la photo de son aimée, il reste un crime à résoudre et des suspects à confondre.
C’est tout particulièrement sur ce point que l’adaptation pèche. À trop vouloir montrer son Poirot, Branagh oublie de développer les autres personnages. Depuis le Nine de Rob Marshall, nous n’avions jamais vu un casting aussi luxueux laissé ainsi sur le bord du quai. Malgré leur carrière respectable, Judi Dench, Derek Jacobi, Willem Dafoe, Michelle Pfeiffer et Penélope Cruz n’ont pas grand chose à jouer. Au rayon moins connu, Manuel Garcia-Rulfo et Sergei Polunin sont plus dans la figuration, le premier n’ayant qu’une scène d’interrogatoire, le second nous gratifiant d’un « high-kick » retourné totalement hors de propos en guise d’introduction. Au final, trois seulement tirent leur épingle du jeu. Josh Gad arrive à donner un peu d’épaisseur à son personnage, Daisy Riley se révèle plus à l’aise dans le genre costumé que dans le space-opéra et surprise, Johnny Depp, plus en retrait qu’à son habitude, est finalement un salopard crédible. L’ancienne idole des ados semble avoir trouvé une porte de sortie à son statut d’icône glamour, préférant maintenant se jeter sur des rôles de pourriture absolue (après Black Mass et Les Animaux Fantastiques). Pensait-il offrir une catharsis à ses nouveaux détracteurs, après ses déboires avec la justice, en endossant le rôle de celui qui se fait charcuter (par des femmes notamment) ? Nous ne le saurons peut-être jamais, mais le geste ne manque pas de force et prend une résonance particulière.
Toujours est-il qu’avec une telle distribution, nous aurions aimé assister à une enquête plus passionnante. Quelque chose de l’ordre d’un voyage dans les méandres de l’esprit humain. Nous aurions aimé en savoir plus sur les motivations personnelles de chacun, sur ce qui les pousse vraiment à mettre de côté leur sens moral pour se prêter à des actes ignobles. Malheureusement, les fils rouges qui connectent les suspects restent grossiers, et l’explication finale déçoit. Les motivations du crime originel semblent un peu faible et les volte-faces des personnages deviennent artificielles. En tant que spectateur, nous en arrivons même à nous sentir idiots de ne pas connaître ce colonel Armstrong dont tout le monde parle. Nous en revenons donc à cette citation de l’auteur, et nous demandons comment est-ce possible que tous soient connectés au même événement antérieur.
C’était pourtant le rôle de Branagh de nous donner suffisamment d’éléments pour ressentir de l’empathie pour ces personnages, afin de mieux appréhender les dilemmes moraux qui secouent la figure, habituellement monolithique, du détective. Mais c’est plutôt l’indifférence qui nous étreint devant ce rassemblement méticuleux d’indices (un kimono rouge, une brosse a pipe etc.). Le Crime de l’Orient-Express aurait pu être une nouvelle adaptation épique et majestueuse du classique d’Agatha Christie, mais il ne ressemble qu’à une péripétie dans les aventures de ce nouveau Hercule Poirot.
Le crime de l’Orient-Express: Bande-annonce
Fiche Technique : Le crime de l’Orient-Express
Titre original : Murder on the Orient Express
Réalisation : Kenneth Branagh
Scénario : Michael Green, d’après Le Crime de l’Orient-Express d’Agatha Christie
Direction artistique : Dominic Masters
Décors : Jim Clay
Costumes : Alexandra Byrne
Photographie : Haris Zambarloukos (en)
Montage : Mick Audsley
Musique : Patrick Doyle
Production : Kenneth Branagh, Mark Gordon, Judy Hofflund, Simon Kinberg, Michael Schaefer (en), Ridley Scott, Aditya Sood
Production déléguée : James Prichard et Hilary Strong
Sociétés de production : Genre Films (en), Scott Free Productions et The Mark Gordon Company
Société de distribution : 20th Century Fox
Budget : 55 millions de dollars
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : policier
Durée : 114 minutes
A rebours du Réveil de la Force tourné vers la nostalgie du passé, Star Wars épisode VIII regarde vers l’avenir. Les derniers Jedi marque ainsi la fin définitive d’une génération et l’essor d’une nouvelle, désormais prête à prendre ses propres responsabilités. Le pari était risqué et audacieux, mais permet de donner une pleine ampleur aux personnages principaux.
Avertissement : cet article expose les événements qui se sont déroulés dans l’épisode VIII.
La complexité de la transmission générationnelle au centre des enjeux
La trame générale de Star Wars VIII n’a certes rien de très original. Alors que les membres de la Résistance tentent d’échapper au Premier Ordre, Rey cherche à convaincre Luke de renoncer à sa retraite et de l’initier à la formation des Jedi. L’histoire est bien sûr riche en rebondissements, mais sert surtout à aborder le thème de la transmission à travers le personnage de Luke. Deux questions se posent pour l’ancien maître Jedi.
Tout d’abord, faut-il ou non transmettre, en prenant le risque de faire renaître l’obscurité ? Bien que le célèbre Yoda le lui ait expressément demandé dans l’épisode VI, Luke vit désormais seul sur une planète éloignée. La cause de son isolement et de son refus d’enseigner, ambiguë dans l’épisode VII, est clairement révélée dans Star Wars VIII. Non seulement Luke a échoué à maintenir Kylo Ren dans la lumière, mais on apprend qu’il est aussi directement à l’origine du « monstre » qu’est devenu son neveu. En effet, la tentation de tuer son padawan par pure peur du côté obscur qui grandissait en lui a précipité le basculement de Kylo Ren. Ce sont donc les craintes et les angoisses existentielles de Luke qui ont constitué le déclencheur tragique de la renaissance du côté obscur. Pourquoi alors continuer à transmettre à des apprentis dont la puissance l’effraie au point de l’inciter au meurtre ? Le maître Jedi, rongé par son erreur, se montre logiquement tout aussi terrorisé lorsqu’il découvre la force brutale de Rey.
starwars-8
Ainsi, pour Luke, l’ordre Jedi qu’il représente, parfois trop confiant, trop arrogant, ne permet plus de sauvegarder l’équilibre de la Force, mais favorise au contraire le chaos. Fort symbole de sa volonté d’en finir avec l’héritage des Jedi, Luke brûlera avec l’aide de Yoda, dans une scène étonnamment comique, les livres anciens des Jedi conservés dans le temple comme de véritables reliques. Cependant, face à la détermination de Rey, à la mort de son ami Han Solo, et surtout en réponse à l’appel de sa sœur Leia, Luke se laisse finalement fléchir.
Ensuite, que faut-il transmettre ? C’est ici que la sagesse de maître Yoda fait œuvre de leçon de vie. Les héros peuvent échouer et l’échec, plus que toute autre chose, y compris le savoir, doit être transmis. Cette vérité acquise, si Luke sait qu’il est impossible de ramener Kylo Ren, il retrouvera partiellement sa foi en les Jedi, en finissant par désigner Rey comme l’une d’entre eux. Pourtant, Rey n’apprendra de Luke que des rudiments sur la nature de la Force. Pas de code des Jedi, ni même de valeurs morales spécifiques ayant mené l’Ordre à sa perte. Tout ceci devant disparaître, ou être refondé, il reviendra donc à Rey de trouver elle-même sa propre voie.
Le changement générationnel au cœur d’un épisode charnière
Au delà de la transmission, Star Wars VIII fait progressivement place entière à la jeune génération, alors que celle de la trilogie originale disparaît ou s’efface. La disparition inattendue et touchante de Luke, avec le passage de relais à Rey en qualité de dernière Jedi, en reste la preuve principale mais est loin d’être la seule.
La princesse Leia, calme et réfléchie, qui s’opposait à l’impulsif pilote Poe, finit par demander aux membres de la Résistance de suivre celui-ci. Poe Dameron deviendra-t-il le prochain chef des Rebelles ? On pourrait l’envisager, d’autant plus que le décès de Carrie Fischer interroge sur la présence du personnage de Leia dans l’épisode IX.
Kylo Ren s’émancipe également de son ancien maître, Snoke, pour devenir le nouveau Suprême leader du Premier Ordre. Il renoue alors pleinement avec les désirs de son modèle Dark Vador, en proposant à Rey de créer ensemble un Ordre à leur image, comme Anakin l’avait fait lors de l’épisode III à Padmé. En plus, de même que son grand-père, il assassinera le seigneur noir qui le manipule, mais avec une différence de taille. Pour Kylo Ren, il ne s’agit pas de sauver quelqu’un mais de prendre le pouvoir. Toutefois, le personnage (remarquablement interprété par Adam Driver) est rendu plus humain, moins manichéen, depuis que l’on connaît la vérité sur le geste malheureux de Luke. Ben Solo s’est alors senti trahi, ce qui nourrit sa haine, y compris contre lui même. Révulsé par les Jedi, il cherche une autre voie auprès de Snoke, avant de se rendre compte qu’il est manipulé et de prendre la place du Leader Suprême.
En outre, le développement de la relation entre Kylo Ren et Rey est plutôt intéressant. Bien que cette dernière ait refusé de se joindre à lui, les deux personnages sont étroitement connectés et leur maîtrise de la Force s’équilibre parfaitement, au point de séparer un sabre laser en deux parties égales. On attend donc impatiemment de voir l’évolution de leur lien dans l’épisode IX…
Mentionnons finalement le rôle joué par Finn et Rose, nouveau duo amoureux, dans la stratégie comme dans le combat permettant aux résistants d’échapper au Premier Ordre. Dans Star Wars VIII, la jeunesse prend donc la relève. Elle est forte, déterminée, pleine de rêves et d’ambitions, et nous promet d’assurer une fin de trilogie particulièrement épique.
Un spectacle visuel étourdissant et novateur, enrichi d’une bonne dose d’humour
Les derniers Jedi tient parfaitement ses promesses en termes de réalisation, de mise en scène et d’esthétique visuelle. En outre, sa durée temporelle resserrée, totalement inédite, parvient à instaurer une atmosphère d’urgence tendue avec un certain suspense.
De plus, contrairement à ce qu’on pouvait craindre, le récit ne constitue pas un Empire contre Attaque bis, à l’image du Réveil de la Force, trop similaire à un Nouvel espoir. Star Wars 8 parvient parfaitement à trouver son propre chemin, sans tomber dans des facilités scénaristiques. On pouvait s’attendre par exemple à ce que Ben Solo bascule du côté clair, mais le réalisateur a choisi une voie bien opposée, moins prévisible et plutôt bien pensée. Quant à la révélation des parents de Rey, simples ferrailleurs anonymes, non dotés de pouvoir spécifique, elle rejoint la mythologie de Dark Vador et fait de Rey une élue de la Force. Rian Johnson ne s’est donc pas engouffré tête baissée dans la brèche ouverte par pléthore de théories plus ou moins plausibles. Cette solution simple est finalement la plus cohérente et satisfaisante.
Rian Johnson recourt davantage à l’humour que J.J. Abrams. Ainsi, les « laveuses » de la planète d’Achth-To, les Porg, Chewbacca, et bien sûr le très débrouillard droïde BB-8 savent toujours nous faire sourire, même au beau milieu de l’action. Cependant, la première scène d’entraînement entre Luke et Rey en fait peut-être un peu trop…
Les créatures, notamment les Porg, drôles et adorables, et les magnifiques chiens de glace, sont très réussies. La planète « casino » fournit également un univers assez riche, coupé entre des joueurs nantis et des serviteurs soutenant secrètement la Résistance.
Mais le plus impressionnant dans la saga demeure les scènes de bataille. Sur ce point, on ne peut qu’être admiratif de ce Star Wars VIII qui nous propose, en deux heures trente, tous les types de combat que l’on apprécie : qu’il s’agisse de l’incontournable sabre laser ou des somptueux ballets aériens introductifs au dessus des cuirassés du Premier Ordre. On retient également une surprenante séquence dans laquelle la Résistance fait front contre un canon laser au moyen d’engins de fortune, laissant derrière eux un sillon de sel rouge.
Des faiblesses narratives affaiblissant « la Force » du récit
Malgré son lot bienvenu de surprises et ses scènes d’actions impressionnantes, Star Wars 8 reste un peu décevant sur quelques points narratifs.
Il est en premier lieu regrettable que certains personnages secondaires méritant des développements plus approfondis disparaissent trop soudainement. Snoke, un méchant au fort potentiel tout à fait intrigant dans l’épisode 7, est ainsi réduit dans le film à deux courtes scènes avant d’être tué « à distance » par son apprenti. On aurait pu espérer, en effet, un peu plus d’informations à son égard, ou au moins, un affrontement digne de ce nom avec Kylo Ren et Rey. La capitaine Phasma, commandante des stormstroopers, est tout autant délaissée et vite éliminée. Dommage qu’une confrontation un peu plus intense avec Finn n’ait pas été exploitée.
En second lieu, le début d’une histoire d’amour entre Rose et Finn ne paraît pas trop crédible. Depuis l’épisode 7, Finn s’est surtout attaché à Rey, et c’est d’ailleurs à sa protection qu’il pense en priorité tout au long des Derniers Jedi. Cette relation n’apporte en outre pas grand chose d’utile au récit.
En définitive, si Les Derniers Jedi est bien une suite au Réveil de la Force, les partis pris de Rian Johnson ne s’inscrivent pas dans la continuité de l’approche de J. J. Abrams. Fini la nostalgie du passé, les emprunts à la trilogie originale, le « fan service », le mythe sacré d’un ordre Jedi perdu et idéalisé. Place à la novation, à l’avenir, à la génération suivante, déterminée et indépendante, qui devra, sans maîtres, sans codes, et sans limites, trouver sa propre place dans les étoiles.
Star Wars, Les derniers Jedi – Bande Annonce
Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi – Fiche Technique
Titre original : Star Wars: Episode VIII – The Last Jedi
Réalisation : Rian Johnson
Scénario : Rian Johnson, d’après les personnages et l’univers créés par George Lucas
Direction artistique : Andrew Bennett, Neal Callow, Todd Cherniawsky, John Dexter, Jason Knox-Johnston et Oli van der Vijver
Décors : Rick Heinrichs
Costumes : Michael Kaplan
Photographie : Steve Yedlin
Son : Matthew Wood
Montage : Bob Ducsay
Musique : John Williams
Production : Kathleen Kennedy, Ram Bergman
Coproduction : Pippa Anderson
Production déléguée : J. J. Abrams, Jason McGatlin et Tom Karnowski
Sociétés de production : Walt Disney Studios Motion Pictures, Lucasfilm, Bad Robot Productions
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm – 2,35:1
Genre : science-fiction, space opera, action
Durée : 152 minutes
En attendant en 2018 la 5e et ultime saison, revenons sur les précédentes saisons de You’re the worst, formidable série qui a su s’affranchir des codes de la romcom traditionnelle.
Synopsis :Jimmy, jeune écrivain et Gretchen, responsable des relations publiques d’un rappeur stupide, vont tenter de vivre une histoire d’amour… Tous les deux ayant un comportement auto-destructeur, la tâche va être compliquée…
Diffusée sur FFX, You’re the worst n’a rien à voir avec les comédies romantiques habituelles, et cela, notamment par son ton « trash ». Et pourtant, depuis quatre excellentes saisons, on se passionne devant l’histoire d’amour autant évidente que compliquée de Gretchen et Jimmy. La 5e saison, qui débarquera en 2018, conclura la série. Peut-on espérer un « happy end » pour ce couple aussi énervant qu’attachant ?
A l’image des personnages principaux qui jouent sans cesse les blasés, You’re the worst refuse de rejouer les éternels codes de la comédie romantique. Jimmy (Chris Geere) n’a rien du prince charmant, Gretchen (Aya Cash) n’est pas niaise. Il s’agit au départ d’une relation basée purement sur le sexe. On détecte alors comme une sorte de mise en abyme par rapport à l’état d’esprit des personnages. En effet, la série se présente comme une anti-comédie romantique par son ton « trash » et ses personnages torturés. Pourtant, par cette envie de s’affranchir des codes de la romcom, You’re the worst renouvelle à sa façon ce genre si méprisé. On assiste finalement véritablement à la naissance des sentiments de ces handicapés de l’amour et même de la société. Justement, la force de cette sitcom est son arrière-plan social qui explique certainement pourquoi les personnages (et pas uniquement Jimmy et Gretchen) ont si peur d’aimer et de s’engager.
L’amour est quelque chose de compliqué. La série met bien en avant les différentes étapes et autres possibilités, aussi bien positives que négatives autour : la naissance des sentiments, l’évolution du couple avec ses hauts et ses bas, l’image de l’amour dans la société (le couple tenu par la sœur mariée de Lindsay est une représentation de ce que la société pourrait éventuellement attendre) et même la séparation. Ces thèmes, tous reliés entre eux, sont donc traités avec une réelle pertinence. Les enjeux ont beau être dramatiques et bien plus profonds qu’on ne pourrait le penser (et la série est même parfois touchante), le ton est toujours léger. Il faut évidemment être sensible à un humour pas toujours très fin et supporter des personnages qu’on pourrait détester dans la vie, mais l’ensemble est souvent très drôle, notamment grâce à des répliques piquantes, des personnages hauts en couleur ou encore des situations croustillantes.
Si la série est souvent drôle en traitant des divers thèmes autour de l’amour et du couple, elle surprend encore plus par les différents types de sujets qui y sont abordés : notamment la dépression (au cœur de la saison 2) ou les états de stress post-traumatiques suite à la guerre d’Irak (mis en avant via le personnage d’Edgar).
Plus globalement, même si on nous présente des personnages hauts en couleur, Stephen Falk pointe du doigt une société plus triste qu’elle en a l’air. Gretchen, Jimmy et les autres se cachent derrière leurs caractères festifs (différentes grosses fêtes, ayant lieu au fil des épisodes, se terminent toujours dans le chaos) pour pouvoir cacher leurs blessures et la peur de ne pas être à la hauteur par rapport à ce que la société attend d’eux. Ils préfèrent même afficher leur marginalité pour mieux affronter leurs différences même si paradoxalement ils aimeraient parfois être mieux intégrés dans les codes sociétaux.
Stephen Falk a alors pris beaucoup de risques qu’on ne voit pas tant que ça à la télévision, surtout dans le cadre d’une romcom – même si You’re the worst revendique sa version « anti ». Il n’hésite pas à déconstruire les différents mythes autour du couple pour mieux le reconstruire. Sa série est à l’image des personnages (tous interprétés par une impeccable distribution encore trop méconnue) : le chaos peut nous mettre au plus bas mais il est également libérateur pour pouvoir mieux se reconstruire et retrouver sa place. Le pire peut aussi laisser place au meilleur.
You’re the Worst : bande-annonce
You’re the Worst : fiche technique
Créée par Stephen Falk
Casting : Aya Cash, Chris Geere, Desmin Borges, Kether Donohue…
Genre : Comédie
Format : 22 mn
Premier épisode : 17 juillet 2014
Chaîne d’origine : FX / FFX
Les cinéphiles passionnés par la science-fiction, la japanimation et les univers cyberpunk comme Akira ou les récents Ghost in the Shell et Blade Runner 2049 peuvent se réjouir. EuropaCorp a l’intention d’adapter le jeu vidéo futuriste Ruiner en série télévisée.
Selon des informations de Deadline Hollywood, EuropaCorp à l’intention d’acquérir les droits d’exploitation pour la télévision de Ruiner, un jeu d’action, en vue du dessus, dans un univers cyberpunk. Ce titre, développé par le studio polonais Reikon Games et édité par Devolver Digital, est sorti en septembre 2017 sur Pc, Mac, Xbox One et PS4. D’après des précisions de Deadline Hollywood, EuropaCorp serait donc sur le point de sceller un accord avec les ayants-droit. La société de Luc Besson serait alors en mesure d’obtenir la licence d’exploitation pour la télévision du jeu Ruiner. Dmitri M. Johnson, le PDG de DJ2 Entertainment, à l’origine de la découverte du jeu, occupera la fonction de producteur exécutif sur la future série, aux côtés de Luc Besson.
L’intrigue de Ruiner plonge les joueurs dans un monde où une multinationale, sans foi ni loi, récolte les émotions des plus démunis pour les vendre aux riches. Le héros est équipé d’un implant neuronal et devra faire usage de ses compétences pour survivre dans un univers hostile. Il va devoir libérer son frère des griffes de la multinationale et lutter contre des hordes d’ennemis terrifiants et des tueurs à gages futuristes.
DJ2 Entertainment a déjà vendu des droits de jeux vidéo pour les besoins d’adaptations pour différents studios comme la Paramount (Sonic the Hedgehog), Hulu (Life Is Strange), the Russo Brothers Studio (Little Nightmares), Gold Circle (We Happy Few) ou bien encore Original Film (Sleeping Dogs). Après l’aventure Valerian, EuropaCorp pourrait donc s’attaquer à une nouvelle adaptation ambitieuse avec le projet de série télévisée, basée sur le jeu vidéo Ruiner.
Manichéisme bien établi, apprentissage expédié, thématiques survolées… Star Wars Les derniers Jedi reste dans la continuité de son prédécesseur et limite ainsi toute prise de risque. Le département marketing peut souffler, il y’aura bien des porgs sous le sapin.
Synopsis: Suite des aventures des gentils Rey, Finn et Poe contre les méchants Kylo, Hux et Snoke. Tout le monde court partout, et à la fin un vaisseau explose. Bref, c’est un Star Wars nouvelle génération.
Il n’y a pas si longtemps, dans notre galaxie, la sortie d’un nouveau Star Wars était un événement. Un truc un peu fou qui bousculait les foules. D’une certaine manière, nous étions toujours étonnés d’en voir un nouveau sortir. Les deux premières trilogies avaient, entre chaque épisode, presque 3 ans d’écart. De quoi créer une attente et, surtout, prendre le temps d’amener de nouveaux enjeux, de nouveaux personnages, bref, chaque nouvel épisode était comme une pierre bien placée sur un édifice mastoc. Et que l’on aime ou pas, chacun avait au moins la décence de proposer un arc narratif propre, des enjeux prévus pour tenir en haleine le temps qu’il faudra etc. Bon ou mauvais, les Star Wars de George Lucas avaient la décence d’être des films, et on les applaudissait pour ça.
Pas vraiment d’applaudissements entendus à cette première séance… La joie de remettre la tête dans les étoiles qui nous avait pris en 2015 à la sortie du Réveil de la force a laissé place à une sorte de méfiance. C’est un peu le nouvel espoir de la critique, ce public souvent méprisé (à tort) semble, en partie, avoir mal digéré la blague de J.J Abrams. D’où sortait ce nouveau Star Wars qui ressemblait un peu trop au premier ? Où était passé l’artisan passionné, qui avait redonné du peps à Star Trek et Mission Impossible, dans ce produit formaté et consommable ? Il aura fallu un Rogue One providentiel pour redonner un peu d’éclat à cette saga qui n’avait même plus la décence de cacher sa fonction de catalogue de Noël de luxe. Certes, les figurines de BB-8 se sont sûrement très bien vendues, mais il semble que quelque chose se soit brisé dans le cœur des fans. Et on ne pouvait même pas accuser les critiques d’avoir sciemment terni la réputation du film.
Mais il serait évidemment stupide d’annoncer un flop. Les derniers Jedi fera-t-il péter le box office ? La question est indéniablement idiote. Évidemment que oui, puisque l’arsenal marketing de Disney nous farcit la tête avec le retour de Luke Skywalker, tout en maintenant son public dans une peur constante du spoiler. Si vous voulez savoir la suite, vous devez voir le film, même si vous n’en avez pas spécialement envie. « Mais comment ne pas avoir envie de voir Star Wars ? » se demandent certains, alors que les nouveaux jouets sont déjà disponibles avant la sortie du film. Donc oui le film va marcher. Non pas parce qu’il le mérite, mais parce qu’il le doit. Il est prévu, calibré, annoncé pour ça. Et plus que n’importe quel film de super-héros, l’échec d’un Star Wars serait l’équivalent d’un Armageddon financier pour l’industrie hollywoodienne.
Tels les clients fidèles d’une banque, nous sommes cette armée de consommateurs conciliants qui renflouent les caisses du cinéma pop-corn. Disney devrait nous en remercier, puisque grâce à nous, le studio pourra mettre la Fox sous le sapin, mais comment ? Peut-être en nous offrant un film digne de nos attentes. Ce serait là un geste décent. Mais, haha, Disney et la décence ne partagent que trois lettres. Il savent qu’ils nous tiennent par les astéroïdes avec leur univers putageek. Pourquoi s’embêter à faire un grand film quand on peut se contenter de vendre l’idée. Il restera toujours quelques gogos du fond qui n’ont toujours pas compris comment marchait une campagne marketing pour discuter dessus, inventer des théories foireuses et écrire des pages wikipédia.
De quoi parlions nous déjà ? Oui, Les Derniers Jedi. Voici donc la promesse non tenue de l’extension d’un univers déjà bien pesant dans l’imaginaire collectif. Nous étions restés avec ce sale goût dans la bouche devant un épisode introductif gavé de fan service, allant jusqu’à intégrer l’idée même d’idolâtrie dans sa propre diégèse. Kylo Ren n’était pas le nouveau Dark Vador, il était un fan qui voulait l’être. Rey n’était pas non plus la nouvelle Skywalker, mais elle voulait l’être. Cet élément avait laissé le public circonspect. Nous reprenons donc directement à la suite du précédent, avec le texte défilant culte qui… Nous rappelle ce qu’il s’est passé dans l’épisode précédent. Notez bien ce détail, le texte culte ne sert plus à remettre en contexte après une ellipse entre les deux épisodes (comme il était d’usage), mais à nous rappeler ce qu’il s’est passé deux minutes avant dans cette galaxie très lointaine. Disney ne serait quand même pas en train de nous prendre pour des buses par hasard ?
Mais non ! Le studio a écouté les critiques des fans ! Dès le début Luke Skywalker n’est plus un modèle à suivre, mais un vieux pépé ronchon qui se la joue Dark Knight et Kylo Ren explose son masque de radiateur. Prend ça dans ta face vieux monde à l’agonie ! Maintenant on attend la vraie aventure, avec de vrais enjeux dramatiques et des personnages construits sur des bases solides. Ce qui est manifestement encore trop demander.
Le plus hallucinant dans cette histoire c’est de voir que ceux qui se revendiquent de l’héritage de George Lucas semblent tout à fait incapables de comprendre sa démarche créatrice. Celle-ci peut donc se résumer en deux points : premièrement, aucun des films ne doit se ressembler, chacun doit avoir un ton, une vibration, un souffle qui lui est propre. Deuxièmement, le second épisode d’une trilogie doit toujours être plus sombre et retourner les enjeux précédents. A ce titre, là où La guerre des étoiles était une aventure sympathique et bon enfant, L’empire contre-attaque puait la charogne. Luke Skywalker ouvrait le bide de sa monture pour se réchauffer dans ses entrailles, Han Solo était trahi par son ami et se faisait torturer, Dark Vador tranchait la main de son fils. Les choses sérieuses commençaient à prendre forme. C’était la guerre, la vraie, et ça craignait un peu pour nos héros.Dans cet épisode VIII, présenté en promo comme « L’empire contre-attaque de la nouvelle trilogie » nous sommes restés à Disneyland. Les méchants restent très méchants, les gentils très gentils. Là où Lucas aimait citer Kurosawa, Rian Johnson préfère nous gaver de péripéties à la manière d’un tapis roulant qui nous distribue des sushis dégueulasses. Au bout de 2h30, autant dire qu’on a les dents du fond qui baignent. Les vieux personnages viennent faire coucou, les nouveaux nous gavent avec leur combat intérieur déjà vu avant, et d’autres têtes inédites font leur apparition. Essayons donc de nous intéresser à Rose, intérêt amoureux un peu sorti de nulle part mais toujours plus amusante qu’un Benicio Del Toro qui semble jalouser à Samuel L. Jackson son record d’apparitions dans les franchises les plus lucratives. Qui sait, peut-être qu’on le verra dans le prochain Jurassic World faire un caméo avec Matt Damon.
Vous aurez peut-être remarqué que nous avons un peu de mal à parler du film en lui-même. Deux raisons à cela. Déjà, la peur panique du spoiler empêche vraiment d’aller au fond des choses. Est-ce que l’on peut même se permettre de dire qu’aucune révélation du film n’est au niveau du « Je suis ton père » ? Même pas sûr. Deuxièmement, c’est tout simplement qu’il n’y a rien à dire vraiment. Après, on peut être certains que d’ici trois jours nous serons gavés de romans dérivés et livres explicatifs qui nous en mettront plein la vue avec leurs analyses brillantes et leur biographie chiadée de personnages secondaires dont tout le monde se cogne. Cela laissera à Kathleen Kennedy l’impression d’avoir inventé quelque chose, on ne sait pas encore quoi, mais si elle est heureuse comme ça…
Mais nous digressons encore. Parlons donc des Derniers Jedi et de la promesse de Rian Johnson d’offrir à l’univers Star Wars une vision d’auteur. Nous pourrions le traîner dans la boue et le finir à coup de botte, mais comme il était tellement mignon quand il est passé à Quotidien et que Looper n’était pas si mauvais, restons courtois. Contentons nous de lui offrir un petit sourire encourageant devant ses effets de styles niveau première année en école de cinéma. Mais oui Rian ils sont rigolos tes raccords thématiques, oui on a compris que chaque fois qu’un personnage en évoquait un autre, ce dernier apparaîtrait dans le plan suivant. Et oui oui, ton champ/contre-champ entre deux personnages qui se parlent à distance est mignon aussi.
Ce que l’on a du mal à comprendre en revanche c’est l’intrigue concentrée sur une journée. Comment imaginer une évolution de personnages correcte, quand leur voyage spirituel dure à peine une vingtaine d’heures ? Sans parler des enjeux réduits qui servent juste de prétexte à faire péter la machine à CGI tout en se débarrassant de quelques nouveaux personnages un peu encombrants. L’entraînement de Rey est rapidement évacué, et même si son maître lui dit que la Force, ce n’est pas que pour soulever des cailloux, et bien mine de rien ça aide quand même. En vérité la seule chose que l’on pourrait sauver de ce Star Wars : Les derniers Jedi, est la présence de Mark Hamill, qui se la joue plus Joker que Luke Skywalker. L’homme brisé vendu par la promotion passe plus de temps à remettre en question le film lui-même, en pointant (involontairement ?) ce qui ne va pas dans cette écriture à la chaîne. Effectivement la Force ne devrait pas être simplement un super pouvoir, et oui nous pouvons affirmer que les Jedi ont en général péché par arrogance et fait pire que mieux. Donc effectivement passer à autre chose pourrait être une bonne idée. Mais Disney aime les rebelles surtout quand ils la ferment.
Donc même si Luke Skywalker lui-même dit que les Jedi ne servent à rien et même si Rogue One juste avant essayait de nous dire que des types sans grands pouvoirs pouvaient faire de grandes choses, le studio préfère quand même les sabres laser, parce que ça se vend mieux. Ainsi tout personnage qui n’a pas la chance de naître avec la Force sera donc inutile à l’intrigue globale. Même la bataille finale tant attendue sera parasitée par un duel. Le sabre laser était un des éléments cool de la saga, il est devenu sa raison d’être.
Tel un épisode de série, Star Wars : les derniers Jedi se consomme et, si l’on apprécie ce genre de choses, admettre que le film est un bon Star Wars ne fait pas de lui un grand film. Mais de toute façon la machine est relancée pour une trilogie de plus, fort peu subtilement annoncée ici. L’histoire devient un éternel recommencement. Mais qui sait, sur douze films, peut être que le treizième va nous étonner…
Star wars Les derniers Jedi Bande-annonce
Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi : Fiche Technique
Titre original : Star Wars: Episode VIII – The Last Jedi
Réalisation : Rian Johnson
Scénario : Rian Johnson, d’après les personnages et l’univers créés par George Lucas
Direction artistique : Andrew Bennett, Neal Callow, Todd Cherniawsky, John Dexter, Jason Knox-Johnston et Oli van der Vijver
Décors : Rick Heinrichs
Costumes : Michael Kaplan
Photographie : Steve Yedlin
Son : Matthew Wood
Montage : Bob Ducsay
Musique : John Williams
Production : Kathleen Kennedy, Ram Bergman
Coproduction : Pippa Anderson
Production déléguée : J. J. Abrams, Jason McGatlin et Tom Karnowski
Sociétés de production : Walt Disney Studios Motion Pictures, Lucasfilm, Bad Robot Productions
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm – 2,35:1
Genre : science-fiction, space opera
Durée : 152 minutes
Avant de réussir à s’exporter à l’étranger et devenir l’un des cinéaste les plus esthètes de son époque, le réalisateur Nicolas Winding Refn réalisait encore des films dans son Danemark natal. D’abord Pusher, pur odyssée gangstériste, puis Bleeder, beau télescopage dans un Copenhague interlope de deux histoires faites d’amour et de violence où perçaient déjà le lumineux Mads Mikkelsen et celle qui deviendra sa femme, Liv Corfixen.
Copenhague, 1999. Léo et Louise vivent en couple dans un appartement insalubre. Découvrant que Louise est enceinte, Léo perd peu à peu le sens de la réalité et, effrayé par la responsabilité de sa nouvelle vie, sombre dans une spirale de violence. Au même moment, son ami Lenny, cinéphile introverti travaillant dans un vidéo-club, tombe fou amoureux d’une jeune vendeuse et ne sait comment le lui dire…
Un drame brut
Et dire qu’on a failli le rater celui-là. Privé de sortie en France (le studio de production ayant fait faillite) jusqu’à ce que le réalisateur en rachète les droits, Bleeder a pourtant tout l’air de l’oeuvre ultime pour quiconque s’estime fan du cinéaste danois. Car, bien qu’étant seulement son deuxième film, Bleeder arrive à incarner en à peine 90 minutes, le manifeste de son style. Immiscion de la violence et de l’amour, goût pour les personnages terrassés par la fatalité, références nombreuses et variées : tout l’apanage du danois se retrouve ainsi mélangé dans cette histoire d’amour où les sentiments, aussi exacerbés soient-ils, sont amplifiés, démultipliés mais aussi inarrêtables. Comme dans ce titre, Bleeder, qui renvoie à l’hémophilie, mais dans un sens plus général, à cette impossibilité de contenir, de garder tout ça enfoui. Il faut que ça sorte dit ainsi le réalisateur. Que ça soit la colère de Kim Bodnia, en truand qui s’inquiète de la paternité ; l’amour de Mads Mikkelsen qu’il ne sait communiquer à celle qui lui fait chavirer le coeur, ou même l’amour que témoigne NWR en personne à sa ville Copenhague qu’encore une fois, il magnifie via l’usage du quotidien, entre un banal restaurant ou le vidéoclub grimé en quasi sanctuaire de Mikkelsen.
Des bonus pleins de simplicité
Quand l’on sait le processus créatif entourant son oeuvre (et ce d’autant plus depuis le brillant documentaire « My Life Directed By NWR»), on ne peut qu’être curieux de savoir comment cette oeuvre directement inspirée de Chungking Express (ndlr : film de Wong Kar-Wai) a vu le jour. Hélas, on devra se contenter d’un entretien entre NWR et son acteur fétiche Mads Mikkelsen. Mais quel entretien ! D’une durée plutôt rare de 47 minutes, il permet au duo, non sans une réelle camaraderie, de revenir sur le projet, de s’amuser sur les galères du tournages, de revenir sur la fascination de NWR pour son actrice Liv Corfixen (qui deviendra par la suite sa femme), etc… Une rencontre originale, amusante qui a le chic de changer par rapport aux ressorts promotionnels classiques et qui transpire surtout la simplicité et l’amitié entre les deux danois les plus connus de la profession (après Lars Von Trier).
Digibook COMBO Blu-ray/ DVD Livret 40 pages 24,99€
CARACTERISTIQUES TECHNIQUES • LANGUE : Danois • SON : D.D & DTS HD Master audio 5.1 • SOUS-TITRES : Français • IMAGE : 16/9 – 2.39 – Couleur • DURÉE : 1h34 BONUS : BLEEDERS” entretien avec Nicolas Winding Refn et Mads Mikkelsen (47mn)
La saison 2 d’Outlander s’achevait sur les adieux déchirants de Claire et Jamie, quelques minutes avant le tumulte de la bataille de Culloden, laissant le spectateur en plein suspense. Forcément, l’enjeu de la saison 3 reposait donc sur les retrouvailles tant attendues entre les deux amants, ce qui tenait les fans au supplice !
Synopsis : 16 avril 1746. Alors que la terrible bataille de Culloden éclate, Jamie se prépare à mourir en héros et renvoie Claire dans son époque, en 1948. Après des adieux déchirants, cette dernière, alors enceinte lui, retrouve à contrecœur son premier mari, Frank, avec qui elle s’installe à Boston. Problème : de son côté, Jamie a survécu à la bataille et n’est plus que l’ombre de lui-même, tandis que Claire s’étiole peu à peu dans un mariage qui ne lui convient plus, rongée par le poids du secret et l’amour qu’elle éprouve encore pour son highlander écossais… Les deux « star-crossed lovers » vont-ils se retrouver ?
Une attente insoutenable
Si Outlander fait rêver grâce à ses paysages d’Ecosse magnifiques, son folklore dépaysant, sa musique celtique, son ambiance mystique et ses péripéties haletantes, la série brille avant tout par l’intensité de l’histoire d’amour qu’elle raconte, cette romance aussi passionnée que fusionnelle entre Claire, une infirmière anglaise du XXe siècle, et Jamie, un highlander écossais du XVIIIe. Ces deux amants, séparés par deux cents ans d’Histoire, vibrent au rythme des mésaventures et des obstacles que le destin sème sur leur route pour mettre leur relation à l’épreuve. Ce ressort scénaristique central, qui reprend le topos romanesque des « star-crossed lovers » (amants maudits par les étoiles), est évidemment la première source de suspense de la série ; il tient le spectateur en haleine en s’amusant à sans cesse séparer et réunir les deux héros, pris au piège des affres d’un amour aussi impossible que torturé. Alors que les premières saisons mettaient en travers de leur chemin un redoutable ennemi (le terrible Jack Randall), ici, c’est la bataille de Culloden qui force à nouveau Claire et Jamie à se désunir. Renvoyée dans son époque en 1948, dans les bras d’un mari qu’elle n’aime plus et enceinte de Jamie, Claire est au supplice et ne parvient pas à oublier l’homme qu’elle a laissé derrière elle, sur le champ de bataille. Dès lors, une question se pose : Jamie a-t-il survécu ? Et surtout, comment les deux amants vont-ils braver la fatalité pour se retrouver ?
A partir de cet instant, la série joue avec nos nerfs en misant sur l’attente, dans les 6 premiers épisodes de sa saison 3. On suit d’une part le retour de Claire dans son foyer, ses retrouvailles -froides- avec Frank, son accouchement, son déménagement à Boston. Perdue et le cœur brisée, elle tente de tourner la page et de recommencer une nouvelle vie ailleurs, loin de l’Ecosse et des souvenirs, même si sa fille Brianna lui rappelle tous les jours l’existence de Jamie. Rongée par le regret et l’incertitude, Claire va de l’avant et garde tant bien que mal son secret pendant près de 20 ans : en apparence, elle forme un couple sans histoire avec Frank, mène une existence respectable, et passe même son diplôme de chirurgien, à une époque où la médecine était encore un bastion réservé aux hommes blancs. A ce titre, la série renoue d’ailleurs avec son féminisme légendaire en montrant à nouveau que Claire s’impose dans un milieu régi par les hommes, schéma qui rappelle le combat qu’elle a dû mener à son arrivée dans l’Ecosse de 1743 pour se faire respecter par une tribu de mâles a priori rustres et misogynes. Le racisme et la différence sont donc des thématiques qui, malgré le changement de décor radical, restent chères à Outlander.
D’autre part, une question nous torture : qu’est-il advenu de Jamie ? Comme Claire, le doute nous tenaille ! La série ne tarde pas à lever le voile sur la question, en nous montrant un Jamie ensanglanté et blessé sur le champ de bataille, jonché des cadavres de ses compatriotes. Sur lui gît la dépouille de son pire ennemi : Randall. La fin d’une ère. Mais Jamie n’est pas au bout de ses peines. Désormais seul face à un futur incertain, il est rapidement capturé par les Anglais qui voient en lui un traître à la Couronne, un agitateur et un révolutionnaire. Entre moult menaces d’exécution, des années d’exil où il vit reclus en ermite et une longue peine d’emprisonnement, cet homme dévasté par le chagrin souffre et lutte pour se reconstruire dans un monde qu’il considère hostile. A noter que le personnage, muré dans la tourmente, prend un tournant intéressant qui renforce le sentiment d’empathie chez le spectateur. Pour autant, la chance tourne lorsque Jamie se lie d’amitié avec un soldat britannique et retrouve du réconfort dans les bras d’une femme qui lui donnera un fils illégitime, bâtard dont il confiera la garde à un homme de confiance, avant de partir (encore et toujours) monter une affaire à Édimbourg, où il deviendra imprimeur sous le nom d’Alexander Malcolm. Là aussi, 20 ans se sont écoulés.
Des retrouvailles expédiées
S’il était intéressant de voir évoluer en parallèle Claire et Jamie, cet effet d’attente, qui s’étale sur la moitié de la saison, finit par atteindre ses limites. Avouons-le, 6 épisodes pour faire monter l’excitation des fans en vue des retrouvailles de Claire et Jamie, c’est une mise en bouche qui traîne un peu en longueur ! Quel ne fût donc pas notre bonheur lorsqu’enfin Claire, après des années de recherches à travers les archives de (quasiment) toute la planète, retrouve, avec l’aide de sa fille et de son ami historien, la trace de Jamie ! Ni une ni deux, elle repart traverser les pierres, fébrile comme au premier jour de leur rencontre, prête une nouvelle fois à plonger dans l’inconnu. Propulsée deux siècles en arrière, elle réapparaît chez Jamie après une séparation de vingt ans : un choc pour nos deux amants, qui ont du mal à se réapprivoiser. Si la frénésie du moment ravive notre passion pour la série et renoue brièvement avec le romanesque de la saison 1, il s’en faut peu pour que la magie de cet instant tant attendu retombe comme un vieux soufflé.
Car problème : lorsqu’une série repose presque intégralement sur un couple confronté à l’adversité de la séparation, que faire pour donner du rebond à l’action quand l’enjeu central disparaît ? Une fois réunis, Claire et Jamie retombent rapidement dans leur « routine », et risquent d’être ennuyeux, écueil dont Outlander avait visiblement peur, puisqu’à peine les deux époux ont-ils le temps de se retrouver, que les péripéties les plus rocambolesques viennent à nouveau perturber leur bonheur fragile. La série craignait-elle de se figer dans l’immobilisme ? Toujours est-il qu’il transparaît dès lors une volonté démesurée de divertir qui enlève tout cachet à la suite de la saison, embourbée dans un amas de sous-intrigues aussi ridicules que décevantes, qui trahissent la nature même d’Outlander.
Le naufrage
Exit l’atmosphère mystérieuse et brumeuse de l’Ecosse : dans cette seconde moitié de saison, Claire et Jamie, qui doivent faire face au kidnapping brutal de leur neveu par des marins portugais, s’embarquent pour un grand périple à bord d’un navire censé les emmener jusqu’aux Caraïbes… Commence alors une succession de rebondissements qui, au lieu de nous faire vibrer, lassent rapidement par leur caractère outrancier, artificiel mais surtout répétitif, avec la reproduction de motifs scénaristiques éculés. Pour n’en citer que quelques uns : chasse au trésor, séquestration de Claire sur un navire ennemi, énième séparation du couple, épidémie de typhus, naufrage de Claire sur une île déserte, 150ème arrestation de Jamie, cérémonie tribale dans la jungle africaine, sacrifices humains, prophétie à dormir debout, commerce triangulaire, tempête déchaînée et 2ème naufrage… La série rompt avec sa tradition romanesque pour nous emmener dans un univers à la croisée des mondes entre Pirates des Caraïbes et Robinson Crusoé, tentant de dissimuler le vide narratif et l’absence d’enjeux profonds par de vaines péripéties qui finissent par avoir raison de notre patience.
Même les derniers épisodes, qui réunissent à nouveau Claire et Jamie et qui font resurgir des fantômes du passé (l’étrange et dangereuse Geillis) tout en essayant de raviver le faste des saisons précédentes avec notamment une scène de bal qui fait écho à la scène versaillaise de la saison 2, ne parviennent pas à faire oublier le fiasco de cette fin de saison, incontestablement ratée… Dommage de nous avoir fait patienter fébrilement pendant 6 épisodes pour au final nous noyer sous une avalanche de rebondissements qui bafouent en tous points le fondement identitaire d’Outlander. Avec une ouverture qui laisse présager une saison 4 sous de nouveaux auspices pour Claire et Jamie, échoués sur le continent américain (en Virginie), reste à espérer que l’intrigue reprenne une voie plus authentique, mais tout porte à croire que le show se dirige de plus en plus vers une série d’aventures. Un virage à 360° qui pourra laisser certains fans de la première heure sur le bas côté, même si Outlander peut éventuellement partir à la conquête d’un nouveau public.
Outlander saison 3 : Bande-annonce VO
Outlander : Fiche technique
Création : Ronald D. Moore, d’après les romans de Diana Gabaldon
Réalisation : Brendan Maher, Jennifer Getzinger, Norma Bailey, Jennifer Getzinger, David Moore, Charlotte Brändström, Matthew B. Roberts
Interprétation : Caitriona Balfe (Claire Randall Fraser) ; Sam Heughan (James « Jamie » Fraser) ; Tobias Menzies (Frank Randall) ; Sophie Skelton (Brianna « Bree » Randall Mackenzie Fraser) ; John Bell (Ian Murray Jr.) ; Richard Rankin (Roger Wakefield)…
Décors : Jon Gary Steele
Costumes : Terry Dresbach
Photographie : Michael Swan, Neville Kidd, Stephen McNutt
Montage : Michael O’Halloran, Liza Cardinale, Melissa Lawson Cheung
Musique : Bear McCreary
Genres : Drame, Romance, Fantasy, Aventure, Historique
Diffuseur : Starz (Etats-Unis), W Network (Canada), Netflix (France)
Format de la saison : 13 épisodes de 60 minutes
Dates de diffusion en France : 11 septembre 2017 – 11 décembre 2017
Le 22 novembre dernier est sorti en DVD, Blu-Ray & VOD Gimme Danger, le documentaire de Jim Jarmusch sur les Stooges et son leader iconique, L’iguane, autrement dit Iggy Pop.
Synopsis : Apparu pour la première fois à Ann Arbor, Michigan, au cours d’une révolution contre-culturelle, le style de rock’n’roll puissant et agressif des Stooges a fait l’effet d’une bombe dans le paysage musical de la fin des années 60. Soufflant le public avec un mélange de rock, de blues, de R&B et de free jazz, le groupe au sein duquel débute Iggy Pop posa les fondations de ce que l’on appellerait plus tard le punk et le rock alternatif. Gimme Danger, le nouveau film de Jim Jarmusch, retrace l’épopée des Stooges, l’un des plus grands groupes de rock de tous les temps. Gimme Danger présente le contexte dans lequel les Stooges ont émergé musicalement, culturellement, politiquement, historiquement et retrace leurs aventures et mésaventures en montrant leurs inspirations et les raisons de leurs premiers défis commerciaux, jusqu’à leur arrivée au Panthéon du rock.
Avec Gimme Danger, présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2016, Jim Jarmusch se met au défi de réaliser un documentaire sur des icônes du Rock’n’Roll américain que sont les Stooges et son leader Iggy Pop qui, du haut de ses 70 ans, continue de faire vivre le rock dans tous les festivals et autres salles de concert où il passe. Si le documentaire de Jim Jarmusch est parfois un peu décousu, il n’en est pas moins passionnant. Par sa complicité avec Iggy Pop, le réalisateur parvient à se procurer des images d’archives rares qui nous font rentrer dans l’intimité du groupe et de ses membres, entre folies de concerts avec sauts dans la foule, riffs de guitare fous et une part de vie privée. Gimme Danger peut être interprété comme une réelle fresque musicale où l’évolution du groupe et sa place de plus en plus imposante dans le monde du Rock’n’Roll américain voire mondiale sont finement représentés. Le côté précurseur du groupe est très intelligemment expliqué grâce aux comparatifs établis avec d’autres groupes tels que Ramones, The White Stripes, Rage Against the Machine, Sex Pistols ou The Strokes. On lit dans le travail de ces différents groupes, qu’on ne présente plus aujourd’hui, toutes les influences héritées des Stooges.
Le principe du témoignage face caméra permet également aux spectateurs de reprendre leur souffle et amène un côté légèrement plus posé, tout comme les divers diaporamas de photos, certaines étant vraiment touchantes. Aussi, on ne se lasse pas d’entendre les plus gros hits du groupe tels que 1969 , Down on the street ou Little Doll. Iggy Pop et ses comparses sont des électrons libres, des chiens fous de la musique, et on ne peut se plaindre d’en découvrir davantage sur eux.
Caractéristiques techniques du DVD & Blu-Ray Gimme Danger
Bonus :
• Entretien avec Jim Jarmusch et Iggy Pop (édition FNAC) : 27 minutes
• Scènes coupées : 12 minutes – Editeur : LE PACTE
Pour ses deux derniers jours, le PIFFF 2017 a décidé de sortir l’artillerie lourde avec des films à la violence de plus en plus acerbe. Les éclaboussures de sang abondent entre le film de genre français Revenge, la nouvelle origin story du célèbre Leatherface ou encore le massacre en entreprise de Mayhem. Mais l’événement le plus notable est sans aucun doute le retour d’un des monuments du Kaiju Eiga dans son pays natal, après plus de 10 ans d’absence, avec Shin Godzilla.
[Compétition] – Revenge
Réalisé par Coralie Fargeat (France, 2017)
On a beau le répéter encore et encore, mais le cinéma de genre en France est dans une position compliquée entraînant à la fois la fascination et la répulsion. Comme beaucoup de réalisateurs le disent, arriver à faire produire un film de genre français est quasiment impossible sans aide extérieure, à savoir des soutiens de productions étrangères. Il faut donc saluer l’effort quand un long métrage de ce genre voit enfin le jour et après le succès de Grave l’an dernier dans les festivals et cette année au box-office cela pourrait promettre de meilleurs lendemains pour le film de genre français. Cela nous amène donc directement à Revenge, qui comme Grave fait coup double en nous offrant à la fois un film de genre français mais aussi en permettant de découvrir une jeune cinéaste et donc favoriser la représentation des femmes dans l’industrie cinématographique. L’histoire de Revenge suit la vengeance d’une jeune femme laissée pour morte après un viol dans une oeuvre ultra-violente sous forme de chasse à l’homme.
On sent que Coralie Fargeat veut toucher un large public avec son film, très américanisé dans son style et partiellement tourné en anglais, préférant la frénésie du divertissement au détriment de la force de son propos. En résulte un récit énergique et souvent jouissif dans sa violence décomplexée et vengeresse mais aussi relativement stupide dans l’enchaînement de ses péripéties. Allant beaucoup trop vite dans son déroulement, on passe de l’invraisemblable à l’incohérence dans des situations parfois proches du ridicule et qui suscitent souvent l’hilarité. Au lieu d’avoir l’œuvre mordante qu’on aurait espéré avoir, on a un divertissement flirtant avec le nanardesque jubilatoire mais assez vain au final. La réalisatrice réduit trop souvent son personnage principal à ses purs attraits physiques et n’en fait qu’une silhouette désincarnée ce qui rend difficile toute empathie envers elle et son calvaire tellement ce dernier est surréaliste et que Fargeat dédramatise trop souvent les situations. Pourtant Revenge a une réalisation solide et de bons acteurs mais se montre maladroit dans sa mise en scène qui plonge souvent dans l’excès et la gratuité pour se donner des effets de style. En résulte un film plaisant sur l’instant mais inconséquent et qui sera sans doute vite oublié.
[Hors compétition] – Leatherface
Réalisé par Julien Maury et Alexandre Bustillo (États-Unis, 2017)
Il n’y a pas grand chose à dire sur ce Leatherface qui a été précédé d’un accueil glacial des plus justifiés. Peut-être aurions-nous pu être plus indulgent avec lui s’il s’était évertué à réinventer la mythologie de son personnage plutôt que de vouloir à tout prix s’imposer comme le préquel du chef d’oeuvre de Tobe Hooper, Massacre à la tronçonneuse. En voulant directement citer l’œuvre culte de Hooper, les deux réalisateurs français Julien Maury et Alexandre Bustillo se tirent eux-mêmes une balle dans le pied car ils se confrontent directement à la comparaison. Mais en voulant offrir une préquel à l’histoire du célèbre tueur, ils ouvrent la porte aux choix bancals qui viennent même dénaturer l’œuvre d’origine.
Leatherface n’a donc rien pour lui entre sa réalisation aux fraises, ses jumpscares systématiques et paresseux et une utilisation catastrophique de la court-focale pour accentuer sans imagination l’horreur des situations. On ne comptera pas aussi sur un scénario prévisible, qui n’apporte rien au mythe d’origine mais qui en plus nous gratifie de dialogues risibles récités par des acteurs qui donnent un nouveau sens au terme « surjeu ». Passez votre chemin et regardez plutôt le Massacre à la tronçonneuse de 1974.
https://www.youtube.com/watch?v=TCSZ3QJBfeY
[Hors compétition] – Mayhem
Réalisé par Joe Lynch (Etats-Unis, 2017)
Habitué des séries B sévèrement burnées, Joe Lynch ne change pas de style pour son nouveau film où il joue des codes du film de zombies pour les attribuer au huis-clos en forme de jeu de massacres. Extrêmement ludique sur sa forme où l’on suit un jeune avocat ambitieux bloqué sur son lieu de travail qui a été contaminé par un virus ; les infectés, désinhibés, s’adonnent à toute forme de débauches. Critique sur la déshumanisation et l’aspect impitoyable du monde du travail : on se retrouve plongé dans un récit caricatural mais assumant son second degré et sa satire. Mayhem devient cela dit très vite répétitif avec sa construction de jeu vidéo où les personnages montent les étages pour accéder aux prochains niveaux et où chaque niveau se clôture par un boss. Le tout devient vite redondant dans son enchaînement de scènes de bagarres mais cela se compense par l’énergie de l’ensemble.
Les personnages principaux ne sont pas très développés mais vite attachants grâce à la sympathie dégagée par les acteurs qui les incarnent. En ça, Steven Yeun s’en sort admirablement bien dans le rôle de ce golden boy en pleine rédemption et trouve enfin un rôle à sa mesure au cinéma. Mayhem est un divertissement des plus efficaces mais pas très fin mais il saura faire passer un bon moment le temps d’un dimanche soir pluvieux.
[Film de clôture] – Shin Godzilla
Réalisé par Hideaki Anno et Shinji Higuchi (Japon, 2016)
Shin Godzilla marque un événement d’envergure. Celui du retour du célèbre monstre de cinéma dans son pays natal après une absence de 13 ans. Il apparaît très vite comme une réponse au Godzilla de Gareth Edwards et à l’envie hollywoodienne de créer un univers partagé autour des kaiju du cinéma. Loin des récits habituels américains, ce Shin Godzilla préfère jouer la multiplicité des points de vue pour montrer l’effervescence et l’ampleur d’une situation de crise. Faisant directement référence au film d’origine, il replace son Godzilla dans un contexte post-Fukushima pour redonner toute la dimension symbolique à ce dernier. En résulte une oeuvre engagée et intelligente qui sait associer la profondeur de son propos à un spectacle visuel tonitruant et résolument moderne, avec une mise en scène ample et généreuse qui brille par la gestion de son rythme, notamment dans les arcanes de la chaîne de commandement derrière les situations de crises.
Mais Hideaki Anno et Shinji Higuchi maîtrisent aussi la mise en échelle pour rendre son statut totalement iconique à Godzilla qui n’a jamais été aussi imposant et immense. Ils signent une œuvre marquante et habile qu’on prend plaisir à découvrir sur grand écran, une occasion probablement unique offerte par le PIFFF et qui s’assure donc une clôture titanesque et mémorable avec ce très bon Shin Godzilla.
Le Palmarès :
Avec sa clôture, le PIFFF 2017 nous a dévoilé son palmarès où le public a gratifié Tigers Are Not Afraid de Issa Lopez de l’Oeil d’or des longs-métrages internationaux, un drame mexicain sur une bande d’orphelins devant faire face à la violence orchestrée par les gangs. Un film qui n’a pas convaincu l’auteur de ces lignes mais qui a su plaire au public mais aussi le jury qui lui a donné le prix Ciné Frisson + du meilleur film.
Pour les courts métrages c’est Spooked de Spook & Gloom qui repart avec le prix Ciné Frisson + du meilleur court-métrage français et une mention du jury tandis que le prix du jury et l’Oeil d’or du meilleur court-métrage français revient à Scaramouche Scaramouche d’Arthur Môlard. Et pour finir c’est le court-métrage espagnol RIP de Albert Pintó et Caye Casas qui repart avec l’œil d’or des courts-métrages internationaux.
Malgré les espoirs que l’on place en lui, Georges Clooney ne cesse de décevoir. La faute à un début de carrière flamboyant que l’acteur/cinéaste a bien du mal à rattraper. Et ce n’est pas un coup de pouce des frères Coen qui sauvera Bienvenue àSuburbicon.
Quand nous parlons cinéma, nous aimons toujours évoquer les galères de tournage, les problèmes de productions et tout autre mur que doit traverser un cinéaste pour pouvoir sortir son film. Paroxysme de ce sadomasochisme créatif, nous aimons évoquer jusqu’à l’indigestion ces œuvres mortes nées, lancées sur de bons rails mais qui ne nous laisserons finalement que des images de tournages, des concepts abandonnés ou de vagues idées de scénario. Le public semble avoir facilement assimilé l’idée que la création d’un film s’apparente plutôt à un chemin de croix, et les documentaires sur des œuvres inachevées sortent régulièrement pour nous rappeler ces films que nous ne verrons jamais, tels le Dune de Jodorowsky ou le Superman de Tim Burton.
En revanche, nous oublions qu’il arrive parfois que les choses se passent plutôt bien. Bien accompagné, le cinéaste arrive au bout de la production avec ce qui semble être une version définitive du film qui met tout le monde d’accord. Équipe de production efficace ou conjonction favorable des astres, le mystère demeure. Et pourtant certains cinéastes sans éclat arrivent de temps en temps à sortir un film qui détonne dans une filmographie médiocre. C’est ainsi que Chuck Russell, réalisateur de nanars avérés (L’Élue, Le roi scorpion), nous offrit une adaptation tout a fait honorable de The Mask en 1994. Michael Bay surprit également son petit monde en 2013, en canalisant son style outrancier et vulgaire pour réaliser No Pain no Gain qui se hissa rapidement au rang des grandes comédies du XXIe siècle. Étonnant de la part d’un type qui est fissa reparti filmer ses robots géants.
George Clooney cinéaste semble de plus en plus s’apparenter à ce genre-là, profitant d’un coup de bol créatif opportun. Sorti en 2003, Confession d’un homme dangereux marque son entrée dans le monde des acteurs qui s’essayent à la réalisation. Attendu au tournant, ce premier galop en a surpris plus d’un. Un scénario brillant de Kaufmann, une interprétation habitée de Sam Rockwell et, surprise totale, une mise en scène à la fois élégante et pleines d’idées formelles. De quoi déjà fantasmer un Georges Clooney presque punk et anti-système. Malheureusement, à la suite de ce départ canon, l’auteur a vite montré ses limites en présentant des copies décevantes, allant du correct (Good Night and Good Luck) à l’anecdotique (Jeu de dupe, Les marches du pouvoir) en passant par le vraiment mauvais (Monuments Men). Au point que nous en sommes presque à remettre en cause la paternité de ce premier grand film tellement il ressemble au film d’un autre. Bienvenue à Suburbicon, d’après une idée des frères Coen, laissait espérer un retour de cet auteur inattendu que nous aurions aimé défendre, il n’en sera finalement rien au point que le film se place rapidement du côté des mauvais ersatz coenniens.
Nous sommes projetés dans l’ambiance carte postale des banlieues américaines des années 50. Costumes cravates et robes fleuries sont donc le quotidien de cette communauté parfaite entièrement dédiée à l’American Way of Life. Curieux choix de cadre, tant le trope aura été plus qu’essoré, quelque soit le genre (science-fiction, polars, comédie etc). Ainsi, et comme à son habitude, la tranquillité du jardin d’Eden sera rapidement perturbée. De nouveaux résidents noirs réveillent le fond de racisme crasseux qui dort en chacun des résidents blancs, tandis que leur voisins font face à des événements qui secouent un peu les fondations familiales. Seul lien entre ces deux éléments, les deux enfants s’envoient amicalement des balles de base-ball. Pendant ce temps-là, les parents noirs font face à une foule de plus en plus hostile, les parents blancs eux doivent gérer leurs instincts primaires. Un premier problème saute alors aux yeux : le film semble hésiter un moment entre le discours sur le racisme ordinaire et celui sur l’ambition dévorante des banlieusards blancs, pour finalement choisir le deuxième (et donc le moins intéressant).
La présence des Coen au scénario peut à ce titre faire sourire les amateurs. Tentant le tout pour le tout, la carte du mystère qui se révèle au fur et à mesure, Clooney rate sa cible et évente un peu trop vite les éléments de l’intrigue. Nous comprenons rapidement que le père (Matt Damon) cache quelque chose, que la belle sœur (Julianne Moore) est une écervelée intéressée et que les deux cambrioleurs n’ont pas tué la mère par hasard. Tout cela principalement parce que la plupart d’entre nous avons déjà vu Fargo, et que ce type de ressort narratif commence un peu à sentir le renfermé. En attendant, le lien avec la famille noire, qui habite pourtant juste à côté, reste encore à trouver.
Mais l’échec du film n’est pas à chercher du côté de ses maladresses narratives mais plutôt dans ses erreurs de tons. Nous avions l’espoir une comédie noire capable d’attaquer de front l’Amérique de Trump par son versant idyllique, nous obtenons un film bâtard incapable de prendre ses différentes pièces dans le bon sens. Il faut attendre l’arrivée d’un assureur un peu trop curieux (Oscar Isaac) pour sentir un bref sursaut dans une intrigue qui se veut nébuleuse mais qui progresse lentement. Sauf que là où nous attendions un verni qui se fissure lentement, nous assistons finalement à l’arrachage violent d’un masque grossier. Tout cela pour assister à un feux d’artifice gore au cynisme mal placé en guise de final. Ainsi, l’image comique de Matt Damon, chevauchant un vélo trop petit pour lui, vue dans la bande-annonce, se révèle finalement moins drôle, tant le personnage nous est devenu antipathique (comme la plupart des habitants de cette banlieue).
Dernière surprise d’un métrage qui tente désespérément de tromper son monde, le père n’est pas le héros du film. Ce rôle échoue finalement à son fils, spectateur trop passif des horreurs qui l’entourent. Mais adopter de façon aussi frontale le point de vue d’un enfant achève de planter le film. Complaisant dans sa représentation de la violence, Clooney oublie qu’à peine le quart des événements vécus par cette famille suffirait à traumatiser n’importe quel enfant à vie. Les cinéastes seraient-ils à ce point désabusés pour oublier qu’un acte violent reste un acte violent ? D’un point de vue adulte, il est tout à fait possible d’en rire. Par les yeux d’un enfant cela devient tout de suite plus compliqué, surtout quand l’absence totale de liens affectifs entre les membres de la famille n’est pas expliquée.
Avec Suburbicon s’envole finalement le dernier espoir de voir en George Clooney le cinéaste caustique qu’il se promettait d’être. Il est vrai que le film est violent, qu’il attaque frontalement une certaine image de l’Amérique. Mais son cynisme trop premier degré l’empêche d’être drôle, ce qui fait de Bienvenue à Suburbicon l’un des films les plus embarrassants de l’année.
Bienvenue à Suburbicon : Bande-annonce
Synopsis : Suburbicon est une paisible petite ville résidentielle aux maisons abordables et aux pelouses impeccablement entretenues, l’endroit parfait pour une vie de famille. Durant l’été 1959, tous les résidents semblent vivre leur rêve américain dans cette parcelle de paradis. Pourtant, sous cette apparente tranquillité, entre les murs de ces pavillons, se cache une réalité tout autre faite de mensonge, de trahison, de duperie et de violence… Bienvenue à Suburbicon.
Bienvenue à Suburbicon : Fiche Technique
Titre original : Suburbicon
Réalisation : George Clooney
Scénario : George Clooney, Grant Heslov, Ethan et Joel Coen
Acteurs principaux : Matt Damon, Julianne Moore, Oscar Isaac et Noah Jupe
Genres : Policier, Comédie
Date de sortie : 06 décembre 2017
Durée : 1h44min