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Death House repoussé en salles suite au carton de Black Panther au box-office !

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Death House vient de voir sa sortie en salles aux USA décalée d’une semaine, suite au carton plein réalisé par le film Black Panther au box-office américain.

Alors que l’année 2017 avait permis de célébrer le triomphe du cinéma de genre à travers le succès commercial dans les salles obscures du film Get Out de Jordan Peele (sur fond de satire sociale dénonçant le racisme et les clichés en pleine Amérique de Donald Trump), une situation délicate et paradoxale est en train de se produire dans les multiplexes américains pour la sortie d’un film d’horreur indépendant. Le carton de la superproduction Black Panther, de Ryan Coogler, est en train de menacer la sortie dans les salles américaines d’un projet réunissant les gloires du cinéma fantastique des années 1980 et 1990. Le long-métrage Death House, signé Harrison Smith, vient en effet de voir sa sortie au cinéma décalée d’une semaine, suite au raz-de-marée et face à la cash machine engendrée par le héros de la Marvel et des studios Disney. Black Panther a généré 242,2 millions de dollars, en quatre jours seulement ! Ce score représente le deuxième meilleur démarrage de tous les temps derrière Star Wars : Le réveil de la force, en 2015.

Selon des informations des rédactions de Dread Central et de IHorror.com, la sortie de Death House dans les salles obscures américaines vient donc d’être officiellement repoussée cette semaine suite au succès de Black Panther, qui va grignoter des écrans dans les multiplexes et conquérir de nouvelles salles à partir des 23, 24 et 25 février. Le long-métrage horrifique d’Harrison Smith devait sortir le 23 février 2018 sur près d’une centaine d’écrans aux Etats-Unis. Le film sera finalement visible au cinéma dans un délai très bref fort heureusement. La nouvelle date officielle de sortie de Death House, dans les salles obscures américaines, a été fixée au week-end du 02 mars 2018.

Cette nouvelle, à peine croyable, symbolise bel et bien la dure réalité des processus de distribution à Hollywood et de la gestion ainsi que du fonctionnement des multiplexes dans un pays où le dollar est roi. Jodie Foster avait-elle donc raison ? Les films du Marvel Cinematic universe et les blockbusters récents nuiraient-ils véritablement au circuit de distribution de longs métrages indépendants, soutenus par des studios et des distributeurs qui ne luttent pas à armes égales ? L’exemple du projet porté par Harrison Smith et Gunnar Hansen (Leatherface dans le tout premier Massacre à La Tronçonneuse) en est malheureusement la preuve. Lloyd Kaufman et les studios Troma étaient donc dans le vrai depuis tout ce temps ! Diantre !

Eric Parkinson, à la tête de la société Hannover House, qui distribue Death House au cinéma, s’est exprimé sur la situation ubuesque de ce film d’horreur indépendant, littéralement menacé par Black Panther, pour sa sortie en salles le 23 février 2018.

Nous sommes évidemment très déçus de devoir subir la pression des exploitants de salles qui retiennent et mobilisent de nouveaux écrans pour Black Panther. Nous sommes heureux du succès de ce film pour les propriétaires de salles de cinéma. Nous sommes persuadés que le léger décalage pour Death House aura des conséquences financières positives pour le film au final.

Les équipes de Death House ont également publié de nouvelles informations sur les réseaux sociaux en ce début de semaine afin de prévenir les fans d’horreur et de cinéma fantastique du délai supplémentaire à attendre pour la sortie en salles, du 23 février au 02 mars 2018.

Le long-métrage horrifique d’Harrison Smith est attendu pour une sortie limitée le week-end du 02 mars 2018 au cinéma aux USA. Une séance spéciale et prestigieuse avec vingt personnalités présentes au casting est notamment d’ores et déjà prévue dans le quartier de Van Nuys à Los Angeles. Le nombre de salles devrait être ensuite étendu à travers le pays lors des semaines du 09 et du 16 mars 2018. En cas de succès lors de la semaine du 16 mars, de nouveaux écrans pourraient en effet être alloués à Death House à travers le pays fort heureusement.

Parmi ces précieuses informations, plus de détails ont également été donnés sur l’avenir du film. La disponibilité du long métrage dans le commerce en DVD, en Blu-Ray et en VOD pourrait être également décalée et planifiée pour le mois de juin ou le mois de juillet. Death House devrait arriver sur Netflix aux USA le 20 avril 2018. La sortie de Death House pour le marché international, et donc potentiellement pour la France, est également officiellement prévue pour le mois d’avril 2018.

Les amateurs de films de genre auront même la possibilité et le grand bonheur de se faire une séance « double feature », une double programmation dans la même journée ou soirée aux USA. Le nouveau film d’Eli Roth, Death Wish (avec Bruce Willis), le remake d’Un Justicier dans la ville, de Michael Winner et avec Charles Bronson, sortira en effet également le même week-end que Death House aux USA. Death Wish est prévu pour le 09 mai 2018 dans les salles françaises.

Le réalisateur Harrison Smith a donc encouragé les fans d’horreur et de cinéma de genre à soutenir le film et à se déplacer en masse lors de sa sortie en salles, finalement prévue pour le début du mois de mars. Le succès phénoménal du dernier opus des studios Disney – Marvel, Black Panther, provoque donc des dommages collatéraux pour le cinéma indépendant et les circuits de distribution plus restreints. La sortie de Death House a donc dû être officiellement décalée au mois de mars. De nombreux multiplexes dans les villes majeures américaines vont en effet réquisitionner des écrans supplémentaires pour capitaliser au maximum sur le succès commercial et la pluie de dollars de Black Panther, lors du week-end du 23 février.

Death House réunit de véritables légendes vivantes du cinéma de genre aux yeux de tous les mordus d’horreur. Le défi et le pari des équipes du film est encore plus fou que la trilogie Expendables. Le casting est en effet composé des personnalités suivantes : Kane Hodder (Vendredi 13 : VII, VIII, Jason va en enfer, Jason X), Tony Todd (Candyman), Dee Wallace (E.T., Hurlements), Barbara Crampton (Re-Animator, From Beyond), Debbie Rochon (Terror Firmer, Tromeo and Juliet), Adrienne Barbeau (The Fog, Creepshow), Bill Moseley (Massacre à la tronçonneuse 2, The Devil’s Rejects), Michael Berryman (La Colline a des yeux), Lloyd Kaufman (les studios Troma), Sid Haig (La maison des 1 000 morts, The Devil’s Rejects), Vernon Wells (Mad Max 2, Commando), Felissa Rose (Massacre au camp d’été), Kenny Ray Powell, Cody Longo, Cortney Palm, Lindsay Hartley (Smallville), R.A. Mihailoff (Massacre à la tronçonneuse 3), Beverly Randolph (Le retour des morts-vivants) ou bien encore Sean Whalen (Twister, Le sous-sol de la peur).

Les spectateurs, cloués sur leur fauteuil, suivront donc l’immersion surréaliste de deux jeunes agents du FBI dans les entrailles d’une prison fédérale, qui accueille les pires criminels de la planète, au cœur de la fameuse « Zone 51 ». Les prisonniers les plus violents seraient maintenus sous contrôle par l’intermédiaire d’un système de réalité virtuelle qui leur donne l’illusion d’étancher leur soif de meurtre et leur pulsion de mort. L’établissement pénitentiaire abrite en réalité en son sein une porte sur l’Enfer. La plupart des prisonniers ne tarderont pas à créer une émeute. Nos deux agents du FBI, le personnel scientifique et sécuritaire de la prison ainsi que les rares détenus qui ont encore une part d’humanité devront alors faire face à des entités démoniaques capables des pires atrocités. Harrison Smith a écrit le scénario du film sur une idée originale de Gunnar Hansen, l’inoubliable interprète de Leatherface dans le tout premier Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Le film est produit par Rick Finkelstein et Steven Chase pour le compte d’Entertainment Factory. Le popcorn et les sodas risquent donc de voler dans les salles américaines tant le niveau de terreur et d’effroi pourrait être grand en cas de succès. Le film s’annonce comme une plongée dans un univers carcéral ultra hostile et fortement déconseillé aux personnes claustrophobes. Harrison Smith a l’intention d’établir une nouvelle franchise horrifique, avec Death House, qui s’étalerait sur six films. Un succès confortable au box-office lui permettrait de se lancer sur le prochain opus, Dawn of 5 Evils.

Death House est un long-métrage qui devrait permettre aux exploitants de multiplier les séances. Le film, classé R, dure en effet 1h35. Le bouche à oreille, l’effet de curiosité, les réseaux sociaux, les youtubeurs, les blogueurs passionnés de cinéma de genre et l’absence de films gores à cette période de l’année aux USA devraient être des éléments favorables au succès de Death House lors de sa sortie en salles au début du mois de mars.

Hannover House n’a fort heureusement pas annulé purement et simplement la sortie de Death House en salles. Le long-métrage horrifique d’Harrison Smith va en réalité bénéficier d’une sortie décalée et étalée dans le temps à partir du week-end du vendredi 02 mars 2018. Les équipes de Death House n’ont pas cherché à polémiquer ou à critiquer le film Black Panther. Cette situation surréaliste et délicate, le décalage d’une sortie en salles à la dernière minute suite au succès d’un film concurrent, fait partie de la loi du marché et de la dure réalité à Hollywood. Cela aura en tous les cas permis de réaliser un joli coup de publicité et de mobiliser les fans de cinéma fantastique pour les sorties en salles de Death House aux USA lors des week-ends des 02, 09 et 16 mars 2018. Espérons que le film soit de bonne facture et à la hauteur de l’attente pour les fans d’horreur et que le succès au box-office se concrétise pour toutes les équipes de ce long-métrage fait avec passion et dévouement et qui réunit les légendes vivantes du cinéma de genre américain des années 1980 et 1990.

https://twitter.com/DeathHouseMovie/status/966374644642123777

Criminal Squad : Gérard Butler et le crépuscule du mâle alpha

A une époque qui a à ce point creusé un gouffre entre la promesse de l’œuvre et l’œuvre elle-même, au point que  l’expérience spectatorielle  est en passe de devenir le parent pauvre du processus cinématographique, le simple fait de parvenir à être ce que l’on est supposé être constitue en soi un petit miracle. Ça tombe bien, c’était tout ce qu’on demandait à Criminal Squad, le premier film de Christian Gudecast, que la bande-annonce nous avait vendu comme un ersatz de Heat tartiné au jus de couilles emmené par un Gérard Butler éructant d’un machisme d’un autre âge.

Pour nous les hommes

Bref, du bon gros polar urbain testostéroné traversé par les excès de ses personnages borderlines et enivré de sa propre amoralité. Et pour bien faire, le réalisateur s’assurait les services de tout ce que l’industrie du divertissement peut compter de fiers représentants d’une masculinité trempée dans le jus de testostérone non dilué. Hormis notre Léonidas (Gérard Butler donc) qui a troqué sa jupette contre un marcel blanc et ses abdos de club de gym de San Francisco contre une bedaine de pilier de bar, comptez donc des seconds rôles vus dans tout ce que le cinéma et la télé peuvent compter d’univers « manly man approved »: un emblème du gangsta rap qui travaille sa reconversion (l’inénarrable Curtis « 50 Cent » Jackson) et le fils d’un rappeur célèbre connu pour avoir joué son paternel (O’Shea Jackson jr), des Samoans aux physiques de Goliath, et même des combattants de l’UFC qui viennent faire coucou. Devant tant de bonheur, on était même prêt à fermer les yeux sur les inévitables appels du pied au moralisme pontifiant de l’éternel troisième acte expiateur pour peu que le film commette vraiment les outrages dont il essaierait hypocritement de se racheter in extremis. En résumé, on voulait que Criminal Squad ressemble le plus possible à ça :

Soit des gros bras mal rasés parfumés à la bouteille de Jack de la veille, des concours de qui a la plus grosse en veux-tu en voilà, des clubs strip-tease pour apaiser les esprits, et les basses d’une bande-son rap pour la caution street de rigueur. Des fois, le cinéma c’est simple comme les petits plaisirs de la vie.
Ça tombe bien, c’est exactement ce que nous offre le film. Et même un peu plus.

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Pablo Schreiber et ses potes. Pas de malaise.

On se gardera bien de comparer Criminal Squad à toute autre œuvre s’étant essayé à marcher sur les plates-bandes du monument de Michael Mann mentionné plus haut vu qu’au bout du compte, le film réussit à ne ressembler qu’à lui-même. Visiblement conscient non seulement de ses influences mais aussi des attentes qu’il avait fait naître, Christian Gudecast se fait un point d’honneur à cocher toutes les cases du programme qu’il s’était fixé. Le classique schéma du flic au bord du point de rupture engagé dans un jeu du chat et de la souris avec un voleur supérieurement doué fait le lit ici d’un duel de pitbulls qui a le bon goût de ne pas s’embarrasser de trop de considérations existentielles.

Il ne peut en rester qu’un

Convoquant avec talent l’urbanité caniculaire et déliquescente de Los Angeles pour mieux faire accentuer la pression, Criminal Squad orchestre parfaitement la confrontation de ces deux camps qui ne vivent que pour imposer leur suprématie aux autres. Il faut à cet égard souligner à quelle vitesse Gudecast expédie la mise en place inhérente au genre. Les braqueurs sont identifiés en quinze minutes par les flics et les flics sont reconnus encore plus vite par les braqueurs, chacun jouant la carte d’une transparence qui permet au réalisateur de sortir du carcan du genre pour se focaliser sur le conflit en chien de faïence qui s’installe. Ce n’est pas un polar, mais une compétition sportive entre deux équipes chauffées à blanc (ce que le scénario ne manque pas de souligner). Chaque confrontation se transforme ainsi en décharge de tension silencieuse, tel cet anthologique dialogue méta au stand de tir qui donne envie au spectateur de se planquer dans un trou de souris. Pour vous donner un ordre d’idée, c’est un peu comme si vous vous retrouviez au milieu de ça :

https://www.youtube.com/watch?v=l_EexEAVAzo

Tu sens la pression qui émane de nous ?

Vous l’aurez compris, le cahier des charges est rempli, et bien rempli. A d’autant plus forte raison que le contexte dépeint de la militarisation des conflits entre braqueurs et forces de l’ordre et la volonté de filmer des décors susceptibles de sortir L.A de ses images d’Epinal ajoutent un ancrage bienvenu au récit. De fait, dans son degré de lecture le plus immédiat, Criminal Squad est le film que David Ayer n’a jamais fait – et ne saura jamais faire. Christian Gudecast est un réalisateur qui a définitivement compris ce que son public est venu voir. Tellement même que l’ensemble pourrait paraître presque trop calculé pour être honnête, d’autant plus à l’aune d’un twist final qui aurait pu se révéler méchamment roublard en d’autres mains (David Ayer, encore lui !). Or, c’est bien la conscience de ces attentes qui apporte à l’ensemble une perspective lui permettant de préparer la transgression de sa ligne de conduite en amont sans dévier des clous de sa proposition initiale. Un numéro d’équilibriste qui pourrait tenir tout entier sur un élément oh combien déterminant à la réussite de l’ensemble : la composition de son casting.

Gérard Butler on fire

Soyons clair, si Criminal Squad affiche une belle brochette de gros bras aux tronches de bourrins endurcis (Pablo Schreiber, Curtis Jackson, la galerie impressionnantes de trognes convoquée pour l’occasion), c’est bien le chef d’escadrille qui donne le ton à l’ensemble. Et cette tête de gondole c’est Gérard Butler. Butler bon comme il l’a rarement été, endossant la panoplie du flic fucked up accro à l’adrénaline comme s’il était le premier à la porter. Butler, dont le profil de brute antipathique trop ivre de sa violence (mal) contenue pour être tout à fait soluble dans le moule du héros classique, trouve enfin le terrain sur lequel se déployer. Dans le royaume des bullys de cour de prison, il est confortablement assis sur le trône. Contre son adversaire qui danse autour de lui, joue la tactique et refuse l’affrontement de face, Butler fonce comme un buffle prêt à l’attaque. Son « Big Nick » terrorise son entourage, s’assoit sur le protocole pour assouvir son besoin d’imposer sa loi, et victimise son prochain quand il est trop tendre pour lui faire face (il surnomme la petite frappe jouée par O’Shea Jackson jr « Fraulein », après une allusion à son intégrité anale). Butler est violent, Butler est hargneux, Butler est over the top, Butler sort ses grosses couilles et les frotte sur la table jusqu’à décaper l’amour-propre des quidams qui y sont assis.

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Gérard Butler: un homme, sa plaque et ses tatouages.

Or, c’est bien à l’aune de ce show complètement désinhibé qu’il faut aller chercher le propos qui sous-tend l’ensemble. A savoir que ces démonstrations de forces hyperboliques sont précisément pensées pour extérioriser les névroses des personnages (en particulier celui-là). Jusqu’à son climax, Criminal Squad est un spectacle qui appuie généreusement sur tous les curseurs convoqués jusqu’à ce qu’un twist inattendu reconfigure son logiciel en totalité, sans pour autant faire mentir ce qui a précédé. Toute la réussite du film réside dans la capacité du réalisateur à gérer le mélange de premier degré absolu et de distance induite par le propos sans trahir son jeu aux yeux du spectateur. Une réussite tributaire de la performance de Butler, tant l’Écossais intègre sans se forcer la défaillance de ce personnage qui n’a pas conscience de la taille de sa touquette, son environnement lui renvoyant constamment le reflet qu’il aime à contempler. Mais c’est aussi l’honnêteté du réalisateur qui fait la différence, dans sa volonté de ne pas articuler ses intentions au détriment de ses personnages. Pas question d’instrumentaliser des caricatures pour appuyer un discours (voir ainsi les apartés sur la vie privée des uns et des autres, assez justes) et casser le premier degré de l’ensemble.

La fin d’une époque

Évidemment, dans ce genre d’exercice entreprenant de duper le spectateur sans se foutre de sa gueule, il est toujours difficile de réussir à jouer sur les deux tableaux si on ne s’appelle pas M. Night Shyamalan. De fait, on pourra toujours reprocher à Christian Gudecast de dissimuler ses cartes un peu trop vertement ; on pointera également du doigt les quelques incohérences qui survivent au procédé qui est censé leur donner sens. Reste que c’est tout à l’honneur du réalisateur d’entreprendre cette mécanique dans son découpage même plutôt qu’en intériorisant un discours qui se mettrait en travers de la proposition initiale. Se faisant, Criminal Squad fait de son propos un enjeu purement cinématographique qui sait choisir son moment pour se cristalliser. Comme dans cette fusillade finale qui refuse la catharsis tant espérée, laissant la frustration l’emporter sur la satisfaction. Un climax que l’on pourrait résumer dans cette réplique du personnage de 50 Cent, qui demande son arme du ton le plus fataliste et laconique dont il est capable, comme s’il était conscient du programme qu’il devait remplir. Si même celui qui a réinventé le gangsta rap il y a 15 ans fait la tronche en empoignant son arme…

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La bourse où la vie ?

Sous couvert du film mâle hyperbolique annoncé, Criminal Squad dessine le crépuscule d’un archétype en fin de vie. Ce faisant, le film de Christian Gudecast réussit à être parfaitement ce qu’il se devait d’être, tout en devenant son inverse. Autant dire que de la part du scénariste de la Chute de Londres et Un homme à part, on n’en attendait vraiment pas tant.

Criminal Squad : Extrait

Synopsis : Chaque jour, 120 millions de dollars en liquide sont retirés de la circulation et détruits par la Réserve fédérale de Los Angeles. Un gang de braqueurs multirécidivistes va tenter l’audacieux tour de force de mettre la main dessus. Mais, ils vont se heurter à une unité d’élite de la police qui n’a pas l’intention de jouer dans les règles de l’art. Tous les coups sont permis pour coincer ces gangsters prêts à tout.

Criminal Squad : Fiche technique

Titre original : Den of Thieves
Titre québécois : À armes égales
Réalisation : Christian Gudegast
Scénario : Christian Gudegast et Paul Scheuring
Interprétation : Gerard Butler :(Nick « Big Nick » Flanagan), Pablo Schreiber (Ray Merrimen), O’Shea Jackson Jr. (Donnie Wilson), Curtis « 50 Cent » Jackson (Levi Enson), Evan Jones (Bosco), Cooper Andrews (Mack), Brian Van Holt (Murphy « Murph » Collings)
Musique : Cliff Martinez
Photographie : Terry Stacey
Montage : Joel Cox
Production : Mark Canton, Christian Gudegast, Ryan Kavanaugh et Tucker Tooley
Sociétés de production : Diamond Film Productions, Tooley Productions et G-BASE
Sociétés de distribution : STX Entertainment (États-Unis), Metropolitan FilmExport (France)
Date de sortie : 21 Février 2018
Durée : 2h20
Genre : Thriller, policier

États-Unis 2018

Pour plus d’informations sur Criminal Squad

 

Gangsta : Les réalisateurs de Black reviennent avec un nouveau film coup de poing

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Les deux réalisateurs belges révélés par le film Black, Adil El Arbi et Bilall Fallah, reviennent avec un nouveau projet cinématographique. Alors que le précédent film avait été malheureusement interdit dans les salles françaises (suite à des débordements dans certaines séances en Belgique et à une interdiction aux moins de 16 ans), Gangsta est attendu dans l’Hexagone pour le 28 février prochain.

Adil El Arbi et Bilall Fallah partent à l’assaut du marché français avec Gangsta, après leur première œuvre saluée par la critique, Black, mais injustement interdite en France. Le film a connu un succès en e-cinéma. Il est actuellement accessible gratuitement sur l’application My Canal, grâce à un abonnement aux chaînes OCS. Le film choc d’Adil El Arbi et Bilall Fallh ne doit d’ailleurs pas être confondu avec son homonyme Black, signé Pierre Laffargue et avec le rappeur MC Jean Gab’1.

Les amateurs de cinéma belge ne seront donc pas déçus avec leur nouveau film Gangsta, un polar mâtiné d’éléments propres à la comédie d’action et à l’esthétique très soignée. Les deux réalisateurs dépeignent encore les affres de la criminalité en Belgique à travers une sacrée galerie de personnages. Black se déroulait dans la banlieue de Bruxelles. Le cadre de Gangsta est la ville d’Anvers. Quatre copains d’enfance, tous fans de Scarface et dealers à la petite semaine, rêvent de devenir les futurs pontes du crime organisé. Ils seront à l’origine d’une guerre ouverte après le vol d’un chargement de cocaïne. Un baron de la drogue, originaire d’Amsterdam, et les cartels colombiens seront à leur trousse ! Le prix à payer par ces quatre jeunes loups suite à cette bévue pourrait être bien plus lourd qu’une mission ratée dans le jeu vidéo Grand Theft Auto. Les fans de Pusher, Dealer, Comme un aimant, La Haine, Les Barons ou Chouf devraient donc tout particulièrement apprécier ce film.

Comme le précise la rédaction d’Allocine, Adil El Arbi et Bilall Fallah sont passés par l’école de cinéma Sint-Lukas de Bruxelles. Ces jeunes réalisateurs, âgés de 29 et 32 ans, ont réalisé deux premiers films choc : Image et Black. Adil El Arbi et Bilall Fallah vont également s’atteler très bientôt à un projet déjanté pour un film d’ores et déjà culte, Le Flic de Beverly Hills 4. Le tournage serait prévu à Détroit avec Channing Tatum ou Tom Hardy aux côtés d’Eddie Murphy. Le comédien sélectionné incarnerait un nouveau policier de la ville sensible du Michigan. Il serait confronté à Axel Foley, devenu flic saisonnier. La rédaction d’Allocine évoque un budget de 50 millions de dollars.

Gangsta débarque donc dans les salles françaises le 28 février prochain et est prêt à braquer le box-office. Le casting regroupe les comédiens Nora Gharib, Nabil Mallat, Matteo Simoni, Saïd Boumazoughe et Junes Lazaar. Le film était intitulé Patser lors de sa sortie en Belgique en janvier 2018.

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Teaser de Gangsta, un film d’Adil El Arbi et Bilall Fallah, dans les salles françaises le 28 février 2018 :

Plus d’informations technique sur le film Gangsta

La figure légendaire de la blaxploitation Pam Grier prépare un biopic inspiré de sa vie

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L’actrice Pam Grier, véritable icône de la blaxploitation et héroïne dans Jackie Brown de Quentin Tarantino, préparerait un biopic inspiré de sa propre vie, intitulé Pam. La comédienne a également évoqué le délicat sujet des violences faites aux femmes.

Pam Grier prépare un biopic inspiré de sa propre vie. Le film, intitulé Pam, est actuellement en cours d’écriture et de développement. Le scénario, confié à Bennie Richburg, serait sur le point d’être vendu selon des informations d’Allocine.

Cette actrice légendaire a tourné dans de nombreuses œuvres cultes de la période de la blaxploitation dans les années 1970 à Hollywood. Les cinéphiles, qui n’auraient pas eu la chance ou le bonheur de découvrir certains de ses films, peuvent trouver sur le marché français des dvd de Foxy Brown, Black Mama – White Mama ou bien encore Coffy, la panthère noire de Harlem. Le réalisateur John Carpenter lui a même offert deux rôles dans Los Angeles 2013 et Ghost of Mars. Pam Grier est également restée célèbre pour ses rôles dans Bones, Sheba Baby, The Big Doll House, Friday Foster ou bien encore Scream Blackula Scream. Quentin Tarantino a rendu un hommage poignant à Pam Grier de son vivant en lui confiant le rôle principal dans Jackie Brown, aux côtés de Samuel L. Jackson, Robert Forster, Robert De Niro, Bridget Fonda, Michael Keaton ou bien encore Chris Tucker.

Interrogée par Deadline, Pam Grier a indiqué que le comédien Jay Pharoah était prêt pour incarner Richard Pryor, avec qui elle a eu une passion amoureuse à la fin des années 1970, dans le cadre de son projet de biopic. Pam Grier et Jay Pharoah (White Famous) se sont rencontrés à l’occasion d’une session de doublage pour le jeu vidéo Infinity Wars. Jay Pharoah a trouvé l’histoire « déchirante, brutale, honnête et magnifique ».

Je l’ai regardé, j’ai entendu sa voix puis j’ai fermé les yeux et je me suis dit : « C’est Richard. »

La comédienne a publié ses mémoires en 2010 (Foxy, My Life in Three Acts). Alors qu’Hollywood est empêtré dans les scandales sexuels (les affaires Weinstein, Allen, Polanski) et les accusations graves de comportements inappropriés (Kevin Spacey, Ed Westwick, James Toback, Steven Seagal), Pam Grier a courageusement évoqué dans ses écrits les violences sexuelles dont elle a été victime. Pam Grier aurait été violée à l’âge de six par deux garçons plus âgés, puis de nouveau lors de ses études à l’université. Elle raconte également dans ses mémoires une soirée atroce chez le chanteur Sammy Davis Jr. Ce dernier, en présence de sa femme, aurait essayé de contraindre Pam Grier à coucher avec lui. La scène était d’une violence rare. Elle serait parvenue à s’enfuir avec l’aide de Liza Minnelli et de son mari Jack Haley Jr., en se cachant sur la banquette arrière de leur voiture.

Pam Grier a également évoqué sa bonne étoile dans le cadre de sa carrière, son agent John Gaines. Lorsqu’elle était une star montante à Hollywood, il s’est toujours assuré qu’elle ne se rende pas seule aux rendez-vous afin qu’elle ne se retrouve pas dans une situation risquée pour sa sécurité.

Si vous allez à un rendez-vous professionnel, quelqu’un doit toujours être avec vous. John a toujours établi ces règles pour moi et a créé une zone de confort. […] Je n’ai pas vraiment vécu le harcèlement sexuel que vous pourriez penser. Je me demande si c’est parce qu’ils ont vu mes films et pensé que je pourrais probablement leur casser la figure.

Pam Grier a indiqué qu’elle soutenait toutes les femmes victimes d’abus sexuels ou de harcèlement. La comédienne admire le courage de celles qui ont décidé de ne plus se taire. Elle a d’ailleurs évoqué son propre soulagement lorsqu’elle a enfin parlé de ce qui lui était arrivé, lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant :

C’était comme se débarrasser d’un poids énorme, on ne réalise pas la force qu’on a jusqu’à ce qu’on ait vraiment besoin que ça sorte.

Les fans de la comédienne espèrent que le biopic Pam verra bientôt le jour. Le film pourrait être tout aussi marquant et poignant que le long-métrage consacré au couple sulfureux de la chanson Tina et Ike Turner (What’s Love Got to Do With It en VO, Tina en VF de Brian Gibson en 1993). Pam Grier pourrait jouer son propre rôle dans certaines scènes du film ou participer à l’enregistrement d’une voix off.

Bande-annonce d’une soirée spéciale sur la chaîne TCM Cinéma consacrée à la comédienne Pam Grier en octobre 2017 : 

Alfred Hitchcock : Les Années Selznick – coffret ultra collector de Carlotta

Le 29 novembre 2017 est sorti en vidéo le coffret Blu-ray (& DVD) Alfred Hitchcock Les Années Selznick. Édité par Carlotta Films, l’objet vous invite ainsi à revenir sur quatre films majeurs réalisés par le maître du suspense pendant sa fameuse période de collaboration avec le grand producteur David O. Selznick : Rebecca, La Maison du Docteur Edwardes, Les Enchainés et Le Procès Paradine

Les Enchainés : à propos de la relation Hitchcock / Selznick

Septième coffret de la collection « ultra collector » made by Carlotta, Alfred Hitchcock Les Années Selznick permet de redécouvrir quatre films importants du film dont le sous-estimé La Maison du Docteur Edwardes, (re)connu pour sa fameuse séquence de rêve créée en collaboration avec Salvador Dali. Les quatre films, accompagnés de cinq heures et trente minutes de suppléments exclusifs et d’un livre de trois cent pages, titré La Conquête de l’Indépendance, constitués d’articles d’époque de Claude Chabrol, Pascal Bonitzer, d’entretiens avec Jean Douchet et Peter Bogdanovich ainsi que des éternelles photographies inédites – entre autres -, retracent l’envol hollywoodien du Britannique Hitchcock. Un envol qui a pu se faire grâce à la relation entre le cinéaste anglais et le producteur américain indépendant David O. Selznick ou « comment le savoir-faire du deuxième va permettre au premier de devenir un véritable cinéaste hollywoodien » (texte promotionnel du coffret).

« La décennie qu’Hitchcock passa dans le giron de Selznick fut plus qu’une période de transition. La collaboration, parfois frustrante, parfois étouffante, fut pourtant fructueuse et productive. En mettant à disposition du metteur en scène son savoir-faire et celui des techniciens hollywoodiens, Selznick permit à Hitchcock de donner corps à ses visions.« 

Chef d’orchestre et maître de marionnettes, sur la relation entre AH et DOS, par Fabien Delmas (texte présent dans le livre du coffret) –

David O. Selznick est un nom qui résonne dans l’esprit de nombreux cinéphiles et cinéphages. Cromwell, Cukor, Fleming, Hitchcock, Reed, Dieterle, Vidor… Nombreux sont les cinéastes dont les films ont été produits et mis en lumière par Selznick. King Kong, Les Quatre filles du docteur March, Autant on emporte le vent, Duel au soleil… DOS est un homme à succès. Lorsqu’Alfred Hitchcock et David O. Selznick se lancent dans la production de Rebecca, le premier n’est pas surpris des exigences du deuxième. Sans surprise, le cinéaste britannique sait que le montage sera supervisé par Selznick. Et il sait aussi qu’il aura un cadre de création sécurisé répondant à toutes ses attentes, dirigé par un producteur qui a toujours mis un point d’honneur à défendre l’histoire et les personnages de ses productions. Concernant les adaptations littéraires, notons même que DOS était réellement attaché à ne pas trahir l’œuvre originale. Certes, le producteur avait tendance à être invasif, mais Hitchcock ne pouvait conquérir Hollywood sous une meilleure bannière. Son contrat n’est pas exclusif, ainsi le cinéaste tourne pour la RKO, la Twentieth Century Fox, Universal, entre autres. Aussi la relation Hitchcock / Selznick, véritable jeu d’équilibre, trouve une bonne illustration en deux faits : même si le producteur supervisait le montage et pouvait exiger des retakes, rappelons que DOS, « producteur créatif » (page 28, Un télex de Selznick à Hitchcock, Nicolas Saada), ne voulait que le meilleur pour le film, et il voulait éviter tout conflit avec Hitchcock, dignes de ceux qu’il a connus sur Autant on emporte le vent, réputation oblige ; par ailleurs, le cinéaste britannique concevait le montage de sa pelloche dès la pré-production, ainsi le long métrage était bien réalisé par Hitchcock, tout en étant marqué par l’orchestrateur Selznick.

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David O. Selznick, producteur à succès.

La relation Hitchcock-Selznick tient évidemment de la conquête de l’indépendance. Si Hitchcock accepte les conditions de travail de Selznick, c’est aussi parce qu’il admire le producteur indépendant. Hitchcock acquiert sur Les Enchainés (troisième film de la collaboration) le statut de producteur qu’il désirait tant avoir. Alors que les dépassements de production de Duel au Soleil de Vidor sont de plus en plus difficiles à supporter pour Selznick et sa société Vanguard Productions, ce dernier décide de vendre le film en lot. Hithcock saisit l’occasion et devient producteur du métrage, supervisant ainsi le montage. Pendant leur période d’association, Hitchcock en profite aussi pour fonder avec un compère une société de production implantée en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, la Translatantic Pictures. Si la société ne durera que quelques années, elle expose plus qu’explicitement la ferme volonté d’Hitchcock de pouvoir contrôler ses films dans toutes les phases de fabrication. Remarquons que la relation AH-DOS n’a pas eu que des impacts conséquents sur la carrière du cinéaste, et en a aussi marqué le cosmos Hollywoodien :

« Rebecca fait ainsi date et marque les débuts d’une entente possible entre producteurs et réalisateurs, dans le cadre d’un mode de production inédit jusqu’alors à Hollywood, le « packaging » – à savoir la pré-vente « clefs en main » d’un film à des structures en place qui laisseraient à ses initiateurs contrôle économique et artistique.« 

– p.28, ibid.

Spellbound (en français : envouté) : à propos de l’édition Blu-ray signée Carlotta

Concernant le test video des films, le coffret s’en sort admirablement malgré une inconstance qualitative concernant la restauration des longs métrages. On vous conseille à ce propos le test détaillé de retro-hd.com. Comme d’habitude, Carlotta soigne les bonus. Chacun des films est accompagné sur sa galette de bonus. Le coffret contient tout de même un cinquième disque empli de compléments. L’ensemble vidéo est complété par le formidable ouvrage déjà cité. L’éditeur propose ainsi une approche riche et détaillée – soit complète – de cette période spécifique d’Hitchcock. Certes, le prix de cent euros et trente deux centimes en refroidira plus d’un, on vous conseillera alors d’attendre le prochain Black Friday ou – si l’attente est trop longue – l’une des nombreuses opérations promotionnelles de Carlotta pour obtenir le coffret à un prix plus raisonnable – moins cinquante pour cent tout de même.

Bande-Annonce – Coffret Alfred Hitchcock Les Années Selznick

Le mot de l’éditeur : L’année 1939 correspond à un tournant dans la carrière d’Alfred Hitchcock. Année de son départ aux États-Unis, c’est aussi celle qui marque le début d’une collaboration de près de dix ans avec le célèbre producteur américain David O. Selznick (Autant en emporte le ventDuel au soleil). Cette association entre le maître du suspense et l’un des plus importants représentants du système hollywoodien donnera naissance à quatre chefs-d’œuvre : la romance gothique Rebecca (1940), le thriller psychanalytique La Maison du docteur Edwardes (1945), le film d’espionnage Les Enchaînés (1946) et le thriller judiciaire Le Procès Paradine (1947). Réunis pour la première fois dans un Coffret Ultra Collector 5 Blu-ray et un Coffret Ultra Collector 5 DVD, ces quatre longs-métrages figurent parmi les trésors du cinéma hollywoodien des années 1940, à admirer dans leur sublime version restaurée !

Inclus les films

REBECCA (NOUVELLE RESTAURATION 4K)

LA MAISON DU DOCTEUR EDWARDES (NOUVELLE RESTAURATION HD)

LES ENCHAÎNÉS (NOUVELLE RESTAURATION HD)

LE PROCÈS PARADINE (NOUVELLE RESTAURATION HD)

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Alfred Hitchcock Les Années Selznick – septième coffret ultra collector signé Carlotta

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES (5) Blu-ray

Masters Haute Définition – 1080/23.98p – Encodage AVC Version Originale / Version Française DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-titres Français Formats 1.33 et 1.37 respectés – Noir & Blanc – Durée des Films : 130 mn / 111 mn / 101 mn / 114 mn

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES (5) DVD

Nouveaux Masters Restaurés – PAL – Encodage MPEG-2 – Version Originale Dolby Digital 1.0 – Sous-titres Français – Format 1.33 respecté – 4/3 – Noir & Blanc – Durée des Films : 125 mn / 107 mn / 97 mn / 110 mn

PLUS DE 5H30 DE SUPPLÉMENTS EXCLUSIFS + LE LIVRE DE 300 PAGES La Conquête de l’Indépendance RÉALISÉ EN ASSOCIATION AVEC LES CAHIERS DU CINÉMA

Coffret DVD Alfred Hitchcock – 100.32 €

Coffret Blu-ray Alfred Hitchcock – 100.32 €

My french film festival : le palmarès

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Nous vous parlions il y a quelques jours de nos coups de cœur de la sélection  2018 de MyFrenchFilmFestival. Le palmarès est tombé le 19 février et nous vous le dévoilons désormais.

Le Prix du Jury Cinéastes

Le Jury des Cinéastes, présidé par Paolo Sorrentino et composé de Nabil Ayouch, Kim Chapiron, Julia Ducournau et Brillante Mendoza récompense le film :

Pour la deuxième fois depuis la création du festival, le Jury a choisi de récompenser un deuxième film en lui attribuant une Mention Spéciale afin de saluer la proposition artistique de ses réalisateurs :

  • Willy 1er, de Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, Marielle Gautier, Hugo P. Thomas

Les Prix de la Presse Internationale

Le Jury de la Presse Internationale composé de Fabio Ferzetti, Sabine Mann, Fernando Ganzo, Finn Halligan, Yana Labushkina a décidé de distinguer les films suivants :

  • Noces, de Stephan Streker (long-métrage)
  • La Mort, Père & Fils, court-métrage de Winshluss et Denis Walgenwitz

Le Prix Lacoste du Public

Le public de MyFrenchFilmFestival a choisi de récompenser :

  • Noces, de Stephan Streker (long-métrage)
  • La Mort, Père & Fils, court-métrage de Winshluss et Denis Walgenwitz

Cette année plus de 50 000 votants parmi le public et des records de connexion au Mexique et au Brésil comme en Pologne.

J.J. Abrams ou l’éternel recommencement : entretien avec l’auteur Erwan Desbois

En octobre 2017 est sorti chez les fructueuses éditions Playlist Society un nouvel essai consacré au cinéma. Écrit par Erwan Desbois, l’ouvrage revient sur J.J. Abrams et son œuvre constituée par cet essentiel « éternel recommencement ». CineSériesMag vous propose une interview abramsienne avec l’auteur…

Le mot de l’éditeur : En moins de quinze ans, J. J. Abrams s’est imposé comme l’une des figures phares d’Hollywood. Créateur de séries qui ont redéfini le genre (Alias, Lost et Fringe), réalisateur à la tête d’énormes franchises (Mission Impossible, Star Trek et Star Wars), et producteur de renom via sa société Bad Robot, il est devenu le nouvel homme-orchestre du cinéma américain, s’inscrivant ainsi dans la lignée de son mentor Steven Spielberg. Se distinguant par son désir de préserver l’équilibre entre la part de l’auteur et celle de l’entertainer, il s’assure que ses créations peuvent toucher le plus grand nombre tout en puisant constamment dans des thèmes qui lui sont chers. Son œuvre est traversée par l’idée fixe de la réinvention. Quels que soient les différents noms qu’on lui donne – reboot, remake, reprise, hommage –, il s’agit toujours pour lui d’interroger la question de l’héritage du cinéma. J. J. Abrams ou l’éternel recommencement explore à quel point l’histoire cinématographique est une boucle, et cherche à répondre à cette question : comment dépasser ses modèles tout en marchant dans leurs pas ?

1 / CinéSériesMag – Erwan Desbois, qui êtes-vous ?

Erwan Desbois : Un passionné de cinéma, devenu critique par goût d’écrire sur ce que les films provoquaient en moi et les réflexions qu’ils déclenchaient ; et par goût du rôle de passeur que cela fait endosser, faire découvrir des films méconnus, ou bien des angles particuliers d’analyse de films et de séries. J’écris aujourd’hui pour le site Accreds.fr (consacré à l’actualité des festivals de cinéma), en anglais pour l’International Cinephile Society (icsfilm.org), et pour la revue en ligne Playlist Society, qui mène également une activité de maison d’édition d’essais consacrés à la pop culture.

« Chez Abrams, le méta mène à une croyance sincère dans les mythes, ceux qui se transmettent de génération en génération aussi bien dans les films que dans la réalité. »

J.J. Abrams ou l’éternel recommencement, Erwan Desbois, p. 75 –

2 / L’éternel recommencement – via les reboots, resets, remakes, reprises, hommages – est, comme vous l’avez démontré, essentiel dans l’œuvre d’Abrams. Aussi le cinéaste affirmerait « que la valeur et la vitalité du cinéma résident dans la perpétuation de son premier degré et de son innocence » et il serait « dans la manipulation méta des références tout en faisant jaillir de ses films un imaginaire renouant avec une pureté enfantine » (pages 83 & 84 de l’ouvrage). Mais peut-on vraiment dire que l’œuvre d’Abrams est innocente tant elle est consciente de l’héritage qu’elle porte et doit préserver ? Peut-on dire qu’elle fonctionne complètement au premier degré à la vue de l’importance de sa caractéristique méta ?

Erwan Desbois : C’est précisément tout l’enjeu de l’œuvre d’Abrams, et plus généralement du cinéma : préserver sa part d’innocence, son âme d’enfant. Sans cela, la magie disparaît et il ne reste que sa forme appauvrie, la prestidigitation, spectacle désincarné avec ses « trucs », ses ficelles. C’est une problématique qu’Abrams intègre souvent dans ses histoires, via ses protagonistes : Rey dans Star Wars VII (elle garde une foi inébranlable en les mythes de son enfance), Ethan Hunt dans Mission : impossible 3 (il s’amuse comme un gamin espiègle à préparer ses missions, avec force déguisements, jeux de cache-cache ou du chat et de la souris), Walter Bishop dans Fringe (c’est une fois qu’il renoue avec son âme d’enfant, et que celle-ci vient équilibrer son savoir scientifique potentiellement dangereux, qu’il devient un héros)…

Le cinéma est par construction tellement artificiel qu’il faut en face un puissant premier degré pour équilibrer la balance – c’est la fameuse (et cruciale) « suspension d’incrédulité », qui donne leur force aux meilleurs films. Il faut croire au cinéma pour que le cinéma fonctionne, et le méta ne fait qu’amplifier ce point en rendant encore plus visible la part d’artificialité.

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Dans ‘Star Wars’, G. Lucas filmait un Luke tourné vers l’horizon, « toujours tourné vers l’avenir » (dixit Yoda – Episode V). Enfant, Abrams a vu comme ses personnages des vaisseaux s’envoler et a rêvé de prendre part à leurs aventures. Il les a vus traverser l’espace au cinéma, participer à des périples créatifs excitants via la fenêtre d’un grand écran. Et comme eux, il a un jour pris le contrôle du « spaceship » pour mener son propre parcours. La Foi, encore et toujours, en l’imagination, en l’humain et sa capacité à accomplir l’impossible – ou ce qui lui semble l’être.

3 / Dans l’épisode 21 de la saison 2 de Fringe, La Rencontre (Northwest Passage), le personnage de Peter confirme par un dialogue quelque chose d’essentiel concernant votre essai : « Si vous pouvez l’imaginer, c’est que ça existe ». Vous avez justement réfléchi à la question de l’imagination et des rapports fiction/réalité/spectateurs dans l’œuvre d’Abrams. Peut-on dire que ses créations sont d’abord celles d’un spectateur – enfant rêveur – en quête de foi et donc d’espoir en l’impossible ?

Erwan Desbois : Oui, et cela vient en prolongement de la question précédente. Le cinéma (et les séries) ont ce pouvoir immense de créer devant nos yeux des univers, et de nous les faire explorer, sans aucune autre limite que celles que nous choisissons de nous imposer. Abrams fait partie de cette catégorie de cinéastes – à mes yeux les plus intéressants, de loin ! – qui ont bien compris que la clé est dès lors de ne pas s’imposer de limites, de ne pas brider le pouvoir du cinéma. C’est ainsi que l’on défriche les pistes les plus passionnantes, que l’on pose les questions les plus pertinentes et que l’on vit les aventures les plus folles. Tout ça est condensé et parfaitement illustré dans l’autobiographique Super 8, où Abrams renoue avec son enfance de spectateur et cinéaste amateur, qui rêve de mondes impossibles, les fait exister par le cinéma et ce faisant transforme et sublime le monde réel dans lequel il vit.

« Le traitement du paranormal dans Fringe, à travers l’attitude et les réactions de Walter, renouvelle la devise « je veux croire » (« I want to believe ») de son modèle X-Files. Ici, le mantra se veut nettement plus affirmatif : « Bien sûr que je crois ». Ou selon les mots de Walter dès le deuxième épisode de la série : « La foi. Toujours une bonne chose de l’avoir. »

Ibid., Erwan Desbois, page 82 –

4 / À propos de la Foi, vous la dites essentielle dans l’œuvre de JJA, et elle l’est aussi dans votre ouvrage. Vos recherches sur le bouddhisme traversent l’ensemble de votre travail. Vous revenez sur le concept de bodhisattva*(1) et vous terminez ainsi : « Nous pouvons voir son parcours (celui de Jake dans 11.22.63 série produite par Abrams), et ceux de Jack, Joe, Kirk, Peter, comme des exemples nous mettant sur la voie des constantes, quelle que soit la forme qu’elles prennent ». Alors, votre épilogue pourrait être interprété comme ceci : Abrams – à travers ses créations – ne serait-il un bodhisattva audiovisuel ?

Erwan Desbois : Abrams s’inscrit très clairement dans le courant de pensée selon lequel le cinéma peut (pour reprendre l’expression de Stanley Cavell) nous rendre meilleurs : les questions éthiques posées à travers les parcours des personnages que l’on suit à l’écran, et les réponses qui y sont apportées, peuvent tout à fait résonner avec nos propres expériences et incertitudes.

Chez Abrams, cette résonance est appuyée par le fait que ses héros doivent construire leur histoire, dont ils sont acteurs (y compris dans leurs erreurs) comme nous sommes acteurs de nos vies. Une des constantes de son œuvre est de rejeter toute forme de simplification abusive des récits : les personnages ne sont pas manichéens, les enjeux véritables ne sont pas basiques, il n’y a pas de recours à des effets de type « deus ex machina » pour orienter le scénario. Si le happy-end est au rendez-vous au final, ce n’est donc pas en tant que conclusion garantie d’un chemin balisé ; c’est le fruit des choix (humains, moraux) et des prises de conscience des protagonistes. Abrams nous donne à voir des exemples auxquels nous pouvons nous identifier, d’histoires d’un salut que les personnages ont su aller chercher comme nous pouvons le faire à notre tour.

*(1) « soit celui qui a atteint l’Éveil, qui possède le souvenir intégral de toutes ses existences passées et peut en conséquence ouvrir la voie du salut pour lui-même et les êtres qui l’entourent » – J.J. Abrams ou l’éternel recommencement, page 111

Ci-dessous, le thème de Fringe composé par J.J. Abrams.

5 / Vous insistez bien dans le livre sur le fait qu’Abrams cherche à marcher dans les pas de George Lucas et surtout de Steven Spielberg pour qui il a une admiration sans bornes. Plus tôt vous présentez ses thématiques, notamment le rapport au père, mais vous n’expliquez pas le pourquoi de cette thématique qui est en fait très liée à Spielberg et à son histoire familiale. Celle d’Abrams est tout de même très différente de celle de son modèle, de même que son parcours professionnel : ses parents sont producteurs de téléfilms, son père le conseillera quant à son approche du cinéma… Assez jeune, suite à un festival de court métrage, il est repéré par Kathleen Kennedy, l’associée de Spielberg, qui l’invite lui et Matt Reeves à venir restaurer les films de son idole. À seize ans, il travaille sur la bande-originale d’un film d’horreur… Il est plus véritablement que métaphoriquement « un fils d’Hollywood ». Et son travail du reboot, reprise, hommage, traverse ses thématiques qui ne sont pas vraiment les siennes.

Erwan Desbois : Il me semble justement que la thématique centrale du travail d’Abrams, qui rassemble toutes les autres, est la question de la place que l’on peut se créer pour et par soi-même dans un monde où tout est a priori déjà en place. L’héritage est au cœur de ce problème (est-il possible, envisageable de modifier, corriger ce qui nous a été légué ?), et la figure du père – biologique ou non – est le symbole le plus évident de notre rapport compliqué à l’héritage.

Qu’Abrams ait, comme vous le signalez, grandi à Hollywood (où la reprise des histoires et œuvres du passé est une pratique constante), avec de plus les deux types de père (un père biologique producteur pour la télévision, un mentor artistique en la personne de Spielberg), le rend encore plus investi par ce sujet. Il l’a vécu et il le raconte sous ses multiples facettes.

« Laisse le passé au passé »

« Let the past be the past »

William Bell à Walter Bishop

– Fringe, S2, Ep.22 –

6 / On pourrait penser qu’Abrams s’amuse comme un enfant avec des jouets du passé – Star Trek (dont il n’était pas un fan), Star Wars (qui l’a bercé), Mission: Impossible –, et pourtant on peut noter dans ses séries et films que le passé ne peut être réparé. Au contraire, il faut accepter que ce qui a été fait est figé, cela pour mieux avancer. Vous écrivez page 102 : « Abrams est obnubilé par cette idée de la reconstruction, ici formulée par la phrase (de Kirk dans ST Into Darkness: Souvenons-nous de ce que nous étions et que nous devons être à nouveau ». La reconstruction chez Abrams est un grand souhait. À l’inverse de la modification du passé – pour l’améliorer ou retrouver un être perdu – et de la nostalgie qui n’apportent rien hormis de la souffrance : on peut évoquer Fringe et l’épisode du voyageur du temps interprété par Peter Weller ou plus simplement le personnage de Walter Bishop, Star Trek, Star Wars VII… Le passé se doit d’être affronté. Il ne faut pas le fuir, ni chercher à le modifier, ou encore moins se perdre dans ses échos. Ne serait-pas là, dans son rapport au passé, que nait le héros abramsien ?

Erwan Desbois : C’est vrai, et on pourrait le formuler ainsi : le passé, et tout ce que l’on en a hérité, ne peuvent être changés ; et si l’on veut que le présent et le futur puissent être changés, ce que l’on peut et doit faire évoluer, c’est soi-même. Cela rejoint la question de l’enchevêtrement du destin et du libre-arbitre dans les œuvres d’Abrams : ils ne sont pas opposés mais fonctionnent en symbiose, la trame du destin étant tissée par la somme de nos choix individuels.

7 / Jeff Pinkner, producteur exécutif, scénariste et réalisateur sur la série Fringe déclare dans une interview : « le public est intéressé par les réponses, nous, par les conséquences des réponses ». On trouve cet intérêt narratif dans toute la filmographie d’Abrams : ce n’est pas tant le dévoilement du mystère qui compte que ces merveilleuses ou terrifiantes conséquences sur les êtres humains, personnages principaux ou non. Ne serait-ce pas ici une manière pour le cinéaste (et ses acolytes) de réenvisager le feuilletonesque et ses nombreux twists, révélations, et autres caractéristiques narratives à travers le prisme plus subtil de l’humain ?

Erwan Desbois : Oui, et cette réponse de Pinkner me fait penser à une autre, donnée par David Lynch à propos de la nouvelle saison de Twin Peaks : « Un mystère résolu, vous l’oubliez et vous passez au suivant. Un mystère non résolu, c’est frustrant, mais c’est comme un cadeau ». Un mystère dans une histoire ne doit jamais être une fin en soi, c’est un moyen pour atteindre autre chose. Donner une réponse fermée, définitive est une faute à tous points de vue : narratif (votre histoire est morte après ce point final), éthique (vous perpétuez l’illusion que les problèmes peuvent être résolus une fois pour toutes, qu’il existe des réponses et des vérités absolues), et humain. On en revient à l’écart entre prestidigitation et magie : soit votre mystère est un tour de passe-passe dont vous vous contentez de donner le « truc » (la réponse), soit vous y insufflez de l’âme (en concentrant votre attention sur les effets de ce tour sur les humains, ce que cela révèle d’eux ou change en eux), et alors vous obtenez de la magie, une histoire et une œuvre bien plus intéressantes.

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En 2015, J.J. Abrams réveillait la Force avec l’épisode VII ‘Star Wars The Force Awakens’.

8 / Le rejeu de séquences et motifs spielbergiens dans Super 8 m’a apparu comme une manière pour Abrams de rendre autant hommage à son mentor que d’exposer les différences qui les séparent. Et une chose est flagrante : son rapport à l’horreur. Elle est davantage visible dans le cosmos abramsien que dans la très large cinématographie de Spielberg. Ce rapport à l’horreur ne serait-il pas lié à un autre héritage à porter, celui des films de monstres et d’épouvante-horreur ?

Erwan Desbois : Effectivement, tout en étant très lié à Spielberg, Abrams fait intervenir dans ses créations l’héritage de nombreuses formes et références de cinéma : l’horreur (Cloverfield, Super 8, pas mal d’épisodes de Fringe aussi), l’espionnage, la science-fiction… Et ce qui est encore plus intéressant, c’est de voir que ce travail l’amène à se charger de prolonger ou ranimer des franchises dont il n’était a priori pas proche à l’origine – ses reprises de Mission : Impossible ou Star Trek. Comme si à force de (bien) la travailler, Abrams devenait le principal porteur de l’idée d’héritage à Hollywood et de sa perpétuation – tentant même à son tour, de lancer une franchise originale avec Cloverfield.

« J.J. Abrams fait partie de ceux qui font un pas de côté par rapport à ce samsara du cinéma hollywoodien, cercle vicieux usant jusqu’à l’os les anciennes légendes, parce qu’inapte à s’en inventer de nouvelles et bien en peine de soutenir ceux qui s’y risquent (…) Sauter dans le futur tout en restant obnubilé par le passé, voici une attitude symptomatique de nos sociétés modernes où coexistent, d’une part, l’attrait toujours plus grand pour la technologie, et, de l’autre, une omniprésence de la nostalgie et du besoin de retrouver les émotions de notre enfance. »

Ibid., pages 65 & 73 –

9 / Revenons sur l’état de la cynique machine américaine à grand spectacle : ne pensez-vous pas que J.J. Abrams a participé sans le vouloir – à l’image de Spielberg et Lucas avec la problématique du blockbuster – à la vague de nostalgie filmique qui déglutine sur nos écrans – petits et grands – depuis quelques années ? Je pense, comme vous (page 75), à ces productions parmi lesquelles on trouve Jurassic World, Blair Witch (2016), Terminator Genysis, Knight Rider (2008-2009)…

Erwan Desbois : Certainement, mais c’est là un phénomène qui dépasse n’importe quel cinéaste : car Hollywood a toujours fonctionné de la sorte, cherchant à capitaliser au maximum sur les succès individuels en les transformant en phénomènes de masse – quitte à épuiser les filons les uns après les autres, en lassant le public à force de lui proposer des mauvaises copies de ce qu’il avait apprécié. Et depuis que le cinéma n’est plus dominant (avec l’arrivée de la télévision hier, des services de streaming aujourd’hui), cette pratique va en s’amplifiant.

Pour revenir aux réalisateurs, et pour reprendre l’image de la « vague », il me semble que ce qui fait une part du talent et de l’intérêt d’Abrams comme de Spielberg avant lui, est leur faculté à se comporter en surfeurs qui parviennent à rester juste devant la vague sans se faire avaler par elle. Leur attention est fixée sur le coup d’après, celui qui leur permettra de prolonger ou réinventer leur carrière en restant fidèles à eux-mêmes tout en renouvelant l’intérêt du public. 

10 / Vous avez dû faire un énorme travail de spectateur pour proposer un tel essai sur Abrams. Quel extrait devrait être (re)visionné pour bien terminer la lecture de cet entretien ?

Erwan Desbois : Je vais tricher et en proposer deux : le discours final de Kirk (évoqué plus haut) dans Star trek Into Darkness, pour sa portée humaine (« Souvenons-nous de ce que nous étions et que nous devons être à nouveau ») et le beau raccord fait à la fin avec le mantra de la série originelle ; et la scène d’ouverture de Mission : Impossible III, première séquence de cinéma conçue par Abrams, et parfaite sur tous les registres du cinéma de divertissement – tension, mystère, méta, direction d’acteurs…

 J.J. Abrams ou l’éternel recommencement

Erwan Desbois

Publié le 18 Octobre 2017

128 pages – Cinéma / Essai

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7 euros en Version Numérique

14 euros en Version Papier

https://www.youtube.com/watch?v=s41sTKSQlyk

Ci-dessus, la deuxième séquence conseillée par Erwan Desbois pour bien terminer la lecture de cet entretien.

Les Enfants du Paradis, l’univers enchanté de Prévert et Carné

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Souvent classé parmi les meilleurs films du cinéma français, Les Enfants du Paradis est représentatif d’un certain type de cinéma poétique et émouvant qui accorde beaucoup d’importance aux dialogues et à un casting impressionnant.

Synopsis : Paris, 1828. Une actrice, Garance, est engagée au Théâtre des Funambules. Elle séduit le mime Deburau, qui, quant à lui, est aimé par l’actrice Nathalie.

Tourner un film sous l’Occupation n’était pas chose évidente, et la fabrication de ces Enfants du Paradis fut déjà toute une aventure. Voulant à tout prix faire son film avec des personnes aussi compétentes que Joseph Kosma (compositeur de musique) et Alexandre Trauner (concepteur des décors qui fut une référence mondiale en la matière, travaillant, entre autres, pour Orson Welles, Joseph Losey ou Billy Wilder), tous deux Juifs, Marcel Carné fut dans l’obligation d’aller dans le Sud de la France, en zone « libre ». Il commença donc le tournage des Enfants du Paradis aux studios de la Victorine, à Nice. Puis, le film fut achevé en partie dans la clandestinité, le travail, constamment interrompu, s’étalant sur plusieurs années.

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Une histoire immortelle

Il est facile de retrouver ici toutes les qualités techniques habituelles du cinéma de Carné et de son équipe. D’abord, ce sont les décors qui nous sautent aux yeux. La reconstitution du Boulevard du Crime (boulevard parisien où se concentraient les théâtres) est absolument magnifique. Mais, plus que cela, par son travail sur la photographie et la lumière, par ses mouvements de caméra amples et sa science du cadrage, Carné nous plonge d’emblée dans cet univers des saltimbanques où nous nous sentons tout de suite comme chez nous. Nous sympathisons immédiatement avec ces personnages, Garance, Deburau, Frédérick Lemaître, et cette empathie ne disparaîtra pas un seul instant pendant les trois heures du film.

Même si le film se déroule à une date précise (1828 pour la première partie), même s’il nous montre des personnages ayant réellement existé (Lacenaire, Deburau, Lemaître), Marcel Carné parvient, avec Les Enfants du Paradis, à mettre en place une sorte de sentiment d’éternité. L’action de son film semble échapper au temps. Comme l’œuvre précédente du réalisateur, Les Visiteurs du soir, nous sommes pratiquement ici dans le domaine de la fable, d’une histoire éternelle sur le thème des sentiments, de l’amour, de la trahison, de la liberté. Il est facile, surtout avec le recul, de voir dans Les Enfants du Paradis beaucoup d’allusions à la France de son époque, avec ses collaborateurs, avec ceux qui cherchent à être libres, et avec sa méfiance envers les autorités en général, et la police en particulier.

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Prévert, l’amour et la liberté

Ce qui, sans aucun doute, marque le plus le spectateur dans Les Enfants du Paradis, c’est le scénario. Jacques Prévert a mis là tout ce qui constitue son univers, et il est facile d’y retrouver les thèmes qui peuplent déjà ses poèmes.

Ainsi, le thème de l’amour est central dans le film. Tout tourne autour de l’amour porté à Garance. L’amour désinvolte de Frédérick Lemaître, qui passe d’une femme à l’autre. L’amour jaloux et violent de Lacenaire qui, ne pouvant obtenir satisfaction, préfère se réfugier dans le crime et attaquer la jeune femme. L’amour passionné de Deburau, qui donne lieu à une des plus scènes du film, une pantomime particulièrement émouvante et poétique jouée sur la scène du théâtre des Funambules. Et l’amour exclusif du comte de Montray, qui, une fois qu’il aura épousé Garance, l’enfermera dans une cage dorée.

Mais la jeune femme est aussi un personnage typique de Prévert. Et, en tant que telle, elle n’aspire qu’à une chose, sa liberté. Garance est trop libre pour se laisser enfermer, même dans un couple, même par amour.

Car l’amour peut devenir aussi un piège où s’enferment les personnages. C’est le problème de Deburau, qui s’est finalement marié avec Nathalie. Toute la seconde partie du film nous montre le personnage du mime tiraillé entre ce mariage, symbole d’un contrat qui, pour lui du moins, s’est fait sans sentiment, et son amour pour Garance, femme qu’il adule comme une déesse (voir, là aussi, le rôle qu’il lui a donné dans sa pantomime). Fidèle à ses convictions, qui l’avaient rapproché du mouvement surréaliste, Prévert nous donne ici un exemple de cet amour fou qui fait éclater toute convention sociale, quitte à causer de la peine et de l’incompréhension autour de lui (à ce titre, il faut signaler l’interprétation exceptionnelle de Maria Casarès, toute en finesse et en retenue, d’autant plus émouvante qu’elle refuse de surjouer le chagrin de Nathalie).

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Le monde des saltimbanques

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Donc, nous avons ici la liberté de Garance, qui vient de nulle part et repart on ne sait où, se permettant de refuser la vie dorée que lui propose un comte (on peut voir là un pied de nez aux contes, puisque la jeune femme pauvre rejette le noble et riche amoureux). Ce thème de la liberté, si cher à Prévert (et qui, là aussi, prend une signification toute particulière dans le contexte politique français de l’époque) se retrouve tout au long du film. En implantant son film sur le Boulevard du Crime, le scénariste décide de rendre hommage à un certain type de théâtre, celui des saltimbanques. C’est le théâtre de l’improvisation et de l’expression des sentiments, directement opposé à celui du répertoire, de la Comédie-Française, qui s’enferme dans des textes appris par cœur et un respect des classiques.

Il est facile, derrière le personnage de Deburau et sa qualité de mime, de voir un hommage au cinéma muet. Comme beaucoup de surréalistes, Prévert s’était opposé au passage au parlant, pensant que le cinéma perdrait alors beaucoup de sa poésie. Il est évident que les scènes où l’on voit le mime Deburau en action sont absolument magnifiques et rappellent, par bien des aspects, les films comiques muets, en particulier ceux de Chaplin.

Les Enfants du Paradis constituent un film d’une grande richesse. Grande qualité technique, interprétation remarquable, y compris dans toute une foule de petits rôles qui donnent une profondeur à l’univers mis en place par Prévert et Carné, dialogues inoubliables, le film mérite amplement sa place au panthéon des grands classiques du cinéma français.

Les Enfants du Paradis : bande annonce

Les Enfants du Paradis : fiche technique

Réalisateur : Marcel Carné
Scénariste : Jacques Prévert
Interprétation : Jean-Louis Barrault (Deburau), Arletty (Garance), Pierre Brasseur (Frédérick Lemaître), Maria Casarès (Nathalie), Marcel Herrand (Lacenaire), Louis Salou (comte de Montray).
Photographie : Roger Hubert, Marc Fossard
Musique : Joseph Kosma, Maurice Thiriet
Montage : Madeleine Bonin, Henri Rust
Production : Raymond Borderie, Fred Orain
Société de production : Pathé Cinéma
Société de distribution : Pathé Consortium Cinéma
Date de sortie : 9 mars 1945
Date de reprise : 21 février 2018 (rétrospective Prévert)
Genre : drame
Durée : 190 minutes, en deux parties

France- 1945

Moi, Tonya de Craig Gillespie : le patinage artistique côté cash et trash

Hasard du calendrier ? Volonté de marquer les esprits ? Quoi qu’il en soit, Moi, Tonya, sort sur les écrans français le jour où débutent à PyeongChang les épreuves féminines de patinage artistique. On ne peut faire guère mieux comme publicité.

Synopsis : En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…

Un peu d’histoire : retour sur le Hardigan-gate qui a passionné la planète

6 janvier 1994, Cobo Center de Détroit. La veille des championnats américains qualificatifs pour les Jeux Olympiques d’Hiver de Lillehammer (12 – 27 février), la patineuse américaine Nancy Kerrigan est agressée physiquement au sortir de la glace. Frappée au-dessus du genou par un bâton télescopique, elle ne peut participer à la compétition mais sera cependant aux JO.

A l’issue de l’enquête fédérale, l’entourage de sa compatriote Tonya Harding est suspecté et condamné : son ex-mari Jeff Gilloly, son auto-proclamé garde du corps Shawn Eckardt et les deux exécutants (Stant et Smith). Tous seront condamnés à des peines de prison plus ou moins longues. Quant à la patineuse, elle sera reconnue coupable de faux témoignage et les sanctions seront lourdes : 110 000 us$ d’amende, 500 heures de travaux d’intérêt général et une exclusion à vie de la fédération américaine de patinage.

Avec 127 millions de téléspectateurs, le programme court de danse sur glace, qui voit Kerrigan et Harding s’affronter, reste l’un des événements sportifs les plus jamais suivis sur le petit écran.
Un cirque médiatique sans précédent se met en place avec pas moins de 400 ‘journalistes’ débarquant à Lillehammer pour s’entasser dans la patinoire olympique.

Le palmarès aux JO 1994 est anecdotique : Kerrigan décrochera la médaille d’argent derrière l’ukrainienne Oksana Baiul et Harding se classera huitième.

Un parti pris assumé pour réhabiliter Tonya Harding ?

A l’annonce du projet, le film Moi, Tonya était décrit comme un biopic mais dès les premières vidéos, on s’est rendu compte que l’optique n’était pas/plus tout à fait celui-là.
A la sortie du film, on a plus à faire à une docucomédie mêlant faits réels et fictifs, un style qui s’est développé depuis le début des années 80 (Les dieux sont tombés sur la tête de Jamie Uys, 1980).

Moi, Tonya s’intéresse à la vie de Tonya Harding depuis ses débuts sur la glace (à 3 ans) jusqu’à sa chute après les JO, il ne se basera que sur le point de vue de deux protagonistes : Tonya Harding et Jeff Gilloly.

Le générique d’ouverture est d’ailleurs clair sur ce point puisqu’il prévient que le film est basé sur des entretiens « dénués d’ironie, violemment contradictoires et totalement sincères » avec Tonya Harding et Jeff Gillooly.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, si le film de Gillepsie se focalise sur la vie de Tonya Harding, le scénario de Steven Rogers n’est donc pas l’adaptation de l’autobiographie de Harding sortie en 2008 (The Tonya Tapes).

Ainsi, nous n’aurons pas les points de vue de deux autres acteurs marquants : LaVona Golden (la mère abusive de Tonya) et Shawn Eckardt (décédé en 2005). La victime Nancy Kerrigan n’aura pas davantage droit au chapitre.

C’est donc un récit forcément biaisé que nous proposent Gillespie et Rogers.

Un film qui pêche plus sur le fond que sur la forme

Pour autant, Moi, Tonya n’a pas pour vocation d’excuser Tonya Harding. Elle n’y est ni victime ni héroïne. Sous l’œil de Gillepsie, elle est présentée de manière cash. Elle détonne dans ce milieu artistique plus habitué au rose et aux patineurs bien sous tous rapports. C’est d’ailleurs ce que la fédération a toujours reproché à Harding : son côté cash, limite trash. Plus athlétique que ses concurrentes (à l’image de la française Surya Bonaly), Tonya Harding ne rentrait pas dans le moule. Et à chaque pas, on s’est bien assuré de le lui rappeler.

Malgré ça, le film de Gillepsie ne tombe jamais dans le pathos ni dans la victimisation de son personnage principal.

Certes elle a été élevée par une mère violente et abusive qu’elle a fui pour se retrouver mariée à un être tout aussi violent et abusif. Certes Tonya Harding n’a pas toujours pris les bonnes décisions. Mais elle les a prises avec les armes dont elle disposait ; elle a grandi avec le peu d’armes que son éducation (elle a arrêté l’école à 15 ans) lui avait donnés.

Et elle a dû affronter un emballement médiatique sans précédent qui l’a clouée au pilori, faisant d’elle à jamais la vilaine dans cette affaire (rappelons juste qu’elle n’a été reconnue coupable que de non dénonciation de délit). Si en 2018 nous sommes plus ou moins habitués à voir les médias couvrir en live les événements, l’affaire Harding/Kerrigan était une première. C’est la première fois que les télévisions campaient devant les habitations. Une première qui sera détrônée quelques semaines plus tard par l’affaire O.J Simpson et la poursuite de la Bronco sur l’autoroute. Un événement très bref dans le film de Gillepsie mais qui souligne bien la responsabilité d’une certaine presse dans le devenir de Tonya Harding.

La manière de filmer du réalisateur australien est pour beaucoup dans cette absence de victimisation. Craig Gillespie a en effet fait le choix de filmer au plus près de l’action. On est témoin par des plans serrés des violences subies, qu’elles soient verbales ou physiques. Et pour ajouter à cette volonté d’immersion, le fameux quatrième mur est brisé à de très nombreuses reprises, les personnages de Harding et Gilloly s’adressant directement aux spectateurs.

Côté décors et costumes, les équipes techniques ont fait un excellent travail avec une solide reconstitution de l’époque. Que ce soit dans les tenues des patineuses ou dans la vie de tous les jours, tout est très fidèle à l’époque. Une mention particulière pour la bande-son très rythmée qui accompagne bien l’action à l’écran.

Un duo d’actrices au top

Pour porter un tel film, il fallait une distribution douée.

Ce qui frappe en premier, c’est Allison Janney, plus qu’inspirée dans le rôle de LaVona. Une interprétation qui devrait logiquement lui valoir un Oscar le 4 mars prochain puisqu’elle a déjà remporté le prix de Meilleure actrice dans un second rôle à trois reprises (Screen Actors Guild Awards 2018, Golden Globes 2018 et British Academy Film Awards 2018). Une interprétation mesurée qui ne nous fait pas totalement détester le personnage.

Et dans le rôle de Tonya Harding, on retrouve l’australienne Margot Robbie (ex Harley Quinn dans Suicide Squad), méconnaissable et elle aussi en route pour l’Oscar. Si perruque et prothèses ont été nécessaires pour la faire ressembler à Tonya, elle parvient à disparaître derrière le rôle. On pouvait s’attendre à une caricature de la patineuse, il n’en est rien. On peut tout au plus lui reprocher une stature plus élancée que celle de Harding (1 mètre 68 vs 1 mètre 55) et de la camper de ses 15 à 24 ans alors qu’elle-même en a 27. Il aurait peut-être été judicieux de choisir une troisième actrice pour camper Tonya Harding adolescente (en sus de Mckenna Grace et Margot Robbie).

A noter que Robbie a donné de sa personne puisqu’elle a suivi un entraînement de cinq mois pour effectuer elle-même la majorité des séquences de patinage. A une (grosse) exception près : le triple axel lors de la compétition de 1991. Aucune patineuse n’étant disponible si près des JO de PyongChang, les effets spéciaux ont « collé » sur la prestation originale de Harding le visage de Robbie. Un montage qui se voit mais avec un budget limité de 11 millions de dollars, Moi, Tonya ne bénéficiait pas des mêmes largesses techniques que les blockbusters.

Aussi étonnant que celui puisse paraître, le personnage de Gilloly, instigateur principal de l’agression contre Kerrigan, est plus effacé. Si la composition de Sebastian Stan ne semble pas en cause, on aurait aimé un personnage plus tranché.

Moi, Tonya, un film à voir ?

Pour les plus de 30 ans qui ont vécu l’attaque et les JO de Lillehammer, le film de Graig Gillepsie a le mérite d’éclairer d’un jour nouveau les événements (un peu comme la série d’anthologie American Crime Story l’avait fait pour O.J Simpson) en ajoutant les éléments de contexte (environnement de Tonya Harding notamment).

Pour les plus jeunes spectateurs, difficile de les inciter à aller voir un film sur des événements aussi anciens, même si la discipline a bénéficié d’un important coup de projecteur suite à ces événements peu glorieux.

Le monde si parfait du patinage artistique en ressort égratigné et Tonya Harding quelque peu réhabilitée.

Et plus de 24 ans après les faits, il était temps …

Moi, Tonya : la bande-annonce

Moi, Tonya – Fiche technique

Titre original : I, Tonya.
Réalisateur : Craig Gillespie.
Scénario : Steven Rogers.
Interprétation : Margot Robbie (Tonya Harding), Allison Janney (LaVona Harding), Sebastian Stan (Jeff Gilooly), Paul Walter Hauser (Shawn Eckhardt), Julianne Nicholson (Diane Rawlinson), Mckenna Grace (Tonya Harding jeune), Caitlin Carver (Nancy Kerrigan), Bojana Novakovic (Dody Teachman).
Musique : Peter Nashel.
Photographie : Nicolas Karakatsanis.
Montage : Tatiana S. Rigel.
Producteurs : Bryan Unkeless, Margot Robbie, Tom Ackerley et Steven Rogers.
Maisons de production : LuckyChap Entertainment et AI Film.
Distribution (France) : Mars Films.
Récompenses : Meilleure actrice dans un second rôle pour Allison Janney (Screen Actors Guild Awards 2018, Golden Globes 2018 et British Academy Film Awards).
Durée : 120 minutes.
Genre : Drame, biopic, comédie.
Date de sortie : 21 février 2018.
USA – 2017

Auteur : Grae Leigh

Black Panther de Ryan Coogler : Critique du film Marvel

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Black Panther, un film enraciné dans l’histoire et dans la culture tribale africaine, transcende le genre des super-héros et devient lyrique avec son visuel simplement magnifique et sa distribution stellaire. Ryan Coogler, le réalisateur du drame indie Fruitvale Station et de Rocky Creed offre certainement l’un des meilleurs Marvel, s’inscrivant parfaitement dans le MCU post – Captain America : Civil War

Un des événements cinématographiques de cette année 2018, que dis-je, de ce XXIème siècle est sans aucun doute la sortie dans les salles de Black Panther, le héros félin de Wakanda qui a ému toute une communauté, pour ceux qui ont déjà eu la chance de le découvrir dans les salles obscures. (Il n’est pas trop tard pour les autres : courez dans votre cinéma le plus proche réserver des places !)

Après nous avoir teasé pendant de longs mois avec les images officielles sorties lors du dernier Comic-Con 2017, le public avait dans un premier temps pu découvrir T’Challa dans Captain America : Civil War. Et il est désormais aisé de conclure, pour ceux qui l’ont vu, que l’intrigue développée pour T’Challa dans Civil War a servi de prémisse à une toute autre intrigue, une toute autre histoire qui allait bouleverser beaucoup : l’histoire de Black Panther.

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Black Panther est tiré d’un comics inventé en 1966 par Stan Lee (script) et Jack Kirby (design). T’Challa, aka Black Panther, devient à la mort de son père, roi de Wakanda : une mystérieuse nation africaine immensément riche et hyper moderne (grâce à son intelligente exploitation du vibranium, le métal le plus puissant du monde) qui a su préserver sa culture ancestrale en protégeant religieusement ses frontières de toutes vies étrangères. La splendeur de cette nation afrofuturiste se retrouve en son roi, T’Challa. Moins félin que son alter ego, mais tout aussi grand par sa prestance, son courage, sa dévotion et sa grâce, le fils de T’Chaka rencontre malheureusement différents adversaires  (M’Baku, Ulysses Klaue, et Killmonger) lors de sa route pour le trône de Wakanda.

Toutefois, beaucoup plus emblématique, Erik « Killmonger » Stevens, est sans aucun doute le personnage le plus important de ce long métrage. C’est un ancien commando des forces spéciales décidé à venger la mort de son père. Impeccablement interprété par Michael B. Jordan (qui avait déjà tourné dans deux productions de Ryan Coogler – Fruitvale Station, Creed), Killmonger se détache particulièrement des autres personnages du dernier Marvel par sa complexité. Irrévérencieux, arrogant, et robuste, Killmonger est un personnage qui a du chien. Mais l’idéologie portée par Erik et qui constitue le fer de lance de l’intrigue Black Panther, s’avère plus troublante et plus profonde qu’il n’y paraît. Sympathique sous un certain angle, nihiliste sous un autre, Killmonger est un méchant qui attire notre empathie par son histoire au fur et à mesure qu’on la découvre. Orphelin dès le plus jeune âge, Erik a connu l’oppression vécue par sa communauté afro-américaine et souhaite renverser la balance en faisant de tous les opprimés du monde des oppresseurs, grâce à la technologie du vibranium.

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De fait, la dimension politique de Black Panther se retrouve dans ce personnage transversal et intrépide qui, à bien des égards, côtoie beaucoup la philosophie du mouvement des Black Panthers. Singulièrement intéressant à relever, Lee et Kirby ont créé le comics du super-héros félin dans la même période que s’est développé le parti politique des Black Panthers ; et à en croire le père de Spiderman, il s’agissait uniquement d’une coïncidence. On peut néanmoins faire un rapprochement entre les motivations de l’intrépide Killmonger et ceux du parti d’Angela Davis. A cela près qu’Erik est aussi porté par un désir de vengeance suite à un drame personnel qui l’a rendu amer et qui justifie presque toutes ses actions. L’identité aux multiples facettes d’Erik Stevens constitue un des succès du film, Killmonger devenant l’une des figures antagonistes de l’univers Marvel les plus abouties et réussies.

L’importance des femmes est aussi à souligner. Lors du rituel de passation de pouvoir, T’Challa, boit un breuvage qui lui permet de revoir le défunt T’Chaka. Lorsque le fils demande à son père comment il peut assurer un bon règne, la figure paternelle lui dit de s’entourer de personnes de confiance. Or, il est intéressant d’observer que ces personnes de confiance concernent exclusivement des femmes. Chacune ayant un rôle bien distinct (mère, sœur, intérêt amoureux, garde du corps), la force de caractère de ces femmes font d’elles et de leurs concitoyennes, la pierre angulaire de Wakanda. Et une mention spéciale est à faire à Letitia Wright qui interprète la sœur de T’Challa, Shuri, et Danai Gurira (Walking Dead) dans le rôle de la guerrière Okoye, dont les performances ont été particulièrement brillantes.

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Okoye fait partie de l’élite des forces spéciales des Dora Milaje, des femmes bodyguard et de la sécurité royale qui se distinguent par un style vestimentaire sans pareil, à en faire pâlir les amazones de Themyscira (l’île de Wonder Woman). Beaux, positifs, avancés, vibrants, les costumes créés pour le film ont un but identitaire. Le peuple de Wakanda se sert des vêtements comme un moyen de s’exprimer, pour maintenir l’ordre social et pour honorer les ancêtres. A la fois contemporaine et traditionnelle, la mode Wakandaise « a un côté mythique, lyrique, et somptueux ». On y retrouve le style touareg, zulu, ou bien encore maasaï pour ne citer qu’eux, mais aussi tout l’éclectisme, la modernité et la technicité attendus d’une production Marvel. Le chef d’œuvre opéré sur ces costumes est du à une femme, la costume designer Ruth Carter (nommée deux fois aux Oscars pour son travail dans Malcolm X et Amistad) qui explique qu’elle voulait « montrer au monde la beauté d’une robe tribale et la mettre en avant d’une manière moderne ». Cosmopolite, avant-gardiste et afro-futuriste, la mode africaine constitue à elle seule un diamant brut taillé spécifiquement pour Black Panther.

Étudié jusqu’au moindre détail, le film rencontre tout de même un gros bémol qu’il convient d’évoquer : les images de synthèse qui, souvent, paraissent inachevées en comparaison avec les blockbusters du même genre. Dure dure la comparaison avec les autres blockbusters Marvel. Mais, ce que l’on peut déjà clamer haut et fort, c’est que Black Panther est un film d’envergure désormais marqué dans les annales. Après Straight Outta Compton et Get Out, Black Panther prouve une fois de plus qu’une production cinématographique à dominante noire est « bankable ». Les chiffres en attestent d’ailleurs puisque le film de Coogler a réalisé plus de 192 millions de dollars en seulement trois jours de sortie en Amérique du Nord, ce qui en fait la 5ème plus grosse sortie de tous les temps et la deuxième production Marvel à avoir le mieux réussi au box office (derrière Avengers sorti en 2012). Que d’exploits ! Et ce n’est que le début à en croire la critique acclamante. Black Panther est un film novateur qui a excédé les attentes et fait évoluer tout un genre cinématographique, pour le plus grand bonheur d’une partie de la population mondiale qui, enfin, a un superhéros à son image. Chapeau bas Coogler et merci !

Synopsis : Après les événements qui se sont déroulés dans Captain America : Civil War, T’Challa revient chez lui prendre sa place sur le trône du Wakanda, une nation africaine technologiquement très avancée. Mais lorsqu’un vieil ennemi ressurgit, le courage de T’Challa est mis à rude épreuve, aussi bien en tant que souverain qu’en tant que Black Panther. Il se retrouve enchaîné dans un conflit qui menace non seulement le destin de Wakanda, mais aussi le monde entier…

Black Panther : Bande-annonce

Black Panther : Fiche Technique

Réalisateur : Ryan Coogler
Scénario : Ryan Coogler, Joe Robert Cole, basé sur Marvel Comics par Stan Lee, Jack Kirby
Distribution : Chadwick Boseman, Michael B. Jordan, Lupita Nyong’o, Daniel Kaluuya, Martin Freeman, Danai Gurira, Andy Serkis, Angela Bassett, Forest Whitaker, Winston Duke, Letitia Wright
Bande originale : Ludwig Göransson
Costumière : Ruth E. Carter
Maquilleur : Joel Harlow
Superviseur des effets visuels : Dan Sudick, Geoffrey Baumann
Budget : 200 millions USD
Genre : Film de super-héros
Distributeur France : The Walt Disney Company France
Production : Marvel Studio, Walt Disney Pictures
Date de sortie : 14 février 2018
Durée : 2h14mn
Nationalité américaine

Pour en savoir plus sur Black Panther

Altered Carbon de Laeta Kalogridis : la réussite SF de Netflix sur l’aliénation de l’immortalité

Avec ses allures de grands blockbusters hollywoodiens, la nouvelle série de Netflix, Altered Carbon, est une réussite. Même si le résultat n’est pas toujours très finaud, la série arrive parfaitement à faire cohabiter l’action gore du polar au questionnement existentialiste de l’univers SF esthétisé à outrance.

Dans son processus, Altered Carbon contient de nombreuses ressemblances avec American Gods de Bryan Fuller : loin d’être subtiles dans leur approche philosophique et passant par des sous intrigues à l’intérêt discutable, ces deux séries ont surtout l’avantage de présenter un environnement moderne, un acteur principal aussi athlétique que sombre, une esthétique aussi organique que pompeuse, et une imagerie trash sans tabou. Passant de ruelles pluvieuses illuminées par des néons criards aux demeures grandiloquentes d’une caste privilégiée, de scènes d’actions sanguinolentes aux effluves sexuelles crues, la série gagne en profondeur grâce à sa direction artistique et son visuel design digne de grands blockbusters SF. Sans toucher la perfection d’un Blade Runner 2049, l’univers est protéiforme, technologique, violent et détonne d’une certaine déliquescence.

Altered Carbon, le grand budget de Netflix, avec l’extravagance de ses CGI, pose de grandes questions sur le sens de la vie, notre condition à la mortalité, ce qui nous rend humain, comment la science et la religion peuvent se connecter. Le point central de la série est l’incarnation de la technologie via l’esprit et l’utilisation du corps. Au lieu d’être d’un énième erzast de Blade Runner ou de Ghost in The Shell, la création de Laeta Kalogridis qui adapte le roman de Richard K. Morgan, s’accapare le thème de l’immortalité : l’âme des gens est intégrée dans des « piles », des puces de sauvegarde de la conscience qui peuvent être transplantées dans n’importe quelle enveloppe corporelle. Tuer le corps ne suffit pas pour tuer l’humain.

Cette création permet donc à la population la plus riche de ne plus vieillir, de se servir de la technologie pour passer de corps en corps et de pousser leur désir fantasmatique encore plus loin dans la folie à l’instar de la richesse représentée dans Salo et les 120 jours de Sodome. On suit donc l’histoire de Laurens Brancroft, homme riche qui vient de se faire tuer et qui souhaite savoir qui a tenté de le tuer. Pour cela, il demande à Takeshi Kovacs, un soldat rebelle dont l’esprit est congelé depuis des années ; s’il réussit l’enquête et trouve le coupable, Brancroft lui donnera sa liberté. Cette étude de la corporalité de l’âme, ce portrait d’une humanité sans chair identitaire, où le corps n’est qu’un vêtement d’apparence, permet à la série de tirer sa singularité. Altered Carbon, au-delà de son postulat de polar existentialiste SF, est un récit sur la confusion des visages, la mécanisation des corps, la disparition des genres et l’imbroglio des sentiments humains : on pense à Cronenberg, Verhoeven, aux sœurs Wachowski.

Même si les rouages de la série sont parfois un peu grossiers, un brin tape à l’œil, un peu confus dans l’enchevêtrement à la fois des thématiques et de l’intrigue qui patauge avec parcimonie, Altered Carbon propose un éventail cyberpunk assez imposant de pistes scénaristiques, de personnages complexes (Quell ou Poe). Dans l’univers qui nous est proposé, la technologie n’est pas qu’une affaire médicale : elle est un vrai sujet de société qui amène une partie des citoyens à se rebeller pour dissoudre l’immortalité et la déshumanisation. Politique, religion, sentiment, mœurs de la société, corruption permettent donc de voir resurgir la question de la disparité entre les classes.

Là où Altered Carbon brille, non sans ironie et humour, c’est dans ses visuels futuristes et ses explorations thématiques de la nature de l’identité et de l’âme. Le paysage urbain de Bay City est à la fois morne et magnifique, à la fois gris et néon, à la fois au sol et dans les airs. La toile de fond narrative qui va de l’objection religieuse à la réimplantation des âmes dans le corps de quelqu’un d’autre jusqu’à l’impact sociétal des riches ayant le choix des corps les plus désirables, a des concepts impressionnants à utiliser comme point de départ d’une série qui n’a pas encore tout dit sur ses mystères. Vu la profondeur de champ que peut offrir cette série, et les concepts qui l’entourent, c’est à se demander vers quelle direction pourrait se tourner une éventuelle saison 2. On a déjà hâte.

Bande annonce – Altered Carbon

Fiche Technique – Altered Carbon

Créateurs : Laeta Kalogridis
Réalisation : Nick Hurran, Pete Hoar, Uta Briesewitz, Alex Graves
Scénario : Laeta Kalogridis,
Interprètes : Joel Kinnaman, Martha Higareda, James Purefoy
Société de production : Skydance Productions
Société de distribution : Netflix
Genre : Polar, SF
Durée : 10 épisodes de 50 minutes environ
Date de diffusion : 2 février 2018

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L’Apparition : une profession de foi qui manque de rythme mais pas d’ambition

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Entre thriller religieux et réflexion mystique sur la vérité, L’Apparition serait le versant français, moderne et quasi-documentaire du Silence de Martin Scorsese. Mais malgré un pitch prometteur et des acteurs irréprochables, Xavier Giannoli échoue à haranguer le spectateur dans un récit lénifiant, plombé par des facilités et une réalisation trop télévisuelle. Frustrant.

Contrairement aux apparences, L’Apparition ne traite pas du christianisme en tant que religion, celle-ci n’étant placée qu’au second plan du récit. Le long-métrage de Xavier Giannoli se veut être une réflexion assez cartésienne du phénomène religieux, au travers de son personnage principal, Jacques, un grand reporter travaillant à Ouest-France. Après la mort de son collègue photographe, le Vatican le contacte pour une enquête canonique. Une jeune femme de 18 ans, Anna, affirme avoir eu une apparition de la Vierge Marie, et le bouche-à-oreille va si loin que des milliers de pèlerins accourent pour se recueillir sur les lieux de l’apparition. N’étant pas pratiquant, les convictions terre-à-terre du journaliste vont se heurter à l’univers religieux.

Profession de foi

Des dissertations filmiques (La Dernière tentation du Christ, Silence) à l’adaptation formelle de la Bible (La Passion du Christ), le cinéma a souvent noué une relation fusionnelle avec la religion. Et parce qu’on dit souvent qu’une œuvre filmique témoigne de la profession de foi de son réalisateur, quoi de mieux que le 7e art pour traiter cette thématique au combien sensible dans toute société. Pourtant, l’Apparition ne semble pas susciter l’émoi des spectateurs, n’étant distribué que sur 200 copies en France. Il faut tout simplement comprendre que son réalisateur Xavier Giannoli, nommé plusieurs fois aux Césars du meilleur réalisateur (Marguerite, Quand j’étais chanteur), échoue à créer un récit percutant, enchaînant des situations cousues de fil-blanc.

Outre son rythme s’étirant à outrance vers l’ennui profond, L’Apparition souffre avant tout de personnages fonctions bien trop visibles à l’écran. Dès lors qu’on a compris leur point de vue et leur position face au récit, les situations deviennent hautement prévisibles, empêchant toute immersion comme s’évertue pourtant le vouloir son réalisateur. Mais avec une mécanique bien trop maniérée pour surprendre, cette lente histoire de quête pour la vérité perd automatiquement de son impact. La faute également à des situations non résolues, véritable frustration dans un récit aussi lénifiant. Autant de difficultés que le long-métrage a du mal à surmonter, préférant jouer sur une ambiance austère et nihiliste, montrant la déliquescence de la jeune femme presque victime de sa vision divine.

En quête de vérité

Malgré toutes ses faiblesses, avant tout liées à sa narration mollassonne, L’Apparition peut se vanter d’une ambiance assez singulière, lorgnant avec une certaine réussite du côté du mysticisme religieux et de la réflexion rationnelle du personnage de Jacques sur sa quête viscérale de la vérité. Sans être une révolution du genre, L’Apparition propose un point de vue étonnant dans son approche de la religion. C’est d’ailleurs dans son approche très terre-à-terre que le film trouve tout son intérêt, Xavier Giannoli ne tombant pas dans la complaisance vis-à-vis de ces adeptes de la foi. Dans son propre intérêt d’auteur, il questionne le spectateur dans ses convictions, aussi bien religieuses que raisonnées, tout en scrutant son propre rapport à cette Église. En ressort de surcroît une ambiance particulière, soutenu par la photographie soignée d’Eric Gautier, oscillant entre la chaleur de cette quête humaine et l’obscurité qui s’abat sur le personnage d’Anna.

Et malgré ces personnages parfois mal construits dans leur parcours, le casting reste sans reproche. Vincent Lindon y trouve l’un de ses meilleurs rôles depuis La Loi du marché, grâce à une justesse dont lui seul à le secret. On pourra aussi répéter ces louanges pour la révélation du film, Galatea Bellugi, jeune actrice française issus des planches du théâtre et aperçue au cinéma dans Réparer les vivants. En jouant le rôle d’une voyante qui perd pied face à la remise en cause de sa vision divine, l’interprète a tout d’une grande, et fera sûrement partie des révélations des prochains Césars.

Vous l’aurez compris, L’Apparition ne remplit pas toutes ses promesses. En dépit de son pitch et ses thématiques qui prêtent à embarquer le spectateur dans une réflexion sur ses convictions, Xavier Giannoli échoue à donner un souffle à son récit. Empli de facilités et de certaines incohérences, le long-métrage se contente de soigner sa photographie et de mettre en avant son excellent casting pour espérer faire passer la pilule. Mais c’est avec une certaine sympathie qu’on aborde la question de ce long-métrage intéressant et assez ambitieux, qui prouve le talent de son réalisateur à créer une ambiance si particulière. On regrettera finalement qu’il n’y ait pas apporté le soin nécessaire pour en faire autre chose qu’une introspection canonique.

Synopsis : Jacques est un reporter respecté pour un grand quotidien régional français. Journaliste talentueux et impartial, il est contacté par le Vatican qui l’engage pour une mission particulière : faire partie d’un comité chargé d’enquêter sur plusieurs apparitions de la Vierge Marie aperçue par une jeune fille Anna dans une petite ville du sud-est de la France. Alors que des milliers de pèlerins viennent se recueillir sur le lieu des apparitions présumées, Jacques rencontre la sensible et dévote Anna, partagée entre sa foi et les nombreuses sollicitations qu’elle reçoit, mais il découvre également les motivations cachées et les pressions à l’œuvre. Alors qu’il est confronté aux opinions opposées des membres du Clergé et les sceptiques du comité d’enquête, les croyances de Jacques vont être bouleversées…

L’Apparition – Bande annonce

L’Apparition – Fiche technique

Réalisateur : Xavier Giannoli
Scénario : Jacques Fieschi, Xavier Giannoli et Marcia Romano
Interprétation : Vincent Lindon (Jacques), Galatea Bellugi (Anna), Patrick d’Assumçao (Père Borrodine), Elina Löwensohn (Dr de Villeneuve)
Photographie : Éric Gautier
Montage : Cyril Nakache
Costumes : Isabelle Pannetier
Producteurs : Olivier Delbosc, Émilien Bignon
Maisons de production : Curiosa Films, Proximus, France 3 Cinéma, Gabriel Inc. et Memento Films Production
Distribution (France) : Memento Films Distribution
Budget : 5 millions d’euros
Durée : 127 min
Genre : Drame
Date de sortie (France) : 14 février 2018
France – 2018

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