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Mute de Duncan Jones : un film qui n’a rien à dire ?

Passant à son tour par la case Netflix, Duncan Jones revient avec Mute à ses premiers amours, la SF d’anticipation, et offre une suite spirituelle à son premier film, Moon. Un intriguant long métrage qui promet d’asseoir son auteur comme un véritable cinéaste, et ce, malgré des retours critiques frileux qui ternissent l’image d’Eldorado du cinéma pour le géant Netflix.

Synopsis : Dans un proche avenir, Leo est barman dans un Berlin en pleine ébullition. A cause d’un accident survenu dans son enfance, Leo perd l’usage de la parole et ne vit plus que pour sa séduisante petite-amie Naadirah. Quand elle disparaît sans laisser de trace, Leo se met à sa recherche et se retrouve dans les bas-fonds de la ville. Deux espiègles chirurgiens américains constituent les seuls indices qui le poussent à affronter ce milieu infernal afin de retrouver son amour.

Les regards se sont très vite posés sur Duncan Jones, lui qui est le fils de David Bowie, et ce, dès la sortie de son premier film en 2009, l’excellent Moon. Il y avait quelque chose d’à part dans ce premier essai qui devenait la promesse d’un cinéma singulier et accrocheur. Une promesse qui ne fut jamais vraiment concrétisé alors que le jeune cinéaste perdait film après film le soutient des critiques et du public, surtout après son Warcraft qui n’a clairement pas fait l’unanimité. Avec Mute, Jones essaye de retourner aux prémisses de son style et d’imposer définitivement une vision de cinéaste avec une œuvre qu’il cite lui-même comme étant la suite spirituelle de son premier né. Se déroulant dans le même univers, Mute construit quelques passerelles avec Moon mais qui sont plus là pour être de petits clins d’œil, et apporter un éclairage plus vaste au film, que d’avoir un vrai intérêt pour son histoire.

Mute-Paul-RuddUne histoire qui manque cruellement de substance et s’enfonce bien trop souvent dans les longueurs au cours de l’errance  peu palpitante de son protagoniste. Le film sera trop souvent à l’image de son héros, superficiel, à côté de ses pompes et qui n’a pas grand chose à dire. Avec la caractérisation maladroite des personnages, où le personnage principal souffre d’être muet et de son appartenance Amish pour la seule justification de ralentir le récit plus qu’à apporter un sens à l’intrigue, et des développements hasardeux dans son dernier tiers, Mute n’évite jamais les erreurs. Il ne possède pas la profondeur qu’il aimerait si souvent s’insuffler et tombe dans des clichés relativement dépassés quand à sa manière de dépeindre un futur dépravé. Certaines choses arrivent cependant à fonctionner, comme la manière assez fine de construire le mystère autour de la disparition de la petite-amie du héros. Un mystère qui trouve une résolution pas aussi prévisible que le reste. On notera encore la relation très intéressante qui unit les deux chirurgiens que l’on suit en parallèle du personnage principal, deux personnages qui possèdent un récit bien plus maîtrisé et captivant  grâce aussi aux très bonnes performances d’un Justin Theroux méconnaissable mais surtout d’un Paul Rudd habité qui excelle. Ils volent la vedette à Alexander Skarsgård qui confond trop souvent le fait d’être muet avec le fait d’avoir un handicap mental dans une prestation qui sonne fréquemment fausse.

Mute-Justin-TherouxLa réalisation technique connait aussi quelques maladresses notamment avec des effets spéciaux d’un autre temps et des fonds verts bien trop visibles qui peinent à rendre l’univers visuel du film crédible. C’est d’autant plus regrettable que cela amoindrit des idées de mise en scène plutôt bien senties qui donnent un côté halluciné eu récit. Duncan Jones jouant avec les focales pour donner un air disproportionné à son héros qui devient une forme géante qui se balade dans un monde où il n’a pas sa place, une force de la nature muette mais inébranlable. Son handicap est d’ailleurs jusqu’au bout traité comme tel, où dans ce monde futuriste où quasiment tout passe par la voix celui-ci se trouve incapable d’évoluer dans son environnement. Son errance en devient onirique et Jones arrive à travailler une atmosphère vite envoûtante aidé par le score musical planant et inspiré de Clint Mansell. De jolies fulgurances qui viennent souvent faire la différence et qui rendent le visionnage pour le moins agréable malgré ces défauts persistants.

Mute est clairement la preuve que le cinéma de Duncan Jones s’essouffle petit à petit car il signe ici son film le moins réussi. Même s’il arrive à être globalement convenable, spécialement grâce à de vraies fulgurances de mise en scène et d’écriture et par la biais d’ un casting relativement bon, à l’exception d’Alexander Skarsgård plus bancal dans sa performance. Le vrai problème de ce Mute, c’est l’envie de son cinéaste de vouloir surfer sur un succès passé sans pour autant avoir une véritable histoire à raconter autour. Reste donc un récit sympathique mais vain qui tourne en rond plutôt qu’aller de l’avant. Avec cette nouvelle production, Netflix commence un peu à s’imposer comme une plateforme qui peine à asseoir ses propositions de cinéma où, en dehors de trop rares pépites, propose surtout des films calibrés ou des œuvres mineures de cinéastes fatigués.

Mute : Bande annonce

Mute : Fiche technique

Réalisation : Duncan Jones
Scénario : Michael Robert Johnson et Duncan Jones
Casting : Alexander Skarsgård, Paul Rudd, Justin Theroux, Seyneb Saleh, Dominic Monaghan, Robert Sheehan,…
Décors : Sarah Horton, Wolfgang Metschan et David Scheunemann
Costumes : Ruth Myers
Photographie : Gary Shaw
Montage :  Barrett Heathcote et Laura Jennings
Musique : Clint Mansell
Producteurs : Stuart Fenegan
Production : Liberty Films UK et Studios de Babelsberg
Distribution : Netflix
Durée : 126 minutes
Genre : science-fiction
Dates de sortie : 23 février 2018

Angleterre et Allemagne – 2018

Pour plus d’informations sur le film Mute

Concours L’Assemblée de Mariana Otero : Remporte un DVD du film

Concours L’Assemblée : Après sa sortie au cinéma, le film de Mariana Otero débarque en DVD et VOD le 6 mars 2018, remporte ton DVD du long métrage.

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

Le 31 mars 2016, place de la République à Paris naît le mouvement Nuit debout. Pendant plus de trois mois, des gens venus de tous horizons s’essayent avec passion à l’invention d’une nouvelle forme de démocratie. Comment parler ensemble sans parler d’une seule voix ?

https://vimeo.com/232241386

Pour les  INROCKS « En tournant sa caméra vers Nuit debout, la documentariste saisit à vif cette tentative inédite de mise en place d’une démocratie directe »

Entretien avec la réalisatrice Mariana Otero
Débats autour du film avec • Loïc Blondiaux, Professeur et chercheur en science politique à la Sorbonne • Frédéric Lordon, Chercheur au Cnrs • Mathilde Larrère, Historienne à l’Université Paris XIII • Monique et Michel Pinçon-Charlot, Sociologues, Philippe Urfalino, Directeur de recherche au Cnrs • Yves Sintomer, Professeur de science politique à l’Université Paris VIII.
Bio-filmographie de la réalisatrice – Galerie photos – Film annonce
Durée film 99’ – Durée totale 156’ – Langue français – Sous-titres anglais, espagnol, version sourds et malentendants – Son stéréo

A gagner : 2 exemplaires du DVD – MODALITÉS DU JEU

Pour participer à notre concours, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 15 Mars 2018. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter. Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.

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Lady Bird, la petite ritournelle adolescente de Greta Gerwig

Lady Bird, au-delà de sa nomination aux Oscars, est un film plein d’une belle tendresse, d’une certaine extravagance et d’une nostalgie plutôt bien dosée, le tout porté par des comédiens au top, Saoirse Ronan en tête. Greta Gerwig convainc en passant pour la (presque) première fois derrière la caméra.

Mademoiselle

Lady Bird est l’histoire d’une jeune fille de 17 ans qui renie son prénom, tient fortement tête à sa mère (jusqu’à se jeter de la voiture en marche pour la contredire, première séquence – déroutante et hilarante – du film), et surtout cherche son identité. Un peu comme la Frances Ha interprétée par la réalisatrice du film, Greta Gerwig, Lady Bird alias Christine est encore incomplète. Elle ne prend pas de chemin de traverse pour aller vers sa vie d’adulte, mais plutôt des détours. Si l’adolescence était un grand désert à traverser, Lady Bird serait en quête d’une eau plus spéciale que les autres pour se désaltérer, avide de mirages et de fantasmes. Des fantasmes ou autres attendus des films d’adolescence que Greta Gerwig s’attache à détourner. Fantasme de la première fois idéalisée (par Lady Bird surtout qui dira préférer finalement « être pelotée »), fantasme de la sentimentalité des filles adolescentes (il y a autre chose dans la vie de Lady Bird) , fantasme des garçons virils (ils sont ici homosexuels refoulés ou faux « beaux » en quête de douceur), fantasme des amitiés quasi indestructibles et des familles solides (la question de l’argent étant au centre, quand c’est l’amour filial qui compte finalement). Ici, tout est déconstruit, en puzzle, ce qui donne lieu à un joli film choral où chaque acteur peut déployer son jeu, son personnage. Mais ce qui frappe surtout c’est la capacité de Greta Gerwig à distiller du fantasque (qui n’est pas que dans les cheveux rouges de son héroïne), de la sensibilité et de la nostalgie dans un film doux-amer.

« Il faudrait pouvoir se tuer idéalement dans nos têtes pour renaître après »

saorise-ronan-laurie-metcalf-lady-bird-film-critiqueLa grande force du film est de contredire un destin tout tracé. En parlant d’elle à travers une fiction, Greta Gerwig parle d’art, d’émancipation, mais aussi de territoire. Sacramento, la ville soi-disant détestée, est en fait le centre de ce film, son cœur battant. On pense assez souvent à la série Gilmore Girls qui racontait le quotidien d’une mère et de sa fille dans une petite ville de banlieue américaine. Si ici il est plus question du conflit mère-fille, on retrouve les thèmes du désir d’être ailleurs tout en étant attachée aux siens. Ce qui impressionne dans le film, c’est son mouvement permanent alors qu’il s’agit plutôt pour Lady Bird de se recentrer sur elle-même tout en s’ouvrant au monde, comme le dit la réalisatrice elle-même : « Ce double mouvement de l’identité m’a intéressée : pour grandir, on a besoin de s’inventer et de pouvoir revenir ensuite à soi-même ». Lady Bird devient ainsi le metteur en scène de sa propre vie, quitte à la laisser lui échapper pour mieux la reconstruire ensuite. A ce jeu-là, l’actrice Saoirse Ronan s’en sort brillamment, en ajoutant de l’étrangeté à son jeu, par son visage et sa sensibilité. Elle n’est pas que le double (pourtant assumé) de Greta Gerwig, elle est aussi sa propre version d’une adolescence comme un mouvement vers l’avenir, tout en étant ancrage sur ce que l’enfance a fait au corps et à l’esprit. Il y a des moments d’émotion pure dans Lady Bird, mais aussi d’autres beaucoup plus drôles ou en apparence convenus. Au final, c’est une douce petite ritournelle que l’on retient, celle qui déjà faisait danser et courir Frances Ha. Le mouvement de Lady Bird est celui de celle qui s’habille en une autre pour redevenir peu à peu elle-même, sans pour autant s’enfermer. Elle s’envole, mais comme un petit oiseau migrateur, revient toujours au nid pour y retrouver la joie d’être ensemble, même en se tenant tête.

Lady Bird : Bande annonce

Lady Bird : Fiche technique

Réalisatrice : Greta Gerwig
Scénario : Greta Gerwig
Interprètes : Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts,  Lucas Hedges, Timothée Chalamet, Beanie Feldstein, Lois Smith, Stephen Henderson
Photographie : Sam Levy
Montage : Nick Houy
Sociétés de production : IAC Films, A24
Distribution : Universal Pictures  International
Durée : 94 minutes
Genre : comédie dramatique
Date de sortie : 28 février 2018

États-Unis – 2018

Pour plus d’informations sur Lady Bird

 

The 28 Heroes sauvent Moscou, en DVD et Blu-Ray

En mettant en scène l’histoire des hommes de Panfilov, The 28 Heroes, qui vient de sortir en DVD et Blu-Ray aux éditions Rimini, nous plonge en plein cœur d’une bataille décisive de la Seconde Guerre Mondiale.

Synopsis : Novembre 1941. Les Allemands tentent une percée qui les emmènerait jusqu’à Moscou. Un petit groupe de soldats de l’Armée Rouge a pour mission de les stopper le plus longtemps possible.

L’histoire des 28 Hommes du général Panfilov, c’est un peu comme Fort Alamo ou la bataille des Thermopyles, l’histoire d’une poignée d’hommes qui vont, par leur courage et au prix du sacrifice de leur vie, retarder l’avancée d’une armée ennemie infiniment plus nombreuse et mieux préparée. L’histoire idéale pour faire un film, d’autant plus que le film de guerre reprend de la vigueur depuis quelque temps. Que ce soit pour critiquer la guerre et ses conséquences (Démineurs), pour montrer la réalité de conflits contemporains (Afghanistan, Irak) ou simplement pour le spectacle (Dunkirk), le genre connaît un sursaut de popularité. La Russie ne fait pas exception, avec des films comme Résistance (sur la Bataille de Sébastopol) ou Stalingrad.

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Comme tout film visant à faire l’apologie de héros s’étant sacrifiés pour leur nation, The 28 Heroes ne fait pas preuve d’une grande inventivité. Les deux réalisateurs nous déploient tout l’arsenal des procédés auxquels nous sommes déjà habitués : la musique grandiloquente, les contre-jours et les contre-plongées, etc. Mais, à défaut d’être original, le film est solidement réalisé. Les images sont très belles, le scénario est bien construit et l’ensemble donne un rythme rapide, sans le moindre temps mort.

Le film sait prendre son temps pour nous présenter les personnages, puis nous les montrer lors des préparatifs de la bataille. La réalisation nous donne ainsi une image bien précise du décor, qui aura une importance capitale dans le film. Nous voyons les soldats creuser les tranchées, et nous avons le temps de sympathiser avec chacun d’entre eux.

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Puis, l’arrivée des Allemands change toute l’atmosphère. D’autant plus que les réalisateurs appuient fortement sur les différences entre les deux ennemis. D’un côté, les Allemands arrivent avec leurs canons et leurs chars, dans le bruit et la fureur, de nuit. Ils n’ont pas de visage et semblent déchaîner l’enfer sur leur passage. Face à eux, les Soviétiques (parce qu’il n’y a pas que des Russes) sont toujours filmés dans la blancheur de la neige, avec leurs armements de fortune et toute leur humanité. A nouveau, le procédé n’est pas nouveau, mais il est employé avec efficacité.

Le reste, c’est un film de guerre plutôt réussi, un combat spectaculaire qui parvient à être un divertissement solidement réalisé.

A sa sortie, le film avait cependant fait l’objet d’une polémique. Il semblerait que l’histoire des 28 hommes de Panfilov soit une légende forgée de toutes pièces par la propagande soviétique de l’époque, et des journalistes avaient accusé le film d’être un instrument de propagande du gouvernement de Vladimir Poutine. Ce qui est sans doute vrai : The 28 Heroes est financé en partie par le Ministère russe de la Culture lui-même.

Ce qui est intéressant, c’est que le film ne cache pas être une légende, une histoire quasi-mythifiée. Ainsi, les soldats n’arrêtent pas de partager les histoires des exploits légendaires de certains « héros » modernes. Tout le monde sait bien que ces histoires sont montées en épingle par la propagande, personne n’est dupe. C’est un peu la même chose avec cet épisode. On sait bien que, même s’il y a un fond de vérité, les détails relèvent plus de la légende. L’un des soldats dira même « on gonflera les chiffres des pertes allemandes, ce sera bien pour nos petits-enfants ». Et puis, l’essentiel est que le résultat soit un vrai bon film de divertissement, un spectacle qui se laisse voir avec beaucoup de plaisir. Et ici, la mission est accomplie.

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Caractéristiques du DVD :
Durée : 116 minutes
Langues : Français et Russe
Sous-titres Français
Son 2.0 & 5.1
Format 2.35
16/9 compatible 4/3

The 28 Heroes : Bande-annonce

Le jeune Karl Marx de Raoul Peck : un biopic réaliste et moderne

Sorti dans les salles américaines la semaine dernière, Le jeune Karl Marx de Raoul Peck est disponible en DVD et Blu-ray disc depuis le 13 février 2018. Une œuvre biographique qui lève le voile sur une période décisive de Marx, sa rencontre avec Engels et la naissance d’une idéologie politique au-delà du communisme.

C’est sur une scène à la fois poétique et violente que le film s’ouvre sur les prémices de la période sacrée de la vie de Karl Marx. Nous sommes en 1943 et ce début pose d’emblée le débat sur la lutte des classes en mettant en parallèle la brutalité à l’encontre des « pauvres » et l’interdiction du journal communiste la Nouvelle Gazette Rhénane. La scène suivante viendra comme un écho pointer du doigt le contexte social et politique qui construira la pensée de Engels, témoin direct de l’injustice envers les ouvriers de son père.
Deux hommes aux origines et aux parcours distincts qui les mèneront à Paris où les théories de l’un rencontreront les idées et les mots de l’autre.
Le jeune Karl Marx met en lumière cette rencontre particulière, étincelante, énergique. Une énergie portée en grande partie par Auguste Diehl (Confession d’un enfant du siècle, Inglourious Basterds), complètement habité par ce Marx dans la fleur de l’âge.
De soirées arrosées en conversations philosophiques, enfiévrées ou épistolaires, les deux complices posent un regard critique sur un système capitaliste, de castes et d’injustice, sur la condition humaine et sur la philosophie elle-même…
D’une façon sobre et relativement moderne, Le jeune Karl Marx met en avant le pouvoir des mots et comment ces hommes de génie ont mené un véritable combat à travers des écrits contestataires, ambitieux mais aussi puissants et qui ont su dépasser les frontières et le temps.

On pourrait regretter que la fin manque un peu de substance et s’arrête de façon plutôt abrupte, en pleine ascension de nos deux théoriciens. Pour autant, le générique qui défile sur la chanson Like a Rolling Stone de Dylan donne un second souffle au film, un souffle revendicateur à travers ses célèbres paroles :

« Once upon a time you dressed so fine
You threw the bums a dime in your prime, didn’t you? »
Il fut un temps où tu portais des vêtements très chics
Tu jetais alors des petites pièces aux clochards du temps de ta splendeur, n’est-ce-pas ?

Le jeune Karl Marx – Bande-annonce :

Le jeune Karl Marx – Fiche Technique :

Réalisation : Raoul Peck
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 119 Minutes
Genres : Drame, Historique, Biopic
Date de sortie DVD & Blu-Ray : 13 Février 2018
Sortie cinéma : 27 Septembre 2017

Synopsis : 1844. De toute part, dans une Europe en ébullition, les ouvriers, premières victimes de la “Révolution industrielle”, cherchent à s’organiser devant un “capital” effréné qui dévore tout sur son passage. Karl Marx, journaliste et jeune philosophe de 26 ans, victime de la censure d’une Allemagne répressive, s’exile à Paris avec sa femme Jenny où ils vont faire une rencontre décisive : Friedrich Engels, fils révolté d’un riche industriel Allemand. Intelligents, audacieux et téméraires, ces trois jeunes gens décident que “les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, alors que le but est de le changer ». Entre parties d’échecs endiablées, nuits d’ivresse et débats passionnés, ils rédigent fiévreusement ce qui deviendra la “bible” des révoltes ouvrières en Europe : “Le manifeste du Parti Communiste”, publié en 1848, une œuvre révolutionnaire sans précédent.

Sugarland Express de Steven Spielberg : la fureur de vivre selon le maître

Entre le téléfilm Duel et le carton Les Dents de La Mer, Steven Spielberg trouva le temps à ses débuts de raconter l’histoire de jeunes parents en vadrouille pour retrouver leur enfant. Ce, avec toute la police de l’état du Texas aux trousses. L’occasion dans cette rétrospective de revenir sur l’excellent Sugarland Express.

Inspiré d’un fait divers, Sugarland Express suit la fuite en avant d’un jeune couple, Clovis (William Artheton) et Lou Jean Popling (Goldie Hawn), à qui l’État à retiré la garde de leur enfant suite à leurs mutuelles incarcérations pour petits délits. Après l’évasion de Clovis de son camp de travail, les deux amants vont prendre en otage un officier de police, Maxwel Slide (Ben Johnson), pour les conduire jusqu’à la ville de Sugarland et récupérer leur fils dans sa famille d’accueil. L’affaire prend vite une ampleur policière et médiatique dingue dans le sillage laissé par le trio.

Quatre ans avant de terrifier le monde avec Les Dents de la Mer, et de changer son destin ainsi que celui du cinéma, Steven Spielberg essuyait l’échec de ce premier long-métrage cinéma. Tronqué par Universal, Sugarland Express bénéficiait pourtant de la star Goldie Hawn, de l’expérience des producteurs Richard D. Zanuck et Richard Brown et d’un prestigieux prix du scénario au Festival de Cannes (il reste d’ailleurs l’unique film du réalisateur présenté en compétition).

Ainsi le sort en sembla-t-il jeté pour une œuvre qui reste encore aujourd’hui l’une des plus méconnues du cinéaste.

Et pourtant, il y a urgence à découvrir ou redécouvrir cette pépite, orfèvrerie de mise en scène posant les grandes lignes du cinéma de son auteur. Au-delà d’un rythme parfaitement maitrisé, Sugarland Express irradie d’une maestria visuelle plus qu’impactante quarante ans après. Avec le Texas comme espace infini et ligne d’horizon, Spielberg nourrit des images à la composition parfaite, jouant constamment des rapports entre premier, second et arrière-plan. Soit les solides germes de son évidente cinégénie, au même titre que des mouvements d’appareil embrassant l’intégralité d’une scène ou encore ces scènes d’actions précises au tempo haletant (ici des courses poursuites). Magnifié par la photographie du regretté Vilmos Zsigmond (qui préfigure Rencontres du Troisième Type dans sa gestion de la lumière) et les arpèges du futur compagnon, John Williams, Sugarland Express est formellement une merveille.

Écrit par Matthew Robbins et Hart Arwood, l’un des secrets les mieux gardés du cinéma américain, le film varie également autour d’une partition très Nouvel Hollywood avec son couple en cavale rappelant furieusement Bonnie & Clyde et ses grands espaces sillonnés autrefois par Easy Rider. C’est pourtant un traitement coenien avant l’heure qu’instaure le film, collant avec humour aux basques d’un couple attachant tout en avançant vers la fatalité absurde de leur destinée. Ainsi, si l’on sourit au début de la légèreté du film et de la démesure que prend l’histoire (la voiture poussée jusqu’à la station, la livraison des toilettes, le peuple traitant le couple comme des rocks stars…), il ne fait aucun doute que la destination n’aura finalement rien du sucré voyage pour ces héros simples, victimes du délit de faciès sociétal.

Sans la cruauté mordante des Frères Coen, mais avec une empathie profondément spielbergienne (qui plus est, ayant l’âge de ses protagonistes à l’époque), le film dépeint l’inconscience d’une jeunesse électrique piégée par une société archaïque imposant sa vaine mais dévastatrice tyrannie. C’est l’État qui retire l’enfant pour des motifs nébuleux. C’est la famille d’accueil qui estime que l’enfant est le sien et que la police va protéger. C’est cette même police qui mobilise un dispositif démesuré et absurde pour un couple très inoffensif. Un couple mû par une réclamation inaliénable, leur parentalité, et qui s’avance dans le tapage médiatique et populaire vers l’inéluctable tragédie. Celle d’une jeunesse sacrifiée d’avoir voulu vivre trop vite et trop fort, fonçant à toute allure sur l’autoroute de leurs illusions pour se prendre le mur de l’injustice crasse.

Et Spielberg de s’incarner dans un brillant personnage d’officier de police, témoin de la situation en empathie avec ses ravisseurs bien qu’impuissant face au destin en marche. De la part de quelqu’un qui est vu comme le pourfendeur du Nouvel Hollywood, Sugarland Express semble pourtant la preuve vibrante que Spielberg en faisait pleinement partie. Les débuts d’un maître.

Sugarland Express : Bande-annonce VO

Sugarland Express : Fiche Technique

Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Hal Barwood, Matthew Robbins
Interprétation : Goldie Hawn, Ben Johnson, Michael Sacks, William Atherton
Musique : John Williams
Photographie : Vilmos Zsigmond
Montage : Eward M Abrons, Verna Fields
Maisons de production : Universal, Zanuck/Brown Productions
Distribution (France) : Metropolitan
Durée : 110 minutes
Date de sortie : 12 juin 1974

Pour plus d’informations sur le film Sugarland Express

Auteur : Adrien Beltoise

Zombillénium s’anime en Blu-ray et DVD chez Universal

Zombillénium, film d’animation français tout en monstres et drôleries, vient s’animer sur le petit écran en Blu-ray et DVD chez Universal. Retour sur le long métrage phénomène à l’occasion de sa sortie video.

Synopsis : Dans le parc d’attractions d’épouvante Zombillénium, les monstres ont le blues. Non seulement, zombies, vampires, loups garous et autres démons sont de vrais monstres dont l’âme appartient au Diable à jamais, mais en plus ils sont fatigués de leur job, fatigués de devoir divertir des humains consuméristes, voyeuristes et égoïstes, bref, fatigués de la vie de bureau en général, surtout quand celle-ci est partie pour durer une éternité… Jusqu’à l’arrivée d’Hector, un humain, contrôleur des normes de sécurité, déterminé à fermer l’établissement. Francis, le vampire qui dirige le parc, n’a pas le choix : il doit le mordre pour préserver leur secret. Après avoir été mordu par Francis et son collègue loup-garou, Hector est muté en drôle de monstre. Mais, séparé de sa fille Lucie et coincé dans le parc, Hector broie du noir… Et si il devenait finalement la nouvelle attraction phare de Zombillénium ? Attention, Steven, un jeune vampire charmeur digne de Twilight, veille au grain et compte bien avoir le dernier mot…

Monstres en crise de la représentation

On pourrait revenir sur de nombreux points de Zombillénium : l’inscription de son décor dans un coin du Nord en pleine crise ouvrière (causée par le héros) ; le traitement de la différence dans un bourg loin d’y être ouvert… Concentrons-nous ici sur la crise que connaissent les monstres dans leur parc. Francis représente les monstres tels qu’ils ont pu s’épanouir chez Universal puis chez la Hammer : les zombies sont en décomposition ; les momies, couvertes de bandes blanches ; les loup-garous sont des hommes monstrueux de poils ; Francis est un vieux vampire grossissant mais qui n’a rien perdu de son charme et son mordant… Et Hector est une créature diabolique digne d’Hellboy. Et puis, il y a les jeunes vampires dirigés par Steven. Eux ne veulent plus trainer avec les autres créatures immondes. Bon chic, bon genre, ces jeunes dents pointues font le succès du parc auprès des adolescentes et d’un public notamment féminin. Et ils en sont conscients. Justement, alors que le parc est en crise, ils en profitent pour saboter les efforts d’effroi de leurs collègues pour en prendre le contrôle et le refaçonner à leur image. Que faire face à cette victoire de la romance monstrueuse ou de la monstruosité niaise propre à plaire aux adolescentes, ménagères et autres petites fleurs émotionnelles ?

Zombillénium, à travers son conflit de créatures, réfléchit le bouleversement des paradigmes de représentation des monstres que connaît le cinéma (Twilight, Warm Bodies) et la télévision (Vampires Diaries, Teen Wolf) depuis un certain temps. Finis l’action, l’aventure, le mystère, le folklore, les frissons, la peur, le dégout et l’ambiguïté de ce charme que l’on pouvait ressentir face aux agissements de ces créatures infernales. Les maîtres mots sont romance, niaiserie (et probablement « petite fleur des champs ») au pays des monstres aujourd’hui plongés dans le feuilleton du soap opera beta mais vendeur. Pleinement remachés par l’industrie de masse, ces objets de genre avaient aussi complètement perdu de leur force évocatrice. Mais, comme bien d’autres films et séries du genre l’ont fait de manière indépendante – soit presque selon le projet (Shaun of the Dead, Get Out, Burying the Ex) – soit dans un cadre industriel ouvert à ce type de projet (La Momie de 1999, Santa Clarita Diet), Zombillénium redonne aux monstres toute leur force d’effroi. La conclusion des réalisateurs Arthur de Pins et Alexis Ducord quant à leur réflexion de la représentation des monstres est sans appel : ces créatures passionneront toujours, effrayeront et intrigueront ad vitam eternam. Les vampires bcbg et leurs comparses ne sont enfin que poudre aux yeux.

Blu-rayllénium

Zombillénium se présente dans une édition Blu-ray soignée. Rien à redire concernant le film et son rendu vidéo, que ce soit au niveau visuel ou sonore. Le long métrage est accompagné de nombreux bonus qui vous plongeront dans les étapes de construction – impressionnantes et passionnantes – du film. Les compléments vous permettront aussi de découvrir davantage les deux réalisateurs via la présence de trois courts métrages.

Bande-Annonce – Zombillénium

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

1080p HD – 16:9 compatible 4/3 – format d’origine respecté 1.85 :1 – Audio : Français (Dolby Digital 2.0), Français (Dolby Digital 5.1), Anglais – Sous-titres pour sourds et malentendants : Français – Audio description : Français – Durée : 78 min

COMPLÉMENTS

Scènes coupées – Making of – Teaser international : La petite Lucie – Pilote clip « Nameless World » – Courts métrages : Géraldine d’Arthur de Pins (2000 – 9’), La Révolution des crabes d’Arthur de Pins (2004 – 5’), Fêlures d’Alexis Ducord et Nicolas Pavloski (2008 – 9’) – La musique du film – Clips : Get Up And Dance par Mat Bastard & Kameron « Grae » Alexander, Diggin in the Crates feat. F. Stokes par Mister Modo & Ugly Mac Beer, Stand As One par Mat Bastard (version karaoké)

zombillenium-visuel-du-blu-ray-universal

Zombillénium

14,99 € le DVD

16,99 € le Blu-ray

19,99 € le Blu-ray 3D (+ Blu-ray)

Sortie vidéo le 20 février 2018

Universal Pictures Video

Plus d’informations sur le film Zombillénium

Rio Grande de John Ford : la cavalerie à visage humain

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Avec Rio Grande, le duo John Ford / John Wayne clôt sa mythique trilogie de la cavalerie tout en privilégiant ses personnages pour faire un film humain, drôle et émouvant.

Synopsis : le colonel Kirby Yorke commande un régiment de cavalerie dans un fort du Texas, non loin du Rio Grande qui sert de frontière entre les États-Unis et le Mexique. Un jour, parmi les nouvelles recrues, il découvre son fils. Le lendemain, c’est sa propre femme qui arrive, pour surveiller leur rejeton.

Rio Grande est la troisième partie de la trilogie de la cavalerie que John Ford réalisa à la fin des années 40. Elle succède au Massacre de Fort Apache et à La Charge Héroïque. De nos jours, ces trois films sont synonymes de westerns classiques par excellence, mais en y regardant de plus près on peut y voir non seulement des films très marqués par la personnalité de leur réalisateur, mais également des visions de la cavalerie qui sont loin d’être aussi héroïques et manichéennes qu’il n’y paraît. Ainsi, Le Massacre de Fort Apache est une relecture toute fordienne de l’histoire quasi-mythifiée aux États-Unis de Custer et de la bataille de Little Big Horn. Loin de la thèse officielle (présentée dans La Charge Fantastique, de Raoul Walsh, avec Errol Flynn) qui dit que Custer a été pris en traître par les Indiens et abandonné par les autorités, Ford présente sa version, où Custer est un esprit borné et violent refusant catégoriquement tout dialogue avec les Indiens et provoquant volontairement leur colère.

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De prime abord, Rio Grande paraît être un western parfaitement classique. Dès le générique, on y voit les glorieux cavaliers qui chevauchent à travers le désert ou font boire leurs chevaux le long de la rivière. Mais, très vite, le spectateur déchante. Lors de la scène d’ouverture, les cavaliers rentrent au fort sous le regard inquiet des épouses. Comme elles, la caméra scrute les soldats un par un, et on perçoit vite les grimaces et les blessures. La glorieuse cavalerie a été défaite.

Finalement, une grande partie du film est déjà présente ici, dans ce constat de faiblesse. La cavalerie n’est pas constituée de surhommes pouvant battre les sauvages Apaches. John Ford nous en donne ici une image à taille humaine.

C’est cette humanité qui constitue, de très loin, le point fort du film. Le cinéaste va nous présenter toute une galerie de personnages, que ce soient parmi les jeunes recrues ou parmi les vieux briscards. Des personnages qui vont être montrés dans toute leur individualité, conflictuelle parfois, pour mieux pouvoir être réunis en un groupe homogène lorsque le danger se présente. La cavalerie, nous dit Ford, est un groupe constitué d’être humains, avec leurs faiblesses, mais aussi leurs côtés sympathiques.

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Car Ford n’a pas son pareil pour générer l’empathie du spectateur avec ses personnages. Pour cela, il sait s’entourer de seconds rôles qui, bien souvent, volent la vedette aux grandes stars. En tête de ceux-ci, dans Rio Grande, il faut bien entendu citer Victor McLaglen, acteur fordien par excellence (il a décroché un Oscar du meilleur acteur en 1936 pour Le Mouchard). McLaglen tient ici le rôle d’un sergent instructeur qui aura fort à faire avec les petits bleus, mais aussi avec l’épouse du colonel. Le jeu de l’acteur apporte au film des notes d’humour particulièrement bienvenues. Ainsi, Rio Grande est un film qui sait jouer sur différentes émotions.

Des émotions qui sont parfois contenues. Bien souvent, les deux personnages principaux, le colonel (l’indispensable John Wayne) et son épouse (Maureen O’Hara) ne veulent ou ne peuvent pas exprimer leurs sentiments, mais la caméra de Ford est suffisamment affûtée pour scruter les petits gestes, les regards, tous les signes qui montrent les émotions sans avoir à les dire expressément, comme lors de cette scène magnifique où une chorale improvisée de soldats chantent I’ll take you home again, Kathleen. Comme tout grand cinéaste, Ford sait utiliser les moyens que lui offre le cinéma pour parvenir à ses fins.

Bien entendu, Rio Grande est aussi un film d’action. C’est un western, c’est un film de cavalerie, et il y a des Indiens contre des soldats. Cela nous donne une scène admirable de poursuite en plein désert, et deux ou trois fusillades plutôt sympathiques. Mais, sur ce plan-là, Rio Grande assure juste le service minimum, sans plus. L’intrigue ne fouille pas trop de ce côté, et en plus la mise en scène de l’action a quand même terriblement vieilli (ah ! Ces cascadeurs grimés en Indiens, qui tombent bien sagement de cheval en faisant attention à ne pas se faire mal !).

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Comparer les scènes d’ouverture et de clôture est assez significatif. Nous avons, finalement, exactement la même scène au début et à la fin du film. Plus qu’un procédé habituel pour clore le film, il s’agit ici de montrer que le problème avec les Indiens n’a, finalement, pas avancé d’un pouce. La cavalerie, abandonnée aux confins du pays par une bureaucratie fédérale qui ne connaît rien, ne parvient pas à trouver une solution aux attaques des Indiens. En tout cas, elle ne constitue pas la solution elle-même. Finalement, une fois de plus, Ford parvient à nuancer un propos qui, chez tout autre cinéaste, aurait été purement élogieux.

Débarrassé de ses scènes d’actions qui semblent plus être des excuses que de vrais ressorts scénaristiques, Rio Grande apparaît alors vraiment pour ce qu’il est, un film centré sur ses personnages, un film d’hommes, d’amitiés viriles (au mépris des lois, s’il le faut), et un film sur la paternité également. Peut-être le moins réussi de la trilogie, mais un classique que l’on peut revoir avec plaisir quand même.

Rio Grande : Bande-annonce

Rio Grande : fiche technique

Réalisateur : John Ford
Scénario : James Kevin McGuiness
Interprètes : John Wayne (Colonel Kirby Yorke), Maureen O’Hara (Kathleen Yorke), Victor McLaglen (Sergent Major Timothy Quincannon), Claude Jarman Jr (soldat Jefferson Yorke), Ben Johnson (soldat Travis Tyree).
Montage : Jack Murray
Photographie : Bert Glennon
Musique : Victor Young
Production : John Ford, Merian C. Cooper
Sociétés de production : Republic Pictures, Argosy Pictures
Société de distribution : Republic Pictures
Genre : western
Durée : 105 minutes
Date de sortie en France : 17 août 1951
Date de reprise : 28 février 2018

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Concours New York Unité Spéciale : Gagnez 1 coffret 6 DVD de la saison 18

Concours : À l’occasion de la sortie en coffret 6 DVD de la série New York Unité Spéciale le 27 février 2018, remportez votre coffret de la saison 18

SYNOPSIS, INFOS ET BANDE ANNONCE

Le producteur de légende Dick Wolf (récompensé aux Primetime Emmy®Awards) nous présente la dix-huitième saison de New York Unité Spéciale, série en prime-time la plus longue actuellement diffusée à la télévision. Mariska Hargitay (récompensée aux Primetime Emmy®Awards) est de retour dans le rôle du lieutenant Olivia Benson, à la tête d’un casting de rêve composé d’IceT, Kelli Giddish, Raúl Esparaza et Peter Scanavino. Rejoignez-les pour 21 nouveaux épisodes palpitants!

Caractéristiques techniques du coffret DVD :

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Film © 2017 Universal Studios. Tous droits réservés.

6 DVD –24 ÉPISODES DE 45 MIN – IMAGE 16/9 1.78:1 AUDIO Anglais et Français – Dolby Digital 5.1SOUS-TITRES Anglais et Français

logo-Universal-NoirEditeur : Universal Pictures Video

Titre original : Law and Order: Special Victims Unit
Création Dick Wolf
Réalisation : Alex Chapple, Jean de Segonzac et Mike Slovis
Avec Mariska Hargitay, Ice-T, KelliGiddish, Raul Esparza et Peter Scanavino
Genre : série policière, drame
Diff. originale : 20 septembre 1999 – en production
Nb. d’épisodes : 422
Chaîne d’origine : National Broadcasting Company
Nombre de saisons : 19
Durée : 42 minutes
Site web : http://www.nbc.com/law-and-order-special-victims-unit/

Modalités du concours

Pour participer à notre concours, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 12 Mars 2018. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter . Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.

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Winter brothers de Hlynur Palmason : une expérience sensorielle et des émotions brutes

Le plasticien étonne et détonne avec Winter Brothers, son premier long métrage très maîtrisé, un concentré de performances visuelle et auditive qui n’oublie pas pour autant de raconter une vraie histoire.

Synopsis : Emil travaille avec son frère dans une carrière de calcaire et vend aux mineurs l’alcool frelaté qu’il fabrique. Les relations changent lorsque la mixture préparée par Emil est accusée d’avoir empoisonné l’un d’entre eux.

Faute d’amour

Faute d’amour. Voilà la phrase (pêchée dans le dernier Zvyaguintsev) qui nous obsède au visionnage de Winter Brothers. De fait, nous apprendrons plus tard que l’Islando-Danois Hlynur Palmason a sous-titré son film « The Lack of Love Story », et nous ne sommes pas trop mécontente d’avoir au moins percuté cela.

winter-brothers-Hlynur-Palmason-film-critique-elliott-crossett-hove-simon-searsCar Winter Brothers n’est pas un film facile, un film à la limite du film expérimental pur, avec une longue séquence d’ouverture en temps quasi-réel ayant lieu au fin fond d’une mine, elle-même au fin fond d’un Danemark méconnu et hostile. Les toutes premières minutes sont plongées dans un noir total graduellement éclairé par de minuscules touches de lumière provenant des lampes frontales d’un ou deux mineurs, ponctuées par les bruits insensés de l’endroit : les machines qui tournent, les pioches, le minerai qu’on balance dans les brouettes, l’eau qui ruisselle dans les cavités… C’est un travail extraordinaire et précis sur le son que Lars Halvorsen a concocté, étoffé par l’électronique industrielle de Toke Brorson Odin. La séquence, située en fin de quart, débouche sur la sortie des mineurs qui atterrissent littéralement dans le contraste saisissant de la neige. C’est un noir et blanc hyper graphique que le cinéaste plasticien met en scène dans ce choc entre la noirceur du monde industriel et la blancheur de la nature, cette même nature que ses compatriotes et contemporains tels que Rúnar Rúnarsson (Sparrows) mettaient déjà en avant dans ce jeune cinéma islandais qui est en train de se façonner sous nos yeux.

Malgré donc des images de toute beauté, la déception, voire l’ennui, aurait pu gagner le spectateur si Hlynur Palmason n’avait pas réussi à mettre une âme dans sa quête de la perfection formelle. Cette âme, c’est Emil (Elliott Crosset Hove) qui l’incarne de manière très juste. Au centre d’un scénario assez ténu, le personnage est un concentré de souffrance et de solitude. Affublé d’un masque blanc lui permettant d’éviter l’inhalation de la poudre de  calcaire, Emil ressemble à s’y méprendre au Saul de László Nemes (le Fils de Saul, les affiches sont d’ailleurs très identiques), qui porte le masque de la même manière pour tenter de s’isoler d’horreurs autrement plus atroces, celles des odeurs des fours crématoires. Dans les yeux fous d’Emil, comme dans ceux de Saul, la mort. Celle qui est au centre de la vie de Saul et celle qui sous-tend la non-vie d’Emil. Emil est infiniment seul, malgré la présence d’un grand frère Johan (Simon Sears). Pour tromper l’ennui et la pauvreté, il vole des produits chimiques à son employeur, distille et vend un alcool frelaté auprès de ses collègues, eux-mêmes en recherche d’une étincelle, voire d’un simple mirage, dans une vie épouvantablement insipide. Emil devient rapidement obsédé par une arme échangée contre sa mauvaise booze, et des images surréalistes de militaires s’exerçant au tir au M1 émaillent le film, comme pour marteler la quasi-folie du protagoniste.

winter-brothers-Hlynur-Palmason-film-critique-elliott-crossett-hoveFragile et presque naïf, Emil sourd la solitude par tous ses pores. Des parents inexistants, un frère beaucoup plus avenant et qui gagne du terrain sur lui, une jeune femme qui n’est sa petite amie que dans ses fantasmes. L’émotion nous étreint vraiment, lorsqu’un ouvrier, un de ses plus fervents « clients » tombe gravement malade après un empoisonnement dont tout le monde soupçonne Emil d’être à l’origine. Le voilà alors qui court partout, son visage enfariné de calcaire, à essayer de vendre son alcool. Tout le monde lui tourne le dos, lui refuse même un regard, et le désarroi qu’on lit dans les yeux hébétés d’Emil est une des choses les plus poignantes du film. Ce n’est pas son alcool qu’on rejette, c’est lui tout entier. Son propre frère, dans un combat extrême -et extrêmement dénudé-, une des scènes phares du film, semble vouloir sa mort. Rarement un cinéaste a réussi à montrer ainsi la solitude d’un homme entouré d’une violence et d’une hostilité omniprésentes, de la part des éléments et de la nature, de la part de son environnement quotidien, mais surtout de la part des autres humains totalement déshumanisés. A moins que ce ne soit Emil lui-même qui n’est pas dans la norme humaine…The Lack of Love Story, un défaut d’amour criant qui crève l’écran tel un trou béant.

Winter Brothers est un film obtus qui en rejoint d’autres comme Jauja de Lisandro Alonso. Difficile, mais indispensable et beau. Comme Jauja, et comme Le fils de Saul, encore lui, Winter Brothers adopte les coins arrondis pour accentuer l’effet artistique de son métrage. Le travail de Maria von Hausswolff sur la photo est phénoménal, la palette des couleurs allant du blanc du calcaire jusqu’au bleu délavé des combinaisons des mineurs marque le côté fantomatique, presque irréel du film, les contrastes graphiques entre les composants de la mine, les cylindres, les grues, les différentes échelles, d’une part, et la rondeur de la nature enneigée, d’autre part, tout est magnifiquement tiré au cordeau.

winter-brothers-Hlynur-Palmason-film-critique-sortie-mineAlors, bien qu’on n’arrive pas toujours à percer le mystère des messages de Hlynur Palmason, on ne peut rester indifférent devant Winter Brothers qui est une proposition forte de cinéma, en ce qu’il joue pleinement sur le son et l’image, en ce qu’il exploite un scénario qui ne verse jamais dans la facilité, et surtout en ce qu’il suscite l’émotion brute chez le spectateur, en étant une expérience sensorielle intense aussi bien que l’histoire solide d’un personnage touchant qui entraîne sans réserve  l’empathie du spectateur.

Winter Brothers : Bande-annonce

Winter Brothers :  Fiche technique

Titre original : Vinterbrødre
Réalisateur : Hlynur Palmason
Scénario : Hlynur Palmason
Interprétation : Elliott Crosset Hove (Emil), Simon Sears (Johan), Victoria Carmen Sonne (Anna), Lars Mikkelsen (Carl), Peter Plaugborg (Daniel), Michael Brostrup (Michael), Anders Hove (l’homme aux cheveux longs)
Musique : Toke Brorson Odin
Photographie : Maria von Hausswolff
Montage : Julius Krebs Damsbo
Producteurs : Julie Waltersdorph Hansen, Per Damgård Hansen, Hlynur Palmason, Coproducteur : Anton Máni Svansson
Maisons de production : Masterplan Pictures ApS, Coproduction : Join Motion Pictures Corporation
Distribution (France) : Arizona distribution
Récompenses : Festival du Film de Locarno, 4 prix, dont Prix de la meilleure interprétation masculine pour Elliott Crosset Hove, Premiers plans d’Angers : Grand Prix du Jury
Budget : EUR 828 000
Durée : 100 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 21 Février 2018

Danemark, Islande – 2017

The Square, la leçon de cynisme de Ruben Ostlund débarque en DVD & Blu-Ray le 28 Février !

En apparence film calibré pour les grands festivals, The Square s’avère être en réalité une satire mordante, pleine de réflexions et clichés, de notre société contemporaine. Pas étonnant donc de voir la clique à Pedro Almodovar l’avoir récompensé de la Palme d’Or au dernier Festival de Cannes, tant le film de Ruben Ostlund égratigne avec une brutalité chic tout le monde de l’art et l’hypocrisie de l’homme. 

Suède, de nos jours. Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée « The Square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère… Au même moment, l’agence de communication du musée lance une campagne surprenante pour The Square : l’accueil est totalement inattendu et plonge Christian dans une crise existentielle.

Un film décalé & iconoclaste 

En Mai, la surprise fut immense quand le jury de Pedro Almodovar décerna la récompense suprême au film de Ruben Ostlund. Il faut dire que les comédies ont rarement eu la faveur des jurés et que le genre est souvent relégué aux sections parallèles. Mais réduire le film à une simple comédie reviendrait à éluder toute la substantifique moelle du propos défendu par Ostlund. Car ici, il n’est point question de faire rire pour stimuler les zygomatiques mais rire en soulignant les hypocrisies béantes de l’homme moderne. Pour ce faire, le réalisateur a la bonne idée de convoquer pléthores de thèmes actuels et qui, une fois passés sous son scope, deviennent des outils de dénonciation dévastateurs. Que ça soit l’art contemporain, la bourgeoisie, le monde des médias, les agences de communication, les relations sexuelles, l’individualisme, la pauvreté, l’utilisation excessive de smartphones, la liberté d’expression, tout y passe avec une sauvagerie presque contenue ; un peu comme si le Suédois usait du média cinéma pour adoucir son propos qui est à n’en pas douter d’un mordant délirant. Ça donne un ensemble de scènes où l’absurdité explose, les dialogues frôlent le ridicule et les liens entre les personnages volent en éclat. Le tout filmé avec un cynisme et une verve tellement enthousiasmantes qu’on en ressort l’air goguenard mais surtout songeur après avoir assisté à une œuvre qui ose questionner son spectateur sur sa propre hypocrisie. Une intention louable, quoique trop souvent difficile à réaliser dans le cinéma moderne, qui trouve par ailleurs son meilleur exemple dans la  (meilleure ?) scène du métrage sans doute vouée à devenir culte : celle du singe. On se gardera d’en dire plus mais pour quiconque a envie de comprendre le message déployé par Ostlund dans son film, les 10 minutes de cette scène épuisante et éprouvante sont définitivement à voir.

Des bonus carrés !

Comme souvent, plus un film est adulé, plus ses secrets de fabrications sont scrutés de toutes parts. The Square ne déroge pas à la règle et à l’instar de sa durée généreuse (2h30 quand même), les bonus ne se privent pas pour étayer la folle vision de Ruben Ostlund. Outre les interviews de l’équipe technique réalisée pendant le Festival de Cannes, on retrouvera les essais et phases de casting, le making-off de la scène dite du « singe » et surtout une plongée dans les coulisses du film. Un bon moyen pour comprendre l’intention d’Ostlund, ses idées ou même apprendre qu’avant Claes Bang, le réalisateur suédois avait en tête de caster Jean Dujardin ou Romain Duris pour jouer ce conservateur de musée un brin barré.

Caractéristiques techniques DVD / Blu-Ray

DVD
Version originale sous-titrée français et Version française
Son : D.D5.1 et 2.0
Images 16/9 – 1.85- Couleur
Durée : 145mn + suppléments

Bonus : Making Of d’une scène d’anthologie / Essais et scènes de casting / Dans les coulisses / Exposition The Square « Tableaux Critiques » / Cannes 2017 : Interviews.

Blu-Ray
Version originale sous-titrée français et Version française
Son : DTS- HD master audio 5.1 et 2.0
Durée : 151mn + suppléments

Bonus : Making Of d’une scène d’anthologie / Essais et scènes de casting / Dans les coulisses / Exposition The Square « Tableaux Critiques » / Cannes 2017 : Interviews.

 Bande-annonce : The Square 

La forme de l’eau : conte réaliste d’une monstrueuse beauté

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Favori dans la courses aux Oscars, La Forme de l’eau émerveille grâce à sa sublime poésie, son esthétique soignée et sa mise en scène ambitieuse. Entre fantastique et romance, elle s’admire comme une véritable ode au cinéma, à la magie infinie. Après l’inoubliable Labyrinthe de Pan, Guillermo del Toro signe un nouveau chef d’œuvre.

Synopsis : Elisa Esposito, une attachante muette, mène une vie routinière et solitaire. Son rituel matinal, son trajet en bus, et son travail de femme de ménage marquent l’éternel quotidien de sa vie difficile et monotone. La découverte d’une mystérieuse créature aquatique bouleverse soudainement son existence, en lui conférant un sens jusqu’alors insoupçonné.

Librement inspiré du mythe classique de La Belle et la Bête, La Forme de l’eau démarre sur un pitch assez simple. Par ses traits de conte populaire, La Forme de l’eau s’impose sans aucun doute aujourd’hui comme l’œuvre la plus accessible de Guillermo del Toro. Toutefois le réalisateur y insuffle son propre univers, entremêlant habilement réel et imaginaire. Dans un contexte sombre de Guerre Froide, où science rime avec pouvoir, la fin justifie atrocement les moyens. L’inconnu, source d’espérance, mais aussi de dangers s’il tombe aux mains de l’ennemi, exacerbe les passions humaines.

forme-de-l'eau-sally-hawkins-octavia-spencer-menageDans ce monde authentique des années 1960, del Toro brosse d’un pinceau presque naturaliste le portrait de protagonistes marginaux, de laissés-pour-compte de la société enfermés dans leur propre isolement. Elisa Esposito, atteinte de mutité, est traitée avec force mépris par son propre entourage.

Elle trouve seulement du réconfort auprès de son voisin de pallier, Giles, lui-même rejeté en raison de son homosexualité, et de sa collègue de travail noire, Zelda, empêtrée par un mariage raté.

Les particularités de ces personnages constituent le cœur de la première thématique du film : l’acceptation de l’autre, qui implique avant tout de vaincre le rejet de soi. Ainsi Elisa, qui se sent fatalement « incomplète », apprend au contact de la créature qu’en réalité il ne lui manque rien, qu’elle peut être aimée simplement pour ce qu’elle est. Quant à Giles, il ne craint plus d’affronter son reflet, dans lequel il refusait auparavant de s’identifier. Cette réconciliation avec soi permet ensuite aux protagonistes de se reconnaître entre eux, leurs différences générant un incroyable esprit de cohésion et d’unité. Elisa, Giles et Zelda s’entraident alors pour sauver l’étrange amphibien, qui leur renvoie l’image de leur propre situation, incomprise et menacée.

Comme dans ses films précédents, Guillermo del Toro étudie avec ambivalence les rapports de l’humain et du monstrueux. Dans La Forme de l’eau, le monstre n’est pas tant celui qui en a l’apparence ni ceux qui sont traités comme tels à cause de leurs divergences. Il gît dans le cœur d’un homme, dépourvu de toute compassion et guidé par sa seule quête de pouvoir. A ce titre Richard Strickland, incarné par un convaincant Michael Shannon, rappelle à certains égards l’odieux capitaine Vidal du Labyrinthe de Pan, aussi froid que violent.

forme-de-l'eau-sally-hawkins-amphibien-aquariumAinsi l’amphibien, loin de la créature démoniaque, est presque immédiatement humanisée grâce aux émotions qu’il manifeste. Il apprécie la musique et parvient à communiquer avec Elisa d’une façon déconcertante en apprenant rapidement le langage des signes. La mutité, que l’héroïne percevait comme un effroyable handicap, se transforme ici un atout pour échanger avec un être également incapable de parler.

Ceci donne un nouveau sens à l’existence d’Elisa. La relation qu’elle tisse progressivement avec la créature est remplie de poésie. L’inimaginable histoire d’amour, une des plus belles de ces dernières années au cinéma, devient alors possible. L’appartenance à une espèce définie ne constitue plus une barrière à franchir. L’harmonie entre les êtres naît d’une compréhension mutuelle, d’une fusion des incomplétudes, du désir de dépasser sa propre condition.

Comme dans un conte, les personnages suivent en le découvrant le chemin de leur destinée. Elisa explique à son fidèle voisin que sa route l’a conduite inexorablement vers sa rencontre avec l’amphibien. Cette affirmation est confirmée par ses trois cicatrices au niveau du cou, qui se révéleront avoir une fonction essentielle.

La grande force de La Forme de l’eau consiste également à mélanger des genres antinomiques. Au-delà du fantastique, le drame gagne sa place dans la dernière partie du film, même si l’horreur et la violence ne rivalisent pas avec la fin du Labyrinthe du Pan. Le comique de situation est aussi présent grâce aux réparties de Zelda et aux réactions de la créature. La somptueuse musique d’Alexandre Desplat incorpore parfaitement ces altérations de registres et donne une vraie ampleur au récit.

forme-de-l'eau-sally-hawkins-couchee-litGuillermo del Toro prouve avec La Forme de l’eau qu’il ne cessera jamais de nous surprendre. Autour d’une histoire assez simple, il parvient à créer un univers fabuleux, avec des réflexions plus profondes qu’il n’y paraît et un visuel magnifique.

L’eau s’est malheureusement troublée récemment en raison des accusations de plagiat dont fait l’objet le réalisateur mexicain. Après des remontrances de Jean-Pierre Jeunet, David Zindel vient de porter plainte. Il estime que le film de Guillermo del Toro s’inspire directement d’une pièce de théâtre pour enfants écrite par son père, Let me hear you whisper, racontant l’histoire d’une femme de ménage se liant avec un animal aquatique prisonnier, au beau milieu de la Guerre Froide.

Quelle que soit la véracité de ces reproches, la beauté de La Forme de l’eau justifie sans contexte une immersion en salles. Certainement un des meilleurs films de ce début d’année.

La forme de l’eau : Bande annonce

La forme de l’eau – Fiche technique

Titre original : The Shape of water
Réalisateur : Guillermo del Toro
Scénario : Guillermo del Toro, Vanessa Taylor
Interprétation : Sally Hawkins (Elisa Esposito), Michael Shannon (Richard Strickland), Richard Jenkis (Giles), Octavia Spencer (Zelda Fuller), Michael Stuhlbarg (Dr. Robert Hoffstetler), Doug Jones (l’Amphibien)
Musique : Alexandre Desplat
Photographie : Dan Laustsen
Montage : Sidney Wolinsky
Costumes : Luis Sequeira
Producteurs : Guillermo del Toro, J. Miles Dale
Maisons de production : Fox Searchlight Pictures, Double Dare You (DDY)
Distribution (France) : Twentieth Century Fox France
Récompenses : Lion d’Or à la Mostra de Venise 2017, 2 prix (meilleur réalisateur et meilleure musique) et 5 nominations (meilleur film dramatique, meilleure actrice dans un drame, meilleur acteur dans un second rôle, meilleure actrice dans un second rôle, meilleur scénario) aux Golden Globes 2018, 13 nominations aux Oscars 2018 (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure actrice, meilleur acteur dans un second rôle, meilleur actrice dans un second rôle, meilleure musique, meilleur scénario, meilleure photographie, meilleur montage, meilleurs costumes, meilleurs décors, meilleur montage de son, meilleur mixage de son)
Budget : $ 19 000 000
Durée : 125 min
Genre : Fantastique, drame, romance
Date de sortie (France) : 21 février 2018
États-Unis – 2017

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