Mute de Duncan Jones : un film qui n’a rien à dire ?

Passant à son tour par la case Netflix, Duncan Jones revient avec Mute à ses premiers amours, la SF d’anticipation, et offre une suite spirituelle à son premier film, Moon. Un intriguant long métrage qui promet d’asseoir son auteur comme un véritable cinéaste, et ce, malgré des retours critiques frileux qui ternissent l’image d’Eldorado du cinéma pour le géant Netflix.

Synopsis : Dans un proche avenir, Leo est barman dans un Berlin en pleine ébullition. A cause d’un accident survenu dans son enfance, Leo perd l’usage de la parole et ne vit plus que pour sa séduisante petite-amie Naadirah. Quand elle disparaît sans laisser de trace, Leo se met à sa recherche et se retrouve dans les bas-fonds de la ville. Deux espiègles chirurgiens américains constituent les seuls indices qui le poussent à affronter ce milieu infernal afin de retrouver son amour.

Les regards se sont très vite posés sur Duncan Jones, lui qui est le fils de David Bowie, et ce, dès la sortie de son premier film en 2009, l’excellent Moon. Il y avait quelque chose d’à part dans ce premier essai qui devenait la promesse d’un cinéma singulier et accrocheur. Une promesse qui ne fut jamais vraiment concrétisé alors que le jeune cinéaste perdait film après film le soutient des critiques et du public, surtout après son Warcraft qui n’a clairement pas fait l’unanimité. Avec Mute, Jones essaye de retourner aux prémisses de son style et d’imposer définitivement une vision de cinéaste avec une œuvre qu’il cite lui-même comme étant la suite spirituelle de son premier né. Se déroulant dans le même univers, Mute construit quelques passerelles avec Moon mais qui sont plus là pour être de petits clins d’œil, et apporter un éclairage plus vaste au film, que d’avoir un vrai intérêt pour son histoire.

Mute-Paul-RuddUne histoire qui manque cruellement de substance et s’enfonce bien trop souvent dans les longueurs au cours de l’errance  peu palpitante de son protagoniste. Le film sera trop souvent à l’image de son héros, superficiel, à côté de ses pompes et qui n’a pas grand chose à dire. Avec la caractérisation maladroite des personnages, où le personnage principal souffre d’être muet et de son appartenance Amish pour la seule justification de ralentir le récit plus qu’à apporter un sens à l’intrigue, et des développements hasardeux dans son dernier tiers, Mute n’évite jamais les erreurs. Il ne possède pas la profondeur qu’il aimerait si souvent s’insuffler et tombe dans des clichés relativement dépassés quand à sa manière de dépeindre un futur dépravé. Certaines choses arrivent cependant à fonctionner, comme la manière assez fine de construire le mystère autour de la disparition de la petite-amie du héros. Un mystère qui trouve une résolution pas aussi prévisible que le reste. On notera encore la relation très intéressante qui unit les deux chirurgiens que l’on suit en parallèle du personnage principal, deux personnages qui possèdent un récit bien plus maîtrisé et captivant  grâce aussi aux très bonnes performances d’un Justin Theroux méconnaissable mais surtout d’un Paul Rudd habité qui excelle. Ils volent la vedette à Alexander Skarsgård qui confond trop souvent le fait d’être muet avec le fait d’avoir un handicap mental dans une prestation qui sonne fréquemment fausse.

Mute-Justin-TherouxLa réalisation technique connait aussi quelques maladresses notamment avec des effets spéciaux d’un autre temps et des fonds verts bien trop visibles qui peinent à rendre l’univers visuel du film crédible. C’est d’autant plus regrettable que cela amoindrit des idées de mise en scène plutôt bien senties qui donnent un côté halluciné eu récit. Duncan Jones jouant avec les focales pour donner un air disproportionné à son héros qui devient une forme géante qui se balade dans un monde où il n’a pas sa place, une force de la nature muette mais inébranlable. Son handicap est d’ailleurs jusqu’au bout traité comme tel, où dans ce monde futuriste où quasiment tout passe par la voix celui-ci se trouve incapable d’évoluer dans son environnement. Son errance en devient onirique et Jones arrive à travailler une atmosphère vite envoûtante aidé par le score musical planant et inspiré de Clint Mansell. De jolies fulgurances qui viennent souvent faire la différence et qui rendent le visionnage pour le moins agréable malgré ces défauts persistants.

Mute est clairement la preuve que le cinéma de Duncan Jones s’essouffle petit à petit car il signe ici son film le moins réussi. Même s’il arrive à être globalement convenable, spécialement grâce à de vraies fulgurances de mise en scène et d’écriture et par la biais d’ un casting relativement bon, à l’exception d’Alexander Skarsgård plus bancal dans sa performance. Le vrai problème de ce Mute, c’est l’envie de son cinéaste de vouloir surfer sur un succès passé sans pour autant avoir une véritable histoire à raconter autour. Reste donc un récit sympathique mais vain qui tourne en rond plutôt qu’aller de l’avant. Avec cette nouvelle production, Netflix commence un peu à s’imposer comme une plateforme qui peine à asseoir ses propositions de cinéma où, en dehors de trop rares pépites, propose surtout des films calibrés ou des œuvres mineures de cinéastes fatigués.

Mute : Bande annonce

Mute : Fiche technique

Réalisation : Duncan Jones
Scénario : Michael Robert Johnson et Duncan Jones
Casting : Alexander Skarsgård, Paul Rudd, Justin Theroux, Seyneb Saleh, Dominic Monaghan, Robert Sheehan,…
Décors : Sarah Horton, Wolfgang Metschan et David Scheunemann
Costumes : Ruth Myers
Photographie : Gary Shaw
Montage :  Barrett Heathcote et Laura Jennings
Musique : Clint Mansell
Producteurs : Stuart Fenegan
Production : Liberty Films UK et Studios de Babelsberg
Distribution : Netflix
Durée : 126 minutes
Genre : science-fiction
Dates de sortie : 23 février 2018

Angleterre et Allemagne – 2018

Pour plus d’informations sur le film Mute

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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