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Steve Mcqueen : la condition humaine et sa liberté politique

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Avec 4 films au compteur, plus passionnants les uns que les autres et un Oscar du meilleur film couronnant le sacre de 12 years a slave en 2014, Steve McQueen s’est donc rapidement fait une place de choix dans les sillons du visage hollywoodien. Alors que son dernier film, Les Veuves, signe un virage plus mainstream et moins obsessionnel dans les coutures de son cinéma, en se lançant dans une légère virée dans le cinéma de genre qu’est le polar, le cinéaste britannique ne s’est pourtant pas mué soudainement en simple faiseur. Au contraire, il en a profité pour continuer à dessiner les traits caractéristiques de son œuvre, à savoir cette fascination qu’il a pour le corps et sa manière d’appréhender l’individu et son pouvoir politique.

Il y a chez l’auteur, cette dichotomie assez fascinante qui circule dans les veines de ses créations: l’utilisation du corps et sa politisation, et la politique incarnée par l’humain et sa volonté de s’absoudre des contraires et de gagner le Graal que l’on recherche tous: la liberté. La thématique de la liberté de l’individu est l’épicentre même du rouage des films de l’auteur: que ça soit par le biais du corps stricto sensu, par le genre de la personne ou la couleur de peau de la personne. Tous ses films sont portés par cette unique obsession de trouver la faille dans le système pour enfin toucher du doigt l’horizon même de la compréhension de soi, et de l’appropriation de son libre arbitre même lorsque ce dernier, devient une arme auto-destructrice. Dans cette ordre idée, les deux premiers films de Steve McQueen sont symptomatiques et révélateurs de ce qui motive le cinéaste: l’esthétique du corps avec à la fois sa puissance et son impuissance à être vivant.

Et pour matérialiser ce dolorisme visuel, qui ne détourne pas les yeux devant les horreurs que le corps peut s’infliger à lui-même, quoi que de mieux que de s’entourer de l’un des acteurs les plus charismatiques de son époque: Michael Fassbender. Un étalon, difficile à cerner, tant il fait souffler le chaud et le froid, avec son corps sculpté dans le marbre et son regard suintant la violence et le doute. Hunger, son premier film, suit le parcours de Bobby Sands, un prisonnier politique, qui veut un nouveau statut pour les prisonniers de l’IRA. Son arme est son corps, son corps est son arme: par le biais de la grève de la faim, en se faisant lui même du mal, en détériorant son organisme, il va lui même s’élever et être le visage d’un mouvement, d’une quête pour la liberté. Prisonnier, il sait qu’il ne pourra pas sortir. Ses mouvements, ses faits et gestes seront limités par les barreaux de sa cellule. La liberté, celle qu’il recherche il ne pourra la prendre que par le biais de ses convictions. Bobby Sands, leader de l’IRA, présenté tel un martyr christique, est prêt à se sacrifier pour donner vie à son idéal.

C’est l’idée même du cinéaste: se servir du corps, voir sa putréfaction, utiliser la symbolique de sa maigreur mortifère pour mieux redéfinir les contours d’un esprit en paix avec lui même, et qui n’a jamais été aussi proche du but ultime: celui d’être libre de ses mouvements. Mais que l’on ne se détrompe pas, à aucun moment, le réalisateur ne glorifie le fait d’attenter à sa vie ni le fait que « la fin justifie les moyens ». Avec sa caméra froide, son esthétisme quadrillé, Hunger est une œuvre qui se détache des revendications politiques de chacun pour épouser le sujet de son film: la capacité qu’à l’Homme à être maître de son corps et d’en faire le premier réceptacle à sa propre liberté. Alors que Bobby Sands est enfermé physiquement par contrainte, il fait le choix d’utiliser son corps pour s’en échapper psychologiquement.

Hunger : Bande-annonce

C’est là, que vient Shame, le deuxième film du cinéaste et son chef d’œuvre, qui suit la logique inverse: celle de voir un homme vivant une vie aisée mais qui mentalement n’est pas libre de ses obsessions. Magnifique car elle est la suite logique à Hunger, où le corps devient auto-destructeur. Addict sexuel, il subit les conséquences de ses envies, enfermé par des pulsions qu’il ne maîtrise pas. Il n’est plus un humain qui ressent et qui fait s’appesantir son désir, il fait juste resurgir ses besoins. Dans un New York de self made men, tout droit sorti d’American Psycho, le plaisir de jouir n’est plus. Jouir est un besoin, n’est pas une raison de vivre, mais un moyen de survivre. Et de nouveau la recette fait mouche: l’esthétisme froid et déshumanisé d’une société de consommation qui consomme les humains comme on consommerait des aliments, et le corps incarné de Michael Fassbender dont la nudité s’avère aussi flamboyante que pathétique, car cette nudité, n’est jamais érotisée mais automatisée.

Tout comme Salo et les 120 jours de Sodome, Shame est une œuvre qui parle de l’absence même de désir. Le corps de Fassbender, qui devient une marionnette à bander, est une sorte d’automate, un miroir de la société, un reflet d’une époque jonchée de solitude dans laquelle il s’enfonce. Dans ses deux œuvres suivantes, Steve Mcqueen étudie donc avec brio la notion de liberté et d’enfermement corporel. Dans Shame, la destruction psychique et dépendante de Brandon automatisait l’utilisation de son corps par une addiction dévorante. Avec Bobby Sands, le revers est différent, où l’esprit libre se détache de son enveloppe et lui permet de détruite son corps pour une cause qui le dépasse. L’Homme se définit aussi par les contraintes qu’il rencontre, et qui alimentent sa condition. Il peut avoir des limites, il peut s’en infliger de nouvelles, pour aller au plus profond de lui-même, et enfin découvrir le point de rupture entre enfermement et liberté.

Pour l’un, c’était l’idéalisation de ses revendications et la vie de ses compères, et l’autre l’amour porté à sa sœur. C’est impressionnant de voir deux premières œuvres se répondre avec autant de justesse, emballées dans une esthétique d’une telle précision. Alors que l’esprit est parfois l’esclave du corps et le corps une entrave à l’esprit, il était presque écrit d’avance, que le sujet de l’esclavage allait prendre une part importante dans la cinématographie de Steve McQueen, qui donnera naissance à son plus grand succès, 12 Years a Slave. Dans un style toujours aussi doloriste, où les moments de bravoures se feront brutaux (comme cette séquence du fouet), le film raconte l’histoire de Salomon Northup, un homme noir vendu comme esclave. Après deux premiers films aux connotations politiques non pas par l’existence de revendications mais à travers la description d’un environnement ou d’une société, Steve Mcqueen donne un tournant plus militant à son cinéma.

Bien évidemment, il utilisera ses ressorts fétiches autour du corps et son utilisation totalitaire, le libre-arbitre de l’esprit qui n’existe pas ou plus lorsqu’on vit en étant noir dans les États d’avant Guerre de Sécession. Comme dans ses deux précédentes œuvres, on retrouve cette densité dans le propos, cette volonté de dévoiler ce combat universel par le biais de l’intime. Dans Hunger, Sands était un prisonnier politique, dans Shame Brandon était prisonnier de son besoin maladif et vital de jouissance, là Solomon est prisonnier de la malveillance et de la haine de l’homme. Mais le questionnement sur la liberté, et le droit à la parole devient le moteur premier de ses deux prochaines réalisations: la condition de l’humain et la critique d’un système global qui hiérarchise les individus en fonction de leur provenance ou de leur personne.

Après deux premiers films, où il a tenté de disséquer la manière qu’avait le corps à pouvoir s’exprimer sous le contrainte, 12 Years a Slave et Les Veuves forment aussi un diptyque qui tente d’éclabousser les obstacles moraux érigés par notre société pour s’interroger sur la condition des personnes de couleur noire et les femmes dans les États-Unis d’hier et d’aujourd’hui. Peut-être moins pertinents sur la forme, peut être trop lisibles dans leur ampleur sociétale, ces deux œuvres s’avèrent moins fortes. Trop attendues dans leur schéma, et dans une narration que le spectateur voit très vite venir. Mais, le cinéaste ne tombe pas dans la facilité et accouche de deux beaux films. D’une parce que visuellement, Steve Mcqueen est un esthète et une personne qui manie avec aisance la temporalité d’une scène et la tension qui s’en dégage, et de deux, parce que malgré des revendications louables mais évidentes, qui font échos à notre époque, il rejette d’un revers de mains toute forme de manichéisme.

A l’image du personnage de Michael Fassbender (encore lui) dans 12 Years a Slave. Apparaissant sous le jour d’un négrier violent et manipulateur, on y voit un esclavagiste imbibé d’alcool et complètement désarçonné par ses valeurs bibliques et religieuses qui sont mises à l’épreuve par son amour naissant et pulsionnel pour une jeune « reine des cotons ». Un homme prisonnier de ses convictions racistes, qui sans nul doute, ne pense pas un mot des paroles qu’il prêche mais s’en sert lâchement comme  la preuve hiérarchique de sa condition de négrier et de son confort. Politique et engagé, Les Veuves, son dernier film, continue dans la droite lignée: une œuvre qui essaye de décrire les obstacles sociaux faits aux femmes.

Dans ce film de braquage un poil conventionnel mais jamais opportuniste, on notera toute de même le magnifique rôle incarné par Elizabeth Debicki qui résume parfaitement tout le travail du cinéaste: le pouvoir du corps, ses limites, et sa réappropriation par la force et une sorte de justice personnelle qui régit notre capacité à survivre. Hunger et Shame, se servaient des corps pour donner une portée politique à leur récit. Dans ses deux dernières œuvres, c’est le message politique et l’envie militante du récit qui donnent vie au corps et à la liberté de l’individu. C’est intéressant de noter que Steve Mcqueen est passé de manière très cohérente d’un regard très distancier, d’une mise en scène froide à une écriture beaucoup plus chaude qui met en lumière ses réelles revendications et une envie farouche de s’inscrire dans les fondations politiques de son époque : en tant que personne mais aussi en tant que cinéaste.

Interview : Gringe, l’enfant lune passé sous scanner

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A la fois rappeur et acteur, Gringe continue de jongler entre deux arts. Ce mois-ci, il s’émancipe musicalement avec Enfant Lune, son premier album solo, et poursuit sa carrière cinématographique avec Les Chatouilles, actuellement en salles. Solitaire et mélancolique, l’artiste semble avoir remis en ordre les pièces détachées. Rencontre avec Gringe dans son paradis noir, là où semblent se croiser ses démons, ses envies de cinéma et sa rage musicale.

« Je crois que je suis l’incarnation même du mot galérer, je crois que j’ai passé la moitié de ma vie à errer ». C’est sur ces mots que Gringe ouvre son premier album solo Enfant Lune sorti le 2 novembre 2018. Arlésienne du rap français depuis des années, son album a mis du temps à se dévoiler, à se trouver. Un peu à l’image de son artiste. Longtemps avachi sur son canapé, Gringe s’est d’abord fait connaître à travers les Casseurs Flowters, duo musical qu’il formait avec Orelsan. « – J’ai tout lâché pour le 7ème art, tu vois le scénar mec, je côtoie des célébrités –  ah ok t’es dans le ciné ? –  Ouais je suis dans le ciné, Gaumont Pathé je suis à l’entrée je déchire les tickets »répliquait-il à Orelsan dans le titre Ils sont cool en 2013. Aujourd’hui de cette punchline se dégage une belle ironie et le temps à errer semble loin. Depuis sa révélation en tant qu’acteur dans le long-métrage semi-biographique de 2016 Comment c’est loinGringe poursuit sa carrière au cinéma. En deux ans, on l’a retrouvé dans Carbone d’Olivier Marchal, dans le film d’animation Mutafukaz où il prête sa voix à Vinz. Il est actuellement à l’affiche du long-métrage auto-biographique Les Chatouilles d’Andréa Bescond et d’Eric Metayer. «  Comment c’est loin l’époque où j’étais pas dans le casting » ricane Gringe dans Mémo. Celui qui déchirait les tickets a désormais une place dans la salle de ciné.

Il y a un an, tu nous disais que le cinéma et la musique t’aidaient à vivre mieux avec toi-même. En un an, Carbone est sorti, Mutafukaz où tu fais le doublage, Les Chatouilles vient de débarquer en salles, et surtout l’album solo que tu annonçais comme une émancipation est là. Est-ce que quelque chose a changé ?

Je sens que j’ai franchi un cap en maturité. Y a eu le cinéma. Carbone et Les Chatouilles ont été des aubaines magnifiques. Je me suis battu pour décrocher le rôle de Manu parce que la pièce m’avait chamboulé. Concernant la musique, je me suis retrouvé un peu au pied du mur, sans équipe, sans rien. Je n’ai pas eu d’autre choix que d’affronter le vide et de devoir avancer à l’aveugle. J’ai appris à me démultiplier et à avoir un œil sur tout. Avant, j’étais très passif et attentif, et là c’est moi qui étais à l’initiative du projet. Le fait d’être aller chercher ça en moi, ça m’a rassemblé.

Ça fait plus de deux semaines qu’Enfant Lune est sorti. Lors de notre interview, tu disais : qu’importe le succès qu’il rencontre, il était temps que tu te mettes à nu. Comment tu vis les retours ?

J’ai eu très peur au début parce que l’album est très mental. Je savais que c’était quelque chose qui allait diviser les gens, surtout ceux qui m’ont découvert avec les Casseurs Flowteurs et qui connaissaient juste mon personnage cynique. Je savais que j’en perdrai en cours de route. Mais là, passée la première semaine, je reçois toujours des messages de gens touchés par certains morceaux, il y a un vrai effet miroir entre eux et moi.

L’album aborde des thèmes  intenses et durs, la maladie de ton frère dans Scanner qui est bouleversant, la filiation paternelle dans Pièces Detachées. Quel effet ça a eu sur toi de réveiller ces démons ?

Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir lâché un gros morceau. Je commence à peine à digérer l’album et à en voir les bienfaits. Certaines plaies commencent à cicatriser. Au début c’était douloureux, parce que je les ravivais pour me remettre dans l’état que j’étais à l’époque. J’ai eu peur d’avoir réveillé trop de fantômes. Mais le fait que tant de gens me racontent leurs histoires personnelles et fassent des parallèles avec l’album me fait sentir moins seul. La solitude nous a réunis.

Pour l’instant, tu racontes ces histoires à travers la musique. Est-ce que tu pourrais envisager de les raconter à travers la comédie, le cinéma ?

Je ne sais pas. La comédie pour moi c’est encore très loin. Les gens pensent que je suis dans le cinéma, mais en vrai pas du tout. Je n’ai même pas encore le petit orteil dedans. Il faut jouer des coudes pour être dans le cinéma, jouer en permanence. Je suis plus qu’un outsider dans le milieu. Je croise les doigts pour pouvoir continuer d’en faire. J’envisage ça aussi comme quelque chose qui dépend de mon succès dans la musique, sous peine qu’on ne vienne pas me chercher ou que j’intéresse moins. Je me vois juste jouer, pas écrire ou réaliser. Je veux explorer plus fort le métier de comédien.

Tu joues le meilleur ami d’Odette dans Les Chatouilles, adaptée de la pièce auto-biographique d’Andréa Bescond. Comment c’était d’incarner un personnage d’une histoire  aussi forte et personnelle ?

Incarner un personnage comme Manu dans une histoire aussi forte que celle d’Andréa, c’est tellement intense. C’était nébuleux. Je ne sais pas trop ce que je faisais à ce moment-là. C’est le premier film d’Andréa Bescond et Eric Métayer et ils devaient déjà avoir un œil partout. Fallait que je propose et que je vienne avec des idées. Je me sens pas si loin du personnage de Manu, avec qui j’ai quelques connivences, comme ce caractère auto-destructeur avec les drogues. Pour l’avoir vu plusieurs fois, je me suis trouvé caricatural la troisième fois. Si je devais le refaire, je le ferai un peu différemment. J’ai tellement de respect pour le métier de comédien, je fais mes outils peu à peu..

Maintenant tu jongles entre la musique et le cinéma. Comment tu maintiens l’équilibre entre les deux ?

En allant chercher l’idée de collectif dans le cinéma et l’idée de thérapie  dans le rap. Je suis quelqu’un de très solitaire, très dans ma tête. Si j’ai ces deux terrains de jeu là, ça veut dire que je peux exorciser mes démons avec la musique et  créer des liens et pouvoir refaire surface avec le cinéma.

Un film Serge Le Mytho est en route, est-ce que tu sais si vous allez faire une apparition avec Orel ou ce n’est pas encore discuté ?

Je n’en ai aucune idée. J’ai entendu parler du projet, mais je ne sais pas ce qui est écrit et je n’ai pas été contacté pour le moment.

Tu as joué dans un thriller et un film d’animation en passant par le drame psychologique. Comment tu essaies de construire ta carrière au cinéma ?

Je choisis. J’ai refusé pas mal de trucs car j’essaie de m’éloigner des rôles de rappeurs ou de mecs de banlieue, des rôles très connotés parce que liés au rap. J’essaie d’aller vers un cinéma d’auteur que j’aime beaucoup. Les Chatouilles, c’était évident. L’Heure de la sortie avec Sébastien Marnier, c’était une rencontre. C’était aussi la possibilité de jouer avec Laurent Lafitte. Le dernier film que j’ai fait, c’est de Xavier de Choudens avec Frank Gastambide, Camille Lellouche et Mélissa Sözen. Là j’ai un registre un peu plus comique et un rôle plus important. Je suis la touche humoristique du long-métrage. Pourquoi pas explorer le registre humoristique ? Même si le genre correspond moins ce qui pourrait me plaire, je pense qu’en terme d’expériences, c’est vachement formateur.

Cette année, le cinéma français a fait plusieurs fois appel à des rappeurs. Fianso dans Frères Ennemis, Nekfeu dans Tout nous sépare. Est-ce que les rappeurs une fois au cinéma sont directement cantonnés à des rôles de mecs de banlieue ?

Oui, beaucoup. On vient les chercher pour ça, je peux comprendre aussi. C’est ce que je disais à Andréa pour Les Chatouilles. Même après avoir été choisi pour le rôle de Manu, je lui disais :  «  t’es sûre de pas vouloir un mec de quartier qui a connu la rue ? Parce que là t’auras pas de filtre. » Déjà moi je ne me vois pas comme un rappeur dans le game, je m’en fous. Je connais trop le cinéma. Je connais peut-être mieux le cinéma que le rap. Pour moi le métier de comédien je le vois au sens large du terme. J’imagine que si j’étais Fianso et qu’on me disait viens on te propose un film de braqueurs avec Reda Kateb, je dirai oui évidemment. Mais je veux aller à contre-emploi de ce que je suis ou ce que j’ai fait dans le rap. Ce qui m’intéresse c’est jouer des personnages qui sont loin de moi, qui ne me ressemblent pas.

Tu regardes quoi au cinéma ?

Le dernier film que j’ai vu, c’est le dernier Sorrentino sur Berlusconi [ndlr : Silvio et les autres] . C’est onirique, c’est baroque, ça part dans tous les sens. Moi c’est plus le cinéma d’auteur, un peu plus confidentiel, qui m’attire. Il faut de l’âme, une écriture, une poésie. Les gros blockbusters sans supplément d’âme, ça m’attire moins. Le dernier que j’ai vu c’est Venom parce que j’aime beaucoup le travail de Tom Hardy, mais j’ai trouvé ça nul. C’est dommage de pas pouvoir exploiter le potentiel d’un acteur de ce calibre.

Le clip très cinématographique de Scanner avec Rod Paradot est sorti aujourd’hui. Est-ce que d’une certaine manière le cinéma t’a aussi inspiré sur l’album et les clips qui vont suivre ?

Certainement. En tout cas, c’est quelque chose que je mûrissais dans un coin de ma tête. Je voulais apporter cette imagerie cinématographique et du jeu. Le clip de Scanner, c’est une première touche. Pour les prochains clips, Pièce détachées ou ceux qui suivront, j’espère même y intégrer des scènes de jeu, en allant chercher des comédiens. Ma carrière dans le cinéma n’a pas nourri ma musique ou mon écriture sur l’album, c’est plus mon amour du cinéma antérieur à tout ça qui a joué un rôle.

Dans le titre Mémo, tu présentes ton album comme un message de longs adieux. Il est adressé à qui ?

Il s’adresse l’univers des Casseurs Flowteurs et à l’ado-adulte un peu paumé qui ne savait pas ce qu’il voulait faire de sa vie d’il y a quelques années. C’est une forme d’au revoir à certains de mes démons qui m’ont accompagnés depuis que je suis gosse. J’ai réussi à régler mes problèmes avec les femmes et à mieux me situer aujourd’hui. L’album signe un adieu au revoir au Gringe, un peu volage, un peu perdu. J’ai posé mes mots pour détruire mes démons.

Quels sont tes projets pour l’année qui vient ?

La tournée, fin 2019. J’ai 25 premières dates, on construit le show. On va avoir un spectacle très mental et très graphique à l’image d’un album. En grosses dates, il y a La cigale en Mars, la Maroquinerie (déjà complet) en février. Après, c’est l’aventure. Je vais aller à la rencontre des gens, communier avec eux dans les petites salles. Il y a toujours une part d’imprévu vers laquelle je me dirige. Le ciné, je ne le mets pas entre parenthèses, je suis ouvert à tout.

 

Saraband : Une œuvre testamentaire profondément bergmanienne

Avec Saraband, le suédois Ingmar Bergman reprend l’histoire de Johan et Marianne , 30 ans après Scènes de la vie conjugale, pour clôturer en beauté 60 ans d’une carrière impressionnante.

Synopsis : Trente ans se sont écoulés depuis que Marianne et Johan, le couple de Scènes de la vie conjugale se sont perdus de vue. Sentant confusément qu’il a besoin d’elle, celle-ci décide de rendre visite au vieil homme dans la maison de campagne où il vit reclus. Entre eux, la complicité et l’affection sont réelles, malgré toutes ces années passées sans se voir. Marianne fait la connaissance du fils de Johan, Henrik, et de la fille de ce dernier, Karin, qui habitent dans les environs. Tous deux pleurent encore Anna, l’épouse d’Henrik disparue…

Dernière danse

Et voici que s’achève cette rétrospective, cet hommage au précieux Ingmar Bergman. Un maître du cinéma qui a su s’adapter à la télévision, et qui livre son dernier film : Saraband, d’abord pour le petit écran en 2003 comme une séquelle à Scènes de la vie conjugale, puis pour le cinéma en 2004. Grosso modo, on y retrouve 30 ans plus tard, les mêmes personnages, Johan et Marianne, interprétés par les mêmes acteurs, Liv Ullmann et Erland Josephson. Il rebat les cartes, réunit les deux divorcés, et introduit deux nouveaux personnages, Henrik (Börge Ahlstedt) le fils de Johan, et Karin (Julia Dufvenius) sa petite fille, deux prénoms déjà utilisés dans Scènes de la vie conjugale.

Saraband, comme suggéré par le titre, est un ensemble de dialogues. Telle la sarabande des salons qui se dansaient alors à deux, chaque séquence du film est un dialogue entre deux des quatre personnages, d’une simplicité sybaritique mais chargée en émotions : chez Bergman, on ne parle pas pour ne rien dire. Habitué à traiter de la psychologie humaine, Bergman s’emploie ici à sonder l’insondable, le tréfonds de l’âme de ses personnages. Tourné quasi-exclusivement en intérieur, Saraband se concentre sur le visage des personnages qui souvent emplit l’écran. On y lit tout, sur ces visages : le dégoût, la stupeur, le désarroi ou la joie, plus rare il est vrai. Il s’agit donc de parler, mais pour autant, le grand cinéaste n’oublie pas la puissance de l’image. Ainsi, dans un dialogue entre Karin et son grand-père sur la possibilité pour cette jeune et talentueuse violoncelliste de quitter un père étouffant pour une école prestigieuse, Bergman introduit un magnifique plan blanc que vient uniquement « perturber » la silhouette de Karin et de son violoncelle. La silhouette s’amenuise jusqu’à devenir un point puis disparaître complètement, comme si le rêve de Karin s’effaçait à jamais, avalé par les sentiments contradictoires qui la traversent, entre son attachement à un père malade et son besoin profond d’échapper à un amour dévorant. Un plan d’une beauté efficace.

Femmes, je vous aime

Le film testamentaire du Suédois est très sombre, mais la noirceur des personnages masculins, parfois à la limite du soutenable, côtoie panique et désarroi chez ces mêmes personnages, ce qui en atténue quelque peu la violence. Cette noirceur est contrebalancée par de beaux personnages féminins lumineux. Marianne, une femme au milieu de sa soixantaine, est celle qui est la plus équilibrée de tous, confortable dans sa vie « bien structurée », acceptant le passage du temps, les trahisons, les maladies, avec intelligence et beaucoup de douceur, une sorte de résignation heureuse. Anna, la belle-fille disparue de Johan, est au centre de l’histoire, tel un ange bienveillant, et apparaît comme une bouffée d’air frais pour tous, même si son caractère dessiné en filigrane n’est pas toujours exempt de toute ambiguïté. Dans tous les cas, le cinéaste montre avec beaucoup d’humanité combien l’amour, pas toujours rationnel, est au centre des relations humaines, quitte à entrer en conflit avec le bon sens et la raison qui devraient au contraire pousser les personnages à prendre leurs jambes à leur cou.

Tourné au soir de sa vie, le dernier film d’Ingmar Bergman reste profondément bergmanien et introspectif. Ici, le thème récurrent de la famille est axé sur la notion de perte et de solitude, du fait de l’âge, d’un exil forcé ou encore de la mort. Des thématiques pas précisément légères, mais un cinéma qui nous aura toujours laissés sans voix jusqu’à ce dernier de la boucle, Saraband.

Saraband – Bande annonce

Saraband – Fiche technique

Réalisateur : Ingmar Bergman
Scénario : Ingmar Bergamn
Interprétation : Liv Ullmann (Marianne), Erland Josephson (Johan), Börje Ahlstedt (Henrik), Julia Dufvenius (Karin), Gunnel Fred (Martha) Photographie : Stefan Eriksson, Jesper Holmström, Per-Olof Lantto, Sofi Stridh,Raymond Wemmenlöv
Montage : Sylvia Ingemarsson
Productrice : Pia Ehrnvall
Maisons de production : SVT Fiktion
Distribution (France) : Rezo Films
Durée : 107 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 14 Décembre 2004
Suède, Danemark, Norvège, Italie, Finlande, Allemagne, Autriche – 2003 (Télé)

 

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4

Aga de Milko Lazarov : l’abandon de la modernité

Écumant les salles de quelques festivals de renom, Aga est une belle petite trouvaille réalisée par Milko Lazarov. Un docu fiction, qui prend le Grand Nord comme lieu d’investigation, et qui observe d’un regard mélancolique la civilisation moderne rencontrer un mode de vie ancestral.

Ces paysages enneigés sont ne pas pesants, mais semblent apaisants tant c’est d’une beauté aveuglante, tant le film mise sur une lenteur discrète qui nous fait ressentir ce grand froid. Malgré la gravité de la situation, malgré le déclin d’un mode de vie en voie d’extinction, le cinéaste n’appuie jamais trop ses effets. Au contraire, au lieu d’ériger un pamphlet écologique qui s’égosillerait à l’encontre d’une modernité aliénante, Aga est un hommage à une Nature qui s’évapore à petit feu. Comme une mère matricielle qui prendrait soin des siens, cette Nature semble d’une pureté inégalable mais malheureusement pas aussi inépuisable qu’auparavant. D’une blancheur virginale extrême, loin de toute la mécanisation et de l’industrialisation grisâtre des mines de diamants.

Le cinéaste aime s’attarder sur les détails d’un environnement écologique qui n’existera peut être bientôt plus: la caméra est éblouie par ce silence qui fait grésiller les éléments de la Nature. Mais Aga, n’est  pas qu’une affaire de Nature, n’est pas qu’un simple roman photo de toute beauté du Grand Nord, c’est aussi une interrogation humaine, sur un couple qui comprend avec le temps qu’ils seront bientôt les derniers d’une espèce. Leur fils et leur fille, ont vite fui le foyer familial, cette vie sédentaire et rudimentaire dans les yourtes et par obligation, ce quotidien tributaire de ce que leur apporte leur environnement parfois  difficile. Ils ont décidé, notamment Aga la fille de la famille, de tendre la main à la modernité et de chercher la capitalisation là où elle pouvait se trouver, dans les villages aux alentours.

On observe de magnifiques plans, un environnement propice à l’élévation, d’une contemplation certaine mais aussi des taches quotidiennes âpres, des jours et des nuits qui riment surtout avec survie. Mais le réalisateur met toujours l’humain dans les affres de son cadre, pour avec finesse, matérialiser cette différence entre l’infiniment petit et l’infiniment grand : à l’image de ces immenses avions qui laissent des traces dans le ciel et qui marquent sans le savoir la fin d’une époque. Nous ne sommes que des points noirs dans un océan de neige blanche, et pourtant, nous sommes autant la cause que la conséquence de cet environnement disparate.

Sedna et Nanouk, s’aimant l’un et l’autre, vivent de manière séculaire. Mais alors qu’ils profitent du quotidien, même dans sa torpeur la plus rudimentaire, se cache en eux, un regret, une sorte de sentiment d’abandon. Entre amertume et culpabilité, ils se remémorent le départ de leur fille, qu’ils n’ont plus revue depuis longtemps. Fidèles à leurs principes, ils n’en demeurent pas, mais le souvenir de leur fille rend l’émotion tangible dans leurs regards. Car ce n’est pas une question de trahison, ni de honte, mais seulement d’une modernité qui voit le jour.

Derrière cet écrin visuel magistral, cette douceur et ce calme régnant, ce sont les paysages qui changent de reliefs mais aussi l’humanité qui change de visage. Sur la question écologique, le film n’est certes pas aussi virulent que le dernier film en date de Paul Schrader, First Reformed, et sa position sur le changement climatique, mais Aga questionne par la qualité de son dispositif et son naturalisme. L’œuvre n’a jamais comme objectif d’installer un clivage entre primitif et civilisé: la nuance est plus singulière. L’homme reste tel qu’il est, mais se sert de la Nature avec une ambition autre, quitte à ce qu’elle soit destructrice. 

Synopsis:La cinquantaine, Nanouk et Sedna vivent harmonieusement le quotidien traditionnel d’un couple du Grand Nord. Jour après jour, le rythme séculaire qui ordonnait leur vie et celle de leurs ancêtres vacille. Nanouk et Sedna vont devoir se confronter à un nouveau monde qui leur est inconnu.

Bande Annonce – Aga

https://vimeo.com/297938473

Fiche Technique – Aga

Réalisateur : Milko Lazarov
Scénariste : Simeon Ventsislavov
Acteurs : Mikhail Apromisov, Feodosia Ivnova
Photographie : Kaloyan Bohzilov
Distributeurs (France) : Arizona Distribution
Genre : Drame/Documentaire
Durée : 1h37mn
Date de sortie : 21 novembre 2018

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3.5

Concours Assassination Nation : Gagnez des places du film

Concours : À l’occasion de la sortie en salle, le 5 décembre 2018, de la claque cinématographique Assassination Nation, réalisé par Sam Levinson, gagnez 3×2 places pour aller voir le film au cinéma.

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

Comme partout ailleurs, Lily, élève de terminale, et son cercle d’amis évoluent constamment dans un univers de textos, selfies, tchats et autres « posts » sur les réseaux sociaux. Quand un hacker se met à publier des détails personnels et compromettants sur les habitants de leur petite ville, celle-ci sombre rapidement dans la folie pure. Lily et ses camarades survivront-elles à cette nuit infernale?

Avec son thriller ultra stylisé, sombre et mordant, Assassination Nation, le scénariste-réalisateur Sam Levinson (Another Happy Day) signe un revenge movie corrosif.

Réalisateur: Sam Levinson
Acteurs: Odessa Young, Suki Waterhouse, Hari Nef, Abra, Anika Noni Rose, Colman Domingo, Maude Apatow, Cody Christian, Kathryn Erbe, Kathleen Erbe, Susie Misner, Danny Ramirez, Kelvin Harrison, Jr., Noah Galvin, Joe Chrest, Jeff Pope, Jennifer Morrison, JD Evermore, Lukas Gage, Bill Skarsgard, Joel McHale, Bella Thorne
Directeur de la photographie: Marcell Rév
Musique: Ian Hultquist
Genres: Thriller, Drame
Nationalité américain
Interdit aux moins de 12 ans
Date de sortie 5 décembre 2018 (1h 50min)

Distributeur : Appolo Films

Modalités du jeu concours

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Le Cabinet du Docteur Caligari et l’Expressionnisme allemand

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Chef-d’œuvre incontesté du cinéma muet et instigateur du cinéma expressionniste, Le Cabinet du Docteur Caligari est un classique intemporel. Revenons dans cet article sur son importance et sa descendance.

Contexte

A l’origine, l’expressionnisme apparaît en tant que mouvement pictural, au début du XXème siècle. Il a pour but de s’opposer à la peinture impressionniste, considérée comme trop classique. En effet, les peintres expressionnistes (tels que ceux du mouvement Die Brücke, fondé en 1905 en Allemagne) rejettent l’art comme imitation de la nature. Pour eux, la toile doit laisser place aux émotions intérieures, devenir l’expression de leur intériorité.

Pour ce qui est du cinéma, ce mouvement y arrive plus tard, dans les années 1920. Il apparaît lorsque l’Allemagne traverse une période difficile, venant de subir de plein fouet la défaite de la Première Guerre Mondiale. De ce fait, la situation économique du pays est précaire, et celle des studios allemands également. Ils font face à l’abondance de films hollywoodiens, dotés de riches moyens, avec lesquels les productions nationales ont du mal à rivaliser.

C’est dans ce contexte qu’est produit Le Cabinet du Docteur Caligari, film de 1920 réalisé par Robert Wiene. L’histoire parle de deux amis, Alan et Francis, qui se rendent dans une fête foraine où ils rencontrent le Docteur Caligari qui exhibe Cesare, un somnambule. Il prédit à Alan qu’il ne vivra pas jusqu’à l’aube, et en effet, à l’aube il est retrouvé assassiné dans son lit. On y retrouve les caractéristiques propres aux films expressionnistes : une importance exacerbée de la lumière, une distorsion des formes, les ombres sont peintes, les décors sont étranges… D’ailleurs la mise en scène déborde sur l’expression du film, sur le spectateur. L’importance de la mise en scène est expliquée par Rudolf Kurtz, un théoricien de l’expressionnisme, auteur de Expressionismus und Film :

Au cinéma, le metteur en scène est le point central naturel où les différentes forces se rassemblent et où elles trouvent leur direction et leur position. Il est la caution d’homogénéité.

On dit de Robert Wiene qu’il ne fut qu’un exécutant lors de la réalisation du film, et que tout son crédit revient au scénariste Carl Mayer, ainsi qu’aux décorateurs Herman Warm, Walter Röhrig et Walter Reimann. Pour les décors, ils utilisent des peintures et des surfaces plates, imposant à la caméra du réalisateur une certaine distance et fixité.

Métaphore de l’œuvre

A l’origine, il y aurait eu deux scenarii pour cette réalisation. Dans le premier, on y aurait retrouvé le Docteur Caligari, en tant que médecin psychiatre exerçant une pouvoir despotique, et qui serait également un vil assassin. Dans le deuxième, celui que nous connaissons, Caligari est innocenté, et Francis apparaît comme un fou et est interné dans un hôpital psychiatrique. L’histoire ne serait qu’une délire de son imagination.

Dans la première version du scénario, il y avait un aspect dénonciateur contre toute tyrannie possible, celle-ci incarnée par le Docteur lui-même. Dans son livre De Caligari à Hitler, le critique Siegfried Kracauer propose d’analyser les liens entre le cinéma expressionniste et le contexte social de l’époque pour expliquer l’arrivée du nazisme au pouvoir. Pour lui, ce genre artistique représente les tiraillements dont faisait preuve la société allemande à cette époque. Dans cette œuvre-ci, le débordement entre folie et réalité démontre la paralysie du corps social entier.

Les films d’une nation reflètent sa mentalité de manière plus directe que tout autre moyen d’expression.

Il est important de revoir ce long-métrage avec recul et des yeux neufs pour se rendre compte de son intemporalité, de son génie inestimable. Surtout qu’il a engendré à lui seul une descendance importante, ne serait-ce que dans son mouvement, a par exemple influencé le réalisateur Fritz Lang pour son Docteur Mabuse (sachant qu’il a lui-même influencé l’histoire de Caligari, notamment en tant que récit à tiroirs). C’est aussi l’un des premiers films à twist. Il est aujourd’hui considéré comme un classique et must-see du cinéma muet.

Le Cabinet du Docteur Caligari : Bande Annonce

Le Cabinet du Docteur Caligari : Fiche Technique

Titre original : Das Cabinet des Dr. Caligari

Réalisation : Robert Wiene
Assistant-réalisateur : Rochus Gliese
Scénario : Carl Mayer et Hans Janowitz
Interprétation : Werner Krauss (le docteur), Conrad Veidt (Cesare), Lil Dagover (Jane Olsen), Friedrich Feher (Franz), Hans Heinrich von Twardowski (Alan)
Image : Willy Hameister
Musique : Giuseppe Becce, Alfredo Antonini, Timorhy Brock, Richard Marriott, Peter Schirmann, Rainer Viertlböck
Décors : Hermann Warm, Walter Reimann, Walter Röhrig
Producteurs : Erich Pommer, Rudolf Meinert
Production : Firme Decla-Bioscop
Durée : 71 minutes
Genre : Fantastique
Date de sortie : Allemagne, République de Weimar : 26 février 1920
France : 15 mars 1922

Allemagne – 1920

Sources :

Belambri, Yacine. « La disjonction de l’imaginaire du sacré dans la modernité : De Caligari à Hitler à la lumière de la théorie du bouc émissaire », Sociétés, vol. 110, no. 4, 2010, pp. 65-77.

– Jérôme BINDÉ, Lionel RICHARD, Lotte H. EISNER, EXPRESSIONNISME Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 novembre 2018. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/expressionnisme/

Twin Peaks The Return, l’affirmation du renouveau

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Vingt-cinq ans après le dernier épisode de la saison 2 de Twin Peaks, David Lynch revient sur le petit écran pour créer une odyssée de 18 heures, celle de l’agent Dale Cooper. Cette troisième saison intitulée The Return réinitialise les codes de la série et nous offre un récit foncièrement moderne mais aussi politique.

Something is missing 

The Return s’ouvre avec des images issues de la deuxième saison de Twin Peaks. Nous sommes dans la Red Room et nous y voyons Laura Palmer, encore adolescente, donner rendez-vous à un Dale Cooper juvénile, “I’ll see you again in 25 years”. Vingt-cinq plus tard, nous sommes là, Twin Peaks, pas totalement.

Ce bref saut dans le passé laisse place à des notes de musique, lentes et étirées. On devine le début du thème de Twin Peaks (celui du générique d’ouverture) mais il semble se mêler à un bruit ambiant, une sorte de courant d’air. Pendant ce temps des images familières s’offrent à nous, une forêt de pins cachée par un brouillard épais, une usine, les couloirs vides d’un lycée, une jeune fille qui crie et s’enfuit. Mais ici, l’activité fumante de l’usine s’est évaporée, ne nous laissant qu’avec des lieux, certes familiers, mais vidés de présence humaine (on y voit la jeune adolescente, mais elle se cache le visage entre les mains). Ces images, habituellement associées au générique d’ouverture, sont ici accompagnées par ce son latent, entre électronique et organique, dont la tonalité ne ressemble en rien aux notes soap opératiques du thème de Twin Peaks. Lorsqu’enfin débute le générique, les images rurales de la ville ont été remplacées par la cascade puis par la Red Room et ses fameux rideaux rouges. On comprend alors que le récit ne sera pas uniquement centré sur la ville de Twin Peaks et que ce havre de paix dans lequel nous nous complaisions durant deux saisons est à présent menacé.

La musique était autrefois omniprésente dans Twin Peaks, elle auréolait de cool les jeunes lycéens avec son finger-snapping jazz, elle enveloppait de mélodrame les histoires d’amour et conférait une atmosphère lugubre avec ses notes de synthétiseur qui résonnaient sans fin entre les montagnes. Mais la plupart des moments musicaux ont à présent été remplacés par un bourdonnement électronique lancinant. Ce n’est que dans l’épisode 4 qu’on retrouve enfin le thème de Laura Palmer. Bobby, à présent policier, entre dans la salle de réunion dans laquelle sont disposés les anciens éléments de l’enquête sur Laura Palmer. Le thème se fait alors entendre, Bobby fond en larmes. Nos émotions liées à l’apparition du thème de Laura Palmer sont accentuées par le fait qu’il n’apparait qu’après quatre épisodes pour disparaitre aussitôt. Sa rareté renforce son intensité. Dans The Return, la musique, devenue si rare, devient alors l’évènement.

La dernière scène du premier épisode dévoile d’ailleurs un gramophone tournant dans le vide accompagné d’un bourdonnement électronique qui se transforme en courant d’air. Le premier épisode l’annonce, la musique a quitté Twin Peaks. “Something is missing”, confie la dame à la bûche à Hawk. La musique manque. En annonçant un changement dans la bande-sonore, Twin Peaks, œuvre musicale autant que visuelle, affirme que la redondance n’a pas sa place dans cette nouvelle saison.

Fantômes 

Une idée confirmée par les personnages de Twin Peaks. Fait rarissime à la télévision, Lynch réinitialise totalement son personnage principal nous privant pendant la quasi totalité de la saison de la présence de notre cher Cooper. Son interprète, Kyle MacLachlan, est tantôt un double maléfique de l’agent du FBI (Mr. C), tantôt une clone manufacturé (le vrai Douglas Jones), ou encore une sorte de Cooper à l’état végétatif (Dougie). A l’instar de Cooper, tous les anciens personnages de Twin Peaks semblent absents. Physiquement comme Donna (de toute la saison) ou Audrey (qui apparaitra bien des épisodes plus tard). Ou mentalement, à l’image de James, qu’on aperçoit furtivement dans la foule du Bang Bang Bar, autrefois biker rebelle et amoureux, à présent un homme traumatisé autant par un accident de moto que par un amour de jeunesse jamais vraiment cicatrisé. Lucy elle, ne comprenant pas le fonctionnement du téléphone portable s’évanouit lorsqu’elle voit le Shérif Truman (le frère de Harry Truman) entrer dans le commissariat alors qu’ils se parlaient au téléphone. Le couple qu’elle forme avec Andy semble totalement en décalage avec son époque, comme si les personnages s’étaient arrêtés de fonctionner pendant ces vingt-cinq ans et ne savaient à présent plus comment remettre en mouvement leur corps raidi par le temps. A l’instar de sa musique, Twin Peaks semble s’être vidé de sa texture et avoir laissé un trou béant. “Something is not here”, répète Diane en écho à la dame à la bûche en se frappant la poitrine.

S’il ne reste plus grand chose des premières saisons de Twin Peaks dans The Return, si ce n’est quelques surgissements furtifs du passé, certains acteurs fraichement arrivés dans la série font écho aux anciens, comme Tammy, jouée par Chrysta Bell. Avec ses longs cheveux auburns, sa bouche pulpeuse et ses mimiques omniprésentes, le glamour de Tammy n’est pas sans rappeler celui de la jeune Audrey quelques années auparavant.

Cependant quelque chose a changé, l’ambiance n’est plus la même, l’atmosphère de Twin Peaks autrefois automnale et pluvieuse a laissé place à un été sec et ensoleillé. La musique de Badalamenti semble s’être fait aspirer par la fissure créée par ces vingt-cinq années d’absence. Soudain, le monde n’est plus le même et on a beau invoquer les fantômes du passé, une moue séductrice familière ou quelques notes de musique, rien ne pourra nous ramener là où nous avions tout quitté.

Le monde est fou

Alors que les personnages principaux s’avèrent figés dans le temps, le monde autour d’eux semble avoir sombré dans la folie. C’est le cas de Candie, un des nouveaux personnages. Lorsqu’elle chasse une mouche dans le salon, ses mouvements semblent si caricaturaux qu’on croirait regarder Tom tenter d’attraper Jerry. La scène dure indéfiniment mais la mouche finit par se poser sur son compagnon, un des frères Mitchum, elle empoigne alors la télécommande et prise d’amnésie, focalisée seulement sur sa tâche, elle en oublie Rodney et le frappe en pleine figure. Candie est constamment dans le décalage, que ce soit dans ses gestes ou ses propos. Au casino, dans la scène où Rodney lui demande de lui ramener Anthony Sinclair, Candie ne répond pas, même lorsque Mitchum redis son nom et claque des doigts. Une main sur la hanche, l’autre caressant négligemment le haut de sa poitrine, elle semble comme perdue dans les affres de son personnage purement ornemental. Elle incarne la surdité et la superficialité de ce monde.

La vieillesse (vieillissement soudain des acteurs d’une saison à l’autre), l’amnésie et par extension, la mort, pèsent sur cette nouvelle saison de Twin Peaks. Dans cette vision fataliste, les acteurs semblent dépeindre le monde actuel, à la fois endormi, déphasé et répétitif.

Les acteurs se succèdent, ils n’auront jamais été si nombreux dans la série, certains ne sont d’ailleurs là que le temps d’une scène. C’est cette jeune fille qui, se redressant de son siège les mains tendues devant elle telle une mort-vivante, se met à vomir un liquide verdâtre dans la voiture tandis que sa mère (on suppose), bornée et hystérique, appuie compulsivement sur le klaxon ; ou ce garçon à l’allure de petit dur à cuire, qui tire dans la rue avec l’arme à feu de son père trouvée sur la banquette arrière. Le parallèle avec l’Amérique contemporaine en devient alors évident. Twin Peaks The Return est une œuvre politique et dépeint un monde sombrant dans la folie et la violence.

Lumière et ténèbres

Pour autant, Lynch ne semble pas juste pointer du doigt un monde cassé. The Return n’a pas perdu tous ses repères et n’a pas totalement basculé dans l’oubli et les ténèbres. Le cool jazz qui caractérisait le personnage enjoué et confiant de Dale Cooper fait son retour avec Dougie. Les scènes burlesques dans lesquelles Dougie apprend à vivre à nouveau, avec plus ou moins de succès, sont accompagnées d’un jazz au ton léger, accentuant le comique des situations. Non seulement, la musique n’a pas entièrement disparu de la série mais elle reprend le schéma familier des saisons précédentes. Lynch joue plus que jamais sur la perte de repères en nous privant presque totalement des morceaux familiers de cet univers tout en nous donnant des éléments auxquels nous rattacher. Par le biais notamment de Dougie et de Gordon Cole (joué par Lynch lui-même), The Return dissémine ici et là des notes d’humour. Tant qu’il y a du bon café et une cherry pie, c’est que le monde n’est pas encore mort.

« Damn good » répète d’abord machinalement puis avec intention Dougie en parlant de la cherry pie qu’il déguste avec les frères Mitchum. Pendant ces quelques secondes, il semble se souvenir de toutes les fois où il a dit cette phrase dans le Double R à Twin Peaks, en mangeant une cherry pie accompagnée d’un café bien noir en compagnie de Gordon. Durant cette même scène, la vieille dame que Dougie avait aidé à devenir riche plus tôt dans la saison vient le remercier de l’avoir sortie de la pauvreté. On retrouve alors dans Dougie le personnage de Dale Cooper, si bienveillant et honnête qu’il ne provoque que le bien tout autour de lui. C’est au moment des remerciements qu’intervient la musique de Badalamenti, remplaçant la musique intra-diégétique du restaurant. La première note fait taire les bruits ambiants et fait tourner la tête de Cooper, qui regarde en direction du pianiste. Il semble être le seul (avec le spectateur) à entendre la musique. Il a l’air soudain frappé par les évènements passés, ravivés par le style de Badalamenti, comme si Cooper aussi, avait entendu sa musique tout au long de la série. Le morceau, intitulé “Heartbreaking”, nous est inconnu et pourtant il sonne de manière familière, avec ses notes suspendues dans le temps et teintées de mélancolie. Le morceau finit par reprendre sa forme festive et le restaurant retrouve son agitation, mais “Heartbreaking” revient pour le générique de fin de l’épisode, comme si les deux morceaux au piano étaient une boucle vouée à apparaitre et disparaitre indéfiniment, à l’instar de cette saison qui oscille entre nostalgie et renouveau, entre espoir et fatalité.

“Dig yourself out of the shit” ne cesse de répéter le Dr Jacoby. Non sans ironie, David Lynch invite à l’action. En refusant de rejouer les mêmes codes, Lynch nous offre une saison qui,  de prime à bord, déstabilise en nous plongeant dans l’inconnu. Cependant la saison n’est pas dans le déni de son passé, au contraire, elle en garde l’essence et se réinvente à partir du préexistant, oscillant constamment entre nostalgie et renouveau. Alors que le paysage cinématographique et télévisuel actuel met l’accent sur la nostalgie exacerbée, en nous rassurant avec des remakes, suites et séries entièrement basées sur certaines décennies, Lynch lui, prend le risque de nous sortir de notre zone de confort et nous pousse à dépasser notre léthargie et notre paresse autant au niveau artistique que politique. Sans renier les premières saisons, la musique et les personnages se détachent habilement de leur passé, comme si Lynch leur avait donné la possibilité de faire le point et de se reconstruire et d’évoluer, et semble alors nous inviter, nous spectateurs, à faire de même.

Twin Peaks The Return : Bande-annonce

Twin Peaks The Return : Fiche technique

Réalisation : David Lynch
Scénario : David Lynch, Mark Frost
Interprétation: Kyle MacLachlan, Sheryl Lee, Michael Horse, Chrysta Bell, Miguel Ferrer, David Lynch, Robert Forster, Kimmy Robertson, Naomi Watts, Laura Dern, Harry Goaz, Dana Ashbrook…
Photographie : Peter Deming
Musique : Angelo Badalamenti
Production : Lynch/Frost Productions, Propaganda Films, Spelling Television
Durée : 18 x 55 minutes
Genre : Série policière, thriller, drame, fantastique, soap
Chaîne d’origine : Showtime
Date de diffusion : 21 mai 2017 au 3 septembre 2017

Etats-Unis – 2017 

Amanda : Un film délicat sur la perte de l’innocence

Amanda, le nouveau film de Mikhaël Hers a les défauts de ses qualités : émouvant et avançant par petites touches, il manque cependant un peu de profondeur, comme pétrifié par sa propre délicatesse.

Synopsis : Paris, de nos jours. David, 24 ans, vit au présent. Il jongle entre différents petits boulots et recule, pour un temps encore, l’heure des choix plus engageants. Le cours tranquille des choses vole en éclats quand sa sœur aînée meurt brutalement. Il se retrouve alors en charge de sa nièce de 7 ans, Amanda. 

The End of Innocence

Le nouveau film de Mikhaël Hers, Amanda, fait partie de ces œuvres insaisissables, qui n’ont pas de pierre angulaire sur quoi achopper. Car voilà une histoire plutôt lisse, rondement menée, celle de David (Vincent Lacoste), un tout jeune adulte vaguement bohème et insouciant, employé par le propriétaire de son immeuble à faire le concierge en échange de l’occupation d’un studio. Un petit boulot qu’il réalise pour compléter ses revenus d’élagueur auprès de la Mairie de Paris. Un garçon très ordinaire donc, dans une vie ordinaire qui tourne globalement autour de ses boulots et de sa famille très restreinte, une tante (impeccable et trop rare Marianne Basler), une sœur, Sandrine (Ophélia Kolb), une nièce de 7 ans, Amanda (Isaure Multrier), et possiblement une petite amie (Stacy Martin), jusqu’au moment où un drame affreux le frappe.

La mise en place de l’histoire de David et d’Amanda est assez lente, comme la langueur de leur été. Le film se présente quasiment comme un cinéma du réel, avec moult détails de leur vie quotidienne parisienne, charmants souvent, presque bucoliques, inutiles quelquefois. Plus exactement, inutiles, car inaboutis, des esquisses de tranches de vie qui se répètent et qui ne sont pourtant pas toujours travaillées en profondeur. En revanche, ce qui est attachant, c’est la caractérisation de la relation de complicité forte qui lie David et sa sœur Sandrine, ainsi que celle entre Amanda et sa mère. Quand cette dernière disparaît brutalement, l’émotion qui étreint les protagonistes atteint aussi le spectateur.

Le choix de Vincent Lacoste pour figurer ce jeune homme qui passe de l’insouciance au joug d’une responsabilité totale envers sa nièce est assez judicieux. Avec son visage encore très enfantin, toute la partie du film qui consiste à retranscrire ses sentiments de chagrin face au deuil, et de peur panique face à ses nouvelles contraintes est parfaitement plausible. L’empathie envers le personnage est immédiate. En ce qui concerne Amanda, et bien que la petite Isaure Multrier fasse le job impeccablement, on est moins convaincu par la robustesse d’un caractère qui est assez mal défini, le cinéaste ayant pris le parti de lui en faire porter beaucoup. Même si on peut se douter qu’une enfant de 7 ans qui vient de perdre sa mère est totalement imprévisible et déboussolée, on aurait aimé que ses réactions de colère fulgurante soient étayées par des faits un peu moins elliptiques que ce que Mikhaël Hers nous donne à voir.

Quant aux autres personnages, ils sont à l’avenant. En particulier, Alison, la mère de David, une anglaise interprétée par Greta Scacchi, a un rôle assez structurant sur le papier, mais une fois de plus, ce personnage est trop peu exploité, et le fait de ne pas connaître les motivations de son attitude passée est finalement assez pénalisant. C’est ainsi qu’on est assez partagé à l’issue du visionnage d’Amanda, en restant avec un goût de trop peu. Amanda laisse l’impression d’un film qui aurait pu être plus marqué et plus marquant, d’une histoire de deuil et de perte qui aurait pu être plus flagrante, à l’instar du Manchester by the Sea de Kenneth Lonnergan, ou du bouleversant Gilbert Grape de Lasse Hallström dans un horizon plus lointain.

Mikhaël Hers réalise avec Amanda un film très contemporain. Le drame survient dans des circonstances douloureuses et actuelles, le terrorisme, que l’on a encore beaucoup de mal à associer au cinéma, tant la stupeur est encore vive. Le cinéaste a d’ailleurs utilisé plus d’un indicateur temporel dans son métrage, des personnes métissées dans les seconds rôles, Facebook, Tinder ou encore Airbnb comme vecteurs sociaux, le vélo comme moyen de locomotion. Des choix qui accentueraient encore le côté naturaliste de son œuvre, s’il n’y avait pas ce désir sincère de susciter une émotion vraie auprès du spectateur.

Amanda est le récit lumineux d’un voyage à deux initiatique pour David et Amanda, deux êtres qui doivent apprendre à grandir plus vite que ce qu’ils n’auraient voulu. Malgré toutes nos réserves, c’est un film qui doit retenir l’attention, car infiniment bienveillant avec ses personnages, eux-mêmes bienveillants les uns avec les autres.

Amanda – Bande annonce

Amanda – Fiche technique

Réalisateur : Mikhaël Hers
Scénario : Maud Ameline, Mikhaël Hers
Interprétation : Vincent Lacoste (David Sorel), Isaure Multrier (Amanda), Stacy Martin (Léna), Ophélia Kolb (Sandrine Sorel), Marianne Basler (Maud Sorel), Jonathan Cohen (Axel), Nabiha Akkari (Raja), Greta Scacchi (Alison)
Photographie : Sébastien Buchmann
Montage : Marion Monnier
Musique : Anton Sanko
Producteurs : Philip Boëffard, Pierre Guyard, Co-producteurs : Rémi Burah, Olivier Père
Maisons de production : Nord-Ouest Films, Arte France Cinema
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Durée : 107 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 21 Novembre 2018
France – 2018

Note des lecteurs0 Note
3.5

Mad Max revient dans l’édition Mad Max : Fury Road Black & Chrome

Bonne nouvelle pour les fans de Mad Max, le dernier chef d’œuvre de George Miller ressort dans les salles américaines le 1er novembre et en DVD / Blu-Ray le 6 décembre dans l’édition noir et blanc Mad Max : Fury Road Black & Chrome

On se souvient tous du film de George Miller, Mad Max : Fury Road qui fut à la majorité considéré comme le meilleur film de l’année 2015 et qui a prouvé que le réalisateur, à 70 ans, en a toujours sous le capot. Bonne nouvelle, le film va bientôt ressortir dans les magasins (et est même déjà disponible en VOD sur le site d’Amazon) dans une édition très particulière : en noir et blanc…

La version inédite en noir et blanc de Mad Max : Fury Road nommée Black & Chrome et proposée actuellement en streaming sur le site Amazon allemand, sera aussi  disponible dans un coffret blu-ray baptisé « High Octane Collection ». Celui-ci contient la totalité des films de la saga, des documentaires et des bonus.

Mad Max : Fury Road Black & Chrome Edition met en scène le film comme George Miller l’a toujours imaginé, un hommage fou au cinéma muet. À la fin des années 70, George Miller voulait raconter l’histoire de Max uniquement par l’image, sans la moindre ligne de dialogue. Après tout, les deux premiers Mad Max sont très limités en répliques mais riches en designs sonores et visuels. Max n’est pas un grand bavard. Dès que Miller s’est écarté de cette formule avec Mad Max Au-delà du dôme du tonnerre – où le dialogue grand public a une plus grande place –  le film a été un échec.

Pour Mad Max : Fury Road, Miller conçoit dès le début son film comme un hommage au muet, l’un des premiers âges du cinéma. Et les références sont très nombreuses : que cela soit dans le très grand nombre de plans accélérés ou dans les différents hommages à La Passion de Jeanne d’Arc, de Carl Theodor Dreyer (la coupe de cheveux de Furiosa), ou à la filmographie de Buster Keaton sans oublier Freaks, La Monstrueuse Parade de Tod Browning (la population). Ainsi,  Mad Max : Fury Road n’aura jamais eu de scénario rédigé – tel qu’on en connait – mais uniquement sous forme de story-board.

Avant le tournage de Mad Max : Fury Road, Miller imagine un film épuré à l’extrême : une poursuite, avec le moins possible de dialogues ; et prévoit de le sortir en noir et blanc. Après tout, Mad Max 2 (1981) avait une copie 35 mm sans couleur de faible qualité, sur laquelle le compositeur Brian May travaillait la composition de la musique. Et celle-ci semble avoir tapé dans l’œil de Miller.

Lors d’une interview donnée au magazine L’Ecran Fantastique en 1982, Miller déclara :

«Je pense que tous les films devraient être muets. Toutes les informations devraient être visuelles. Le film a besoin de son, pas de parlotes. On raconte son histoire avec des images, un montage et du son. Le mot « action » ne me plaît pas, je préfère « mouvement » ou « énergie ».»

Warner Bros refuse cette option considérant que l’imagerie du noir et blanc ne serait pas commerciale. Au final, la version en couleurs imposée par Warner Bros est une réussite indéniable. Quant à George Miller, il va enfin pouvoir proposer sa propre version de Mad Max : Fury Road. N’oublions pas que le film a raflé six Oscars techniques (celui des effets spéciaux a cependant été donné au méritant  Ex Machina).

Au passage, Mel Gibson, le Mad Max original, a enfin donné son avis sur le film à l’occasion de la sortie de son long métrage Tu ne tueras point :

«C’est visuellement incroyable. Le montage est hallucinant. George est le Albert Einstein du montage, il est capable de rassembler les éléments nécessaires pour vous en mettre plein la vue avec ses séquences d’action

Préparez-vous donc, le guerrier de la route va bientôt revenir.

Auteur : Emeric Gallego

Vidéo 12 Essential Women Cinematographers : Zoom sur les femmes directeurs de photographie

Vidéo 12 Essential Women Cinematographers : Un festin visuel à couper le souffle

Après l’extraordinaire documentaire présenté lors du dernier Festival de Deauville, Et la femme créa Hollywood des deux sœurs réalisatrices, Julia et Clara Kuperberg, qui rend hommage aux femmes pionnières du cinéma, toutes oubliées, et pourtant, elles ont construit Hollywood. Jacob T. Swinney, un habitué du « montage à thème », à qui l’on doit entre autres, Hearing Tarantino, où il analyse l’art du bruitage dans les films de Tarantino, vient de mettre dans une compilation sur le site Fandor Keyframe le travail des femmes directeurs de la photographie. Et sans aucun doute les femmes directeurs photos ne manquent pas de mérites, même si elles aussi, semblent devoir rester dans l’ombre et ne pas connaitre la même renommée et attention que leurs homologues masculins.

Vous me direz mais quel est son rôle ?

Un directeur de la photographie, aussi appelé chef opérateur, collabore étroitement avec le réalisateur. C’est un artiste capable de créer une atmosphère, de rendre vivantes les émotions à travers l’image. Les plans, les mises en scènes, l’éclairage, les positions de la caméra sont les outils de ce peintre, qui distille son art graphique pour plonger les spectateurs dans une toile prenant peu à peu vie.

Avez-vous déjà entendu parler d’une femme nominée pour un Oscar dans la catégorie meilleure photographie ? Non ? En effet, dans toute l’histoire des Oscars, pas une seule femme chef opérateur n’a été récompensé lors de la fameuse cérémonie.

Regardez la vidéo et découvrez le travail réalisé par les chefs opérateurs au féminin

https://vimeo.com/176474640

Retenez le nom des talentueuses directeurs de la photographie, vous pourrez un jour entendre leur nom aux Oscars.

Maya Bankovic (The Rainbow Kid)
Natasha Braier (Neon Démon)
Caroline Champetier (Des hommes et des dieux)
Charlotte Bruus Christensen (The Hunt)
Automne Durald (Palo Alto)
Agnès Godard (Golden Door)
Ellen Kuras (Bamboozled)
Reed Morano (The Twins Skeleton)
Rachel Morrison (Station Fruitvale)
Amy Vincent (Dope)
Mandy Walker (Australia)

 

Photos rares de Marilyn Monroe par Greene Milton mises aux enchères

Ventes aux enchères de photos de célébrités comme Jane Fonda, Barabara Streisand, Samy Davis Junior et surtout Marilyn Monroe, un mythe du 7ème art, une icône mise en image par Greene Milton.

Milton Greene Hawthorne est né à New York en 1922 avec une passion pour la photographie dès l’âge de 14 ans, il a commencé en prenant des photos de mode. Photographe de mode distinguée, connu pour ses couvertures dans Look et Vogue, et ses pages de Harper Bazaar, uniques dans leurs compositions. Dès l’âge de 23 ans Milton Greene était connu sous le nom de « Wonder Boy Color Photography ». Bien que célébré, pour ses photographies de mode, c’est surtout pour ses photos d’artistes célèbres incroyablement belles, tellement elles faisaient sortir la beauté de l’âme.

D’ailleurs selon la croyance de Milton pour capturer la beauté des gens dans leur cœur, il fallait les montrer dans un cadre tout aussi naturel qu’élégant. Milton photographie de nombreuses célébrités dont Gary Grant, Frank Sinatra, Andy Warhol, Marlene Dietrich, Grace Kelly, Sophia Loren, Audrey Hepburn et surtout Marylin Monroe qu’il rencontra en 1952.

Rapidement, devenus des amis proches, ils crées leur propres sociétés de production, et durant près de 10 ans, Milton captura les plus belles images de Marilyn, dans ses moments d’émotions, d’humeurs, de doutes et de désirs.

Milton savait photographier les femmes non pas comme des objets sexuels mais comme des personnes, des êtres, il capture cet instant unique où quelque chose de soi s’échappe, s’expose pour en faire de magnifiques photos inoubliables, magiques…Il avait le don d’établir un contact intime avec ses sujets, où il pouvait prendre en photo cet instant de lumière. Milton Green est aussi célèbre que les photographes Irving Penn où encore Richard Avedon, Green est mort à l’âge de 63 ans d’un cancer.

Aujourd’hui près de 75 000 images dont 3700 photos de Marilyn Monroe, dont certaines n’ont jamais été vus, sont prêts à être vendu aux enchères par Profiles in History pour le 27 Juillet 2013. Comme on peut le remarquer sur le site en ligne, on voit des diapositives utilisant la technologie Kodak et Ektachrome, les images soulignons-le sont offertes avec le droit d’auteur, une rareté…Nous pouvons voir une collection de photos de Romy Schneider estimé entre 2000 dollars et 3000 dollars. On peut s’attendre à une envolée des prix dans les prochaines semaines.

Romy Schneider

Galeries photos de la Vente aux enchères de photos rares de Marilyn Monroe, Jane Fonda, Gary Grant… : par Greene Milton

gary-grant
Gary Grant
Barbara-Streisand
Streisand a été photographié à l’aube de la célébrité au début de Septembre 1968, quelques semaines avant la sortie de son premier film, Funny Girl
Faye-Dunaway
Faye Dunaway prise en photo comme Bonnie Parker à l’époque de la sortie du très controversé film de 1967 Bonnie and Clyde en co-vedette avec Warren Beatty dans le rôle de Clyde
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Jane Fonda âgée de 28 ans
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Lauren Hutton, lors d’un shooting en 1966
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Marilyn Monroe photographiée avec un appareil Kodak
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Ce portrait noir et blanc de Hepburn a été pris par Greene en 1951, avant que l’actrice ne devienne une icône du cinéma et de la mode suite à son rôle dans Breakfast at Tiffany
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Sammy Davis Jr. en 1967, posant devant « la Copa », une boîte de nuit à Las Vegas

Sonate d’Automne, d’Ingmar Bergman : mère et filles en faute d’amour

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A l’occasion du centenaire de la naissance d’Ingmar Bergman, retour sur Sonate d’Automne, son unique collaboration avec Ingrid Bergman, un drame intimiste et intense en huis-clos sur les rapports mère-fille.

La première image de Sonate d’Automne laisse passer une impression de calme et de sérénité. On y voit un salon filmé de loin, à travers un encadrement de porte, et une femme, Eva, assise devant une table en train d’écrire. Par son cadrage, sa composition, son jeu de couleurs et de lumière (grâce au travail de l’immense chef opérateur Sven Nykvist, qui a beaucoup œuvré avec Bergman mais aussi au dernier film de Tarkovski, Le Sacrifice), cette image d’ouverture fait penser à un tableau de Vermeer de Delft.

Cette impression de sérénité est encore renforcée par les propos de Viktor, le mari d’Eva, qui parle, au sujet de son couple, de « bonheur tranquille ».

Le travail principal du film sera d’aller au-delà de cette apparente sérénité pour mettre à jour les failles, les fêlures, les douleurs, les colères, les peurs, les frustrations qui animent Eva.

Absence de communication

« Mère et fille. Quel étrange mélange de sentiments, de désarroi et de destruction. »

Le point central de Sonate d’Automne, c’est la relation mère-fille. Eva va recevoir sa mère, Charlotte. Et, très vite, derrière les retrouvailles chaleureuses, on appréhende, à demi-mot, tout ce que cette relation a de conflictuel. Avec, d’abord, un problème de communication. Léonardo, le compagnon de Charlotte depuis une douzaine d’années, vient de mourir. Or, ce n’est pas par sa mère qu’Eva l’apprend, mais par une rencontre hasardeuse avec de vagues connaissances. Très vite, on se retrouve face au problème de l’incommunicabilité. Au mieux, mère et fille communiquent mal. Eva se retrouve vite agressive envers Charlotte, et celle-ci lui répond avec froideur et mépris.

La grande intelligence de Bergman est de ne pas juger ses personnages. Ainsi, ce problème de communication ne signifie pas que les protagonistes ne s’aiment pas. Parfois, c’est l’amour lui-même qui ne parvient pas à s’exprimer. C’est ce que dit Viktor dès la scène d’ouverture : il aime sa femme, mais n’a jamais pu lui dire car il ne sait pas comment l’exprimer. Les personnages de Sonate d’Automne sont comme handicapés dans leur capacité interpersonnelle. Comment faire pour communiquer ?
Du coup, cette froideur apparente de Charlotte relève plus de la maladresse que de la véritable volonté de blesser sa fille. Durant tout le film, nous avons des personnages qui se révèlent de plus en plus émouvants dans leurs tâtonnements affectifs. Ainsi, derrière la figure cassante et écrasante de la mère va vite se laisser deviner une autre femme, rongée par les doutes et la mauvaise conscience.

La réalisation de Bergman fait beaucoup pour dresser ces portraits sensibles des deux femmes. Les dialogues sont filmés essentiellement en de longs plans fixes où le cinéaste épie les moindres traces d’émotions sur le visage et dans les yeux de ses protagonistes.

Douleur, maladie et mort

Dès qu’elle sort de sa voiture, le premier geste de Charlotte est lié à sa douleur au dos. Avec Charlotte, c’est la maladie et la mort qui font leur apparition dans ce qui, jusqu’à présent, était montré comme une sorte de paradis. Mal de dos, mort de Léonardo : la souffrance apparaît vite comme le sujet de discussion principal. L’incommunicabilité, la peur de l’échec, la souffrance et la maladie, tous les problèmes qui opposent les deux femmes sont incarnés en Héléna. Héléna est l’autre fille de Charlotte. Victime d’une maladie qui en fait une handicapée, elle a été reléguée dans une maison de repos par sa mère. Mais Eva a choisi de la recueillir chez elle, sans le dire à Charlotte. Au fil de la discussion, on apprend que la maladie dont souffre Héléna avait connu une accalmie lorsque la jeune femme s’est sentie aimée. Mais dès que cet amour est parti, la souffrance est revenue, amplifiée. Et cela est symbolique de ce qui se passe dans cette famille.

Sonate d’Automne pourrait très bien s’intituler Faute d’Amour. Petit à petit se dessine le portrait d’une Eva incapable d’aimer. C’est ce que raconte Viktor : sa femme ne l’a jamais aimé, comme elle n’a jamais aimé personne. Elle appelle son mari « mon meilleur ami », et lorsque Charlotte lui demande si elle l’aime, elle répond : « Mais… tu es ma mère ». Or, cette incapacité à ressentir de l’amour semble se répéter de génération en génération (ce qui était déjà un des constats que faisait Bergman dans Les Fraises Sauvages). Si Eva ne sait pas ce qu’est l’amour, c’est qu’elle n’en a jamais reçu de la part de sa mère, qui elle-même en a été privée dans son enfance.

Avec une mise en scène volontairement théâtrale, pour montrer ce que le jeu social a d’artificiel, Bergman parvient à faire un film qui, une fois de plus, paraît simple. Délicatement, le réalisateur compose ses plans avec une science rare du rythme, du cadrage, de l’emplacement des personnages. Tout fait sens : chaque mot, chaque geste est mesuré. Et, sans en avoir l’air, il nous propose aussi de belles audaces, s’amusant avec les codes cinématographiques, permettant à ses acteurs de parler face caméra directement aux spectateurs par exemple, ou s’affranchissant du fameux champ-contre-champ. Bien souvent, l’influence du metteur en scène de théâtre (et d’opéra) se fait ressentir, apportant au film une certaine liberté formelle.

Bande-annonce – Sonate d’Automne

https://www.youtube.com/watch?v=WDOTDB2cTSg

Synopsis : Eva vit tranquillement dans un presbytère auprès de Viktor, son mari prêtre. Elle écrit une lettre qui invite sa mère, Charlotte, une pianiste de renommée internationale, à venir passer quelques jours chez elle.

Fiche Technique – Sonate d’Automne

Titre original : Höstsonaten
Scénario et réalisation : Ingmar Bergman
Interprétation : Liv Ullmann (Eva), Ingrid Bergman (Charlotte), Halvar Björk (Viktor), Lena Nyman (Héléna)
Photographie : Sven Nykvist
Montage : Sylvia Ingmarsdotter
Sociétés de production : Personafilm, Filmedis, ITC, Suede Films
Société de distribution : Svensk Filmindustri
Genre : drame
Durée : 99 minutes
Date de sortie en France : 11 octobre 1978

Suède – 1978