Amanda : Un film délicat sur la perte de l’innocence

Amanda, le nouveau film de Mikhaël Hers a les défauts de ses qualités : émouvant et avançant par petites touches, il manque cependant un peu de profondeur, comme pétrifié par sa propre délicatesse.

Synopsis : Paris, de nos jours. David, 24 ans, vit au présent. Il jongle entre différents petits boulots et recule, pour un temps encore, l’heure des choix plus engageants. Le cours tranquille des choses vole en éclats quand sa sœur aînée meurt brutalement. Il se retrouve alors en charge de sa nièce de 7 ans, Amanda. 

The End of Innocence

Le nouveau film de Mikhaël Hers, Amanda, fait partie de ces œuvres insaisissables, qui n’ont pas de pierre angulaire sur quoi achopper. Car voilà une histoire plutôt lisse, rondement menée, celle de David (Vincent Lacoste), un tout jeune adulte vaguement bohème et insouciant, employé par le propriétaire de son immeuble à faire le concierge en échange de l’occupation d’un studio. Un petit boulot qu’il réalise pour compléter ses revenus d’élagueur auprès de la Mairie de Paris. Un garçon très ordinaire donc, dans une vie ordinaire qui tourne globalement autour de ses boulots et de sa famille très restreinte, une tante (impeccable et trop rare Marianne Basler), une sœur, Sandrine (Ophélia Kolb), une nièce de 7 ans, Amanda (Isaure Multrier), et possiblement une petite amie (Stacy Martin), jusqu’au moment où un drame affreux le frappe.

La mise en place de l’histoire de David et d’Amanda est assez lente, comme la langueur de leur été. Le film se présente quasiment comme un cinéma du réel, avec moult détails de leur vie quotidienne parisienne, charmants souvent, presque bucoliques, inutiles quelquefois. Plus exactement, inutiles, car inaboutis, des esquisses de tranches de vie qui se répètent et qui ne sont pourtant pas toujours travaillées en profondeur. En revanche, ce qui est attachant, c’est la caractérisation de la relation de complicité forte qui lie David et sa sœur Sandrine, ainsi que celle entre Amanda et sa mère. Quand cette dernière disparaît brutalement, l’émotion qui étreint les protagonistes atteint aussi le spectateur.

Le choix de Vincent Lacoste pour figurer ce jeune homme qui passe de l’insouciance au joug d’une responsabilité totale envers sa nièce est assez judicieux. Avec son visage encore très enfantin, toute la partie du film qui consiste à retranscrire ses sentiments de chagrin face au deuil, et de peur panique face à ses nouvelles contraintes est parfaitement plausible. L’empathie envers le personnage est immédiate. En ce qui concerne Amanda, et bien que la petite Isaure Multrier fasse le job impeccablement, on est moins convaincu par la robustesse d’un caractère qui est assez mal défini, le cinéaste ayant pris le parti de lui en faire porter beaucoup. Même si on peut se douter qu’une enfant de 7 ans qui vient de perdre sa mère est totalement imprévisible et déboussolée, on aurait aimé que ses réactions de colère fulgurante soient étayées par des faits un peu moins elliptiques que ce que Mikhaël Hers nous donne à voir.

Quant aux autres personnages, ils sont à l’avenant. En particulier, Alison, la mère de David, une anglaise interprétée par Greta Scacchi, a un rôle assez structurant sur le papier, mais une fois de plus, ce personnage est trop peu exploité, et le fait de ne pas connaître les motivations de son attitude passée est finalement assez pénalisant. C’est ainsi qu’on est assez partagé à l’issue du visionnage d’Amanda, en restant avec un goût de trop peu. Amanda laisse l’impression d’un film qui aurait pu être plus marqué et plus marquant, d’une histoire de deuil et de perte qui aurait pu être plus flagrante, à l’instar du Manchester by the Sea de Kenneth Lonnergan, ou du bouleversant Gilbert Grape de Lasse Hallström dans un horizon plus lointain.

Mikhaël Hers réalise avec Amanda un film très contemporain. Le drame survient dans des circonstances douloureuses et actuelles, le terrorisme, que l’on a encore beaucoup de mal à associer au cinéma, tant la stupeur est encore vive. Le cinéaste a d’ailleurs utilisé plus d’un indicateur temporel dans son métrage, des personnes métissées dans les seconds rôles, Facebook, Tinder ou encore Airbnb comme vecteurs sociaux, le vélo comme moyen de locomotion. Des choix qui accentueraient encore le côté naturaliste de son œuvre, s’il n’y avait pas ce désir sincère de susciter une émotion vraie auprès du spectateur.

Amanda est le récit lumineux d’un voyage à deux initiatique pour David et Amanda, deux êtres qui doivent apprendre à grandir plus vite que ce qu’ils n’auraient voulu. Malgré toutes nos réserves, c’est un film qui doit retenir l’attention, car infiniment bienveillant avec ses personnages, eux-mêmes bienveillants les uns avec les autres.

Amanda – Bande annonce

Amanda – Fiche technique

Réalisateur : Mikhaël Hers
Scénario : Maud Ameline, Mikhaël Hers
Interprétation : Vincent Lacoste (David Sorel), Isaure Multrier (Amanda), Stacy Martin (Léna), Ophélia Kolb (Sandrine Sorel), Marianne Basler (Maud Sorel), Jonathan Cohen (Axel), Nabiha Akkari (Raja), Greta Scacchi (Alison)
Photographie : Sébastien Buchmann
Montage : Marion Monnier
Musique : Anton Sanko
Producteurs : Philip Boëffard, Pierre Guyard, Co-producteurs : Rémi Burah, Olivier Père
Maisons de production : Nord-Ouest Films, Arte France Cinema
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Durée : 107 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 21 Novembre 2018
France – 2018

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.