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Un couteau dans le coeur de Yann Gonzalez : hédonisme mortifère

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Après avoir remué la croisette, Yann Gonzalez se confirme comme un auteur sachant digérer ses références et capable de créer un cinéma d’auteur différent. Avec Un couteau dans le cœur, il transforme le giallo en un poème à la fois macabre et romantique.

Après avoir bouleversé le cinéma d’auteur français à l’aide d’une partouze dans Les Rencontres d’après-minuit, Yann Gonzalez revient sur le devant la scène avec son deuxième essai. Biberonné à des cinéastes tels que Jean Rollin, Andrzej Zulawski ou Mario Bava, le cinéaste français a développé une imagerie fantasmagorique montrant un amour sans fin pour le cinéma bis. Avec Un couteau dans le cœur, Gonzalez plonge la tête la première dans ce pan bien trop méconnu et beaucoup trop critiqué du cinéma. Il décide pour l’occasion de suivre ses compatriotes Hélène Cattet et Bruno Forzani pour offrir une variation autour du giallo. Ce classique du genre italien mettant en scène des tueurs masqués à l’arme blanche dans des polars à forte dimension érotique est un grand terrain de jeu pour l’univers fantasque du cinéaste français. De plus, en inscrivant son histoire dans le milieu du porno gay, il continue à nourrir  le côté queer de son cinéma.

Le giallo s’exprime dès l’ouverture du film. Dans une scène renvoyant au subversif Cruising de William Friedkin, Gonzalez nous plonge dans une boîte de nuit à l’ambiance enivrante. Les regards désireux s’échangent derrière les masques de cuirs. L’attirance charnelle se fait ressentir avant d’exploser dans une mise à mort graphique à l’aide d’une arme du crime plutôt originale. La victime est un acteur de porno gay travaillant pour Anne Parèze. Campé par Vanessa Paradis, le personnage est inspiré d’une productrice ayant réellement existé. C’est au sein de cette sphère que vont sévir des meurtres de plus en plus atroces, décimant petit à petit les rangs de la production. Les codes du giallo se manifestent à travers le tueur tout de cuir vêtu et d’une fétichisation de l’arme blanche, mais le film renvoie également à l’œuvre d’Argento au travers de son esthétique. Empreint de cette imagerie 70s/80s, Un couteau dans le cœur use des monochromes, donnant une atmosphère oppressante et une utilisation clinquante des néons. Un voyage dans le temps qui se fait également grâce à sa bande-son aux nappes discos transcendant les images hypnotisantes d’une danse lascive dans un club mis en parallèle avec une gâterie fatale.

Simplement réutiliser le giallo de façon basique en donnant naissance à un simple thriller horrifique n’est cependant pas ce qui intéresse Yann Gonzalez. Aux côtés de l’ambiance macabre résultant de cette hécatombe, Un couteau dans le cœur sait cultiver une véritable poésie d’un onirisme éthéré rappelant les plus beaux moments du précédent film de son auteur. Le script de série Z dévoile alors un visage sensible se mettant à nu de façon figurée. C’est lorsque l’on quitte la capitale pour un pique-nique dans l’herbe ou une visite nocturne dans  un cimetière que se révèle une dimension romanesque mais dont l’aura mortifère ne semble jamais vraiment éloignée. On pense à cette apparition fantomatique d’une Elina Löwensohn en mère cherchant son fils ou cet échange sous la pluie battante entre Anne et Loïs son amante. Ce qui renvoie à un autre aspect du film, car le couteau du titre est bel et bien enfoncé dans le cœur. Bien plus que des crimes sanglants, c’est une histoire d’amour qui se meurt qui fait battre le cœur du film.

Anne et sa monteuse Loïs vivaient un parfait amour qui est en train de se désagréger, éloignant Loïs de plus en plus d’une Anne complètement effondrée. La première apparition de Vanessa Paradis à l’écran témoigne de la détresse morale dans laquelle se trouve son personnage. Arpentant un Paris nocturne, elle est à la recherche d’une cabine téléphonique pour déballer sous l’influence de l’alcool sa passion à l’intention de son ancienne amante. Jamais Vanessa Paradis n’aura semblé si à fleur de peau, sur la verge d’un effondrement, une scène forte séparée de l’ouverture horrifique uniquement par l’écran titre.  Encore une fois les dieux Éros et Thanatos fonctionnent de pair. Ce n’est plus uniquement le sexe qui guide les images, mais un amour d’une force consumante.  C’est avec un romantisme certain que Gonzalez contrebalance la tonalité de son film, une déclaration d’amour au cinéma qui s’exprime au travers d’une pluralité des genres, se mariant à merveille avec une entreprise transgenre faisant d’Un couteau dans le cœur un poème aussi voluptueux que meurtrier.

L’amour du cinéma est ce qui anime Gonzalez, de la première à la dernière séquence qui est un générique de fin d’une majestueuse sensualité. Un amour qui se manifeste dans cette forme ultra-référencée convoquant à la fois des auteurs établis comme Brian De Palma et son amour du voyeurisme que des figures plus controversés comme le pape de la série Z Jean Rollin adepte du vampirisme érotique, ainsi que dans le fond du film. Hommage à la richesse de la galaxie queer, le film recrée cette atmosphère de libération sexuelle pas encore totalement inquiétée par le sida et s’amuse avec les productions parfois abracadabrantesques et grandiloquentes du milieu. Reconstitué avec une certaine minutie, le microcosme établi permet de mettre en scène une galerie de personnages joués par des artistes gravitant dans l’univers de Gonzalez. On y retrouve Nicolas Maury dont la délicatesse et le langage cru avait fait fureur dans les Rencontres d’après-minuit, mais également Bertrand Mandico, réalisateur du déviant Les Garçons Sauvages, qui avait déjà chamboulé le cinéma de genre en début d’année, Noé Hernandez qui avait traumatisé les spectateurs de We are the flesh ou Pierre Emö, véritable acteur de porno gay. L’univers fantasmé de Yann Gonzalez se mue avec celui qu’il côtoie et prend  vie sur l’écran. La jouissance devient communicative. Cinq ans après son coup d’essai, Gonzalez donne à nouveau lieu à une orgie hédoniste où les références, les genres, les sensibilités se télescopent dans un feu d’artifice baroque. Un cinéma sans barrière. Un cinéma fou et sauvage.

Un couteau dans le cœur – Bande Annonce

Un couteau dans le cœur – Fiche Technique

Réalisateur : Yann Gonzalez
Scénario : Yann Gonzalez et Cristiano Mangione
Interprétation : Vanessa Paradis, Nicolas Maury, Kate Moran, Jonathan Genet, Khaled Aouach
Musique : M83
Photographie : Simon Beaufils
Montage : Raphaël Lefèvre
Maisons de production : CG Cinéma, Arte France Cinema et Le Fresnoy
Distribution (France) : Memento Films Distributions
Durée : 102 minutes
Genres : Thriller
Date de sortie (France) : 27 juin 2018

France – 2018

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Les garçons sauvages de Bertrand Mandico : La métamorphose des genres

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Écumant depuis de nombreuses années les festivals avec ses courts-métrages, le réalisateur Bertrand Mandico s’est très vite façonné une patte des plus particulières. En passant désormais au format long, Mandico nous offre avec Les Garçons Sauvages un hallucinant voyage au gré des genres.

Déjà à l’origine d’une flopée de courts-métrages, témoignant tous d’un sens prononcé pour l’esthétique et les corps, parmi lesquels on peut citer une biographie fantasmée du réalisateur polonais Walerian Borowczyk, Boro in the box, le cinéaste Bertrand Mandico débarque avec son premier long-métrage, Les Garçons Sauvages. Reprenant le titre d’un roman de l’écrivain beat William S. Burroughs à qui il emprunte aussi une fascination pour les corps des jeunes hommes, Mandico nous propulse plutôt dans une sorte de voyage initiatique lorgnant cette fois-ci du côté d’un autre William, William Golding, l’auteur du classique Sa Majesté des Mouches.

Les Garçons Sauvages sont au nombre de 5. Ils sont violents, bandent et torturent leur professeur de théâtre. Il ne faudra pas attendre longtemps avant que Mandico nous témoigne une nouvelle fois son amour des fluides corporels qu’il trouve  particulièrement cinégéniques. La bande semble soumise à des pulsions macabres et extrêmes qui se manifestent sous la forme d’un crâne serti de diamant répondant au doux nom de Trevor. Encore une fois, Mandico nous renvoie direct à l’œuvre de Golding avec cette fameuse tête de cochon exerçant son emprise sur le petit Simon. Ce pêché atroce contraint donc les jeunes garçons à un voyage en compagnie d’un Capitaine réputé pour faire des plus rebelles, de tendres agneaux dociles. S’engage alors un rude périple vers une île des plus mystérieuses.

Les Garçons Sauvages, comme tout ce qu’a pu créer jusqu’alors Bertrand Mandico, met en avant un sens de l’esthétique très prononcé. Un travail d’orfèvre qui s’observe à tous les niveaux pour donner vie à un objet hallucinatoire faisant appel aux sens. Son choix du noir et blanc rappelle certaines de ses inspirations et notamment le japonais Koji Wakamatsu, adepte d’un noir et blanc sublime qui venait à plusieurs reprises se faire transcender par une arrivée fracassante de la couleur. Ici, Mandico reprend ce schéma, et les couleurs saturées viennent prendre la place du noir et blanc lors de scènes décisives et importantes. Il faut dire que tout se mélange dans le film de Mandico, que cela soit dans la forme avec les couleurs ou les nombreuses surimpressions créant des plans d’une toute nouvelle ampleur (on pourrait citer le visage du Capitaine devenant une falaise), dans l’univers qu’il met en place avec cette végétation luxuriante d’où semblent émaner des attributs masculins avec des poils et cette sève à l’allure de sperme, ou dans les personnages au look androgyne, s’inscrivant à merveille dans cette démarche transgenre. Les propositions sont nombreuses et variées, offrant un imaginaire où Eros et Thanatos se télescopent dans des orgies aux plumes virevoltantes, des rencontres nocturnes cauchemardesques. En faisant preuve d’un expressionnisme épatant, Mandico, fervent admirateur de la pellicule convoque la puissance du cinéma depuis sa création pour donner lieu à une oeuvre hors du temps.

Si justement, Mandico arrive à si bien titiller les sens du spectateur, c’est également grâce à son travail monstrueux sur le sound design. À la manière du couple Cattet/Forzani, Mandico retravaille tout le son en studio, ce qui lui permet de perfectionner l’effet recherché à son apogée. Que cela soit le bruissement de cette dense végétation, le plaisir charnel,  l’éjaculation des fluides, la mer vacillante, tout semble avoir une répercutions phénoménale. Il faut ajouter à cela la partition lancinante de Pierre Desprats dont la musique électronique éveille chez le spectateur une transe envoûtante.  Ce déversement auditif enivrant renforce le côté organique et sensoriel du film. L’environnement entourant les Garçons Sauvages prend vie, et cette île n’en devient que plus fascinante alors que les jeunes éphèbes se nourrissent aux branches phalliques de sa végétation ou déversent leur plaisir dans des fougères voluptueuses.

La communion des sens, des désirs des garçons avec ce territoire paradisiaque enclenche une métamorphose. Bien plus qu’un film de genre,Les Garçons Sauvages est un film transgenre,et le tour de force de Mandico est de nous servir un casting de Garçons entièrement incarnés par des femmes. On y retrouve donc Vimala Pons, Mathilde Warnier ou encore Diane Rouxel. Complètement transformées, les actrices délaissent leurs attributs féminins pour une apparence des plus troublantes. On n’aura certainement jamais vu Vimala Pons se masturber de cette façon avant Mandico. Sous la croupe d’un imposant Sam Louwyck dont le proéminent sexe tatoué attire les convoitises et d’une Elina Löwensohn, muse du cinéaste plus mystique que jamais et gardienne d’un île laboratoire d’expériences,  les instincts de violence de ces riches garnements s’évaporent grâce à une méthode encore plus efficace que celles utilisées sur les droogies de Orange Mécanique. Une transformation qui n’est pas sans rappeler celle de la puberté, où les hormones en ébullition prennent le dessus. Les Garçons Sauvages, c’est une approche unique du coming of age où la rage violente de l’adolescence finit par laisser place à une maturité délicate et sensuelle.

Véritable spectacle hallucinatoire cultivant une imagerie rarement vue dans le cinéma français, Mandico accouche avec son premier long-métrage d’un tour de force d’une dimension queer redoutable. Un film qui laissera forcément du monde sur le carreau, mais qui suinte d’un amour pour le médium cinématographique gigantesque. Cultivant ses nombreuses références avec parcimonie, Mandico crée un ovni dont l’énergie sexuelle émane à chaque plan. Non content de transformer son casting, Mandico est, avec d’autres cinéastes (parmi lesquels son compère Yann Gonzalez) en train de transformer le cinéma français en riche terrain d’expérimentation. Sale, poétique, déviant, érotique, organique, la métamorphose a bel et bien commencée.

Les Garçons Sauvages – Bande Annonce

Les Garçons Sauvages – Fiche Technique

Réalisateur : Bertrand Mandico
Scénario : Bertrand Mandico
Interprétation : Vimala Pons, Diane Rouxel, Pauline Lorillard, Anaël Snoek, Mathilde Warnier, Elina Löwensohn, Sam Louwyck
Musique : Pierre Desprats
Montage : Laurent Saint-Marc
Maisons de production : Ecce Films
Distribution (France) : UFO Distribution
Durée : 110 min
Genre : Fantastique
Date de sortie (France) : 28 février 2018

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4

Hostiles de Scott Cooper : un western ensanglanté

Hostiles de Scott Cooper est le premier vrai chef d’œuvre de ce début d’année 2018. Empruntant autant à John Ford qu’à Clint Eastwood, ce western désespéré et violent suit le chemin d’une Amérique tapissée par le sang, lieu où les personnages ne voient leurs existences que par le chemin de croix qui les mène à la mort.

Genre cinématographique rêche et aride, le western a toujours été un parfait miroir artistique pour définir l’Amérique, autant dans sa violence que dans la création fracturée d’un territoire vaste mais jonché de la mort venant des conflits. Alors que l’industrialisation va bientôt éclore, l’Ouest américain connaît encore des discordes sanguinaires entre colons et Amérindiens. Hostiles fait partie de ces films, mélancoliques et foudroyants : des personnages brisés, des hommes et des femmes qui ont vu les pires atrocités, guerre raciale avec/entre les Amérindiens (Cheyennes et Comanches) et une vie qui se déroule dans l’enfer de la pénitence. La culpabilité mais aussi la soif de vengeance fait partie intégrante du récit.

Ce film durement beau est également propice au thème de la régénération spirituelle, à la bataille avec soi-même, au cours d’un voyage épique et lancinant devenant une parabole de l’humanité qui essaye tant bien que mal de se sortir elle-même du cercle de la haine. Pourtant lorsqu’un soldat, Joseph Blocker, ancien héros de guerre, doit escorter Yellow Hawk sur ses terres, prisonnier et chef de guerre Cheyenne, parce que ce dernier est mourant, les certitudes des uns et des autres vont vaciller. C’est alors que Scott Cooper dévoile une œuvre impressionnante, qui capte la moindre parcelle de douleurs, proche parfois de l’envie suicidaire et de l’auto destruction, soit dans des moments contemplatifs que ne renierait pas Terrence Malick, soit dans des séquences sanglantes d’une froideur implacable, comme en témoignent ces premières minutes, montrant le meurtre d’une famille où mari et enfants sont tués sans distinction.

Par ce début, sanguinaire et terrible, Hostiles ne cache pas son envie de montrer l’effroyable sans que cela devienne un gimmick doloriste. A peine cinq minutes s’écoulent que l’œuvre de Scott Cooper annonce, avec une férocité déchirante, le genre de film qu’il va être, à la fois thématiquement, visuellement, et intransigeant dans ses perspectives. Par son cadre, sa justesse dans le montage qui se fait soit au cordeau soit en apesanteur, Scott Cooper agence son film comme une longue et funèbre errance qui se questionnera au fur et à mesure sur l’humanité et la déchéance de ces personnages. Tout comme L’Appât d’Anthony Mann, Scott Cooper se sert du western comme catalyseur de la solitude de l’Homme, laisse construire son histoire par les obstacles et par les rencontres sanglantes longeant ce road movie désertique : à l’image de l’ancien compagnon de guerre de Joseph qui doit être jugé pour l’assassinat à la hache d’une famille amérindienne. Rencontre qui questionne sur le véritable visage meurtrier de Joseph et son passé de soldat.

Porté par un Christian Bale absolument incroyable de détresse et par la fabuleuse Rosamund Pike brisée par le trauma, Hostiles fait osciller son rythme entre ses digressions religieuses et humanistes avec ces spasmes choquants de violence, dotés de la photographie radieuse de Masanobu Takayanagi qui rend parfaitement justice à de magnifiques paysages naturalistes et nocturnes. Partant d’une vision de l’Ouest américain comme une terre régie par la force brutale et les remords, Hostiles offre la possibilité à ses personnages de se confesser, de guérir ou de se crucifier eux-mêmes par le dégoût qu’ils ont pour leurs actes passés, de voir surgir les différences comme étant des ressemblances.

Sous l’égide de la douce symphonie de Max Richter, les idées reçues s’effritent, les cris se dispersent dans la forêt et Scott Cooper donne naissance à un récit d’une rare force, d’une réelle modernité sur les frontières à la fois géographiques mais aussi humaines qui nous séparent les uns des autres. La violence est omniprésente, les décors sont somptueux, la douleur est palpable, mais ce qui fait la grande réussite du film, est le dessin de cette humanité sur la brèche, de ces interrogations que chacun se porte à soi-même au travers d’un code d’honneur, ou d’une culture malmenée par le conflit. Cependant, derrière ce nihilisme, se dévoile un espoir, une réconciliation, un respect naissant entre les peuples, une main tendue vers une autre malgré les coups de feu incessants.

Synopsis:En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid. Seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple.
Façonnés par la souffrance, la violence et la mort, ils ont en eux d’infinies réserves de colère et de méfiance envers autrui. Sur le périlleux chemin qui va les conduire du Nouveau-Mexique jusqu’au Montana, les anciens ennemis vont devoir faire preuve de solidarité pour survivre à l’environnement et aux tribus comanches qu’ils rencontrent.

Bande Annonce – Hostiles

Bande Annonce – Hostiles

Réalisateur : Scott Cooper
Scénario : Scott Cooper
Interprètes : Christian Bale, Rosamund Pike
Photographie : Masanobu Takayanagi
Montage : Tom Cross
Distribution : Metropolitan FilmExport
Genre : Western/Drame
Date de sortie : 14 mars 2018

 

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3 Billboards de Martin Mcdonagh : les peurs de l’Amérique

Même si 3 Billboards : les panneaux de la vengeance » de Martin Mcdonagh parait peu subtil, il est une satire prenante et volcanique, qui secoue son auditoire par la drôlerie de ses dialogues, par sa ribambelle de gueules cassées, par sa colère rampante qui ne lorgne jamais vers la rédemption.

Vous êtes la mère d’Angela Hayes ? Voici la première question que le publicitaire Red Welby demandera à Mildred Hayes. Avant d’être Mildred, elle est identifiée comme étant la mère d’une fille assassinée, une femme qui a une colère qui gronde et qui ronge son frein dans un tiroir inconscient. Quoi de mieux que de crier sa peine aux yeux du monde à travers des panneaux publicitaires longeant les routes campagnardes d’une Amérique aveugle. Avec ces faux airs de Christopher Walken dans Voyage au bout de l’enfer, Mildred est à mille lieux de l’habituel archétype de la mère éplorée : elle est grossière, véhémente, folle, colérique voire hypocrite, cette mère de famille met tout en œuvre pour faire ressortir son incompréhension face à ce qui lui parait être de l’injustice.

Les panneaux d’affichage sont pour Mildred un moyen de faire avancer les choses et de changer le rapport de force sur une scène extérieurement pacifique. Une grande partie de l’histoire implique les ondulations de l’indignation que les panneaux d’affichage inspirent. Sauf que l’humanité prend une toute autre dimension dans 3 Billboards : alors qu’il est d’usage de magnifier la bonté pour définir l’humanité et d’amener le récit vers la route de la rédemption pour que l’empathie fonctionne, il est ici question de l’ambiguïté humaine dans tout ce qu’elle a de plus décharnée, de plus symptomatique dans une société dans laquelle le bien et le mal ne font qu’un. Le cinéma américain a cette habitude de nous affranchir du récit nous racontant que seules la compréhension et la bienveillance nous ouvrent la voie du bonheur. Sauf qu’ici, dans ce thriller policier étant un western choral et portraitiste, la beauté glacée se liquéfie et nous montre une nature humaine véloce et détestable : raciste, sexiste, violente, vengeresse.

Au lieu d’interroger les personnages sur leur véritable nature, le cinéaste ne bougera pas ou peu les lignes de son écriture : il décrit la folie sous toutes ses coutures, dans tous ses contours les moins vertueux, au travers d’une haine qui croit tout comme elle peut décroître, qui parait cohérente comme elle peut paraître incohérente. Alors que ses protagonistes sont en friche, qu’ils ont pour la plupart une violence qui les anime, voire même éviscéré par la maladie, 3 Billboards ne tente jamais de contenir ni de gratter le vernis de leur haine pour voir ce qu’il y a en dessous de la carapace. Car il n’existe pas de carapace.

3 Billboards montre la réalité telle qu’elle est. Certes, le film se sert des codes de la satire « Coenienne » pour étirer les traits de sa caractérisation, pour amplifier la grossièreté et l’immondice burlesque d’une société américaine aussi rugueuse que silencieuse devant l’horreur mais 3 Billboards regarde au plus près, les visages même de cette « americana » dont la définition semble être « tuer ou se taire ».

C’est cet aspect qui peut autant plaire que déranger : cette ambiguïté moribonde, presque ricaneuse et désinvolte devant un pays qui se dessine par sa violence, par les gouttes de sang qui tachent le sol de son environnement. Les 3 panneaux représentent parfaitement l’équilibre et le déséquilibre de l’Amérique : parfaite pour se dédouaner, parfaite pour hisser de beaux discours fédérateurs, mais réfractaire à se responsabiliser, à écouter la déviance dans laquelle elle s’insère, incapable de se construire par le respect. Martin Mcdonagh n’épargne personne, permettant à presque tous ses personnages d’être profondément viciés, en particulier Mildred et Dixon (policier raciste et violent).

Aussi drôle que dérangeant, 3 Billboards désarçonne par sa vision d’une humanité bouillonnante, incompétente au possible, autant coupable que victime, remise à sa seule violence salutaire. L’amusement provoqué par cet humour provocateur ne dissimule en rien la tragédie qu’est de train d’écrire 3 Billboards où la notion de culpabilité y est remise en question.

Derrière le spectre du fantôme d’Angela Hayes, à l’image de celui qu’était Laura Palmer dans Twin Peaks, l’enquête policière n’est qu’un subterfuge pour mieux espionner la décadence d’une Amérique circonscrite dans ses fêlures. Par le biais d’une réalisation, somme toute invisible qui ne veut pas esthétiser sa violence, mais qui arrive à contenir avec qualité toute la porosité émotionnelle de ses personnages, 3 Billboards est un manifeste qui sort des carcans.

Et malgré sa réussite globale aux Golden Globes, le film de Martin Mcdonagh époumone, est une œuvre émouvante, dérangeante et viscérale qui tape sur tout ce qui bouge où il n’existe pas de héros ni de méchants bien définis et où la seule justice n’est que celle que s’inflige l’Homme.

Synopsis: Après des mois sans que l’enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville.

Bande Annonce – 3 Billboards

Fiche Technique – 3 Billboards

Réalisateur : Martin Mcdonagh
Scénario : Martin Mcdonagh
Interprètes : Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell
Photographie : Ben Davis
Montage : Jon Gregory
Distribution: Twentieth Century Fox France
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 17 janvier 2018

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3.5

Sauver ou Périr, le drame d’un héros qui découvre qu’il n’est pas Superman

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Son nom n’est pas très connu, mais il est bon de se rappeler que, il y a déjà près de quatre ans, Frédéric Tellier offrait, avec L’affaire SK1, son meilleur rôle à Raphael Personnaz, dans la peau d’un inspecteur de police à la recherche d’un redoutable serial-killer. Aujourd’hui, c’est à Pierre Niney qu’il a permis de se glisser dans un autre uniforme, celui d’un sapeur-pompier.

Force est de constater que le trentenaire, découvert il y a 10 ans dans Nos 18 ans (il est le seul de cette troupe prometteuse à avoir explosé, dommage), porte bien l’uniforme. La première partie du film, qui le suit dans son quotidien militarisé, le hisse même au rang de véritable figure héroïque. Le voir sauver de pauvres gens, appartenir à une équipe soudée, arborer un torse musclé (le bougre a pris 10 kilos de muscles pour le film tout de même !) et surtout former un couple idyllique avec la douce Anaïs Demoustier s’avère composer un bien meilleur clip de recrutement au métier de pompier que ce qu’avait pu être, l’an dernier, Les Hommes du Feu (et oui, tout le monde l’a oublié malgré son réalisme quasi-documentaire!).

Mais, contrairement aux apparences de ces premières minutes, Sauver ou Périr ne fait pas que nous montrer les pompiers comme des surhommes invincibles dont on voudrait acheter le calendrier. Au contraire. La réussite de ce film est justement de briser brutalement cette image fantasmée en renvoyant le personnage de Franck à son statut d’être humain fragile. Après l’accident dont il est victime – et qui nous rappelle que, finalement, le métier de pompier, c’est peut-être pas si bien –, celui qui vivait à travers l’aide des autres va devoir apprendre à se reconstruire.  Avec moins de légèreté que ne l’avait fait Grand Corps Malade l’an dernier, Tellier signe un bel hommage aux victimes du destin qui se battent pour réapprendre à vivre dans un corps abimé. Si son approche est plus dur que dans Patients, c’est essentiellement parce qu’il nous laisse à voir son héros handicapé se demander si ce combat vaut le coup d’être mené.  Et c’est dans les différences phases de cette cruelle introspection que Pierre Niney nous offre une prestation remarquable. De la même manière, les personnages secondaires, à commencer par Anaïs Demoustier dans le rôle de cette femme qui remet en doute son amour pour son mari tombé de son piédestal, participent à rendre ce récit bouleversant.

Et pourtant, à force de vouloir faire de chacun des protagonistes un élément calibré à rendre l’ensemble attendrissant (le médecin qui raconte avoir survécu à un cancer, à quoi bon sinon pour faire pleurer le chaland?), fait souvent risquer à la recette d’apparaitre comme purement larmoyante. Si le film est souvent qualifié de mélo tire-larme c’est bien parce que la seconde moitié est entièrement concentrée sur le personnage de Franck et sur sa peine à se trouver une nouvelle raison de vivre que l’aide de soi. Plutôt que cette approche sentimentale, Tellier aurait beaucoup gagné à profiter de cette construction en deux parties pour mieux mettre en parallèle l’héroïsme dont font preuve les pompiers et le soutien que les handicapés ont besoin de recevoir de leurs proches, afin de rendre comparable leur sens du sacrifice. Hormis ce manque d’équilibre émotionnel, conséquence d’un point de vue limité, on peut reconnaitre à Sauver ou Périr d’être un drame qui ne sombre jamais dans le pathos lourdaud, et ce essentiellement grâce au ton très juste de son excellent casting. Frédéric Tellier reste un cinéaste à suivre.

Sauver ou Périr : Bande Annonce

Synopsis : Franck est Sapeur-Pompier de Paris. Il sauve des gens. Il vit dans la caserne avec sa femme qui accouche de jumelles. Il est heureux. Lors d’une intervention sur un incendie, il se sacrifie pour sauver ses hommes. A son réveil dans un centre de traitement des Grands Brûlés, il comprend que son visage a fondu dans les flammes. Il va devoir réapprendre à vivre, et accepter d’être sauvé à son tour.

Sauver ou Périr : Fiche Technique

Réalisation : Frédéric Tellier
Scénario : Frédéric Tellier et David Oelhoffen
Interprétation : Pierre Niney, Anaïs Desmoutiers, Chloé Stefani, Vincent Rottiers, Sami Bouajila
Image : Renaud Chassaing
Montage: Gwen Mallauran
Musique: Christophe La Pinta, Frédéric Tellier
Décors : Gwendal Bescond
Costumes : Elisabeth Rousseau-Lehuger
Maquillage : Laura Ozier
Coiffure : Charlotte Arguillère
Producteur(s) : Julien Madon
Société de production: A Single Man
Distributeur : Mars Films
Durée : 1h56
Genre : drame
Date de sortie : 28 novembre 2018

France – 2018

3.5

Mektoub my love : canto uno, l’hymne à la vie d’Abdellatif Kechiche

Quatre ans après La vie d’Adèle et les polémiques qui ont suivi, le réalisateur Abdellatif Kechiche revient avec Mektoub my love : canto uno, filmé sur les plages de Sète. Après une bande-annonce inspirante toute en musique, que valent finalement ces trois heures de film ?

Synopsis : Sète, 1994. Amin, apprenti scénariste installé à Paris, retourne un été dans sa ville natale, pour retrouver famille et amis d’enfance. Accompagné de son cousin Tony et de sa meilleure amie Ophélie, Amin passe son temps entre le restaurant de spécialités tunisiennes tenu par ses parents, les bars de quartier, et la plage fréquentée par les filles en vacances. Fasciné par les nombreuses figures féminines qui l’entourent, Amin reste en retrait et contemple ces sirènes de l’été, contrairement à son cousin qui se jette dans l’ivresse des corps. Mais quand vient le temps d’aimer, seul le destin – le mektoub – peut décider.

Le début du film laisse un instant sceptique sur la vision qu’il propose de la femme et du désir en général. Dès les premiers instants, on pense à La vie d’Adèle et ses scènes de sexe interminables et peu réalistes mais l’on y voit du mieux, ce qui donne bon espoir pour la suite. Très vite, le film précédent est oublié au profit d’une immersion dans cette nouvelle bande de potes pour revivre nos étés flamboyants. Les blagues et les mecs un peu lourds font un peu crisper le visage au départ et ce thème fait et refait n’est plus vraiment agréable à regarder mais, là aussi, on commence à s’y habituer et ces scènes finissent même par nous faire rire parce qu’elles deviennent uniquement la toile de fond de tant de belles choses. Abdellatif Kechiche envoûte, d’abord par ses images sublimes, sa passion du gros plan et du mouvement qui met totalement en valeur les acteurs mais aussi par les scènes, très longues et jamais ennuyantes malgré les dialogues répétitifs. Le cinéaste s’empare de ses acteurs et eux de leurs rôles au point où l’on en vient même à se demander s’il y a un texte ou si les scènes ne sont que de l’improvisation. Les dialogues paraissent naturels, communs, comme si la caméra filmait des instants de vie. C’est là tout le réalisme du film.

Les personnages deviennent très vite attachants, il est vrai qu’en trois heures de film, le public a le temps de les cerner et pourtant, il en est un qui reste toujours mystérieux, c’est Amin joué par Shaïn Boumedine. Son regard pénètre tout le film par son intensité et regarde les filles avec une telle tendresse et délicatesse que l’on aurait envie de le voir avec toutes, ou presque. Les regards, c’est là la première fenêtre où l’on aperçoit le désir. Dans Mektoub, my love : canto uno, ils nous foudroient. Que ce soit ceux des filles ou des garçons, tous se désirent et s’aiment, de toutes les manières possibles et cette jeunesse libre pleine de vie est très bien portée par tous les acteurs. À l’occasion du film, Kechiche retrouve d’ailleurs l’actrice qu’il avait révélé dans La graine et le mulet en 2005, Hafsia Herzi, vue aussi récemment dans L’amour des hommes de Mehdi Ben Attia. La jeune femme est accompagnée de Salim Kechiouche déjà aperçu dans La vie d’Adèle en 2014 mais aussi dans Le fil, là encore de Mehdi Ben Attia ou bien dans Corps étranger, en février. Ces acteurs dont la carrière a déjà bien démarré donnent la réplique à des nouvelles têtes de cinéma comme les révélations Ophélie Bau et Lou Luttiau, toutes deux superbes avec un charme que la caméra saisit très bien.

Le style du réalisateur est toujours particulier et cela peut plaire ou laisser totalement stoïque, mais il est sûr que ce qu’il propose est une véritable expérience cinématographique et artistique. L’esthétique auquel il s’attache est d’une poésie sans limite quand il s’agit de saisir l’envie et le désir. Les nombreux plans sur les fesses des femmes ou sur leur corps tout entier montrent l’amour que le cinéaste leur voue et la liberté à laquelle il les associe. L’érotisme brûlant que l’on trouve dans la bande-annonce est bel et bien présent durant tout le film et la musique ne fait qu’augmenter la sensualité et la séduction omniprésente. Difficile d’ailleurs de ne pas avoir envie d’écouter You make me feel de Sylvester en sortant dans la salle, et difficile surtout de ne pas avoir envie de danser sur son siège durant toute la séance.

Mektoub my love : canto uno est donc une des plus belles réussite de son réalisateur et efface le manque de finesse de La vie d’Adèle au profit d’un désir totalement magnifié par la caméra et les regards que l’on oublie pas. L’alchimie est belle, mais la suggestion l’est encore plus. Kechiche a d’ores et déjà annoncé qu’il y avait un second opus tourné, on espère alors retrouver le cinéaste sur la Croisette en mai prochain.

Mektoub my love : canto uno – Bande-annonce

Mektoub my love : canto uno – Fiche Technique

Réalisation : Abdellatif Kechiche
Scénario : Abdellatif Kechiche, Ghalia Lacroix, d’après l’oeuvre de François Bégaudeau
Interprétation : Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kechiouche, Lou Luttiau, Alexia Chardard
Image : Marco Graziaplena
Montage : Nathanaëlle Gerbeaux, Maria Gimenez Cavallo
Décors : Michelangelo Gionti, Michel Charvaz
Producteur(s) : Abdellatif Kechiche, Ardava Safaee, Jérôme Seydoux
Société de production : Quat’sous films
Distributeur : Pathé Films
Durée : 2h55
Genre : drame, romance
Date de sortie : 21 mars 2018
France – 2018

La belle et la meute, guerrière parmi les loups

Présenté au dernier Festival de Cannes dans la sélection Un certain regard, La Belle et la meute est le troisième long métrage de fiction de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania. Habituée aux expérimentations cinématographiques, elle fait de ce film une œuvre technique et critique à travers un véritable fait divers ayant remué le pays des années plus tôt. Une affaire de viol sur laquelle la victime s’exprime elle même dans le livre Coupable d’avoir été violée, point de départ du scénario.

synopsis : Lors d’une fête étudiante, Mariam, jeune Tunisienne, croise le regard de Youssef. Quelques heures plus tard, Mariam erre dans la rue en état de choc. Commence pour elle une longue nuit durant laquelle elle va devoir lutter pour le respect de ses droits et de sa dignité. Mais comment peut-on obtenir justice quand celle-ci se trouve du côté des bourreaux ? La Belle et la Meute

La Belle et la Meute est composé de neuf chapitres, sans titre mais qui chacun marque une courte pause afin de laisser au spectateur le temps de respirer quelques secondes avant de revenir dans cette lutte suffocante. La réalisatrice choisit de tourner chacune de ces parties en plan séquence et plonge le spectateur dans l’instant en restituant l’oppression de ce huis clos interminable. Caméra à l’épaule, au plus près des émotions de Mariam, victime du viol et interprétée par Mariam Al Ferjani, aucun décor incroyable ne vient apporter un quelconque objet de divertissement au public. Seuls couloirs et bureaux forment le cadre, les plans sont resserrés et quand ils ne le sont pas, ils illustrent la solitude de la jeune tunisienne au milieu de la ville ou des couloirs dans lesquels personne ne lui vient en aide. Les couleurs sont sombres, l’atmosphère lugubre, pesante, les tremblements et la respiration de Mariam donnent le rythme au récit qui nous saisit entièrement.

On voit là, la passion de Kaouther Ben Hania pour le cinéma dans son entité. D’abord, parce qu’elle raconte quelque chose et livre un message, en s’appuyant sur des faits qui plus est, sûrement dû à ses habitudes de documentariste ; mais surtout, parce qu’au delà de ça, elle prouve encore une fois qu’elle aime le cinéma pour ce qu’il est, pour son art et ses possibilités. Elle joue avec les codes qu’elle connaît si bien. En choisissant le plan séquence, elle s’impose elle même une difficulté qui n’aurait pas été nécessaire au film puisqu’elle y fait des ellipses intelligentes. Pourtant, ce choix est important dans ce qu’il dit de la souffrance du personnage. Techniquement, il n’est pas le procédé le plus rapide et le plus simple du cinéma. Au contraire, il demande du temps, de la patience, et de la qualité dans le jeu d’acteurs. Ici, il montre toute la lenteur de la procédure, l’enfer qu’a vécu cette femme pendant cette longue et interminable nuit ce qui se révèle accentuer la douleur et torturer le spectateur. À propos du jeu des acteurs, que l’on sait important lorsque l’on utilise une telle technique, il semble parfois relativement théâtral, ce qui enlève un peu de profondeur aux émotions mais donne un peu d’air et de distance au public, qui se retrouve oppressé la plupart du temps. Le jeu n’est pas maladroit, il sert surtout le film dans ces rares moments de répit.

Alors que le cinéma de Kaouther Ben Hania prend son inspiration dans son pays, la Tunisie ne sert qu’au contexte pour livrer un propos universel dans La Belle et la meute. Cependant, comme à son habitude, elle nous livre quelques récits sur la société tunisienne en dénonçant vivement le fonctionnement de la police. Replacé dans son contexte culturel, le film montre malgré tout l’évolution positive de la première démocratie arabe. Quelques années auparavant, il n’aurait jamais pu être distribué en Tunisie et aurait probablement subi de nombreuses censures, or aujourd’hui, une sortie est annoncée pour le mois de novembre. De plus, le Ministère de la Culture a contribué au financement du film, ce qui montre l’immense avancée dans la liberté d’expression du pays. De ce fait, il est plutôt regrettable que ces progrès ne soient pas du tout montrés dans le film qui ne livre que les aspects négatifs d’un pays où la corruption laisse beaucoup de séquelles. En effet, la réalisatrice ayant collaboré avec la vraie victime que cette affaire a touché, il aurait été judicieux de préciser à la fin du film le prolongement de cette enquête dans laquelle elle a eu gain de cause après deux années de combat puisque les coupables ont été condamné à 12 ans de prison. Kaouther Ben Hania livre alors sa vision pessimiste de la Tunisie en choisissant de montrer que l’injustice demeure là où elle a pourtant été rendue, bien que le débat peut largement rester ouvert sur les peines encourues. Sans minimiser la lutte et la lenteur scandaleuse du jugement, seulement un peu d’espoir et d’optimisme auraient été les bienvenus pour atténuer la douleur.

« N’abandonne pas tes droits. »

Cette phrase, elle revient à deux reprises et se place comme un élément essentiel du message livré par la cinéaste. Cette phrase, ce sont chacun leur tour, deux hommes qui la disent à Mariam. Ce qui peut sembler anodin dit comme ça a en fait toute son importance dans ce film qui, au lieu de placer tous les hommes en bête féroce, choisit d’en prendre deux comme alliés. Tout d’abord et par ordre d’importance, Youssef, le jeune tunisien avec qui elle était au moment des faits, qui nous fait douter un peu au début de son intention, mais qui devient la seule épaule capable d’aider et de se battre pour Mariam, quand elle n’en a pas la force. Si l’on peut penser au début qu’il utilise cette histoire de viol pour renverser la politique du pays sans une seule fois penser aux dommages psychologiques qu’est en train de subir la jeune fille, on se rend vite compte de sa bienveillance, parfois maladroite mais vitale à Mariam à ce moment là. Le film déjoue les clichés et les raccourcis terribles et faciles en plaçant un féminisme apaisé qui crache sur la cruauté de certains hommes sans pour autant nier l’humanité de certains autres. De plus, un autre homme aide Mariam et c’est sans doute celui qui fera tout changer en donnant la dernière note de courage dont elle avait besoin quand elle allait tout abandonner. Cela a d’autant plus d’ampleur qu’il est policier et semble en avoir à dire mais il se tait, durant presque tout le film, quand il pourrait changer les choses, il regarde, il laisse faire pour finir par exploser. Cette solidarité inversée est surprenante et révoltante d’une certaine manière puisque les femmes se défilent alors que le public s’attend à voir de la compassion de leur part. Des médecins à la policière, toutes l’abandonnent là où l’on imagine de l’aide et du soutien.

Les plans-séquences suivent autant le cours de l’affaire que l’évolution psychologique de cette femme qui se métamorphose en une nuit. De victime sous le choc, elle devient une combattante déterminée. De jeune femme, elle devient héroïne. Mariam trouve la force là où elle n’en avait plus. C’est sans doute en essuyant toutes les paroles misogynes et ignobles sur sa tenue et sur les femmes, qu’elle finit par mettre à profit toute la colère qui la submerge. À l’image de la jeunesse tunisienne qui s’élève, Mariam s’éveille et va livrer une bataille personnelle et politique. Avec un dernier plan fort en symbole, la réalisatrice achève le film en osant. En osant faire du voile une cape de super-héroïne. Au delà du féminisme apparent du film, La Belle et la meute parle de justice et marque les esprits à jamais à travers cette histoire.

La Belle et la Meute : Bande Annonce

La Belle et la Meute : Fiche Technique

Titre original : Aala Kaf Ifrit
Réalisation : Kaouther Ben Hania
Scénario : Kaouther Ben Hania
Interprètes : Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli, Noomane Hamda, Mohamed Akkari, Chedly, Arfaoui Anissa Daoud, Mourad Gharsalli
Musique ; Amine Bouhafa
Image : Johan Holmquist
Montage : Nadia Ben Rachid
Décors : Moncef Hakouna
Costumes : Nedra Gribaa
Maquillage : Hajer Bouhawala
Producteurs délégués : Habib Attia, Nadim Cheikhrouha
Sociétés de production : Cinetelefilms, Tanit Films
Société de distribution : Jour 2 fête
Budget : 850 000 €
Durée : 100 minutes
Genre : drame, policier
Date de sortie : 18 octobre 2017

 

PIFFF 2018 : Présentation de la programmation

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Pour sa huitième année, le Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF) va coloniser la salle du Max Linder Panorama du 4 au 9 décembre pour nous offrir une semaine remplie de cinéma de genre venu des 4 coins du monde. À cette occasion, LeMagduCiné va y faire un petit crochet le temps du week-end, histoire de voir ce que les programmateurs nous ont concoctés. Mais avant ça, il est temps de faire un petit point sur la sélection de cette édition 2018.

Au contraire de l’autre festival de genre de la capitale, L’Étrange Festival, le PIFFF préfère miser sur la qualité que la quantité. En résulte, une programmation de 24 longs-métrages, choisi avec soin par Fausto Fasulo, le rédacteur en chef de Mad Movies, et son équipe. Ces 24 films sont répartis dans 3 grandes catégories : la compétition, les films hors-compétition et les séances cultes. 8 films vont donc s’affronter pour tenter de repartir avec l’Oeil de d’or et succéder au mexicain Tigers are not afraid, heureux lauréat de l’édition 2017. Parmi ces 8 films, quelques uns ont déjà pu être vus dans d’autre festival, et notamment lors du FEFFS que l’on avait couvert au mois de septembre. C’est le cas du très bon Piercing de Nicolas Pesce, oeuvre ultra-stylisée renvoyant à tout un pan du cinéma des 70’s, et notamment le giallo. Une adaptation d’une œuvre de Ryu Murakami où le SM joue une place prépondérante. À ses côtés, Terrified avait provoqué son petit effet lors des séances de minuit du festival strasbourgeois, avec son concentré de terreur venu d’Argentine. Plusieurs premières françaises auront également lieu au cours de cette compétition. On retrouvera par exemple l’anglais Await Further Instructions où une famille se retrouve piégé dans la maison de famille au cours d’un repas de Noël qui va définitivement mal tourné. Un film dont le postulat renvoie à la série à succès Black Mirror. L’Europe sera aussi représenté par la Suède avec The Unthinkable, réalisé par un collectif de 5 amis cinéphiles répondant au doux nom de Crazy Pictures. L’occasion de nous emmener en voyage dans un Stockholm traumatisé par une attaque terroriste où l’on suivra une famille marquée de manière très différente. Petit cocorico pour terminer sur la compétition avec pas moins de 3 films français présents cette année. On commence par la production franco-marocaine, Achoura réalisé par Talal Selhami, un habitué du PIFFFcast, le podcast géré par l’équipe du festival. Le cinéaste nous apporte un long-métrage aux allures de Ça, où un groupe de gamin s’amuse à se faire peur dans une vieille bâtisse lorsque l’un d’eux disparaît, avant de réapparaître plus de 25 ans après. Dans un autre registre, le spécialiste des effets spéciaux Olivier Alfonso signe sa première réalisation avec Girls with Balls, qui suit une équipe féminine de volleyball aux prises avec des paysans consanguins. Un pitch qui promet une certaine générosité dans les effets gores. Pour finir, après plusieurs courts-métrages et un moyen-métrage ayant fait sensation dans plusieurs festivals, Quarxx viendra présenté son premier long, Tous les dieux du ciel, qui annonce une proposition de cinéma très singulière.

Du côté des films hors-compétitions, le festival s’ouvrira sur le très attendu Assassination Nation. Le film de Sam Levinson, fils de Barry, nous emmène dans une chasse aux sorcières 2.0, où quatre jeunes filles se retrouvent être pris pour cible après qu’un hacker ait piraté les données de toute la ville. La clôture mettra à l’honneur un autre film dont la bande-annonce a fait sensation et dont on attend impatiemment la sortie en 2019, Sorry to Bother you du musicien Boots Riley. Une dystopie militante vendue par l’équipe du festival comme un mélange de Idiocracy et Spike Lee avec Lakeith Stanfield et Tessa Thompson en tête d’affiche. En ce qui concerne, les autres films hors-compet, on retrouvera la survival féministe What keeps you alive, déjà vu au FEFFS, ainsi que trois films nippons. Trois films diamétralement différents allant du yakuza-eiga avec The Blood of the Wolves au film de zombie méta avec Ne coupez pas!. Ce sera également l’occasion de voir le retour du cinéaste punk Sogo Ishii avec Punk Samurai Slash Down dont le titre annonce à lui tout seul la couleur. L’Inde sera pour la première à l’honneur avec The Man who feels no pain, une variante déjantée du vigilante movie. Avec We, on se retrouve avec un film renvoyant directement à des œuvres comme Spetters de Paul Verhoven, un film néerlandais mettant en avant une jeunesse de tous les excès. Parmi les auteurs confirmés, on retrouvera l’anglais Peter Strickland ayant déjà fait sensation avec son cinéma raffiné dans The Duke of Burgundy, qui embrasse le fantastique cette fois-ci de manière frontale avec In Fabric, qui raconte l’histoire d’une robe maudite. Enfin, l’un des films les plus attendus de cette édition est sans aucun doute, Lords of Chaos, l’adaptation du best-seller éponyme retraçant l’ascension de la scène black metal norvégienne dans les années 90 et notamment des grandes figures Euronymous et Varg Vikernes et tout les incidents qui vont en découler.

On finit sur les cinq séances cultes qui, plutôt que de mettre en avant les sempiternelles classiques de l’horreur , permettront de revoir plusieurs œuvres injustement oubliés. Pour ce qui est de la séance élèves, c’est L’Homme qui rétrécit du tandem Arnold/Matheson qui a été choisi. Dans le reste de la sélection, ça sera l’occasion de revoir le mal-aimé Halloween 3 : Le cri du sorcier, seul volet de la saga où Michael Myers n’apparaît pas mais qui a su se forger un petit cercle d’adorateurs après avoir subit un bide retentissant à sa sortie. Dans la même catégorie des films peu mis en lumière, on a l’excellent western cannibale Vorace d’Antonia Bird, un film de studio ahurissant avec un Robert Carlyle dans son meilleur rôle. L’Australie sera quant à elle mis sur le devant de la scène avec un chef d’œuvre de l’ozploitation, Next of Kin, lui aussi devenu assez rare. Cette 8ème édition sera également le moment de redécouvrir l’un des plus grands films de serial killers de l’histoire du 7ème art, Maniac de William Lustig. Tout ce programme de long-métrages sera accompagné par deux compétitions de courts-métrages francophone et internationale, où l’on retrouvera dans le jury, le scénariste Balak, le musicien Toxic Avenger, les réalisateurs Olivier Abbou et Julien Maury ainsi que l’actrice Julie Gayet.

Une programmation alléchante que vous pouvez retrouver de manière complète sur le site du PIFFF ainsi que le planning des séances. N’hésitez pas non plus à écouter le PIFFFcast consacré à cette édition où l’équipe revient en détail et sans spoiler sur l’intégralité de la sélection.

Programmation complète sur le site du PIFFF

Épisode du PIFFFcast revenant sur l’intégralité de la sélection.

Bodied de Joseph Kahn, YES WE KAHN

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Ayant écumé les festivals dans le monde entier pendant quasiment 1 an, en témoigne sa présentation au PIFFF en 2017, le tant attendu Bodied de Joseph Kahn débarque enfin. Mais attention, ce n’est pas sur les grands écrans que nous découvrirons cette bombe, mais sur Youtube Premium, la plateforme de VOD de Google. Un geste qui n’est finalement pas anodin quand on connait le parcours de Joseph Kahn. L’occasion donc avec la sortie de son nouveau film de revenir sur un cinéaste définitivement en marge.

Même si son nom ne vous dit rien, vous avez forcément du tomber à un moment donné de votre vie sur le travail de Joseph Kahn. Né Ahn Jun-hee à Busan en Corée du Sud au début des années 70, le jeune garçon émigre avec sa famille vers les Etats-Unis et notamment le Texas à l’âge de 7 ans. L’occasion ensuite de s’essayer à des études de cinéma à New York avant de finalement les abandonner pour travailler dans un cinéma. C’est au début des années 90 que Joseph Kahn va alors commencer une carrière prolifique dans la réalisation de clips vidéos. En commençant par mettre en scène des clips pour des groupes de la scène de Houston aux styles très variés, allant du noise rock de Pain Teens au hip-hop de Geto Boys. Le jeune homme commence à prendre des galons et se retrouve au milieu des 90s à faire le clippeur pour des artistes de plus en plus reconnus comme c’est le cas pour Public Enemy, Korn ou encore Rob Zombie. Ce succès lui permet même de créer en 1999, sa propre compagnie de production à l’aide de Chris Lee, producteur à qui l’on doit notamment Jerry Maguire. Jospeh Kahn devient alors un clippeur renommé travaillant désormais pour U2, Britney Spears ou encore Muse. Comme dit précédemment, le travail de Joseph Kahn a inondé les chaînes musicales au début des années 2000 et parmi ses faits les plus notables on peut noter le très sexy Toxic de Britney Spears (annonçant à certains moments Torque) ou le délirant Without Me pour Eminem qui lui vaudra d’ailleurs son premier Grammy Awards en 2003. Un clip qui témoigne par ailleurs de cette patte Joseph Kahn et de son amour incommensurable pour la pop culture et la culture hip-hop.

Joseph Kahn finira inévitablement par croiser le chemin de Hollywood. C’est ce qui arrive en 2004. Alors que la franchise Fast and Furious débute à peine, le succès du film de Rob Cohen, force Hollywood à surfer sur la vague. Voilà pourquoi, le producteur de la franchise, Neal H. Moritz, décide de se lancer dans une variante 2 roues de son précédent succès. En résulte donc la mise en chantier de Torque, sous-titré en France La Route s’enflamme avec Joseph Kahn aux manettes. Avec un titre comme ça, pas besoin de réfléchir 2 heures pour comprendre que Torque s’avère être un véritable nanar. Le film subit un échec cuisant à la fois critique où il est proprement assassiné et public ne récoltant qu’un maigre 46 millions de dollars de recettes pour un total de 40 millions de budget. Un film qui tue dans l’œuf la carrière à Hollywood de Joseph Kahn. Torque est évidemment un mauvais film mais qui fait preuve d’une certaine générosité de la part de son metteur en scène, n’hésitant pas à aller de plus en plus loin (parfois trop) dans ses effets, comme le bon clippeur qu’il est. Dans Torque, l’introduction d’une clé dans le contact est filmé comme si l’on plantait une épée dans le cœur d’un dragon, et le duel à moto final est absolument hallucinant de mauvais goût visuel. Le tout est accompagné d’acteurs qui cabotinent (la VF est d’ailleurs succulente, empilant des accents américains ridicules) et un scénario somme toute assez risible, l’échec du film était clairement annoncé.

Joseph Kahn se tient donc longtemps éloigné des plateaux de cinéma, préférant consacré son style effréné à son premier amour, le videoclip. Le clip qui a toujours été un véritable terrain d’expérimentation, permettant aux réalisateurs de repousser toutes les limites, étant donné que la narration en est rarement le but principal. Joseph Kahn enchaîne alors à nouveau les réussites travaillant pour des stars aux empreintes visuelles très marquées comme Lady Gaga pour laquelle il signe le clip de Love Game ou encore la superstar Taylor Swift avec qui il collabore fréquemment. Mais l’envie de faire du cinéma n’a pas disparu. Sauf que vu qu’Hollywood ne veut pas de lui, Kahn décide de produire ce dont il a envie en dehors du système, et cela va donner naissance à l’une des œuvres plus folles des années 2010. 6 ans après la sortie de Torque, Joseph Kahn se lance dans le tournage de Detention, son deuxième film qu’il aura financé majoritairement avec ses propres économies. Le film est une véritable déclaration d’amour à la culture des années 90 alignant les références au travers de ses personnages, de son esthétique et même de son genre. Detention est en effet une relecture du meta-slasher, genre mis en vogue dans la deuxième moitié des années 90 avec la saga Scream et tous les films qui auront surfé sur cette vague. Mais le film n’est pas que ça, et devient très vite un gros bordel pas si désorganisé,  un véritable melting-pot de genre, de ses allures de teen movie  en passant par le surnaturel et la science-fiction en y incorporant du voyage dans le temps, Detention est véritablement délirant. De plus, l’influence clippesque de Kahn se fait ressentir à chaque moment, le cinéaste multipliant les effets tape à l’oeil allant de l’incrustation à la multiplication de cut très rapide donnant un dynamisme frénétique à l’oeuvre pouvant parfois épuiser. Detention est mieux accueilli que Torque mais reçoit cependant toujours des retours assez mitigés. Le film aura quoi qu’il en soit réussit à créer un petit culte grâce à ses passages dans divers festivals et notamment lors de la première édition du PIFFF.

Joseph Kahn devient alors une personnification du cinéaste en marge du système. L’américano-coréen poussant même le vice en réalisant un court-métrage non officiel Power Rangers avec l’aide de l’acteur James Van Der beerk. Une œuvre bien sombre qui en 14 minutes rend bien plus hommage à la série de Sentai des années 90 que l’innommable bouse sorti il y a 2 ans. Tout cela nous amène donc à 2017 et la première présentation de Bodied, troisième film de Kahn. Tout au long de sa carrière, la musique et notamment la culture hip-hop a joué un rôle prépondérant dans la vie de Joseph Kahn. Avec l’aide de son ancien acolyte Eminem à la production, Kahn se lance dans la réalisation d’un film sur le milieu des rap battle et son influence dans les minorités aux États-Unis. Un monde très peu vu au cinéma et dont la dernière incursion remonte au début des années 2000 avec 8 mile qui avait, coïncidence, Eminem en vedette. Dès les premiers instants de Bodied, Kahn nous plonge dans cet univers méconnu de la manière la plus féroce qui soit. Un sous-sol, de nombreux individus agglutinés en cercle autour de 2 hommes s’échangeant des joutes verbales particulièrement agressives nommées bars. Là encore l’héritage du vidéoclip de Kahn se fait ressentir, la première séquence est rythmée, les incrustations sur l’écran sont légion et le montage aussi percutant que les punchlines des protagonistes. Les références à la pop culture peuplent encore une fois le long-métrage en témoigne un verse où le héros aligne les punchlines en rapport avec le jeu vidéo. Le frénétisme du film va de pair avec son jeu sur le langage où les lignes de dialogues fusent comme des balles, s’amusant avec des jeux de mots ou des rimes tel de la poésie urbaine. Les sous-sols qui accueillent les battles deviennent alors de véritable ring de boxe. Bodied va suivre l’histoire du jeune Adam, blanc-bec bourgeois de Berkeley passionné par les rap battle et qui veut se lancer dans une thèses sur l’utilisation du fameux N-Word. Très vite, le jeune homme va se prendre au jeu, sous la protection de Behn Grymm, son idole, et figure respecté du milieu. Cela va cependant aller beaucoup trop loin.

En dépeignant ce monde particulièrement violent, Joseph Kahn met en avant plusieurs problématiques qui s’ancrent pleinement dans la société actuelle. Au travers des rap battles, Joseph Kahn questionne à l’heure des réseaux sociaux et notamment de Twitter et de son anonymat, le poids de certaine paroles et la discrimination qui les accompagne. Cela s’exprime à merveille au travers du personnage de Adam, qui lorsqu’il débute dans le milieu de la rap battle rechigne à « bodied » (version hardcore du terme cassé de notre cher Brice) sur les origines ethniques. Mais alors qu’il est acculé par son opposant Prospek, un rappeur d’origine coréenne, Adam envoie valser ses principes. Le jeune homme va donc s’enfoncer dans une spirale, enchaînant les propos de plus en plus limites, qu’ils soient racistes ou misogynes. L’affrontement final est d’ailleurs l’un des moments les plus violents de l’année cinéma 2018, repoussant constamment les limites de ce que l’on peut dire avec ses punchlines. De part son origine coréenne, Joseph Kahn s’identifie facilement à cette problématique du racisme et sexisme ordinaire qui a redoublé avec l’élection de Trump en 2016. Kahn a cependant l’intelligence de ne pas se poser en moralisateur et jouant à la fois avec des gros clichés du raciste au travers d’un personnage tout simplement nommé Racist mais également sur les personnages qui se la jouent woke et qui participent tout autant au problème, comme en témoigne la troupe d’ami particulièrement condescendante de Adam, dont la petite amie en est l’exemple le plus frappant. En étudiant le microcosme de la rap battle et de ses problèmes inhérents, il parle donc également du monde de manière générale. Le discours de Kahn se fait d’autant plus acéré qu’il peut se le permettre en étant en marge de Hollywood. Le réalisateur peut se faire alors particulièrement cinglant envers l’administration Trump à la fois dans son film qu’il ne lui fait pas de cadeau, mais également sur son compte Twitter où Kahn s’en donne à cœur joie et n’y allant pas avec le dos de la cuillère. Tout cette liberté est véritablement bénéfique pour Kahn, et c’est ce  qui lui permet d’accoucher d’une œuvre aussi brutale que Bodied. Une œuvre proprement galvanisante à la fois dans sa mise en scène tonitruante que dans son propos sociétal. Un véritable must-see de 2018, qui n’aura pas pu sortir au cinéma, mais qu’à cela ne tienne, profitez du mois d’essai gratuit de Youtube Premium et courez voir Bodied pour vous prendre une puissante claque dans la tronche.

Bodied – Bande Annonce

Bodied – Fiche Technique

Réalisateur : Joseph Kahn
Scénariste : Joseph Kahn et Alex Larsen
Acteurs : Calum Worthy, Jackie Long, Rory Uphold, Dumbfoundead, Walter Perez
Photographie : Matt Wise
Distributeurs : Youtube Premium
Genre : Comédie dramatique/Musical
Durée : 2h
Date de sortie : 28 novembre 2018

Jusqu’à la garde de Xavier Legrand : la violence du genre

Par sa mise en scène dans laquelle l’image se fait froide et déstabilisante, Jusqu’à la Garde de Xavier Legrand se mue en un immense morceau de cinéma. Déroutant car complexe, le film se veut être une autopsie viscérale dévoilant l’effondrement d’une famille et le portrait asphyxiant d’une violence conjugale pernicieuse.

Pour un premier film, il est peu courant de voir un tel degré d’exigence et de maturité. Jusqu’à la Garde nous présente Miriam et Antoine qui ne s’aiment plus, qui divorcent. Alors que leur couple n’existe plus, l’un comme l’autre tente d’avoir la garde de leur jeune garçon Julien. Pendant toute la durée de son film, Xavier Legrand jouera sur les contrastes, entre la simplicité du dispositif et la complexité des sentiments, et minimisera ses effets pour accentuer la torpeur qui imprégnera la situation. Situation qui se focalisera presque exclusivement à travers les yeux du jeune Julien.

Un repas de famille, une fête d’anniversaire, ou même de simples trajets en voiture, Jusqu’à la garde transpire le réalisme, se sert de cette aspérité concrète pour faire naître la peur ou l’empathie, infuser une tension qui ne se détache pas ou peu des images. Dès la première séquence, la fameuse confrontation devant le juge, la réalisation et le montage se veulent rêches, avec des plans fixes bruts de décoffrage à l’instar de ce que peuvent laisser transparaître des réalisateurs comme Michael Haneke ou Michel Franco. Dans ce tribunal d’instance, Miriam plaide pour la garde exclusive de leur fils Julien, 12 ans, accusant Antoine d’intimidation et de violence contre leur fille aînée Joséphine. Les silences, les regards ou même les gestuelles en disent long sur le volcan qui bouillonne chez les personnages.

C’est une qualité que présente la fine écriture de Xavier Legrand, qui durant cette scène, implicite autant qu’explicite, met le public dans une position similaire au magistrat en ce sens que notre compréhension de l’affaire est purement juridique, procédurale. Au regard du titre de l’œuvre, il est intéressant de noter que le mot « garde » peut prendre plusieurs significations : la garde de l’enfant, la position de protection ou même l’emprisonnement, l’étreinte. C’est certes dramatique, mais l’actualité brûlante qui existe en France fait que Jusqu’à la Garde prend une ampleur tout autre. Le film devient même une mise au point, un rappel à l’ordre concernant l’enjeu familial qui se joue devant nos yeux, et qui se joue dans nos foyers.

Ce thème de la violence conjugale est un vrai problème de société et a été très peu abordé au cinéma. Quand un mariage tombe, que l’amour s’effrite, il change obligatoirement la vie des conjoints en question. La souffrance que vivent les enfants est encore plus intense. Le film de Xavier Legrand traite de l’effet d’un mariage brisé sur les enfants, mais ne prend pas cet arc narratif spécifique comme un simple constat. Les dérives sont encore plus souterraines. Jusqu’à la Garde explore la terreur domestique à travers les portes, où les lieux d’habitations deviennent une sphère à la fois de protection mais aussi de danger. Le scénario de Xavier Legrand nous donne très peu d’informations, sauf à travers les confrontations et ce que nous tirons du comportement des différents membres de la famille. Xavier Legrand nous éblouit, et nous achève avec le même sentiment de gravité qui animait Faute d’Amour de Andreï Zviaguintsev, grand film de 2017, qui lui aussi s’accaparait le sujet de la famille contemporaine.

Pourtant, le film brouille les pistes, a cette intelligence de ne pas nous mâcher le travail et de ne pas éructer un plaidoyer manichéen. Le récit n’est pas schématique mais se veut progressif dans l’apparition de cette folie, de cette colère qui tapisse l’ombre d’un mari violent. Cela commence par une sorte de garde et se termine par l’explosion chez l’autre, lorsque les lieux de refuge se transformeront en forteresses assiégées. Et même si Jusqu’à la garde est nuancé, complexe, il est surtout implacable dans sa résolution. Même lorsqu’Antoine n’est pas là, sa présence est ressentie. La fête d’anniversaire de Joséphine est un moment de fête. Mais alors que tout le monde danse, la problématique est ailleurs, l’horreur va resurgir.

Alors que Carrie de Brian de Palma se faisait humilier sur scène devant tout le monde, Joséphine chante la peur au ventre, sentant le mal arriver. Les projecteurs aveuglent le hors champ dévastateur qui va commencer à s’épaissir. Le talent de Xavier Legrand est de nous faire ressentir l’inéluctabilité de cette peur, et que la repentance de cette violence n’était qu’un feu de paille.

Commençant comme une introspection sociale, une étude de cas familiale, Jusqu’à la Garde finit en trombe, à la lisière du cinéma de genre, comme un film d’horreur qui n’a rien à envier aux mastodontes. Même si l’œuvre n’effleure jamais le dolorisme d’un Steve McQueen ou d’un Michel Franco, nous avons en face de nous un coup de maitre dans lequel on finit anéanti, la boule au ventre. On ne peut plus dire que nous n’avons pas été témoins. Dans Jusqu’à la garde, le soulagement n’existe pas.

Les stigmates, les traces sur les portes sont indélébiles. Dans une atmosphère claustrophobe, qui interpelle Shining de Stanley Kubrick, toute la sympathie que nous pourrions avoir pour Antoine commence bientôt à s’éroder, car il ressort qu’il est moins motivé par le désir de renouer avec son enfant que par une rage possessive, une tristesse envahissante qui l’habite. Le coup de maître est la façon dont Legrand s’éloigne, presque imperceptiblement, du naturalisme impartial vers l’horreur accablante.

Synopsis :Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive.

Bande Annonce – Jusqu’à la garde

Fiche Technique – Jusqu’à la garde

Réalisateur : Xavier Legrand
Scénariste : Xavier Legrand
Acteurs : Léa Drucker, Denis Ménochet
Photographie : Nathalie Durand
Distributeurs (France) : Haut et Cour
Genre : Drame/Horreur
Durée : 1h34mn
Date de sortie : 7 février 2018

 

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The Rider de Chloé Zhao : L’Amérique des destins brisés

A la lisière du documentaire et de la fiction dans The Rider, la réalisatrice Chloé Zhao se fait le témoin de l’anti chambre du western, avec cette Amérique rêveuse et assoiffée de liberté, mise au tapis suite à sa collision avec une nature indomptable.

Alors qu’il est dresseur de chevaux, qu’il est une étoile montante du rodéo, le jeune Brady voit l’un de ses rides se finir de manière tragique par un traumatisme crânien lors d’une mauvaise chute. Monter à cheval lui est donc dorénavant interdit, pour sa propre santé : The Rider se fait alors le portrait d’un cowboy meurtri dans sa chair et dans son esprit, au crâne agrafé, qui ne sait plus quelle est sa place à la fois dans sa famille mais aussi à travers l’environnement qui l’entoure. Le nouveau film de Chloé Zhao est une œuvre extraordinaire qui nous plonge dans le monde rural du Dakota du Nord, et dépeint de jeunes cavaliers dignes dans la douleur, et presque héroïques quant à leur dévotion culturelle comme en témoignent les multiples apparitions émouvantes de Lane Scott, lui aussi ancienne étoile filante du rodéo.

Avec la pudeur qui la caractérisait déjà dans le très beau Les Chansons que mes frères m’ont apprises, Chloé Zhao filme l’envers du décor d’une Amérique faite de plaines et de couchers de soleil salvateurs, une Amérique sous les feux des projecteurs voulant dominer son espace avec fougue, insouciance et panache mais qui va devoir se redéfinir en oubliant ses propres rêves. Comme le documentaire The Crash Reel de Lucy Walker, The Rider raconte le récit d’une passion addictive malgré l’existence de l’accident, et d’une identification presque destructrice à un rêve. The Rider narre l’histoire d’un cowboy, sans armes et sans possibilité de montrer sa vaillance à l’aide de son cheval. Qui est-il au final ?

La réalisatrice filme avec délicatesse un lieu pour lequel elle montre beaucoup d’empathie : The Rider n’est pas la descente aux enfers d’un homme qui se trouve dans l’incapacité de faire ce qu’il souhaite et dont les moments de gloire ne sont visibles que sur d’anciennes vidéos internet, mais est le dessin d’une communauté, hors du temps et socialement isolée, qui glorifie la nature, se retranche dans leur culture, et accepte le risque de se confronter à quelque chose de plus fort qu’elle. En suivant la lutte réticente de Brady à vouloir s’éloigner du rodéo, des chevaux qu’il aime tant, et du mode de vie sur lequel il a épinglé son identité, il est impressionnant de voir comment Chloé Zhao immerge son personnage dans son propre décorum : avec sa caméra très proche du visage, du corps, des cicatrices lorsque Brady se retrouve dans sa maison ou dans un espace confiné afin de montrer son enfermement et son impuissance quant aux événements.

Mais c’est lorsque Brady passe le palier de la porte, à l’instar d’un cowboy issu de l’univers de John Ford, que Chloé Zhao embrasse son sujet, élargit sa mise en scène, avec ses plans panoramiques d’une nature enchanteresse, pour mieux nous faire comprendre le lien étroit, l’osmose quasi initiatique et existentialiste entre son personnage et ses terres. Dans ce portrait, le plus émouvant ne provient pas de la prise de conscience dramatique d’un avenir restreint, mais se glisse dans la beauté de ces scènes où Brady remet les pieds à l’étrier et renaît le temps d’un instant lors d’une cavalcade à cheval.

Depuis Terrence Malick ou Kelly Reichardt, personne n’avait aussi bien filmé la nature, personne n’avait aussi bien mis en scène ces divagations solitaires dans le creux de cet antre aux multiples mystères. Et c’est ce qui est si subtilement spécial chez The Rider, c’est la matérialisation et déconstruction du mythe américain moderne lorsque la vanité, d’un jeune homme qui a du mal à accepter le fait que sa vie ne sera pas conforme à ses attentes, est déchirante surtout quand on voit le talent et la passion qu’il a cultivés pour apprivoiser les chevaux. Sauf que pour Chloé Zhao, un vrai cowboy, n’est pas une tête brûlée qui va contre vents et marrées, mais c’est aussi un homme qui sait garder son chapeau sur la tête tout en comprenant l’importance de son présent et que les rêves se cachent ailleurs.

Synopsis:Le jeune cowboy Brady, étoile montante du rodéo, apprend qu’après son tragique accident de cheval, les compétitions lui sont désormais interdites. De retour chez lui, Brady doit trouver une nouvelle raison de vivre, à présent qu’il ne peut plus s’adonner à l’équitation et la compétition qui donnaient tout son sens à sa vie. Dans ses efforts pour reprendre en main son destin, Brady se lance à la recherche d’une nouvelle identité et tente de définir ce qu’implique être un homme au coeur de l’Amérique. 

Bande annonce – The Rider

Fiche Technique – The Rider

Réalisateur : Chloé Zhao
Scénariste : Chloé Zhao
Acteurs : Brady Jandreau
Photographie : Joshua James Richards
Distributeurs (France) : Les films du losange
Genre : Drame
Durée : 1h44
Date de sortie : 28 mars 2018

 

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Concours : Gagnez votre coffret du film Pour qui sonne le glas de Sam Wood

Concours  Pour qui sonne le glas : à l’occasion de sa sortie chez Elephant Films, remportez 3 coffrets en édition combo de ce grand classique du cinéma hollywoodien, inspiré du célèbre roman d’Ernest Hemingway, lauréat du prix Pulitzer et d’un prix Nobel.

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

Durant la guerre civile, Robert Jordan, vient en Espagne combattre pour la République. Il est chargé de faire sauter un pont que gardent les fascistes. Conduit dans les montagnes, il fait la connaissance d’un petit groupe de républicains et surtout d’une jeune fille,
Maria. Entre les deux êtres pris dans les passions de l’Histoire, va naître un amour aussi bref que lumineux

Titre original : For whom the bell tolls – D’après le roman d’Ernest Hemingway

Réalisation : Sam Wood – Scénario : Dudley Nichol – Acteurs principaux : Gary Cooper Ingrid Bergmans – Drame de guerre – Durée : 170 minutes

DISPONIBLE LE 30 NOVEMBRE 2018 EN ÉDITION COMBO (2 BLU-RAY + 2 DVD) COLLECTOR chez Elephant Films

PourQuiSonneLeGlas-film-sortie-combo-dvd-bluray-elephant-filmsUne fresque historique réalisée par Sam Wood (Autant en emporte le vent, Une Nuit à l’Opéra) porté par le couple mythique Gary Cooper (L’Extravagant Mr. Deeds) et Ingrid Bergman (Casablanca)

• Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Katína Paxinoú et 9 nominations par l’Academie en 1943
• Un succès légendaire : premier au box-office US de 1943 et plus de 8,27 millions d’entrées en France

UNE ÉDITION ÉVÉNEMENTIELLE BLU-RAY + 2 DVD :
• Le film en version longue restaurée Haute-Définition (158 min. env.)
• Le montage cinéma restauré en Haute-Définition (130 min. env.)
• Le film par Eddy Moine (journaliste) (15 min. env.)
• A propos d’Hemingway : la mort, l’Espagne & Hollywood, par Frederic Mercier, critique à TRANSFUGE (30 min. env.)
• Jaquette réversible, avec l’affiche d’origine PGHT : USA • 1943 • 158-130 minutes 29,99€
• Langues : Français, Anglais
• Sous-titres : Français
• Formats du film respecté 1.33 /
Technicolor
•Encodage blu-ray 1920x1080p

Modalités du jeu concours

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