Sauver ou Périr, le drame d’un héros qui découvre qu’il n’est pas Superman

Son nom n’est pas très connu, mais il est bon de se rappeler que, il y a déjà près de quatre ans, Frédéric Tellier offrait, avec L’affaire SK1, son meilleur rôle à Raphael Personnaz, dans la peau d’un inspecteur de police à la recherche d’un redoutable serial-killer. Aujourd’hui, c’est à Pierre Niney qu’il a permis de se glisser dans un autre uniforme, celui d’un sapeur-pompier.

Force est de constater que le trentenaire, découvert il y a 10 ans dans Nos 18 ans (il est le seul de cette troupe prometteuse à avoir explosé, dommage), porte bien l’uniforme. La première partie du film, qui le suit dans son quotidien militarisé, le hisse même au rang de véritable figure héroïque. Le voir sauver de pauvres gens, appartenir à une équipe soudée, arborer un torse musclé (le bougre a pris 10 kilos de muscles pour le film tout de même !) et surtout former un couple idyllique avec la douce Anaïs Demoustier s’avère composer un bien meilleur clip de recrutement au métier de pompier que ce qu’avait pu être, l’an dernier, Les Hommes du Feu (et oui, tout le monde l’a oublié malgré son réalisme quasi-documentaire!).

Mais, contrairement aux apparences de ces premières minutes, Sauver ou Périr ne fait pas que nous montrer les pompiers comme des surhommes invincibles dont on voudrait acheter le calendrier. Au contraire. La réussite de ce film est justement de briser brutalement cette image fantasmée en renvoyant le personnage de Franck à son statut d’être humain fragile. Après l’accident dont il est victime – et qui nous rappelle que, finalement, le métier de pompier, c’est peut-être pas si bien –, celui qui vivait à travers l’aide des autres va devoir apprendre à se reconstruire.  Avec moins de légèreté que ne l’avait fait Grand Corps Malade l’an dernier, Tellier signe un bel hommage aux victimes du destin qui se battent pour réapprendre à vivre dans un corps abimé. Si son approche est plus dur que dans Patients, c’est essentiellement parce qu’il nous laisse à voir son héros handicapé se demander si ce combat vaut le coup d’être mené.  Et c’est dans les différences phases de cette cruelle introspection que Pierre Niney nous offre une prestation remarquable. De la même manière, les personnages secondaires, à commencer par Anaïs Demoustier dans le rôle de cette femme qui remet en doute son amour pour son mari tombé de son piédestal, participent à rendre ce récit bouleversant.

Et pourtant, à force de vouloir faire de chacun des protagonistes un élément calibré à rendre l’ensemble attendrissant (le médecin qui raconte avoir survécu à un cancer, à quoi bon sinon pour faire pleurer le chaland?), fait souvent risquer à la recette d’apparaitre comme purement larmoyante. Si le film est souvent qualifié de mélo tire-larme c’est bien parce que la seconde moitié est entièrement concentrée sur le personnage de Franck et sur sa peine à se trouver une nouvelle raison de vivre que l’aide de soi. Plutôt que cette approche sentimentale, Tellier aurait beaucoup gagné à profiter de cette construction en deux parties pour mieux mettre en parallèle l’héroïsme dont font preuve les pompiers et le soutien que les handicapés ont besoin de recevoir de leurs proches, afin de rendre comparable leur sens du sacrifice. Hormis ce manque d’équilibre émotionnel, conséquence d’un point de vue limité, on peut reconnaitre à Sauver ou Périr d’être un drame qui ne sombre jamais dans le pathos lourdaud, et ce essentiellement grâce au ton très juste de son excellent casting. Frédéric Tellier reste un cinéaste à suivre.

Sauver ou Périr : Bande Annonce

Synopsis : Franck est Sapeur-Pompier de Paris. Il sauve des gens. Il vit dans la caserne avec sa femme qui accouche de jumelles. Il est heureux. Lors d’une intervention sur un incendie, il se sacrifie pour sauver ses hommes. A son réveil dans un centre de traitement des Grands Brûlés, il comprend que son visage a fondu dans les flammes. Il va devoir réapprendre à vivre, et accepter d’être sauvé à son tour.

Sauver ou Périr : Fiche Technique

Réalisation : Frédéric Tellier
Scénario : Frédéric Tellier et David Oelhoffen
Interprétation : Pierre Niney, Anaïs Desmoutiers, Chloé Stefani, Vincent Rottiers, Sami Bouajila
Image : Renaud Chassaing
Montage: Gwen Mallauran
Musique: Christophe La Pinta, Frédéric Tellier
Décors : Gwendal Bescond
Costumes : Elisabeth Rousseau-Lehuger
Maquillage : Laura Ozier
Coiffure : Charlotte Arguillère
Producteur(s) : Julien Madon
Société de production: A Single Man
Distributeur : Mars Films
Durée : 1h56
Genre : drame
Date de sortie : 28 novembre 2018

France – 2018

3.5

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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