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[En Toute Franchise] Halloween : Pour le Myers et (surtout) pour le pire

Inaugurons aujourd’hui une nouvelle rubrique dénommée « En toute franchise ». Au travers de dossiers, cette rubrique va nous permettre de revenir sur des sagas phares de l’histoire du cinéma. Pour ouvrir le bal, l’une d’elles semblait toute désignée. Alors que le 11ème volet vient de sortir au cinéma, et surtout que la période de l’année y est propice, c’est sur la mythique série de films d’horreurs Halloween que nous allons nous attarder. Une franchise qui sera lancée à la fin des années 70 par un chef d’œuvre du cinéma d’épouvante réalisé par le maître John Carpenter et qui sera exploité jusqu’à l’épuisement à des fins mercantiles. Cela ne veut pas dire que tout est à jeter parmi les désormais onze épisodes qui la composent. Une occasion rêvée donc en ce 31 octobre de revenir sur les onze films, allant du cultissime La nuit des masques à la bouse intersidérale Halloween : Résurrection, en passant par le vilain petit canard Halloween 3 ou la reprise du boogeyman par Rob Zombie.

Tout commence à la fin des années 70 alors que le producteur Moustapha Akkad contacte un John Carpenter encore débutant mais ayant fait forte impression avec son film Assaut. Le producteur propose au futur maître de l’horreur de mettre au point un scénario mettant en scène un serial killer s’attaquant à des babysitters. Aidé de sa petite amie de l’époque Debra Hill, Carpenter donne ainsi naissance à Halloween, l’une des œuvres les plus emblématiques de sa filmographie et du cinéma d’horreur. Si La nuit des masques, comme il est titré en France, est devenu une figure incontournable de l’épouvante, c’est surtout parce qu’il a permis de populariser un certain nombre de concepts allant de la figure du boogeyman à celle de la Final Girl, mais surtout en mettant sur le devant de la scène le genre du slasher.

Haddonfield guide to Evil

Le slasher, provenant du verbe anglais To Slash qui signifie découper, est l’un des sous-genres les plus répandus de l’horreur et compte des franchises comme Vendredi 13, Les Griffes de la Nuit ou encore Scream. Le slasher respecte des codes précis, à savoir comme l’indique son nom, un tueur sévissant uniquement à l’arme blanche, mais également des meurtres à foison et très souvent un tueur à l’apparence masquée. Le slasher puise ses origines à la fois dans des films cultes comme Psychose ou le Voyeur mais surtout dans le cinéma bis italien et notamment le giallo. Le genre qui a fait les beaux jours d’auteurs comme Mario Bava et Dario Argento, se caractérise comme un polar horrifique à forte tension érotique où un tueur ganté de cuir et masqué assassine à l’aide de couteau ou autre armes contondantes le plus souvent des jeunes filles.  L’essence du slasher se trouve donc ici, et commence à se manifester au milieu des années 70 avec des films comme Black Christmas ou Massacre à la tronçonneuse. Cependant c’est véritablement Halloween qui va faire entrer le style dans la postérité. L’ouverture du film mettant en scène le meurtre d’une jeune fille par son frère de 6 ans renvoie d’ailleurs directement à ses racines giallesques. Une séquence en caméra subjective nous mettant à la place de l’assassin, un procédé utilisé à maintes reprises dans le giallo mais également dans Le Voyeur de Michael Powell avec son tueur prenant plaisir à filmer ses victimes.halloween-john-carpenter

Pourtant Halloween s’avère relativement peu sanglant. Le nombre de meurtres se compte sur le doigt d’une main. Ce qui intéresse plutôt Carpenter, c’est la mise en place d’une ambiance horrifique qui va englober tout le long-métrage. Tout cela va pouvoir se manifester au travers de la figure du boogeyman, Michael Myers aka The Shape. Un colosse mutique vêtu d’un bleu de travail et d’un masque de William Shatner. Au travers de cette figure plus monstrueuse qu’humaine, Carpenter instaure ce climat de peur omniprésente, de menace omnisciente pouvant surgir de n’importe quel endroit, à n’importe quel moment. L’ombre de Michael Myers se meut à travers la banlieue pavillonnaire d’Haddonfield, apparaissant parfois une fraction de seconde derrière un buisson ou un étendoir à linge.  Armé d’un petit budget, Carpenter sait qu’il doit tout miser sur l’atmosphère et ne peut pas tomber dans le grandiloquent. Halloween possède des allures minimalistes, loin de la foire aux jumps scares faisant la norme aujourd’hui. En plus de la silhouette de Myers qui hante les plans du film, c’est la mise en scène de Carpenter qui va distiller cette dimension anxiogène. Les longs travellings suivants les futures victimes de Myers incarnent à la perfection cette menace qui rode. À cela s’ajoute le thème mortifère composé par Carpenter lui-même qui nourrit le film de sa mélodie funeste. Tout cela témoigne de l’efficacité redoutable de La Nuit des Masques qui a permis d’imprégner l’imaginaire collectif et de ne jamais le quitter.

L’autre des concepts fondamentaux qu’Halloween a pu mettre en lumière est celui de la final Girl. Souvent couplée au genre du slasher, la final girl ou dernière survivante en français est un terme inventé par Carol J. Clover dans son essai sur l’étude des genres dans le cinéma d’horreur. Cet archétype est ici illustré par le personnage de Laurie Strode, qui a permis de révéler l’actrice Jamie Lee Curtis. Laurie Strode, jeune babysitter, habite dans la même ville que le jeune Michael Myers 15 ans plus tôt. Souvent le concept de final girl va de pair avec une certaine innocence de la part du personnage. Laurie Strode n’est pas, au contraire des autres victimes de Myers, sexualisée. Le contexte sexuel est particulièrement présent étant donné que la plupart des meurtres ayant d’ailleurs lieu au moment ou peu de temps après une partie de jambe en l’air. Toutes ces particularités renvoient une nouvelle fois au giallo où l’arme contondante avait une dimension phallique, donnant un aspect sexuel au meurtre au travers de la lame pénétrant la chair. Cette motivation des meurtres met en avant une décadence de certaines valeurs. Les baby-sitters, à l’exception de Laurie, profitant de leur job pour passer du bon temps avec leur petit ami, renvoyant à la séquence de meurtre initial par le jeune Michael Myers. Halloween dispose ainsi d’une richesse thématique importante, on pourrait également s’attarder sur le rôle de la figure parentale complètement absente du film ou encore du choix de la banlieue pavillonnaire, lieu ayant aux premiers abords une dimension sécuritaire.

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L’hôpital et son boogeyman

Alors que La Nuit des Masques est considérée comme une pierre angulaire du slasher malgré son faible nombre de mises à morts, le deuxième opus de la saga prend son aîné dans un contre-pied total. Halloween 2 est toujours produit par Moustapha Akkad, mais également par John Carpenter et Debra Hill qui rédigent le scénario prenant place directement après le premier. Alors que le docteur Loomis, le psychiatre s’occupant de Myers lors de son séjour à l’asile, pense avoir tué le monstre, Laurie Strode est quant à elle emmenée à l’hôpital en état de choc. Réalisé par Rick Rosenthal, dont c’est le premier film, Halloween 2 est à la véritable antithèse de son grand frère. Dans sa mise en scène déjà, Halloween 2 se contente d’un lieu clos, l’intégralité de l’action se déroulant dans l’hôpital. Le film prend également une tournure bien plus gore que l’original. Rick Rosenthal préfère enchaîner les meurtres présentés à certains moments de manière très graphique, bien que le côté harcelant de la menace ne soit pas mis de côté. Un plan l’illustre d’ailleurs à la perfection : un plan sur trois niveaux où l’on retrouve au premier plan un vieil homme, au second sa femme et dans l’arrière-plan tout au fond la silhouette terrifiante de Michael Myers, comme un spectre survolant l’ensemble.

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Halloween 2, malgré son approche sensiblement différente, n’en reste pas moins particulièrement efficace. Il montre cependant les premiers aspects de la démarche financière que constitue les franchises horrifiques. Bien que Carpenter/Hill soient derrière le scénario, il ne dispose pas de la même densité thématique que son aîné et s’articule bien plus à des fins de divertissements et de jeu de carnage cathartique. Cela s’exprime notamment par la révélation concernant le lien de famille qui lie Laurie et Michael. Un élément absent du script de Carpenter mais qui a été demandé par les producteurs afin d’expliquer de manière tangible l’acharnement de Myers pour Laurie. Le frère et la sœur se retrouvent donc à nouveau aux prises dans une œuvre aux allures de survival viscéral entre deux êtres quasi mutiques. Jamie Lee Curtis ne dispose que de peu de lignes de dialogues témoignant de l’état traumatique dans lequel se trouve Laurie. On reste une nouvelle fois circonspect sur le personnage du Dr Loomis, dont nous n’avons pas parlé précédemment, mais qui a pour unique but de prévenir sur la nature monstrueuse de Myers et qui une nouvelle fois joue son rôle de sauveur. Malgré le charisme de Donald Pleasance, le personnage n’apporte une nouvelle fois que peu de substance au long-métrage et ne semble là que dans un but didactique envers le personnage de Myers, qui n’en a finalement pas véritablement besoin.

Samain pas large

Loomis qui n’apparaîtra pas dans Halloween 3 : Le Sang du sorcier, tout comme Laurie Strode  et …. Bah Michael Myers. En effet, le 3ème épisode de la saga est une véritable anomalie. Il résulte en fait d’une volonté de Carpenter, encore producteur sur cet épisode, de mettre en place une anthologie n’ayant pas Myers comme point commun mais la fête d’Halloween. Le sang du sorcier, réalisé par Tommy Lee Wallace, qui a déjà bossé sur les deux autres films, notamment en créant le design de Myers, met justement à l’honneur la fête païenne. C’est d’ailleurs l’un des points les plus intéressants du film, cette façon de confronter les deux connotations d’Halloween. Celle actuelle résumant la fête à des enfants se déguisant en monstres et allant faire le tour des maisons pour récupérer des friandises avec le fameux « Trick or Treat », et celle qui renvoie aux origines celtes de la fête, à savoir la fête païenne de Samain qui marquait l’entrée dans la période sombre où la frontière entre morts et vivants étaient la plus fine et qui était accompagnée de rituels menés par des druides. Voilà pourquoi l’antagoniste du film, un sorcier irlandais, a pour but d’exterminer tous les enfants ayant galvaudé la véritable signification de la fête. C’est d’ailleurs assez couillu la façon dont ce sorcier va mettre à exécution son plan. Cela permet également de refaire apparaître un message politique fort et surtout une critique de la société de consommation.

En effet, Conal Cochran, le méchant est le patron d’une boîte nommée Silver Shamrock qui produit des masques d’Halloween et qui monopolise le marché. Cette société de consommation est illustrée notamment par le matraquage publicitaire de l’entreprise. À de nombreuses reprises, le jingle Silver Shamrock accompagné d’un compte à rebours pour Halloween va résonner sur les écrans des foyers américains. Une petite comptine qui cache un message funeste et qui a pour but, à l’aide des masques, de tuer tous les enfants se trouvant devant la télé le jour J. Un film plutôt osé mais qui s’avère au final assez bancal dans son exécution. Le film manque de rythme et met en scène des personnages assez insipides. Le couple formé par un docteur et la fille de la première victime du film sonne assez faux dans leur relation qui va beaucoup trop vite. Halloween 3 bénéficie cependant de quelques fulgurances bienvenues que ça soit au travers des sbires du sorcier ayant des allures de Body Snatchers ou dans le côté très organique de certaines séquences. La plus terrifiante est d’ailleurs un très beau moment de Body Horror où dans une phase de test un gamin voit son masque de citrouille fusionner avec son visage sous les yeux horrifiés de ses parents. Halloween 3 : Le Sang du Sorcier est un film curieux au sein de la franchise, et bien que beaucoup le considère comme le meilleur après le film de Carpenter, il recevra un accueil très froid de la part du public et de la critique. Un accueil qui peut être assez compréhensible mais qui aura un impact important sur la suite de la franchise.halloween-3-tommy-lee-wallace

De Jamie à Jamie

Le public n’attend alors qu’une chose, retrouver Michael Myers. C’est pourquoi Moustapha Akkad, le propriétaire des droits de la franchise se voit contacté par un autre producteur plus de 5 ans après le 3ème opus pour relancer la franchise en mettant à nouveau sur le devant de la scène le tueur masqué. Akkad demande à nouveau au couple Carpenter/Hill de rédiger un scénario pour Halloween 4, mais le trouve au final trop cérébral, Carpenter mettant l’accent sur le côté traumatique de la série de meurtre sur les habitants de Haddonfield. Akkad veut un film de tueur en série classique, et c’est ce que sera au final Halloween 4 : Le Retour de Michael Myers qui sera réalisé par Dwight H. Little, un cinéaste inconnu.  Ce 4ème volet prend alors place 10 ans après la terrible nuit d’Halloween des deux premiers. Michael Myers est dans le coma après s’être fait brûler par Loomis mais se réveille lors de son transfert vers l’hôpital de Smith’s Grove. Le voilà donc reparti pour semer le chaos dans la ville d’Haddonfield. Donald Pleasance est quant à lui à nouveau de retour dans son costume de Dr Loomis, toujours présent pour jouer le rôle de lanceur d’alerte. Jamie Lee Curts a, au contraire, lâchée l’affaire obligeant donc la franchise à considérer le personnage de Laurie Strode comme morte.

Mais comme depuis le 2, tout se passe en famille, Halloween 4 nous fait découvrir la fille de Laurie, prénommée, on vous le donne en mille, Jamie. Cette dernière est une gamine de 10 ans, ce qui pose un petit problème au niveau de la timeline. En effet Laurie semblait bien trop traumatisée en 78 pour donner naissance à un enfant. Michael Myers faisant une fixette sur la famille Strode, Jamie devient alors la nouvelle proie du boogeyman. Ce choix d’une petite fille à la place de l’adolescente typique du slasher permet à Dwight H. Little d’explorer une nouvelle approche du personnage de Myers, et c’est ce qui s’avère être la meilleure idée de ce film somme toute assez médiocre. Poursuivie par Myers, Jamie se l’imagine comme une entité monstrueuse issue de peurs infantiles. Leur première rencontre se fait d’ailleurs dans une dimension cauchemardesque et on y ressent une petite influence provenant de la saga rivale Freddy. Myers n’est donc plus du tout considéré comme un humain mais comme un monstre à la dimension surhumaine et surnaturelle. Cela s’illustre également dans les mises à morts, où Myers abandonne très souvent son fidèle couteau de boucher pour assassiner ses victimes directement à l’aide de ses mains, n’hésitant pas à transpercer la chair avec ses bras ou ses doigts.

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Malgré cette nouvelle vision de Myers, le film est extrêmement mou, reprenant un peu le déroulé du film de Carpenter, à savoir des ados se faisant décimés dans la banlieue d’Haddonfield, sauf que Little n’arrive pas à instaurer cette aura anxiogène. La menace Myers est même complètement absente une bonne partie du film, où Little semble avoir oublié qu’il réalisait un film d’horreur au profit d’un teen movie où la sœur adoptive de Jamie, Rachel et ses amies semblent plus préoccupées par des petites amourettes de lycée que le fait qu’un tueur en série rode dans le coin. En plus d’Halloween, Little qui vient du cinéma d’action semble à un moment lorgner vers une autre œuvre culte du maître de l’horreur, Assaut. Le groupe d’ados, accompagnés d’une brigade de flics et de Loomis se retranche à un moment dans une maison, et le film devient pendant un instant, au final assez bref, un film de siège, où toute l’équipée se prépare à l’arrivée de Myers. Le retour de Michael Myers ne se fait donc pas en trombe, et donne même naissance à l’un des films les plus faibles de la franchise. Il a au moins le mérite de relancer la dynamique de la saga avec son cliffhanger renvoyant directement à l’ouverture du film de Carpenter où l’on observe en vision subjective la tentative d’assassinat de la mère adoptive de Jamie par Jamie elle-même. Une ouverture sur le mal héréditaire qui sommeille dans la famille et qui augure de bonnes choses pour le volet suivant.

Myers Connection

Un 5ème film qui n’attendra pas longtemps pour voir le jour à cause du succès retentissant du 4ème. Comme quoi, ce qui fait venir le public est bien la figure de Michael Myers. Un truc que Moustapha Akkad a bien compris. Alors que la fin d’Halloween 4 laisse espérer un passage de flambeau entre Michael et sa nièce Jamie comme figure du mal, et c’est d’ailleurs ce qui est naturellement envisagé dans une première ébauche de scénario, Akkad préfère toujours miser sur Myers. Résultat, le colosse masqué reprend du service dans Halloween 5 qui est cette fois-ci sous-titré La Revanche de Michael Myers. Vive l’originalité.  Comme Halloween 2 fonctionnait de pair avec le premier, ce Halloween 5 forme un deuxième cycle avec son prédécesseur. On y retrouve donc la même génération de personnage à savoir Jamie et sa famille adoptive. La jeune fille se retrouve d’ailleurs en hôpital psychiatrique après sa tentative d’assassinat de sa mère. Le traumatisme est ici approché d’une manière différente qu’avec Laurie, près de 10 ans avant. Si l’héritage du mal n’est au final pas exploité, il n’en reste pas moins une connexion qui a été établie entre Jamie et son oncle. Cette idée laisse cependant un goût très amer dans la bouche. Le cinéaste suisse Dominique Othenin-Girard fait preuve d’une fainéantise révoltante à ce niveau. Jamie va en effet devenir une espèce de détecteur à Michael Myers, permettant à un Loomis, un peu moins passif, de préparer Haddonfield au retour de son épouvantail 1 an après avoir disparu.

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On ne va pas se mentir, Halloween 5 n’est pas plus inspiré que le précédent. Il n’en reste pas moins plus énergique, bien que témoignant de choix plus que douteux. À tel point que l’on se demande parfois si on n’assiste pas à une parodie de la saga. On est consterné devant ce duo de flics complètement débiles qui se place très haut comme l’un des éléments les plus gênants de toute la franchise (avec Halloween Resurrection sur lequel on reviendra plus tard). Ce manque d’inspiration se ressent également avec un petit chapardage d’idée dans d’autres œuvres maîtresses de l’horreur. On distingue des références assez explicites à Massacre à la tronçonneuse avec l’antre mise au point par Myers qui a des allures de tanières de Leatherface avec ses carcasses purulentes et son côté très crasseux. Othenin-Girard n’hésite pas non plus à reprendre le plan plus iconique du chef d’œuvre de Friedkin, L’Exorciste, lors de la première apparition de l’homme en noir. Un homme en noir très mystérieux qui apparaîtra et qui disparaîtra aussi vite qu’il est apparu avant de servir de cliffhanger particulièrement racoleur. Halloween 5 a le mérite d’approfondir la mythologie de la saga avec l’incorporation de nouveau ressort même si ça reste globalement très paresseux. Le plus rageant reste un potentiel sacrifié sur l’autel de la rentabilité, Akkad n’ayant pas l’audace d’offrir à la saga un nouveau tournant, toujours pas remis de l’échec cuisant d’Halloween 3. Cela montre bien le tournant que la saga a pris à ce moment, oubliant tout aplomb et préférant se renfermer dans un classicisme des plus conformistes. C’est d’autant plus dommage car à l’origine, le premier film de Carpenter avait réussi à inventer quelque chose, et Akkad ne se contente maintenant uniquement de réutiliser la recette en l’adaptant à différentes époques.

Thorn Apart

La saga devient alors diablement frustrante, même si elle essaie de rebooster le regain d’intérêt en incorporant de nouvelles directions, elles sont constamment désamorcées dans le volet suivant pour retomber dans un schéma bateau au possible. À ce niveau-là, Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers est un véritable cas d’école. Ce 6ème épisode marque également l’entrée en jeu de la boîte de prod des frères Weinstein, Miramax qui rachète les droits de la franchise à Akkad. Le scénario est quant à lui confié à un fan Daniel Farrands qui espère pouvoir connecter le diptyque Halloween 4/5 au diptyque originel.  De cette façon, il veut également développer cette histoire de secte, présente au travers de l’homme en noir dans l’épisode 5 et qui à la fin kidnappait Jamie et Michael. Ce 6ème volet décide donc de plonger pleinement dans le côté ésotérique et païen de la fête d’Halloween originelle comme le faisait d’une façon assez sombre l’épisode 3. La malédiction de Thorn et les symboles runiques font donc leur apparition. Une malédiction qui expliquerait la soif de meurtre de Myers envers les membres de sa famille et son immortalité. Une grosse facilité, qui explique toutes les fois où le boogeyman à échappé à la mort après avoir été fusillé, brûlé et autre.  Sauf que tout cela sera, dans le script final, plutôt mal agencé.

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Le film se passe 6 ans après et l’on retrouve Michael et Jamie toujours prisonniers de cette secte. La façon dont l’arc va être traité sera cependant proprement révoltant, Michael assassinant Jamie au bout de 15 minutes de film alors que le personnage devait tenir tout le film dans les premières ébauches du scénario. Le film envoie donc valdinguer par la fenêtre tout le build-up conçu par le volet précédent, l’histoire de la secte devient incompréhensible et remplit d’incohérences. Myers et Jamie, devenue maman d’un nourrisson qui devient la nouvelle proie de Myers, étant capables de s’échapper avec une facilité déconcertante alors qu’ils sont censés être coincés ici depuis 6 ans. De manière générale, les incohérences sont légions dans Halloween 6. Cela est d’autant plus grave que le projet de connecter les deux diptyques était plutôt ambitieux de la part de Farrands. On retrouve d’ailleurs un tout jeune Paul Rudd dans le rôle de Tommy Doyle, le gamin qui avait été gardé par Laurie Strode lors de cette fameuse nuit du 31 octobre 1978. Pour continuer les problèmes de la famille Strode, c’est Kara la cousine de Laurie qui est cette fois-ci la cible de Myers car cette dernière a emménagé avec ses parents, son fils et son frère dans la maison Myers. D’ailleurs, hormis le père, tout le reste de la famille n’était pas au courant qu’il s’agissait de la maison du tueur en série le plus reconnu du pays. Toute l’action se redirige donc à Haddonfield, où Tommy qui fait depuis presque 20 ans une fixette sur le cas Michael Myers (un futur Loomis en puissance) récupère le gamin de Jamie, qui servira à Michael de sacrifice ultime pour s’affranchir de sa malédiction.

Les idées étaient donc intéressantes et pouvaient offrir un background étoffé à toute l’histoire de Myers. Le film n’en fera jamais rien et elles ne serviront que de moteur pour faire avancer une intrigue simpliste empilant les meurtres, alors que toutes les motivations de la secte restent à côté bien trop obscures. L’arc de la secte devant être au départ perpétué dans le 7ème volet avant que cela ne soit transformé en simili-reboot. Résultat, Halloween 6 prend comme ses prédécesseurs des apparences de slasher basique, empreint cette fois-ci d’une esthétique 90s particulièrement atroce. Joe Chapelle multipliant les séquences à montage rapide, des éclairages dégueulasses ou des angles de prises de vues à l’ouest, le tout agrémenté d’une BO aux accords metal déjà périmés. On peut quand même tirer le chapeau à Farrands qui a réussi à globalement connecter l’ensemble, et même l’épisode 3 en invoquant la fête de Samhain, mais ça reste trop foutraque pour convaincre ne serait-ce qu’un minimum. Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers s’impose alors sans trop de souci comme l’un de pires volets de la franchise.

Laurie’s Creek

Tout cela sera de toute façon oublié avec Halloween 7. On est en 1998, et le néo-slasher est sous le feu des projecteurs notamment grâce au film culte de Wes Craven, Scream. Les frères Weinstein décident donc de débaucher Kevin Williamson pour donner un coup de jeune à la saga Halloween. Au passage, l’occasion de fêter les 20 ans de la sortie de l’opus originel est trop belle pour la manquer. Halloween 7 est donc appelé Halloween H20 : 20 ans après et quitte à bien rendre hommage au premier, on décide d’éliminer de la timeline les épisodes 4, 5 et 6. Laurie Strode et Jamie Lee Curtis sont donc à nouveau sur le devant de la scène alors que Michael Myers est de retour. Pour ce 7ème film, l’action est cependant déplacée en Californie du Nord où Laurie vit avec son fils (et non une fille) sous une nouvelle identité, cauchemardant encore de son frère maléfique. Kevin Williamson oblige, Halloween H20 donne en plus de Jamie Lee Curtis, la part belle à des jeunes acteurs qui deviendront des grands noms de Hollywood. On y reconnait par exemple Joseph Gordon-Lewitt avant qu’il ne se prenne un patin à glace dans la tronche, mais surtout Josh Hartnett dans le rôle du fils de Laurie et Michelle Williams jouant sa petite amie. Bien que le film surfe sur la vibe adolescente qui compose tous les slashers de l’époque et l’œuvre de Williamson (créateur de la série Dawson faut-il le rappeler), ce qui nous intéresse vraiment est la confrontation entre Laurie et Michael.

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C’est pourquoi, Halloween H20 est terriblement ennuyant pendant près de 40 minutes, où il ne se passe absolument rien de palpitant, et où l’on suit les pérégrinations des personnages dans le lycée américain typique. Mais quand le film décide d’enfin nous offrir ce qu’on est venu chercher, il le fait de façon très généreuse. La deuxième partie du film devient alors véritablement grisante. On est alors parti pour un affrontement viscéral entre Laurie et son frère. L’un des choix les plus marquants du film est d’ailleurs de montrer pour la première fois les yeux de Michael derrière son masque. Par ce parti-pris, le réalisateur Steve Miner permet d’offrir une humanité à Michael et de le considérer pleinement comme le frère de Laurie et non une créature surhumaine. Loin d’être un simple jeu du chat et de la souris, Laurie prend cette fois-ci son destin bien en main et décide d’éliminer une bonne fois pour toute son frère. Conduit par sa volonté d’en finir avec ce pan sombre de sa vie, Laurie ne s’arrête jamais allant jusqu’à poursuivre l’ambulance transportant le soi-disant cadavre de Michael. Tout cela aboutit sur ce qui est certainement la fin la plus jouissive et satisfaisante de la saga, de quoi fermer définitivement la boucle jusqu’à sa réouverture 4 ans après avec le pire affront fait à la saga, Halloween : Resurrection.

Les Marseillais à Haddonfield

La thune est bien plus puissante que la malédiction de Thorn pour ce qui s’agit de faire revenir à la vie Michael Myers. Voilà pourquoi, même après s’être fait trancher la tête par Laurie à la fin de H20, les producteurs Weinstein et Akkad mettent en chantier une suite. D’abord on pense à s’éloigner du boogeyman décapité mais les mauvais souvenirs d’Halloween 3 poussent Akkad à être contre cette décision. Résultat, Michael Myers est à nouveau de retour pour une 7ème fois. Le sous-titre est d’ailleurs particulièrement explicite : Resurrection. Enfin bon, une résurrection il n’en sera jamais vraiment question et ça dans tous les sens du terme. Le film ne renouera jamais avec la force évocatrice du premier ou même de son prédécesseur, mais surtout, plot twist, ce n’est finalement pas Michael Myers que Laurie a tué mais une personne quelconque. En plus de jeter à la poubelle l’une des meilleurs choses que la saga ait pu pondre depuis la fin des années 80,  le film décide d’envoyer valser la storyline de Laurie Strode. À la façon d’Halloween 6 qui bâclait de façon malpropre l’arc de Jamie et la secte, le prégénérique de 10 minutes d’Halloween Resurrection a la tâche d’éliminer définitivement Laurie de l’équation. En résulte un affrontement torché entre Michael et Laurie, qui séjournait en asile psychiatrique, aboutissant sur le meurtre du personnage de Curtis et qui témoigne d’un irrespect total pour la saga.

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Une fois Laurie sortie du tableau, il est temps de se concentrer sur ce qui va faire la substance du film, si substance il y a. On est au début des années 2000, la télé-réalité bat son plein, la course à la starification également et l’horreur, et notamment le slasher, a pris un tournant assez cynique dans son rapport au spectateur recherchant toujours plus de frissons et de violence. Voilà donc un contexte tout tracé pour l’idée la plus foireuse de la franchise. Resurrection met en effet en scène un groupe d’ados stéréotypés typiques de cette nouvelle vague de slasher qui sont engagés pour une émission de télé-réalité dont le but est de passer la nuit de Halloween dans la maison natale de Michael Myers. Moustapha Akkad étant quelqu’un de malin, qui arrive toujours à se coller à ce qui marche dans l’horreur au moment de la production, Halloween : Résurrection se voit même lorgner à certains moments dans le found footage à l’aide de caméras posées sur les protagonistes de l’émission. Le film est un pur produit mercantile, ne révolutionnant absolument rien et cherchant à tout prix à surfer sur la vibe du moment quitte à donner naissance à une œuvre bâtarde bardée d’incohérences et révoltante pour les fans de la saga. Pourtant, on pouvait espérer de la part de Rick Rosenthal (auteur d’Halloween 2, à savoir le meilleur film de la saga après celui de Carpenter), une démarche beaucoup plus honnête. Ici tout est puant et ridicule, à la frontière du nanar, peuplé de personnages insipides et inutiles, et un Michael Myers tourné en dérision la plus totale. Le film offrira quand même une scène culte au moment où Busta Rhymes et Michael Myers se tapent sur la gueule « kung-fu style ». Clairement, on a atteint les limbes du mauvais-goût, et il sera difficile pour la franchise de creuser plus bas.

Myers Origins

Assassiné par la critique, il est difficile alors de rebondir après Halloween : Résurrection. Au même moment fleurissent des préquelles de licences cultes, Massacre à la tronçonneuse en tête. Dans leur qualité d’opportunistes, les frères Weinstein y voient donc l’occasion de se lancer dans un film retraçant les origines de la figure de Michael Myers. La mort du producteur historique Moustapha Akkad mettra un stop au projet. Il ne faudra cependant pas attendre longtemps pour que les Weinstein s’inspirent d’autres succès du moment pour proposer des idées saugrenues dont un affrontement entre Myers et Pinhead, la star de Hellraiser. Comme dans la saga tout est question d’héritage, il faudra attendre l’arrivée de Malek Akkad, fils de Moustapha pour voir enfin en chantier une idée sérieuse. L’idée du préquelle revient sur le tapis et après avoir demandé à Oliver Stone, qui refusera, les producteurs se mettent d’accord sur une figure montante du cinéma d’horreur, Rob Zombie. Le cinéaste américain, spécialiste d’une horreur particulièrement malsaine mettant souvent à l’honneur des familles de white trash, décide donc de réaliser un remake du film de Carpenter, mais en passant bien plus de temps sur la genèse de Michael Myers.

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Le gros point fort de ce reboot par Zombie est que, bien qu’il s’agisse toujours d’un film de studio, il dispose de la vision de son auteur et de certaines libertés. Zombie s’occupe également du script et arrive à se réapproprier le film culte. Particulièrement long, près de 2 heures, son Halloween est coupé en 2. La première partie suit le jeune Michael Myers et sa famille dysfonctionnelle, un thème cher à Rob Zombie qui lui permet même de caster sa femme dans le rôle de la mère. Il est intéressant également de voir que Zombie prend le parti d’incorporer directement la relation entre frère et sœur. Pendant près de la moitié du long-métrage, Zombie va donc suivre le développement psychologique de Michael de son meurtre jusqu’à son arrivée à l’asile et sa relation avec Loomis, qui gagne lui aussi en substance à l’occasion. Le choix est original, mais avait-on vraiment besoin de connaître les origines de Myers ? La figure du boogeyman, qui a toujours été considérée comme le mal à l’état pur, nécessite-t-elle réellement de s’attarder sur sa psychologie qui au final n’est pas très élaborée ? Cela permet au moins à Zombie de prendre pleinement en main les clés de l’univers Halloween.

Dans sa deuxième partie, Zombie s’attèle donc à reprendre le déroulé du film de Carpenter, quitte à réutiliser certaines séquences dans leur intégralité (le meurtre du couple et l’utilisation du drap-fantôme). L’approche de la violence est là aussi bien différente. Alors que Zombie ne veut pas la glorifier, elle n’en reste pas moins sèche, surtout comparé au premier volet qui n’était absolument pas gore. De manière générale, Zombie opte pour un ton plus trash qui s’aligne plus avec ses anciennes productions que la saga Halloween. Le personnage de Laurie en est ainsi affecté et ne passe plus vraiment pour la vierge innocente du premier volet, la jeune fille n’hésitant pas à faire preuve d’un langage assez cru rompant définitivement avec cette image. C’est justement dans le traitement de Laurie que Zombie s’écarte le plus de l’original et offre à son film un affrontement viscéral entre les deux. Bien que la baby-sitter ne soit pas au courant de la relation qui la lie au boogeyman, la confrontation a des allures de H20 et débouche encore sur une fin pleinement satisfaisante. L’approche de la saga mythique par Rob Zombie a pu laisser plusieurs personnes sur le carreau, et même si l’on n’adhère pas forcément aux choix entrepris par le rockeur, il est difficile de renier son travail d’adaptation. Chose que l’on ne pourra pas dire du film de Gorden Green dont on parlera plus tard.

The Myers’ Rejects

Cette nouvelle version estampillée Rob Zombie obtient un certain succès au box-office et il est donc naturel de voir une suite se mettre en chantier. Si celle-ci a failli tomber entre les mains des frenchies Alexandre Bustillo et Julien Maury, c’est bien Zombie qui va à nouveau s’y atteler bien qu’il eût annoncé dans un premier temps ne plus y revenir. Zombie y voit même un plus grand avantage, il peut enfin s’exorciser complètement du film de Carpenter dont il devait respecter le schéma pour son remake et enfin faire son propre film. Deux ans après le reboot d’Halloween sort donc Halloween 2 qui fait preuve d’une démarche encore plus différente et qui va, par cette occasion, encore plus dérouter. Zombie s’en amuse, en nous faisant dans un premier temps penser à un remake d’Halloween 2, où l’histoire reprend directement à la fin du premier et se situe dans un hôpital afin de perpétuer l’affrontement entre Michael et Laurie, sauf qu’au bout d’une vingtaine de minutes, Zombie nous révèle qu’il ne s’agit que d’un rêve. Le spectateur est pris de court pour la première fois, et ce ne sera pas la seule occasion.

halloween-2-rob-zombie

Ce qui démarque véritablement ce deuxième volet de l’entreprise précédente, c’est la dimension surnaturelle que va conférer Zombie au film. Tout le film sera ponctué de séquences oniriques mettant en scène un cheval blanc symbolisant la rage démoniaque qui émane de Myers et surtout sa mère Déborah. On aurait pu éviter de tomber dans la facilité du « mommy issue » typique du tueur en série et auquel avait échappé Myers jusque-là, mais bon Zombie voulait certainement trouver une occasion d’offrir un rôle à sa femme. Ces séquences permettent par ailleurs d’établir une connexion entre Michael et Laurie qui se retrouvent liés au travers de la mère, alors que l’adolescente découvre la réalité sur ses origines. Autre personnage traité de façon inhabituelle, c’est le Dr Loomis. Le sympathique psychiatre qui a toujours essayé tant bien que mal d’avertir le monde du danger Myers se retrouve ici représenté comme un connard imbu de sa personne et qui cherche à tirer profit au maximum de l’affaire Myers. Rob Zombie s’est à ce niveau inspiré de l’histoire de Vincent Bugliosi, le procureur de l’affaire Charles Manson qui avait tiré profit de l’affaire en écrivant un best-seller, oubliant complètement l’impact que pouvait avoir un tel ouvrage sur les victimes du serial killer. C’est d’autant plus significatif que c’est au hasard du bouquin de Loomis que Laurie découvre d’où elle vient. Loomis n’agit donc plus du tout en protecteur et perd alors toutes son empathie au détriment d’un facette bien plus sombre.

Sombre, le film de Zombie l’est toujours, mais il fait preuve d’une sauvagerie sans précédent dans l’univers Halloween. Empilant les meurtres graphiques, Zombie exprime la monstruosité qui anime Michael Myers de façon frontale et joue encore plus sur le rapport humain/monstre en montrant très souvent Myers sans son masque. Malgré toutes ces belles pistes qui sont plus ou moins bien développées, Halloween 2 reste bien trop classique dans sa dimension slasher. Il est par ailleurs bien trop long pour ce qu’il a à raconter, avoisinant lui aussi les 2 heures. Le passage de Rob Zombie sur la saga aura donc de quoi diviser. Les fans du cinéaste retrouveront aisément son style white trash gore, tandis que les fans de la première heure du film de Carpenter pourront ressortir avec l’impression d’avoir été floués. Le film marche moins bien que le premier essai de Zombie bien qu’il rentabilise son budget. Une fois n’est pas coutume les producteurs décident donc de lancer en chantier une suite en se basant sur le procédé en vogue au moment, à savoir ici la 3D qui a été mise en avant avec Cameron et son Avatar. Halloween 3D ne sera finalement pas fait, et il faudra attendre 2016 pour que la boîte de prod Blumhouse, chef de file de l’horreur américaine actuelle prenne les rênes de la série.

Fanmade Express

Derrière les plus grands succès du cinéma d’épouvante US des années 2010, tels que Paranormal Activity ou Insidious, Jason Blum n’allait évidemment pas manquer l’occasion de mettre la main sur l’une des franchises les plus symboliques du genre. Pour ses premiers pas dans cette saga dont on arrive plus vraiment à suivre la timeline, Blumhouse décide de ne pas poursuivre la voie tracée par Rob Zombie et de repartir sur un nouveau reboot. Ce vent de fraîcheur est également l’occasion rêvée pour un petit retour de John Carpenter aux affaires en temps que producteur délégué, mais également en compositeur. Après avoir failli échouer dans les mains de Adam Wingard, c’est finalement David Gordon Green qui va avoir l’honneur de perpétuer l’héritage. Le réalisateur est encore novice dans l’horreur. Ses faits d’armes les plus connus sont des comédies potaches avec l’aide de Seth Rogen ou Danny McBride ou des drames parlant d’une Amérique rurale comme dans le très bon Joe avec Nicolas Cage. Le cinéaste emmène par ailleurs dans l’aventure son compère Danny McBride qui va bosser en sa compagnie sur le scénario. Voulant renouer avec les origines de la franchise, et ayant du mal à se dépêtrer dans les innombrables séquelles, le duo décide de supprimer tout ce qui fait suite au film de Carpenter. 40 ans après le film de Carpenter, et 20 ans après Halloween H20, David Gordon Green marque donc le coup pour une nouvelle date anniversaire en reprenant la même approche que le film de Miner. Ils décident par ailleurs de supprimer le lien fraternel qui relie Laurie et Michael, élément dont ils s’amusent d’ailleurs au détour d’un dialogue mais qui impacte, malgré tout, la cohérence de leur script.

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Cette suite prend donc place 40 ans après la fameuse nuit d’Halloween 78 qui a vu la mort de plusieurs adolescents. Depuis, Michael Myers passe sa vie dans un asile psychiatrique, après avoir visiblement été capturé (alors qu’il avait disparu à la fin du premier opus). De son côté, Laurie Strode vit dans une paranoïa, ne pensant qu’au retour prochain de Myers. Vivant d’une façon militaire, rythmée par les exercices de tir et la confection de pièges et de systèmes de sécurité pour sa maison, Laurie voit sa fille lui être retirée par les services sociaux. Cette dernière a depuis refait sa vie, loin de sa mère et élève sa fille adolescente. Forcément 40 ans après, c’est la bonne occasion pour Michael Myers d’enfin s’échapper lors d’un transfert vers un autre asile (tiens comme dans Halloween 4). Où va donc se rendre ce cher Myers ? À Haddonfield, évidemment. Une trame au final assez classique qui va revoir le boogeyman semer la terreur dans la banlieue de la bourgade de l’Illinois. On peut alors s’attendre à du slasher efficace, voulant soi-disant revenir à une ambiance proche du film de Carpenter. Malheureusement pour David Gordon Green, le contrat ne sera pas respecté, et plus dommageable encore, un gros problème au niveau de la mythologie va apparaître. C’est d’ailleurs sur cet aspect que le film va se baser et qui va donner naissance à une gigantesque facilité de scénario sur laquelle tout le film va se reposer.

En effet, en omettant le lien qui unit Laurie et Michael, il n’y a plus vraiment de raison qui explique pourquoi Myers en ait encore après Laurie 40 ans après. Pour Myers, Laurie Strode n’est qu’une victime parmi les autres, mais qui a eu la chance de survivre. Certes, on peut penser que le tueur n’aime pas laisser du travail inachevé, mais cela s’avère bien trop facile comme explication. Du côté de Laurie, on laisse passer cette façon extrême d’exprimer son traumatisme même 40 ans après, car il permet d’offrir une approche intéressante du personnage, notamment dans sa relation avec ses descendantes et le côté générationnel qui a toujours fait le sel de la saga. Le hic, c’est que cela n’est pas véritablement exploité et est même utilisé à des fins racoleuses en ce qui concerne le personnage de la petite fille Alyson, dont l’intérêt ne se résume en fin de compte qu’à embrayer sur une potentielle sequel. La façon dont est ensuite présenté Myers n’est elle-même pas raccord avec son objectif. Si son but est d’assassiner Laurie Strode, pourquoi ce dernier se met-il à vagabonder dans Haddonfield en tuant des personnes de façon complètement aléatoire ? On peut comprendre pour ceux se trouvant sur le chemin, mais certains ne sont là uniquement pour une mise en scène gratuite d’un meurtre, comme c’est le cas de cette fameuse scène en plan séquence sympathique mais inutile.

Bien que McBride dît vouloir rejoindre l’atmosphère du film de Carpenter, le film fait finalement l’exact opposé. Alors que Big John misait avant tout sur l’ambiance, David Gordon Green préfère exploser le body count. Le nombre de meurtres entre le premier et ce dernier film est quasiment quadruplé. De plus, David Gordon Green n’hésite pas à tomber à plusieurs reprises dans une violence complaisante à base de gore qui tâche. Ce Halloween succombe au cahier de charges de toute production Blumhouse, nous gratifiant même d’une séquence ultra clichée dans un jardin reprenant le concept de Lights Out, autre production de l’écurie. Dans cette démarche assez démonstrative, on pouvait alors au moins espérer un climax frissonnant, mais que nenni, on aura bien plus vibré devant Maman, j’ai raté l’avion. Tous ces défauts, couplés à d’autres comme cette écriture laborieuse des personnages (ne mentionnons même pas le « nouveau Loomis » utilisé dans un twist putassier), font de ce Halloween une production bâclée. Quelques idées sympathiques viennent ponctuer certains moments, on peut penser à la façon dont Green dépeint une Amérique qui se renferme dans une certaine peur renvoyant au climat actuel. Il y a également le plaisir de retrouver Carpenter à la BO qui se fait ressentir bien qu’il ne se soit pas véritablement foulé. Le film reste globalement divertissant, et dans le paysage horrifique actuel, il n’en reste pas moins dans le haut du panier, mais en tant qu’Halloween, il ne se démarque pas vraiment.

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On aura beau rechigner sur la vision de Rob Zombie, on y distingue au moins la patte d’un auteur. Ce n’est donc pas que cette mouture 2018 de Halloween soit mauvaise, c’est qu’elle est anodine. En nous promettant de revenir à une certaine vision qui s’est soi-disant perdue au cours des nombreuses suites, Green et McBride font preuve d’une prétention assez malhonnête. Alors qu’ils font fi de tous ces films, ils n’hésitent cependant pas y chaparder de nombreuses idées que cela soit dans la mise en scène ou dans les thématiques, qu’ils ne traiteront pas forcément d’une meilleure manière. C’est triste, mais on a vraiment l’impression qu’il ne s’agit que d’un film de fanboy, se faisant son petit kiff en créant une sequel à une œuvre culte. Cela ne devrait cependant pas empêcher Blumhouse de continuer sur sa lancée car le film a fait un démarrage historique aux USA. Ce n’est pas vraiment étonnant vu la façon dont le film se plie aux standards de l’époque, loin de la force inventive du premier opus. Résultat, Green et McBride voulaient s’en approcher, ils s’en sont diablement éloignés.

Voilà que s’achève ce périple au sein de la saga Halloween, une saga aussi imparfaite que son film fondateur est parfait. Si comme toute franchise du cinéma, elle aura été motivée par un aspect mercantile, elle aura pu proposer une volonté d’étendre une mythologie, tombant parfois dans des choix douteux. De ces 11 films, on retiendra évidemment l’innovation du film de Carpenter, le côté viscéral de certains opus comme Halloween 2 ou le final de H20, la volonté d’explorer de nouveaux horizons avec Halloween 3 et forcément Busta Rhymes dans Halloween Résurrection. Halloween aura surtout montré une adaptation à toute épreuve, témoignant d’une habilité des producteurs à plonger dans les modes des diverses époques, quitte à en sacrifier la substance. Malgré tout ce qu’on lui a fait subir, Michael Myers restera l’un des visages les plus emblématiques du cinéma d’horreur.

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