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Dirty God : Dans le film de Sacha Polak, Vicky Knight est émouvante dans un rôle plus vrai que nature

Les attaques à l’acide sont un nouveau fléau qui détruit la vie de centaines de femmes en Grande-Bretagne, des milliers par le monde. Avec Dirty God, Sacha Polak s’est emparée du sujet pour en faire un film intense mais qui n’avait pas besoin de l’accumulation de malheurs qu’on y rencontre.

Synopsis : Le visage à moitié brûlé et une petite fille de deux ans. C’est tout ce qu’il reste de la relation de Jade à son ex, qui l’a défigurée à l’acide. À la violence de cette histoire, succède désormais celle du regard des autres. Pour ne pas couler, Jade n’a d’autre choix que de s’accepter, réapprendre à sourire et à aimer.

Knight of Suburbia

Un titre prometteur, un synopsis un peu sirupeux, une bande-annonce trop explicite. Les signaux sont contradictoires pour annoncer Dirty God, de la Néerlandaise Sacha Polak. Et c’est la nature des sentiments qui peut animer le spectateur de ce premier film en langue anglaise de la cinéaste.

Car voilà un film qui veut avant tout donner de la visibilité aux personnes victimes d’attaques à l’acide. L’histoire se passe dans le sud de Londres, mais le phénomène est assez répandu partout dans le pays. Un réel fléau qui détruit des centaines de femmes outre-Manche. Sacha Polak a été patiente et obstinée, car ça fait plusieurs années qu’elle a le projet en tête, mais Vicky Knight, elle aussi victime à 8 ans de brûlures, thermiques cette fois-ci, a mis beaucoup de temps pour accepter ce projet qui avait alors une vraie valeur cathartique pour elle.

Voilà aussi un film interprété par une jeune femme non professionnelle, mais dont l’engagement est plus que total. On retrouve la protagoniste Jade le jour de sa sortie d’hôpital, après qu’elle a été défigurée à l’acide par son ex, un masque de silicone vissé sur son visage. Vicky Knight va cheminer avec son personnage et retraverser les différentes épreuves qu’elle a dû elle-même  endurer, essentiellement le regard posé sur elle. Jade vit dans une banlieue très défavorisée avec sa mère et sa petite fille de 2 ans. Le choix de cet environnement est assez judicieux ; les liens particulièrement resserrés qui relient des habitants d’un même immeuble se traduisent ici par une belle bienveillance envers Jade, une absence totale de réticence envers cette amie qu’on a toujours connue, et dont pourtant la vue des brûlures est difficilement soutenable. En revanche, tous ceux qui ne la connaissaient pas avant l’épisode ont une réaction de gêne, voire de rejet ou de dégoût. Jusqu’à sa fillette Rae dont Jade rapporte qu’elle l’a traitée de monstre la première fois qu’elle l’avait vue ainsi, et avec qui elle se cache sous les draps quand elles jouent ensemble. Des séquences poignantes, tant l’actrice ne joue pas, tant la souffrance et surtout la tristesse se lisent sur son visage. La vie de Jade est prise dans un engrenage de mauvais plans, tous liés directement à l’attaque dont elle a été la victime. L’argent, le sexe, la famille, l’amitié, tout devient problème.

Voilà enfin un film qui ajoute un contexte social à l’histoire de Jade. La précarité, la promiscuité, la pauvreté, la marginalité sont le quotidien de Jade et de ses proches. La vie londonienne montrée par la cinéaste n’est pas différente de celle racontée film après film par des réalisateurs comme Ken Loach, Stephen Frears, ou Shane Meadows.

Alors pourquoi a-t-on ce sentiment diffus et contradictoire d’un film pas complètement convaincant ? Peut-être, parce que la juxtaposition de tout ce qui précède brouille le message de la cinéaste, et noie la rédemption ou la tentative de rédemption de Jade dans trop de drames. Il y avait moyen d’épurer son parcours, et surtout de le limiter à ce regard posé sur elle. Dans une interview donnée au Guardian , Vicky Knight évoquait très justement son incompréhension quant au fait que des monstres et des méchants soient souvent maquillés avec des cicatrices, façon Freddy Krueger.  « Si je devais sortir le soir d’Halloween déguisée en malade terminale du cancer, je me ferais lyncher.  Alors pourquoi serait-ce OK pour les grands brûlés ? » dit-elle au Guardian.

Dirty God est un film intense, porté par des jeunes acteurs plutôt non professionnels mais très enthousiastes, au rythme soutenu et dans une ambiance urbaine assez marquée. Vicky Knight est une révélation, il semble qu’au-delà d’avoir joué un personnage aussi proche d’elle-même, peut-être précisément parce qu’elle a interprété ce rôle, elle pourrait désormais s’attaquer à n’importe quel autre rôle. La vraie force de Dirty God est non seulement de donner une visibilité à ces victimes des attaques à l’acide, mais aussi d’avoir emmené cette jeune femme vers une résilience, acceptation de son image, une image que même un spectateur lambda a toujours du mal à regarder en face. Sacha Polak a les meilleures intentions du monde avec ce film, et lui a donné une forme intéressante avec un montage intelligent avec des scènes courtes et assez variées sans tomber dans la saynète. Mais l’accumulation de drames autour de Jade n’était pas nécessaire et nuit à son message. Un film concentré sur le regard mais aussi le non regard de l’autre face à un visage différent était possible, plus intimiste, mais peut-être plus confidentiel aussi, il est vrai. Mais tel qu’il est, Dirty God est un beau film nécessaire pour parler d’une triste réalité trop peu connue.

Dirty God – Bande-annonce

Dirty God – Fiche technique

Titre original : Dirty God
Réalisateur : Sacha Polak
Scénario : Susie Farell, Sacha Polak
Interprétation : Vicky Knight (Jade), Eliza Brady-Girard (Rae), Rebecca Stone (Shami), Katherine Kelly (Lisa), Dana Marineci   (Flavia), Bluey Robinson (Naz)
Photographie : Ruben Impens
Montage : Sander Vos
Musique : Rutger Reinders
Producteurs : Marleen Slot, Michael Elliott, Coproducteurs : Dries Phlypo,Jean-Claude Van Rijckeghem, John Keville, Conor Barry
Maisons de production : A Private View, EMU Films, Viking Film
Distributeur France : Les Bookmakers/ The Jokers
Durée : 104 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 19 Juin 2019
Pays-Bas | GB | Belgique | Irlande – 2019

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3.5

Les escaliers au cinéma : un motif tout sauf innocent

C’est un motif cinématographique récurrent, et pas seulement chez Alfred Hitchcock ou Billy Wilder. L’escalier permet des prises de vues singulières, acrobatiques, voire virtuoses. Il sert parfois à révéler les personnages, à les amener à se rencontrer ou à symboliser, parmi d’autres décors, l’univers dans lequel ils évoluent. Focus.

Ok, ça roule, tu prends le dragon, je prends les escaliers. Ça marche, je vais les trouver et les monter ces escaliers, et s’ils me cherchent, je vais peut-être même les descendre ! Avec moi, les escaliers, c’est marche ou crève. Il va y avoir de l’embardée dans la rambarde ! Il va ramper dans sa cage d’escalier et repartir avec des Marche-mallow !

Shrek permet d’exemplifier triplement l’importance des escaliers au cinéma : ces derniers se trouvent non seulement à l’image, mais également dans le texte, en plus de quoi ils se fondent dans le décor d’un château ancien, ce qui constitue une récurrence mille fois observée dans la courte histoire du septième art.

Toujours de l’animation et des édifices augustes : Le Roi et l’Oiseau a un escalier aux cent mille marches à faire valoir. Il fait l’objet d’une séquence mémorable, à l’occasion d’une fuite rythmée par les partitions de Wojciech Kilar. Mais l’escalier se distingue surtout via une œuvre et un cinéaste en particulier : Le Cuirassé Potemkine et Alfred Hitchcock. Le film de Sergueï Eisenstein met en scène une descente de landau légendaire dans un chaos répressif qui l’est tout autant – séquence reprise ensuite par Brian De Palma dans Les Incorruptibles –, tandis que le second dispose d’un catalogue tout entier autour de ce motif, que l’essayiste Lydie Decobert décrit à son endroit comme « une dynamique de l’effroi ».

Hitchcock, Wilder : les obsessionnels

Une clef sous un tapis dans Le Crime était presque parfait, des travellings compensés pour sursignifier le vertige dans Sueurs froides, une caméra au plafond et un smash cut dans Psychose, un chien féroce sur un palier dans L’Inconnu du Nord-Express, un verre de lait dans Soupçons, une caméra montant les marches en compagnie d’un couple avant de rebrousser chemin, à la faveur d’un double mouvement de travelling, dans Frenzy. « Vous savez… Vous êtes vraiment mon type de femme ! » Les répliques, les cadrages serrés, la manière dont les visages sont inscrits dans le plan, cette caméra qui se retire en redescendant élégamment l’escalier : minuscule au regard d’une filmographie proprement étourdissante, l’avant-dernier film d’Alfred Hitchcock possède néanmoins une séquence majuscule, passée à la postérité.

À l’ombre d’Alfred Hitchcock se tient Billy Wilder. Dans Assurance sur la mort, Phyllis Dietrichson descend des marches la menant au rez-de-chaussée pendant que le cinéaste américain immortalise un bracelet de cheville symbolisant sa disponibilité… Boulevard du crépuscule se termine quant à lui par une descente d’escalier au cours de laquelle Norma Desmond, ancienne vedette hollywoodienne tombée en désuétude, imagine que les journalistes et photographes de la presse à scandale l’attendent… pour tourner un nouveau film. Dans les deux cas, il s’agit de séquences-phares apportant une indication essentielle sur les premiers personnages féminins : Phyllis n’est pas l’épouse aimante que l’on pourrait croire ; Norma, engoncée dans une gloire passée, n’a plus aucune prise avec la réalité.

De l’emploi des escaliers au cinéma

Le cinéphile pourra citer des séquences éparses, mémorables mais pas forcément représentatives de l’obsession d’un auteur pour le motif : la montée des marches dans Rocky, la caméra ultra-mobile de Quand passent les cigognes, la tronçonneuse d’American Psycho, l’escalier insolite d’Inception, un personnage diminué se traînant laborieusement dans Bienvenue à Gattaca, une fusillade dans Scarface, les violences conjugales dans Shining, Cendrillon perdant son soulier de verre ou le coït dans A History of Violence.

Il peut être vide ou peuplé, étriqué ou large, intérieur ou extérieur, en colimaçon ou non : l’escalier est partout, chez Max Ophüls comme chez François Truffaut, dans le Ran d’Akira Kurosawa ou dans le Citizen Kane d’Orson Welles, en bonne place dans des chefs-d’œuvre tels que M le maudit ou Il était une fois en Amérique. Même Tim Burton l’emploie pour souligner l’étrangeté d’Edward aux mains d’argent, comme si le décor devenait le prolongement naturel du personnage.

Pour quoi faire ?

L’escalier est un lieu de passage et de transition, un décor récurrent, un motif se prêtant aux mouvements de caméra, aux plongées/contreplongées, aux rencontres fortuites et succinctes. Il peut devenir ligne de fuite ou objet de symétrie, avoir une valeur scénique ou symbolique. Le retrouver à l’écran n’a rien de surprenant, mais certains réalisateurs ont su en tirer un parti judicieux : Quentin Tarantino dans Kill Bill pour muscler une séquence de baston, Abel Ferrara dans Bad Lieutenant pour restituer une ambiance malsaine, Robert Wiene dans Le Cabinet du docteur Caligari pour porter l’expressionnisme à incandescence ou William Friedkin dans L’Exorciste pour rehausser l’horreur, en clerc. Tous ces réalisateurs n’ont cependant rien inventé : songeons un instant au Philosophe en méditation de Rembrandt – datant de 1632. Le motif de l’escalier n’a pas attendu l’écran pour exprimer sa puissance suggestive et picturale.

Les escaliers chez Alfred Hitchcock

https://www.youtube.com/watch?v=IKan0JXa-6I

Un, deux, trois, tourbillon hilarant de Billy Wilder, en DVD et Blu-ray

Réalisé entre La Garçonnière et Irma la douce, Un, deux, trois n’est pas le film le plus célèbre de Billy Wilder. Sa sortie en DVD et Blu-ray  aux éditions Rimini permet de réparer cette injustice et de faire découvrir un film hilarant au rythme impressionnant.

Nous sommes à Berlin, le Berlin divisé en secteurs à l’époque de la Guerre Froide, juste avant la construction du Mur qui coupera la capitale en deux. Bien entendu, le conflit entre les deux blocs est au centre de Un, deux, trois, et dans un premier temps Wilder décide de renvoyer dos à dos communistes et capitalistes. Ainsi, Russes et Américains ont leur propre propagande (les défilés avec le portrait de Krouchtchev d’un côté, la pendule où le coucou est remplacé par l’Oncle Sam de l’autre côté). A la dictature du PCUS répond la dictature du marché. Les Soviétiques rendent des comptes au Comité Central, et les Américains au conseil d’administration. Mc Namara, le président de la succursale berlinoise de Coca-Cola, dépend entièrement de son patron Hazeltine comme les agents communistes dépendent de leur hiérarchie.
Et au milieu de tout cela, il y a aussi les Allemands, à peine (voire pas du tout) dénazifiés. Le passé du IIIème Reich est toujours d’actualité ici : les anciens S.S. se retrouvent un peu partout, et les employés ont conservé des réflexes hérités de l’époque hitlérienne (tout en ayant appris à mimer l’amnésie).

Comédie à toute allure

Une fois ce cadre posé, Billy Wilder va pouvoir dérouler sa comédie à une vitesse impressionnante. Un, deux, trois est un tourbillon qui entraîne tout sur son passage et file à toute vitesse, en grande partie grâce à un James Cagney qui rappelle fortement Groucho Marx. Wilder multiplie les scènes et joue sur tous les types de comique : satire, caricature, jeux de mots, comique de situation, etc. Les dialogues enchaînent les calembours dont certains sont impossibles à traduire.
L’action, quant à elle, n’est pas sans rappeler celle de Ninotchka, de Lubitsch. Elle se déploie principalement de chaque côté de la frontière qui sépare Berlin, et il est possible d’affirmer que la ville dans son ensemble est un des protagonistes du film (comme elle l’avait déjà été dans un des précédents films de Wilder, La Scandaleuse de Berlin, avec Marlene Dietrich). Les personnages passent d’un secteur à l’autre, de l’Ouest à l’Est, mais cette frontière joue aussi un rôle dramatique dans l’action, lorsque McNamara manigance pour se débarrasser d’un personnage trop gênant en le faisant arrêter par la douane est-allemande. Tout cela peut nous rappeler que Berlin tient une place fondamentale dans la carrière de Wilder, puisque c’est là-bas qu’il débuta dans le cinéma…
Donc, au milieu de cette situation politique et économique très particulière, et alors qu’il est dévoré par l’ambition d’employer Coca-Cola pour conquérir l’URSS, McNamara apprend qu’il va devoir faire la nounou pour la fille de son patron, envoyée en Europe pour lui permettre d’oublier le joueur de basket avec lequel elle s’est fiancée (dans des conditions rocambolesques). Bien entendu, rien ne se passera comme prévu et la petite terreur, très attirée par les garçons, va créer un enchaînement d’événements pour le moins inattendus.

Compléments de programme

C’est donc ce film, pas le plus connu de Wilder, réalisé juste après La Garçonnière, que les éditions Rimini nous proposent de voir ou revoir, et c’est un plaisir de chaque instant. Les gags vont tellement vite qu’il faut plusieurs visionnages pour les saisir tous. Le scénario est d’une belle intelligence. On rigole franchement tout au long du film. Et le rythme est impressionnant.
En plus de l’habituelle bande annonce, le film est accompagné de deux bonus plutôt intéressants. L’un est une conversation entre deux critiques (Mathieu Macheret, du Monde, et Frédéric Mercier, de Transfuge), qui analysent le film et le situent dans la carrière de Wilder.
Le second est rarissime : une émission de radio américaine de 1970 lors de laquelle Wilder fut interrogé par un journaliste pendant une heure. L’occasion d’écouter ce grand homme, qui faisait souvent preuve d’autant d’humour dans ses entretiens que dans ses films.
En bref, une fort belle édition qui mérite d’être vue.

Caractéristiques du Blu-ray
français ou anglais sous-titré français
16:9 compatible 4/3 format d’origine respecté 2.35
Pal
105 Minutes
Noir et Blanc
mono
Bonus :
Conversation entre les journalistes Frédéric Mercier et Mathieu Macheret (36 minutes)
Entretien audio avec Billy Wilder (émission de radio de mars 1970) (57 minutes)
Film annonce
Livret de 28 pages écrit par Marc Toullec

Champs Elysées Film Festival 2019 : Daniel fait face, le charme discret de l’enfance

La compétition des longs métrages français du Champs Elysées Film Festival 2019 a ouvert les hostilités avec un premier film réalisé par Marine Atlan. Tout droit sortie de la Fémis, la réalisatrice poursuit les thèmes déjà initiés dans son court métrage de fin d’étude dans Daniel fait face.

Daniel fait face est un objet de cinéma passionnant dans ce qu’il propose en terme de création pour traiter du voyeurisme et des premiers émois. Là où certains films le font par le biais de l’intime, du personnel et de l’éveil de la conscience de soi, Marine Atlan choisit un tout autre biais pour créer un fil entre ses personnages que celui de la conscience de l’autre. Car finalement, le regard que l’on se crée et se construit sur soi dépend de celui qu’on pose sur les autres, de ce qu’ils nous renvoient ou de ce qu’ils nous offrent à contempler, malgré eux parfois.

Dans une société où le voyeurisme est monnaie courante, même si peu le reconnaissent, il est évident que chaque individu est devenu voyeur. La cinéaste dresse de ce vice un poème dans Daniel fait face. Le film doit beaucoup à la musique car les silences sont au contraire parfois longs et pénibles, et pourtant, quelque chose enivre, transporte. Les fulgurances visuelles, les images métaphoriques du désir et des premiers émois, la beauté picturale d’une mise en scène épurée mais intelligente rendent finalement le tout assez riche. D’une grande sensibilité, le film fascinera par son imagerie intéressante des émotions. Le voyeurisme est souvent affaire de cinéma alors capter ces regards, capter l’acte même de regarder à travers une caméra rend le tout assez providentiel. Mais il est parfois moins question de ce regard que de sa découverte et de l’effet qu’il aura sur l’être, ici, le jeune garçon qu’est Daniel. Comment naissent les émotions, et les premiers désirs ?

C’est à travers des scènes flottantes où le jeune casting impressionne de vérité que l’on saisit l’ampleur de ces premières émotions. Peu de dialogues sont présents, tout est dans l’intensité des regards et la force de proposition dont les acteurs se sont emparés pour traiter leur personnage, c’est d’autant plus admirable qu’ils sont tous très jeunes. Parvenir à un tel niveau de jeu quasiment juste avec leur corps rend compte du grand talent dont la réalisatrice a fait part pour les diriger au plus vrai. Faire danser et chanter des enfants sur une chanson de Véronique Sanson et une belle scène de cinéma s’offre à nous. Un mélange des générations autour d’un thème qui n’a pas d’âge, que le film traverse durant toute sa durée, et dont les personnages s’emparent. L’amour, puis la mort. Ça commence par un réveil, ça s’achève avec un sommeil, tout y est fin et intelligent et les faiblesses de rythme gâcheront quelques moments que d’autres relèveront par leur éclat, particulièrement dû aux choix musicaux brillants et à la composition de Jonas Atlan. Un film passionnant, abouti, non sans défaut, mais que l’on apprécie.

Daniel fait face : Extrait

Synopsis : Tandis que sa classe se prépare pour la répétition générale d’un spectacle de fin d’année, Daniel, 10 ans, s’égare dans les couloirs de l’école. Il surprend alors Marthe dans les vestiaires. Entre les deux enfants un nouveau lien va se nouer…

DANIEL FAIT FACE, un film de Marine Atlan
Avec Théo Polgar, Madeleine Follacci, Tristan Bernard, Aurélien Gabrielli, Emmanuelle Cuau, Michelle Laudet
Durée : 59 minutes
Distribution : Bathysphere

MENTION SPECIALE OURS DE CRISTAL – BERLINALE 2019

Bienvenue à Marwen : l’ode à l’imaginaire de Robert Zemeckis débarque en DVD/Blu-Ray

Sorti en catimini en début d’année, Bienvenue à Marwen est la nouvelle mouture du vétéran Robert Zemeckis. Au programme, un film qui s’inscrit dans la droite lignée de son The Walk, en reprenant un incroyable fait divers qu’il va grimer, par la force de ses images, en une puissante (et forcément émouvante) ode à l’imaginaire dans laquelle brille un certain Steve Carell. Chef d’oeuvre !

Après s’être fait tabasser dans un bar, Mark Hogancamp reste plusieurs jours dans le coma. À son réveil, il est frappé d’amnésie. Il va alors se créer un monde imaginaire, Marwen, un village belge fictif durant la Seconde Guerre mondiale. La création de ce village en miniature devient une obsession. Comme une auto-thérapie, Mark invente des lieux imaginaires qu’il peuple avec des poupées représentant principalement des femmes de son entourage et de son passé. Dans ce monde imaginaire, son alter ego Captain Hogie côtoie ainsi la sorcière belge Deja Thoris, GI Julie ou encore Caralala. Tout cela lui redonne la force physique et mentale nécessaire pour le retour à la réalité : Mark doit se rendre au procès de ses agresseurs. 

Une incroyable ode à la puissance curative de l’art…

Avec moins de 11 millions de dollars de recettes au box-office américain (13 millions à l’international) pour un budget de 39, Bienvenue à Marwen est probablement le plus gros échec public de la carrière de Robert Zemeckis. Un échec que même 6 mois après, on a bien du mal à comprendre tant on est paradoxalement face à l’un des meilleurs films du réalisateur. Oui rien que ça. Et ne pensez pas qu’on a l’emphase facile en disant ça. Non, on a affaire à l’un des films qui dans 15/20 ans se payera un ravalement de façade en bonne et due forme et siégera au coté de ce même Forrest Gump qui vampirise la carrière du bon Zemeckis. Mais alors pourquoi, me direz-vous ? Pourquoi ? Parce qu’en bon cinéaste qu’il est, Zemeckis a mûri son sujet. Ici, un obscur fait divers impliquant un quidam agressé à la sortie d’un bar qui va entreprendre rien de moins qu’une thérapie par l’art. L’art oui. De quoi imprimer sur l’oeuvre un parfum métatextuel bienvenu à l’heure où l’industrie tout entière plonge avec délice dans cet outil (Deadpool pour ne citer que lui). Et dans la même optique un parfum idiosyncrasique à l’ensemble. Puisque si Zemeckis semble rappeler le pouvoir curatif de l’art sur l’humain, c’est peut-être parce que ça a toujours été son credo. Chez lui, l’art a toujours fonctionné ainsi. Comme un exutoire, comme un échappatoire. D’où le fait qu’il cultive une certaine dose de fantaisie dans la plupart de ses oeuvres. Certains argueront que cette fantaisie s’apparente à de la candeur et ils auront raison tant le cinéaste a conscience à chaque fois de filmer des vraies personnes et non pas des personnages. Un choix osé qui confère une dose d’humanité à la plupart de ses films et qui ne fait pas exception dans ce Bienvenue à Marwen qui cultive encore avec une rare acuité, l’humain. On ressort ainsi de Bienvenue à Marwen ému, touché même par le parcours empli de résilience de cet homme qui va se reconstruire aussi bien physiquement que mentalement, en chassant ses démons et en s’affirmant à la face du monde. Bref, rien de forcément nouveau au soleil si l’on connait le bonhomme, mais à l’arrivée, un beau film, plein d’espoir, plein de vie, plein de rêverie et qui montre encore une fois l’humain dans ses meilleures facettes : combatif, aimant et optimiste. 

qui reste très mystérieuse sur sa fabrication…

En atteste déjà le choix de sortir le film en simple édition DVD à l’échelle nationale. Pour les amateurs de galette bleues, il faudra se tourner vers la Fnac pour obtenir le précieux sésame. Une petite déconvenue cependant vite oubliée à la vue de la qualité du Master qui éclipse nos réserves. Les images sont ainsi sublimes et notamment celles dépeignant la vie au sein de l’univers du héros campé par Steve Carell ; preuve d’un transfert réussi par l’éditeur. Niveau son, même rengaine puisque l’édition Blu-Ray n’a pas lésiné sur la qualité : on a ainsi droit à un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 redoutablement spatialisé : l’immersion est totale, les effets sont dynamiques et nombreux, et le rendu acoustique affiche une ampleur assez impressionnante. La version française quant à elle n’est encodée qu’en Dolby Digital 5.1, et les amateurs de VF n’auront d’autre choix que de s’en contenter, d’autant qu’elle fait preuve d’un dynamisme remarquable. Coté bonus, la récolte est malheureusement un peu plus maigre. Mis à part une sélection de scènes coupées ou alternatives (de 12 minutes) présentées en l’état et quelques featurettes revenant sur les décors, la personnalité de Robert Zemeckis et la transformation des acteurs, on n’aura rien de plus à se mettre sous la dent. Ce qui est quelque peu regrettable quand on a un film qui ose allier divertissement et vrai contexte de création.

Caractéristique du DVD Bienvenue à Marwen 

Langues : Français, Anglais / Sous-Titres : Francais, Sourds & Malentendants

Son : D.D5.1 et audio description / Images : 16/9- 2.39 – Couleur

Durée : 106 minutes

Caractéristique du Bu-Ray de Bienvenue à Marwen 

Audio – Dolby TrueHD 5.1 : Anglais / Dolby Digital 5.1 : Français, Italien.

Image – 1080p HD / 2.39:1.

Sous-titres – Anglais, Français, Néerlandais, Italien, Danois, Finlandais, Norvégien, Suédois.

Durée – 115 minutes.

Bande-annonce : Bienvenue à Marwen 

Zombie retrouve sa voracité en Blu-ray chez ESC éditions

Le 24 mai 2019 est sorti un coffret cult’edition méritant une certaine attention. En effet, l’éditeur ESC a consacré leur nouvelle édition collector Blu-ray à Zombie Dawn of The Dead de George A. Romero. Attention, ça va saigner de plaisir.

Synopsis : Soudain, sans qu’aucun signe précurseur ne l’ait annoncé, un phénomène inexpliqué se produit : les morts se redressent et s’attaquent aux vivants pour les dévorer. Une pandémie à l’échelle de la planète touche la civilisation qui sombre alors dans le chaos. Quatre survivants de Philadelphia quittent la ville dans un hélicoptère. Alors le carburant commence à manquer, l’équipe décide de faire une halte dans un gigantesque centre commercial.

Zombie : « un grand film politique »

Bertrand Bonello –

Bien des commentaires ont été faits sur le film de George A. Romero. On ne cesse encore d’entendre, même dans les compléments de l’édition, que le film est un pamphlet social et politique conséquent, à la logique subversive plus explicite que dans le précédent volet de la saga, La Nuit des Morts-Vivants, réalisé par Romero en 1968, dix ans avant sa suite. Dans l’un des bonus du premier Blu-ray l’édition, Bertrand Bonello déclare à Jean-François Rauger et à l’assemblée présente à l’occasion de la projection du film à la cinémathèque, que Zombie est « un grand film politique avant d’être un film gore, de genre, ou peu importe ». Encore une fois, l’engagement politique est mis en avant. Cependant, comme on peut le constater dans bien des commentaires de films de genre (horreur, gore, science-fiction), le message politique et la critique sociale ont tendance à définir davantage la grandeur d’un film plutôt que le métrage en lui-même. Comme si l’expérience cinématographique comptait moins que son discours qui existe bel et bien grâce au récit filmique. Certes, Zombie/Dawn of the Dead est un long métrage qui ne mâche pas ses images et encore moins ses mots lorsqu’il s’agit de mettre à mal les gloires nord-américaines. Toutefois, cela en fait-il un grand film politique ?

Zombie(s)

Avant de s’enfoncer dans la diatribe enchantée de ce coquin de Romero et son film de zombies, ne devrait-on pas d’abord se poser la question de la version ? Non, il ne s’agit pas du problème qu’a posé Blade Runner (1982-2007), encore moins celui de La Soif du Mal (1958-1998). Zombie n’est pas une œuvre au long processus créatif « finalisé » quelques années ou décennies plus tard par son réalisateur, un technicien, ou une équipe de passionnés. Le long métrage de Romero a été en grande partie porté par le cinéaste Dario Argento (Les Frissons de l’angoisse, Suspiria) en tant que producteur, conseiller sur le scénario, aide à la composition musicale, scénographe… Bref, Dario et son équipe de production italienne n’ont pas croisé les bras et ont porté le projet de l’ami Romero avec passion. L’important engagement financier (la moitié d’un budget pas grandiloquent, soit 650 000 dollars) et humain de la bande italienne lui permet d’obtenir les droits de distribution en Europe, en Afrique et en Asie, tandis que le producteur américain garde les droits d’exploitation pour les US et l’Amérique du Sud. Afin de soutenir au mieux la sortie en salles du film en Europe, notamment en Italie, Argento propose plus que de prêter son nom à différents postes cruciaux. Le cinéaste développe, en accord avec Romero, une version européenne avec quelques caractéristiques propres au réalisateur d’Inferno. D’abord, on remarque de suite la présence de Goblin à la composition musicale. Ensuite, on note l’efficacité d’un montage plus court, plus resserré. Argento explique que la majorité des coupes sont produites pour passer sous les radars de la censure. Cependant, les deux modifications du cinéaste italien sont bien plus que des simples usages propres à la distribution du métrage. Argento a magnifié le long métrage de son ami, en trouvant un équilibre entre humour, action, horreur et farce politique. En effet, la version américaine est loin d’être un grand film engagé tant il sombre sans subtilité dans la farce sociale et politique. Dawn of the Dead, soit Zombie dans sa version américaine, est hyper-explicite, l’œuvre étant plongée – quand elle n’est pas noyée dans la critique sociale poussive – dans une forme de série B ne laissant aucune place au mystère. On retrouve d’ailleurs dans la bande-son ces notes musicales propres aux mort-vivants qu’on retrouvera dans sa plus belle et récente itération, Shaun of the Dead (2003, Edgar Wright). À ce propos, on notera que la bande-son américaine a repris et mixé quelques extraits de la bande-son européenne qui vient servir ici les lignes directrices de Romero.

Un son culte attaché à la figure du mort-vivant/zombie romeronien 

Concernant le récit, le montage de Romero est poussif à tel point qu’on ne peut s’inquiéter du sort de ses protagonistes qui sont finalement, comme semble le signifier le final suivi de son générique grand-guignolesque, des personnages de cartoon. Dawn of the Dead, soit Zombie dans la version américaine, est une farce totale qui s’empresse de tout montrer pour mieux hurler au monde son mépris de la civilisation occidentale. Un grand film politique ? Non, l’œuvre parait même plus transgressive ici que subversive. Romero ne laisse pas de place à l’implication émotionnelle du spectateur pour mieux la questionner et la détourner. Dawn of the Dead se regarde avec une distanciation qui pourra séduire nombre de spectateurs qui penseront jouir d’un film empli d’un riche sous-texte ancré dans une forme exubérante. Mais le film de Romero semble s’arrêter ici à une série B emplie de grandes idées mises à mal par une farce politique beaucoup trop présente ainsi que par son lourd récit manquant d’efficacité, au service de la comédie de mœurs survivalistes que Dawn of the Dead semble attaché à être. Certains pourraient répondre à ce texte que le premier volet, La Nuit des Morts-Vivants, épousait la même forme que celui-là, avec moins d’ampleur. Mais il n’en est rien, comme l’explique dans un complément Julien Sévéon, journaliste-cinéma et auteur d’une monographie sur George A. Romero : La Nuit des Morts Vivants est « un pur film de terreur » qui a été « considéré à tort comme un film politique ». Il s’agissait en réalité pour Romero et son équipe de faire un film à faible budget qui leur permettrait de dégager assez de recettes pour produire des œuvres plus personnelles. Dès la conception du deuxième volet, Romero « se pose comme un cinéaste politique ».

Une musique plus que joyeuse pour le final de Dawn of the Dead

Zombie

Zombie, soit la version d’Argento, n’est pas élagué des dialogues explicitement critiques de la société nord-américaine propre à Romero. La farce n’est pas en mal, toutefois, le long métrage fonctionne sur un jeu d’équilibriste entre la blague politico-sociale, le film d’action, le survival (formidable), et le genre apocalyptique. La musique de Goblin et le montage nerveux du cinéaste italien permettent au film de Romero d’obtenir un réel suspense. Ainsi sera-t-on pris aux tripes par la tension des nombreuses scènes d’action, rigolera-t-on de joie face aux succès de notre groupe humain, sera-t-on dérangé par le sort de deux d’entre eux (le cadrage sur la séquence de décès du premier gagne en tension et en émotion par rapport à la version américaine qui semble dénuée de tout effort en ce sens). Aussi rira-t-on de temps à temps vis-à-vis des dialogues réflexifs tant ils sont poussifs, des déclarations de personnages telles que Romero en pondra jusque dans ses derniers films (Land of the Dead, entre autres). On pense notamment à ce dialogue : « mais pourquoi viennent-ils dans ce centre commercial ? », l’autre répond : « ils viennent par instinct. C’est le souvenir d’un endroit qu’ils aimaient qui les anime jusqu’ici. » Notez la subtilité du discours, la possibilité de son caractère méta, et surtout, la disparition du caractère allégorique du mort-vivant/zombie.

Zombie s’apparente davantage à « un grand film politique » grâce à l’investissement d’Argento. Le caractère engagé du long métrage n’est pas tant lié à ses quelques dialogues traités précédemment qu’au traitement davantage sérieux de son récit de survie. Ainsi les enfants zombies qu’on doit abattre éveillent de l’effroi chez le spectateur. La séquence dans le logement occupé par une communauté afro-américaine est terrorisante vis-à-vis de l’action fasciste et raciste qui semble inarrêtable. Et les moments télévisuels politiques en deviennent véritablement glaçants. Bien sûr, le survival n’est pas en reste puisque, comme le note Bonello, la survie du petit groupe dans le centre commercial constitue un miroir de la société contemporaine : de l’organisation militaire à l’ingéniosité humaine en n’oubliant la consommation à outrance, quitte à en oublier l’extérieur et ses horreurs. Cet écho social est d’autant plus fort que la version européenne permet au spectateur de s’investir dans le récit, et donc de céder ou de remettre en question les pulsions et choix du microcosme. Cela, à l’inverse de la version de Romero à la distanciation problématique tant tout semble n’être que farce et vilenie dans ce monde dans lequel rien ou presque ne compte.

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Notre groupe de survivants prêt à faire du shopping – Copyright : Laurel Group – ESC Éditions

Dario Argento’s Zombie, a film by George Romero

Oui, Zombie est un grand métrage politique. Mais il n’est pas que ça. Du fun, de la finesse, un rythme soutenu, une puissance d’évocation et une force d’originalité et d’imagination portent cet objet filmique grandiose.

La série de jeux vidéo Dead Rising doit ainsi tout ou presque au duo de génies derrière Zombie plutôt qu’au « seul » auteur de Dawn of the Dead. En effet, n’oublions pas l’impact de ce cocktail rock sur l’histoire du cinéma, et plus encore sur la pop culture. Œuvre au croisement de deux cinéastes à leur firmament, Zombie est un brillant film pop, et, pour reprendre l’expression de Julien Séveon, un grand « comic book live » aux flamboyantes « libertés visuelles ».

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Copyright : ESC Éditions

La Cult’Edition de Zombie est une réussite pour ESC Edition. Son grand intérêt consiste en la présence des quatre versions de l’œuvre, soit celle des deux films, Zombie et Dawn of the Dead, présentés dans leurs deux versions: la version européenne, la version européenne en Full Frame ; la version américaine en Director’s Cut et en version longue (la même qui fut présentée au Marché du film du Festival de Cannes).

La version européenne, au nouveau master 4K supervisé par le chef opérateur Michael Gornick, règne ici en maître. Couleurs bien vivaces, lumières, sauvegarde du grain d’origine et stabilité sont au rendez-vous. On nuancera toutefois sur le rendu colorimétrique qui ne semble pas avoir été bien géré par l’éditeur au niveau de l’encodage malgré une excellente source. La version Full Frame, qui présente le film dans un format 4/3 avec une image complète et non recadrée en haut et en bas, souffre d’instabilité. Le phénomène est régulier, et devient particulièrement gênant lorsque le cadre de l’image s’agite et/ou change de couleur. Aussi, les recadrages sont davantage visibles dans cette version.

Les versions américaines semblent être le produit soit d’anciens scans, soit de scans de copies abimées, ou encore le fruit d’une restauration limitée. La résolution est, de façon générale, moyenne. Quelques scènes, bien éclairées, réussissent à convaincre. Toutefois le rendu colorimétrique manque de puissance, au point de proposer un rendu terni par une forme de clouding permanent. Les copies souffrent d’instabilité. Le grain est géré de façon aléatoire. A vrai dire, sa présence, plus ou moins importante, est liée à l’état de la copie. Celle-ci est loin d’avoir été nettoyée et restaurée comme les versions européennes. En effet, de nombreux plans sont poussiéreux et porteurs de griffes. Le rendu général de ces versions est ainsi plutôt médiocre, tant au niveau visuel que sonore. De meilleures sources n’ont peut être pas encore été trouvées, à l’inverses des éléments européens. Ou alors, peut-être est-ce dû à l’âge de ces masters ? D’ailleurs, depuis quand ceux-ci existent-ils ?

Du côté des compléments, ESC n’y est pas allé chichement. Certes, certains se répètent, on pense à l’entretien-maison avec Dario Argento qui tend à redire nombre d’éléments déjà déclarés dans l’entretien avec Dario et Claudio Argento, Afredo Cuomo et Claudio Simonetti. Bien sûr, il y a quelques anecdotes qui viennent différencier le premier du deuxième, et il y a le plaisir de voir Argento, aujourd’hui bien âgé, revenir sur le film. La « présentation du film » par Argento a probablement été filmée dans le même temps. Celle-ci s’avère plus touchante qu’elle ne présente d’informations. On retrouve aussi au programme les fidèles hérauts d’ESC, Linda Tahir et Christophe Champclaux. Le duo de cinéphages propose un complément, produit par leur société Rose Night, consacré à Romero. Le document, à l’introduction bricolée avec amusement, revient sur son goût pour le fantastique et la science-fiction développé dans sa jeunesse, les films de morts-vivants qui l’ont inspiré pour sa version, soit le modèle moderne du zombie, et sa carrière. Le retour biographique est guidé par des extraits d’une intéressante interview de 2001.

On se doit de saluer la présence du journaliste et spécialiste de Romero, Julien Sévéon, sur deux modules d’une vingtaine de minutes chacun. On appréciera aussi l’entretien avec Bonello et Jean-François Rauger, qui revient sur le récent Nocturama de Bonello et sur l’une de ses grandes inspirations, Zombie. Si vous n’avez pas vu Nocturama, rassurez-vous, il ne s’agira pas d’une séance d’autosatisfaction soutenue par quelques propos sur une vieille œuvre de genre sortie pour l’occasion. Le rapprochement est fort à propos et vous serez certainement intrigués par les dires des deux bonhommes sur le film de Romero et d’Argento. Outre les différents et intéressants entretiens, on note la présence sur les Blu-ray 2 et 3 de matériels promotionnels et d’un document un peu plus léger, la visite du centre commercial Monroeville Mall avec l’acteur Ken Foree. Enfin on appréciera de retrouver des commentaires audio conséquents des Blu-ray 1, 2 et 4, avec entre autres, Michael Gornick, Tom Dubensky (assistant caméraman), George A. Romero et Tom Savini (responsable des effets spéciaux et acteur), ou encore celui de Claudio Simonetti (compositeur du groupe Goblin).

Soutenue par cinq photographies collector, l’édition est enfin complétée par un livre écrit par Marc Toullec, un habitué des éditions ESC. Après une introduction d’une dizaine pages (moitié moins si on retire les images) revenant sur la portée allégorique et le caractère engagé de l’oeuvre de Romero ainsi que son intérêt pour sa créature, le riche ouvrage consacre ses 140 autres pages à sa saga des morts-vivants, de la genèse et l’exploitation de La Nuit des Morts-Vivants à celles de Survival of the Dead (2009) en n’oubliant pas Land of the Dead (2005) ou encore Diary of the Dead (2007). On notera la qualité du travail éditorial, autant dans le choix et la qualité des photographies que dans la mise en page du texte passionné et passionnant signé par Toullec.

Dawn of the Blu-ray

Certains ont déjà probablement crié leur déception vis-à-vis de l’édition sur les réseaux sociaux, notamment à cause des masters des versions US. Toutefois, le coffret d’ESC mérite un énorme « bravo ». Le travail éditorial est formidable. On pense au travail soigné sur les menus, à la possibilité d’avoir toutes ces versions dont deux magnifiquement remasterisées et une, celle de Cannes, très rare. Et on compte bien sûr l’importante dose de compléments à déguster.

Bande-Annonce – Zombie

Zombie – Coffret Cult’Edition 40èmeAnniversaire
Coffret Collector 40ème Anniversaire avec 4 versions du film, un livre de 152 pages et 5 tirages photo collector :
– Blu-ray 1 : Version Européenne de 120′ (montage supervisé par Dario Argento avec la BO de Goblin), dans un nouveau master restauré en 4K produit en 2019 par ESC Editions sous la supervision du directeur de la photo Michael Gornick (VF 5.1 et VOST 5.1 et 2.0 mono)
– Blu-ray 2 : Version Director’s Cut US de 127′ – nouveau master Haute définition (VOST 5.1 et 2.0 mono)
– Blu-ray 3 : Version longue présentée au Marché du Film du Festival de Cannes 1979 de 139′ – nouveau master Haute définition (VOST 5.1 et 2.0 mono)
– Blu-ray 4 : Version Européenne en Full Frame (ratio 1.33 – VF 5.1 et VOST 5.1 et 2.0 mono)
– un livre de Marc Toullec de 152 pages
– 5 tirages photos collector

COMPLÉMENTS

Blu-ray 1 (Version Européenne) :
Présentation du film par Dario Argento
Commentaire audio du directeur de la photographie Michael Gornick, Tom Dubensky (assistant caméraman) et Lee Karr (historien du cinéma et auteur) produit et réalisé par Jim Cirronella
Entretien autour du film avec Dario Argento (20′)
George A. Romero, l’homme aux Zombies par Julien Sévéon (27′)
Discussion publique entre Bertrand Bonello et Jean-François Rauger à la Cinémathèque Française (60′)
Entretien avec Dario Argento, Claudio Argento, Alfredo Cuomo, Claudio Simonetti… (30′)
Blu-ray 2 (Director’s Cut US) :
Commentaire audio de George A. Romero et Tom Savini
Document sur les décors du film avec le commentaire audio de Robert Langer (13′)
Visite du centre commercial Monroeville Mall avec l’acteur Ken Foree (10′)
Documentaire : « The Dead Will Walk » de Perry Martin (2004, 75′)
Blu-ray 3 (Version Cannes) :
« Les Zombies de Romero » par Linda Tahir et Christophe Champclaux (26′)
Les effets spéciaux de Zombie décryptés par Benoit Lestang (Maquilleur effets spéciaux) (18′)
Entretien avec Jean-Pierre Putters (Fondateur et ancien rédacteur en chef du magazine Mad Movies) (18′)
Matériels promotionnels
Blu-ray 4 (Version Full Frame) :
Commentaire audio du compositeur Claudio Simonetti
Commentaire audio des 4 principaux acteurs
Documentaire : « The Definitive Document of The Dead » de Roy Frumkes (102′)
La musique de Zombie par Julien Sévéon (19′)

Prix de vente conseillé : 69,99 € TTC

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4

« 125, rue Montmartre » : le crime était presque parfait

Pathé Films propose une réédition DVD/Blu-ray de 125, rue Montmartre. Lino Ventura y apparaît dans l’un de ses premiers grands rôles, cinq années après Touchez pas au grisbi. Le Paris populaire y est mis à l’honneur sur fond de machination criminelle.

Au moment de tourner 125, rue Montmartre, Gilles Grangier a déjà réalisé une bonne trentaine de films et collaboré à plusieurs reprises avec Jean Gabin. Lino Ventura, en revanche, en est encore à sa phase de découverte du cinéma, même si ses idées sur le sujet, et a fortiori sur les personnages qu’il incarne, sont bien arrêtées. Tous deux vont donner à ce polar méconnu l’allant indispensable aux grandes œuvres. L’acteur italien, ancien champion de lutte, se montre magnétique dès les premières séquences du film : cigarette aux lèvres, moue lasse ou contrariée, il débite avec charisme les dialogues parfaitement ciselés d’un Michel Audiard en grande forme. Gilles Grangier façonne quant à lui un polar échevelé où le mystère s’épaissit constamment, tout en radiographiant le Paris populaire à travers l’histoire d’un vendeur de journaux à la criée.

Adapté d’un roman primé d’André Gillois, accompagné de partitions parfois anxiogènes, 125, rue Montmartre bascule au moment où Pascal repêche sous un pont Didier (Robert Hirsch), qui a tenté de mettre fin à ses jours en se jetant à l’eau. Ce dernier se dit victime de sa femme et de son beau-frère, qui cherchent à le faire passer pour fou, probablement dans l’espoir de s’accaparer ses « deux fermes » et ses « trente hectares ». Malgré le comportement erratique de son nouveau compagnon et quelques revirements de bord, Pascal le prend sous son aile, lui dégote un job où il peut espérer « 300 balles par jour », puis l’accompagne dans sa demeure bourgeoise pour récupérer quelques liquidités. Sauf que rien ne se passe comme prévu et que le pauvre vendeur de journaux finit… accusé du meurtre de Didier, l’authentique cette fois ! Nous voilà plongés dans le parfait scénario hitchcockien du faux coupable.

Mine de rien, l’acuité du regard est l’une des grandes qualités de ce long métrage. Il y a d’abord la caractérisation fine de Pascal, habitant un appartement modeste, doublant ses revenus mensuels grâce au Tour de France, accordant confiance et logis à un inconnu par pure charité, tout en déclarant : « Il m’énerve. J’aime les gens normaux, moi ! » Par ailleurs, le quartier de la presse, les tournées des vendeurs, la criée constituent autant de particularités sociologiques étudiées dans le film. Il y a aussi le regard de l’inspecteur, dont les doutes seront favorables à Pascal, et qui assènera : « J’aime que les assassins concordent avec l’arme du crime. » Pendant ce temps, les quiproquos et confusions identitaires le disputeront à l’humour audiardesque, tandis que les numéros d’acteur de Lino Ventura et la photographie soignée de Jacques Lemare sublimeront un peu plus cet étonnant 125, rue Montmartre. Un polar dont la brève allusion à la peine de mort, à l’endroit d’un innocent au grand cœur, se niche certainement dans le corps du courant abolitionniste.

BONUS & RESTAURATION

Le film est plaisant à regarder et à entendre. Le travail de restauration se veut sans conteste à saluer. Parmi les quatre suppléments compris dans cette édition, trois s’avèrent très chiches, si bien que l’on s’intéressera avant tout aux entretiens (40 minutes environ) avec Patrick Eveno, Philippe Lombard et Jean-Pierre Bleys, centrés sur le film et ses intervenants, mais évoquant aussi Jean Gabin, qui introduisit Lino Ventura dans le cinéma français. Il sera aussi question de Gabin (et de ses répliques fleuries) dans le petit film consacré à Michel Audiard.

Fiche technique

Réalisation : Gilles Grangier
Scénario : Jacques Robert, André Gillois, Gilles Grangier
Adaptation d’après le roman éponyme 125, rue Montmartre d’André Gillois (aux éditions Hachette, 1958)
Dialogue : Michel Audiard
Assistants réalisateur : Jacques Deray et Guy Blanc
Décors : Robert Bouladoux
Assistants décors : James Allan et Georges Richard
Photographie : Jacques Lemare

Infos techniques : DVD – 1.66 – N&B – 91 min
LANGUES : Français Dolby Digital 2.0
SOUS-TITRES : Sourds et malentendants BLU-RAY – 1.66 – N&B – 95 min
LANGUES : Français DTS mono 2.0 SOUS-TITRES : Sourds et malentendants
Suppléments : Série d’entretiens autour du film (environ 40 min)
Actualités Pathé d’époque : Grand cocktail parisien pour la sortie du film 125 rue Montmartre – 1959 (environ 1 minute); Retour sur la carrière de Michel Audiard -1969 ( 3 min 30 ) ; Buster Keaton fait le show au cirque Medrano – 1947 (5 min)

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4

Men in Black : International, une nouvelle féminisation des blockbusters

Sortie le 12 Juin, Men in Black : International s’annonce comme une suite, mais incarne plutôt un reboot du MIB original. La nouveauté ? Son casting au féminin. Tessa Thompson en tête d’affiche, aux cotés de Chris Hemsworth, adopte le costume et les lunettes noirs comme une vraie (wo)Men in Black. Mais que propose le film d’original ? Rien de plus.

Women and Men in Black

Après Oceans 8, Ghostbusters, c’est le très connu Men in Black qui se féminise. Mais si le titre de « Men in Black » reste inchangé, le film remet les pendules à l’heure, les « femmes en noir » existent bel et bien au sein de l’agence MIB. Aux commandes du QG de New York, on retrouve l’agent O (Emma Thompson) réaffirmant sa position en tant que femme. Alors, si nos agentes ont été invisibles jusqu’alors, la franchise semble se faire pardonner en incrustant un casting plus féminin. Passé le discours d’empowerment, le film reste un classique film d’action et rien de féministe à l’horizon.

Nouvelles têtes, même formule

Pour ce quatrième opus, ce sont les agents H (Chris Hemsworth) et M (Tessa Thompson) qui prennent la relève du mythique duo K et J, aka Tommy Lee Jones et Will Smith (Nos anciens héros ne feront l’objet que d’un bref cameo pictural). Avec quelques appréhensions, ce nouvel opus nous introduit la petite nouvelle : Molly. Petite fille, elle assiste à l’intervention des MIB chez elle, mais ne se fait pas flasher. Toute sa vie, elle garde secret l’existence des aliens et espère un jour aussi intégrer les agents secrets en costard-cravate. A force d’acharnement, elle s’incruste au QG de New York et parvient à être mise à l’essaie pour intégrer les MIB.

Paris et les Français sous les projecteurs

Qui dit « International », dit délocalisation. C’est à Londres que l’agent M est placé, sous l’aile du grand T (Liam Neeson), Big Boss du siège anglais. Elle devra alors faire équipe par défaut avec l’agent H, aussi talentueux qu’arrogant. Notre nouveau duo fonctionne avec quelques à-coups au début, mais ils finissent par s’entraider pour sauver le monde (encore). Un partie de l’action se déroule également à Marrakech et Paris, pour le plaisir du public français. Certains reconnaîtront également les « Twins » (Larry & Laurent Bourgeois), des jumeaux danseurs qui ont participé notamment à La France a un incroyable talent, dans les rôles des antagonistes.

Vrai duo ou romance déguisée ?

En comparaison avec les Men in Black précédents, cet épisode reste dans la vague du « buddy movie » à la 21 Jump Street ou nos deux héros, aux caractères divergents, s’entraident autant qu’ils se chamaillent. Chris Hemsworth reprend le rôle du jeune agent intrépide et égocentrique comme Will Smith avant lui. Alors que Tessa Thompson incarne plutôt la nouvelle fraîchement débarquée, en période d’essai, qui excelle en tout point pour faire ses preuves. Le développement de son personnage, à la fois drôle et badass opère bien pour apporter un point de vue féminin à l’aventure. A coté, Chris Hemsworth souffre d’être réduit à un rôle de beau gosse arrogant. Surement dû à  son personnage de Thor (Avengers) qui lui colle à la peau. Attention, même si une romance au sein de notre duo n’est pas explicitement montrée, la fin laisse en suspens une romance qui devrait surement éclore dans une possible suite.

Un MIB qui n’a pas besoin de flash pour se faire oublier

Si l’ensemble réussit à nous divertir, le film n’est pas exceptionnel. Le scénario est assez classique pour le genre, avec un peu d’humour et beaucoup d’effets spéciaux. Il s’ajoute aux blockbusters qui brilleront le temps d’un été. Si on peut être satisfait de voir de plus en plus de femmes comme héroïnes des reboot de nos films d’action cultes, la volonté ne fait pas la qualité. Ces versions féminines, censées attirer un public plus féminin, restent d’ennuyeuses copies de leurs originaux et n’ont pas grand intérêt. Et il serait d’ailleurs naïf d’imaginer que le public féminin se contente d’un recyclage de vieilles formules à succès, plutôt que des véritables nouvelles héroïnes. La véritable révolution serait plus de faire des films comme Wonder Woman, dirigés aussi par des réalisatrice comme Patty Jenkins, qui nous montrent de véritables modèles féminins.

Bande annonce de Men In Black : International

Synopsis : Quand elle était enfant, l’agent M a vu les Men in Black effacer la mémoire de ses parents. Elle n’a rien oublié et est bien décidée à intégrer ce corps d’élite. Recrutée par l’agent O, elle doit faire équipe avec l’agent H, lequel travaillait jusqu’ici avec High T. Ils ont pour mission de découvrir qui est la taupe de l’organisation et surtout mettre celle-ci hors d’état de nuire. Ils se rendent d’abord à Londres mais leur enquête les entraîne un peu partout à travers le globe…

Men in Black : International – Fiche Technique :

Réalisateur : F. Gary Gray
Scénario : Matt Holoway, Art Marcum
Casting : Tessa Thompson (Agent M), Chris Hemsworth (Agent H), Liam Neeson (High T), Emma Thompson (Agent O), Kumail Nanjiani (Pawny), Rafe Spall (Agent C), Rebecca Fergusson (Riza)
Décors et costumes : John Bush, Penny Rose
Photographie: Stuart Dryburgh
Musique : Chris Bacon, Danny Elfman
Production : Sony Pictures, Colombia Pictures Corporation, Amblin Entertainment, Parkes / Macdonal Productions
Pays d’origine : Etats-Unis
Genre: Science fiction, Action
Durée: 1h 55min
Date de sortie : 12 Juin 2019

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2.5

Conséquences (Posledice) : remportez des places de cinéma du film

Concours : A l’occasion de la sortie en salles, le 26 Juin 2019, gagnez des places de cinéma du film, Conséquences (Posledice), le premier long métrage du réalisateur slovène Darko Stante mettant en vedette Matej Zemljic.

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

« Andrej, un jeune délinquant, est placé dans un centre de détention pour mineurs. Il y fait la rencontre de Zelko, un chef de gang pour qui il voue une véritable fascination. Conscient de l’emprise qu’il exerce sur Andrej, Zelko le pousse à commettre des délits de plus en plus graves qui pourraient avoir des conséquences irréversibles… »

https://vimeo.com/273558457

Scénario et réalisation: Darko Štante
Avec Matej Zemljic, Timon Sturbej, Gasper Markun, Lovro Zafred, Lea Bok, Rosana Hribar, Dejan Spasic, Blaz Setnikar, Iztok Drabik Jug, Matjaz Pikalo, Igor Matijevic, Urban Kuntaric, Dominik Vodopivec..
Image: Rok Kajzer Nagode
Son: Julij Zornik
Décors: Špela Kropušek
Musique : Vladimir « Doša » Kosovič
Montage: Sara Gjergek
Distribution: Epicentre Films

Modalités du jeu concours – Dotations 2 places

Pour participer à notre concours, réservé à la France Métropolitaine, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 26 Juin 2019. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter. Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.

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La Dolce Vita, de Federico Fellini : vacuités bruyantes et idoles magnifiques

La Dolce Vita de Federico Fellini avec une once d’originalité ? Tout a été dit, analysé, interprété, le film fait partie de la culture internationale et certaines scènes comme la baignade nocturne dans la fontaine de Trevi sont devenues légendaires. Il faut donc toujours beaucoup d’humilité pour aborder de tels chefs-d’œuvre, et faire évidemment le deuil de l’exhaustivité. Essayons.

Si La Dolce Vita est le film encore aujourd’hui le plus populaire de Fellini, c’est sans doute parce qu’il dépeint un monde dans lequel n’importe qui peut se reconnaître, à des degrés différents. Après s’être intéressé à la misère itinérante dans La Strada, aux déambulations d’une prostituée flâneuse dans Les Nuits de Cabiria, le cinéaste italien peint ici le tableau d’une Italie de la fin des années 50 qui au contraire tourne en rond. Les stars de cinéma, les paparazzi, les médias, les belles voitures, les cabarets, les travaux urbanistiques : tout participe d’un bruit de fond constant, d’une perpétuelle mise en mouvement qui sera sans cesse vouée à l’échec tout au long du film.

Tout dans La Dolce Vita n’est que mascarade, tout ne sert qu’à nourrir l’illusion que l’existence est porteuse de sens pour ces personnages en proie au vertige, au doute (une scène de questions-réponses entre des journalistes et Sylvia – spectrale Anita Ekberg – est sur ce point terrifiante). La vie des personnages n’est que mise en scène, divertissement, ivresse, tentative d’oublier l’ennui et la profonde solitude qui rongent cette mondanité décadente.

Le vide existentiel se matérialise même dans l’espace : les rues désertes de Rome, l’hôpital immensément vide dans lequel une sœur fait les cent pas, les promenades nocturnes en voiture dont l’unique but est de tourner en rond pour repousser le moment de rentrer chez soi, etc. Ce monde est désenchanté, désacralisé (dès le début, le déplacement par hélicoptère d’une statue de Jésus symbolise cette volonté de « s’accrocher », de se « suspendre » au sacré, comme pour se rassurer). Même la religion n’est plus qu’une grotesque superstition salie par des masses hystériques, comme lors d’une scène de miracle collectif où tout n’est plus que brouhaha et discours ineptes. Du bruit et de la pluie, bruyante elle aussi. Comme les vagues de la fin…

Dans cette cacophonie, tout n’est que remplissage vain d’une solitude qui est comme ce vase percé que l’on s’épuise à remplir à ras bord. Maupassant écrivait : « Notre grand tourment dans l’existence vient de ce que nous sommes éternellement seuls, et tous nos efforts, tous nos actes ne tendent qu’à fuir cette solitude. ». La Dolce Vita est peut-être la plus frappante mise en image de ce désespoir qui s’illusionne dans l’artificialité. La scène d’ouverture donne déjà le ton, avec cette première soirée où les masques des danseurs comme les lunettes de soleil portées en pleine nuit annoncent ce refus de voir la réalité de l’existence, et de se vautrer dans l’ivresse de la fête. Ce refus du réel, ce refus de cette solitude angoissante, sonne comme un refus du naturel que l’on a quasiment oublié à force de se complaire dans l’artificiel : Marcello appelle lui-même ce monde bourgeois « la jungle », et la séquence où tous écoutent des bruits de nature à travers un enregistrement radio donne l’impression d’être en face d’individus totalement déshumanisés, qui ont comme oublié ce qu’est le monde extérieur hors de leur bulle mondaine. Aussi semblent-ils redécouvrir ce qu’est la vie à ce moment précis, si éphémère.

Il y a beaucoup de personnages dans La Dolce Vita, divinement interprétés, mais celui de Marcello Mastroianni est forcément le plus mémorable. Il est le seul personnage « principal », bien qu’il ne fasse pas grand-chose – bien qu’aucun d’entre eux ne fasse grand-chose… Il traverse le film comme une ombre, butinant ici et là. Les gens passent, certains paraissent importants puis disparaissent à jamais, d’autres les remplacent. Tout s’écoule comme si rien n’avait d’importance ni ne laissait de trace. Il n’y a même pas d’histoire à proprement parler, pas de réelle narration. La Dolce Vita est plutôt une succession des saynètes mélancoliques comme autant d’instants de vie que Fellini a toujours aimé transmettre dans tous ses films.

Un film intemporel, une longue nuit fellinienne sublimée par la musique de Nino Rota qui, dans toute la discrétion qu’on lui connaît, parvient à retranscrire à la perfection l’élégance et la tristesse infinies qui se dégagent de cette œuvre éternelle. Une œuvre sur l’échec, conclue par l’échec : échec de la nuit, échec des relations humaines, échec de l’amour, échec du désir, échec du langage, échec de tous les artifices qui sont comme anéantis par le lever du jour. Tout s’envole, sauf cet ultime regard de tendresse lancé par Marcello Mastroiani, les yeux meurtris de cernes, à une jeune enfant qui, elle aussi, et comme tous les autres, passait seulement par là.

La Dolce Vita – Bande-annonce

Fiche technique :

Réalisateur : Federico Fellini
Distribution : Marcello Mastroianni, Anita Ekberg, Anouk Aimée, Yvonne Furneaux
Scénario : Federico Fellini, Tullio Pinelli, Ennio Flaiano, Brunello Rondi, Pier Paolo Pasolini (non crédité)
Décors et costumes : Piero Gherardi
Photographie : Otello Martelli
Musique : Nino Rota
Pays d’origine : Italie, France
Genre : chronique dramatique
Durée : 174 minutes
Dates de sortie : 5 février 1960 (Italie), 11 mai 1960 (France)

 

Champs Elysées Film Festival 2019 : La sélection

Pour la huitième année consécutive, la plus belle avenue du monde va vibrer au rythme du septième art durant une semaine. C’est le retour du Champs Elysées Film Festival créée par Sophie Dulac, et voici la sélection 2019.

Cette année, ce ne sont pas moins de 60 films qui seront présentés lors du festival, des avant premières aux séances spéciales sans oublier la Compétition, les festivaliers auront de nombreux choix à faire. Plusieurs invités viendront également à la rencontre du public parisien à l’occasion de masterclass où on pourra retrouver l’acteur Jeff Goldblum, la réalisatrice Debra Granik, les acteurs Kyle MacLachlan et Christopher Walken, ainsi que le cinéaste David Lowery.

L’un des événements les plus attendus du festival sera l’avant-première du nouveau film de James Franco : Pretenders. Mais David Lowery pourrait bien aussi lui voler la vedette avec la présentation de son dernier film The Old Man & The Gun dans lequel il met en scène Robert Redford et Sissy Spacek. D’autres séances inédites viendront s’y ajouter, notamment avec les films Her Smell de Alex Ross Perry en sa présence, et The Mountain, une oydssée américaine, de Rick Alverson, qui sera également là pour présenter son film. À l’occasion de la première de Dragged Across Concrete du réalisateur américain S. Craig Zahler, le festival permettra de revoir ses deux premiers films Section 99 et Bone Tomahawk. Tapis rouges et invités de prestige marqueront cette huitième édition. Mais le Champs Elysées Film Festival chante aussi, et fort du succès rencontré lors de l’édition précédente, un showcase sera organisé chaque soir sur le prestigieux roogtop du festival. Au programme Adam Naas, Claire Laffut, Hervé ainsi que les DJ Set à ne pas manquer de Corine et Fishbach en ouverture et clôture du Festival, une programmation musicale qui donne autant envie de danser que de se réfugier dans les salles de cinéma pour découvrir chacun des films.

Le jury 2019 est présidé par le cinéaste Stéphane Brizé, choix plutôt étonnant quand on voit la sélection de l’année qui semble très éloignée du genre de cinéma que le réalisateur pratique, mais le mélange devrait s’avérer intéressant. Il sera entouré de la chanteuse ayant remporté la Victoire de la musique de l’artiste interprète féminine de l’année Jeanne Added, des acteurs français Clotilde Hesme et Grégoire Ludic, de la réalisatrice libanaise Danielle Arbid et de l’acrobate Yoann Bourgeois. Le réalisateur et humoriste Océan fera également partie de ce jury et se verra présenter le documentaire portant son prénom et retraçant sa vie depuis début 2018 et sa décision de changer de sexe, une projection qui promet d’être passionnante.

Six longs métrages français et américains indépendants composeront les deux compétitions du format long afin d’obtenir le Prix du Public, du Jury ainsi que celui de la Critique dont le jury sera composé des journalistes Iris Brey, Romain Burrel, Sarah Drouhaud et Sylvestre Picard.

La sélection française :
Long métrages
– Braquer Poitiers – Chapitres 1 & 2, de Claude Schmitz
– Daniel fait face, de Marine Atlan
– Frères d’arme, de Sylvain Labrosse
– L’Angle mort, de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic
– Siblings, d’Audrey Gordon
– Vif-argent, de Stéphane Batut

Court métrages
– Après la nuit, de Valentin Plisson et Maxime Roux
– Djo, de Laura Henno
– Je sors acheter des cigarettes, d’Osman Cerfon
– La Ducasse, de Margaux Elouagari
– La Route du sel, de Matthieu Vigneau
– Le ciel est clair, de Marie Rosselet-Ruiz
– Le Roi des démons du vent, de Clémence Poésy
– Ông Ngoai (Grand-Père), de Maximilian Badier Rosenthal

La sélection américaine :
Long métrages
– Chained for Life, de Aaron Schimberg
– Fourteen, de Dan Sallitt
– Lost Holiday, de Michael et Thomas Matthews
– Pahokee, de Ivete Lucas et Patrick Bresnan
– Saint Frances, d’Alex Thompson
– The World is Full of Secrets, de Graham Swon

Court métrages
– 605 Adults 304 Children, de Michael Mahaffie
– How Does It Start, d’Amber Sealey
– Jeremiah, de Kenya Gillespie
– Liberty, de Faren Humes
– Night Swim, de Victoria Rivera
– Skin of Man, de Jimmy Joe Roche
– The Boogeywoman, d’Erica Scoggins
– The Rat, de Carlen May-Mann

Silence, de Masahiro Shinoda, la foi et la douleur

Le 19 juin 2019, Carlotta va nous permettre de voir enfin Silence, réalisé par Masahiro Shinoda en 1971 et resté inédit en France jusqu’à ce jour.

Sorti en 2018, le film Silence de Martin Scorsese a fait connaître le roman de Shūsaku Endō dont il était l’adaptation. Carlotta nous permet maintenant de découvrir la première adaptation du même roman, réalisée par le cinéaste japonais Masahiro Shinoda et qui, bien qu’il fut présenté au festival de Cannes en 1972, est resté inédite en France jusqu’à ce jour.
La première chose qui frappe ici, c’est la grande sobriété de la mise en scène. Le film est constitué en grande partie de plans fixes, entrecoupés de rares panoramiques sur les paysages. La musique n’intervient que très rarement. Les effets sont mesurés, ce qui ne les rend que plus efficaces : certaines scènes de la seconde partie du film sont très intenses émotionnellement parlant. Au sein de cette sobriété, le moindre geste est important, le plus infime détail est riche de signification. Ainsi, les plans sur la mer insistent sur le fait que le Japon est une île : la mer enferme les personnages qui ne peuvent s’échapper. De fait, il est souvent question d’enfermement ici : enfermement géographique (sur une île ou dans un cachot), enfermement dogmatique…

Silence est divisé en deux parties bien distinctes.
Dans la première partie, nous suivons les pères Rodrigues et Garrpe, deux jésuites envoyés au Japon pour retrouver un des leurs disparu il y a longtemps maintenant, père Fereira. Les deux prêtres seront accueillis par les communautés chrétiennes de l’île et obligés de se cacher pour échapper aux autorités de la province de Nagasaki. L’imagerie convoquée ici par Shinoda fait inévitablement penser aux premiers chrétiens victimes du pouvoir impérial romain. La façon de se dissimuler, la crainte que chaque nouvel arrivant ne soit un traître, la peur permanente des sbires du gouverneur, tout est savamment dosé pour donner un sentiment de danger constant.
Là commence aussi à se développer une image christique du père Rodrigues, image qu’il cultive lui-même. Rodrigues marchant d’un village à l’autre avec ses disciples, Rodrigues en martyr, Rodrigues et son Judas, la passion de Rodrigues, les parallèles sont légion. Et c’est le prêtre lui-même qui semble chercher cette comparaison, jugeant flatteur de souffrir pour la cause de son dieu.
Face à la position tranchée du gouverneur (qui demande aux chrétiens d’abjurer leur foi sous peine de mort), Rodrigues répond par un autre « jusqu’au-boutisme ». Il accepte la souffrance du martyre en prétextant même qu’elle ne peut que nous rapprocher du Christ.
L’originalité du film de Masahiro Shinoda par rapport à celui de Scorsese est d’insister sur le sort des chrétiens japonais pris en étau entre ces deux extrêmes. Dès le début du film, il est posé comme une certitude que l’on ne peut pas être à la fois Japonais et chrétien. La réalisation de Shinoda se plaît à nous montrer, avec un grand souci du réalisme et une attention portée aux moindres détails, la vie quotidienne de ce peuple de petits paysans et de simples pécheurs : nous sommes loin ici des grandes querelles théologiques. Ces Japonais veulent simplement vivre tranquilles et se retrouvent obligés, par des décisions supérieures absurdes, de choisir entre leur foi et leur vie. C’est sans doute là que le film de Shinoda prend toute sa force, dans ces scènes où la foule des personnages secondaires qui représentent le peuple nippon est torturée, mentalement et physiquement. De fait, il y a dans ce film plusieurs scènes de torture qui sont difficilement soutenables.

La seconde partie de Silence est donc constituée d’un affrontement direct entre le gouverneur de Nagasaki et le père Rodrigues, deux hommes aveuglés par cette conception du monde qu’ils cherchent à imposer. Au centre des débats se trouve la question (essentielle) de l’universalité des valeurs : le jésuite affirme que la vérité est unique et est donc vraie partout, là où le gouverneur pense que ce qui est bon en Occident ne l’est pas forcément au Japon. Avec intelligence, Shinoda pose le débat mais se garde bien d’apporter une réponse.
L’autre conflit se fait dans le for intérieur (au sens propre de l’expression) de Rodrigues, qui est amené à se poser la question de son attachement réel non pas à sa foi, mais à l’expression publique de celle-ci.

Derrière son apparente sobriété, Silence est un film très travaillé, parfaitement organisé (le scénario est co-écrit par le réalisateur et l’auteur du roman), chaque plan est réfléchi, l’emploi rare de la musique ne la rend que plus importante. L’esthétique du film n’est pas sans rappeler le théâtre traditionnel nippon, mais fait aussi inévitablement penser à Ozu. Un film beau et fort à découvrir enfin, 48 ans après sa sortie au Japon.

Silence : Bande annonce

Silence : fiche technique

Titre original : 沈黙Chinmoku
Réalisateur : Masahiro Shinoda
Scénario : Masahiro Shinoda, Shusaku Endo, d’après son roman
Interprètes : David Lampson (père Rodrigues), Mako Iwamatsu (Kichijiro), Don Kenny (père Garrpe).
Photographie : Kazuo Miyagawa
Musique : Toru Takemitsu
Producteurs : Kiyoshi Iwashita, Kinshirô Kuzui, Tadasuke Ômura
Société de production : Hyogensha-Mako International
Société de distribution : Toho Company
Distribution de la sortie en France (2019) : Carlotta
Durée : 129 minutes
Genre : drame
Date de sortie en France : 19 juin 2019

Japon- 1971

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