Joie sur pellicule : Forrest Gump, l’innocence des rêves

Comme le dit l’adage, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Pourtant parfois, des émotions prédominent. C’est le cas de la joie avec le personnage de Forrest Gump. Non pas qu’il soit joyeux et continuellement heureux, mais le film nous embarque par son innocence, la drôlerie du premier degré incessant de son protagoniste et une naïveté qui confine rapidement à l’empathie. Le film est une leçon de vie, invraisemblable mais extraordinaire. 

Assis sur son banc, narrant avec un certain détachement certaines parties de sa vie et dans le même temps, la construction de l’histoire contemporaine de l’Amérique, Forrest Gump représente tout ce que n’est pas foncièrement son pays. C’est un conte qui mêle à la fois la fiction et la réécriture de la réalité. La violence d’une nation et son récit politique américain (guerre du Vietnam, Watergate..), malheureusement édulcoré par le scénario du film de Robert Zemeckis, fait parfois d’hommes désireux et chancelants, voit Forrest Gump s’y insérer de manière totalement arbitraire, burlesque mais doté d’une présence patibulaire assez vivifiante.

Avec sa carcasse endimanchée, sa gestuelle robotique et son phrasé singulier, son fameux « Maman disait toujours… », incarné par un incroyable Tom Hanks, il outrepasse les mésaventures et les obstacles pour retenir ce qu’il y a de bon dans l’humain et le meilleur versant de chacun. Forrest Gump est en quelque sorte isolé : éloigné de toutes les considérations politiques qui l’entourent, étranger à l’importance des événements, socialement différent mais son expression des sentiments et des émotions est universelle à l’image de sa réaction lorsqu’il apprend qu’il est père. Le film, à travers le proviseur d’une école dans laquelle sa mère essaye de le faire s’intégrer, nous explique qu’il n’a pas les mêmes capacités intellectuelles que la normale : sauf que Forrest Gump, sous ses faux airs d’imbécile heureux, n’est pas le personnage influençable qu’on aurait pu imaginer. A la vue du film et du parcours de son personnage principal, la joie est surtout une émotion qui se ressent chez le spectateur : une émotion qui se dégage par ce récit initiatique hors du commun, qui fait devenir les limites de la sociabilité de certains la définition même d’une sagesse qui mène au sommet. Une joie de spectateur qui se ramifie grâce à de nombreuses scènes : par le biais du rire en voyant Forrest qui découvre pour la première fois la nudité d’une femme, ou le voir s’amuser du handicap du lieutenant Dan, la tristesse de voir ce personnage faire face à la douleur et au deuil de manière digne et exemplaire ou même le voir devenir un star du football américain sans réellement saisir toutes les règles du sport et le but de courir avec un ballon dans les mains. On lui demande de courir alors il le fait.

C’est aussi la joie du spectateur de voir Forrest Gump, courir à travers les genres cinématographiques (guerre, romance, road movie…), tenir parole aux êtres qu’il aime, se battre pour ses convictions et grandir petit à petit, devenir un héros de guerre ou une célébrité nationale, prendre des responsabilités que bien des hommes ne prendraient pas, avoir l’écoute que beaucoup n’ont pas, avoir le respect que certains n’usent pas : à ce titre là, Forrest Gump est aussi un drôle de regard – drôle mais émouvant et touchant – sur la masculinité et ses revers. Comme si la grande Histoire, ses drames et défaites (le sort des soldats du Vietnam) ne se redéfinissait plus que par la petite histoire : celle de Forrest Gump. Avec son message rassembleur sur les rêves, fédérateur sur la tolérance, Forrest Gump est un de ces films générationnels : celui qui voit naître un personnage difficilement qualifiable mais auquel on s’identifie rapidement. 

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