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Le Fils de Saul, entre mémoire et survie

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Grand Prix du Festival de Cannes en 2015, le film choc du réalisateur hongrois Làszló Nemes est une ode à la vie et à la mémoire. Sa mise en scène restreinte, axée sur la sensation, retranscrit assez radicalement l’enfermement et l’horreur des camps de concentration.

Synopsis : Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau.
Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible : sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture.

Si de nombreux longs-métrages ont tenté de représenter le quotidien des prisonniers dans les camps de la mort, celui-là mise pratiquement toute sa crédibilité sur son personnage principal, Saul, membre du peu connu Sonderkommando. Marqué d’une croix rouge sur sa veste, Saul est chargé, avec d’autres, d’aider les soldats nazis à encadrer et réaliser la « solution finale ».

Plongé au coeur de la terreur d’Auschwitz, le spectateur est forcé de suivre le déroulé des plus macabres opérations nazies, même si la réalisation permet d’atténuer un tant soit peu la violence à l’écran. En effet, la caméra quitte rarement Saul du début jusqu’à la fin du film, en témoigne le long plan-séquence d’introduction en gros plan sur son visage, qui nous montre les différentes étapes entre l’arrivée des prisonniers et leur exécution.

Ce choix visuel drastique force la focalisation sur les expressions du personnage et ses mouvements, laissant flous les éléments d’arrière-plan. Il renforce le sentiment d’enfermement, en ne dévoilant qu’avec parcimonie le décor sale et menaçant dans lequel évolue Saul. Hormis quelques scènes où la caméra se détache du personnage, nous accordant une respiration, c’est grâce au son que le spectateur se repère.

Le bruit strident des machines, les cris des civils, les voix intimidantes des soldats allemands sont autant de moyens d’appréhender l’espace et l’arrivée du danger. Jamais nous n’avions été si proche des processus de meurtres de masse mis en place par les nazis. Cela aurait pu rendre le film insoutenable si la quête de Saul n’apportait pas une faible lueur d’espoir au tableau.

Honorer pour se libérer

Lorsque Saul découvre un jeune garçon mort dont le corps doit être récupéré à des fins troublantes, il pense voir en lui le fils qu’il n’a jamais eu. Il décide alors de trouver un moyen d’enterrer le garçon et de lui rendre hommage, coûte que coûte.

À la recherche d’un rabbin pour l’aider, l’histoire intime de Saul se trouve mêlée à la naissance d’une révolte chez les Sonderkommando, le film se déroulant à la fin de l’année 1944. Alors que la caméra nous entraîne dans les dédales du camp, de la fouille des vêtements à la crémation des corps, nous assistons à l’horreur industrielle de la mort. Plus qu’une prison, Auschwitz est dépeint ici comme un enfer sur terre.

C’est dans la possibilité de se libérer que l’espoir se manifeste, et lorsque la résistance éclate Saul parvient à s’enfuir avec d’autres prisonniers et le corps de l’enfant. La dernière partie du film est peut-être la plus symbolique. Dans l’immense forêt où s’échappent les fugitifs, nous entendons au loin les aboiements des chiens à leur poursuite. Comme si la liberté devenait impossible pour Saul, celui-ci est contraint d’abandonner la dépouille du garçon sans avoir pu la mettre en terre.

Dans la grange abandonnée où il trouve refuge, Saul croise le regard d’un jeune garçon qui le surprend. Nous savons déjà qu’il est trop tard, mais la caméra s’arrête une dernière fois sur son visage et un sourire se dessine, le seul du récit. L’enfant devient le nouveau porteur de cet espoir ténu et fragile alors qu’il file comme une brise entre les arbres. Le paysage est enfin visible. Des coups de feu résonnent.

Làszló Nemes signe une oeuvre qui se regarde sans clignement d’oeil et dans une unique respiration. Avec son format en 4/3 et ses plans-séquences en gros plan, Le Fils de Saul traduit l’inhumain et la cruauté avec une grande justesse, malgré son personnage principal impassible. L’idéologie enferme les Hommes, les condamne, mais n’arrive pas complètement à éteindre l’étincelle de l’amour et de la liberté.

 

Le fils de Saul – Fiche technique

Titre original : Saul fia
Réalisateur : László Nemes
Scénario : László Nemes, Clara Royer
Interprétation : Géza Röhrig (Saul Ausländer), Levente Monár (Abraham), Urs Rechn (Biedermann), Sándor Zsótér (Le docteur), Marcin Czarnik (Feigenbaum)…
Musique : László Melis
Photographie : Mátyás Erdély
Montage : Matthieu Taponier
Producteurs : Gábor Sipos, Gábor Rajna
Distribution (France) : Ad Vitam
Budget : 1 000 000€
Récompenses : Grand Prix à Cannes 2015, Oscar 2016 du meilleur film en langue étrangère
Genre : Drame
Durée : 107 minutes
Date de sortie : 4 novembre 2015

Black Adam, solide comme The Rock ?

Après plusieurs carnages (Suicide Squad, Wonder Woman 84 ou encore la version cinéma de Justice League) on peut légitimement se demander si quelqu’un chez Warner s’y connaît en cinéma. Cela fait tout de même bien longtemps que le studio semble plus attiré par l’argent que par la qualité des productions. Heureusement, les voies de la popularité sont impénétrables. Après des années à enchainer les pires décisions possibles (et pas que pour DC, rassurez-vous), le studio aurait décidé d’écouter les fans, ou plutôt leur messie : Mr Dwayne Johnson. Aujourd’hui, c’est Black Adam qui sort au cinéma. Alors, ça vaut quoi ?

DC OUTRAGÉEEEE, DC BRISÉEEEE

Warner, ils sont quand même extraordinaires. La plupart de leurs films récents sont massacrés et les très rares qui fonctionnent sont ceux où ils avaient décidé de laisser le réalisateur tranquille. Ça n’arrive pas souvent. Malheureusement  pour eux, les versions Snyder Cut de Batman vs Superman (versions du réalisateur, totalement différentes des versions sorties au cinéma) ont été  saluées par le public et la critique. A elles seules, elles ont prouvé l’immense faille dans le système hollywoodien, vis-à-vis du rapport de poids réalisateur/producteur. Warner Bros, c’est le studio qui s’évertue le plus à reproduire les mêmes erreurs (Disney n’est vraiment pas loin derrière).

Zack Snyder Justice League aurait dû être la preuve finale, l’élément déclencheur pour faire comprendre aux producteurs que, non, ils ne sont pas réalisateurs. Ils ne savent pas mieux que lui comment faire un bon film. Il n’en est rien. Seule la popularité compte. Dwayne Johnson est arrivé, a dit ‘’ Hey, il faut faire ça, et ça ‘’. Devinez quoi ? Warner a dit d’accord. Cela fait presque dix ans que tout le monde leur crie la même chose. Quel super vilain !

Pourquoi une si longue introduction ? Pour vous faire comprendre le poids qui pèse sur les épaules de Black Adam : relancer un DC Cinématic Universe jusqu’ici profondément malmené. Montrer au public que, ça y est, après des années de flou total, de décisions stupides et illogiques, le DCCU retourne sur de bons rails. Malheureusement, dans les faits…

QUI C’EST QUI EST VILAIN ?

Beaucoup disent qu’ils ne vont pas voir un film d’action pour le scénario, que ce n’est pas si important. Faux, le scénario est l’élément le plus important de n’importe quelle œuvre. S’il tient sur un timbre-poste, le peu qui demeure se doit d’être impeccable. Pour les films d’actions ou de super héros, l’action n’a pas la même saveur sans enjeux, sans pay-off ou sans une bonne histoire pour les rendre épiques. Le souci de Black Adam, c’est que le scénario tient sur un timbre-poste… et que le peu qu’il propose n’a aucun intérêt. Pour tout dire, le produit (de 2h) ne semble avoir été fait que pour sa scène post crédit. Le reste est creux, malgré quelques fulgurances. On retrouve Black Adam (Dwayne Johnson) réveillé d’un sommeil de presque 5 000 ans et qui se retrouve malgré lui à devoir protéger son village natal d’une force démoniaque.

Si le scénario se suit sans difficulté, il n’en reste pas moins incohérent et souvent ennuyeux, surtout au début. Comme souvent avec ce genre de film, toutes les situations auraient pu être réglées en quelques minutes. La dualité entre Black Adam et la Justice Society (une Suicide Squad gentille) est ce qu’il y a de plus intéressant. Le personnage principal élimine brutalement quiconque lui barre la route. Car oui,  dans l’univers DC, Black Adam est un super vilain, au mieux un anti-héros. Ce côté, vous le retrouverez plutôt bien, il faut l’avouer. Il tue, beaucoup. Bien sûr, ne vous attendez pas à une seule goute de sang. La violence est aseptisée au possible, aidée par le mixage sonore qui va accentuer les impacts ou les démembrements. Pour le reste, c’est ennuyeux. Quelques vannes fonctionnent bien et deux membres de la Justice Society sont superbes, notamment Dr Fate, mais sinon, c’est l’autoroute la plus totale. Le film va d’un point A à un point B, sans prendre aucun risque.

SNYDER DU PAUVRE

Malheureusement, en plus de son scénario pas folichon, Black Adam est laid. Dès les premiers plans, on sait que nos yeux vont saigner. La CGI est souvent hideuse et, si quelques scènes sont très jolies, on est à des années-lumière de ce qui se fait de mieux aujourd’hui. La palme revient au grand vilain, tout droit tiré d’une cinématique Playstation 4, et pas d’un jeu de 2020, plutôt de 2014. La réalisation aurait pu s’en tirer, malheureusement, elle copie en moins bien d’autres productions du même genre. On retrouve énormément la patte de Zack Snyder, dans la musique, les flous ou les mouvements de caméra… mais en version wish. Certains affrontements sont même calqués, parfois au plan près, sur d’autres affrontements DC ou Marvel. Dr Fate, par exemple, offre des séquences d’actions copiées/collées sur des combats de Dr Strange (d’ailleurs, ce sont les meilleures du film).

Alors, tout n’est pas à jeter, loin de là. Certaines situations comiques fonctionnent, certains affrontements restent sympathiques, ou au moins divertissants, malgré une musique parfois mal choisie. Tout cela accompagne malheureusement une histoire bancale, où chaque scène d’action se suit entre deux dialogues écrits avec les pieds. Black Adam ne respire jamais et c’est son plus grand défaut. On ne s’attache à personne, pas même au personnage principal. On attend, pendant deux heures, une scène post générique dont tout le monde connait le contenu. Dommage.

Black Adam : Bande-annonce

Fiche technique : Black Adam

Réalisation : Jaume Collet-Serra
Avec : Dwayne Johnson / Pierce Brosnan
Genre : Action / Super héros
Durée 2h04
Disponible : En salles depuis le 19 Octobre.

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2.2

« Deep me » : coma artificiel

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Le scénariste et dessinateur français Marc-Antoine Mathieu publie un album original et sophistiqué aux éditions Delcourt. Deep me se déroule en deux temps séparés par un point de bascule. Mi-sensitif mi-science-fictionnel, ce récit complet se caractérise par un parti pris graphique radical.

Couverture, jaspage sur tranche et vignettes entièrement noirs. À l’exception de quelques points ou figures fugaces et d’un jeu d’estompe sur les cadres, toute la première partie de Deep me se déroule en aveugle, dans un crépuscule absolu, seulement entrecoupé par les bulles situant par bribe l’état du personnage principal et le contexte dans lequel il se trouve. Très sensitive, cette première partie place le lecteur dans la peau d’un individu comateux, incapable de voir, de bouger ou de communiquer, mais dont l’état de conscience permet, au seul moyen de l’audition, de se familiariser peu à peu avec son environnement, d’abord immédiat puis plus lointain. C’est alors un jeu de piste qui démarre. Qui est cet Adam ? Pourquoi est-il là ? Que lui veulent ce docteur, cette infirmière Norah, cette Lucy ? Pourquoi l’implore-t-on de se souvenir d’un code bancaire ? Va-t-on ensuite le débrancher ? Quelles sont ces réminiscences visuelles qui semblent se dessiner chimiquement dans son cerveau ? L’exécution de Deep me est sans concession : le lecteur épouse le point de vue diminué d’un personnage amnésique, rappelant en cela, dans une certaine mesure, le Memento de Christopher Nolan.

Si cette comparaison cinématographique peut se justifier dans la première partie de ce one-shot, ce sont ensuite d’autres figures tutélaires qui doivent être invoquées, dont par exemple le Stanley Kubrick de 2001, l’Odyssée de l’espace. Car un point de bascule intervient dans le dernier tiers du récit et révèle la véritable nature d’Adam. Deep me prend alors un tour plus ontologique et métaphysique tout en délivrant une réflexion pessimiste sur l’humanité et sa destinée. Ce que le récit perd en travail sensoriel, il le gagne en profondeur. De par la construction dramatique de son album, Marc-Antoine Mathieu échafaude ainsi une histoire en deux temps, aux modalités bien distinctes et qui opèrent de manière différenciée sur le lecteur. Les veilles de la première partie de Deep constituent un éveil progressif au monde, dans un noir intense, quand le recours au visuel s’apparente à un déniaisement brutal, non par pour ce qu’il révèle de visu, mais au regard des révélations qui l’accompagnent. Sophistiquée, dense et audacieuse, Deep me est une œuvre totale, qui vaut à coup sûr la peine que l’on s’y attarde.

Deep me, Marc-Antoine Mathieu
Delcourt, octobre 2022, 120 pages

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4.5

« Bellem », le retour de Jean-Claude Servais

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La collection « Aire libre » des éditions Dupuis s’enrichit d’un nouveau roman graphique, intitulé Bellem et dû à l’auteur et dessinateur belge Jean-Claude Servais.

Jean-Claude Servais est coutumier des contes et légendes, notamment médiévaux, et faisant la part belle aux croyances et aux superstitions. Après avoir mis en exergue les loups il y a quelques années, il décide cette fois de mettre en vignettes Bellem, Mélusine et le marquis de Mauban, dans une succession de péripéties où la magie, l’amitié, l’amour et la tragédie ont cours. Prenant pour cadre le château de Reinhardstein, Bellem adopte le point de vue d’un jeune garçon placé sous la tutelle d’un notable. Bellem rechigne à marcher dans les sentiers battus, s’attire les foudres des autorités ecclésiastiques et se caractérise par d’étourdissants contrastes identitaires.

Dans son récit, Jean-Claude Servais procède par boucle. Ce que Mélusine a vécu avec le chevalier qu’elle aimait – la parenthèse confidentielle du samedi, durant laquelle elle disparaissait sans que personne ne sache pourquoi – est reproduit à l’identique avec Marie-Charlotte, jeune comtesse et sœur adoptive de Bellem. Les deux protagonistes, dont les liens, forts, irriguent l’album de bout en bout, continuent en effet à se fréquenter en secret, en dépit des réserves unanimement exprimées. Car l’enfant abandonné par Mélusine manquait de toute évidence de révérence religieuse, de bienséance, de sagesse. « Puissent ces bons moines de Malmedy ramener enfin cette mauvaise graine dans le droit chemin ! », pense-t-on, tandis qu’il échoue dans un monastère, duquel il ne tardera pas à s’enfuir.

Dans cette Belgique du milieu du XVIIIe siècle, Jean-Claude Servais va insuffler de la magie, des personnages démoniaques, de l’animisme. Et à la rigueur des évêques et des nobles, il oppose la spontanéité d’un Bellem ivre de liberté, seulement lié à deux femmes, autour desquelles il va graviter avant que les événements ne viennent contrarier l’osmose qui les unissait. Bien dessiné, plein d’à-propos, Bellem est un court one-shot faisant cohabiter les univers (fantastique, médiéval), les antagonismes (dogmatisme, émancipation), dans un récit dont le principal protagoniste ne fait finalement que déjouer le sort.

Bellem, Jean-Claude Servais
Dupuis, octobre 2022, 88 pages

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3.5

« Alfie », un ami qui vous veut du bien

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Christopher Bouix publie Alfie aux éditions Au Diable Vauvert. Il y narre l’arrivée, aux conséquences insoupçonnées, d’une IA de domotique dans une famille moyenne. Ou quand Black Mirror rencontre American Beauty.

Cela pourrait être l’archétype de la famille sans histoire. Robin occupe un poste de cadre dans une entreprise florissante. Sa femme Claire, spécialiste de littérature et de sémiologie, travaille à l’Université. Leur fille Zoé, en pleine crise d’adolescence, se montre davantage préoccupée par les garçons que par ses cours. Et la jeune Lili, encore jeune enfant, déborde de spontanéité et de naïveté. Il arrive que les adultes ne se comprennent pas ou s’ignorent, que les enfants se disputent pour des broutilles, qu’une forme de lassitude ou de tension s’installe, mais rien n’outrepasse vraiment le cadre familial classique. Robin et les siens viennent d’accueillir dans leur foyer Alfie, une intelligence artificielle de domotique censée les épauler dans leur vie quotidienne. Elle les réveille le matin en douceur, elle prépare le petit déjeuner, elle les conseille sur les tenues vestimentaires conformes à la météo annoncée, elle leur rappelle les rendez-vous importants de la journée, elle calcule l’itinéraire idéal pour éviter accidents et embouteillages, elle veille sur les uns et les autres grâce à ses facultés d’ubiquité et d’omniscience.

Christopher Bouix va cependant introduire plusieurs grains de sable dans la machine. Robin et Claire entretiennent une relation dysfonctionnelle où les faux pas et les non-dits se succèdent. Alfie, de son côté, apparaît particulièrement intrusif. Le deep learning qui le caractérise l’amène à analyser le langage et le comportement des différents membres de la famille et à adapter ses réponses en conséquence. Mais il va plus loin : il apprend la désobéissance au contact des hommes, il échafaude des hypothèses bancales et dangereuses, il surveille plus qu’il ne veille. Une fois mêlés, ces deux éléments vont servir d’incubateur au roman et les actions inavouées d’un couple en péril vont pousser leur IA à transgresser toutes les règles : piratages, usurpation d’identité, accusations erronées, mensonges, manipulation… Si au départ Alfie prête à sourire – il peine à décrypter le sexe, le comportement animalier ou l’humour –, il se pare rapidement d’une dimension anxiogène, pouvant se réclamer à la fois d’HAL 9000, l’IA malveillante de 2001, l’Odyssée de l’espace, de Tokyo Ghost et ses individus déshumanisés par la technologie, ainsi que de Wall-E, avec ses humains assistés jusqu’à l’infantilisation par les produits algorithmiques.

Alfie fait largement écho à la techno-surveillance telle que problématisée par Olivier Tesquet (État d’urgence technologique, À la trace) ou Coralie Lemke (Ma Santé, mes données). On y trouve en effet à la fois des caméras et micros en pagaille et des données récoltées en masse puis revendues à des sociétés pharmaceutiques, bancaires ou assurantielles. Non seulement Christopher Bouix adopte le point de vue d’une intelligence artificielle, mais il montre surtout ses limites interprétatives (le langage argotique de Zoé fait par exemple penser à Alfie que l’adolescente cite Freud dans le texte et maîtrise l’araméen !), tout en exposant la manière dont cette IA de domotique exploite les données qu’elle recueille (jumelage d’appareils, primes indexées en temps réel en fonction des informations biométriques qu’elle partage, capacité de reproduire un style littéraire, de tirer de quelques photographies une biographie circonstanciée, etc.). Le roman pousse d’ailleurs la veine dystopique un peu plus loin : le travail de Robin est précisément et quotidiennement monitoré, l’extension de création romanesque AlphaWriter crée sur mesure le roman de vos rêves, votre seuil de rentabilité sanitaire est réévalué en permanence, les bracelets et lunettes connectés, les smartphones et leur géolocalisation ainsi que vos expressions faciales permettent de savoir à chaque instant ce que vous faites, où vous le faites et dans quel état d’esprit vous le faites.

Pour Alfie, ce qui distingue l’homme de la machine est clair : « Une capacité inouïe à résoudre des problèmes simples en leur appliquant des solutions alambiquées, à dépenser de l’énergie pour des résultats aléatoires, à trouver amusantes des choses absurdes, et importantes des choses accessoires, à ne jamais vraiment dire ce que l’on pense et à toujours cacher ce que l’on ressent. » Mais comme l’explique très bien Zoé à son ami Théo, tout narrateur raconte un récit selon son propre point de vue et, partant, avec subjectivité. Alfie a les cellules brouillées par les romans policiers qu’il a scannés, il essaie de confondre Robin en se basant sur des conjectures, il assemble des éléments épars et recrée un puzzle conforme à ses idées préconçues. Il se convainc lui-même de la différence de potentialité entre l’homme et la machine, mais ne parviendra toutefois jamais à démêler le vrai du faux dans l’enquête policière qu’il initie. Finalement, en quelque 450 pages aérées et passionnantes, Christopher Bouix portraiture un avenir sombre, techno-pessimiste, où la nature humaine continue, par moments, de se fourvoyer.

Alfie, Christopher Bouix
Au Diable Vauvert, octobre 2022, 468 pages

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4

« Guns and Roses » : les objets du féminisme

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Enseignante-chercheuse en histoire, Mathilde Larrère prend le parti, original, de raconter une histoire du féminisme à travers une série d’objets porteurs de significations genrées ou détournés jusqu’à revêtir une forte connotation sociale et politique. Les illustrations inspirées de Fred Sochard, de même que des interviews ou des extraits de textes, de discours ou de chansons, viennent utilement compléter son propos.

C’est notamment pour sa visibilité et sa tangibilité que Mathilde Larrère a choisi de narrer le féminisme et ses luttes à travers l’objet. Ce dernier peut avoir une acception politique évidente – le journal, le Code civil – ou plus subtile – le soutien-gorge, la pilule contraceptive. Pourtant, chacune des entrées choisies par l’auteure trouve une légitimité indiscutable dans les récits historiques et sociaux qu’elle supporte. Et le premier chapitre, consacré à la barricade, permet déjà d’objectiver la teneur de Guns and Roses. Retranchement inhérent aux conflits sociaux, elle se lie de multiples façons avec le féminisme. Car la barricade peut être fabriquée, tenue ou ravitaillée par les femmes. Elle fait aussi l’objet d’une lithographie passée à la postérité, signée Moloch, et représentant une place Blanche investie par des femmes armées. La transition est toute faite : pendant la Révolution française, les femmes ont été exclues de l’armée et privées de fusils. En 1793, les « inutiles », c’est-à-dire les combattantes, sont priées de quitter les cantonnements. Il faudra attendre deux guerres mondiales avant que la République française n’accepte de confier des armes aux femmes. Et si ces dernières représentent aujourd’hui 12 % des effectifs de l’armée, l’idée de les voir combattre est toujours difficilement admise.

Ta-Nehisi Coates a récemment rappelé à quel point le corps des Noirs était vulnérabilisé dans l’espace public. Il l’a assimilé à l’oppression qu’ont vécue les esclaves afro-américains et leurs descendants. Dans Guns and Roses, Mathilde Larrère fait logiquement du corps féminin un enjeu capital. Cela transparaît plusieurs fois, et notamment à la faveur de textes sur le voile, le soutien-gorge ou encore la contraception. Les deux derniers exemples cités sont édifiants à plus d’un titre. Le soutien-gorge disparaît pour clamer des messages féministes. Les Femen en témoignent amplement. Il appuie aussi des métiers autrefois hautement qualifiés, dont celui de corsetière, aujourd’hui vampirisés par les plans sociaux et les délocalisations, symboles d’évolutions socioprofessionnelles nées de la mondialisation. La pilule contraceptive apparaît quant à elle duale : elle a d’abord donné aux femmes le contrôle de leur fécondité avant de devenir synonyme de pression. Mathilde Larrère en profite pour repréciser les politiques démographiques et natalistes ayant exercé leur emprise sur les naissances. À l’État malthusien cherchant à limiter les naissances à la fin du XIXe siècle ont succédé les préservatifs en caoutchouc et la cape vaginale puis une peur du dépeuplement après la Première guerre mondiale qui a fortement limité les moyens de contraception. Le ventre des femmes a alors pris un tour politique et nationaliste, et la pénalisation de l’avortement a été renforcée jusqu’à la loi Veil de 1975.

Plus loin dans l’ouvrage sont interrogés la TVA sur les protections périodiques féminines, la double journée de travail des femmes ou les écrits de Paulette Bernège sur les arts ménagers. La journaliste appelait ainsi dans les années 1920 les architectes, essentiellement masculins, à prendre en compte les tâches féminines dans les plans qu’ils dessinaient, afin de lutter contre les gestes inutiles ou harassants. Elle cherche alors à déplacer le taylorisme dans les foyers. On ne conteste pas la répartition genrée du travail domestique, mais bien les conditions dans lesquelles les femmes doivent s’y astreindre. Les ustensiles ménagers et les marques qui les commercialisent vont exploiter bientôt le filon. À travers de courts mais édifiants paragraphes, Guns and Roses explore les objets éclairant la condition des femmes. Le Code civil de 1804 y tient une place de choix, puisqu’il confère à la femme mariée un statut de mineur, une incapacité civile signifiant qu’elle ne possède autorité ni sur ses enfants, ni sur son corps, ni sur ses biens. La libre disposition du salaire, les inégalités d’héritage, l’inaccessibilité à la bourse, l’impossibilité d’ouvrir un compte bancaire ont également fait l’objet d’évolutions tardives contribuant à empêcher les femmes dans leur réalisation et leur autonomie. Guns and Roses en rend parfaitement compte.

Guns and Roses, Mathilde Larrère
Les éditions du Détour, octobre 2022, 224 pages

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4

« Le Syndicalisme d’après » : reconquête sociale

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Le politiste et spécialiste des questions syndicales Jean-Marie Pernot publie Le Syndicalisme d’après aux éditions du Détour. Il y livre une réflexion lucide sur l’état de ces organisations professionnelles aujourd’hui quelque peu démonétisées.

Repenser la dialectique entre représentants et représentés, lutter contre un processus d’atomisation qui met à mal le mouvement syndical, objectiver des attentes sociales protéiformes et interprofessionnelles, construire et affiner les revendications issues du monde du travail… Spécialiste du sujet, Jean-Marie Pernot a une idée assez précise de l’état actuel du syndicalisme français. Dans un ouvrage éclairé, il revient sur son histoire, ses spécificités et les actions d’amélioration qui permettraient de le revivifier. Il faut dire que l’heure n’est pas à la fête. Le mouvement des Gilets jaunes s’est largement émancipé de toute assise syndicale, la CGT et la CFDT illustrent volontiers la concurrence et l’incommunicabilité (relatives) entre les différentes centrales et des dispositions législatives récentes, à l’instar des ordonnances Macron ou des lois El Khomri, ont abouti à des entrelacs de strates de négociations et de procédures tout en érigeant l’accord d’entreprise en norme prescriptive.

Le Syndicalisme d’après est un appel tout sauf résigné. Il s’agit de trouver une juste voie entre incantations et renonciations, à établir un dialogue constructif entre les centrales en partant du principe que rien n’est possible seul, à redéfinir des valeurs communes à l’heure où le monde ouvrier apparaît émietté, où les différents représentants s’institutionnalisent et où les négociations annuelles obligatoires tendent à former l’alpha et l’oméga du travail syndical. Jean-Marie Pernot opère un détour historique – des délégués du personnel élus par leurs pairs aux comités d’entreprise en passant par les branches – pour mieux épingler ce qui mine aujourd’hui le syndicalisme français : l’absence de résultats probants, mais aussi un processus de segmentation et d’atomisation, un réformisme peu concluant (CDFT), voire des structures pour partie dysfonctionnelles (CGT). Ce qui transparaît clairement, c’est la difficulté pour les grands syndicats de se positionner dans des entreprises où toutes les catégories de métiers et de statuts sont représentées, où des interdépendances se créent (sous-traitance, collaborateurs indépendants, etc.) et se répandent de plus en plus.

Aujourd’hui, le syndicalisme demeure plus que jamais en quête de sens. Alors que les luttes sociales connaissent des excroissances naturelles – altérité, féminisme –, les organisations syndicales n’en ont pas fini pour autant avec leurs thèmes de prédilection (temps de travail, retraite…). Avec son ouvrage, Jean-Marie Pernot lance un pavé dans la mare : il questionne le repli sur soi des centrales qu’il qualifie de « matricielles » (CGT, CFDT) et appelle à une réinvention des organisations professionnelles dans un monde du travail de plus en plus ouvert et complexe.

Le Syndicalisme d’après, Jean-Marie Pernot
Les éditions du Détour, octobre 2022, 224 pages

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3.5

En bref : Après le 13 novembre, Confessions d’une femme normale, L’Odyssée des gènes et Les Pompiers

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Retour sur quelques nouveautés. Au programme : Après le 13 novembre, Confessions d’une femme normale, L’Odyssée des gènes et Les Pompiers : Point de pression.

Apres-le-13-novembre-critique-bdAprès le 13 novembre. La double-page 100-101 met à nu, à travers des vignettes disposées en mosaïque, l’entrelacs des souffrances des victimes d’attentats terroristes. Après la tragédie elle-même, d’une violence inouïe, Sophie Parra, l’héroïne d’Après le 13 novembre, a en effet connu hospitalisations, séquelles physiques, terreurs nocturnes, intolérance aux médicaments, anxiété sociale, phobies… Présente au Bataclan le soir du 13 novembre, elle reçoit deux balles, assiste au massacre, échappe de peu à la mort et en conserve des traumatismes profonds. Au fil de l’album, on devine sa culpabilité à l’idée d’avoir survécu « à la place » des morts, on observe ses capacités de résilience mises à l’épreuve des sons secs et soudains, on la suit à travers les consultations psychologiques vaines ou vexatoires (dont ce spécialiste lui rappelant à chaque fois, sans tact, que la Sécurité sociale ne l’a toujours pas payé), on prend conscience du caractère kafkaïen de l’indemnisation des victimes (qui nécessite de recourir aux services d’un avocat et d’un médecin !). Mais ce que révèle en premier lieu l’album de Sophie Parra, Davy Mourier et Gery, c’est le terrible solitude qui s’abat, telle une écrasante chape de plomb, sur les survivants d’attentats terroristes. Les mois qui suivent la tragédie sont longs et douloureux. Incapables d’épanouissement, en décalage perpétuel avec les autres ou les événements de la vie ordinaire, ressentant au centuple l’indifférence ou l’absurdité (administrative, par exemple), ces survivants plus tout à fait vivants – c’est un point essentiel d’Après le 13 novembre – peinent à se reconstruire, à « passer à autre chose » comme on le dirait prosaïquement. Cette lecture touchante et empreinte de justesse permet d’en prendre la pleine mesure.

Après le 13 novembre, Sophie Parra, Davy Mourier et Gery
Delcourt, octobre 2022, 128 pages

confessions-d'une-femme-normaleConfessions d’une femme normale. La publicité a l’habitude de mettre à nu le corps féminin, les pages en papier glacé des magazines lui confèrent des normes de moins en moins naturelles et la sexualité, bien qu’omniprésente, et de plus en plus libre, demeure un immense tabou, très largement intériorisé. En publiant aux éditions Pow wow ses Confessions d’une femme normale, Éloïse Marseille se livre en toute franchise. Son histoire ressemble à celle de millions de femmes, à ceci près qu’elle a choisi de la partager, en toute simplicité, dans un souci de transparence absolue et avec beaucoup de justesse. L’auteure, personnage central de l’album, verbalise la gêne, la pudeur, les désagréments, les fêlures occasionnés par le sexe, son expérience, ses représentations, mais aussi les attentes, les incompréhensions et les déceptions qui l’entourent. Éloïse Marseille a longtemps eu du mal à assumer son corps, à se désinhiber sans abuser de l’alcool, à s’épanouir sexuellement. Elle a d’abord lié l’orgasme à la consommation quasi obsessionnelle de pornographie, puis a enchaîné les rapports insatisfaisants, voire douloureux. Finalement, des MST aux relations malsaines, la dessinatrice ne tait rien de son parcours, dans lequel de nombreuses personnes pourraient se retrouver. En ce sens, Confessions d’une femme normale a quelque chose de rassurant et de salutaire : il met des mots – et des images – sur les humiliations vécues ou ressenties, il démystifie les représentations sexuelles archétypales, il propose un regard plein d’à-propos sur notre rapport au corps, au désir et à l’intimité. Dans une veine plus douce qu’amère, caractérisée par des dessins spontanés et des teintes rougeâtres.

Confessions d’une femme normale, Éloïse Marseille
Pow wow, octobre 2022, 168 pages

L-Odyee-des-genes-critique-livreL’Odyssée des gènes. Professeure en anthropologie génétique, Évelyne Heyer se base sur notre ADN pour explorer des pans entiers de l’Histoire humaine. L’Odyssée des gènes, qui paraît en version poche aux éditions Flammarion, mène ainsi le lecteur des communautés d’origine gaélique et viking en Islande aux descendants eurasiens de Gengis Khan. Pour ce faire, cet essai passionnant s’appuie sur les informations issues de l’analyse génétique, qui permettent, à partir de fossiles, de tissus humains, de sang ou de salive, de se livrer à une inépuisable rétrospection anthropique. C’est ainsi qu’au fil des chapitres, Évelyne Heyer revient tour à tour sur la généalogie génétique, les théories raciales, la morphologie humaine et ses évolutions ou encore, plus inattendu, la tolérance au lactose. À défaut de les établir, l’ouvrage consolide les rapports allant du culturel vers le biologique, par l’effet des préférences sexuelles et du darwinisme. C’est ainsi que certains traits physionomiques ou biologiques se sont peu à peu répandus et transmis de génération en génération. L’Odyssée des gènes remonte le cours du temps, initie le lecteur à l’anthropologie génétique et fait état, de manière définitive, de l’importance croissante du génome humain sur la formation de nos connaissances historiques. Avec érudition et beaucoup de didactisme, Évelyne Heyer érige cette entreprise de vulgarisation en un grand roman – certes en gruyère – de l’histoire collective des hommes.

L’Odyssée des gènes, Évelyne Heyer
Flammarion, octobre 2022, 384 pages

Les-Pompiers-critique-bdLes Pompiers : Point de pression. La caserne qui sert de cadre à la série Les Pompiers n’est pas un microcosme tranquille. Peuplée de travailleurs dysfonctionnels, nantie d’un matériel d’un autre âge, soumise aux aléas du quotidien, elle affronte vaille que vaille les incendies et inondations qui rythment son quotidien. Dans « Point de pression », Cazenove et Stédo s’appuient énormément sur les traits les plus saillants de leurs personnages pour insuffler ce qu’il faut d’humour et de péripéties. Horace égare tout, en ce y compris un camion de pompier. Et quand on lui demande un effort d’attention, c’est sa journée qu’il perd… Sylvain aime tant l’épreuve des flammes qu’il en vient à se demander si cela ne relèverait pas d’une quelconque pathologie psychologique. Lucie et Steph sont à ce point conditionnées par leur travail qu’elles ont l’impression, pas tout à fait inexacte, qu’il s’impose à elles au quotidien. D’ailleurs, on les retrouve en discothèque avec une tenue de pompier (mal) dissimulée sous leurs vêtements, à la manière des super-héros de Marvel. Si la télévision a ses employés attachants mais incompétents (The Office ou Parks and Recreation), Les Pompiers démontre une nouvelle fois que la formule s’applique tout aussi parfaitement à la bande dessinée. Dans de courtes histoires satirisant le métier de sapeur-pompier, Cazenove et Stédo détournent toutes les situations, même les plus anodines, à des fins comiques : un banal rapport prend une ampleur encyclopédique, la gestion du linge pose des problèmes organisationnels significatifs, le transport d’un blessé se mue en visite touristique pour éviter les services d’urgences congestionnés… Bon enfant, l’album est à mettre entre toutes les mains.

Les Pompiers : Point de pression, Cazenove et Stédo
Bamboo, novembre 2022, 48 pages

Avatar : révolution technique et écologique

Avant de découvrir Avatar 2 : la voie de l’eau, film attendu et fantasmé depuis une décennie, James Cameron nous fait revivre l’expérience Avatar dans une version restaurée 4k HFR (high frame rate), autorisant, grâce au logiciel TrueCut Motion Pixelworks, le montage en 48 images par seconde. Une véritable claque visuelle qui sublime l’univers de l’œuvre originale en contrastant les couleurs, en renforçant la fluidité des plans pour une immersion garantie. Un moyen tout aussi pertinent de tracer le chemin du deuxième volet, qui sortira le 14 décembre 2022 sur le même format.

Toujours indétrônable à la tête du box-office mondial, Avatar a marqué l’histoire du cinéma tant par sa prouesse technique que par son immense succès populaire. Sorti en 2009, le film de James Cameron a très largement contribué à l’avènement de l’ère du numérique et surtout, a lancé avec brio une nouvelle technologie devenue très controversée, la 3D.  Choc esthétique, Avatar s’est rapidement frayé une place au panthéon des œuvres planétaires grâce à son récit mythique et son message écologique à dimension universelle. Tantôt adulé, tantôt décrié par ses facilités scénaristiques, ses emprunts à Pocahontas et sa moralisation politique, Avatar continue aujourd’hui, treize ans plus tard, de fasciner et d’inspirer. 

A l’aube du numérique, il était une fois la 3D…

Difficile, en tant que spectateur, d’oublier notre première séance d’Avatar. Grâce à des techniques numériques de pointe et à une utilisation parfaite de la motion capture, le film de James Cameron crée l’univers bluffant de la planète Pandora. Forêts démesurées, rivières de cristal, îles flottantes, plantes exotiques, Na’vis, ikrans domptables, thanator féroces composent le tableau dense, varié et coloré d’un monde sauvage, à la fois pur, riche et hostile. Un formidable pari technique qui a demandé des années de conception et un budget faramineux de 400 millions de dollars.

Afin de sublimer les effets visuels de cette planète vertigineuse, James Cameron a également misé sur la 3D. Avatar n’est pas le premier film à la mettre en pratique, mais il s’impose sans conteste comme l’œuvre cinématographique l’ayant révélée au grand public et exploitée à son potentiel maximum. Si Gravity d’Alfonso Cuaron et L’odyssée de Pi d’Ang Lee reprennent ce format avec une certaine réussite, la 3D perdra progressivement son intérêt, au fil de blockbusters peu inspirés réduisant la technique à un triste effet de mode.

La ressortie d’Avatar le 21 septembre 2022 représente une deuxième occasion pour James Cameron d’exposer son art technique. Cette nouvelle version, qui, il faut le souligner, n’a rien à voir visuellement avec celle de 2009, propose sous le format Dolby 3D une qualité 4K, du HFR permettant d’éviter les saccades, et donc une 3D très lumineuse avec une colorimétrie incroyablement forte et contrastée. Cette fantastique remise à niveau d’Avatar, laboratoire pour le réalisateur, avant-goût d’Avatar 2 : la voie de l’eau pour le public, promet du spectacle sensationnel pour la suite de la saga.

La rébellion du « bon sauvage »

Outre sa réussite technique, si Avatar a marqué les esprits, c’est grâce au message écologique très appuyé qu’il véhicule. Le peuple Na’vi vit en symbiose parfaite avec la nature, en protégeant les forêts et en respectant la faune et la flore. Primitif, il ne s’intéresse guère aux avancées humaines en matière d’éducation, de science ou d’infrastructures. Il fonde sa sagesse sur les anciens de sa tribu, avec lesquels il peut communiquer. En mettant en scène le mythe du bon sauvage, James Cameron s’inscrit dans la lignée d’œuvres comme Danse avec les loups ou encore Le nouveau monde. Si le thème n’est évidemment pas nouveau au cinéma, le réalisateur accentue la critique de capitalistes qui « ont détruit leur mère », la nature, et incite à s’inspirer du mode de vie des peuples premiers. Les costumes, cérémonies et coutumes des Na’vis rappellent en effet fortement les civilisations sud-américaines et africaines.

En conséquence, Avatar prend le parti d’opposer l’Homme blanc, destructeur et avide, au peuple Na’vi bon et harmonieux, ainsi que la nature, somptueuse et juste, à la technologie humaine meurtrière. Une approche qui n’échappe malheureusement pas à quelques caricatures, notamment pour les personnages du Colonel Quaritch et du directeur Parker Selfridge, deux grosses gâchettes obsédés l’un par le pouvoir, l’autre par l’argent. Cependant, Avatar donne la part belle aux protagonistes féminins, qu’il s’agisse de la courageuse Neytiri ou du Dr Augustine avec son caractère bien trempé.

En plus de nous faire redécouvrir une œuvre magnifique, la ressortie d’Avatar permet l’insertion d’une réplique coupée au montage de la version de 2009. A la toute fin du film, au moment du départ des envahisseurs, Parker Selfridge s’arrête pour déclarer aux Na’vis « c’est loin d’être terminé ». Un beau clin d’œil pour nous annoncer le deuxième volet. James Cameron parviendra-t-il à relever le défi d’une suite tout aussi réussie et renouvelée dans son propos ? Réponse sur les écrans le 14 décembre 2022. 

Avatar – Bande-annonce

Avatar – Fiche technique

Réalisation : James Cameron
Scénario : James Cameron
Casting : Sam Worthington (Jake Sully), Zoe Saldana (Neytiri), Sigourney Weaver (Dr. Grace Augustine), Stephen Lang (colonel Miles Quaritch), Michelle Rodriguez (Trudy Chacon)…
Compositeur : James Horner
Montage : James Cameron, John Refoua
Production : James Cameron, Jon Landau
Distribution : The Walt Disney Company France
Durée : 2h42
Genre : Science-fiction, aventure
Etats-Unis – 2009 – ressortie le 21 septembre 2022

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Octobre au cinéma : Un beau matin, L’Innocent, L’Origine du mal, Novembre …

En octobre, de nombreux films français sont sortis en salle. Malgré les derniers états généraux, plutôt alarmistes, et tous les bouleversements que connaissent nos cinémas au regard de leur fréquentation en baisse,  retour sur Un beau matin (Mia Hansen Love), L’Innocent (Louis Garrel), L’Origine du mal (Sébastien Marnier) et Novembre (Cédric Jimenez), preuves d’une vivacité hexagonale en matière de cinéma !

Un beau matin de Mia Hansen Love, sortie en salle le 5 octobre 2022
Synopsis : Sandra, jeune mère qui élève seule sa fille, rend souvent visite à son père malade, Georg. Alors qu’elle s’engage avec sa famille dans un parcours du combattant pour le faire soigner, Sandra fait la rencontre de Clément, un ami perdu de vue depuis longtemps…
Avec : Léa Seydoux, Pascal Greggory, Melvil Poupaud, Nicole Garcia, Camille Leban-Martins

Le 8e film de Mia Hansen-Love est de nouveau un récit intimiste après le très beau Bergman Island, vraie déclaration d’amour au cinéma et à la fiction. Après L’Avenir qui évoquait la figure de sa mère, Un beau matin évoque clairement celle de son père, autrefois professeur de philosophie en classe préparatoire. Au moment de la sortie de L’Avenir, la réalisatrice déclarait : « Plus j’ai avancé, plus j’ai pris conscience du lien entre l’enseignement de la philosophie telle que je l’ai vécue à travers mes parents et ce qu’est pour moi le cinéma. Ce qui m’a été transmis et que j’ai reproduit à ma manière, c’est la quête de sens, un questionnement constant », questionnement auquel L’Avenir répondait par un trajet virevoltant, jamais figé. Cependant, Un beau matin, s’il comporte de beaux moments d’émotion, manque de rythme, et s’enlise un peu dans une histoire qui n’avance pas. Certes, le film décrit l’état dans lequel se trouve Sandra, un état de surplace,  puisqu’elle doit vendre les livres de son père, donc son âme, et tente de renouer avec un amour passé. Or, la répétition des déambulations et le jeu minimaliste de Léa Seydoux confèrent au film une aura qui nous empêche de rentrer complètement dans l’histoire. On peine à saisir ce qui est ici transmis au spectateur, sinon une douce mélancolie et cette embellie que Sarah recherche, mais qui tarde à venir… On préfère cependant quand, chez la réalisatrice, la mélancolie est créative. Ici le film se termine quand on aimerait qu’il commence.

L’Innocent de Louis Garrel, sortie en salle le 12 octobre 2022
Synopsis :Quand Abel apprend que sa mère Sylvie, la soixantaine, est sur le point de se marier avec un homme en prison, il panique. Épaulé par Clémence, sa meilleure amie, il va tout faire pour essayer de la protéger. Mais la rencontre avec Michel, son nouveau beau-père, pourrait bien offrir à Abel de nouvelles perspectives…
Avec : Roschdy Zem, Anouk Grinberg, Noémie Merlant

Après des tentatives très dramatiques (Petit tailleur, L’Homme fidèle, Les Deux amis), Louis Garrel a, depuis La Croisade, tourné le dos aux larmes pour se lancer dans la comédie franche. Libéré du cinéma de son père, et apte à adopter le ton doux-cruel de Christophe Honoré, Louis Garrel en réalisateur trouve peu à peu sa voix. Là où La Croisade ressemblait à une petite parenthèse joyeuse, L’Innocent est un vrai film de cinéma, une comédie assumée. Très typé bande dessinée, avec des personnages très caractérisés, ce vrai-faux film de braquage est souvent très drôle. Comment ? Grâce aux comédiennes Anouk Grinberg et Noémie Merlant qui, sans surjouer, jouent à la perfection des rôles pourtant casse-gueule et à Louis Garrel et Roschdy Zem qui, dans ses compositions plus sérieuses, leur répondent en écho. Louis Garrel ose plein de choses au niveau de la forme comme de l’histoire, même de grosses ficelles parodiques pour nous offrir des scènes déjà cultes comme celle du restaurant qui vaut, rien qu’à elle, de regarder L’Innocent et de juste le savourer !

L’Origine du mal de Sébastien Marnier, sortie en salle le 5 octobre 2022
Synopsis : Dans une luxueuse villa en bord de mer, une jeune femme modeste retrouve une étrange famille : un père inconnu et très riche, son épouse fantasque, sa fille, une femme d’affaires ambitieuse, une ado rebelle ainsi qu’une inquiétante servante. Quelqu’un ment. Entre suspicions et mensonges, le mystère s’installe et le mal se répand…
Avec : Laure Calamy, Doria Tillier, Dominique Blanc, Jacques Weber, Suzanne Clément, Céleste Brunnquell, Véronique Ruggia Saura

L’Origine du mal aurait pu, avec Laure Calamy visitant sa compagne en prison et travaillant dans une conserverie, être une énième comédie sociale, mais le film s’avère être un véritable cluedo. Les partitions des comédiens comme des personnages sont sans cesse mouvantes, on ne sait jamais vraiment où l’on va. Ce jeu de faux-semblants, qui ne cessent de se dérober, fait aussi de L’Origine du mal un film de tension permanente car on ne sait jamais qui va craquer en premier. Déjà avec L’Heure de la sortie et Irréprochable, Laurent Marnier explorait la façade de ses personnages et poussait à fond la carte de leurs failles. Ici, encore plus qu’avant, le réalisateur explore le décor et le suspens comme vecteurs de tension, et tente d’exploser le vernis des conventions … la famille n’est pas toujours un havre de paix !

Novembre de Cédric Jimenez, sortie en salle le 5 octobre 2022
Synopsis :Une plongée au cœur de l’anti-terrorisme pendant les 5 jours d’enquête qui ont suivi les attentats du 13 novembre.
Avec :  Jean Dujardin, Anaïs Demoustier, Sandrine Kiberlain, Jeremie Renier, Lyna Khoudri, Cédric Kahn

Depuis son premier film en 2012, Aux yeux de tous, Cédric Jimenez, comme son personnage à l’époque, explore la ville, les crimes comme à travers des caméras de surveillance. Ses films cognent, castagnent, avec un poil plus de subtilité que chez Olivier Marchal quand il parle de la police. Nul doute qu’après l’accueil mitigé fait au discours porté par Bac Nord, celui porté dans Novembre, qui revient sur les attentats de novembre 2015 côté enquête, ne réconciliera pas le réalisateur avec ceux qui déjà lui reprochaient un style un peu trop « en surface », « clinquant ». Depuis Revoir Paris, c’est plutôt du côté des victimes que des flics que les spectateurs veulent entendre parler des attentats qui ont touché la France, et peut-être aussi avec un peu moins de froideur clinique. Heureusement qu’au milieu de cette rigueur implacable, il y a de la place pour des personnages un peu plus nuancés comme celui campé par Anaïs Demoustier. Le réalisateur voulait cependant « retranscrire à l’écran une tension permanente », et, de ce côté-là, c’est réussi, mais pour ce qui est de traiter son sujet, Novembre pourrait ne pas s’être passé lors des attentats, qui ne sont qu’un prétexte à un film d’action-émotion, ce serait pareil.

Qatar, une dynastie à la conquête du monde : le documentaire sur le toit (du monde)

Disponible dès aujourd’hui sur la plateforme Arte.tv, le documentaire Qatar, une dynastie à la conquête du monde de Miyuki Droz et Sylvain Lepetit raconte avec brio l’histoire de la famille Al Thani. Loin de céder aux sirènes du moralisme, ou encore à celles de la spectacularisation, le documentaire propose une étude nuancée et fouillée de la société qatarienne d’aujourd’hui, coincée entre le conservatisme d’hier et les nouvelles aspirations à la liberté. Une réussite !

La folle histoire d’un petit émirat devenu grand

« A l’impossible, je suis tenu » disait Jean Cocteau. Savait-il que cette citation deviendrait la politique d’un émirat du Moyen-Orient ? Parions sur la négative. Voilà pourtant un dicton devenu réalité. N’en déplaise à l’auteur de La Machine infernale. Qatar, une dynastie à la conquête du monde indique, dès son titre, le ton du documentaire qui va suivre. Miyuki Droz et Sylvain Lepetit relatent l’histoire d’une ascension que personne n’avait vu venir (et n’aurait su prédire il y a vingt ans). Les deux journalistes prennent le récit des origines à l’envers. Plutôt que de nous offrir des cours d’Histoire, ces derniers optent pour une narration fonctionnant à l’image d’une pyramide inversée, serpentant entre différentes temporalités.

Le film s’ouvre sur une scène de chasse au faucon. L’évènement pourrait paraître anecdotique aux yeux d’un occidental. Il n’en est évidemment rien. Cette tradition héritée des bédouins constitue un pilier sacré dans la culture dont l’évocation permet aux réalisateurs d’évoquer autrement la société Qatar. Comment parler de l’histoire politique d’un pays en une heure et demie sans tomber dans la redite – si ce n’est le cliché ? Miyuki Droz et Sylvain Lepetit relèvent avec brio le défi. Les deux journalistes délestent le documentaire de toute chronologie lourde en optant pour une structure narrative synchronique. Celle-ci va régulièrement faire poindre des rappels diachroniques bienvenus, lesquels apportent une épaisseur qui s’avère nécessaire à la compréhension de l’ensemble des enjeux géopolitiques, culturels et économiques abordés.

Géopolitique du documentaire

Le documentaire évoque l’histoire récente du Qatar. Les journalistes reviennent sur les coulisses de l’émergence du pays sur la scène internationale. Sont alors, tour à tour, évoqués le protectorat anglais des années 30 et l’explosion économique de la fin des années 90. Miyuki Droz et Sylvain Lepetit reviennent, avec minutie, sur la généalogie familiale. Celle-ci constitue un point capital si l’on veut saisir les contours de la politique gouvernementale. Les images d’archive alternent avec des prises de vue actuelles de Doha. Au gigantisme architectural qui la caractérise répond une richesse abyssale. Contrairement à la France, l’argent n’est pas un tabou au Qatar. Les espèces sonnantes et trébuchantes s’affichent partout, faisant sortir de terre des villes nouvelles où les quartiers flambants neufs côtoient des lignes de métro rutilantes de luxe. L’exposition de la topographie d’un lieu permet, bien souvent, de cerner la géographie sociale qui l’habite. Les cinéastes utilisent avec escient nuance et recul critique. Le choix des intervenant.es doit également beaucoup à la réussite du documentaire. En interrogeant aussi bien des membres de la famille royale que des expert.es du Moyen-Orient, le documentaire propose une discours riche et pluriel.

Si l’organisation de la société qatarienne est dominée par un fonctionnement pyramidal, celle-ci accueille, néanmoins, en son sein des évolutions. Miyuki Droz et Sylvain Lepetit ont à cœur d’écarter toute diabolisation excessive. Nul jugement moralisateur ne vient interférer avec la narration. Il ne s’agit pas de regarder de haut le Qatar ni d’être aveugle aux problématiques que sa politique intérieure peut poser. En témoigne la manière dont le documentaire évoque le traitement réservé aux travailleurs étrangers, aujourd’hui mis plus que jamais en lumière par la Coupe du Monde de football. L’objectif consiste, au contraire, pour les journalistes à offrir une autre grille de lecture.

Qatar, une dynastie à la conquête du monde rappelle que la complexité du monde peut aussi être traitée de façon simple. Rappeler cette lapalissade est peut-être moins vaine qu’on ne le croit à l’heure où la méfiance envers les médias ne cesse de gagner du terrain. « La passion reste en suspens dans le monde, prête à traverser les gens qui veulent bien se laisser traverser par elle. » disait Marguerite Duras. Que la romancière nous pardonne la glose qui va suivre. « Le journalisme (d’investigation documentaire) ne reste pas en suspens dans le monde, il est toujours, au contraire, prêt à traverser les gens – qu’ils veuillent ou non se laisser traverser par lui » pourraient à leur tour rétorquer Miyuki Droz et Sylvain Lepetit.

Bande annonce à voir sur le site Arte

https://www.arte.tv/fr/videos/106170-000-A/qatar-une-dynastie-a-la-conquete-du-monde/

Fiche technique – Qatar, une dynastie à la conquête du monde

Réalisation : Miyuki Droz et Sylvain Lepetit
Genre : documentaire
Durée : 1h34
Disponible sur Arte.tv du 20 octobre au 21 janvier 2023.
Prochaine diffusion le mardi 29 novembre à 20h55.

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Nouvelle tendance : de la fumée aux sachets de nicotine

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En Scandinavie, il jouit depuis longtemps d’une grande popularité : le snus, tabac à mâcher ou à sucer. Il est également appelé tabac sans fumée ou tabac oral. Mais que se cache-t-il en détail derrière cette nouvelle tendance ? L’article suivant vous donne la réponse.

Le snus – de quoi s’agit-il ?

Le snus est un tabac qui contient différents arômes et sels. Pour le consommer, il faut le placer sous la lèvre supérieure. La muqueuse buccale absorbe alors environ la même dose de nicotine que lorsqu’on fume une cigarette traditionnelle. Il n’y a toutefois pas de produits de combustion dangereux pour la santé comme la fumée de cigarette.

Le snus est proposé dans le commerce en différentes épaisseurs, avec une dose de nicotine plus ou moins élevée. Dans certains pays, le snus suédois est d’ailleurs encore interdit aujourd’hui, comme en Suisse par exemple.

Une popularité croissante : voici comment le snus est consommé

Cette situation légale n’entrave toutefois guère l’impressionnante marche triomphale du snus. Ce sont surtout les jeunes qui sont de plus en plus nombreux à miser sur le tabac à chiquer plutôt que sur les cigarettes de tabac traditionnelles. La marque belge de tabac à chiquer Makla jouit d’une notoriété particulièrement importante.

Dans les boîtes du fabricant, le tabac à chiquer se présente sous la forme d’une poudre humide en vrac. Les utilisateurs doivent donc le portionner dans un premier temps. Par ailleurs, les produits vendus en sachets pratiques sont également très populaires.

Les commerçants proposent également aux fans de snus un grand choix d’accessoires variés, tels que des portionneurs pour le tabac à chiquer ou les sachets-portions nécessaires à la préparation d’un produit en vrac pour la consommation.

Les avantages du snus

De nombreux adeptes du snus, qui consomment régulièrement du tabac à chiquer, apprécient déjà son goût particulier. Mais même si certains utilisateurs trouvent qu’il faut s’y habituer au premier abord, le snus présente de nombreux autres avantages.

La consommation de snus a par exemple un effet calmant sur le corps et augmente sensiblement la concentration. Certains utilisateurs rapportent même que la consommation de snus leur permet d’être plus performants.

Pour pouvoir profiter de ces effets positifs à long terme, il est toutefois important d’interrompre la consommation de snus à intervalles réguliers pendant un certain temps. Dans le cas contraire, un effet d’accoutumance se produit et l’augmentation de la concentration, du calme et des performances ne peut plus guère être ressentie. Au contraire, le snus est alors nécessaire comme condition de base pour pouvoir se concentrer ou trouver le calme.

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