Octobre au cinéma : Un beau matin, L’Innocent, L’Origine du mal, Novembre …

En octobre, de nombreux films français sont sortis en salle. Malgré les derniers états généraux, plutôt alarmistes, et tous les bouleversements que connaissent nos cinémas au regard de leur fréquentation en baisse,  retour sur Un beau matin (Mia Hansen Love), L’Innocent (Louis Garrel), L’Origine du mal (Sébastien Marnier) et Novembre (Cédric Jimenez), preuves d’une vivacité hexagonale en matière de cinéma !

Un beau matin de Mia Hansen Love, sortie en salle le 5 octobre 2022
Synopsis : Sandra, jeune mère qui élève seule sa fille, rend souvent visite à son père malade, Georg. Alors qu’elle s’engage avec sa famille dans un parcours du combattant pour le faire soigner, Sandra fait la rencontre de Clément, un ami perdu de vue depuis longtemps…
Avec : Léa Seydoux, Pascal Greggory, Melvil Poupaud, Nicole Garcia, Camille Leban-Martins

Le 8e film de Mia Hansen-Love est de nouveau un récit intimiste après le très beau Bergman Island, vraie déclaration d’amour au cinéma et à la fiction. Après L’Avenir qui évoquait la figure de sa mère, Un beau matin évoque clairement celle de son père, autrefois professeur de philosophie en classe préparatoire. Au moment de la sortie de L’Avenir, la réalisatrice déclarait : « Plus j’ai avancé, plus j’ai pris conscience du lien entre l’enseignement de la philosophie telle que je l’ai vécue à travers mes parents et ce qu’est pour moi le cinéma. Ce qui m’a été transmis et que j’ai reproduit à ma manière, c’est la quête de sens, un questionnement constant », questionnement auquel L’Avenir répondait par un trajet virevoltant, jamais figé. Cependant, Un beau matin, s’il comporte de beaux moments d’émotion, manque de rythme, et s’enlise un peu dans une histoire qui n’avance pas. Certes, le film décrit l’état dans lequel se trouve Sandra, un état de surplace,  puisqu’elle doit vendre les livres de son père, donc son âme, et tente de renouer avec un amour passé. Or, la répétition des déambulations et le jeu minimaliste de Léa Seydoux confèrent au film une aura qui nous empêche de rentrer complètement dans l’histoire. On peine à saisir ce qui est ici transmis au spectateur, sinon une douce mélancolie et cette embellie que Sarah recherche, mais qui tarde à venir… On préfère cependant quand, chez la réalisatrice, la mélancolie est créative. Ici le film se termine quand on aimerait qu’il commence.

L’Innocent de Louis Garrel, sortie en salle le 12 octobre 2022
Synopsis :Quand Abel apprend que sa mère Sylvie, la soixantaine, est sur le point de se marier avec un homme en prison, il panique. Épaulé par Clémence, sa meilleure amie, il va tout faire pour essayer de la protéger. Mais la rencontre avec Michel, son nouveau beau-père, pourrait bien offrir à Abel de nouvelles perspectives…
Avec : Roschdy Zem, Anouk Grinberg, Noémie Merlant

Après des tentatives très dramatiques (Petit tailleur, L’Homme fidèle, Les Deux amis), Louis Garrel a, depuis La Croisade, tourné le dos aux larmes pour se lancer dans la comédie franche. Libéré du cinéma de son père, et apte à adopter le ton doux-cruel de Christophe Honoré, Louis Garrel en réalisateur trouve peu à peu sa voix. Là où La Croisade ressemblait à une petite parenthèse joyeuse, L’Innocent est un vrai film de cinéma, une comédie assumée. Très typé bande dessinée, avec des personnages très caractérisés, ce vrai-faux film de braquage est souvent très drôle. Comment ? Grâce aux comédiennes Anouk Grinberg et Noémie Merlant qui, sans surjouer, jouent à la perfection des rôles pourtant casse-gueule et à Louis Garrel et Roschdy Zem qui, dans ses compositions plus sérieuses, leur répondent en écho. Louis Garrel ose plein de choses au niveau de la forme comme de l’histoire, même de grosses ficelles parodiques pour nous offrir des scènes déjà cultes comme celle du restaurant qui vaut, rien qu’à elle, de regarder L’Innocent et de juste le savourer !

L’Origine du mal de Sébastien Marnier, sortie en salle le 5 octobre 2022
Synopsis : Dans une luxueuse villa en bord de mer, une jeune femme modeste retrouve une étrange famille : un père inconnu et très riche, son épouse fantasque, sa fille, une femme d’affaires ambitieuse, une ado rebelle ainsi qu’une inquiétante servante. Quelqu’un ment. Entre suspicions et mensonges, le mystère s’installe et le mal se répand…
Avec : Laure Calamy, Doria Tillier, Dominique Blanc, Jacques Weber, Suzanne Clément, Céleste Brunnquell, Véronique Ruggia Saura

L’Origine du mal aurait pu, avec Laure Calamy visitant sa compagne en prison et travaillant dans une conserverie, être une énième comédie sociale, mais le film s’avère être un véritable cluedo. Les partitions des comédiens comme des personnages sont sans cesse mouvantes, on ne sait jamais vraiment où l’on va. Ce jeu de faux-semblants, qui ne cessent de se dérober, fait aussi de L’Origine du mal un film de tension permanente car on ne sait jamais qui va craquer en premier. Déjà avec L’Heure de la sortie et Irréprochable, Laurent Marnier explorait la façade de ses personnages et poussait à fond la carte de leurs failles. Ici, encore plus qu’avant, le réalisateur explore le décor et le suspens comme vecteurs de tension, et tente d’exploser le vernis des conventions … la famille n’est pas toujours un havre de paix !

Novembre de Cédric Jimenez, sortie en salle le 5 octobre 2022
Synopsis :Une plongée au cœur de l’anti-terrorisme pendant les 5 jours d’enquête qui ont suivi les attentats du 13 novembre.
Avec :  Jean Dujardin, Anaïs Demoustier, Sandrine Kiberlain, Jeremie Renier, Lyna Khoudri, Cédric Kahn

Depuis son premier film en 2012, Aux yeux de tous, Cédric Jimenez, comme son personnage à l’époque, explore la ville, les crimes comme à travers des caméras de surveillance. Ses films cognent, castagnent, avec un poil plus de subtilité que chez Olivier Marchal quand il parle de la police. Nul doute qu’après l’accueil mitigé fait au discours porté par Bac Nord, celui porté dans Novembre, qui revient sur les attentats de novembre 2015 côté enquête, ne réconciliera pas le réalisateur avec ceux qui déjà lui reprochaient un style un peu trop « en surface », « clinquant ». Depuis Revoir Paris, c’est plutôt du côté des victimes que des flics que les spectateurs veulent entendre parler des attentats qui ont touché la France, et peut-être aussi avec un peu moins de froideur clinique. Heureusement qu’au milieu de cette rigueur implacable, il y a de la place pour des personnages un peu plus nuancés comme celui campé par Anaïs Demoustier. Le réalisateur voulait cependant « retranscrire à l’écran une tension permanente », et, de ce côté-là, c’est réussi, mais pour ce qui est de traiter son sujet, Novembre pourrait ne pas s’être passé lors des attentats, qui ne sont qu’un prétexte à un film d’action-émotion, ce serait pareil.

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.
Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.