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Mon père et moi : Voir De Niro se fourvoyer pour payer ses impôts…

Non ce n’est malheureusement pas une blague. Le grand Robert de Niro persévère dans sa dernière partie de carrière à officier dans les comédies douteuses de seconde zone, comme cette pitrerie datée et ce n’est pas joli à voir tant c’est raté, rarement drôle et à la limite du gênant.

Depuis Mafia Blues il y a vingt-cinq ans et surtout Mon beau-père et moi, tous deux excellents, le comédien tourne dans des films prestigieux pour ensuite se vautrer régulièrement dans des comédies interchangeables beaucoup moins pertinentes dont l’humour lourd et l’aspect daté nous font nous interroger sur la pertinence de ses choix. Une ou deux tâches du genre dans une filmographie cela passe mais là on peut dire que ça commence à faire beaucoup. Et ce Mon père et moi n’est ni pire ni meilleur que les autres : il est juste mauvais, raté, périmé et à oublier.

A noter quand même que, grâce à la folle inventivité (rires) des distributeurs, la traduction des titres français et leur côté purement mercantile vaut son pesant de cacahuètes. On a eu droit à Mon beau-père et moi donc puis Mon beau-père, mes parents et moi et Mon beau-père et nous, ses suites de moins en moins engageantes. Viennent ensuite les navets Mon grand-père et moi et ce Mon père et moi auxquels on peut rajouter l’immonde Dirty Papy. Quelle originalité ! Comme après le succès de Sexe intentions en 1999 (traduction opportuniste de Cruel Intentions), on ne comptait plus les films avec le mot « sexe » dans le titre, le succès de la première incursion de De Niro dans ce type de comédies potaches tendance familiale a donc fait des émules et le comédien en est le principal représentant.

Passons sur ces considérations marketing pour dire qu’il n’y justement pas grand-chose à dire de ce nouvel ersatz qui sera aussi vite oublié qu’il a été vu. C’est paresseux au possible, ce côté choc des cultures et des classes sociales en mode comique a déjà été vu et revu dans des dizaines d’autres films. Mais en bien mieux ! Les situations comiques le sont rarement, la faute à un tempo humoristique proche du néant et les acteurs sont tous en total excès de jeu. On a l’impression de regarder un film tourné il y a vingt ans tant humour et quiproquos sont dépassés.

Notons également que la mise en scène de l’inconnue Laura Terruso est totalement absente. Il n’y a aucun effort, ne serait-ce que celui d’offrir l’embryon d’au moins un plan un peu recherché ou tentant de sortir du purement illustratif. Les plans fixes et les champs contrechamps s’enchaînent mécaniquement et sans aucune espèce d’envie de cinéma. On se croirait devant un vieil épisode de sitcom télé des années 90.

Le comble c’est donc que Mon père et moi se positionne comme une comédie mais qu’il n’est jamais drôle. Si on rit une fois et sourit trois fois c’est beau. On voit venir les gags à des kilomètres, les dialogues sont pour la plupart vides et sans intérêt et l’humour est parfois tellement lourd et dépassé (le gag du paon, celui de la partie de tennis, …) que cela en devient gênant. On hésite entre ennui poli et l’agacement de voir que l’on peut encore produire une telle chose de nos jours. C’est l’exemple même de la mauvaise comédie américaine lambda qui prend le public pour des idiots et comme acquis.

Il n’y a qu’à voir l’écriture des personnages. Hormis un prologue plutôt sympathique retraçant les origines italiennes du protagoniste principal avec un humour bien senti (peut-être le meilleur moment du film !), la manière dont sont caractérisés tous les personnages est affolante de bêtise et de je-m’en-foutisme. Des clichés sur pattes réduits à deux ou trois traits de caractère dessinés à très gros traits. Et comme ils sont mal dirigés ils jouent tous mal ou en font des tonnes, appuyant de manière tout aussi gênante sur ces quelques grossières indications d’un scénario qui ne devait pas être bien épais. Il n’y a qu’à voir les beaux-frères, ridicules à tous niveaux, pour se rendre compte de la pauvreté des rôles.

La bonne nouvelle est que Mon père et moi a le mérite (la présence d’esprit ?) d’être court. Au contraire de pas mal de comédies américaines qui se ratent en abusant sur la durée et les longueurs. Le supplice ou l’ennui en sont donc réduits à leur strict minimum même si on a hâte qu’elle se termine, atterré par la bêtise ambiante de cette mauvaise plaisanterie. Quant à l’acteur principal, issu du stand-up et voulant faire un hommage aux immigrants italiens, il aurait dû rester sur scène et laisser le septième art de côté. Car ici on est vraiment dans du cinéma bas de gamme qu’on croirait tout droit ressuscité du siècle précédent.

Bande-annonce : Mon père et moi

Fiche technique : Mon père et moi

Titre original : About My Father
Réalisatrice : Laura Terruso.
Casting : Sebastian Maniscalco, Robert De Niro, Kim Catrall
Scénaristes : Sebastian Maniscalco et Austin Earl.
Production : Lionsgate.
Distribution France : Metropolitan Filmexport.
En salle le 31 mai 2023 / 1h 36min / Comédie

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1.5

Xavier Dolan : ralentissons avant que les émotions ne prennent le dessus

Xavier Dolan est un cinéaste rempli de manies, de manières et au cinéma plein d’exercices de style poétiques. Le ralenti en est l’emblème qu’il sublime car il en fait un outil au service de l’émotion, qu’elle soit soulignée ou qu’elle attende d’exploser. Petite analyse à travers quelques films du réalisateur québécois.

Des images et des émotions démultipliées

Le ralenti serait en quelque sorte le premier effet spécial de l’histoire du cinéma, né par hasard en 1894 alors que deux employés de Thomas Edison cherchent à résoudre un problème de luminosité sur un film. L’idée est qu’ils prennent plus d’images par seconde que nécessaire pour la diffusion, l’image est donc véritablement ralentie (et on fait l’inverse pour accélérer!). En bref, le ralenti d’abord inventé pour un problème technique, puis utilisé pour réduire certains coûts, deviendra vite un procédé poétique. Pensons aux images des sportifs dans L’Homme à la caméra (Dziga Vertov, 1928), ou encore à l’accident pourtant si brutal des Choses de la vie vu depuis l’intérieur de l’habitacle, au ralenti, alors que vu de l’extérieur c’est une vie qui bascule en une fraction de seconde. Le ralenti peut aussi devenir une véritable figure de style cinématographique, comme une marque de fabrique, deux cinéastes s’invitent dans nos pensées en disant cela : Wong Kar Wai et Xavier Dolan. Dans cette analyse, il s’agit de Xavier Dolan qui s’exprimait d’ailleurs en 2010 (dans une interview au Courrier International) à propos de ses influences, du moins de ses goûts de cinéma, « Wong Kar Wai filme les femmes au ralenti. Ça marche à la perfection. Mais, quand j’ai vu In The Mood For Love, j’ai aimé parce que j’aime les plans au ralenti et les courbes des femmes et j’aime quand les femmes sont bien vêtues ». Une transition parfaite vers son cinéma, notamment Les amours imaginaires dans lequel on peut entendre une musique intitulée In the mood for love que Dolan assume comme un hommage.

De l’artifice

Xavier Dolan offre une grande place au montage dans son œuvre : répétitions, flous, ralentis, musiques populaires venant changer la lecture d’une scène familiale. Il donne à travers ses films une relecture esthétisante du réel, parfois qualifiée de « clipesque » (il a d’ailleurs réalisé un clip pour le groupe Indochine). Le cinéma de Dolan (et même sa série!) raconte l’histoire d’un personnage ou de personnages « uniques » qui s’opposent au monde (même s’il s’est essayé à la mise en scène du groupe dans Matthias et Maxime, la dernière scène vient de nouveau suggérer cette idée). Son cinéma parle plus généralement de corps qui résistent au monde. Dans cette écriture le ralenti a (au moins) deux fonctions (au-delà de la beauté visuelle aimée et voulue par le réalisateur) : intensifier la charge émotionnelle (on s’attarde sur la scène en question, sur ce qui s’y joue) ou pour être en contrepoint au rythme effréné de ses films souvent bavards, parfois bruyants, sans relâche. La musique, autre motif de son esthétique, vient accompagner ces ralentis. On peut ainsi penser à la scène où Francis (Xavier Dolan) et Marie (Monia Chorki) se préparent pour leur premier rendez-vous avec Nicolas (Niels Schneider) au son de Bang Bang (version Dalida). Ici, le ralenti vient souligner l’enjeu pour chacun des deux personnages de ce rendez-vous, ils s’apprêtent tous deux bien trop pour un premier rendez-vous. Le ralenti sert donc à décupler l’émotion d’un personnage, quand la déception submerge Marie, elle allume sa cigarette, le regard tourné vers son amour impossible. Tout le ralenti vient insister sur ce qu’elle ressent, sur ce qui bouillonne à l’intérieur d’elle. Il lui a fallu pourtant une seconde pour paraître tout gâcher, en débarquant et en déclarant « méchante ambiance » sans réfléchir (scène qu’elle revivra d’ailleurs face à un miroir, comme pour en souligner l’importance malgré sa fugacité).

Un seul évènement vous hante et tout est démultiplié

Chez Dolan, on l’a vu notamment dans La Nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé (2022), un événement peut compter plus que tout, hanter toute la mise en scène, d’où le recours au ralenti pour en souligner la force, la vivacité. Paradoxalement en arrêtant le temps, Dolan accélère l’impact émotionnelle de la scène. Les personnages sont habités par le moment et le spectateur doit l’être aussi, malgré le flou qui entoure la réalité de ce qui s’est passé. Ce qui compte aussi c’est l’obsession, le motif quasi poétique que devient le ralenti associé au ressassement (et donc à la répétition d’une même sous des angles parfois différents). Ainsi, le ralenti est aussi chez Dolan le signe qu’une décision importante va être prise, comme quand Tom s’apprête à rentrer dans la maison de son amant dans le prologue de Tom à la ferme. On voit aussi souvent des personnages de dos, déterminés, qui avancent, qui vont vers leur but et qui sont montrés au ralenti. Procédé notamment utilisé dans Les amours imaginaires, mais aussi dans Laurence anyways.

Xavier Dolan, à travers sa caméra, porte une attention aux détails, à ce qui va finir par exploser. Sa mise en scène raconte les drames avant même qu’ils ne se produisent. Dans Mommy, avant la scène finale elle-même filmée au ralenti, une autre scène de ralenti et de flou vient souligner ce qui aurait dû être (entre la mère et son fils) et qui n’existe que dans un fantasme de cinéma. Une scène de pique-nique imaginaire qui pourtant est montrée mais par l’exercice de style qui la constitue, elle se pose comme irréelle et pourtant si nécessaire à la vie de Steeve. Ces figures ou exercices de style, nombreuses dans le cinéma de Dolan, participent également de la fascination pour les autres qui est portée par le regard, regard du cinéaste lui-même acteur de plusieurs de ses films, regard porté sur lui dans des films aux accents autobiographiques. Dans Les amours imaginaires, Nicolas est le personnage fantasmé.

Amours impossibles

Xavier Dolan explique qu’il aurait pu arrêter son film au ralenti sous le parapluie quand Marie et Francis sont réunis (là encore filmés de dos) mais il dit : « Ce n’est pas ce que je voulais démontrer. Je ne voulais pas m’en tenir à ça, parce que le but du film, c’est de démontrer qu’il existe un cercle vicieux, une boucle infernale ». C‘est pourquoi, après avoir compris que Nicolas se jouait d’eux, les deux protagonistes jettent pourtant leur dévolu sur un nouveau corps filmé au ralenti, Niels Schneider étant remplacé par Louis Garrel sur la piste de danse. Le fantasme passe autant par les couleurs, les textures que par ce ralenti qui redonne sa force aux corps, à ce qu’il exerce comme pouvoir d’attraction sur celui qui observe. Même pouvoir d’attraction observé dans Tom à la ferme lors d’une scène de danse improvisée. Le ralenti participe aussi du corps à corps, de l’étreinte brisé car en déréalisant celui qui est observé, il rend l’amour impossible.

Enfin, chez Dolan, on l’a dit, les émotions fusent, les mots aussi, le silence n’est (presque) qu’une illusion. Pourtant, le réalisateur sait ménager ses effets, à l’aide de la musique notamment dans Mommy, mais aussi encore et toujours du ralenti. La scène emblématique de cet arrêt sur image, de cette pause dans l’émotion, avant la tempête, est celle où Laurence et sa compagne Fred marchent tous deux, sourire aux lèvres, alors que du linge tombe comme une pluie fine autour d’eux. Ils sont ensemble, ils marchent et se battent ensemble, à ce moment-là encore leur amour semble du domaine du possible. Xavier Dolan sait donc offrir à son cinéma des fulgurances, des instants de grâces qu’il fait durer grâce aux ralentis.

Pour en découvrir quelques-uns rassemblés en une vidéo

Banel & Adama, une sage lenteur

La sagacité de Banel & Adama, conte peul en compétition officielle au Festival de Cannes 2023, reflète assurément la carrière de sa réalisatrice, Ramata-Toulaye Sy. Son premier long métrage, qui incarne sa vision du cinéma de genre Africain, a nécessité sept ans de travail. Hautement étudié, Banel & Adama aborde avec subtilité, sans contemplation excessive, l’opposition entre la liberté et la tradition. Surtout, le film aspire avant tout à un respect méthodique, considérant l’islam, les superstitions peules et la passion amoureuse. Sa seule limite résidant dans cette volonté d’accomplir un sans-faute.

Reprise de la sélection officielle cannoise.

Synopsis : Banel et Adama s’aiment. Ils vivent dans un petit village éloigné au Nord du Sénégal et du monde, ils ne connaissent que ça. Mais l’amour parfait qui les unit va être mis à rude épreuve par les conventions de la communauté. Car là où ils vivent, il n’y a pas de place pour les passions, et encore moins pour le chaos.

La beauté du premier film

D’entrée de jeu, Banel & Adama frappe par sa mise en scène et le soin apporté au cinéma comme langage. Au cœur de l’ère de la performance technique, où le mouvement est bien souvent superflu, la cinéaste s’attarde sur la caméra immobile aidée par la photographie sublime d’Amine Berrada. Ramata-Toulaye Sy tend à un cinéma esthétique et ésotérique où la singularité réside dans sa réutilisation subtile des mythes et des grandes tragédies antiques. Avant tout, Banel & Adama demeure une fable spectaculaire matérialisant et donnant vie à une imagerie sans pareille, celle des Peuls.

L’illustration du drame sentimental

Banel & Adama est aussi une romance tragique et le voyage émotionnel de sa protagoniste. C’est à cet endroit que se dessine l’excès de sagesse où le récit se voit enraillé par les nombreuses ambitions visuelles et thématiques. Avide de nuances, l’idylle se retrouve presque à distance du spectateur malgré une tension bien présente. Crève-cœur tant les acteurs non-professionnels apportent une singularité rare et fascinante. De plus, l’évocation shakespearienne peine à se révéler, ne restant qu’une toile de fond s’ajoutant aux nombreuses déjà présentes. En réalité, à trop vouloir illustrer et exposer la pluralité et la complexité des traditions, la réalisatrice dénoue ce couple avec une énième allégorie pondérée.

À la clôture, Banel & Adama se révèle être l’un des plus beaux films de la sélection officielle.

Bande Annonce – Banel & Adama

Fiche Technique : Banel & Adama

Réalisation : Ramata-Toulaye Sy
Avec Mamadou Diallo, Khady Mane & Binta Racine Sy
Musique originale : Bachar Khalifé
Distribution française : Tandem Films
Sortie prochaine en 2023
France – Sénégal – Mali – 2023 – 100 mns

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3.5

Mektoub : sous le masque d’un film de gangsters…

Jusqu’à présent réalisateur de clips et de courts-métrages remarqués, Michael Marciano passe au moyen-métrage avec Mektoub, une histoire de gangsters qui recèle, plus qu’une intrigue policière, un plaidoyer féministe. Un positionnement sensible et élégant, qui permet de pardonner au film ses quelques maladresses.

On pourrait se croire face à un film de gangsters… Aux abords d’une station service faiblement éclairée, stationne une longue voiture américaine, dans laquelle trois petites frappes attendent le moment opportun pour commettre leur larcin. Mais quelque chose met en alerte : la conversation qui se tient dans la voiture, avant l’attaque, roule sur les femmes… Et le point de vue de l’un des agresseurs, Joseph (Idrissa Diabaté), est si sommairement machiste et misogyne qu’il provoque la riposte des deux autres, nettement plus… philogyne ? gynophile ? Un mot à créer ! Les lacunes d’une langue en disent décidément long ! L’inverse (androphile ? philandre ?) n’existant pas davantage… Aimer l’autre sexe est-il si peu prévu ?!

Toujours est-il que Michael Marciano, né le 28 mars 1980 à Toulouse et jusqu’alors plutôt réalisateur de clips et de courts-métrages d’ailleurs remarqués, épouse clairement, quant à lui, la cause des femmes, en offrant, dans son premier moyen-métrage, une galerie de femmes hétérosexuelles et subissant le mépris ou les mauvais traitements des hommes : Mathilde (Laurie Caruso), victime d’une agression sexuelle, Esma (Mama Bouras), prostituée au grand cœur et aux beaux talents de danseuse, qui peinera à faire reconnaître et admettre l’amour qu’elle éveille chez l’un de ses fidèles clients, une petite copine « banalement » maltraitée, une mère à qui l’on ment et qu’on ne voit qu’à la sauvette, une petite sœur qu’on néglige, bien qu’on l’adore…

Presque exclusivement nocturne, la réalisation tient en haleine, car les personnages sont attachants, éminemment humains, bien que par moments interprétés avec une certaine maladresse. Le montage, aussi, souffre sans doute d’un léger problème de rythme, ou de souplesse dans les enchaînements. Mais l’image d’Hervé Cohen et Maurizio Tiella sait nous installer dans ce climat nocturne et nous happer dans le sillage du principal personnage masculin, Ismail, campé par Sabry Jarod, un acteur auquel Michael Marciano revient régulièrement, comme à plusieurs autres de ses interprètes, en une fidélité qui l’honore. Cette figure de héros du quotidien, évoluant dans le milieu de la petite délinquance marseillaise, et qui paiera cher son adhésion à la cause des femmes, n’est pas sans évoquer, la flamboyance en moins, le héros de Shéhérazade (2018), de Jean-Bernard Marlin, qui se retrouvait pareillement confronté à cette question d’un amour, vécu comme inavouable, pour une prostituée. Mais la cause des femmes est-elle audible, dans un monde d’hommes ?

De la part de Michael Marciano, l’approche est sympathique, courageuse – en ces temps où la question des femmes et des traitements que les hommes leur réservent est loin d’être réglée – et donne envie de le suivre avec la même bienveillance que celle avec laquelle il accompagne sa petite troupe d’acteurs.

Bande-annonce : Mektoub

Synopsis du film Mektoub : Ismail, Mathilde, Asma et Joseph se retrouvent liés par le destin suite à un braquage dans une vieille station-service. Ce soir-là, Joseph va commettre l’irréparable, qui se répercutera sur la vie de chacun.

Mektoub un moyen métrage de Michael Marciano
Avec Idrissa Diabaté, Sabry Jarod, Mama Bouras…

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3

L’Amour et les Forêts, un film édifiant de Valérie Donzelli sur l’horreur de l’emprise et de la violence conjugale

L’Amour et les Forêts de Valérie Donzelli est une démonstration impeccable de l’horreur de l’emprise masculine et de la violence conjugale. Impeccable, mais un peu trop linéaire et didactique.

Synopsis de l’Amour et les Forêts :  Quand Blanche croise le chemin de Grégoire, elle pense rencontrer celui qu’elle cherche. Les liens qui les unissent se tissent rapidement et leur histoire se construit dans l’emportement. Le couple déménage, Blanche s’éloigne de sa famille, de sa sœur jumelle, s’ouvre à une nouvelle vie. Mais fil après fil, elle se retrouve sous l’emprise d’un homme possessif et dangereux.

L’Enfer

Un peu à la manière de Justine Triet, la fraîche lauréate de la Palme d’Or à Cannes, Valérie Donzelli trace un sillon discret mais certain dans le cinéma français. Des sujets intimistes, quand ils ne sont pas intimes ; mais surtout, la cinéaste sait mettre une touche de poésie à un endroit ou à un autre dans ses films. Certaines fois, le geste est malheureux, comme dans le récent Notre-Dame, trop pétri de digressions pour vraiment tenir la distance, mais dans l’ensemble cette poésie caractérise joliment le travail de la cinéaste.

L’Amour et les Forêts, une adaptation du roman éponyme de Eric Reinhardt, n’est pas différent. Le film, assez programmatique il faut l’avouer, est sombre par définition. On est dans l’histoire d’une terrible emprise qu’on voit gonfler sous nos yeux.  Et pourtant, une vraie trouée poétique surgit au milieu de ce chaos, au creux d’une forêt, parmi celles du titre du métrage : Blanche, la protagoniste interprétée par Virginie Efira, descend dans les affres de la violence conjugale, mais parvient à  s’offrir une aventure quasi-féérique dans un lieu et avec un homme idylliques (douceur ineffable de Bertrand Belin) : sans doute une réminiscence de ses débuts avec Grégoire (Melvil Poupaud), ….

Un film programmatique en effet, que l’Amour et les Forêts. C’est ce qu’on pourrait lui reprocher, malgré une interprétation impeccable de la part des acteurs, une Virginie Efira désormais en pilotage automatique mais maîtrisé, tant les rôles pleuvent sur elle, et un Melvil Poupaud qui rajoute brillamment le rôle du salaud pervers narcissique à son arc ; des décors léchés, et un rythme somme toute soutenu. L’histoire est déroulée d’une manière très linéaire, et la trajectoire du point A au point B est tracée au feutre indélébile. On découvre Blanche et Grégoire au début de leur histoire commune. Une belle histoire romantique et sensuelle, soulignée de néons rouges lors des scènes intimes, pour dire leur passion. On pense évidemment à Clouzot et aux effets de lumière de son Enfer inachevé. On ne sait rien de ce qu’ils étaient, mais les choses s’emballent très vite, peut-être un peu trop vite. Grégoire est muté à Metz, Blanche doit quitter sa famille, sa jumelle adorée, sa Normandie, et l’inéluctable point déjà ; Blanche est coupée du monde et se retrouve dans une maison grande, belle, mais totalement ouverte, sans aucun recoin pour échapper à Grégoire.

La tension aurait pu aller crescendo, mais la balise précède toujours la scène d’un cran, et annule tout effet de découverte. L’intention très louable de la cinéaste semble en effet de faire une démonstration implacable de l’emprise de Grégoire  sur Blanche, et plus globalement de mettre en lumière les violences conjugales et leur mécanisme (les questions faussement candides posées à Blanche par l’avocate qu’elle consulte semblent davantage être là pour l’édification du spectateur). Mais en suivant ce chemin ultra-balisé, la réalisatrice ne laisse jamais de la place à la surprise ni à l’imprévu. La scène dans les bois, déjà citée, sera le seul véritable pas de côté, et pour le coup, porte la fameuse signature poétique de Valérie Donzelli.

L’Amour et les Forêts n’est pas un film raté ;  annoncé notamment comme un thriller, il fait le job. Même si on devine les scènes, on ne manque pas de sursauter, on a peur de Grégoire, on a peur pour Blanche, on est impatient de connaître la conclusion de l’histoire. Ce n’est pas si mal, même si on attendait peut-être autre chose de la réalisatrice de La Guerre est déclarée, un film autrement plus intense…

L’Amour et les Forêts – Bande annonce

L’Amour et les Forêts – Fiche technique

Réalisatrice : Valérie Donzelli
Scénario : Valérie Donzelli  & Audrey Diwan, adapté du roman éponyme de Eric Reinhardt
Interprétation : Virginie Efira (Blanche Renard / Rose Renard), Melvil Poupaud (Grégoire Lamoureux), Dominique Reymond (L’avocate), Romane Bohringer (Delphineà), Virginie Ledoyen (Candice), Marie Rivière (La mère), Nathalie Richard (La gynécologue), Guang Huo  (Tony), Laurence Côte (Catherine, l’infirmière scolaire),Bertrand Belin (David)
Photographie : Laurent Tangy
Montage : Pauline Gaillard
Musique : Gabriel Yared
Producteurs : Alice Girard, Edouard Weil
Maisons de Production : Rectangle Productions, France 2 Cinéma, co-production : Les Films de Françoise
Distribution (France) : Diaphana Films
Durée : 105 min.
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie : 24 Mai 2023
France – 2022

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3.5

Top 4 des meilleurs films ayant inspiré des jeux

Le monde du cinéma a certainement influencé plusieurs autres domaines, dont celui des jeux. En tant que tel, il n’est pas rare de voir des jeux avec des protagonistes portant le même nom ou inspirés par des films. Au cas où vous ne vous en seriez pas encore rendu compte, voici quatre films à la base de la création de certains jeux. Et ils sont parmi les plus plébiscités!

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 Ocean’s Eleven

Si vous aimez les jeux de casino, sachez que le film Ocean’s Eleven a inspiré de nombreux jeux, dont le Penny slots. Ce film se concentre sur des braquages et vols sophistiqués. On peut y découvrir des jeux de casino tels que les machines à sous électroniques et les tables de poker. Brad Pitt se fera un plaisir de vous apprendre quelques petites astuces. Retrouvez ici différents jeux thématiques  que vous pourriez apprécier. Et si vous restez sur votre faim, n’hésitez pas à regarder Ocean’s twelve et Ocean’s thirteen qui forment la trilogie.

Lara croft tomb raider : le berceau de la vie

Le film Lara croft tomb raider : le berceau de la vie, sorti en août 2003 est un film d’action et d’aventure qui a inspiré de nombreux jeux, dont les machines à sous. Vous avez certainement eu la chance de le voir. On y retrouve Angelina Jolie dans la peau d’une archéologue chevronnée prête à tout pour aller au bout de ses fouilles. Mais, c’est sans compter sur la mauvaise foi du commando chinois qui lui mènera la vie dure. Vous pouvez voir l’adaptation ludique de ce film en jeu sur internet. Le jeu vidéo très célèbre porte le nom : Tomb raider.

Pixels

Sorti en 2015, le film qui a donné son nom au jeu Pixels plonge les téléspectateurs dans l’univers du jeu virtuel. En effet,  fiction met en scène un groupe d’amis passionnés par les jeux d’arcade qui ont réussi à sauver le monde plus d’une fois virtuellement. La découverte de ces archives par des aliens plusieurs années plus tard est interprétée comme une déclaration de guerre. La riposte s’annonce très intéressante avec aux manettes des acteurs comme Adam Sandler et Peter Dinklage. La qualité du film vous donne l’impression d’être déjà dans le jeu vidéo. Tout ce que vous avez à faire est de vous laisser porter.

Les mondes de Ralph

Êtes-vous un fan de films d’animation ? Les mondes de Ralph, sorti en 2012 répond a inspiré la création d’un jeu d’arcade appelé Félix Fix Jr. On y retrouve le personnage principal de Les mondes de Ralph, le méchant sieur Ralph la casse. Sa tendance à casser les bâtisses avec son point en laissant la lourde tâche aux gentils de les reconstruire deviendra vite de l’histoire ancienne. Il formera un groupe de personnages à la moralité douteuse pour découvrir de nouveaux horizons. Amateurs des jeux d’arcade, découvrez Ralph la casse dans toute sa splendeur dans le jeu Félix Fix Jr et en même temps dans le film Les mondes de Ralph.

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A la découverte des jeux Provably Fair

De nombreuses personnes qui s’intéressent au phénomène des jeux en ligne se posent la question suivante : qu’est-ce qu’un jeu dont l’équité peut être prouvée ?

La définition la plus simple : Il s’agit de produits dotés d’un système intégré qui permet aux joueurs de vérifier l’équité du processus. En d’autres termes, ils se définissent par leur capacité à fournir des preuves vérifiables que le résultat n’a pas été manipulé ou prédéterminé par l’opérateur. Cette vérification est généralement mise à la disposition des parieurs par l’utilisation d’algorithmes cryptographiques et de données publiques, comme c’est le cas pour les sites légaux et dotés d’une licence agréée tel que https://spin.city/fr. La transparence et l’ouverture du processus de vérification sont ce qui distingue les jeux à équité prouvée des divertissements en ligne traditionnels, garantissant que les joueurs peuvent avoir confiance dans l’équité du titre.

Les jeux Provably Fair et les paris en crypto-monnaies

Le concept de jeux d’équité prouvée s’est transformé avec la prolifération des paris avec les crypto-monnaies. Ces jeux comprennent les machines à sous, les loteries et d’autres jeux en ligne où l’on peut placer des paris et recevoir des récompenses en crypto-monnaies telles que les bitcoins.

Compte tenu de leurs caractéristiques uniques, la compréhension des jeux Provably Fair a gagné une popularité considérable parmi les joueurs en ligne. Pour déterminer si un passe-temps est provably fair, il est généralement possible de trouver des informations sur le système de vérification de l’équité sur le portail lui-même.

Peu après l’apparition des bitcoins, un certain nombre de jeux sont apparus, mettant en avant leur équité comme principal point de distribution. Dans les jeux en ligne traditionnels, le processus se déroule à huis clos et peut potentiellement être manipulé à la discrétion d’opérateurs moins vertueux, bien que ce risque n’existe pas dans les casinos légaux. En revanche, la manipulation d’une blockchain est impossible, car toutes les transactions sont enregistrées sur un grand livre public. Cela signifie que chaque transaction et paiement de prix est transparent et ne peut être contrefait.

Le rôle de la technologie Blockchain

Cependant, tous les événements dans les casinos ou les loteries en ligne ne sont pas transparents par le biais des seules transactions. Par exemple, le processus de tirage des numéros gagnants d’une loterie peut être caché à l’utilisateur. Mais certaines plateformes choisissent de divulguer ces détails et de fournir aux utilisateurs les outils nécessaires pour vérifier l’équité de tous les événements. La vérification de l’équité des jeux en ligne peut être réalisée en combinant la technologie blockchain et l’honnêteté des opérateurs.

Pour établir l’équité, un produit doit avoir une base inhérente d’impartialité. Un exemple représentatif est la technologie blockchain, qui garantit cette impartialité grâce à ses caractéristiques de transparence et d’immutabilité. Ainsi, un casino Bitcoin bien conçu et basé sur la blockchain élimine toute possibilité de tricherie, rendant impossible pour les opérateurs de tromper les joueurs.

Une fois la base de l’équité établie, les propriétaires de jeux doivent prouver à leur public que le titre fonctionne comme promis, ne laissant aucune place à un comportement frauduleux. Cela peut se faire par différents moyens, comme le partage public du code source et la fourniture d’outils de validation pour les casinos et les loteries.

Les jeux provocablement équitables sont-ils populaires ?

La popularité croissante et l’augmentation du nombre de casinos en ligne proposant des jeux dont l’équité est prouvée indiquent une forte demande pour ces produits. Les jeux en ligne comportent intrinsèquement des risques, les probabilités étant généralement défavorables au joueur.

Néanmoins, le désir de déjouer les pronostics pousse les gens à s’adonner à ces divertissements. Mais s’il y a peu de transparence ou des pratiques douteuses, les parieurs se désintéressent. C’est un peu comme si vous gagniez un concours mais que vous ne receviez pas le prix, sans pouvoir prouver la fraude à qui que ce soit : cela génère beaucoup de frustration. Ou imaginez un portail qui escroque ses clients sans jamais payer, en gardant toutes ses actions secrètes : ce sont des scénarios désagréables pour les utilisateurs.

Par conséquent, si les parieurs peuvent éliminer le risque de fraude en passant à une plateforme éprouvée, ils sont susceptibles de le faire.

Comment vérifier si un jeu est équitable ?

Si une plateforme prétend être équitable, elle propose généralement plusieurs méthodes de vérification. Le processus de vérification de l’équité d’un passe-temps peut varier en fonction du titre et de la plateforme. Toutefois, il existe quelques étapes générales à suivre :

  • Recherchez le système d’équité prouvée de la plateforme : un site réputé offrant des titres d’équité prouvée devrait avoir une section dédiée expliquant le fonctionnement du processus de vérification.
  • Comprendre la méthode de vérification : chaque portail peut utiliser une méthode différente pour vérifier l’équité des titres, telle qu’une fonction de hachage cryptographique ou un générateur de nombres aléatoires. Assurez-vous de bien comprendre le processus de vérification avant de jouer.
  • Vérifiez la transparence : les titres dont l’équité est avérée doivent être transparents et permettre aux parieurs de voir la couleur, le hachage et le résultat du jeu. Vérifiez que le casino Bitcoin permet de vérifier l’équité en donnant accès à ces informations.
  • Vérifier les résultats du jeu : une fois que vous avez accès aux informations nécessaires, utilisez un outil indépendant pour vérifier les résultats. Plusieurs outils en ligne peuvent être utilisés pour vérifier si le résultat correspond à la graine et au hachage fournis par la plateforme.

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Les Filles d’Olfa, échange curatif entre réalité et fiction

L’Œil d’Or 2023, ex-aequo avec le documentaire remarqué d’Asmae El Moudir (Kadib Abyad), Les Filles d’Olfa captive en réunissant une famille entière par la puissance du documentaire et de la fiction. Armé d’un dispositif audacieux et jusqu’au-boutiste, la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania nous plonge dans une introspection à vif entre mémoire collective et mémoire familiale. Très juste, Les Filles d’Olfa vibre des voix complices de ses sujets et de ses interprètes, oscillant entre des instants de bravoure et les limites de son mécanisme.

Reprise de la sélection officielle cannoise.

Synopsis : La vie d’Olfa, Tunisienne et mère de 4 filles, oscille entre ombre et lumière. Un jour, ses deux filles aînées disparaissent. Pour combler leur absence, la réalisatrice Kaouther Ben Hania convoque des actrices professionnelles et met en place un dispositif de cinéma hors du commun afin de lever le voile sur l’histoire d’Olfa et ses filles. Un voyage intime fait d’espoir, de rébellion, de violence, de transmission et de sororité qui va questionner le fondement même de nos sociétés.

À travers l’objectif de la guérison

À la clôture de la conférence de presse cannoise, Olfa Hamrouni a exprimé son engagement : « Ce que je demande aujourd’hui, c’est que mes filles soient rapatriées et qu’elles soient jugées équitablement. ».

Auparavant, ce fait divers avait suscité une résonance internationale lors de la révélation publique de l’endoctrinement djihadiste des deux filles aînées d’une mère isolée de quatre enfants. Olfa a ainsi pointé l’inertie manifeste du gouvernement tunisien. À l’heure actuelle, Les Filles d’Olfa demeurent détenues sur le territoire libyen. En investissant pleinement le particularisme du docu-fiction, Kaouther Ben Hania questionne le regard regardant/regardé que manipule le cinéma. Du reste, c’est toute sa filmographie qui interroge cette mécanique dramaturgique en particulier dans La Belle et La Meute en 2017. Les Filles d’Olfa en est la catharsis et convoque un dispositif radical permettant un échange curatif entre les sœurs fictionnelles et véritables, et la mère et son double, interprété par l’icône du cinéma arabe Hend Sabri. De fait, les voix des protagonistes résonnent avec connivence et nous invitent à partager leurs révoltes et leurs espérances.

Mécanisme implacable mais limité

Une longue recherche et une rencontre permanente forment des moments d’introspections thérapeutiques d’une puissance salvatrice. Ces instants se matérialisent souvent par une reconstitution ordinaire ou au détour d’une conversation a priori hors-cadre ou hors contexte. C’est dans ce sentiment spontané que résident la délicatesse et la pertinence du film de Kaouther Ben Hania. Un a priori qui forge une ambiguïté et une humanité sans cesse questionnées et confrontées au réel et à l’extérieur du foyer. Dans une époque faite de fenêtres omniprésentes sur autrui, Les Filles d’Olfa agit comme un reflet à la fois gracieux, récréatif et irrévérencieux. Dans le même instant, de chœur avec la dimension sociopolitique tunisienne, le long métrage frappe modestement par un dispositif qui s’essouffle dans un climax attendu.

Enfin, Les Filles d’Olfa explore la Tunisie et prend son pouls parallèlement au Printemps arabe sur un plan intimiste et confidentiel, une étude assez juste mais évanescente dans la progression du drame familial. Pourtant, la cinéaste a le mérite de questionner la responsabilité qui lui est propre, assumant un geste intransigeant et noble. Un film à ne pas manquer.

Fiche Technique — Les Filles d’Olfa

Réalisation : Kaouther Ben Hania
Scénario : Kaouther Ben Hania
Tunisie – France – Allemagne – 2023 – 1h50
Avec Hend Sabri, Olfa Hamrouni, Eya Chikhaoui, Tayssir Chikhaoui

Distributeur : jour2fête
Sortie le 5 juillet 2023

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3.5

Cannes 2023 : Elemental (Élémentaire) de Peter Sohn

De plus en plus investi dans des œuvres aux messages universels, célébrants à la fois la tolérance et l’inclusion, Pixar a frappé en plein cœur cette année en présentant comme film de clôture Elémentaire.

D’un visuel toujours plus poussé, les films des studios s’engagent à redoubler d’innovation à chacune de leurs œuvres. De cette initiative, le vrai plaisir d’Elementaire réside dans ces coups de crayon à l’ancienne qui apporte une réelle identité à l’animation et à ses personnages.

Un tantinet répétitif dans leurs propositions scénaristiques, il est toutefois difficile d’en vouloir aux créateurs quand des films d’une telle beauté autant sur le fond que sur la forme nous sont offerts. Véritable hymne aux différences, le long-métrage d’animation rappelle fortement une histoire shakespearienne tant de fois représentée au cinéma, à savoir Roméo & Juliette.

Ne dit-on pas que les opposés s’attirent ?

Au-delà des lois de la chimie ou des restrictions parentales, une flamboyante et un aquatique tombent progressivement amoureux au travers d’une histoire touchante sur la parité et l’immigration territoriale et sociale. Un message fort signé Peter Sohn à qui l’on doit également les propos engagés du Voyage d’Arlo ou du Monde de Nemo.

C’est donc un retour en fanfare pour les studios d’animation Pixar, qui a pour mérite d’offrir aux plus petits comme aux grands des œuvres toujours plus belles et toujours plus fortes, avec lesquelles on peut aisément s’identifier, se questionner ou plus important encore : s’évader.

S’il y a bien une chose que l’on peut également soulever, c’est cette volonté d’avoir donné au personnage féminin l’élément du feu et celui de l’eau au personnage masculin. Ainsi, l’homme peut être sensible, doué d’une grande compassion en prônant communication et sentiments et la femme être le protagoniste caractériel mais plein de force, au point d’être trop enfermé dans ses non-dits pour avouer ses propres failles.

Avec ses multiples messages tantôt subliminaux tantôt affirmés, Pixar reste le plus généreux en matière de cinéma d’animation, autant au niveau de l’esthétique que des valeurs à transmettre.

Bravo et merci à Peter Sohn et Pete Docter de donner autant de pouvoirs à des œuvres multi générationnelles qui perdurent dans le temps et les mémoires.

Elemental (Élémentaire) de Peter Sohn est présenté en clôture du Festival de Cannes 2023.

Par Brenda Hsueh, John Hoberg
Avec Adèle Exarchopoulos, Leah Lewis, Vincent Lacoste
21 juin 2023 en salle / 1h 42min / Animation, Comédie, Famille
Distributeur : The Walt Disney Company France

Synopsis : Dans la ville d’Element City, le feu, l’eau, la terre et l’air vivent dans la plus parfaite harmonie. C’est ici que résident Flam, une jeune femme intrépide et vive d’esprit, au caractère bien trempé, et Flack, un garçon sentimental et amusant, plutôt suiveur dans l’âme. L’amitié qu’ils se portent remet en question les croyances de Flam sur le monde dans lequel ils vivent…

« Mental Incal » : incalifiable ?

Les éditions Les Humanoïdes associés publient Mental Incal, de Mark Russell et Yanick Paquette. Préquelle caractérisée par son humour décapant et son exploration d’un Psycho-monde parallèle, l’album parvient à prendre langue, sans heurts, avec l’œuvre vertigineuse de Mœbius et Alejandro Jodorowsky.

C’est avec passion et curiosité que Mark Russell et Yanick Paquette se sont lancés dans une entreprise, délicate, de réappropriation. En reprenant à leur compte l’univers de Jean Giraud et Alejandro Jodorowsky, en inscrivant Mental Incal juste avant les événements de L’Incal noir, ils s’exposent à des comparaisons inévitables et se voient contraints d’approfondir des figures et thématiques préexistantes.

Dans ses propositions graphiques, Yanick Paquette fait ainsi face à des personnages et lieux parfois déjà définis, qu’il ne peut remodeler qu’à la marge, hybridant de ce fait sa propre sensibilité avec celle de Mœbius. Chacun aura son propre avis sur la question, mais les deux bédéistes s’en sortent à notre sens avec les honneurs, sans falsifier le matériau originel et en mettant en scène, sous un jour nouveau, John Difool, les Bergs ou le Méta-Baron.

Mark Russell portraiture le premier comme un détective privé incompétent et pathétique, prenant volontiers ses informations auprès d’un médium et réagissant davantage à l’instinct qu’à la réflexion. Le personnage apparaît (une nouvelle fois) intellectuellement inférieur à Deepo, la mouette à béton qui l’accompagne partout – et se désole couramment de sa nonchalance et de sa stupidité. Le scénariste narre l’histoire des seconds, dont l’extrême bureaucratie et la foi sans borne supposent qu’ils ignorent l’existence d’une planète sous prétexte… qu’elle ne figure pas sur leurs cartes. Leur proto-reine, de son côté, est capable d’enfanter une civilisation entière et de l’annihiler quelques cycles d’accouplement plus tard. Russell fait enfin du dernier cité un père aimant, pétri de regrets et nanti d’une résilience à toute épreuve, lancé dans une double quête parsemée d’obstacles.

Mental Incal aborde un monde parallèle spirituel, le Psycho-monde, régi par un ordre de psycho-nonnes, qu’il oppose à un Vivo-monde bouillonnant et parfois rebutant. C’est par ce truchement que Mark Russell radiographie la spiritualité et ses fondamentalismes, les psycho-nonnes se rendant coupables d’actes violents, sans aucune forme de procès, au nom d’une cause supérieure perçue comme indiscutable. Le Psycho-monde et l’Incal s’influencent tous deux de multiples façons.

C’est sur cette base que Mental Incal organise une traque obstinée et collective, chaque personnage, ou presque, étant impliqué d’une manière ou d’une autre dans la quête de l’Incal, entité-artefact très puissante. Le multivers imaginé par Mark Russell et Yanick Paquette ajoute une couche de lecture supplémentaire à un univers fictif déjà riche et complexe. Mais il ne s’agit pas tant de céder à la mode que d’introduire de nouveaux personnages et enjeux, tout en soignant une mise en planche élaborée en orfèvre, avec notamment des contours de cases différenciés et des couleurs vives flattant l’œil.

Mental Incal offre une préquelle à l’histoire originale de L’Incal. Porteuse d’idées neuves développant l’univers de Jean Giraud et Alejandro Jodorowsky, la bande dessinée se distingue aussi par la qualité remarquable de ses dessins, conçus parfois sous forme d’hommage (comment appréhender autrement les représentations de la Cité-Puits ou cette chute-suicide passée à la postérité, observée à travers un point de vue inédit ?). Visuellement, Yanick Paquette pourrait d’ailleurs se réclamer d’un Kevin O’Neill, pour ses lignes inventives et dynamiques. Il s’éloigne en revanche davantage du style d’un Juan Gimenez, illustrateur à qui l’on doit La Caste des Méta-Barons.

L’humour, pas toujours des plus raffinés, tapisse l’album de part en part. On pourrait citer les exemples à l’envi, de cette bureaucratie berg absolument kafkaïenne à ce John Difool insouciant, perçant sa combinaison spatiale en cherchant à s’extirper d’un passage étroit les poches débordant de trésors. Parfois même satirique, notamment dans son approche des croyances religieuses et philosophiques, toujours inventif, Mental Incal s’abouche en tout cas parfaitement avec l’œuvre de Jean Giraud et Alejandro Jodorowsky, qu’il complète, précède et prolonge dans un même élan inspiré.

Mental Incal, Mark Russell et Yanick Paquette
Les Humanoïdes associés, mai 2023, 110 pages

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4

« Sociologie de l’avortement » : un geste chargé d’histoire(s)

La collection « Repères » des éditions La Découverte s’agrandit avec l’indispensable Sociologie de l’avortement, de Marie Mathieu et Laurine Thizy.

En prenant le pouls de la société française actuelle, on observe que l’avortement reste un sujet vivement débattu, malgré des décennies de progrès législatifs et socioculturels. Les représentations autour de l’IVG constituent un miroir social profond et elles rendent nécessaire une entreprise de déconstruction telle que celle menée par Marie Mathieu et Laurine Thizy.

Au cours du XXe siècle, la France a considérablement évolué en matière d’avortement, marquée par deux lois emblématiques. La loi de 1975 portée par Simone Veil, alors Ministre de la santé, a légalisé l’interruption volontaire de grossesse (IVG), une étape cruciale qui a fait suite à des années de lutte et de désobéissance civile menées par des groupes féministes tels que le Mouvement de libération des femmes (MLF). En 2001, la loi Aubry en a consolidé les fondements et a prolongé le délai légal à douze semaines.

Cependant, comme le démontre amplement cet opuscule, les lois ne suffisent pas à éliminer les obstacles qui rendent l’accès à l’IVG difficile pour de nombreuses femmes. La précarité économique, l’inégalité d’accès aux soins médicaux, particulièrement en zones rurales, et la fermeture de centres d’IVG sont autant de freins matériels qui pèsent sur le droit à l’avortement. En sus, ce dernier n’est pas seulement une question de droits légaux, mais aussi de normes et valeurs culturelles. Ainsi, de nombreux stigmates et préjugés continuent de prospérer. Des discours discriminants, voire culpabilisants, persistent, passant par exemple par une humanisation fœtale. Ce contexte multidimensionnel fait peser un poids psychologique sur les femmes qui ont recours à l’avortement.

Les auteures notent que les femmes portent une charge disproportionnée en matière de contraception et d’avortement, comparativement aux hommes. Les normes de genre assignent aux femmes la responsabilité de la gestion de la fécondité. Cette disparité est le reflet d’un système patriarcal qui contrôle le corps des femmes, y compris dans leur capacité à choisir d’interrompre ou non une grossesse.

Sociologie de l’avortement nous permet de mieux comprendre les multiples facettes de cette question et ses enjeux. Il offre un regard analytique et critique sur les dimensions légales, matérielles et culturelles de l’avortement.

Perspectives historiques

Longtemps, l’État a endossé un rôle répressif face à l’IVG, dans un contexte de dénatalité. La Belle Époque, période marquée par un déficit des naissances qui inquiétait les natalistes, mais aussi l’entre-deux-guerres, au cours duquel le pouvoir cherchait à encourager la procréation, en ont été symptomatiques. Cette tendance s’est poursuivie sous le régime de Vichy et après la Libération, où l’avortement fut traqué au nom de la patrie.

Du « birth control » à la loi Neuwirth, qui a permis de planifier les naissances pour éviter l’avortement, du rôle du Mouvement français pour le planning familial à la loi Veil, Marie Mathieu et Laurine Thizy passent en revue le contexte politique et législatif du XXe siècle. Elles reviennent longuement sur le tournant des années 1970 mettant en question le tabou de l’avortement. Le Mouvement de libération des femmes et le Manifeste des 343 ont joué un rôle central dans cette évolution féministe, familiale, sociale et médicale.

Dans les faits et dans les chiffres

Les auteures se penchent sur les moyens de contraception adoptés par les Français : le préservatif est surtout l’apanage des couples nouvellement formés, puis la pilule, bien qu’en baisse relative, prend le relai (ou, dans une moindre mesure et plus tardivement, le stérilet). Les échecs contraceptifs expliquent pour leur part un certain nombre d’IVG.

Le nombre annuel d’IVG ne doit pas se résumer à une banale focalisation sur les chiffres. On passerait à côté de l’essentiel : des transformations sociales profondes du rapport des femmes à la maternité et à la contraception sont en cours, et les modèles de maternité subie muent en modèles de maternité choisie. Malgré cela, les stigmatisations, directes ou implicites, demeurent bien réelles. Marie Mathieu et Laurine Thizy les énoncent par le menu et expliquent en quoi les pratiques sexuelles, contraceptives et parentales produisent une responsabilité, voire une culpabilité, des femmes face à l’avortement. Certaines attaques venues de la frange la plus conservatrice de la société française affectent le débat et les représentations, polarisant les enjeux et radicalisant les positions.

Relevant d’un continuum plus que d’une dichotomie, l’avortement et la contraception nourrissent abondamment la réflexion des auteures. Ces dernières introduisent le concept de travail procréatif pour englober toutes les tâches, coûteuses en temps, en énergie et en argent, nécessaires à la (non-)procréation de nouveaux êtres humains. Elles mettent ainsi en évidence la division sexuée de ces tâches et examinent les asymétries de genre sous-jacentes (y compris, d’ailleurs, dans le monde des soignants). Elles expriment une naturalisation de la fonction procréative de la femme, une forme de négation de sa sexualité, qui induit une prise en charge unilatérale de la contraception.

Sociologie de l’avortement se penche aussi sur la prise en charge par la Sécurité sociale des frais médicaux, sur les IVG itératives ou sur l’importance des conditions matérielles dans la décision de poursuivre ou d’interrompre une grossesse. À cet égard, il est mentionné que disposer d’un emploi stable qui assure un revenu suffisant est un facteur déterminant. Les femmes les plus précaires, habitant des logements parfois insalubres, ont du mal à envisager de devenir mère en dehors d’une solidarité conjugale. Les conditions matérielles et existentielles peuvent également influencer la capacité à maintenir une contraception régulière, avec des facteurs tels que des horaires de travail fluctuants, des périodes de fragilisation physique ou émotionnelle, des contextes de violence ou la réprobation familiale de la sexualité, de nature à perturber la prise régulière d’un contraceptif ou le suivi contraceptif médicalisé. En outre, il est souligné que les inégalités sociales face à l’avortement sont ancrées dans les connaissances acquises en matière de santé sexuelle et reproductive.

Les femmes doivent naviguer dans un système de santé complexe, trouver des informations précises, prendre des rendez-vous, se rendre à des consultations, subir des examens médicaux, et parfois même se déplacer loin de chez elles pour accéder à des services d’avortement. Au bout de ce processus, elles s’exposent en outre à une stigmatisation et une condamnation morale de l’avortement profondément enracinées dans les normes sociales et culturelles, qui valorisent la maternité et dévalorisent l’avortement. Tout cela peut dissuader les femmes de chercher à avorter, ou à tout le moins rendre l’accès à l’avortement plus difficile en créant des obstacles sociaux et institutionnels.

Pour y faire face, les femmes déploient toutes sortes de stratégies individuelles et collectives. Certaines peuvent contester activement la défiance vis-à-vis de l’avortement en partageant leurs expériences et en défendant le droit à l’IVG. Dans une certaine mesure, Sociologie de l’avortement leur vient en appui, en démystifiant une pratique légale mais encore controversée, en problématisant ses conceptions et ses modes opératoires, en troquant les croyances et les préjugés contre les données et les faits.

Sociologie de l’avortement, Marie Mathieu et Laurine Thizy
La Découverte, mai 2023, 128 pages

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4

« Platon, œuvres complètes » : une radiographie de la pensée platonicienne

Ouvrage collectif placé sous la direction du chercheur au CNRS Luc Brisson, Platon, œuvres complètes est une somme vertigineuse, permettant de sonder, par le menu, les fondements d’une philosophie intemporelle, dont l’influence dépasse de loin les terres d’origine.

C’est une évidence : Platon a marqué de son empreinte la pensée philosophique, du monde antique à nos jours, avec une force singulière. Il est l’incarnation par excellence du questionnement sur la valeur et le sens de la vie humaine, une quête vertigineuse et éternelle, qui trouve ses racines dans les rues animées d’Athènes. C’est dans ce cadre vivifiant que naît le présent ouvrage. Platon, oeuvres complètes est une édition revue et corrigée qui offre un regard minutieux sur l’ensemble de l’œuvre du philosophe proche de Socrate. Une compilation exhaustive, englobant non seulement tous les dialogues de Platon, mais aussi des œuvres apocryphes et douteuses, utiles à nos pérégrinations réflexives et discursives.

La richesse de cette édition se voit par ailleurs renforcée par une introduction générale, des notices explicatives pour chaque dialogue, des annexes, un index des noms propres et des notions, ainsi qu’un répertoire des citations. Qu’ils soient novices ou familiers de l’œuvre platonicienne, les lecteurs trouveront dans cet ouvrage mille façons de redécouvrir Platon, d’explorer sa pensée et d’apprécier sa pertinence intemporelle.

Des dialogues qui se complètent utilement

Les dialogues de Platon sont intimement liés. Malgré leur diversité apparente, une certaine cohérence thématique les unit. Chaque dialogue explore un aspect particulier de la pensée, mais tous s’amalgament par le questionnement socratique sur la vérité, la justice, l’éthique, la politique et la métaphysique. La théorie des Formes y apparaît comme un concept récurrent ; elle traverse plusieurs dialogues, de La République au Phèdre, en passant par Le Banquet. Cette théorie postule l’existence d’un monde idéal dont notre réalité sensible ne serait qu’une copie imparfaite. Elle offre un éclairage unique sur la quête platonicienne de la vérité et de la connaissance.

L’articulation entre les dialogues peut cependant parfois être déroutante pour le lecteur. Elle peut donner l’impression d’une certaine discontinuité. Néanmoins, cette apparente fragmentation peut aussi être appréhendée comme une force, chaque dialogue pouvant être abordé indépendamment des autres, tout en s’insérant dans une vision globale qui se déploie sans heurts et avec raison. Dans ses dialogues, Platon a traité de sujets aussi variés que la politique (La République), l’amour (Le Banquet), la rhétorique (Gorgias), l’immortalité de l’âme (Phédon), la cosmologie (Timée), et bien d’autres. Ces sujets se nourrissent mutuellement et offrent une vision holistique de la philosophie platonicienne, entreprise à laquelle s’astreignent avec talent Luc Brisson et ses coauteurs.

Le dialogue socratique, avec sa méthode d’interrogation et de réfutation, sert de fil conducteur, favorisant la découverte et l’émergence de la vérité. Il nous invite à sonder la pensée, la maïeutique et la sagesse, dans une démarche qui, bien que millénaire, reste fondamentalement contemporaine.

Dans le détail

La République est sans doute l’œuvre la plus célèbre de Platon. Elle explore les questions de la justice, de la politique et de la nature humaine à travers un dialogue mené par Socrate. Le texte, passionnant, expose l’idée d’une société idéale, gouvernée par des philosophes-rois et organisée selon une hiérarchie bien définie. Elle introduit également la théorie des Formes, précitée. On retrouve évidemment dans le corpus Le Phédon, dialogue consacré à la question de l’immortalité de l’âme et de la vie après la mort, au sein duquel Platon expose sa théorie de la réminiscence, ou encore Ménon, qui traite de la vertu et de la nature de la connaissance.

Parmi les nombreux sujets chers à Platon se trouvent la rhétorique et la morale. Le Gorgias est un dialogue centré sur ces questions, où Platon critique les sophistes, qui privilégient la persuasion plutôt que la vérité. Le texte souligne également l’importance de la philosophie pour distinguer le bien du mal et pour conduire une vie vertueuse. Le Phèdre, L’Apologie de Socrate ou La République abordent des thématiques proches, le premier avec une théorie complexe de la rhétorique – qui doit être basée sur la vérité et la connaissance plutôt que sur la manipulation émotionnelle –, le second avec une réflexion profonde sur la morale, la justice et le devoir de philosopher, le dernier avec une théorie de la justice et un modèle de société idéale où chacun a un rôle spécifique à jouer en fonction de ses compétences.

L’amour et la beauté se voient explicités dans Le Phèdre et Le Banquet. Ce dernier est un dialogue où les participants exposent leurs conceptions de l’amour et de l’érotisme, soulignant la quête de l’amour véritable et la relation entre l’amour humain et l’amour divin. La théorie des Formes est également évoquée, avec la notion de beauté absolue. Dans un tout autre registre, Le Timée aborde la cosmologie et la nature du monde physique. Platon y décrit la création du monde par le Démiurge, une entité divine qui façonne l’univers à partir du chaos, selon un modèle idéal. Il expose également la théorie de la préexistence des âmes. Dans Le Critias, suite du Timée inachevée, apparaît une description de l’Atlantide, une cité idéale qui aurait existé dans un passé lointain. Le dialogue montre la capacité de Platon à lier la philosophie, la politique et le mythe.

Une somme indispensable

Platon, œuvres complètes s’avère être une ressource incontournable pour quiconque souhaite approfondir sa connaissance de l’oeuvre platonicienne. Cet ouvrage offre une vision panoramique de la philosophie de Platon, en permettant d’apprécier l’interconnexion de ses dialogues et en embrassant le spectre entier de sa philosophie.

Platon a non seulement jeté les bases de la philosophie occidentale, mais il a également exercé une influence durable sur de nombreux autres domaines du savoir, tels que les sciences politiques, la psychologie, l’éthique et la théologie. Au-delà de son contexte historique, la philosophie de Platon demeure d’une grande actualité. Ses réflexions sur la justice, la vérité, la beauté, l’éthique, la politique, la connaissance et l’immortalité de l’âme continuent de nourrir nos débats contemporains. C’est notamment le cas de son idée de « philosophe-roi », qui, dans un monde marqué par le scepticisme à l’égard des élites et le regain d’intérêt pour la démocratie participative, interroge notre conception du leadership et de la compétence politique.

De même, sa critique des sophistes, ces rhéteurs habiles qui valorisent la persuasion plutôt que la vérité, résonne avec force dans notre époque caractérisée par la désinformation, le relativisme et la post-vérité. Ainsi, loin d’être une relique du passé, Platon demeure un interlocuteur précieux et pertinent pour nous aider à nous positionner dans le monde actuel.

La maïeutique elle-même, cette méthode d’interrogation et de réfutation au cœur du dialogue socratique, incarne une véritable éthique de la discussion, basée sur le respect de l’interlocuteur, l’ouverture d’esprit, la remise en question de nos préjugés et l’engagement constant en faveur de la vérité. En ce sens, Platon ne nous offre pas seulement des réponses, mais aussi et surtout une manière de poser les questions, une manière d’interroger le monde, de dévoiler ses mystères et d’aspirer à une connaissance toujours plus approfondie.

Platon, œuvres complètes, ouvrage collectif sous la direction de Luc Brisson
Flammarion, mai 2023, 2200 pages

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