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Inside : le ventre vide

Il existe des monstres qui nous dévorent de l’extérieur, tandis que d’autres sont stimulés à l’idée de se nourrir de l’intérieur, de notre intimité et de notre vulnérabilité. Ces deux menaces sont impliquées dans Inside de Bishal Dutta, pour qui l’angoisse est avant tout le gage d’un bon drame familial. Entre les crocs d’une entité démoniaque et la lutte d’une adolescente indo-américaine pour s’intégrer au quotidien, il existe une histoire touchante de réconciliation.

Synopsis : Sam, une adolescente sans histoire, assiste à un phénomène surnaturel terrifiant dans son école. Sa meilleure amie en est la première victime. Elle sera la suivante, si ce qui est enfermé parvient à s’échapper…

Remarqué et primé pour son court-métrage Life In Color, où l’on suit un patient atteint de la maladie d’Alzheimer qui cherche à tout prix à préserver ses souvenirs, Bishal Dutta est rapidement courtisé par James Wan et sa filiale Atomic Monster, une ascension qui est notamment due à son terrifiant court Inferno. Il qui partage de nombreux points communs avec ce premier long-métrage qui nous arrive et dont l’identité visuelle n’aurait pas entaché une production Blumhouse. Le cinéaste en profite pour y mêler des fragments de son enfance en tant que fils de parents immigrés. À l’image de son héroïne, il souhaite questionner la perte d’identité dont il connaît les usages, ainsi que les dommages.

Bizutage

L’intrigue prend place dans une banlieue pavillonnaire qui serait presque le contrechamp des univers de Steven Spielberg. Il se passe bien des tracas dans cette petite bourgade, où l’on fera sans cesse des allers-retours entre le foyer de Samidha (Megan Suri), ou Sam comme elle préfère qu’on l’appelle, et son lycée. Une équipe sportive vedette, des pompom girls, des cours où certains s’instruisent, d’autres tombent amoureux et d’autres encore sont isolés de la masse. C’est évidemment le cas de Tamira (Mohana Krishnan) qui agrippe sans relâche un petit bocal de verre suspicieux. La lente et intrigante ouverture entrouvrait déjà ce réceptacle, afin de ne pas tergiverser plus longtemps. Un rite qui tourne mal, ou presque, annonce toute la lutte de jeunes adolescentes qui doivent faire face à leur amitié contrariée et à la fatalité que les ténèbres pourraient avoir le dernier mot dans cette sinistre histoire démoniaque.

L’aliénation mène inévitablement à l’isolement et c’est ce sur quoi la créature du bocal va insister. Quand il s’agit de capter l’angoisse de ses personnages, pris au piège dans l’obscurité, véritable angle mort des codes du cinéma d’horreur, le programme séduit, le timing un peu moins. Le hors-champ pèse également dans la balance, ce qui entretient une tension palpable, où les yeux du spectateur s’accrochent au maximum, afin d’encaisser la collision avec un éventuel jump scare. Sur ce point, le cinéaste a tout à gagner, car il parvient à créer une aura de paranoïa autour d’un nouveau folklore qui n’attendait qu’à être découvert sur grand écran. Le principal atout de son art, c’est bien entendu l’esthétique, ici macabre et teinté d’un rouge sang qui annonce le ton.

Le ventre mou

Dutta cite d’ailleurs assez souvent Les Griffes de la Nuit de Wes Craven, tout en gardant un pied dans le drame familial de Mister Babadook de Jennifer Kent. Tout le dilemme de l’héroïne réside dans le refoulement de sa propre culture. Le souci d’intégration se pose alors, à l’ère du numérique, qui nous déconnecte peu à peu à nos racines, à notre foyer. Entre deux sursauts prévisibles, Sam cherche à redevenir Samidha. Malheureusement, cette note d’intention perd tout intérêt dès lors que l’on commence à remettre en question le mode opératoire des screamers et autres soucis de cohérence dans les diverses interactions avec ladite créature.

Avant de se lancer dans la grande aventure sous le couvert de James Wan, Bishal Dutta en profite pour réviser ses classiques et montrer qu’il peut faire aussi bien que ses aînés. Ainsi, Inside nous invite à prendre du recul sur le drame familial qui frappe une communauté issue d’immigration, mais ne manque pas de croquer à pleine dent dans le lard du sujet. Cependant, la matière grasse n’est que trop visible dans la succession de clichés que l’on empile sans extravagance. Il s’agit d’un film qui cherche constamment à remplir un ventre vide, avec toutes sortes de mises à mort, suffisamment accessibles pour se donner le courage d’affronter une créature, plus symbolique que terrifiante. Dans ce sens, une histoire de réconciliation peut prendre forme, celle d’une ado à son amie d’enfance, à sa mère et à sa culture. Dommage que le propos soit forcé et maladroit dans la dernière ligne droite.

Bande-annonce : Inside

Fiche technique : Inside

Titre original : It Lives Inside
Réalisation & Scénario : Bishal Dutta
Photographie : Matthew Lynn
Décors : Tyler Harron
Costumes : Odessa Bennett
Musique : Wesley Hugues
Son : Nolan McNaughton
Montage : Jack Price
Production : Neon, QC Entertainment
Pays de production : États-Unis
Distribution France : KMBO
Durée : 1h39
Genre : Epouvante-horreur, Drame
Date de sortie : 6 septembre 2023

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2.5

The Wasteland : suspension sociale

Intrigant et obsédant miroir à The Wastetown, Ahmad Bahrami évoque la tragédie de l’Iran en prenant soin d’émietter différentes formes d’impasses sociales dans une usine, dont la mort des salariés est programmée. Cette perspective est terrifiante dans The Wasteland, un drame qui n’épargne aucun citoyen, aussi loyal et intègre soit-il.

Synopsis : Quelque part perdue dans le désert iranien, une usine de briques est obligée de fermer face aux contraintes économiques. Les différents employés accusent très différemment le coup. Le superviseur Lotfolah joue les intermédiaires entre le patron et les ouvriers. Né et grandi sur place, il n’a jamais quitté l’enceinte de l’usine. Il va tenter d’accompagner les différents membres de la communauté – et notamment la belle Sarvar qu’il aime en secret.

Lauréat du prix Orizzonti à la Mostra de Venise 2020, le second long-métrage d’Ahmad Bahrami complète un double programme, où une mère s’acharne à imposer ses valeurs dans une décharge automobile de The Wastetown. Il est évident que les deux récits ont été écrits parallèlement, bien que le cinéaste insiste sur la notion de fuite dans celui-ci. Un travail répétitif et aucun avenir à l’horizon, l’état déplorable d’une zone industrielle laisse croître des tensions et de l’incompréhension au sein d’un groupe d’individus qui ne sont pas destinés à la même trajectoire.

Terre à terre

Une usine de briques au sud de l’Iran nous apparaît comme le vestige d’un monde qui a disparu. En décalage avec la démocratisation du ciment, le temps est compté pour cette entreprise perdue dans le désert. Ce qui semblait autrefois être une oasis bénéfique pour les employés est à présent devenu leur tombeau, au fur et à mesure qu’ils creusent dans l’argile. Il suffit de voir le pauvre Lotfolah (Ali Bagheri) hisser ses pains de glace pour ses collègues assoiffés pour se rendre compte de leurs misérables conditions de travail. La caméra prend soin de se caler sur son rythme et sa démarche un peu fébrile. Les nombreux travellings qui l’accompagnent peuvent toutefois manquer de passer devant certains échanges, en hors-champ, comme pour accentuer le phénomène de déphasage entre l’espoir qu’entretiennent les salariés et la réalité que proclame le patron des lieux (Farrokh Nemati).

Toute l’intrigue réside dans le désir de rattraper une chose qui manque cruellement à sa vie. L’argent en fait évidemment partie, bien que nous en voyions rarement la couleur. On circule ainsi, tels des fantômes dans un lieu où les derniers survivants de ce mode de vie s’apprêtent à prendre le large pour de bon. La crise financière brise ainsi des relations et limite les options des plus démunis. Il n’y a pas de place pour un peu d’amour dans ce milieu qui n’a pas de couleur et qui appartient déjà au passé. Il est possible d’y voir de la vie comme de la mort dans une même séquence. Ainsi, Bahrami tire le meilleur parti du décor naturel dont il dispose et braque la plupart du temps son regard sur des espaces vides à en donner le vertige. Le choix du noir et blanc n’est donc pas anodin, de même que le format serré du 4/3, qui écrase les personnages ou bien les isole dans leurs fantasmes.

Le déclin d’une nation

Dans un premier temps, le cinéaste iranien vient confronter plusieurs points de vue, en amont d’une annonce assassine. A la manière de Rashōmon d’Akira Kurosawa, on nous invite à mesurer les enjeux de différentes familles, qui attendent leur paie en échange d’une promesse douteuse de la part du patron. C’est en compilant ces vérités que l’on saisit l’impasse vers laquelle chaque protagoniste est amené à rencontrer. Lotfolah, qui est né et a vécu pour l’argile, ne saurait comment encaisser la fermeture de l’usine. La seule maison qu’il a connue voit peu à peu ses locataires déserter la zone ride et poussiéreuse. Conditionné à gérer les conflits internes et à seconder le boss, il voit sa loyauté se retourner contre lui. Et les trahisons ne font que s’enchaîner, à l’image des sentiments non réciproques qu’il éprouve pour Sarvar (Mahdieh Nassaj), une femme qui a déjà capitulé sur son sort, comme bien d’autres.

Que reste-t-il donc dans ce no man’s land où la vie semble aussi immobile que les dernières briques confectionnées et qui retourneront bientôt à la terre ? Que dire du patriarcat passif et ambiant, du patronat mis en échec et de tous les marginaux qui attendent qu’on les recouvre d’un drap blanc ? The Wasteland prend le pouls d’une société iranienne malade, où les inégalités sont bien trop nombreuses pour qu’une cohabitation se passe sans encombre. Une œuvre bouleversante qui ne craint pas les plans-séquences tétanisants et qui nous ramène à notre existence éphémère.

Bande-annonce : The Wasteland

https://vimeo.com/855374219

Fiche technique : The Wasteland

Titre original : Dashte Khamoush
Réalisation & Scénario : Ahmad Bahrami
Photographie : Masoud Amini Tirani
Montage : Sara Yavari
Son : Mohammad Shahverdi
Mixeur : Hassan Mahdavi
Costumes : Javid Javidnia
Musique : Foad Ghahramani
Production : Saeed Bashiri
Pays de production : Iran
Distribution France : Bodega Films
Durée : 1h42
Genre : Drame
Date de sortie : 6 septembre 2023

The Wasteland : suspension sociale
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3.5

La Beauté du geste : les poings sourds

Savoir se retenir et savoir se contenir sont les vertus que prône La Beauté du geste de Shô Miyake. Sourde ne veut pas dire vulnérable et Keiko le fera entendre à tous ceux qui tenteront de la rabaisser ou de l’agresser. Si la langue des signes nous permet de nous connecter à elle, c’est avec les poings levés et la boxe que cette combattante trouve un sens à sa vie de solitude. Un récit d’apprentissage qui frappe droit au cœur !

Synopsis : Keiko vit dans les faubourgs de Tokyo où elle s’entraîne avec acharnement à la boxe. Sourde, c’est avec son corps qu’elle s’exprime. Mais au moment où sa carrière prend son envol, elle décide de tout arrêter…

Encaisser les coups

En 1976, la boxe et le cinéma ont célébré leur union, de même que le public et la critique ont célébré la vaillance de Rocky Balboa. Si ce film porte un regard saignant sur l’Amérique des années 70, il n’en reste pas moins optimiste et c’est ce qui rend tous les films de boxe profondément attachants. Le dernier long-métrage de Shô Miyake ne déroge pas à la règle et vient ajouter quelques exceptions pour encore sortir du lot. Au lieu de l’habituel corps massif d’un homme, à moitié brisé, c’est celui d’une femme qui nous apparaît. Nettement moins bavard que l’athlète affamé de Million Dollar Baby de Clint Eastwood, le cinéaste et son co-scénariste, Masaaki Sakai, se sont penchés sur le portrait de Keiko Ogasawara, qui fait ses débuts de carrière sur le ring. Adaptée de l’autobiographie d’une boxeuse sourde, cette pépite en 16mm venue d’Asie s’est fait une belle place à la Berlinale 2022, avant de compléter la dernière saison Hanabi.

Le quotidien n’est pas tendre avec Keiko (Yukino Kishii), qui doit vivre avec la surdité et une épidémie du Covid-19 qui ne vient pas tout arranger. De nouvelles barrières s’ajoutent à son handicap, comme le port du masque chirurgical et la distanciation physique. Il n’est pas étonnant de la voir s’épanouir autour d’un sport de contact, celui qui rend les coups, telle une revanche sur la vie. Le ring devient alors le temple d’un exutoire assumé, qui compense l’hostilité de la société. Mais que pourrait-elle devenir alors que ce club s’apprête à mettre la clé sous la porte ? Que devient cette famille qu’elle s’est construite autour de son entraîneur (Tomokazu Miura) ? Les incertitudes s’empilent dans son esprit, mais rien ne vaut ce défouloir contrôlé, pas même la bienveillance qu’elle porte à son frère guitariste, et encore moins à son job d’agent d’entretien dans un hôtel de luxe.

Plus qu’une passion, un remède

Son engagement est à la hauteur de sa rigueur. Keiko notifie ses ressentis dans son journal d’entraînements. Il est d’ailleurs possible de relever : « J’ai du mal à récupérer. Je n’utilise pas bien mon corps. Mais j’ai peur de me reposer. » L’exercice peut paraître cyclique, mais cette dernière reste tournée vers le geste parfait qu’elle cherche à atteindre. La caméra de Shô Miyake se fait ainsi discrète, en plan fixe, afin que les mouvements nous paraissent de plus en plus amples et les impacts de plus en plus percutants. A travers ces petits gestes, répétés avec application, nous sommes capables de sonder la frustration du personnage, de même que sa volonté. Et c’est dans la vulnérabilité de Keiko que découle sa force et toute la sensibilité de son parcours.

Toute la magie de la boxe s’éveille dans ce film, particulièrement solaire et chaleureux, à en faire oublier les contraintes sociales d’une crise sanitaire. Tout le monde serre le poing pour une raison dans La Beauté du geste. L’héroïne choisit de le faire pour élever sa voix et pour trouver plus de sens à sa vie. Si l’œuvre biographique est moins extravagante que la majorité des champions américains (Raging Bull, The Fighter ou encore Ali), ce film avance un pas après l’autre, à l’image du père et mari endeuillé dans La Rage au Ventre. De cette manière, l’héroïne parvient à trouver l’équilibre pour ne plus retourner au tapis et gagner son indépendance vis-à-vis de son club de boxe et de ses différents coachs. La trajectoire de cette jeune femme nous rappelle ainsi que son combat n’est jamais limité par le son de la cloche et qu’il existe toujours un coup supplémentaire à renvoyer.

Bande-annonce : La Beauté du geste

https://vimeo.com/825917939

Fiche technique : La Beauté du geste

Titre original : Keiko, me wo sumasete
Réalisation : Shô Miyake
Scénario : Shô Miyake, Masaaki Sakai
Image : Yuta Tsukinaga
Lumière : Isamu Fujii
Son : Takamitsu Kawai
Directeur artistique : Daichi Watanabe
Montage : Keiko Okawa
Décors : Shimpei Inoue
Costumes : Nami Shinozuka
Maquillage & Coiffure : Shihomi Mochizuki, Naomi Toyama
Musique : Haowei Guo
Production : Nagoya Broadcasting Network, Comme des Cinémas
Pays de production : Japon, France
Distribution France : Art House Films
Durée : 1h39
Genre : Drame
Date de sortie : 30 août 2023

La Beauté du geste : les poings sourds
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3.5

Le pupille : manuel de mauvaises conduites signé Disney+

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Conte de Noël captivant, mélange bien dosé de magie et de réalisme, Le pupille est le dernier court-métrage d’Alice Rohrwacher. A travers une œuvre à l’esthétique soignée, la réalisatrice suit le quotidien d’orphelines élevées par des sœurs en pleine Italie mussolinienne. D’abord nominé au Festival de Toronto, puis de Philadelphie… ce film est surtout la première production de Disney + sélectionnée pour la prestigieuse cérémonie des Oscars !

Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages !

Serafina est une petite fille vivant dans un orphelinat régi par l’autorité et l’attitude rigide des nonnes. La Seconde Guerre mondiale en toile de fond, elle et ses camarades connaissent restrictions et propagande. Pourtant, un miracle de Noël se produit : une donatrice leur offre una zuppa inglese. Rose, recouvert de sucre, bourré de crème, il a fallu “70 œufs pour le faire”. La Mère Supérieure propose cependant aux pensionnaires de renoncer à leur part et de l’offrir à…Jésus. »C’est ce que font les bons chrétiens.” Seule Serafina refuse, “ De toute façon, je suis une méchante fille. C’est ce que vous avez dit.”

Le cinéma d’Alice Rohrwacher est un jeu interactif avec son public. Dès le début, elle pose une question intéressante au spectateur : quel est votre rapport à l’enfance ? A leur innocence ? Cherchant à nous leurrer, la comptine entraînante, efficace (Cleaning Women) et les choix de mise en scène mimant des créations artistiques infantiles, donnent l’impression d’une atmosphère festive, presque idyllique. Il ne manque plus que chocolat et cadeaux sous le sapin et voilà l’illusion d’un réveillon fleur bleue.

Ca sent le sapin….

Tout se brise lors de la scène de la Nativité. Une coupure dans le montage va faire apparaître une des enfants dans le champ de la caméra, revêtue des habits du Christ. Anges en cartons et couronnes de fleurs, les autres sont suspendues au-dessus de la crèche et déguisées en parfaits chérubins. A l’aide de contre-plongées intelligentes on perçoit leur aspect inaccessible. Elles sont idolâtrées, portées aux nues. Car à l’image des liens qui les retiennent, elles sont prisonnières et figées dans ce rôle. Maintenues hors de portée du reste des hommes, leur enfance fait percevoir les orphelines comme à l’écart du monde et de ses problèmes, niant leurs souffrances matérielles. Ce n’est que grâce au geste de rébellion de Serafina, qui réclame sa part du Zuppa Inglese, que le vernis craque. En quelques mots : la réalisatrice sait utiliser sa caméra et composer une image !

Liberté, sur mes cahiers d’écoliers j’écris ton nom…

Le scénario est à l’origine l’adaptation d’une lettre de l’écrivaine Elsa Morante à son ami Goffredo Fofi. Inspiré d’une simple anecdote, le film dépasse ce cadre initial ! Avec un casting de 17 jeunes, toutes très différentes physiquement, les orphelines tranchent avec le conformisme des nonnes. Tâches de rousseurs, coupes au bol, cernes et nez en trompette sont fréquemment mis en valeur par les plans rapprochés et gros plans. Les scènes de chants, où chacune déclame une partie de la lettre, soulignent encore leurs singularités. A l’inverse, les voiles noirs noient les religieuses dans l’anonymat. Elles deviennent difficiles à identifier, à caractériser. A présent, elles ne forment plus qu’un seul corps, partageant la même ligne idéologique face à une myriade d’individus. Véritable pamphlet contre l’autorité, Le pupille est aussi un éloge de la liberté.

Forcées d’écouter Radio Bari, avec interdiction de bouger, le signal se brouille lorsque Serafina se rapproche de la radio. Les paroles de Ba-Ba-Baciami Piccina remplacent la voix stridente du présentateur. Sans organisation, sans s’imiter, elles se mettent à danser, chanter, crier, brisant l’ordre établi. C’est à travers ce geste interdit que les jeunes filles quittent la rigueur du couvent pour devenir libres. Là encore les adultes et les enfants sont en dissonances. Là où ces dernières sont légèrement accélérées, la Mère Supérieure est bloquée dans une image qui se fige.

Le pupille est un bijou d’inventivité et de créativité : visuellement réussi, grâce à un film de 16 mm granuleux, ce court-métrage respire l’intelligence et la réflexion. En somme, la réalisatrice impose sa signature artistique avec brio, et parvient à mélanger symbolique et poésie de l’histoire ! Le tout en seulement 37 min…

Bande-annonce : Le Pupille

Fiche Technique : Le Pupille 

De Alice Rohrwacher
Par Alice Rohrwacher
Avec Alba Rohrwacher, Melissa Falasconi, Greta Zuccheri Montanari
17 décembre 2022 sur Disney + / 0h 37min / Drame

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Deep End, de Jerzy Skolimowski : troubles obsessionnels en eaux profondes

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Deep end de Jerzy Skolimowski marque un tournant essentiel dans la carrière du cinéaste polonais. Sur fond d’analyse d’une société en pleine mutation, il fait le récit des débuts chaotiques, puisque obsessionnels, d’un jeune homme dans la vie adulte sexuelle.

Synopsis de Deep End : Mike vient de sortir du collège et trouve un emploi dans un établissement de bains londonien. Susan, son homologue féminin, arrondit ses fins de mois en proposant ses charmes à la clientèle masculine. Amoureux jaloux de la jeune femme, Mike devient encombrant.

Dark Water

Deep End de Jerzy Skolimowski est un film qui a nourri les fantasmes de plusieurs générations. Sorti en 1970, il n’a fait l’objet d’aucune reprise en France jusqu’en 2011. Le fantasme fait bien sûr référence au cinéaste lui-même, un singulier réalisateur polonais en exil une grande partie de sa vie, récent récipiendaire du prix du Jury au dernier Festival de Cannes pour son magnifique EO, mi-peintre, mi-homme de cinéma, 100 % indispensable.

Mais le fantasme est surtout celui qui entoure ce film, un « coming of age » romantico-sexuel d’un jeune Cockney du Swinging London pas si swinguant (John Moulder-Brown). Mike, 15 ans, la fraîcheur irrésistible, trouve un emploi dans une piscine municipale de Newford, un quartier fictif de Londres. Le lieu ne respire pas l’opulence, bien au contraire, mais Mike y travaille avec Susan (Jane Asher), une jeune femme un peu plus âgée que lui, belle et très attirante. Très vite, elle lui apprend des trucs pour arrondir les fins de mois, comme s’échanger les clients, hommes ou femmes, pour des jeux tarifés en dehors du bassin. Susan est aux frontières d’un monde nouveau, libéré, post 68 pour faire court, et entend profiter pleinement de cette aubaine nouvelle, tout en n’ayant pas forcément les clés pour la canaliser. Tout homme est un possible partenaire sexuel, qu’il soit un fiancé pâlot mais riche, un amant attirant même s’il est marié, ou encore un jeune homme qui n’a que la force de son insistance comme atout. Car oui, Mike tombe rapidement amoureux de Susan, à la folie, de manière obsessionnelle comme le sont toutes les folies.

Jerzy Skolimowski utilise le contraste pour décrire en creux les états d’âme du jeune Mike. Le contraste des lieux par exemple, entre la piscine et l’extérieur. D’un côté, la piscine, lieu matriciel s’il en est, est présentée comme un cocon où le jeune homme se sent à son aise en compagnie de ses collègues, et en particulier avec Susan, même s’il y découvre un monde adulte inquiétant : les clientes et clients sont en mode prédateur et lui demandent, moyennant donc (petites) finances, des faveurs sexuelles plus ou moins inhabituelles (une utilisation anthologique de George Best dans une fantaisie sexuelle est hilarante). De l’autre côté, le monde extérieur, ces endroits où il commence à suivre Susan partout le soir après le travail : un Londres sombre et inquiétant, sale, compromettant, où on sent davantage sa vulnérabilité d’adolescent. Sorti des murs de la piscine, Mike est livré à lui-même et à son obsession pour Susan.

Le contraste des couleurs est également très présent, entre tout ce qui est rouge et ce qui ne l’est pas. Le rouge est ici, plus que dans la moyenne des films, une symbolique visuelle forte du désir, du sexe, mais aussi du danger. Dans sa quête obsessionnelle, celle de détruire les autres relations de Susan, et surtout celle de pouvoir coucher avec elle, Mike est hors de contrôle. Étant l’adolescent bouillonnant qu’il est, il agit dans un seul et même objectif, sans se soucier du mal qu’il peut se faire, ou qu’il peut faire à autrui. Le cinéaste réussit à merveille à montrer cette inconséquence des actes de Mike, comme dans cette scène hallucinante au cinéma où Susan s’est laissé conduire par son fiancé voir un film porno miteux et aux antipodes de l’érotisme. Dans le noir, Mike qui les a suivis, se place derrière eux et réussit à la toucher. Le fiancé s’en aperçoit, va chercher la maréchaussée, et Susan en profite pour embrasser Mike goulûment. La puissance de l’obsession de Mike est à l’égal de la manipulation de Susan, on peut dire que ces pulsions se nourrissent l’une l’autre.

Le contraste, enfin, existe entre un réalisme un peu cru de ce Londres de carton-pâte (puisque la plus grande partie du film est tournée à Munich, à l’exception de quelques scènes tournées à Soho), dépeint de manière très peu avantageuse, avec du sexe à chaque coin de rue, et le surréalisme esthétisé de certaines scènes, qui semblent directement sorties de la psyché surchauffée de Mike. Le monde sale de la vie ordinaire disparaît lorsque le protagoniste se trouve seul face à ses obsessions. Les deux états se rejoindront dans un final glaçant.

Deep End est un film curieux, presque hasardeux par endroits, tourné en anglais par une majorité d’acteurs allemands. Les choix du cinéaste lui confèrent d’emblée une atmosphère spécifique, et son traitement de l’obsession de Mike, mais aussi d’une certaine manière de celle d’une insatiable et manipulatrice Susan, est à l’avenant : brut, voire brutal, mais également avec de vrais accents de drôlerie. Un film culte.

Festival de Deauville 2023 : Dogman, l’homme qui murmurait à l’oreille des chiens

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2.5

Avec les échecs commerciaux de Valérian et Anna, Luc Besson a épuisé son droit à l’erreur et était attendu au tournant. Dans Dogman, il marque son retour au cinéma en changeant de registre. La science-fiction et l’action laissent ainsi place à un drame singulier boitillant à quatre pattes, sur un fil ténu constamment prêt à lâcher. Présenté en avant-première au Festival de Deauville 2023, le film a été ovationné par le public.

Sur le tapis rouge samedi soir, on sentait l’homme tendu. Luc Besson prononce quelques paroles et rentre directement s’asseoir dans la salle avec son équipe, sans descendre sur scène pour introduire son film. Après une diffusion cet été à la Mostra de Venise, Dogman s’offre à Deauville une première présentation publique. Un moment clé pour prendre la température avant la sortie en salles prévue le 27 septembre. Luc Besson, enfin délivré de ses ennuis judiciaires et évincé de la direction d’EuropaCorp, jouait donc gros. Lorsque les dernières images de Dogman s’effacent sous une pluie d’applaudissements, le réalisateur, soulagé, verse quelques larmes.

Chienne de vie…

Douglas, alias Dogman, vit seul avec ses chiens, qu’il appelle communément « ses bébés ». Arrêté par la police, il raconte son histoire à une psychologue, Evelyn, qui l’écoute avec une certaine compassion. Douglas lui relate alors son enfance tragique. Délaissé par un père violent, un frère traître et une mère lâche, il a trouvé dans les chiens une famille de substitution. Une réalité qui fait sûrement écho à la propre jeunesse de Luc Besson, relativement ignoré par ses parents et grand amateur de chiens. A l’instar de Nikita ou d’Anna, le réalisateur choisit donc un protagoniste principal fragile, abîmé par la vie, qui essaie de s’en sortir et réalise de mauvais choix.

Cette introduction de Dogman patine un peu, mais à condition de rentrer dans le film, il est possible de se laisser prendre par son récit assez divertissant. Porté par un héros haut en couleurs, certes enfantin et au maquillage digne d’un personnage de comics, Dogman parvient juste à sauver la mise grâce au jeu stupéfiant de Caleb Landry Jones et quelques séquences canines savoureuses que l’on croque, ou non, à pleines dents. En outre, l’idée du chien comme remède ultime à la souffrance humaine, comme compagnon toujours fidèle et désinteressé, frappé du seul défaut de faire confiance à l’homme, ne peut que plaire à tous ceux qui chérissent nos amis les canidés.

Malheureusement, Dogman déçoit par sa mise en scène, aussi efficace qu’effacée, et même dans sa bande-originale, pourtant composée par le grand Eric Serra, réduite au mieux à une légère ambiance sonore. Le film n’échappe pas davantage à quelques lourdeurs, comme des scènes de maltraitance un peu excessives et des bandes de méchants caricaturées. De plus, à force de vouloir plaire à tout prix au public américain, vers lequel il recherche à tort ou à raison sa planche de salut, Luc Besson s’empêtre dans certains clichés.

A la sauce américaine

Sous l’infuence des mouvements féministes et de tolérance imprégnant le cinéma américain, Dogman met en scène un héros travesti. Certes, Douglas est présenté comme un passionné de théâtre, qui adore endosser de nouvelles identités, mais dans ce cas pourquoi adopte-t-il toujours le rôle d’une femme, sinon pour véhiculer une certaine image auprès du public ? Pour gagner sa vie, il interprète des chansons, notamment celles d’Edith Piaf, que les Etats-Unis gardent en mémoire comme le symbole français depuis la sortie de La môme en 2007. Au-delà de ces références « made for USA », le message même du film, axé sur le thème du dialogue avec Dieu et de la rédemption, s’adresse plus aux spectateurs outre-Atlantique qu’à ceux de l’hexagone.

Sans conteste, Dogman, contrairement à Lucy ou à Anna, possède une certaine âme. L’excellent documentaire 100 ans de Warner Bros., également présenté au Festival de Deauville 2023, affirme que Les aventutres du chien Rintintin, une série des années 1960, a sauvé la Warner de la faillite. Si la recette des chiens fonctionne toujours aussi bien soixantes ans plus tard, Dogman en fera-t-il autant pour Luc Besson ?

Dogman : bande-annonce

Dogman : fiche technique

Réalisation : Luc Besson
Scénario : Luc Besson
Interprétation : Caleb Landry Jones (Douglas), Christopher Denham (Ackerman), Marisa Berenson, Clemens Schick (Mike), Michael Garza (Juan)…
Photographie : Colin Wandersman
Musique : Eric Serra
Producteurs : Luc Besson, Virginie Besson-Silla
Sociétés de production : LBPP, EuropaCorp
Durée : 1h53
Genre : drame
Date de sortie : 27 septembre 2023

Les Feuilles mortes : « Quand on n’a que l’amour… »

À l’approche de l’automne, Les Feuilles mortes, du finlandais Aki Kaurismäki, viennent déposer sur nos écrans une délicate pellicule d’amour et de poésie, sur fond de drame social. Kaurismäki oblige…

En 1990, on découvrait avec enthousiasme un Aki Kaurismäki (4 avril 1957, Finlande – ) totalement déjanté, imprévisible et hyper créatif, grâce à son survitaminé Leningrad Cowboys go America. Un tournant plus sombre s’amorçait mais la même énergie, quoique paradoxale, la même folie, se retrouvaient dans le magnifique J’ai engagé un tueur (1991), avec l’un des plus beaux rôles offerts à Léaud depuis Truffaut. La veine sociale y pointait déjà, occupant davantage le devant de la scène dans la réalisation précédente, La Fille aux allumettes (1990), et ne devant plus le quitter dans les suivantes, et cela dès La Vie de Bohème (1992).

Aussi se retrouve-t-on en pays connu, devant Les Feuilles mortes qui, comme le veulent les saisons, commenceront à se déposer sur les grands écrans français le 20 septembre 2023. Mais il semblerait que, le cap des soixante-cinq ans étant franchi, le maître finlandais ait souhaité, en esthète passionné, multiplier les hommages, dans cette dix-septième réalisation : deux humbles seront bien évidemment ses vedettes, des obscurs recevant de plein fouet la précarité sociale et la tyrannie des patrons. Ansa (Alma Pöysti) croise par hasard le chemin de Holappa (Jussi Vatanen) dans la nuit d’Helsinki, la nuit des pauvres, celle des karaokés et des bars miteux. Ils se plairont, se parleront, se perdront, se chercheront, se retrouveront, se reperdront, se reretrouveront… Les lieux sont ceux que Kaurismäki semble avoir définitivement adoptés : lieux du quotidien, supermarchés, usines, cabanes de chantier, habitats misérables… Même la mer n’est vue que depuis les quais des docks… L’image de Timo Salminen recueille excellemment cette noirceur, d’autant plus qu’elle est volontiers nocturne, tout juste traversée par l’éclat de quelques couleurs vives tout droit venues des années ‘60. Et l’attention accordée aux sons par Pietu Korhonen permet de rendre sensible cet univers où le mécanique semble l’emporter sur l’humain. L’un des héritages de Charlot, assurément.

Mais ce primat de la machine sur l’homme n’est pas le seul des tributs versés à l’univers de Charlie Chaplin : s’y ajoutent une forme d’humour, à la fois tendre et en réalité assez désespéré, et une certaine raideur dans le jeu des personnages, même si celle-ci, tout comme l’économie de mots, n’est pas sans évoquer la planète guère moins déjantée du cher duo belge formé par Fiona Gordon et Dominique Abel. Car outre la référence à son propre univers et à ses propres marottes, le réalisateur, scénariste et co-producteur a jonché ce long-métrage de renvois à ses prédécesseurs du cinéma mondial, par le biais d’extraits et d’affiches tapissant les murs, aussi bien privés que publics.

Pensées pour ses pairs qui ne le détournent toutefois pas totalement de lui-même, puisque l’hommage aux grands réalisateurs, aux grands films et aux grands acteurs inclut les siens propres. On croit souvent reconnaître, dans le public assez âgé qui hante les établissements fréquentés par les héros, les visages hautement singuliers des Leningrad Cowboys, et le générique de fin identifie avec certitude au moins l’un d’eux, Sakari Kuosmanen. Certaines tenues vestimentaires masculines effectuent leur retour de film en film, notamment la veste en cuir noir trop large de quelques tailles. Enfin, aussi représentées et aussi éclectiques que les films salués, les musiques, généralement intégrées à l’action, par le truchement d’un poste allumé, d’un karaoké, d’un concert… Depuis Ständchen, de Schubert, rarement utilisé de façon aussi émouvante, jusqu’à des romances radiodiffusées, en passant par des concerts rocks ou des créations islandaises underground et hautement déprimées, mais magnifiques, chantées par une chanteuse en robe de chambre…

Une grande poésie, une grande douceur, se dégagent de l’ensemble, par delà le prosaïsme des lieux, un peu à la manière du très beau film allemand, Une Valse dans les allées (2018), de Thomas Stauber. Une fois de plus, une seule richesse semble permise aux humbles, celle d’un lien créé, comme si Kaurismäki, de film en film, du moins dans sa veine actuelle, n’en finissait pas d’illustrer le refrain de Brel : « Quand on n’a que l’amour à s’offrir en partage…

Synopsis du film : Deux personnes solitaires se rencontrent par hasard une nuit à Helsinki et chacun tente de trouver en l’autre son premier, unique et dernier amour. Mais la vie a tendance à mettre des obstacles sur la route de ceux qui cherchent le bonheur.

Bande-annonce : Les Feuilles mortes

Fiche Technique : Les Feuilles mortes

Titre original Kuolleet lehdet
De Aki Kaurismäki
Par Aki Kaurismäki
Avec Alma Pöysti, Jussi Vatanen, Janne Hyytiäinen
20 septembre 2023 en salle / 1h 21min / Drame, Comédie, Romance
Distributeur : Diaphana Distribution

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4

Festival de Deauville 2023 : The sweet east, Lilian in Americaland

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3.5

Troisième film en compétition au Festival de Deauville 2023, The sweet east trace le parcours initiatique, sous la forme d’un conte fantastique, d’une lycéenne valeureuse en quête d’aventures. A l’image d’Alice aux pays des merveilles, la jeune fille rencontre au fil de son voyage des personnes atypiques et un monde moins visible et plus mystérieux. Le premier long-métrage de Sean Price Williams nous propose ainsi une belle virée au coeur de l’Amérique profonde.

Au cours d’un voyage scolaire lui faisant visiter les monuments célèbres des Etats-Unis, comme la maison blanche, Lilian décide de fuguer en dehors des sentiers battus, en se laissant porter par le flot de circonstances aussi insolites qu’imprévues. Ce faisant, elle découvre une autre facette de son pays, plus proche du peuple, empreinte d’activisme politique, de magouilles, de religions et de création cinématographique.

De l’autre côté du mirroir

Isolée dans un bar où surgit une bagarre, Lilian, qui contemplait son reflet, se laisse entraîner par un inconnu dans un étrange tunnel. Ce passage marque le chemin vers un autre univers, l’envers du décor, à l’instar d’Alice aux pays des merveilles ou du Voyage de Chihiro. Lilian débouche alors sur autre idée de l’Amérique, plus secrète, moins accessible mais qui témoigne d’une certaine identité des Etats-Unis. 

De Baltimore à New-York, en passant par Trenton, Lilian cotoie des activistes politiques, un universitaire aux opinions tranchées et des producteurs de cinéma. Ces rencontres comme les expériences qu’elle réalise successivement lui permettent d’enrichir son regard, romantique et un peu candide, sur le nouveau monde qui l’entoure. The sweet east brosse alors le portrait d’une Amérique socialement fracturée, où la démagogie l’emporte sur le pouvoir du peuple, où la religion se pratique dans des groupes isolés, où le mensonge ouvre des portes et où Lilian peut se sentir libre et se dépasser.

Grâce à ces tableaux de vie multiples composant un véritable panorama de l’Amérique, The sweet east s’épanouit dans un mouvement constant, qui emporte son héroine au gré du hasard et des évènements. La jeune Lilian ne refuse en chemin aucune proposition. Elle est prête à tout essayer, à tout voir, à tout vivre surtout, dans le but de mener un apprentissage qu’elle ne peut recevoir ni de sa famille ni de son lycée. 

Grandir en vivant sa vie

Sur sa fuite, Lilian ne donne aucune explication. Elle se contente de dire à son amie qu’elle est partie vivre sa vie, rechercher de nouveaux horizons. The sweet east joue à ce titre sur la métaphore du cocon, qui peut se transformer en un banal asticot ou en un magnifique papillon. Or, Lilian a clairement envie de prendre son envol et d’exister pleinement. Elle accepte donc de participer sur un coup de tête à des actions militantes, de suivre un homme inconnu et même de jouer dans un film. The sweet east nous montre donc que pour s’accomplir, se réaliser, la jeunesse doit simplement vivre en ayant le courage de sortir de sa zone de confort pour affronter le vrai monde. 

Afin d’apporter à ce parcours initiatique originalité et fantaisie, Sean Price Williams utilise le conte, l’image, l’animation et quelques enchaînements scénaristiques bien loufoques. A ce titre, le réalisateur a déclaré s’être inspiré des oeuvres de David Wark Griffith, du cinéma expressioniste américain mais aussi des concerts filmés des années 1960 et 1970, notamment pour les plans serrés des visages et le grain de la photographie. L’histoire, au traitement singulier, a le mérite de rester imprévisible du début à la fin, entraînant le spectateur comme Lilian dans ses propres aventures. Les acteurs, qu’il s’agisse de la néophyte Talia Ryder ou du plus connu Simon Rex, présent à Deauville en 2021 pour The Red Rocket, jouent plutôt juste. En définitive, The sweet east offre un divertissement étonnant doublé d’une réflexion sur l’envers du décor de l’Amérique et l’apprentissage de la jeunesse.

The Sweet East : clip

The Sweet East : fiche technique

Réalisation : Sean Price Williams
Scénario : Nick Pinkerton
Interprétation : Talia Ryder (Lilian), Simon Rex (Lawrence), Earl Cave (Caleb), Ayo Edebiri (Molly), Jacob Elordi (Ian)…
Montage : Stephen Gurewitz
Photographie : Sean Price Williams
Producteurs : Craig Butta, Alex Coco, Alex Ross Perry
Sociétés de distribution : The Match Factory, Potemkine Films
Durée : 1h44
Genre : aventure, fantastique
Date de sortie : prochainement

Ne me touchez pas de Laura Bachman : danser en corps à corps

Ne me touchez pas est la première création de danse contemporaine écrite, mise en scène et chorégraphiée par Laura Bachman. Elle y danse avec Marion Barbeau, Première Danseuse à l’Opéra de Paris qu’on a également pu voir au cinéma dans En corps. La pièce est d’une beauté sauvage, rythmée par une musique live qui dialogue avec les corps. La chorégraphe dit avoir d’abord pensé aborder le toucher à travers un court métrage sur les mains qui se frôlent et qui disent plus que les mots. Elle nous offre une large palette de rapports au toucher pour parler d’intimité, de violence, mais aussi et avant tout de désir et de joie de découvrir le corps de l’autre. La captation du spectacle est visible sur le replay de France.TV depuis le 2 septembre 2023 et Ne me touchez pas sera en représentation à La Villette en novembre 2023.

Ne me touchez pas débute sur un corps qui souffre. Un corps qui pourrait crier « ne me touchez pas », mais qui reste silencieux. Il se tortille, se répète dans une chorégraphie faite de soubresauts. Soudain, un second corps apparaît comme pour dire ce qui bouleverse l’autre, ces mains qui caressent un corps qui refuse. On pourrait donc penser que Laura Bachman va nous proposer sa « danse de la colère » (en référence au travail d’Eric Metayer et Andréa Bescond). Pourtant, il n’est pas question que de violence et de solitude. Bientôt, très vite même, les corps s’accordent, la joie d’être ensemble, d’entrer dans l’intimité apparaît alors. Il fallait certainement aller jusqu’au bout de la citation à laquelle le titre fait référence « ne me touchez pas, ne me touchez pas, car j’ai peur de ressentir ». Tirée du Carnet d’or de Doris Lessing, la citation définit la pièce qui pourtant la transcende : « Je veux rendre visible le toucher, son absence aussi, l’énergie entre deux personnes, l’espace qui les sépare ou la force qui les attire.  Le toucher peut être autant un outil de réconfort que d’agression, de plaisir charnel que de solidarité… », déclare Laura Bachman à propos de son travail. Elle parle avant tout d’un rapport au corps, à la sexualité, à l’intime aussi. Il y a parfois méprise entre les corps, mais aussi avec son propre corps.  Le toucher devient le mode d’expression majeur, pas besoin de mots et c’est ce que cette danse explore, au-delà de la douleur qui se lit aussi dans certains tableaux. Laura Bachman l’assume, tout en allant vers une exploration plus vaste du toucher : « à partir du moment où on se touche, on prend le risque de l’intimité, de l’engagement et donc aussi le risque de la perte de l’autre ».

Ne me touchez pas raconte aussi l’intimité de deux corps, de deux danseuses qui se sont connues à l’Opéra de Paris et dialoguent aujourd’hui sur scène, dans un travail de danse contemporaine. Laura Bachman a démissionné de l’Opéra de Paris en 2016 et Marion Barbeau est Première danseuse à l’Opéra de Paris, mais est dans d’autres projets de danse contemporaine et de cinéma. Les deux femmes racontent sur scène une vision sereine du rapport au toucher avec la découverte du corps de l’autre, l’emportement amoureux. Elles évoquent aussi à travers des gestes précis, cadencés, des fuites, une vision plus angoissante avec la peur de l’autre, du toucher et par extension la peur de son propre corps. Les costumes comptent beaucoup dans cette scénographie faite de fausses pistes : du corps qui souffre au basculement voulu dans la scénographie. Les vêtements racontent l’inversion des rôles et cette prise de pouvoir sur la scène par les deux corps ensemble. On ne sait plus qui domine, qui ressent quoi. Le trouble est complet et cette expérimentation par le toucher très palpable pour le spectateur, constamment à fleur de peau.

La force de cette création chorégraphique tient aussi du rapport à la musique. Deux musiciens sont présent sur scène Vincent Peirani, accordéoniste et Michele Rabbia, percussionniste. Après plusieurs improvisations, un dialogue à distance, les quatre artistes se sont mis à créer leur langage commun sur scène. La musique live englobe les deux danseuses, les mouvements de leurs corps sont comme accentués.  D’autant plus que les tableaux débutent tous par un passage sans musique où on entend les corps et les souffles résonner dans le silence. Un vide, renforcé par une mise en scène très épurée, se créer jusqu’à ce que la musique vienne répondre aux corps avant de s’en émanciper et de les faire s’envoler, quitter la pesanteur de la scène.

Ne me touchez pas met en avant la force de ses contacts peau à peau. Laura Bachman a l’intelligence  de mettre également en scène l’absence de contacts entre les corps, leur impossibilité, comme pour interroger sans cesse notre rapport à nos corps : ce que l’on fait de notre corps, comment on le touche et comment on le montre, et ce que les autres font à ce corps qui est le notre. La danse proposée par Laura Bachman parle surtout de l’énergie qui circule entre les corps et comment elle fait peu à peu sens dans la globalité du spectacle. Les deux danseuses sont époustouflantes de précision, de beauté. On voit leurs corps palpiter, se contorsionner, s’apprivoiser, se fuir et s’aimanter. On ne sait jamais où est la joie et où se logera la peur, mais peu à peu le monde s’ouvre à ces corps qui s’acceptent et s’accordent l’un à l’autre, tout en gardant leur liberté individuelle.

Extrait de Ne me touchez pas

Fiche technique : Ne me touchez pas

Spectacle de danse contemporain
Chorégraphie Laura Bachman
Interprètes Marion Barbeau et Laura Bachman
Musique Vincent Peirani et Michele Rabbia
Costumes Laura Bachman, en complicité avec Marion Barbeau et Axelle Bachman
Création lumière Éric Soyer
Regard extérieur Magali Caillet-Gajan
Conseils dramaturgiques Karthika
Réalisation Louise Narboni
Production Telmondis

Durée : 50 minutes
Création : janvier 2023

« Réseaux et sentiments » : la quête de reconnaissance d’Elliot

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Dans un écheveau complexe de relations et d’émotions, le second tome d’Elliot au collège, intitulé « Réseaux et sentiments », dresse un tableau doux-amer de l’adolescence contemporaine. Souffrant lui-même d’angoisse généralisée, Théo Grosjean continue de portraiturer avec poésie l’anxiété sociale, représentée par des créatures indissociables de ses jeunes personnages. À l’intersection des réseaux sociaux, des dynamiques relationnelles délicates et des craintes souvent irrationnelles, l’auteur et dessinateur échafaude une représentation polyphonique de la transition vers l’âge adulte.

L’univers créé par Théo Grosjean, à qui l’on doit par ailleurs L’Homme le plus flippé du monde, est peuplé de personnages angoissés, à la fois archétypaux et profondément humains. Ce second tome voit Elliot retrouver le collège, toujours accompagné de sa boule d’angoisse métaphorique. Il y fréquente Hari, son ami indéfectible, et Églantine, une camarade tout aussi anxieuse que lui, de qui il va beaucoup se rapprocher. Leurs interactions, en évolution constante, dressent une fresque vivante des difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontés les jeunes aujourd’hui.

Pour quelques likes de plus

Le récit prend une tournure particulière lorsque Théo Grosjean aborde la question de l’influence des réseaux sociaux. Elliot, catapulté malgré lui au rang de célébrité sur TicToc (sic), est à la fois heureux de trouver un public et angoissé à l’idée de le décevoir ; il traverse une crise d’identité, se débattant entre le désir de popularité et celui d’authenticité. Tout au long de l’album s’articule une réflexion sur la fragilité du statut social en ligne, interrogeant la notoriété digitale, ses ressorts et ses conséquences, toujours avec la légèreté caractéristique de cette série.

Incertitude(s) du milieu

L’un des aspects les plus notables de cette bande dessinée est, sans surprise, sa manière habile et sensible d’énoncer les troubles relatifs à l’anxiété sociale. Églantine et Elliot, chacun luttant contre ses propres démons intérieurs, peinent à établir une relation saine et libérée avec autrui – et entre eux, comme en témoignent des séquences d’incommunicabilité. Cette difficulté émotionnelle est encore accentuée quand l’environnement familial apparaît perturbé. Ainsi, les problèmes dépressifs de la mère d’Églantine ou le comportement erratique du père de Bastien, le « caïd » du lycée, ajoutent une couche de profondeur et de réalisme social à une œuvre déjà riche en textures psychologiques et émotionnelles.

Situations typiques, personnages atypiques

En plus de confronter Elliot aux affres des réseaux sociaux, Théo Grosjean le met en butte à deux écueils : son amitié avec Hari est menacée et ses sentiments naissants à l’égard d’Églantine sont contrariés par Bastien. En ce sens, ce second tome semble délaisser quelque peu la dimension purement humoristique au profit d’une variété plus importante de thématiques. Il laisse aussi entendre que chaque personne, quelle que soit l’image qu’elle laisse paraître, doit composer avec ses propres affects et angoisses.

Dans le kaléidoscope de ses personnages et de leurs états d’âme, Théo Grosjean dévoile une critique à plusieurs niveaux de notre société hyper-connectée et hyper-anxieuse. Son album nous rappelle, avec une vraie sagacité, que derrière chaque écran, chaque sourire forcé et chaque mot non prononcé se cache une âme en quête de compréhension et de reconnaissance. « J’dois avoir une maladie mentale ou un truc dans le genre », avance ainsi Églantine au prétexte qu’elle n’a pas de confident.e. Le lecteur, heureusement, a plus de recul sur les événements.

Elliot au collège (T.02 : Réseaux et sentiments), Théo Grosjean
Dupuis, septembre 2023, 64 pages

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3.5

« Joe » : les zones grises de l’humanité

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Dans un monde devenu résiduel, scindé entre zones blanches, grises et noires, Yves Grevet et Maribel Conejero explorent les abîmes de l’humanité. Leur album Joe – Dans l’univers de Méto s’appuie sur les conséquences d’une troisième guerre mondiale uchronique pour narrer les mésaventures de Joe, un adolescent en quête de vérité sur la disparition de son amie Sarah, et bientôt soumis à des politiques brutales.

Dans la bande dessinée uchronique Joe, une troisième guerre mondiale opposant les blocs communiste et occidental a occasionné une catastrophe mondiale, caractérisée par des populations décimées et un territoire morcelé, dont des pans entiers sont devenus invivables.

C’est dans ce contexte que disparaît Sarah. Cet événement sert de catalyseur à l’odyssée périlleuse de son ami Joe, qui la considérait comme sa propre sœur. Ne parvenant pas à comprendre les raisons pour lesquelles Sarah – et beaucoup d’autres lycéens – changent d’école du jour au lendemain, l’adolescent décide de sonner à la porte de sa maison. Éconduit, il subit en outre la colère de ses parents, qui lui reprochent une conduite inconsidérée et témoignent de leur peur d’être expulsés de la zone blanche et expédiés dans un camp de réfugiés…

Des tracts informatifs distribués par une organisation clandestine, les chiendents, et surtout une discussion avec sa sœur apportent quelques informations précieuses à Joe : les familles trop nombreuses n’auraient d’autre choix que de se séparer de certains de leurs enfants, exploités ensuite en tant que soldats… ou esclaves. Les chiendents, groupe de résistants, viendront en aide à Joe pendant son transfert (l’ouverture montrait son arrestation). Ils illustrent le rôle des contre-pouvoirs dans une société en proie à l’oppression.

Après avoir posé les fondements d’une société dystopique, Yves Grevet va dévoiler les dessous des organisations clandestines, soutenues par des quidams en désaccord avec les politiques menées, menacées par la délation (y compris interne) et en proie aux patrouilles de police. Joe passe un temps avec les chiendents, avant d’être arrêté et transféré dans un centre de tris, où les enfants enlevés sont tenus de se battre pour de la nourriture sous la surveillance intéressée des autorités.

Joe incarne alors un peu plus l’éthique face à la brutalité systémique. Son choix de jeûner plutôt que de lutter contre ses pairs pour manger met en exergue la possibilité de conserver des convictions personnelles même en des temps de déshumanisation à marche forcée. Car jusque-là, et cela semble être l’un des thèmes centraux des auteurs, l’urgence aidant, des décisions habituellement inacceptables peuvent soudainement paraître séduisantes et applicables.

L’album dépeint ainsi un monde (presque) fini, où l’extrême devient refuge. Joe – Dans l’univers de Méto comprend en fait toute une série de dilemmes moraux et de questions philosophiques qui, si elles ne sont pas éludées, restent traitées à la marge. Le récit, adapté d’une trilogie plusieurs fois récompensée, ménage quelques zones d’ombre et se distingue davantage par sa capacité à poser des questions plutôt qu’à fournir des réponses. Ainsi, peut-on aveuglément croire Géronimo, le chef des chiendents ? Et si les enfants sont effectivement entraînés à être des soldats, contre qui et pourquoi se battent-ils ?

Joe – Dans l’univers de Méto, Yves Grevet et Maribel Conejero
Glénat, août 2023, 72 pages

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3

« Friday » : complot à rebours

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Les éditions Glénat publient le second tome de Friday, d’Ed Brubaker et Marcos Martin.

Avec Friday, Ed Brubaker s’est entouré du dessinateur Marcos Martin et éloigné de ses traditionnels récits sombres et pessimistes, pour explorer le fantastique post-adolescent. À Kings Hill, une petite ville américaine, ont lieu de nombreux événements troublants. Friday, le personnage principal, de retour sur place pour les vacances universitaires, est rapidement recrutée par son ami Lancelot, jeune détective local venant occasionnellement en aide à la police. Ensemble, ils vont enquêter sur une affaire pour le moins énigmatique.

Dans le premier tome, la dynamique complexe entre Friday et Lancelot se trouvait au cœur du récit, investissant un arc presque aussi central que l’intrigue policière. Et alors que des phénomènes paranormaux commençaient à se produire, l’intrigue se complexifiait, intégrant une « Dame Blanche » semblant poser une menace imminente. Le second tome donne à voir Friday en plein deuil, terriblement affectée par la mort tragique de Lancelot. Elle rechigne à sortir de son lit et n’accorde qu’un intérêt relatif aux quelques visiteurs de passage qui aimeraient lui apporter leur soutien. Jusqu’à ce que Danny, son ex, lui apprenne que l’affaire va être classée : l’inspectrice dépêchée à cette occasion estime que la disparition du jeune homme est due à un banal accident.

Ed Brubaker et Marcos Martin vont alors échafauder une enquête à rebours. Friday reçoit du père de Lancelot un présent posthume : le journal d’enquêtes de son ami. Elle tente de démêler les fils reliant ses dernières enquêtes et, à force d’insistance, perce à jour un complot – dont elle peine toutefois à comprendre tous les tenants. Prévoyant, Lancelot a anticipé chacune de ses étapes et lui a laissé des indices et outils précieux. L’obstination de l’une, l’intelligence de l’autre vont contribuer à faire avancer l’enquête, portant (en plus de la mort du jeune homme) sur une dague dotée de pouvoirs magiques, et débouchant sur un complot de créatures s’apprêtant, de toute évidence, à semer le chaos en ville.

Bien mené, plutôt astucieux dans sa manière d’évoquer le deuil et de caractériser ses personnages secondaires (dont le shérif, rendu impuissant face aux événements), ce second tome de Friday dévoile de nombreux nouveaux éléments et se clôture par un cliffhanger inattendu, rendant malléable la chronologie de l’histoire. Le gros du mystère reste cependant intact et l’on peut compter sur Ed Brubaker et Marcos Martin pour nous ménager quelques belles surprises…

Friday (T.02), Ed Brubaker et Marcos Martin
Glénat, août 2023, 120 pages

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4