Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.
Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.
Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.
Désormais codifiés, ces plans et ce découpage très plat qui mène la barque jusque dans un temple à peine digne d'une mauvaise pub pour des céréales chocolatées sont ceux qui ont vampirisé des images qu'on apprécie, rassasiés.
Smile essaie de prolonger les tentatives récentes de renouvellement du cinéma horrifique américain. Mais malgré ses louables intentions, le film de Parker Finn retrouve rapidement les poncifs habituels du genre, coinçant son film dans un entre-deux, ne sachant jamais comment aborder son récit. Dommage car le potentiel était bien là.
Si le cinéma français a déjà dépeint les affrontements entre policiers et jeunes de cité par le passé, jamais il ne l'avait fait avec autant d'ampleur. Athena est littéralement un film de guerre ultra léché sur le plan technique... mais qui souffre d'un scénario manquant cruellement de fond pour pouvoir captiver.
C’est auréolé de plusieurs Gaudi (l’équivalent catalan des César) en 2021, dont celui de meilleur film en langue catalane, que Les Mystères de Barcelone arrive enfin sur nos écrans, près de deux ans après sa sortie dans son pays d’origine. Un film inspiré d'une histoire vraie et dont l'esthétique, très travaillée, parvient à instaurer une ambiance glauque proche du surnaturel.
Avant Marylin, il y avait Norman Jean. Avant la star de cinéma au regard de braise, il y avait une femme en proie aux drogues, à la psychose et aux hommes. Une dichotomie que capte bien Andrew Dominik dans Blonde, qui au détour d’une œuvre à l’effarante radicalité, embrasse la verve fantasmagorique (et donc parfaite) de l’œuvre de Joyce Carol Oates.
Dans Coup de théâtre, Tom George veut décrypter et s'amuser des codes du genre policier. Une idée audacieuse au fort potentiel comique mais qui reste décevante.
La Conspiration du Caire creuse la veine politique de Tarik Saleh. Cinq ans après Le Caire confidentiel, le réalisateur retourne dans la capitale égyptienne. Cette fois, nous ne sommes plus dans un commissariat de quartier, mais dans la plus grande Université islamique du monde. L'enjeu est pourtant resté le même. Si le réalisateur dénonce la corruption qui règne dans les plus hautes sphères, il critique également le détournement politico-religieux de la connaissance.
Palme d'or au Festival de Cannes 2022, Sans filtre de Ruben Östlund nous embarque sur un yacht de luxe dans une comédie ironique, étonnante et percutante. Cinq ans après The square, allégorie sidérante du monde de l'art contemporain, Ruben Östlund poursuit dans Sans filtre son exploration sociologique du comportement humain. En quittant l'univers étouffant du musée étriqué pour le faste outrancier de la croisière de luxe, le réalisateur suédois change de cadre mais conserve son propos très auto-dérisoire sur les classes aisées. En fin observateur, il brosse un tableau composés de multiples individus obsédés par l'apparence, le pouvoir et l'argent, au sein d'un cadre doré où l'amour et l'économie ne font qu'un.
On connaît la date et, surtout, on connaît la fin. Avec "Les Dates chocs de l’Histoire", Jean-Yves Le Naour revient aux éditions Bamboo sur ces heures aiguës où rien n’est encore joué, où le cours du monde peut infléchir. Deux premiers albums donnent le ton : "11 novembre 1918 : Au cœur de l’armistice" et "28 octobre 1962 : Au cœur de la crise de Cuba".
De la conseillère d’orientation qui enterre les vocations aux cours de religion, des humiliations de cour de récréation aux connaissances prétendument "inutiles", cet ouvrage collectif publié aux éditions Fluide Glacial examine l’école sans céder aux facilités de la nostalgie. Les styles graphiques et les tonalités s’y succèdent avec liberté : autobiographie, satire, mauvais esprit, tendresse et franche bouffonnerie se fondent dans un album où chacun semble retrouver un morceau de sa propre scolarité.
À dix ans, Lenny possède un défaut impardonnable : au milieu d’une famille délicieusement dysfonctionnelle, il paraît à peu près normal. Relom retourne ainsi le divan du psychologue comme un gant et fait de "Lenny – On ne choisit pas sa famille !" une petite comédie familiale féroce, volontiers grivoise, où les adultes auraient sans doute davantage besoin d’une consultation que l’enfant qu’ils y expédient.
Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?
Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.