« Valhalla Bunker » (T3) : le Reich, le président et le tennis de table

Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de Valhalla Bunker en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.

Cold Peak Harbor n’est plus vraiment une ville. Les néonazis retranchés dans la montagne l’ont transformée en champ de ruines et les survivants, rejoints par Malone, El Loco et leur bande, n’ont guère d’autre choix que de préparer la riposte. En face, Lemmy a pris les commandes et dispose d’un argument diplomatique assez convaincant : un gigantesque char bardé d’artillerie lourde, haut de plusieurs étages. 

Autant dire que Fabien Bedouel ne cherche pas exactement la vraisemblance. Ce troisième tome clôt son second cycle en assumant jusqu’au bout sa nature de série B sous amphétamines : ça tire, explose, pulvérise et bavarde énormément entre deux déluges de feu. L’auteur, désormais seul aux commandes, semble surtout avoir trouvé le bon dosage entre la mécanique du film de guerre, le pulp, le cartoon et cette forme de stupidité très travaillée qui fait le charme de la série.

Les néonazis sont presque tous des crétins (qu’on supprime d’ailleurs sous n’importe quel prétexte), le président des États-Unis s’inquiète de ses cheveux pendant que le pays menace de partir en fumée et le tennis de table devient une affaire suffisamment grave pour interrompre une bataille. Le gag pourrait s’épuiser. Fabien Bedouel sait au contraire le faire revenir juste au moment où on l’attend, transformant la répétition en complicité avec le lecteur. 

Et derrière la grosse rigolade affleure une satire guère dissimulée de l’Amérique contemporaine, de ses fantasmes de grandeur et de son spectacle politique. Le clin d’œil trumpien n’a rien d’un trait de plume délicat : même la caricature arrive en véhicule blindé.

Mais Valhalla Bunker tient surtout parce que Fabien Bedouel sait dessiner l’action. Son trait reste net au milieu du chaos, le découpage ne perd jamais le mouvement et les explosions ont cette réjouissante démesure que réclame le genre. 

Il y a du vieux cinéma d’action américain et de la jaquette VHS dans cette façon de pousser les couleurs, les armes et les trognes jusqu’à la saturation. Seul vrai accroc : débarquer directement dans ce tome 3 risque de laisser quelques lecteurs au bord de la route. La galerie de personnages et les situations accumulées auraient mérité un bref résumé ; mieux vaut avoir les deux précédents albums encore frais en tête. 

Pour les autres, aucune raison de bouder ce défouloir parfaitement conscient de sa bêtise. L’auteur boucle son cycle en faisant sauter tout ce qu’il peut. Et puisqu’une nouvelle porte reste entrouverte, on peut raisonnablement supposer que ces furieux n’ont pas fini de nous casser les oreilles. Ni de nous rappeler, une fois pour toutes, qu’on dit « tennis de table ».

Valhalla Bunker (Tome 3), Fabien Bedouel 
Glénat, 19 août 2026, 64 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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