Smile : sourire crispé

Premier long-métrage de Parker Finn, Smile s’inscrit dans la mouvance de tentatives de renouvellement du cinéma horrifique américain, aujourd’hui en plein essor notamment à travers les productions A24. Mais dans ce cas précis, cette tentative s’insère au sein d’un énième récit de malédiction, prenant la forme d’un sourire terrifiant. En résulte un film emprunté, qui ne trouve jamais le bon équilibre dans son exécution.

Synopsis de Smile : Après avoir été témoin d’un incident traumatisant impliquant l’une de ses patientes, la vie de Rose Cotter tourne au cauchemar. Terrassée par une force mystérieuse, Rose va devoir se confronter à son passé pour tenter de survivre…

L’appel de la folie

Derrière son concept de malédiction, le film de Parker Finn se focalise avant tout sur Rose, son héroïne. Très froide dans son apparence et ses agissements, le personnage semble faillible. Et le long-métrage n’a aucun remords en la malmenant très rapidement. L’introduction du film est clinique dans son lieu comme dans ses intentions. Rose est confrontée frontalement à une folie ambiante, qui culmine avec le suicide de sa patiente. Point de bascule du récit, cet événement l’est également pour notre héroïne, qui bascule petit à petit dans la folie.

C’est une véritable descente aux enfers que le spectateur est forcé de regarder. Cette spirale infernale est souvent bien retranscrite à travers la mise en scène du cinéaste. La photographie froide du film, à son apogée dans la clinique psychiatrique de la protagoniste, renforce son atmosphère oppressante. Le montage est astucieux dans sa volonté de déconstruire la linéarité du récit. Les nombreuses coupes rapides, sans transition, sont assez déconcertantes, et traduisent parfaitement l’installation progressive du labyrinthe mental de Rose.

Les inspirations du film sont nombreuses, Ring et It Follows étant les plus évidentes d’entre elles. Comme chez Hideo Nakata, la menace de la malédiction est accompagnée d’un compte à rebours, qui une fois à zéro tue sa victime. Du film de David Robert Mitchell, Smile reprend la menace, invisible à l’œil nu, comme une maladie virale. Mais également la musique, aux portes de l’expérimental, s’inspirant largement de la bande originale de Disasterpeace. Le cinéaste a su digérer toutes ses influences pour les mettre au service de son récit, et se créer un univers propre à lui, le film étant l’extension d’un court-métrage qu’il avait réalisé auparavant.

Les thématiques abordées en lien avec l’évolution de la protagoniste sont assez pertinentes, notamment autour de la santé mentale et des traumatismes et l’acceptation de ceux-ci. Car si la protagoniste est touchée par le virus, son angoisse est décuplée par la réapparition d’un traumatisme d’enfance, toujours présent en elle mais longtemps refoulé. Il est intéressant de noter qu’au-delà de la mise en scène qui oppresse Rose, c’est également son entourage qui la délaisse. Excepté un des protagonistes qui l’aide dans sa quête de réponse, chaque personnage réagit de manière négative envers elle. Son petit ami, sa sœur ou même son ancienne psychiatre, tous remettent en question la menace. En plus de servir le récit, on peut assez aisément voir ces réactions comme le reflet de notre société. Rarement acceptés, les troubles mentaux sont un véritable tabou dans notre société. Y compris pour les individus qui en sont atteints.

De bonnes intentions noyées dans les clichés

Malheureusement, si toutes ces intentions sont louables, elles sont entravées par de trop nombreuses fautes de goût. Comme beaucoup de productions horrifiques américaines, le film abuse des surenchères habituelles, notamment des jump scares rarement bienvenus et la plupart du temps gratuits dans leur apport au récit. Si sa mise en scène se situe au-dessus de la moyenne des productions horrifiques, ses jump scares et ses séquences sont du même acabit que celles des films Blumhouse. Souvent ridicules dans leur abondance de sang ou leur body-horror mal exécuté, ces séquences ont paradoxalement davantage tendance à faire sourire.

Ainsi, les références convoquées par le cinéaste sont réduites à de simples clins d’œil tant elles sont desservies par les errances clichées du film. Car là où Ring et It Follows impressionnent, c’est bien dans leur atmosphère. Tout le long de ces films, l’angoisse est omniprésente grâce à une mise en scène froide et épurée, et la menace du film est très souvent invisible donc encore plus menaçante. En incorporant tous ces jump scares, ainsi qu’en incorporant des séquences gores, Finn anéantit sa tentative d’horreur atmosphérique. La potentielle tension permanente est rapidement illusoire. Elle laisse place à des peurs éphémères, disparues dès qu’elles quittent l’écran. Deux styles radicalement opposés sont présents dans le film. Mais le long métrage ne sait jamais sur lequel d’entre eux se reposer.

La tenue du récit n’aide malheureusement pas à le faire gagner en efficacité. Sa durée de 1h55 le dessert assez rapidement. D’autant plus lorsqu’il tarde à donner des réponses en y incorporant une enquête qui pollue grandement le récit. L’acheminement du mystère est laborieux. Tout cela pour enfin identifier la menace et lui donner une justification, une origine. Il aurait probablement été plus intéressant de garder inconnue les origines du mal. Mais le cinéaste a peut-être pour volonté d’installer une mythologie qui lui permettrait d’étendre son récit au-delà d’un seul film.

Cet entre-deux permanent handicape les thématiques esquissées par le cinéaste. L’intérêt de celles-ci est bien là. Mais leur traitement s’avère rapidement bien trop grossier, culminant dans une confrontation finale assez surprenante de frontalité. Il faut tout de même souligner que la fin du film rehausse les errances de son deuxième acte. Le film retrouve la tension construite dans son début. Mais encore une fois, Parker Finn manque une opportunité en retournant la situation une fois de trop. Le chemin parcouru par Rose s’avère finalement assez vain. Résumé d’un film rempli de bonnes intentions, mais trop rarement bien exécuté.

Smile – bande annonce

Smile – fiche technique

Réalisation : Parker Finn
Scénario : Parker Finn
Interprétation : Sosie Bacon ( Dr Rose Cotter ), Kyle Gallner ( Joel ), Caitlin Stasey ( Laura Weaver ), Jessie T. Usher ( Trevor )
Photographie : Charlie Sarroff
Montage : Elliot Greenberg
Production : Marty Bowen, Wyck Godfrey, Isaac Klausner
Distribution ( France ) : Paramount Pictures
Genre : Horreur, Thriller
Durée : 1h55
Date de sortie : 28 Septembre 2022
Pays : Etats-Unis

Smile : sourire crispé
Note des lecteurs2 Notes
2.5

Festival

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Pierre-Louis Goblet
Pierre-Louis Goblethttps://www.lemagducine.fr/
Ma passion pour le cinéma est née suite à mon visionnage de Blade Runner. Dès lors, j'ai su que je voulais faire du cinéma mon métier, et j'ai entamé mes études dans ce but. Je suis notamment passionné du Cinéma Asiatique en général, notamment du cinéma Hong-Kongais de la grande époque, mais mon éventail cinématographique est très vaste, allant de Wong Kar-Wai à Kieslowski, en passant par Richard Fleischer, Pedro Almodovar ou encore Satoshi Kon.

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