Accueil Blog Page 716

And Then There Were None, mini-série : Critique

Le premier roman policier le plus vendu au monde et probablement le plus connu de la reine du crime n’est plus à présenter. Adapté encore et encore au théâtre, au cinéma, à la radio, en bande dessinée et même en jeu vidéo, Les 10 Petits Nègres/Indiens, selon la traduction d’origine, revêt sous la plume de Sarah Phelps (Great Expectations, The Crimson Fields, The Casual Vacancy) une captivante et sombre actualisation en trois parties.

Synopsis : En 1939, l’Europe est au bord de la guerre. Dix personnes qui ne se connaissent pas (huit invités et deux domestiques) se retrouvent sur « Soldier Island » (l’Île du Soldat), une île le long de la côte du Devon en Angleterre. Isolés du continent, leur hôte U.N. Owen mystérieusement absent, ils se retrouvent tour à tour accusés de crime. Après que deux personnes trouvent la mort, les autres comprennent qu’un meurtrier est parmi eux.

À la suite du rachat des droits d’adaptation d’Agatha Christie par la BBC, Ben Stephenson (producteur délégué sur Sherlock, Call the Midwife et Wolf Hall, qui a rejoint les rangs de Bad Robot auprès de JJ Abrams) et Charlotte Moore annoncent la mise en production de deux séries à l’occasion du 125e anniversaire de la naissance de la romancière : Partners in Crime et And Then There Were None. Cette dernière a été diffusé le 26, 27 et 28 décembre 2015. Manquerait plus que vous ne vous étouffiez en finissant la dinde de Noël et les fêtes de fin d’année ne pourraient être plus cruelles ou réjouissantes, c’est selon !

Peut-on faire justice soi-même ?

Amis sériphiles, la distribution ne vous est pas étrangère. Aidan Turner aka Poldark interprète le charismatique Lombard, Charles Dance alias Tywin Lannister (Game of Thrones) incarne le juge sordide Wargrave[toggler title= »Spoil » ] (aux traits de Jigsaw)[/toggler], Toby Stephens ou le Capitaine James Flint (Black Sails) est l’anxieux docteur Armstrong, Noah Taylor (La Vie Aquatique, Charlie et la Chocolaterie, Le Nouveau Monde, Edge of Tomorrowet Sam Neil (tous deux connus également pour leurs rôles dans Peaky Blinders) sont respectivement le fidèle domestique Rogers et le désabusé, mais hanté général MacArthur… La mini-série rend parfaitement hommage aux ambiances glauque fantastique et brumeuse ensoleillée chères à Agatha Christie (sans doute la première romancière à avoir su anticiper le Clair Obscur du Film Noir). Ne nous arrêtons pas sur les personnages cluedo, la caractéristique est évidente, mais concentrons-nous sur la mise en tension brillante d’une histoire pourtant familière, mais qui nous étonne à chaque fois…

Dix petits nègres s’en furent dîner,
L’un d’eux but à s’en étouffer,
N’en resta plus que neuf.

Neuf petits nègres se couchèrent à minuit,
L’un d’eux à jamais s’endormit
N’en resta plus que huit.

Huit petits nègres dans le Devon étaient allés,
L’un d’eux voulut y demeurer
N’en resta plus que sept.

Sept petits nègres fendirent du petit bois,
En deux l’un se coupa ma foi
N’en resta plus que six.

Six petits nègres rêvassaient au rucher,
Une abeille l’un d’eux a piqué
N’en resta plus que cinq.

Cinq petits nègres étaient avocats à la cour,
L’un d’eux finit en haute cour
N’en resta plus que quatre.

Quatre petits nègres se baignèrent au matin,
Poisson d’avril goba l’un
N’en resta plus que trois.

Trois petits nègres s’en allèrent au zoo,
Un ours de l’un fit la peau
N’en resta plus que deux.

Deux petits nègres se dorèrent au soleil,
L’un d’eux devint vermeil
N’en resta plus qu’un.

Un petit nègre se retrouva tout esseulé
Se pendre il s’en est allé
N’en resta plus… du tout.

Sous la direction de Craig Viveiros et la production d’Abi Bach (The Honourable Woman), le tournage a débuté en juillet 2015 en Cornouailles. Les falaises sont moins hautes et plus rocheuses que celles de Bridport pour Broadchurch, mais l’allusion est pourtant certaine. Le meurtre présumé involontaire d’un enfant retrouvé noyé. Vera Claythorne d’une beauté discrète ouvre le récit. La mise en scène synecdotique (la partie pour le tout) et élégante joue l’opposition climatique et chromatique comme pour annoncer la brutalité des événements et des caractères. Un passé d’apparence heureux et insouciant et le présent apposé à l’été cependant, terne et pluvieux. Le générique en tout début d’épisode est centré sur les statuettes en matière laiteuse verte des soldats, sur lesquelles des extraits du poème sont projetés. Au fur et à mesure des cordes stridentes sur les poussées graves des vents entre Hans Zimmer (Inception) et John William sans trop de lyrisme, les statuettes s’émiettent et croulent en morceau pour former l’île du soldat sur fond noir. L’effet est saisissant. L’arrivée en bateau des convives rappelle le huis clos oppressant en mer d’Hitchcock dans Lifeboat. Les costumes d’époques et certains mobiliers font écho au dénouement funeste de Titanic de James Cameron. Les ombres parcourent les murs dès que les personnages sont confrontés à leurs fantômes (L’Orphelinat d’Antonio Bayona). Puis, vient la réelle tension, le point de non retour, la confrontation à soi appuyée par les élans de cordes crescendo et les cors qui, de manière sporadique, viennent souligner l’évincement decrescendo. Stuart Earl (Black Mirror, Lilting) est un nom à retenir…

Les décors sont dans le style des années 1930, époque de l’action, mais loin du style art déco classiquement utilisé dans les adaptations des œuvres d’Agatha Christie. Le spectateur est ici Poirot ou Marple, mais ne pourra arrêter le coupable. Grâce à ce sentiment d’insécurité agréable et pernicieux, And Then There Were None déploie avec une richesse de ton et un rythme soutenu, une palette de mauvaises consciences. Mélangeant le policier, le thriller et le drame sentimental, cette mini-série vient renforcer l’idée que les anglais sont les meilleurs dans le genre et la montée orageuse. Après Inside N°9 (dont on attend impatiemment la saison 3!), The Missing (la saison 2!), Doctor Fostercette pépite de moins de 3 heures conjugue tous les temps et les hommages pour faire de l’être humain, un salaud pardonnable pourtant piégé dans le remord d’avoir mal agis. Entre luxure et dépravation, gourmandise et paranoïa, paresse et égocentrisme, les péchés capitaux ont beau dos pour cette courte fable de trois épisodes. La fin justifie les moyens. Notre faim à nous qui s’en soucie ?! C’est justement le principal défaut. La durée mérite sérieusement que le récit s’étende sur tous les personnages, de manière relativement égale, qu’ils finissent par nous être familier et non réduits à de simples pions d’un échiquier pourtant parfaitement composé. L’empathie aurait été approfondi et le choc face aux meurtres réellement ressenti. Bien que le choix d’Agatha Christie, semblable à Hitchcock, eut été de ne pas les élever plus haut que sur le plateau.

Fiche Technique : And Then There Were None

Royaume-Uni (Newquay, Mullion, Cornouailles, Hillingdon House, Hillingdon) – 2015
Création : Sarah Phelps
Acteurs principaux : Charles Dance (Juge Lawrence Wargrave), Maeve Dermody (Vera Claythorne), Douglas Booth (Anthony Marston), Burn Gorman (Detective Sergeant William Blore), Anna Maxwell Martin (Ethel Rogers), Sam Neill (Général John MacArthur), Miranda Richardson (Emily Brent), Toby Stephens (Dr Edward Armstrong), Noah Taylor (Thomas Rogers), Aidan Turner (Philip Lombard)
Image : John Pardue
Décors : Helen Scott, Hannah Spice
Costumes : Lindsay Pugh
Montage : Sam White
Musique : Stuart Earl
Genres : Drame, thriller
3 x 60
Producteurs : Abi Bach (Mammoth Screen) en association avec Acorn Productions (propriétaire d’Agatha Christie Ltd.)
Distributeur : BBC One

The Walking Dead trailer de la partie 2

0

The Walking Dead trailer de la saison 6 à mid-season :

Pour le réveillon du nouvel an 2016, AMC nous avait préparé un petit cadeau : la bande-annonce de la partie 2 de The Walking Dead que Cineseries-Mag vous livre ici pour la reprise avec quelques explications. Attention Spoilers !!!

Pendant près de 30 secondes, The Walking Dead nous offre un bref aperçu de la deuxième moitié de cette sixième saison et des drames que vont sans doute vivre les personnages. On y voit notamment une Maggie (Lauren Cohan) terrorisée en train de s’époumoner pendant que son Glenn (Steven Yeun) tire à vue sur un zombie et que Rick (Andrew Lincoln) et son fils semblent surtout abasourdis par ce qu’ils ont sous yeux. De leur côté, Darryl et les autres ne sont pas en sécurité non plus face aux motards de la bande des « Saviors » !

Le teaser ne montre toutefois aucun signe du très attendu Negan, le vilain leader des « Saviors » qui sera joué par Jeffrey Dean Morgan mais on sait désormais qu’il sera accompagné de Gregory, un autre grand méchant joué par Xander Berkeley (Salem, 12 Monkeys). Dans le roman graphique de Robert Kirkman, il s’agit du leader de la Hilltop Colony dont nous avions déjà entendu parler via le personnage de Paul « Jesus » Monroe (Tom Payne).

«Je pensais que la vie derrière ces murs était possible. Je me suis trompé.» avoue Rick dans ce trailer. Il ne fait vraiment plus bon vivre à Alexandria mais le pire est encore à venir… The Walking Dead reviendra à 21:00 le 14 février sur AMC.

 

Show Me A Hero, une série de David Simon : critique

Alors que la popularité de Netflix ne cesse d’augmenter, on entendait moins parler de HBO, qui avait de nombreuses fois créé l’événement dans le domaine des séries jusqu’à présent. La chaîne va donc sortir l’artillerie lourde pour contre-attaquer : Show Me A Hero est créée par David Simon, qui nous avait déjà donné deux séries exceptionnelles, Sur écoute (The Wire en V.O.) et Treme, cette dernière étant réalisée par Paul Haggis (scénariste de Million Dollar Baby ou Casino Royale). Le casting contient quelques noms connus pour leur talent (Alfred Molina, James Belushi, Winona Ryder…). Mais c’est par son sujet et le traitement de celui-ci que Show me a hero est exceptionnelle.

Synopsis : à la fin des années 80, Nick Wasiscko devient le plus jeune maire des Etats-Unis en se faisant élire à Yonkers, dans l’Etat de New-York, alors qu’une décision de justice divise violemment la ville.

Dura lex sed lex
La série commence par un survol de Yonkers. Cela permet de situer géographiquement l’un des enjeux de l’histoire. À l’Est se trouvent les beaux quartiers, où les riches habitants sont uniformément Blancs ; de l’autre côté, une cité où se cumulent tous les problèmes sociaux que l’on peut rencontrer (pauvreté, abandon de l’état, insécurité) et où les habitants sont tous Noirs. Or, la justice impose à la ville (sous peine d’une amende pouvant la mettre en faillite) la construction de logements sociaux dans les quartiers riches de l’Est, instaurant ainsi une mixité sociale. La décision est particulièrement mal accueillie dans ces beaux quartiers dont les résidents veulent rester entre eux. Les manifestations se multiplient. Les propos sont parfois violents. Et c’est dans ce contexte que Nick Wasiscko, ancien policier devenu conseiller municipal, se fait élire maire à moins de 30 ans, basant sa campagne sur le refus de la décision de justice.Une promesse qu’il ne pourra pas tenir. S’établit alors une différence fondamentale entre la justice et la politique, une sorte de divorce qui peut se résumer en ces mots : « La justice n’est pas une affaire de popularité. Mais la politique, oui. ». La confrontation entre les deux fait des étincelles et pose des questions : jusqu’à quel point la justice peut-elle s’imposer contre l’avis des populations ? Une décision de justice peut-elle s’imposer sous la menace ? Ou doit-on attendre qu’elle soit acceptée par la population ? Quelle est la place de l’éducation ? Au-delà, c’est tout le système démocratique américain qui est ici attaqué, avec ses élections tellement fréquentes qu’un politicien est constamment en campagne et n’a donc pas les mains libres pour vraiment agir pour le bien de la communauté.

La série pose aussi de nombreuses questions sur l’aménagement du territoire et comment l’endroit où on habite influe sur la vie sociale. Le communautarisme est montré dans tous ses aspects. Par la situation géographico-sociale, chacun vit replié sur sa communauté et rejette les autres. Les préjugés sont favorisés par le manque de mixité. Mais, à nouveau, cette mixité doit-elle être imposée artificiellement ? Sinon, peut-elle arriver naturellement ? Avec beaucoup de justesse, Show me a hero montre que les préjugés sont des deux côtés : pour les Blancs, les Noirs sont tous des délinquants et pourriront leur beau quartier. Mais pour les Noirs, les Blancs sont tous racistes et représentent un danger qui empêche de vivre sereinement. Loin de tomber dans le piège de l’idéalisme politique, la série montre les limites du projet parce que chacun préfère rester avec ceux auxquels il est rattaché.

« It’s a lonely fight »
Le titre de la série provient d’une citation de l’écrivain américain Francis Scott Fitzgerald : « Show me a hero and I’ll write you a tragedy » (Montrez-moi un héros et je vous écrirai une tragédie). Et, en effet, il y a un caractère tragique dans ce personnage de Nick Wasiscko, personnage authentique, faut-il le rappeler, plus jeune maire des Etats-unis, dont les épisodes racontent l’ascension inattendue et fulgurante, et la chute vertigineuse. Une ascension qui en fait une sorte de golden boy de la politique, le héros du parti démocrate, mais qui le livre à une population excédée dans une situation tellement complexe qu’il n’a aucune vraie marge de manœuvre. Et le scénario montre bien la dimension tragique d’un personnage prisonnier d’enjeux extérieurs qui s’abattent sur lui. Malgré toute sa bonne volonté et l’humanité avec laquelle il essaie de traiter un sujet complexe, Wasiscko est emmêlé dans des considérations de politique qui le dépassent largement. Et la série de montrer, une fois de plus avec beaucoup d’intelligence et de finesse, sans rabâcher vulgairement mais en ayant confiance en l’intelligence de son spectateur, les différences monumentales entre la politique des partis et la situation des élus sur le terrain. Le choix de l’affrontement au lieu de la recherche d’un consensus, les candidats adoubés par les hautes sphères des partis et parachutés là pour favoriser un destin national, tout est montré sans fard. Mais Wasiscko n’est pas seulement la victime héroïque. Il a ses lâchetés et ses faiblesses. On le voit prêt à tout, mêmes aux pires bassesses, pour garder une minuscule bribe de pouvoir.

« Everybody just want a home »
La série essaie vraiment d’aborder tous les aspects du problème. Donc, au lieu de ne s’intéresser qu’au seul personnage de Wasiscko, au fil des épisodes nous allons suivre le destins de quelques personnages, des habitants de Yonkers, choisis aussi bien dans les beaux quartiers que dans les logements sociaux. Parmi ces personnages qui ne sont pas secondaires, loin de là, figure Mary Dorman (interprétée par l’excellente Catherine Keener, méconnaissable mais toujours exceptionnelle). Elle est une de ces privilégiés des quartiers riches qui manifestent bruyamment contre la décision de justice, avant d’être finalement intégrée dans un comité qui va prendre contact avec les familles des logements sociaux. Son parcours compose quelques-unes des scènes les plus émouvantes de cette série.

Une fois de plus, David Simon montre qu’il est un des maîtres de la série télé politique et intelligente. Il signe une mini-série (de 6 épisodes d’une heure) exceptionnelle, formidablement écrite et interprétée, bercée par la musique du Boss Springsteen, d’une grande subtilité, évitant les raccourcis faciles et incitant à une grande réflexion sur la politique et sur l’engagement au niveau local, sur le thème : « On veut changer de vie ? Mais qu’est-on prêt à faire pour le mériter ? »

Show me a hero : Bande Annonce

Créateur : David Simon
Réalisateur : Paul Haggis
Scénaristes : Lisa Belki, David Simon, William F. Zorzi
Interprétation : Oscar Isaac (Nick Wasiscko), Carla Quevedo (Nay), Alfred Molina (Frank Spallone), Catherine Keener (Mary Dorman), Winona Ryder (Vinni restiano), James Belushi (Angelo Martinelli).
Photographie : Andrij Parekh
Musique : Nathan Larson
Montage : Jo Francis, Kate Sanford
Producteurs : Gail Mutrux, Jessica Levin
Sociétés de production : HBO, Pretty Pictures, Blown Deadline Productions
Société de distribution : HBO
Nombre d’épisodes : 6
Durée d’un episode : 55 minutes
Date de diffusion : 16 août 2015

Joy, un film de David O. Russell : Critique

Depuis l’excellent The Fighter, David O. Russell est plutôt apprécié à Hollywood et aux cérémonies des Oscars, s’étant assez vite imposé comme un directeur d’acteurs impeccable qui sait à coup sûr déceler le talent et offrit même à certains leurs meilleurs rôles comme pour Jennifer Lawrence et Bradley Cooper qui semblent tout deux être devenus son duo fétiche.

Synopsis : Inspiré d’une histoire vraie, JOY décrit le fascinant et émouvant parcours, sur 40 ans, d’une femme farouchement déterminée à réussir, en dépit de son excentrique et dysfonctionnelle famille, et à fonder un empire d’un milliard de dollars. Au-delà de la femme d’exception, Joy (Jennifer Lawrence) incarne le rêve américain dans cette comédie dramatique, mêlant portrait de famille, trahisons, déraison et sentiments.

Conflits familiaux 

Le cinéaste aime vraiment travailler avec les mêmes personnes dans un même registre cinématographique mais sa formule et son style s’effritent au fur et à mesure de ses œuvres car à toujours faire les mêmes choses, son cinéma commence sérieusement à manquer de renouvellement et attire les détracteurs, les avis sur ce film n’étant pas vraiment tendres. Mais s’imposant par certains aspects comme son film le plus ambitieux, est-ce que Joy parvient à renouveler le cinéma de l’auteur ou au contraire fait-il plonger celui-ci dans la caricature de lui-même ?

O. Russell ne s’est toujours intéressé qu’à une chose, les conflits internes, ce qui peut bien amener une groupe de personnes, réunies par les liens du sang, leurs devoirs ou encore une passion, à se détruire, se manipuler, tirer profit des autres, menant généralement à des scènes de confrontations intenses sous forme de joutes verbales. Rarement les conflits se traduiront par une forme physique, tout passe par le dialogue. Et c’est un aspect de son cinéma qui gagne de plus en plus d’importance au fil de ses œuvres au point de prendre le pas sur la narration. Ceci devenait un peu le défaut de ses deux précédents films, Silver Linings Playbook  et American Hustle, sans pour autant prendre des proportions envahissantes mais suffisamment pour être alarmant quant à la suite de sa filmographie. Car cette fois-ci, cela devient véritablement un handicap. La première partie est noyée sous les problèmes familiaux de l’héroïne sans que quelque chose ne vienne contrebalancer tout ça. L’histoire a beau être inspirée de faits réels, on sent que parfois O. Russell en rajoute et ce dès la deuxième scène qui part très vite dans la scène de dispute hors de proportion et téléphonée qui laisse augurer le pire pour la suite. La première heure de film se montre donc assez laborieuse et il est difficile de se passionner pour le parcours du personnage, l’ensemble va prendre une structure non linéaire pour insérer des flash-backs et expliquer son histoire et sa personnalité, à elle et à ceux qui l’entourent, en usant d’une voix-off agaçante et qui ne se justifie absolument pas. D’ailleurs durant cette partie du récit, le cinéaste va s’amuser à faire un parallèle peu subtil et grossièrement amené entre la vie de famille de Joy et les soap opéras que regarde sa mère, ce qui fait un remplissage inutile surtout que ce genre de scènes revient à plusieurs reprises pour apporter à chaque fois le même message.

Néanmoins un miracle va s’opérer en cours de route, le film faisant le choix d’élaguer un certain nombre de personnages inutiles pour se concentrer sur la conception de la « serpillière magique », la manière dont Joy va devoir la vendre et les obstacles sur sa route. Devenant une success story certes plus classique, l’ensemble gagne cependant un nouveau souffle parvenant même à susciter l’intérêt et à donner envie de connaitre le fin mot de l’histoire. Même les conflits familiaux gagnent en puissance avec la manière dont Joy est exploitée par son père, sa nouvelle belle-mère et sa belle sœur. Les dialogues deviennent plus acerbes et vifs et on se sent impliqué dans les événements, se surprenant même à être aussi révolté que le personnage. De plus tout ce qui entoure la télévision et le télé-achat est plutôt bien géré, le personnage incarné par Bradley Cooper apporte une touche de fraîcheur et une pointe d’humanité bienvenue qui relance, ou plutôt lance, vraiment la machine. Dans cette deuxième partie, O. Russell va même arriver à éviter à peu près tous les pièges que l’on trouve habituellement dans les biopics, évitant l’habituel panneau en début de générique de fin pour nous dire ce que son devenu les personnages, et misant sur une utilisation habile du flash-forward.

Le casting sert à merveille l’ensemble, comme toujours O. Russell s’impose comme un directeur d’acteurs hors pair et ici chaque acteur offre une excellente prestation. Malgré son jeune âge, Jennifer Lawrence parvient à être convaincante dans ce rôle de mère de famille épuisée par la vie. Elle fait preuve d’une profondeur de jeu et d’une maturité admirable et signe probablement son meilleur rôle. On retiendra aussi Édgar Ramírez, discret mais touchant, Robert de Niro, impeccable, mais on est surtout impressionné par Isabella Rossellini, farfelue comme jamais et absolument géniale. Sans parler de Bradley Cooper, encore une fois parfait, arrivant à faire transparaître toute l’humanité et la compassion de son personnage par la seule force de son regard.

La mise en scène de David O. Russell est globalement très réussie et maîtrisée mais a tendance à se montrer un peu sage. Comme toujours le cinéaste offre de belles images et des plans très travaillés servis par une photographie léchée et souvent accompagnés d’une sélection musicale qui flatte les oreilles mais son style reste quand même classique et esthétiquement très simple. Même si ici il tente quelques phases plus allégoriques, notamment quand il se plonge dans les rêves et les souvenirs de son personnage mais il ne va pas au bout de ses expérimentations. Sinon le montage est plutôt bien agencé et offre au film un rythme soutenu ; malgré la première partie qui laisse perplexe on ne s’y ennuie pas, les scènes s’enchaînant avec fluidité.

Joy est un film plaisant et qui sait se faire apprécier mais il impose clairement une limite dans la filmographie et le style de son auteur. La première heure se fait souvent douloureuse et apparaît comme une caricature de ce à quoi nous a habitué le cinéaste, ayant probablement plus de liberté en raison du succès de ses précédents films, il peine à s’imposer des limites pour contenir ses frasques. Cependant David O. Russell reste un cinéaste qui a un certain talent et il arrive très nettement à redresser la barre de son film pour offrir une success story certes attendue mais qui s’extirpe néanmoins admirablement du carcan des biopics académiques. Une certaine radicalité et énergie se dégage de l’œuvre qui se montre comme son personnage, insoumise, ce qui la rend admirable. Surtout que le tout est servi par des acteurs exceptionnels et de vrais moments de cinéma.

Fiche technique : Joy

Etats-Unis – 2015
Réalisation : David O. Russell
Scénario : David O. Russell et Annie Mumolo
Interprétation : Jennifer Lawrence (Joy Mangano), Bradley Cooper ( Neil, un cadre de QVC), Robert De Niro  (Rudy Mangano, le père de Joy), Édgar Ramírez (Tony Miranne, l’ex-mari de Joy ), Isabella Rossellini (Trudy, la petite-amie de Rudy et financier de Joy)…
Décors : Judy Becker
Costumes : Michael Wilkinson
Montage :Jay Cassidy
Photographie : Linus Sandgren
Production : John Davis, Megan Ellison, John Fox, Jonathan Gordon et Ken Mok
Société de production : Annapurna Pictures et Davis Entertainment
Société de distribution : Fox 2000 Pictures

Master of None saison 1: critique série

Si Aziz Ansari s’est fait un nom grâce à Park & Rec, le comique et immature Tom Haverford pour être précis, et une très belle ligne sur son CV, il semble vouloir s’en rajouter une autre et non des moindre, avec sa série autobiographique co-écrite avec Alan Yang nommé pour meilleur acteur aux prochains Golden Globes.

Synopsis : Le quotidien de Dev, un acteur new-yorkais de 30 ans, qui a plus de mal à se décider sur ce qu’il veut manger que la direction à donner à sa vie. Ambitieux, drôle et cinéphile, il est à la fois très centré sur son propre bien-être et attaché à des sujets divers et variés tels que la situation critique des personnes âgées, le sort des immigrants et comment dénicher les pâtes les plus délicieuses pour le dîner.

Après Louie, Inside Amy Schumer… la sitcom s’est toujours inspirée du vécu propre. Le Prince de Bel Air et l’arrivée aux USA de Will Smith, Malcolm et Lindwood Boomer qui se moque de sa famille, Friends ou Martha Kaufman et David Crane qui s’inspirent du caractère de leurs véritables amis, Adam F. Goldberg qui donne son nom à la famille juive portée sur écran, sa famille… Sans parler des « dramédies » qui s’articulent autour de l’intime sur lequel on projette nos attentes (Sex and The City, Transparent, Parenthood, Six Feet Under…) La vague de l’autobiographique ne cesse de prendre de l’ampleur. Nicki Minaj a signé avec ABC pour une sitcom retraçant sa jeunesse. Adam Levine avec NBC… La désolation ou l’impatience, les avis divergent, mais le fait est là et Aziz Ansari a signé avec Netflix pour dès à présent une deuxième saison de Master Of None qui devrait voir le jour à la rentrée 2016.

Maître de Rien ou le contrôle de tout ? Pas si dure d’être comédien…

En 10 épisodes de 30 minutes, Aziz Ansari et Alan Yang ont décliné plusieurs thématiques, comme l’intergénérationnel, la routine du couple, l’ethnicité à la télévision ou le plan cul… Autant de sujets peu originaux, mais qui prennent un sens grâce aux personnages clownesques. Le terme est à la frontière entre le risible pathétique et le génial talent. Dev et son meilleur ami Arnold sont les pendants modernes de Laurel et Hardy, duo immature, mais d’une tendresse incommensurable. Puis, vient se greffer Denise, l’amie noire lesbienne au look hip hop vintage et Brian l’asiat BCBG. Un besoin de réunification qui passe pour un conglomérat de minorités plus que pour un véritable groupe d’amis. Le relationnel est par ailleurs bien trop souvent appuyé. Si la simplicité est pourtant de mise (malgré des effets cinématographiques très appréciables comme les partis de flash back ou l’extrait du film catastrophe dans lequel il joue), les répliques ne découlent pour la plupart jamais naturellement. L’écriture est bien trop présente et le jeu de certains comédiens, les parents de Dev pour ne viser personne, est emprunté et souligné. La mécanique des répliques apparaît souvent trop huilée, trop chorégraphiées et répétées à l’extrême, que finalement l’enchaînement devient trop évident, la volonté scénariste criarde et le (sou)rire, téléphoné. On a cette même impression, même devant un excellent Woody Allen. Si les premiers épisodes ouvraient la porte à beaucoup de tendresse, caractéristique première des dramédies urbaines (Girls, Looking, Casual, Younger), couplé d’un humour introspectif et d’une mise en scène allenienne sublimée, la mi-saison n’attire plus autant de curiosité et on finit le 10ème épisode par habitude, non sans regret bien au contraire !

Le principal défaut de Master of None est sa trame quasi anthologique. A chaque épisode, une thématique source d’ironie ou de dénonciation conduit la demi-heure à la manière des cailloux que sèmerait le Petit Poucet jusqu’à sa maison. Sauf que le spectateur voit très vite où Ansari et Yang veulent en venir et seul le plaisir de la ballade reste intact. On aurait aimé apprécié la surprise de la destination, mais peu importe… Chacun semble avoir déjà connu la première rencontre, les hésitations et espoirs de la première fois, puis la vie en couple et les conflits quotidiens. Aziz Ansari se met en scène presque « thérapeutiquement » en se faisant passer pour un grand enfant qui râle, car il ne trouve pas le bon tacos dans le foodtruck qu’il a mis presque une heure à chercher sur internet.

Parfois aussi vain que les sketchs Canal + Bloqués, et pourtant aussi attendrissant qu’un excellent Charlie Chaplin ou Woody Allen, Master of None ne décroche pas le sommet des top de fin d’année, et Netflix ne terminera pas sur les chapeaux de roue, mais Aziz Ansari aura réussi, si ce n’était pas déjà fait, à se faire connaître comme une étoile montante.

Master of None: Fiche Technique

Création: Aziz Ansari, Alan Yang
Réalisateurs : James Ponsoldt, Aziz Ansari, Eric Wareheim, Lynn Shelton.
Production: Aziz Ansari, Alan Yang, Michael Schur, Dave Becky, David Miner
Acteurs principaux: Aziz Ansari, Noël Wells, Eric Wareheim, Kelvin Yu, Lena Waithe, H. Jon Benjamin
Genre: Sitcom
Chaîne d’origine: Netflix
Nb. de saisons 1
Nb. d’épisodes 10
Durée 26-31 minutes

Le dernier loup, un film de Jean-Jacques Annaud : Critique

Alors qu’il s’était littéralement perdu depuis 2007 entre une farce de très mauvais goût (Sa Majesté Minor) et une fresque se voulant épique mais ô combien soporifique (Or Noir), Jean-Jacques Annaud a profité de l’année 2015 pour effectuer son grand retour via un genre de divertissement qui lui est propre : le film animalier. Ainsi, après l’inoubliable L’Ours et le sympathique Deux Frères, le réalisateur du Nom de la Rose s’attaque ici à l’adaptation du best-seller chinois Le Totem du Loup. Autant dire que le cinéaste était attendu au tournant !

Synopsis : 1967, pendant la Révolution culturelle chinoise. Chen Zen et Yang Ke, deux étudiants pékinois, sont envoyés en Mongolie-Intérieure, dans une tribu de bergers nomades en proie aux changements instaurés par le gouvernement chinois, comme l’extermination progressive des loups. Là-bas, Chen Zen capture un louveteau et décide de l’apprivoiser malgré ce qu’en pensent les nomades et l’éradication inévitable de l’espèce dans la région…

Une fresque animalière et historique majestueuse

 

Pourtant, rien n’était gagné d’avance pour Le dernier loup. Et pour cause, le film est sorti quatre ans après le long-métrage de Nicolas Vanier, sobrement intitulé Loup. Bien que les deux projets divergent de par leur stature respective, les bandes-annonces laissaient envisager une similarité scénaristique plus que troublante, à savoir un jeune homme prenant sous son aile un loup, animal tant détesté par ses pairs car s’attaquant au bétail. Dès lors, on pouvait s’attendre aux même défauts que le film de Vanier : niaiserie, loups au second plan, ennuyeux au possible et ce malgré de magnifiques paysages suffisamment mis en valeur pour faire rêver, sans compter une forte impression de déjà-vu du côté du script qui aurait pour le coup instauré une terrible lassitude lors du visionnage. Mais Le dernier loup va bien au-delà de cela !

Fidèle au livre d’origine, le film est avant toute chose un récit historique, celui d’une tribu de bergers nomades mongols qui, par ordre du gouvernement chinois, doit accueillir deux étudiants pékinois afin qu’ils finalisent leur cursus scolaire. En réalisant ce film, Jean-Jacques Annaud nous livre une période peu évoquée dans le cinéma international qu’est la Révolution culturelle chinoise (1967-1976), via un point de vue culturel. Ici, le cinéaste use d’un récit évitant tout artifice niaiseux (la romance entre deux personnages tout particulièrement) afin de servir à son public, non sans pédagogie, une leçon d’histoire à travers ses nomades, leur vie et surtout leurs difficultés face à l’expansion de la civilisation, amenant un message écologique à l’ensemble assez évocateur.

 

Alors qu’il aurait très bien pu se contenter, comme Vanier, d’une splendide photographie pour émerveiller les spectateurs par le biais de paysages grandioses (ici, les steppes mongoles), Annaud décide d’user de son récit pour mettre en lumière les ravages de l’homme sur la nature. Si vous transposez l’époque du film à la nôtre, vous y verrez un film quelque peu alarmiste, voire même pessimiste, clamant que l’humanité, dans sa soif d’ambition et sa folie des grandeurs, détruit l’équilibre naturel de la vie au point de bouleverser un écosystème (les loups s’attaquant de plus en plus au bétail) tout en pensant l’apprivoiser (le louveteau recueilli par le personnage principal) et de perturber tout un peuple (les nomades s’enfonçant dans la misère, le désespoir et l’obligation de se « civiliser »). Vous l’aurez compris, au lieu de faire un tableau tout en couleurs de la Mongolie, Jean-Jacques Annaud préfère donner de l’importance à son histoire, sans éviter l’aspect cru et violent de cette dernière (la manière dont sont tués les louveteaux, les chevaux prisonniers dans la glace, les blessures de certains personnages…).

Et les loups dans tout cela ? Bien que le scénario se penche sur ce qui a été dit dans les paragraphes précédents, les canidés restent assez importants dans ce dernier. Même, ils apparaissent comme des personnages à part entière, loin des adorables peluches sans âme vues chez Vanier. Ici, les loups ne sont pas des coquilles vides à poils mais bien des créatures aussi majestueuses que dangereuses sachant exprimer bien des émotions. Ils se révèlent être plus importants que les protagonistes humains du film et sont suffisamment mis en valeur pour obtenir l’attention du public, notamment grâce à des plans sachant leur offrir toute leur splendeur mais également des séquences d’action, certes maladroites dans leurs enchaînements (montage, raccords) et leur visuel (effets spéciaux un peu trop visibles, surtout les fonds verts) à cause de l’imprévisibilité des animaux lors du tournage, offrant à l’ensemble un souffle épique plus que bienvenu. Sans oublier la somptueuse musique du regretté James Horner (Braveheart, Titanic, Avatar), qui signe avec Le dernier loup sa dernière BO de son vivant.

 

Bien loin de la fable écolo tout belle et toute mignonne qu’elle aurait pu être à l’instar de Loup, le film de Jean-Jacques Annaud se présente comme une œuvre certes imparfaite sur certains points techniques, faisant du Dernier loup un film réalisé de manière un « peu trop facile » (surtout comparé à L’Ours, qui n’abusait pas autant d’effets spéciaux), mais au combien puissante et prenante. Et surtout majestueuse, à l’image des nombreux loups qui redonnent à leur cinéaste toutes ses lettres de noblesse.

Le dernier loup – Bande-annonce

Fiche technique – Le dernier loup

Titre original : 狼图腾
Chine, France – 2015
Réalisation : Gregory Plotkin
Scénario : Jean-Jacques Annaud, John Collee, Alain Godard et Lu Wei, d’après le livre de Jiang Rong
Interprétation : Shaofeng Feng (Chen Zen), Shawn Dou (Yang Ke), Ankhnyam Ragchaa (Gasma), Yin Zhusheng (Bao Shunghi), Basen Zhabu (Bilig), Baoyingexige (Batu), Tumenbayaer (Shartseren), Xilindule (Petit Bayar)…
Date de sortie : 25 février 2015
Durée : 1h55
Genres : Aventure, historique
Image : Jean-Marie Dreujou
Décors : Quan Rongzhe
Costumes : Xiao Jin
Montage : Reynald Bertrand
Musique : James Horner
Budget : 38 M$
Producteurs : Yin Cao, Xavier Castano, William Kong, La Peikang, Alan Wang, Jianshai Xu et Duojia Zhao
Productions : China Film Co., Reperage, Beijing Forbidden City Film, Mars Films, China Movie Channel, Beijing Phoenix Entertainment Co., Chinavision Media Group, Hérodiade, Loull Productions et Edko Films
Distributeur : Mars Distribution

 

The Beast, un film de Hans Herbots: critique

The Beast est un film noir dont seules les premières minutes contiennent de l’innocence et un peu de gaieté : deux enfants jouent aux cow-boys et aux indiens le long d’une voie ferrée. Deux frères, riants, complices, au bord d’un drame qui va survivre longtemps et terriblement à l’événement : Bjorn, le plus jeune des deux enfants est enlevé presque sous les yeux de Nick son aîné, sans jamais plus réapparaître. Le jeune Nick a reconnu le coupable, un voisin, mais celui-ci n’a jamais pu être confondu.

Synopsis: Flic brillant, Nick Cafmeyer est hanté par un lourd secret : la disparition jamais élucidée de son jeune frère. Un jour sa supérieure décide de lui confier une affaire similaire. Nick se plonge alors corps et âme dans l’enquête. S’ensuit une véritable chasse à l’homme. Pour que justice soit faite, Nick est prêt à tout…

Interdit aux moins de 16 ans

Noir comme le souvenir

Après cette scène d’ouverture, la noirceur sera la couleur principale du film. Le réalisateur flamand Hans Herbots ne s’embarrasse pas de fioritures, et entre assez abruptement dans le vif du sujet. Nick Cafmeyer, devenu policier, est appelé sur les lieux d’un crime sordide, rappelant son drame personnel. Sous la pluie d’une banlieue grise d’Anvers, dans la pénombre des crépuscules, dans un labo de développement de photos ou dans un tunnel, l’action se déroule dans des endroits sombres qui ne sont pas sans rappeler le glauque de films comme Se7en de David Fincher. Avec ses formules mystérieuses et quasi-incantatoires inscrites au sang sur les murs des victimes, The Beast peut être également rangé du côté de l’excellente première saison de la série True Detective, celle réalisée par le talentueux américain Cary Fukunaga (Sin nombre, Jane Eyre). Seuls les flash-backs portant sur l’enlèvement du petit Bjorn sont éclairés d’une lumière chaude et estivale.

Comme dans sa précédente réalisation, le film de Hans Herbots repose sur l’adaptation d’un roman, cette fois-ci de la britannique Mo Hayder, écrivaine de « romans explicites » (Graphic novels) comme on dit pudiquement de nos jours, pour ne pas évoquer la violence marquée qui caractérise son œuvre. Le scénario de Carl Joos est haletant, ne laissant aucun répit au spectateur, allant de découverte en fausse piste, multipliant les coupables potentiels dans une facture de thriller des plus balisés. Ce qui distingue The Beast est à mettre réellement sur le compte de la réalisation et d’une ambiance moite très anxiogène. Mais surtout, ce thriller doit le trouble intense qu’il provoque chez le spectateur par l’implication de beaucoup de personnages enfantins dans des situations traumatisantes, et ce n’est trahir aucun secret du film d’évoquer la pédophilie qui est au centre du scénario. Le producteur Peter Bouckaert a vite compris l’intérêt de la transposition d’un tel livre au pays de Marc Dutroux, lui donnant une résonance toute particulière, et ce n’est pas la fin du film qui dira le contraire…

Hans Herbots est aguerri à ce qu’on appelle le Noir scandinave, porté par la figure de proue qu’est Millenium, puisqu’il réalise lui-même des séries similaires au Danemark ou en Suède. Comme dans ce milieu (livres, films, séries), l’horreur surgit très brutalement dans un quotidien calme et paisible, et c’est ce qui imprime le caractère angoissant voire terrifiant au film, chacun pouvant s’identifier facilement aux victimes. Mais à aucun moment, le cinéaste ne verse dans le voyeurisme ni dans la provocation ; il y a énormément de respect et même de la tendresse dans toutes ces scènes où des enfants sont les protagonistes. On a pu parler de Prisoners du canadien Denis Villeneuve comme référence récente pour the Beast, on peut aussi trouver quelques similitudes avec Sicario du même Denis Villeneuve dans certaines scènes du début. Mais le traitement du réalisateur belge est définitivement non-américain, plus intimiste bien que pragmatique, davantage tourné vers une violence psychologique.

The Beast , un titre « français » une fois de plus incompréhensible, puisqu’à la fois le livre et le film portent le titre de The Treatment (De Behandeling en flamand), un titre plus subtil et plus en rapport avec le propos, the Beast est un excellent thriller, presque austère mais efficace, porté par un casting très réaliste et des têtes d’affiche peu connues des spectateurs en dehors de la Belgique (Geert van Rampelberg, Ina Gheerts, …), ce qui est toujours un plus pour une meilleure disparition de soi au profit des personnages que l’on incarne (et ce qui est aux antipodes du star-system américain). La noirceur du propos n’est jamais poisseuse, et le fait que les situations criminelles du film sont intimement proches de la vie personnelle du protagoniste, l’enquêteur Nick Cafmeyer, achève de donner une dimension humaine forte et émouvante à un film qui aurait pu n’être qu’un classique whodunnit de plus. C’est une très belle surprise de fin d’année qui vient compléter d’autres excellents films flamands comme Any way the wind blows de Tom Barman (leader charismatique des groupes dEus et Magnus) en 2004, la Merditude des choses et Alabama Monroe de Felix van Groenigen respectivement en 2009 et en 2012, ou encore Bullhead de Mickael Roskam en 2011. De vraies pépites d’autant plus précieuses que rares !

The Beast – Bande annonce

The Beast – Fiche technique

Titre original : De Behandeling (The treatment)
Date de sortie : 30 Décembre 2015
Réalisateur : Hans Herbots
Nationalité : Belgique
Genre : Thriller
Année : 2014
Durée : 131 min.
Scénario : Mo Hayder (roman), adaptation par Carl Joos
Interprétation :   Geert Van Rampelberg (Nick Cafmeyer), Ina Geerts (Danni Petit), Johan van Assche (Ivan Plettinckx), Laura Verlinden (Steffi Vankerkhove), Ingrid De Vos (Nancy Lammers)
Musique : Kieran Klaassen, Melcher Meirmans, Chrisnanne Wiegel
Photographie : Nathalie Leborgne
Montage : Philippe Ravoet
Producteurs : Peter Bouckaert
Maisons de production : Eyeworks films & TV Drama NV
Distribution (France) : KMBO Distribution
Récompenses : Johan van Assche, meilleur second rôle au festival du film d’Oostende
Budget : –

Versailles, saison 1: critique série

Versailles, symbole central de la puissance monarchique et du Roi Soleil, pourrait bien devenir un bastion du rayonnement international des séries françaises. Les lumières étincelantes de l’immense château se diffusent largement à travers l’Europe, du Royaume-Uni, à l’Allemagne et l’Espagne, jusqu’en Finlande, Suède, Pologne et Bulgarie ; leurs vigoureuses lueurs parviennent même outre-Atlantique au Canada et aux Etats-Unis. Certes, les récents succès de the Revenant et d’Engrenages, première série française vendue à la BBC, ont indéniablement permis d’éclairer la voie, mais ce nouveau chantier présentait une toute autre ampleur.

Synopsis : Versailles, 1667. Louis XIV a 28 ans. Pour soumettre la noblesse et imposer définitivement son pouvoir absolu, il lance la construction de Versailles… comme on tend un piège. Louis XIV est un jeune roi hanté par un traumatisme d’enfance, la Fronde, une rébellion des nobles contre son père, Louis XIII… Il va se révéler être un stratège politique hors du commun, manipulateur, machiavélique, et va « inventer » Versailles pour éloigner les nobles de Paris, les garder sous contrôle, et progressivement transformer le château en une prison dorée. Il est aussi capable de passions romanesques. Mais comment les vivre quand on est le plus grand roi du monde ?

Versailles, c’est le pouvoir, le faste, la démesure. Si Louis XIV n’a pas regardé à la dépense pour construire ce somptueux palais fidèle à son image, les producteurs n’ont pas non plus hésité à investir plus de 27 millions d’euros pour bâtir ce gigantesque monument visuel, devenu le plus coûteux dans la production de série française. Il reste à éprouver la solidité comme la splendeur de l’édifice, à l’heure où la saison 2, déjà annoncée, attend d’être tournée.

Un traitement ouvertement antinomique : l’histoire classique traitée dans toute sa modernité

La série Versailles est loin d’être la première représentation de Louis XIV et de sa cour. Le cinéma français a en effet mis en scène le monarque à plusieurs reprises, notamment dans Louis, enfant Roi (1992) de Roger Planchon, l’Allée du roi (1995) de Nina Companéez et le Roi danse (2000) de Gérard Corbiau avec Benoit Magimel. Versailles n’est cependant pas resté dans le seul giron cinématographique français. L’homme au masque de fer, film américain réalisé en 1939 par James Whale, a été réadapté sous le même titre en 1998 par Randall Wallace, avec Léonardo Di Caprio. L’année dernière, l’Angleterre s’est également appropriée l’univers de Versailles avec les Jardins du Roi, un film d’Alan Rickman centré sur la construction des jardins et traitant de la romance entre André Lenôtre et Sabine de Barra, une architecte paysagiste. Chaque acteur ayant incarné le roi Soleil a proposé une interprétation différente du monarque, tantôt jeune danseur, mécène, homme tourmenté, ou souverain âgé sage et bienveillant. L’exploitation des facettes ou figures de Louis XIV pouvait ainsi déjà sembler assez complète et variée.

La série Versailles propose encore autre chose. Le Roi, dans sa 28ème année, est avant tout un individu ambitieux, avide de pouvoir et de conquête, manipulateur et calculateur, souvent narcissique. Mais tout l’intérêt de son personnage réside dans son autre versant. Obnubilé par le traumatisme de la Fronde, Louis XIV reste aussi un homme guidé par ses sentiments, notamment la peur, la peine, le désir, derrière son apparente froideur. Ce traitement plus psychologique s’inscrit dans une vision plus moderne du Roi Soleil, brillamment joué par George Blagden, découvert dans Vikings.

La même logique guide tout l’univers de la série. Celle-ci n’est évidemment pas dénuée de toute forme de classicisme, en raison de l’époque qu’elle dépeint. Les costumes traditionnels et les décors sont somptueux. Les châteaux de Versailles, de Vaux-le-Vicomte, de Lésigny, de Vigny, de Janvry et de Sceaux, principalement utilisés pour le tournage, rendent parfaitement réel le monde de la cour du roi, à la manière du Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Un soin très particulier a été porté à l’esthétique et à la photographie, faisant de Versailles un véritable monument de beauté visuelle.

Malgré ces aspects classiques, la lecture ou la relecture de l’Histoire et des personnages, parfois fictifs, peut au premier abord dérouter. La première question venant à l’esprit reste : qu’est-ce que la série a voulu faire ? Une vérité établie demeure, on rentre assez difficilement à la cour de Versailles. Non seulement il faut être fidèle au roi, mais il faut également présenter des titres de noblesse authentiques. De même, le spectateur étonné ou rebuté par l’approche de Versailles s’arrêtera certainement aux grilles du château. L’accès à Versailles n’est en outre pas facilité par deux premiers épisodes de mise en place assez lents et manquant de rythme. Si à partir du 4ème et du 5ème épisodes, les enjeux enfin lancés commencent à devenir fascinants, la narration continue à conserver quelques passages creux.

Versailles débute en 1667, après la Fronde et pendant le règne personnel de Louis XIV. Elle est pourtant loin de reprendre avec exactitude les faits historiques et joue sur les mythes et les légendes. Par exemple, le désir passionnel mis en scène entre le Roi et Henriette d’Angleterre, la femme de Philippe, le frère du souverain. S’il est certain que Philippe délaissait sa femme, que le mariage du monarque avec la reine Marie-Thérèse n’était pas heureux, et qu’Henriette prenait souvent auprès du Roi la place de la reine, une relation autre que platonique entre le Roi et sa belle-sœur est dure à concevoir. Louis XIV, très catholique, aurait alors commis un adultère, voire un inceste. Le domaine religieux reste néanmoins relativement absent de la série. Il s’incarne presque intégralement en Louise de la Vallière, maîtresse du roi qui se punit pour ses péchés. On peut aussi citer l’affaire du bébé noir dont la Reine accouche. Celle-ci aurait eu une fille avec un nain noir, page appartenant à sa suite. On appelle cette enfant « la mauresse de Moret » en raison du lieu du couvent dans lequel elle restera cloîtrée. Son ascendance demeure toutefois une énigme. Certains prétendent que la mauresse serait plutôt la fille de Louis XIV, tandis que d’autres thèses évoquent un couple d’esclaves. Ces approximations ou partis pris s’expliquent toutefois aisément. Versailles n’est pas une série historique classique au sens strict. Elle ne cherche pas, comme Rome ou Les Tudors, à relater l’Histoire mais plutôt à raconter une histoire fictive dramatisée, utilisant pour cadre le monde de Versailles.

Une fiction contextualisée aux thèmes universels : Versailles comme miroir et microcosme d’un monde

La série Versailles a beau s’inscrire dans un contexte historique déterminé, elle n’en traite pas moins de thématiques universelles : la quête du pouvoir, en appliquant la maxime «  la fin justifie les moyens », et la lutte contre son autorité, la recherche d’une position sociale, en se montrant dévoué au Roi ou en le séduisant, la politique à travers la gestion du domaine et des affaires d’Etat ou la guerre, puis de nombreuses passions humaines, la convoitise, l’argent, la jalousie, la rivalité, la haine, l’amour et le désir.

Versailles reprend en fait le triumvirat thématique gagnant de Games of Thrones (GOT) : pouvoir, complot, sexe. A l’instar d’une des familles de GOT, le Roi est menacé dans son milieu à l’intérieur, par les nobles et les protestants, comme à l’extérieur, par des puissances étrangères, notamment la Hollande. On retrouve également les relations sexuelles adultérines et incestueuses comme la rivalité entre frères. Surtout, comme dans GOT, le but principal du Roi est l’affirmation et la conquête du pouvoir, en écrasant ses ennemis et en usant de la manipulation. Versailles est-il alors un Games of Thrones français ? En aucune façon, même si on sent que l’esprit de GOT plane quelque part au dessus du château et l’a sans doute inspiré.

Versailles recourt également à des caractères du genre policier ou d’espionnage. Le Roi Louis XIV représente ainsi une véritable autorité de police, chargée d’assurer et de maintenir l’ordre au sein comme à l’extérieur de son château. Le personnage de Fabien, responsable de la sécurité du Roi, à la fois enquêteur, contrôleur et exécuteur, possède ainsi une place privilégiée dans la série. Versailles insiste de plus sur la psychologie de Louis XIV, ses ambitions, ses peurs, ses angoisses et ses luttes intérieures. Rappelons que Simon Mirren et David Wolstencroft, les deux créateurs de Versailles, ont d’abord respectivement travaillé sur Esprits Criminels et MI5, deux séries mettant l’accent sur les tréfonds de l’âme humaine. Cette approche permet de faire de Louis XIV un personnage riche, torturé et assez complexe, mais le Roi Soleil est loin d’être le seul centre de la série.

Versailles regorge de personnages secondaires et d’intrigues parallèles, parfois un peu trop dispersées. On suit, entre autres, la romance entre Philippe et le chevalier, les amours du roi avec ses deux maîtresses, la fervente catholique Madame de La Vallière et l’ambitieuse Madame de Montespan. La série s’attache aussi au travail de Fabien, chef de la sécurité froid et solitaire, et à ses rapports tumultueux avec Béatrice, une veuve calculatrice sans titre prête à tout pour s’assurer une position sociale, notamment en rapprochant sa fille du Roi. Elle développe encore les conspirations de Montcourt, du Duc de Cassel et de Rohan, nobles opposés au pouvoir royal absolu. Elle s’attarde enfin sur les débuts d’une jeune femme scientifique et autodidacte, Claudine, devenue médecin du Roi. En revanche, on peut trouver le personnage de la Reine Marie-Thérèse un peu trop effacé. Sans doute est-ce là une façon de montrer sa propre insignifiance pour le Roi, en dehors de sa tâche de lui fournir des héritiers. L’intérêt de Versailles réside alors avant tout dans les relations et les intrigues entre ces multiples personnages, en particulier de celles entre le Roi et Philippe, mêlées de respect, d’admiration, de jalousie et de rivalité.

En définitive, la série Versailles n’est pas exempte de défauts, mais elle a le mérite d’être très esthétique et novatrice dans son genre en France. Si on arrive à y entrer, elle se révèle de plus en plus passionnante et envoutante malgré un début un peu piétinant. On peut donc dire vive le roi !

Versailles – Bande annonce

Versailles – Fiche technique

Titre original : Versailles
Date de sortie : 2015
Crée par Simon Mirren, David Wolstencroft
Nationalité : français
Réalisation : Christoph Schrewe, Daniel Roby, Jalil Lespert, Thomas Vincent
Scénario : David Wolstencroft, Simon Mirren, Andrew Bampfield, Sasha Hails
Interprétation : George Blagden (Louis XIV), Alexander Vlahos (Philippe), Noémie Schimdt (Henriette), Tygh Runyan (Fabien), Stuart Bowman (Bontemps), Amira Casar (Béatrice), Anna Brewster (Montespan), Evan Williams (Chevalier)
Musique : M83 (générique)
Photographie : Pierre-Yves Bastard
Costumes : Madeleine Fontaine
Production: Nathalie Juchet, Ian Whitehead, John Bureau, Claude Chelli
Sociétés de production: Capa Drama, Zodiak Fiction, Incendo Productions
Diffusion : Canal +
Budget : NR
Genre : Drame, historique
Épisodes: 10 épisodes de 52min

Stargate Atlantis saisons 1 à 5: critique série

0

Le pilote était enthousiasmant, une toute nouvelle galaxie prometteuse, des ennemis redoutables et effrayants, une cité légendaire à découvrir, une nouvelle équipe. Las, force est de constater que la galaxie s’avère bien pauvre, n’ayant rien d’autre à offrir que des peuples de paysans et les omniprésents Wraith qui constituent la majeure partie d’un scénario plutôt rudimentaire. Il y a bien quelques traces d’inventions des Anciens et de très rares autres formes de vie mais ça ne suffit guère, là où SG1 dévoilait dès le début une plus grande richesse de cultures et de races.

Synopsis : En recherchant la légendaire Cité Perdue d’Atlantis, construite par les créateurs mêmes de la porte des étoiles, l’équipe SG1 avait précédemment découvert un avant-poste caché sous l’Antarctique. Après de plus amples recherches, des données permirent de localiser la légendaire Cité dans une autre galaxie. Une expédition internationale composée des meilleurs éléments fut mise sur pied pour s’aventurer dans l’inconnu le plus total, sans retour garantit. A leur arrivé, une nouvelle galaxie à explorer, mais aussi un terrible ennemi, les Wraith, qui régulièrement récoltent des humains pour se nourrir de leur énergie vitale. L’expédition pourra-t-elle vaincre un adversaire si redoutable qui a autrefois poussé la race la plus avancée à fuir ?

Promesses non tenues

L’équipe s’avère nettement moins accrocheuse, constituée de manière presque artificielle, là ou des épreuves douloureuses avaient crée des liens pour SG1. Voir Mckay, scientifique peu courageux avec une arme à feu, que visiblement il ne maîtrise pas, paraît assez étonnant. Ce personnage arrogant et excentrique largement mis en avant pour le côté comique qu’il apporte crée d’ailleurs un déséquilibre dans l’équipe, au détriment principalement de Teyla, censée incarner la moralité de l’équipe mais trop en retrait. Et que dire du lieutenant Aiden Ford, qui joue plus le rôle de figurant que de membre régulier. Quant au colonel Sheppard, dont on a voulu en faire un homologue du colonnel O’Neill et son célèbre sens de l’humour, ses tirades sont peu subtiles et même parfois assez méprisantes.

En un rien de temps, l’expédition parvient à contrôler la cité, trouve très rapidement des interfaces avec une technologie pourtant bien plus avancée, et les problèmes de survie sont rapidement expédiés. L’isolement est de fait mal développé. C’était sans doute une erreur de se concentrer sur une équipe au lieu de la communauté installée dans la cité, ce qui aurait distinguée la série de sa grande sœur. Enfin, la dimension internationale est très peu exploitée. Bref Stargate Atlantis avait tout d’une copie bien moins réussie que SG1.

Une qualité très aléatoire

La deuxième saison suscita néanmoins un nouvel intérêt, qui permit d’avantage de possibilités scénaristiques avec le rattachement à la Terre, un vaisseau exclusivement destiné à l’expédition, et un nouveau membre avec le personnage de Ronon Dex, qui remplace le lieutenant inutile et offrant ainsi une nouvelle dynamique d’équipe, différente de SG1, avec cette fois deux terriens et deux originaires de Pégase. De nouvelles informations sont dévoilées qui viennent complexifier les Wraith : enfant ils peuvent manger de la nourriture comme les humains, et ils peuvent se montrer plus raffinés qu’on pourrait le croire.

Cette tendance se poursuit en saison 3 : Ronon fait face à son passé de runner, et le colonel Sheppard parvient à nouer une alliance avec un Wraith face à un ennemi commun. Ce représentant ennemi si particulier, baptisé Todd, revint souvent par la suite lorsqu’il s’agissait de combattre une menace commune, un allié pas toujours très fiable pour autant. Malheureusement, ses nombreuses apparitions ultérieures ne furent pas toujours exploitées convenablement.

Cette époque fut le début à des crossover remarqués avec la série sœur, ainsi les Goa’ulds tentent de détruire la Cité (2×14, avec en prime une magnifique chanson de Teyla), et lors d’une visite dans Pégase le colonel (devenu général) O’Neill est pris au piège d’une attaque ennemie (3×10 et 11), tandis que Daniel Jackson découvre un nouvel appareil sur Atlantis, ce qui réveille une ancienne menace et un peuple bien connu (5×10-5×11).

Mais déjà s’observe des défauts qui s’aggraveront : recyclage d’ennemis de SG1 (les réplicateurs/Asurans), comique lourd, incohérences, et une étonnante inégalité dans les épisodes, capable de produire du meilleur comme du pire.

Malheureusement les saisons 4 et 5 connaîtront une vraie chute de qualité, accumulant des incohérences horribles (qui sautent aux yeux même sans être particulièrement attentif), des facilités scénaristiques énormes, et surtout des épisodes vraiment mauvais. Les différences de technologie et la société Wraith deviennent du n’importe quoi, modifiées à volonté par les scénaristes.

Les personnages n’évoluent nullement, toujours le même leader militaire irréprochable, le guerrier invulnérable, le scientifique égocentrique agaçant. Ils restent désespérément lisses et inintéressants. Pire encore, ils ne se remettent peu en question alors que certaines de leurs actions s’avèrent assez immorales, entraînant parfois de graves conséquences. Pourquoi après tout, ils finissent toujours pas vaincre alors tant pis pour les milliers d’humains tués !

La présence du personnage de Carter pour la saison 4 n’améliora pas la situation, son nouveau rôle mal traité à l’instar de ses coéquipiers, pas plus que celui de Woolsey, autre personnage de SG1.

Les scénaristes ont voulu prendre de curieuses tentatives audacieuses en début de saison 4, en tuant deux personnages réguliers, mais en les faisant toutefois revenir plus tard. Hélas, si sa « mort » donna lieu à un bel épisode, le personnage de Beckett, devenu simple récurent, ne brilla guère pour ses futures apparitions une fois ce dernier « ressuscité ». Tandis que frustrée d’avoir été ainsi écartée, l’actrice jouant Elisabeth Weir refusa de réapparaître, obligeant les scénaristes à élaborer des astuces pour incarner le personnage par d’autres actrices (épisodes plutôt bons par ailleurs).

L’annulation de SG1 à cette époque incita les scénaristes à multiplier les épisodes se passant sur Terre, pour le meilleur et souvent pour le pire.

Pourtant au sein de cette espace de médiocrité se trouve quelques îlots d’épisodes de qualités, tel l’épisode où Mckay se retrouve projeté dans le futur (4×20), ou encore quand ils passent d’une dimension parallèle à une autre (5×04). On pourra retenir l’intrigue de Michael, Wraith kidnappé pour subir des expériences visant à le transformer en humain, ce qui aboutit à un hybride d’un nouveau genre, rejeté par les siens comme par les humains. Pour survivre, il concocta un plan pour nuire aux deux espèces, et se constituer une armée d’hybrides comme lui.

Notons qu’à part Todd et Michael, la société Wraith manque cruellement de représentants.

La palme du pire épisode revint probablement au tout dernier. Ronon tué puis ressuscité, Mckay qui arrive à mettre au point une technologie que même les Anciens n’étaient pas parvenus à achever, un épisode rempli d’aberrations, comme pour capitaliser les défauts devenus inhérents à la série. Une fin peu glorieuse pour la série comme pour la franchise…

Conclusion, Atlantis s’avère inférieure en tout point à SG1, pâle copie qui n’aura pas su se démarquer. Si certains épisodes font partie des meilleurs de la franchise et la série offrant de très bons moments, ce qui permet d’éviter une note trop mauvaise, la série aura surtout marqué par la déception engendrée, mêlée d’incompréhension face à une telle dérive qualitative.

Alors oui il y a des batailles spatiales, c’est plus futuriste que la série-mère encore que cet avantage apparaît bien mince comparé aux dernières saisons de SG1- mais cela devrait surtout contenter les amateurs de divertissements légers peu regardants.

Fort heureusement, Stargate Universe relèvera grandement le niveau et fera oublier cette erreur de parcours. Même si elle n’a pas rencontré le succès mérité (mais ceci est une autre critique).

Fiche technique: Stargate Atlantis

Titre original : Stargate Atlantis
Nationalité : américaine, canadienne
Genre : science-fiction
Interprétation : Joe Flanigan, Rachel Luttrell, David Hewlett, Jason Momoa, Torri Higginson, Paul McGillion.
Production : Brad Wright, Robert C. Cooper, Joseph Mallozzi, Paul Mullie
Nombre d’épisodes : 100 ; 5 saisons
Durée : 42 minutes

Générique Stargate Atlantis

Critique DVD – Hitman : Agent 47, un film d’Aleksander Bach

Tout le monde a droit à une seconde chance, même l’agent 47 ! Vous savez, ce célèbre tueur à gages tenant l’affiche de la franchise vidéoludique Hitman qui avait déjà eu droit à une (pitoyable) adaptation sur grand écran en 2007 ? Eh bien, le personnage effectue son come-back dans un tout nouveau film qui se présente au public  telle une sorte de reboot et non une suite, comme l’avait été L’Esprit de Vengeance pour le premier Ghost Rider. Et à l’instar de ce dernier, ce second volet réussit l’exploit de faire pire que le précédent. Explications.

Synopsis : Une organisation secrète appelée le Syndicat projette de fabriquer génétiquement des agents surpuissants, capables de tuer n’importe qui. Pour ce faire, elle désire retrouver Peter Aaron Litvenko, le scientifique à l’origine des premiers agents afin qu’il puisse subvenir à ses besoins. Mais pour cela, elle va devoir mettre la main sur la fille de ce dernier, Katia van Dees. En parallèle, le célèbre Agent 47 se lance également à la poursuite de Katia pour l’éliminer, étant chargé d’empêcher la création de ces nouveaux surhommes…

De quoi regretter le premier film…

Comme la plupart des jeux vidéo portés au cinéma, Hitman premier du nom se montrait assez insultant envers son modèle. À la manière des films Resident Evil qui oubliaient l’angoisse au profit d’une action décérébrée à la limite du clipesque, le long-métrage de Xavier Gens (charcuté au montage par une production américaine prenant les spectateurs pour des abrutis) était sorti en salles sous la forme d’une série B explosive. Se voulant spectaculaire sans vraiment y parvenir car assez mal fichu dans l’ensemble (mise en scène non maîtrisée, montage anarchique…). Ce qui était bien loin de la discrétion propre au personnage du jeu. D’autant plus que celui-ci, de base sans âme, froid et calculateur mais non sans charisme, se retrouvait pour le coup avec une histoire et des sentiments, le rendant trop humain, limite « faible », et lui retirant pour le coup son aura de tueur au sang-froid (l’interprétation de Timothy Olyphant n’aidait pas grandement). Ici, dans Hitman : Agent 47, les choses ont évolué… dans le mauvais sens.

Pourtant, on sent que l’équipe du film a voulu revenir vers les bases même du protagoniste. À savoir énigmatique, imprévisible et inhumain. Le problème étant qu’elle n’a pas su l’exploiter convenablement. Car si l’idée d’en faire un antagoniste était plutôt ingénieuse sur le papier, le personnage éponyme devient très vite un bourrin totalement inintéressant envoyant des références en veux-tu en voilà (comme effectuer une pose avec ses flingues, se déguiser à tout-va) de manière incongrue. Sans compter que la prestation de Rupert Friend n’est pas du tout convaincante, le comédien étant à côté de ses pompes et ayant le charisme d’une huître. On en reviendrait presque à regretter Timothy Olyphant, c’est dire ! Laisser une seconde chance au film de Xavier Gens serait même un réflexe une fois celui-ci vu, étant donné qu’il possédait bien plus de qualités que ce nanar sans nom.

Le premier Hitman était infidèle au jeu vidéo, mais au moins, il avait une histoire à raconter. Ici, on nous sert une intrigue abracadabrantesque de super-soldats mal agencée qui enchaîne des séquences d’action encore plus décérébrées que précédemment. Ces dernières, en plus de souffrir d’une photographie de piètre qualité, doivent subir un montage hystérique au possible (Agent 47 en devient encore plus clipesque que le premier) mais surtout une incompréhensible surdose de CGI bien vomitive alors que de simples cascades pourtant réalisables (telle une voiture dérapant contre un mur) auraient fait l’affaire dans ce genre de blockbuster. Le long-métrage en ressort encore plus artificiel qu’un produit vidéoludique au point de paraître diablement ridicule à chaque seconde de visionnage. Et ce ne sont certainement pas les comédiens qui vont arranger les choses. Même pas Zachary Quinto, venu se perdre dans ce gloubi-boulga de violence gratuite et d’action sans intérêt.

Censé faire oublier les premiers essais cinématographiques du tueur au code barre, Hitman : Agent 47 enfonce encore plus le clou en se présentant au public comme un grand n’importe quoi se voulant spectaculaire et explosif. En faisant cela, le film insulte à son tour le jeu d’origine mais perd définitivement l’occasion de convaincre les spectateurs, à cause d’un aspect guignolesque aussi bien du côté du scénario que de l’action en elle-même. Une véritable perte de temps bien en-dessous de n’importe quelle production Besson…

Hitman : Agent 47 – Bande-annonce

Fiche technique – Hitman : Agent 47

États-Unis – 2015
Réalisation : Aleksander Bach
Scénario : Michael Finch et Skip Woods, d’après le jeu vidéo éponyme
Interprétation : Rupert Friend (Agent 47), Hannah Ware (Katia van Dees), Zachary Quinto (John Smith), Ciarán Hinds (Peter Aaron Litvenko), Thomas Kretschmann (Antoine Le Clerq), Dan Bakkedahl (Sanders), Emilio Rivera (Fabian), Rolf Kanies (le docteur Delriego)…
Date de sortie : 26 août 2015
Durée : 1h25
Genre : Action
Image : Óttar Guðnason
Décors : Sebastian T. Krawinkel
Costumes : Bina Daigeler
Montage : Nicolas De Toth
Musique : Marco Beltrami
Budget : 35 M$
Producteurs : Adrian Askarieh, Charles Gordon, Skip Woods et Alex Young
Productions : 20th Century Fox Film Corporation, TSG Entertainment, Fox International Productions et Infinite Frameworks Studios
Distributeur : 20th Century Fox

 

Top 10 films 2015 : Mad Max: Fury Road, Vice-Versa…

Top 10 films 2015 de la Rédaction du MagduCiné

Le top 10 des meilleurs films de 2015 :

En cette fin d’année, sans surprise axée sous le sceau de Star Wars : Le Réveil de la Force qui, au moment de l’écriture de ces lignes, aura trusté la plus haute marche du box-office (et sera peut-être déjà en lice pour détrôner Avatar), il semblait évident qu’on se prête, à l’instar de nos confrères du web et autres cinéphiles amateurs, au jeu du bilan. Un exercice à la fois vain, très formel mais surtout trop réducteur, parce que tenter de résumer 365 jours et à peu près autant d’heures passées devant un écran, dans un article privilégiant l’épure quand la logique voudrait le contraire, c’est autant impossible qu’inutile. Tout juste, pourra-on dire alors, que cette année 2015 aura été une virée dans l’in-connue, ou dans le connu si l’on s’en réfère au sens étymologique du mot in, entre retours de vieilles légendes (Steven Spielberg, Clint Eastwood, George Miller, Robert Zemeckis ou John Boorman) et de vieilles franchises (Mad Max, Terminator, Jurassic Park). 2015 aura aussi été l’occasion pour nous de constater l’indéfectible soutien que vous tous, lecteurs, vous nous portez, puisque de par votre présence à chaque fois plus nombreuse, le privilège nous a été donné que de pouvoir nous rendre au Festival de Cannes, et couvrir de l’intérieur cet événement inoubliable.
On ne saura omettre toutefois de mentionner l’importance qu’a pris le cinéma au cours de cette année. Qu’il soit passeur de message avec Tomorrowland de Brad Bird ; moyen de montrer la foi en l’être humain avec Le Pont des Espions de Steven Spielberg ou simplement outil de dénonciation avec Much Loved de Nabil Ayouch ; autant dire que le 7ème art aura revêtu une importance accrue au cours de ces 12 derniers mois, n’hésitant ainsi pas à épouser les contours d’une société meurtrie par des attaques terroristes, pour mieux panser ces plaies (les sorties décalées de Made in France et Jane Got a Gun des suites des attentats de Paris étant de cruels exemples). Mais le cinéma aura encore une fois montré que sa beauté réside dans son aspect inter-générationnel, son éclectisme et sa richesse.  Un peu comme notre top d’ailleurs, qui n’a pu voir le jour sans la présence de quelques intrépides crétins – on les appelle cinéphiles à la rédaction – qui courent de salles en salles à la recherche d’une vérité ou émotion qu’un chapelet de personnes à l’aise avec une caméra arrivent à capturer. Mais de là à vous considérer comme des crétins, il n’y a qu’un pas, que nous ne franchirons pas, déontologie oblige. Et pour cause car comme dirait Beaumarchais : sans la liberté de blâmer, il n’y a point d’éloges flatteurs.

À l’année prochaine !

10. Ex Machina

Une relecture du mythe de Frankenstein à la sauce 2.0

Il fallait bien un génie derrière la caméra pour pouvoir raviver le spectre des dangers de l’intelligence artificielle, véritable marronnier du cinéma SF déjà labouré aussi bien par Spielberg que Kubrick avec son terrifiant HAL 9000 de 2001 l’Odyssée de l’Espace. Du coup, voir Alex Garland (scénariste récurrent de Danny Boyle), déjà à la baguette de récit hautement fataliste comme 28 Jours plus Tard ou Sunshine, exécuter d’une main ferme la relecture 2.0 du mythe de Mary Shelley, le tout servi par une mise en scène sobre, anxiogène et glaçante et des acteurs au sommets (Oscar Isaac et Domnhall Gleeson & la révélation suédoise Alicia Vikander), ça a forcément quelque chose de grisant.

9. Le Fils de Saul

Une plongée en apnée à Auschwitz

Suffocante, oppressante et immersive, la première œuvre du metteur en scène hongrois Lazlo Nemes fut sans conteste la révélation du dernier Festival de Cannes. Empruntant un procédé de mise en scène déjà utilisé dans le Birdman d’Alejandro Gonzalez Innaritu, en l’occurrence le plan-séquence, cette plongée en apnée dans l’enfer du camp de concentration d’Auschwitz et la vie de Saul, Sonderkommando (juif forcé de participer à la Solution Finale) désireux d’offrir une sépulture décente à ce qu’il croit être le cadavre de son fils, a fortement ému la rédaction, touchée au vif par ce récit expérimental teinté d’une très grande humanité.

8. Star Wars : Le Réveil de la Force

Le réveil de la nostalgie 

Qu’on se le dise mais voir figurer au sein du top le dernier-né de la saga initiée par George Lucas en son temps, n’est presque pas une surprise. Comment refouler la nostalgie attachée à cet univers si familier ou le simple bruissement d’un sabre laser ou d’un fusil blaster suffit pour nous faire retomber en enfance ? La réponse est claire : c’est impossible. Pour autant, bien que la nostalgie soit présente, force est de constater (ouais on aime mentionner la Force partout nous, on est comme ça) que le film remplit toutes ses promesses. Entre des combats spatiaux d’anthologie, un univers visuel proche de la trilogie originale et un vivier de nouveaux personnages déjà culte, autant   dire que le contrat est rempli haut la main. Si bien que maintenant, le plus dur sera d’attendre la sortie de l’Épisode VIII, que prépare déjà Rian Johnson (Looper).

7. Foxcatcher

Du sang, de la sueur et des larmes 

On l’avoue franchement : la lutte gréco-romaine ne fait pas partie de nos sports de prédilection, ni-même des sports les plus racoleurs qui soient (comme le curling en somme). Bennet Miller, bien aidé par un casting poids-lourd (Channing Tatum, Mark Ruffalo, Steve Carrel) nous le rend passionnant, primitif et cérébral, brutal et sensuel à travers cette histoire dingue, convoquant autant domination physique que psychologique, patriotisme déclinant, un milliardaire psychotique avili par le rejet d’affection que lui porte sa mère, et deux frères sportifs qui tombent très vite sous la coupe de ce despote à la richesse infinie. Glaçant, profond et anxiogène, la rédaction est encore sous le choc.

6. Youth

Le temps qui passe…

Issu du cru cannois 2015, qui aura vu de grands films se bousculer sur le tapis rouge (on pensera à Macbeth, Dheepan, Le Fils de Saul pour ne citer qu’eux), nul doute que Youth pourrait se voir décerner la Palme du plus beau film de la Croisette. Michael Caine en compositeur retraité qui donne la réplique à un Harvey Keitel en réalisateur vieillissant, le tout dans une maison de détente plantée dans le paysage suisse, et voilà que le film pose les marques du style de Paolo Sorrentino. Lent, contemplatif, introspectif, jetant un regard acerbe sur le star-system, sur le temps qui passe, sur les illusions de la vie et sur l’amour, le film est une gigantesque toile ou le metteur en scène italien déploie tout son talent de faiseur, nous décollant la rétine à chaque fois. Autant dire qu’à la rédaction, on est encore en extase.

5. Mustang ex aequo avec Sicario

Question de morale contemporaine

Difficile loin s’en faut, d’avoir su départager ces deux oeuvres radicalement opposées par leurs thématiques et leurs approches, mais curieusement liées par cette question de morale, qui infuse jusque dans leur ossature, les deux films. D’un coté, on a Sicario où l’on retrouve Denis Villeneuve, le prodige québécois bientôt à la barre de Blade Runner 2 (excusez du peu) qui livre un cinglant réquisitoire envers l’Oncle Sam et son combat acharné pour éradiquer la menace de la drogue. Approche exacerbée, violence inouïe, et personnage évoluant dans un enfer bureaucratique miné par une morale reléguée en arrière-plan, Villeneuve donne à voir un brûlot curieusement axé sous le sceau d’une gigantesque défaite (la défaite de la politique US) et marque encore un peu plus son territoire dans la profession.

De l’autre, on a Mustang, récit déroutant de la condition féminine en Turquie lorsque celle-ci se voit confrontée à une figure tutélaire/paternelle très à cheval sur la tradition religieuse et qui brime aussi bien leur intégrité en tant que femme, que leur liberté. Sujet grave et contemporain, autant dire que le film donnait de prime clairement l’impression d’agir en tant que plaidoyer pour la condition féminine (et ersatz de Virgin Suicides) que réel effort de cinéma. Qu’elle n’en fut pas la surprise de voir alors un film converti en une ode à la liberté, servie par une mise en scène spontanée, n’hésitant pas alterner moments d’euphorie galvanisants et instants plus dramatiques, sans cesse appuyée par les prestations de ces jeunes femmes épatantes (mention à la plus jeune, effarante de vérité)

 

4. The Lobster

L’O.V.N.I de l’année

Véritable OVNI du dernier Festival de Cannes, ce récit allégorique tendant à condamner les dérives amoureuses de notre société a fortement impressionné la rédaction. Il faut dire qu’avec un synopsis aussi frappadingue (les célibataires ont 45 jours pour trouver l’amour sous peine de se transformer en l’animal de leur choix) et un casting international de très haute volée (Colin Farrel, Léa Seydoux, John C. Reily, Ben Whishaw, Rachel Weisz), le film partait sur de très bonnes bases. Des bases heureusement renforcées par le talent de Yorgos Lanthimos, sorte de cousin éloigné d’un Wes Anderson, qui renforce la froideur de son sujet par des plans millimétrées et un cadre austère, terriblement antipathique.

3. Birdman

La revanche du has-been

Grand vainqueur des Oscars 2015, qui ont vu le film rafler la prestigieuse statuette du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur, la présence de Birdman dans notre top semblait relever de l’évidence même. Il faut dire qu’avoir su réussir à faire sortir de sa pré-retraite le talentueux Michael Keaton et le confronter à une histoire faisant curieusement écho à son passé d’acteur (Keaton a joué Batman pour Tim Burton à deux reprises), était quelque chose de relativement osé. Ça l’est encore plus quand le réalisateur Alejandro Gonzalez Innaritu, non content d’égratigner l’aura du star-sytem et la vacuité de ces personnalités carburant à l’ego, dresse une pique envers les réseaux sociaux, la célébrité et les blockbusters tout en emballant son film dans l’un des plus beaux écrins de l’année : un faux plan-séquence, donnant alors l’illusion d’un film sans coupures. Du génie à l’état pur.

2. Vice-Versa

Pixar encore une fois au sommet

Dans les étoiles avec Star Wars et sur le tapis dans Foxcatcher ; ccette année 2015 se sera fait un malin plaisir à jouer avec notre tête. Rien d’étonnant dans ce cas de voir Vice-Versa, dernier-né des studios Pixar, échouer à la deuxième place du Top 10 films 2015 ; l’histoire de ces 5 émotions gérant la vie de la petite Riley ayant su comme à l’accoutumée avec Pixar, nous émouvoir et nous étreindre comme le ferait une bonne couverture bien chaude. Fort d’un discours psychanalytique sur les tourments juvéniles, Vice-Versa rend hilare autant qu’il émeut et magnifie son tout à l’aide de designs majestueux, de personnages attachants et d’un humour incontournable. Vice-Versa ou comment voir Pixar continuer sa suprématie si ce n’est dictature sur le domaine de l’animation. On pleure encore à la rédaction.

1. Mad Max : Fury Road

Le trip le plus jouissif de l’année

Des bagnoles fonçant à toute berzingue dans le désert, un justicier de la route en quête d’une juste cause, et une guerrière tournant le dos à un dictateur grimé en sosie palot de Dark Vador, difficile de croire qu’avec ce résumé simplifié, George Miller, auquel on doit la trilogie Mad Max, ait su rallier le monde à son récit post-apocalyptique déjanté et ébranlé jusque dans ses fondations-mêmes le genre du film d’action. C’est pourtant l’effet que la rédaction a ressenti devant ce concentré hard-boiled d’action, de violence et d’essence qui n’a jamais aussi bien porté son titre. Exaltant, titanesque et virtuose, Mad Max : Fury Road est la preuve que la vieille génération (Miller a 70 ans quand même) en a encore sous le capot. Et quand c’est aussi bon, pourquoi faire la fine bouche ? Donnes-en un autre George !

A peine j’ouvre les yeux, un film de Leyla Bouzid: Critique

Ces temps-ci, de nombreux films de productions franco-arabes ont fait parler d’eux en mettant en scène des héroïnes qui veulent que soient reconnus leur libre arbitre et leur indépendance.

Synopsis : Tunis, été 2010, quelques mois avant la Révolution, Farah 18 ans passe son bac et sa famille l’imagine déjà médecin… mais elle ne voit pas les choses de la même manière. Elle chante au sein d’un groupe de rock engagé. Elle vibre, s’enivre, découvre l’amour et sa ville de nuit contre la volonté d’Hayet, sa mère, qui connaît la Tunisie et ses interdits.

Telle mère, telle fille

Qu’il s’agisse des impétueuses prostituées de Much Loved, de la jeunesse indomptable de Mustang ou encore de la ténacité et l’humour de Kaouther Ben Hania, la réalisatrice de l’inclassable Challat de Tunis, toutes ces femmes viennent ébranler un peu plus un modèle patriarcal moribond. A peine j’ouvre les yeux s’inscrit dans cette mouvance. Récit initiatique, celui de Farah, jeune fille enthousiaste et courageuse, le film prend la forme d’une confrontation entre deux mondes : la Tunisie d’avant le printemps arabe, muselée par Ben Ali, et l’autre Tunisie, celle de la jeunesse qui veut faire changer les choses. D’un côté, on trouve des adultes qui se sont habitués à vivre dans un État aux libertés restreintes, de l’autre des jeunes qui militent à leur manière, en chantant la réalité tunisienne : la musique comme acte de subversion. Bien sûr, le propos n’est pas si binaire, les nuances, on les trouve à travers des personnages comme les parents de Farah, anciens activistes désabusés mais qui n’ont pas oublié pour autant les luttes de leur jeunesse qui se cristallisent aujourd’hui dans l’attitude de leur fille. La place de la mère s’affirme comme élément clé au cours du récit, miroir tantôt fidèle, tantôt déformant de Farah.

Le film est construit en deux temps, pendant la première heure, l’intrigue s’appuie vraiment sur ce modèle de la confrontation décrit un peu plus tôt. Le microcosme du groupe de musique fait front contre une société tunisienne frileuse et à qui le changement fait peur. Farah est la figure de proue de cette première partie. On la suit en permanence dans ce qui apparaît comme une ascension perpétuelle vers plus d’autonomie, des choix individuels et une motivation sans faille. Les parents sont assimilés ici à la répression : « non ma fille, tu n’iras pas chanter, fais médecine c’est un travail sûr qui te permettra de vivre confortablement. » Sans emprisonner leur enfant dans le carcan du rôle féminin traditionnel, ils sont les principaux obstacles aux rêves musicaux de Farah. La figure maternelle se détache particulièrement car, elle vit seule avec sa fille, le père travaille et vit dans une autre ville dans un exil forcé pour avoir refusé d’adhérer au parti de Ben Ali. Cette première partie atteint son acmé lorsque Farah décide d’improviser un concert a cappella devant la salle qui devait accueillir le groupe et qui a été sommée de fermer sous la pression des autorités, inquiètes des répercussions possibles de ses chansons subversives. Lors de cette séquence, la réalisatrice choisit de réunir les deux pôles antagonistes : mère et fille se retrouvent dans le même cadre et partagent cet instant dans la connivence, la mère se reconnaît dans sa fille.

La seconde partie du film est centrée sur Hayet, la mère de Farah. La jeune fille disparaît littéralement du champ de la caméra (elle est détenue par la police du régime) et toute l’action découle des efforts de sa mère pour la faire sortir. On découvre là un personnage complexe dont les rêves se sont étiolés au fil des années. La vie d’adulte dessinée par le personnage d’Hayet a été ponctuée de compromis, de concessions et d’abandons. La contestation se mêle souvent de souffrances et d’échecs, Hayet le sait et elle voulait en préserver Farah. A présent que celle-ci est prisonnière d’un régime que cette mère a contesté en son temps, sa combativité et son courage se réveillent à nouveau. La réalité est moins belle et flamboyante que ce que voulait croire la fille, mais sa mère est maintenant à ses côtés pour l’aider à avancer. La fin du récit est ouverte à tous les possibles : « Continue » dit Hayet à sa fille revenue meurtrie de sa détention, à la lumière des événements qui ont agité la Tunisie en 2011, on peut se dire dans un épilogue imaginaire que Farah a gagné son combat.

A peine j’ouvre les yeux: Bande-annonce

A peine j’ouvre les yeux : Fiche Technique

France, Tunisie, Belgique, Émirats arabes unis
Durée : 102 minutes
Genre : Drame
Réalisé par : Leyla Bouzid
Scénario : Leyla Bouzid, Marie-Sophie Chambon
Distribution : Baya Medhaffar (Farah) Ghalia Benali (Hayet), Montassar Ayari (Borhène) Aymen Omrani (Ali), Lassaad Jamoussi (Mahmoud), Deena Abdelwahed (Inès), Youssef Soltana (Ska) Marwen Soltana (Sami)
Photographie: Sébastien Goepfert
Montage : Lilian Corbeille
Son : Ludovic Van Pachterbeke
Musique : Khyam Allami
Produit par : Sandra da Fonseca, Imed Marzouk
Distribué par : Shellac
Date de sortie : 23 décembre 2015