Tomorrowland (A la Poursuite de Demain) : critique

Back to the Future

Brad Bird est ce que l’on pourrait appeler un cinéaste de l’écurie Disney, c’est là qu’on l’a vu naître et c’est là qu’on le voit prospérer à une exception près. Il n’y a clairement pas de mal à ça, ce n’est pas la première fois qu’un réalisateur est rattaché à une firme et ce n’est pas la dernière fois mais cela peut devenir problématique quand celui-ci doit faire office de « Yes Man » pour vanter les mérites de celle-ci. Vendu comme un film original à l’univers frais et inédit, au final le nouveau film de Brad Bird sera une vaste pub pour les produits Disney, cela va du préparatif pour les prochains Star Wars à la promotion des parcs d’attractions Disney. Aussi agaçant que cela puisse paraître, le film en retire une certaine grâce et se montre beaucoup plus exaltant que prévu grâce à un réalisateur talentueux qui arrive à pallier les impératifs du studio pour faire une belle réflexion sur le cinéma et la pop culture.

Le principal problème du film, Tomorrowland, sera d’ordre scénaristique, à trop vouloir référencer son film celui-ci tombe dans la citation en empruntant allègrement des éléments d’anciens films de SF comme Back to the Future, Terminator, Star Wars et etc. Ce qui fait que malgré l’originalité recherché par le film, celui-ci recycle 30 ans de pop culture pour un résultat déjà-vu au final, jamais le film ne nous prendra par surprise et jamais on aura l’impression d’être devant une oeuvre nouvelle et originale étant un melting pot allant des productions Amblin des années 80 aux blockbusters actuels. Néanmoins le film retirera du bon de cela en faisant une réflexion non dénuée d’intérêt sur le cinéma actuel, le monde d’aujourd’hui et le cynisme ambiant. Maintenant tout est trop sérieux et plus rien n’est emprunt à la rêverie et le film tire sa force de cette naïveté, cette candeur qui nous renvoie instantanément en enfance car désormais ce genre de films son rares alors que dans les années 80 pullulaient de productions de ce type. A l’époque la vision du futur était source d’émerveillement, de progrès et d’espoir alors que maintenant on n’imagine qu’un futur apocalyptique et destructeur. Le film va donc se baser sur la confrontation de ses deux visions et même si il reste très succinct et peu subtil dans son propos, il fait des parallèles judicieux entre passé et présent et fait même des promesses pour l’avenir qui sonnent d’autant plus lorsque l’on voit que cette année 2015 marque un retour en force des sagas des années 80 et que le style même des films revient à la mode entre la candeur d’antan couplé à la maîtrise et le progrès de maintenant. Après cela appuie un peu le coté pub du film qui se contente de dire au final c’était vachement bien avant alors préparez-vous on va y revenir mais est-ce vraiment une bonne chose ? Est-ce que l’on sera en mesure de retrouver cette qualité propre aux films des années 80 qui ont marqués notre imaginaire et leurs époques ?

Si l’on regarde l’écriture pour répondre à cela alors la réponse est non car ici aucun charme ne se dégage du film car l’on ne s’attache pas aux personnages, ce qui fait que l’on reste déconnecté de l’ensemble. A l’époque, les scénaristes arrivait à créer ds personnages simples mais charismatiques et diablement attachant alors qu’ici ceux-ci manquent cruellement de motivations et surtout d’enjeux. D’abord la volonté de créer un duo sympathique ( même trio je dirais ) sur le modèle de Doc Brown et Marty McFly  est selon moi mauvaise car non seulement la caractérisation des personnages est trop similaire ( pour ne pas dire copié-collé ) mais surtout parce qu’ils n’ont pas le même aura ni la même dimension surtout qu’ils sont au final sous-exploités. Notamment l’héroïne du film ( Brittany Robertson ) qui fait cinquième roue du carrosse car elle semble déconnectée du film, elle est là on ne sait pas trop pourquoi et elle est constamment éclipsée par la relation entre Franck ( George Clooney ) et Athéna ( Raffey Cassidy ), un personnage mystérieux et particulièrement réussi. D’ailleurs cette relation est clairement la réussite du film qui permet d’injecter un peu d’émotion dans l’ensemble et qui se montre plus complexe et ambigu que prévu, il est juste dommage que celle-ci se construit et se développe sur des clichés. Ensuite les personnages ont aussi du mal à s’imposer en raison de la construction du récit qui se montre assez maladroite et frustrante car elle présente ses véritables enjeux que lors du climax en présentant aussi un méchant caricatural aux motivations ridicules. Une fois que les révélations sont faites et que le film prend une direction assez intéressante qui aurait pu amener des réflexions pertinentes et bienvenues, celui-ci s’achève lors d’un climax expédié qui cède aux facilités scénaristiques. On a donc le sentiment frustrant que le film s’achève au moment où au contraire il devrait commencer. C’est dommage car même si le film dispose de pleins de défauts qui peuvent assez vite devenir agaçants, il fonctionne plutôt bien malgré tout au point même qu’on se surprend à vouloir 30 minutes de plus.

Le casting est plutôt bon aussi, ayant même des acteurs enfants qui jouent relativement bien ce qui est assez rare au final. Après le film ne dispose que de peu de personnages au final donc peu d’acteurs sortent du lot, on a Hugh Laurie qui s’en donne à cœur joie et évite les poncifs de son personnage grâce à la force de son jeu et George Clooney qui garde son flegme et sa classe apportant un charisme et une touche d’humour bienvenue à son personnage. Sinon ici c’est les deux actrices qui sortent vraiment du lot, tout d’abord Brittany Robertson qui fait preuve d’une belle justesse de jeu et qui se donne à fond dans son rôle, elle se montre vraiment excellente mais c’est dommage que son personnage ne soit pas développé outre mesure. Néanmoins la vrai révélation du film c’est Raffey Cassidy, qui du haut de ses 13 ans arrive à s’en sortir admirablement dans un rôle assez compliqué. Que ce soit dans ses combats, où elle rivalise avec les ténors du cinéma d’action, ou dans ses mimiques de jeu pour rendre son rôle plus crédible, elle fait preuve d’une maîtrise incroyable composant un personnage complexe, contradictoire, badass mais aussi incroyablement fragile.

La réalisation se montre assez convaincante même si certains effets spéciaux laissent un peu à désirer et fond un peu brouillons notamment dans le design lambda de Tomorrowland et des robots qui manque cruellement d’identité mais pour compenser la photographie du film est très belle et le montage assez astucieux. Seule la musique, pompeuse et fade, vient véritablement agacer car elle desserre totalement les scènes et ne crée jamais l’exaltation. Sinon la mise en scène de Brad Bird impressionne, surtout dans la première partie du récit, inventive et d’une maîtrise incroyable, avant de se faire plus classique et anecdotique par la suite notamment dans un climax fade et dénué d’enjeux dramatiques. Lors de la découverte de Tomorrowland par l’héroïne, Bird va faire preuve d’une ingéniosité sidérante dans sa mise en scène que ce soit dans la construction habile des plans ou dans le jeu entre les dimensions avec des choix de cadrages inventifs et des situations assez cocasses et vraiment bien trouvées pour aboutir sur un plan séquence sidérant par sa durée et sa maîtrise avec des mouvements de caméra ambitieux et fluides. Les scènes d’actions, de factures assez classiques, se montrent quand à elles très bien filmées grâce à un très bon découpage qui permet rapidité et lisibilité, celles-ci se montre donc énergiques mais reste assez figées.

Tomorrowland est un bon film car même s’il a beaucoup de défauts, c’est un long métrage rêveur, généreux et quelque peu naïf (dans le bon sens du terme), une véritable déclaration d’amour au cinéma de notre enfance et qui d’une certaine manière nous émerveille pour cela. Certes il ne sera jamais aussi iconique que les films de notre enfance, il est moins maîtrisé sur son écriture mais il se montre diablement divertissant et fonctionne par bien des aspects et c’est d’autant plus miraculeux lorsque l’on constate les impératifs du studio qui se montrent parfois écrasants notamment dans cette aspect placement de produits constants. Et voir Brad Bird s’extirper de cela grâce à l’excellence de sa mise en scène à quelque chose de rassurant car il transforme un film de commande en film de cinéaste avec une belle réflexion sur son époque. Après ça il est clair que Brad Bird à une place de choix pour réaliser un prochain Star Wars et ce n’est pas plus mal car il est clair qu’il est un des meilleurs metteurs en scènes à œuvrer dans le blockbuster grand public.

Synopsis: Casey Newton, une brillante adolescente férue de science, s’embarque avec Frank Walker, autrefois jeune inventeur de génie, dans une périlleuse aventure. Ils veulent découvrir un lieu mystérieux situé entre le temps et l’espace et qui semble n’exister que dans leur mémoire commune : Tomorrowland

À la Poursuite de Demain – Nouvelle bande-annonce (VOST)

À la poursuite de demain (Tomorrowland) : Fiche Technique

Etats-Unis – 2015
Réalisation: Brad Bird
Scénario: Brad Bird, Damon Lindelof, Jeff Jensen
Interprétation: Britt Robertson (Casey Newton), George Clooney (Frank Walker), Raffey Cassidy (Athena), Hugh Laurie (David Nix), Thomas Robinson (Frank Walker enfant)
Distributeur: The Walt Disney Company France
Image: Claudio Miranda
Décor: Ramsey Avery
Costume: Jeffrey Kurland
Montage: Walter Murch, Craig Wood
Musique: Michael Giacchino
Producteur: Brad Bird, Damon Lindelof
Production: Walt Disney Pictures
Date de sortie: 20 mai 2015
Durée: 2h10

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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