Younger, Saison 1 : Critique Serie

Imaginez Meryl Streep du Diable s’habille en Prada à la place de la jeune Anne Hathaway, les péripéties d’Ugly Betty et la mise en scène d’un mauvais Christmas Movie. L’image prototype vous laisse perplexe ? Décryptage…

Younger est la dernière création du « on ne le présente plus » Darren Star. On lui doit Berverly Hills 90210, Melrose Place et Sex In The City. Qu’ont-elles en commun me direz-vous (si ce n’est que la dernière n’a pas été sali d’un remake 2010’s), excepté dépeindre une tranche d’âge américaine, romantisée à excès, entre soap populaire et problématiques contemporaines ? Guère plus en effet. Ce n’est pas parce que Monsieur Darren Star est homosexuel que ces séries s’adressent à un public essentiellement féminin. Si ? Évitons le cliché, même si lui peine à s’en défaire. Younger s’inscrit donc naturellement dans cette prolongation « narrative » et « existentielle » (on ne met jamais assez de guillemets dans nos vies). Après l’indépendance liée à l’adolescence au début de la décennie 90, l’emménagement et le jeune âge adulte à la fin de cette même décennie et la trentaine ou comment être femme new-yorkaise dans ce nouveau 21ème siècle, voici venu le temps de la quarantaine. Comment se reconstruire après un divorce lorsque l’on paraît presque la moitié de son âge en 2015 ? Sexe, ambitions et trahisons encore au rendez-vous…

Basée sur le roman de l’écrivaine Pamela Redmond Satran et inédite dans les pays francophones, Younger se focalise sur Liza Miller, 40 ans, mère célibataire et divorcée. Elle cherche un emploi dans l’édition et son âge pose problème. Évidemment, le monde a changé, twitter et les réseaux sociaux régissent nos vies urbaines. Le décalage est le principal, peut-être même le seul, ressort comique. S’il fonctionne relativement durant les trois premiers épisodes, la série prend ensuite un tournant dangereux que je nomme le stéréotype. Liza a l’incroyable chance de, naturellement, en paraître facilement 10, voire 15 de moins (il faut dire que l’actrice pratique la danse et le chant, prenez notes mesdames). Elle représente le cliché de la mère un peu has been qui fait tout pour se mettre à la page, copiner avec une collègue talentueuse et sortir avec un « womanizer » tatoueur. Enfin, on le croit pur et sincère, comme au premier jour, mais les hommes sont tous pareil, trop beaux et infidèles, friqués et stupides ou intelligent et étranger. Non ?

En voulant s’adresser à deux publics ciblé(e)s : les femmes middle aged qui ont peur de la fin de carrière, ou à l’opposé, celles qui sortent d’études et conquièrent la profession, Darren Star sombre dans les abysses de l’éculé et du presque niais. Alors oui, les trois premiers épisodes, on a envie d’y croire, il y a une certaine fraîcheur et l’empathie fonctionne à la manière d’un téléfilm de Noël tourné entre Manhattan et Brooklyn, mais l’écriture ne se démarque guère des poncifs pailletés. Représentations, trop lisses pour être crédibles, du « réussir à tout prix », environnement professionnel glamour (il n’y a qu’à voir sur les écrans, les secteurs sont toujours mode, édition ou judiciaire) et personnages sans réelle complexité. Il faut évoluer avec le public, et les trentenaires de Sexe In The City ont déjà 40 ans passés et vous en avez déjà 53, Monsieur Darren Star. Ses trois séries, précédemment citées, avaient ce quelque chose de subversif, « presque » authentique. Outrageous, comme ils disent (délirant, scandaleux) et addictive (pareil en français), mais la barre est loin d’être aussi haute et je doute que son nouveau show atteigne les même sommets, malgré une saison 2 déjà commandée et une bande son pop acidulée assez agréable…

Pointez le viseur entre Hot in Cleveland et The Exes et vous aurez un autre produit dérivé. Younger pour quarantenaires en mal être identitaire ou jeunes actives à la vie sentimentale fluctuante, on aurait vite fait de faire le tour alors que le sujet est bien plus complexe que la superficialité qui nous est proposée. Hilary Duff (Lizzie McGuire) et Nico Tortorella (The Following) à l’atout beauté indéniable sont les égéries modelées façon Disney Channel de cette jeunesse à qui tout réussi. Sutton Foster et Debi Mazar (Friends, Entourage, Castle) sont les pendants « pathétiques » en voie de reconstruction. Ne jetons pas la pierre sur cette première saison inégale, car malgré tout la série fait preuve d’un potentiel attendrissant. « Il n’est jamais trop tard pour bien faire » ? « Il n’y a pas d’âge pour aimer/apprendre » ? Si vous ne le saviez pas déjà… Souriez avant que la première ride n’apparaisse.

Diffusée depuis le 31 mars 2015 sur Tvland, tous les mardis en prime time. Une saison 2 de 12 autres épisodes a été commandée le 15 avril dernier.

Synopsis : Une mère de famille du New Jersey, fraîchement célibataire, décide de mentir sur son âge afin de se donner plus de chances de retrouver du travail. Avec un peu de maquillage, elle réussit à paraître vingt ans plus jeune…

Younger: Fiche Technique

Titre : Younger
Année : 2015
Format : 12 épisodes de 22 minutes
Origine : USA, d’après le roman Younger de Pamela Redmond Satran, tourné à NYC par Darren Star Productions et Jax Media
Réalisateur: Darren Star, Tamra Davis, Arlene Sanford, Peter Lauer, Steven Tsuchida et Tricia Brock
Musique : Chris Alan Lee et Peter Nashel
Casting: Sutton Foster (Liza Miller), Hilary Duff (Kelsey Peters), Miriam Shor (Diana Trout), Debi Mazar (Maggie), Nico Tortorella (Josh)
Scénaristes: Darren Star, Dottie Dartland Zicklin & Eric Zicklin, Rick Singer, Alison Brown
Producteurs exécutifs: Keith Cox, Larry W. Jones, Darren Star et Sheridan Thayer

 

 

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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