Alabama Monroe de Felix Van Groeningen

Alabama Monroe : une bombe sentimentale sur fond de musique

Synopsis : Bluegrass Didier (Johan Heldenbergh) et Élise (Veerle Baetens) vivent une histoire d’amour passionnée et rythmée par la musique. Lui est joueur de banjo dans un groupe de Bluegrass Country et vénère l’Amérique. Elle, tient un salon de tatouage et chante dans le groupe de Didier. De leur union fusionnelle naît une fille, Maybelle (Nell Cattrysse). Un couple fusionnel qui va être confronté à la très grave maladie de leur petite fille.

Alabama Monroe met la Belgique à l’honneur ! Quatre ans après La merditude des choses (premier film du cinéaste),le talentueux Felix van Groeningen réalise un véritable mélodrame, poignant, d’une force et d’une délicatesse extrêmes. L’histoire de ce beau film dépeint la rencontre d’un couple passionné, fusionnel, dont l’alchimie est sublimée à l’écran par l’interprétation remarquable de Veerle Baetens et de Johan Heldenbergh, en parfaite osmose. Ces acteurs sont tellement brillants que l’on oublie très vite qu’ils jouent un rôle. L’humanité des deux personnages crée une empathie immédiate et émeut le spectateur. La toute jeune Nell Cattrysse, livre également une prestation étonnante, qui vous demandera un effort personnel pour ne pas fondre en larmes.

Outre un casting formidable, l’intelligence du film tient en la destruction chronologique, qui transcende un scénario linéaire, et qui permet d’explorer les émotions et de varier les tons, la joie, la gaieté, le bonheur familial, puis la descente aux enfers, la déstructuration d’un couple face au drame, la tristesse, le malheur inéluctable… La musique Bluegrass est au final le cœur de cette belle histoire et transcende le drame; elle s’accorde parfaitement au tempo d’Alabama Monroe, et ponctue brillamment la variété des émotions fluctuantes des personnages, en permettant de cristalliser immédiatement un sentiment. La technique du film est sans défaut avec des tons sombres, un cadrage et des mouvements de caméra imperturbables. Dans une esthétique à la photographie irréprochable de Ruben Impens, le film prend des couleurs captivantes et des lumières rougies.

Alabama Monroe accède en son dénouement à une surprenante dimension onirique, par un mélange parfait des deux tons du film, une séquence criante de bonheur, et de tristesse. L’histoire est psychologiquement violente : c’est un film où le spectateur souffre avec les personnages, compatie à leurs malheurs. C’est un film dramatique d’une grande puissance émotionnelle, un discours à la fois réaliste, idéologique et utopique sur l’amour, le deuil et la religion, avec parfois quelques envolées d’humour. Il est presque nécessaire de découvrir une telle œuvre bouleversante, troublante et touchante, une ode à la vie et à la musique d’une poésie envoutante. Alabama Monroe est une révélation, un gros coup de cœur, un film magnifique, dont le sujet lourd est abordé ici avec force, sensibilité et élégance.

Fiche technique : Alabama Monroe

Titre original : (The Broken Circle Breakdown)
Réalisation : Felix Van Groeningen
Scénario : Carl Joos, Felix Van Groeningen
Interprétation : Veerle Baetens (Élise), Johan Heldenbergh (Didier), Nell Cattrysse (Maybelle)
Image : Ruben Impens
Son : Jan Deca
Montage : Nico Leunen
Musique : The Broken Circle Breakdown Band, dirigés par Bjorn Eriksson
Producteur(s) : Dirk Impens
Production : Menuet, Topkapi Films
Distributeur : Bodega Films
Date de sortie : 28 août 2013
Durée : 1h52

Festival

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