Sorti en salle le 15 février 2017, Loving, le dernier film de Jeff Nichols paraissait terriblement d’actualité tout en racontant une histoire qui a plus de 50 ans. Retour sur le film et la vision que tente de transmettre son réalisateur sur le racisme.
Loving est le cinquième long métrage du jeune réalisateur américain Jeff Nichols (38 ans). Originaire du sud des États-Unis, c’est à cette population et à ses coutumes qu’il s’intéresse au travers de tous ses films. Il y mêle aussi sa vie personnelle, (sa jeunesse dans Shotgun Stories, son adolescence dans Mud, son mariage dans Take Shelter et sa paternité dans Midnight Special) ainsi que ses interrogations et ses peurs. Son dernier film marque en cela une exception. En effet, même si l’histoire se déroule dans le sud des États-Unis, Jeff Nichols adapte ici une histoire vraie. Celle de Richard et Mildred Loving qui en 1958 décidèrent de se marier malgré les lois de l’Etat où ils vivaient qui interdisaient le mariage entre noirs et blancs.
Je trouvais que le meilleur moyen d’avoir une conversation politique était justement de ne pas en avoir du tout au sein même du film.
Jeff Nichols
Pour traiter son sujet, Jeff Nichols a recours à la simplicité. Il ne s’intéresse pas à la lutte judiciaire qui a eu lieu. Dans son film il privilégie les actes aux paroles. Des actes d’amour au sein du couple dont il montre le quotidien. Même si le récit du film est linéaire, Jeff Nichols évite les poncifs du genre en ne commençant pas le film par la rencontre du couple mais directement par leur mariage et montrant ainsi immédiatement le couple dans sa quotidienneté. Un couple introverti, replié sur lui-même au sein d’une communauté de seulement quelques membres dans la campagne de Virginie ne souhaitant pas s’intégrer davantage à la société mais voulant vivre ensemble et s’aimer. Ainsi, il met les gestes et les regards de ce couple en valeur.
Mais durant tout le film, il distille également quelques plans sur les regards et les gestes des habitants qui les entourent. Il montre les regards de la population locale sur ce couple qui lui ne les voit pas ou les ignore. Ici, Jeff Nichols évite encore une fois par sa simplicité un écueil de ce genre, celui de la violence. Ne montrant aucune violence physique faite au couple, il préfère s’interroger sur la violence symbolique.
La violence symbolique est une théorie du sociologue français Pierre Bourdieu qu’il développa durant les années 60 et 70. Selon cette théorie, les dominés au sein d’une société perçoivent la hiérarchie sociale comme légitime et naturelle et intègrent la vision que les dominants ont du monde via l’éducation et les médias. Et c’est l’utilisation de cette violence qui permet au film d’éviter les affrontements physiques et le manichéisme. Cette violence symbolique est présente dans le film avec les regards accusateurs des citoyens, collègues, amis, voisins blancs comme noirs qu’ils croisent ou encore par le shérif, le juge et l’Institution. Tout cela créant une paranoïa au sein du couple qui craint en permanence pour sa vie.
La violence symbolique provoque l’exclusion de toute une gamme de possibles politiques et sociaux en présentant comme évident, acquis et établi une fois pour toutes ce qui, en réalité, appartient à la vision du monde que partagent les forces sociales dominantes.
Pierre Bourdieu
Ici aussi, comme dans ses films précédents, Jeff Nichols embellit, la campagne américaine. Il va même plus loin en rendant oppressants les quelques passages du film en ville et en utilisant ces différents lieux pour personnifier l’état d’esprit de ses protagonistes. Ainsi, pour rejoindre la théorie de la violence symbolique, à la toute fin du film, lorsque Jeff Nichols filme la Cour suprême des États-Unis à Washington D.C., il montre au spectateur une Institution, un bâtiment, mais il ne montre plus des individus contrairement au premier passage chez le juge au début du film.
Jeff Nichols fait ici le choix de ne pas montrer les juges de la Cour suprême.
Pour finir, ce combat donne naissance à l’arrêt de la Cour suprême des États-Unis « Lovingv Virginia » en 1967 qui invalide toute loi qui apporterait des restrictions au droit au mariage en se fondant sur l’origine ethnique des époux. Cette loi va ainsi favoriser davantage de mixité sociale et devenir un symbole pour d’autres combats à venir.
Réalisation : Jeff Nichols
Scénario : Jeff Nichols
Interprétation : Joel Edgerton (Richard Loving), Ruth Negga (Mildred Loving), Nick Kroll (Bernie Cohen), Marton Csokas (Shérif Brooks), Michael Shannon (Grey Villet), Jon Bass (Phil Hirschkop)…
Photographie : Adam Stone
Montage : Julie Monroe
Producteurs : Marc Turtletaub, Nancy Buirski, Sarah Green, Colin Firth, Ged Doherty, Peter Saraf
Sociétés de production : Big Beach Films, Raindog Films
Distribution (France) : Mars Film
Festival et Récompenses : Sélection Officielle de Cannes 2016
Durée : 123 minutes
Genre : Drame, biopic
Date de sortie : 15 février 2017 États-Unis– 2016
À l’occasion de la projection de War on Everyone au Festival du Film Américain de Deauville, CineSeriesMag a eu l’occasion de rencontrer Alexander Skarsgård, Michael Peña et John Michael McDonagh.
Alexander Skarsgård est un acteur suédois ayant joué dans Tarzan, Melancholia, Battleship ou encore Zoolander 2. Parallèlement, Michael Pena est un acteur américain qui a joué dans Fury, Ant-Man ou Seul sur Mars. Enfin, John Michael McDonagh est un réalisateur irlandais qui a déjà réalisé deux films avant War on Everyone : The Guard et Calvary.
Synopsis : Le film nous raconte l’aventure de deux policiers corrompus de l’Alabama qui font vivre un enfer à la communauté qu’ils sont censés protéger… jusqu’à ce qu’ils rencontrent un gangster pire qu’eux.
La critique du film est à retrouver en cliquant ici.
Michael et Alexander, qu’est-ce qui vous a le plus attiré dans le scénario ?
Michael Peña : J’ai lu le scénario et l’ai trouvé vraiment politiquement incorrect. C’est ce que j’ai adoré. Mais il est également très drôle et très intéressant. Enfin, je l’ai trouvé très très chaud, ce qui n’est pas pour me déplaire ! *Rires* Puis, jouer des scènes où son personnage est bourré, c’est toujours agréable !
Alexander Skarsgård : Le scénario de War on Everyone est assez atypique. Il ne ressemble pas à des dizaines de films que l’on a pu voir auparavant. Dans ce scénario, on perçoit les inspirations, mais le film est tout de même singulier, drôle et puissant. John est un excellent réalisateur qui a su s’associer avec un bon scénariste. Il a vraiment tout pour plaire. Je précise qu’il ne m’a pas payé pour dire cela. *Rires*
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Aviez-vous peur de faire une nouvelle comédie, sachant qu’il y en a énormément qui sortent chaque année ?
Alexander Skarsgård : L’écriture et les idées de John sont si bonnes et agréables que vous ne pouvez pas refuser.
John Michael McDonagh : Personnellement, je trouve que mes comédies sont vraiment drôles. *Rires* Aux États-Unis, je trouve que beaucoup de comédies ne sont pas drôles, en raison de leur scenario. Les scénaristes ont tendance à faire passer les blagues au-dessus de leurs personnages pour faire rire les gens. C’est le cas dans toutes les sitcoms, où les personnages ne représentent rien, ils sont là pour faire rire le spectateur par les dialogues. À mon avis, c’est le personnage même qui doit rendre les choses drôles par ses humeurs. C’est le personnage qui rend une blague drôle, et non l’inverse. J’espère que j’ai réussi à le prouver dans War on Everyone.
Alexander Skarsgård : C’est comme ces réalisateurs qui font des blagues privées (private jokes) dans leurs films. Je n’en comprends pas l’intérêt puisque que le spectateur ne peut pas les comprendre. En fin de compte, beaucoup de blagues ne fonctionnent pas et le film semble raté, même si ce n’est pas foncièrement le cas!
Michael Peña : Pour ma part, j’ai un personnage qui est parfois drôle, ce qui fait de lui un être singulier. Il se croit très intellectuel en utilisant des mots compliqués et de belles phrases. Alors le spectateur pense qu’il est stupide. Mais il est vraiment intelligent. On peut douter de ce fait, mais c’est la réalité!
Bob n’est jamais confiant parce qu’il dit «Je veux être intelligent, je dois être intelligent et je dois montrer aux autres que je le suis. » En outre, sa couleur de peau ne joue pas en son avantage. D’ailleurs, je ne sais pas si vous avez remarqué que j’ai des origines mexicaines? *Rires*
Alexander Skarsgård : Oh ! J’avais jamais remarqué ça avant ! *Rires*
Quand on vous écoute répondre aux questions, vous parlez beaucoup des personnages et comment ils doivent être interprétés, comment un acteur devrait appréhender un rôle. Vous êtes tous un peu sur la même longueur d’onde. Même si le film n’est pas encore sorti, avez-vous l’intention de travailler ensemble dans l’avenir ?
Alexander Skarsgård : Je pense que John va d’abord voir s’il a gagné assez d’argent avec ce film et si nos interprétations lui ont permis de devenir riche. *Rires* Mais bien sûr, ce serait un plaisir de refaire quelque chose avec lui, mais aussi avec Michael. Ce sont deux grandes personnalités du cinéma.
John Michael McDonagh : En parlant d’argent, je voudrais prendre ma retraite dans 5 ans, avoir assez d’argent pour pouvoir aller en Australie, ou je ne sais où. Mais oui, j’aimerais travailler avec eux à nouveau. C’était un peu stressant mais très gratifiant. J’étais mécontent de certaines personnes de l’équipe technique, mais je me rends compte que je n’ai jamais eu de problème avec les acteurs de mes films. J’ai toujours su bien m’entourer. Je pense que pour faire quelque chose de bien, il faut débattre avec les acteurs et c’est à ce moment que je remarque qu’ils veulent le meilleur pour le film. Ils veulent que le film soit le meilleur possible, en s’impliquant au maximum.
Michael Peña : Je t’en prie John, nous étions là pour ça. Mais sinon, ce serait un vrai plaisir pour moi aussi.
Pensez-vous être les nouveaux «Starsky et Hutch» ?
Alexander Skarsgård : Non, ils sont malheureusement meilleurs que nous ! Et puis, nous n’avons pas la même voiture qu’eux ! Nous serons les nouveaux Starsky et Hutch quand nous aurons une voiture aussi classe !
John Michael McDonagh : La voiture de War on Everyone est quand même pas mal du tout…
Michael Peña : Je me demande même si nos deux personnages ne sont pas exactement les opposés de Starsky et Hutch. Je sais que si nous nous trouvions face à eux, nous les battrions sûrement et nous prendrions toute leur cocaïne parce qu’ils vivaient dans les années 80. Les années 80, c’était le paradis pour ceux qui voulaient prendre de la cocaïne! On se demande souvent comment Starsky et Hutch font pour être si rapides, mais en fait, ils peuvent remercier la cocaïne ! Ensuite, nous irions encore boire un verre avec eux. Sérieusement, je suis un fan de cette série télévisée et de ces gars. Mais attention, je ne parle pas du film avec Ben Stiller et Owen Wilson !
Merci à Aude Dobuzinskis et Darkstar de nous avoir permis de faire cette interview.
Suite d’un premier opus qui n’a pas fait l’unanimité, Boule et Bill 2 ne surprend à aucun moment et s’avère être une mauvaise comédie qui ne rend pas honneur à la bande-dessinée dont elle est tirée.
Synopsis : La famille de Boule mène une existence aussi heureuse que paisible. Bill est parfaitement intégré dans cette petite famille, Boule travaille bien à l’école, sa maman donne des cours de piano à domicile tandis que son père est un dessinateur reconnu. Tout bascule lorsque l’éditrice de ses bandes dessinées, bourrue et acariâtre, rejette le travail du père de Boule. Elle y voit une grosse panne d’inspiration due au fait que sa famille vit dans un bonheur très négatif sur sa créativité. Le père de Boule revient à la maison avec la ferme intention de réveiller sa famille de ce bonheur en générant un grand nombre de « bêtises ». Boule et Bill mais aussi la maman vont également se mettre à faire dérailler ce « bonheur » familial jusqu’à l’explosion.
Après un premier opus très décevant et sans saveur, Boule et Bill 2 s’annonçait dans la même continuité du long-métrage d’Alexandre Charlot et Frank Magnier. Cette fois réalisée par Pascal Bourdiaux, la suite des aventures du rouquin et de son cocker ne garde que Frank Dubosc dans le rôle du père de Boule, Mathilde Seignier Seigner reprenant le rôle de Marina Fois Foïs et Boule passant de Charles Combrez à Charlie Langendries, qui fait ainsi ses débuts au cinéma. Cette nouvelle adaptation de l’oeuvre homonyme de Jean Roba s’inscrit dans un cinéma français qui puise de plus en plus son inspiration dans les bandes dessinées franco-belges. On a pu voir défiler au cinéma les aventures d’Astérix et Obélix, des Profs, de Benoit Brise-fer et bientôt de Spirou et Fantasio, le Petit Spirou ou encore Valerian et Laureline. Le 9ème art représente un vivier exceptionnel pour les cinéastes, pour le meilleur et pour le pire.
Attention chien dangereux
Alors que vaut cette suite ? Pas grand chose. Pour discuter de la qualité du film, il faut avant tout interroger sa raison d’être. Le premier opus faisait concluait l’histoire avec la famille heureuse telle qu’on la connaît dans la bande-dessinée. Le foyer bien installé, il n’y avait alors plus aucune raison de filmer la famille Roba. Les producteurs avaient donc deux solutions, soit développer l’aventure dans un autre milieu apportant ainsi de nouvelles thématiques, soit ne pas faire de suite afin de pas abîmer encore plus l’oeuvre originale. Si Boule et Bill 2 sort au cinéma, c’est qu’aucun de ces deux choix n’a été retenu. Les presque 2 millions d’entrées du premier film ont motivé un deuxième film, qui décide de placer son histoire dans une banlieue tranquille, ne s’éloignant que très peu de l’univers du premier film. De par ce postulat, Boule et Bill 2 est avant tout une comédie très ennuyeuse qui peine à offrir une intrigue intéressante. L’absence d’utilité d’un deuxième opus se dessine à travers une mise en abyme volontaire ou non.
Au début du film, le père de Boule, dessinateur de bande-dessinées inspirées de sa propre vie, est convoqué par son éditrice. Elle annonce la couleur : « sa bande-dessinée est ennuyeuse car trop niaise et pas assez malheureuse ». Ce constat vaut également pour le film. Une des intrigues consistera donc à voir Frank Dubosc faire des pieds et des mains pour apporter du malheur et du rythme à sa vie trop tranquille. L’analogie se fait directement avec les auteurs du film. Tout le long-métrage est une vague tentative d’insuffler un but et des actions à un film qui n’a rien à raconter. On voit très péniblement Dubosc cabotiner pour provoquer des réactions dans sa famille, de la même manière qu’on voit le film boiter pour offrir quelque chose aux spectateurs. Boule et Bill 2 donne l’impression d’être la commande d’une éditrice en colère qui va pousser ses auteurs à faire du remplissage sans avoir aucune idée de ce qui doit être raconté.
N’est pas film qui veut
Le film devient alors une succession de petits gags sans aucun lien narratif qui peine à attacher le spectateur à des enjeux ou personnages. Si la bande-dessinée n’était parfois constituée que de gags en quelques cases, il est une lapalissade de dire que la bande-dessinée et le cinéma sont deux arts différents, fonctionnant sur un schéma très distinct. Là où le film aurait pu puiser dans les longs albums d’aventure de Boule et Bill afin d’offrir une certaine consistance, il préfère se complaire dans les gags faciles et lourdingues. Et ici est souligné le principal problème des adaptations de bandes-dessinées. Ce qui marche dans les pages d’une BD ne fonctionne pas pour autant sur le grand écran. Un long-métrage ne peut se suffire d’être un défilé de courtes situations. Le problème de Boule et Bill 2 n’est pas d’être une mauvaise adaptation, mais de ne pas exister en tant que long-métrage cohérent. L’argument de » c’est un film pour enfants » est irrecevable. « Films pour enfants » n’est pas synonyme de films crétins ou de films inconsistants. Une oeuvre peut être légère et destinée aux enfants, sans complaire dans l’humour pipi caca. On peut néanmoins reconnaître certaines qualités à Boule et Bill 2. Les enfants se retrouvent bien plus convaincants que les adultes, mention spéciale au très bon Charlie Langendries (Boule). On retrouve une certaine sensibilité et nostalgie dans les amourettes et querelles de cour de récré.
Bien que pavé de bons sentiments, Boule et Bill 2 tente d’exister tout en ayant rien à raconter.
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Boule et Bill 2 : Bande-annonce
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Boule et Bill 2 : Fiche technique
Réalisation : Pascal Bourdiaux
Scénario : Benjamin Guedg d’après l’œuvre de Jean Roba
Interprétation : Franck Dubosc (Pierre Roba), Mathilde Seigner (Carine Roba), Jean-François Cayrey (Antoine Bérigaud), Charlie Langendries (Boule), Manu Payet (Bill), Nora Hamzawi (Diane Duffosoir)
Photographie : Axel Cosnefroy
Chef monteur : Audrey Simonaud
Compositeur : Mathieu Lamboley
Chef décorateur : Maamar Ech-Cheikh
Chef costumier : Laurence Chalou
Producteurs : Cyril Colbeau-Justin et Jean-Baptiste Dupont
Production : LGM Cinéma, Pathé, CN5 Productions, TF1 Films Production
Société de distribution : Pathé Distribution
Genre : Comédie
Durée : 86 minutes
Date de sortie : 12 avril 2017
Au premier abord, 13 Reasons Why aurait pu passer pour un énième teen drama façon Pretty Little Liars mais la série s’en sort plutôt bien en jouant sur des scènes choc, une bande son rétro originale et quelques dialogues mordants.
Welcome to your tape !
13 Reasons Why n’échappe pas au poids de la culture américaine et de la génération Y. C’est d’ailleurs le sujet de la série. A travers 13 cassettes, la défunte Hannah décrit sa vie d’ex-lycéenne et pose un regard critique sur ses pairs. Et pendant peut-être trop d’épisodes, le scénario nous déballe sa tripoté de clichés et de personnages stéréotypés : des armes à feu en veux-tu en voilà, des grosses voitures, des ados populaires parce que sportifs…ou riches…ou les deux, un gringalet souffre-douleur (et un peu lourd si possible) ou encore un conseiller d’éducation tendance psychologue et bon copain (rien à voir avec nos braves CPE). Sans oublier la jolie nouvelle de l’école, la bonne copine et le héros bien sous tous rapports. La vie de l’école est rythmée par des rassemblements populaires et artificiels comme LE bal du lycée, les concours et autres matchs censés faciliter l’intégration et…l’amitié ! Et à plusieurs reprises, cette théorie sera avancée par des parents aussi crédules qu’égocentriques – sauf quand il s’agit de s’extasier devant la beauté ou la réussite de leur progéniture (ah non, en fait, ça aussi c’est égocentrique…).
13 Reasons Why ne traite pas seulement du harcèlement et cette accumulation de poncifs n’a d’autre objectif que de pointer du doigt les dangers du système scolaire. Seulement voilà, même si la série met certaines vérités à nu, cette démarche perd de son efficacité dès lors qu’elle s’entête à s’attaquer à tout et en même temps.13 Reasons Why ou le Top 10 des pièges de l’adolescence ! A plusieurs occasions, l’émotion et la crédibilité pâtissent de ces campagnes de prévention contre la drogue, le sexe, l’alcool (au volant et ailleurs), l’homophobie, le harcèlement (scolaire et sexuel), le suicide, la violence, l’isolement… Il ne manquait que la cigarette sauf qu’aux EU, personne ne fume (autre cliché) ! Ainsi, malgré ces rappels à l’ordre multiples et virulents, le spectateur reste à distance du sujet. La plupart du temps.
L’adolescent c’est l’être bouleversé, déboussolé par excellence… (Marc Doré)
De façon plus insidieuse, la série aborde aussi la négligence parentale, les limites de l’école et les défauts d’un système qui prône l’excellence, aggravant une difficulté déjà existante : le mal-être propre à l’adolescence. Comme il sera dit à maintes reprises au fil des épisodes : tous les jeunes ont des problèmes mais chacun y réagit différemment. 13 Reasons Why s’intéresse aux réactions d’Hannah, sa conception de la vie, sa perception des choses, sa gestion du mal-être. Ce personnage ambivalent (et l’interprétation de la jeune Katherine Langford) est un des points forts de la série. Hannah est une jeune femme complexe, tantôt futile, tantôt intelligente mais des choix malheureux conditionnés par son besoin d’appartenance au groupe vont contribuer à la faire chavirer. Evidemment, la jeune femme n’est en rien coupable des actes cruels de ses pairs. Ainsi, dans un environnement factice et néfaste où la communauté prime sur l’individu, où il est mal vu d’être solitaire et où les associations et autres thérapeutes sont préférés au dialogue avec un proche, ce mal ne peut qu’accroître.
Autre bon point de la série : ses musiques rétro rocks initiées par Tony Padilla (Christian Navarro), un personnage tout aussi cool et atypique. Dès le début, la chanson de Joy Division Love will tear us apart nous transporte littéralement dans une autre époque, un autre monde. Ces choix musicaux confèrent à 13 Reasons Why une tonalité mélancolique et rebelle qui correspond assez à l’état d’esprit des deux héros. Clay ne cherche pas à s’identifier au groupe, il se suffit à lui-même et, en cela, il se pose comme un marginal. Hannah est capable de porter un jugement pertinent sur la vie et les autres même si elle est parfois inapte à prendre les décisions qui s’imposent. Ajoutez à cela leurs répliques piquantes et spirituelles et on ne pourra nier que, par moment, 13RW parvient à nous toucher en profondeur. Nous toucher en profondeur, voilà l’autre objectif de ce show. Dans les derniers épisodes, la série poussera le vice jusqu’à nous dévoiler des images bouleversantes, sensiblement violentes et certains épisodes seront d’ailleurs précédés d’un avertissement somme toute légitime.
Même physionomie, même dégaine et même état d’esprit ; il nous a fallu pas moins d’un épisode pour assimiler le personnage de Clay à celui de Charlie de TPOBAW (Le Monde de Charlie) durant toute la première partie de la saison.
Errances existentielles de lycéen américain typique, tous deux ont connu le suicide d’un proche, tous deux sont au lycée, et tous deux connaissent les dédales de l’anxiété.
La noirceur et la sensibilité des sujets traités est bien marquée, ce sont deux adaptations d’un best-seller certes, mais il a manqué à 13RW un aspect de réalité et de sincérité qui nous a obligé à la comparaison.
Les tribulations de Hannah, ne sont que très peu réalistes, autant certaines relèvent du harcèlement moral et l’on en comprend la portée et l’objectif, autant d’autres nous paraissent peu touchantes et nous laissent perplexes face aux réactions de Clay.
Réactions jouées par Dylan Minnette qui avaient tout des réactions de Logan Lerman (acteur principal de TPOBAW). La réalisation et ces moult flash-backs sont bien les seules clés qui nous ont permis de nous détacher un peu du teen-movie.
Toutefois, le monde de Charlie est bien plus beau que celui de Clay, celui-ci n’a que très peu d’amis, voire pas du tout, et il sombre de plus en plus dans la dépression au lieu d’en sortir.
À voir si une deuxième saison est envisageable, au vu du best-seller qui ne nous en apprend pas davantage que la saison 1.
Devant la multitude de catastrophes qui obscurcissent cette vie de lycéen lambda, nous sommes en droit de douter voire de déchanter. Toutefois, par son sujet poignant et ses images révoltantes, 13 Reasons Why aura su nous surprendre et nous piquer en plein cœur, cela est indéniable.
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13 Reasons Why : Bande-annonce
https://www.youtube.com/watch?v=6ILJ7IqoSIU
Synopsis : Après le décès brutal de sa camarade de lycée, Hannah Baker, Clay reçoit une boîte renfermant des cassettes enregistrées par la défunte. Avant de se donner la mort deux semaines plus tôt, Hannah confiait sur bande-sonore les treize raisons de cet acte dramatique. Clay serait-il l’une d’entre-elles ?
13 Reasons Why : Fiche technique
Titre Original : 13 Reasons Why
Chaîne de Diffusion : Netflix
Créateur : Brian Yorkey (D’après le livre de Jay ASHER)
Showrunners : Brian Yorkey, Selena Gomez, Diana Son, Kyle Patrick Alvarez, Gregg Araki, Carl Franklin, Tom McCarthy, Helen Shaver, Jessica Yu
Scénario : Elizabeth Benjamin, Diana Son, Thomas Higgins, Nathan Jackson, Nathan Louis Jackson, Kirk A. Moore, Nic Sheff, Hayley Tyler
Production : Selena Gomez, Tom McCarthy, Diana Son, Brian Yorkey, Many Teefey, Michael Sugar, Kristel Laiblin, Joy Gorman Wettels
Maisons de production : Kicked to the Curb Productions, Anonymous Content, July Moon Productions, Paramount Television
Genre : Drame
Casting : Dylan Minnette …. (Clay Jensen)
Kathryn Langford …. (Hannah Baker)
Christian Navarro …. (Tony Padilla)
Alisha Boe …. (Jessica Davis)
Brandon Flynn …. (Justin Foley)
Justin Prentice …. (Bryce Walker)
Miles Heizer …. (Alex Standall)
Ross Butler …. (Zach Dempsey)
Devin Druid …. (Tyler Down)
Amy Hargreaves …. (Lainie Jensen)
Derek Luke …. (Kevin Porter)
Kate Walsh …. (Olivia Baker)
Nombre d’épisodes : 13 (1 saison)
La musique de Zone Blanche, la nouvelle série événement de France 2, déboule dans les bacs dans un double album aux couleurs du drapeau américain.
Dès les premières notes du thème principal, on ne peut s’empêcher de penser à l’ouverture de Délivrance et à son fameux duel de banjo. La mélodie acoustique rappelant les vieux films américain des seventies est agréablement soutenue par des nappes de claviers et de violons discrètes. La suite confirme l’essai. L’efficacité des compositions, de l’orchestration aux synthés, en passant par les percussions et les guitares basses et banjo est rafraîchissante. Aux deux premiers titres beaux et planants du score, succèdent des plages d’angoisse évoquant le meilleur de Marc Snow (compositeur de la série X-files).
Sans avoir vu les images des épisodes dont elles sont issues, on devine aisément les morceaux de bravoure ou les cliffhangers de fin d’épisode. Couzinier et Kooshmanian, les deux compositeurs, n’ont clairement pas à rougir de leurs influences tant leur œuvre est maîtrisée. La piste « La scierie » et ses accents électriques témoigne de l’ambition et de la richesse du score. Quand on mélange les origines rock et punk de Thomas Couzinier à l’éclectisme musical de son compère Frédéric Kooshmanian (le bonhomme est passé d’un apprentissage du piano et du jazz aux mains de Bernie Bonvoisin (Trust) puis du rhythm & blues à la world music (pour finir comme compositeur de pubs et de films), le résultat ne peut qu’être surprenant.
«Le choix s’est porté sur des guitares acoustiques et électriques, des orgues d’église et des instruments à cordes (violon, contrebasse) en formation d’orchestre de chambre. Nous avons volontairement fait ressortir des vibrations, des crépitements et le souffle des instruments [puis] travaillé sur un mélange de sons naturels (des cordes frottées et frappées, des tambours indiens ainsi que des timpani) et de sonorités synthétiques (basse, écho distordu, texture).» (T.Couzinier/F.Kooshamanian)
L’Amérique n’est jamais loin du viseur des compositeurs ni de celui des réalisateurs, comme le prouve l’ajout de titres du répertoire US allant de la pop-rock à la country en passant par le vieux blues cradingue de Goulstone et ses guitares saturées.
Si la série bénéficie d’un travail aussi poussé et efficace que celui de son score, nul doute que Zone blanche sera la série française à suivre. En tout cas son double album, contenant d’un côté le score et de l’autre sa galette compilation de chansons américaines, est un achat que l’on recommande chaudement.
La musique de Zone Blanche a d’ailleurs été récompensée au Festival international des programmes audiovisuels à Biarritz en recevant le FIPA d’Or !
Synopsis : Tom Keen rejoint Halcyon Aegis, une organisation de mercenaires dirigée par sa mère, Susan Hargrave. Son but : percer les zones d’ombre de son passé et découvrir ce qui est réellement arrivé à son père en infiltrant l’équipe d’Hargrave, qui s’est donnée pour objectif de racheter ses actions passées en menant des missions périlleuses.
A tous ceux assez curieux de découvrir ce à quoi la série The Blacklist ressemblerait sans son personnage emblématique Raymond Reddington (James Spader – Avengers, Lincoln, Boston Justice, The Practice), The Blacklist : Redemption, créée par Jon Bokenkamp et John Eisendrath, leur est servi sur un plateau d’argent.
Présentée aux spectateurs de la série mère l’année dernière lors d’un épisode spécial, TheBlacklist dévoilait déjà l’intrigue qu’allait camper son spin-off, Redemption, consacré au personnage de Tom Keen (interprété par Ryan Eggold – 90210). Tom était pendant cet épisode recruté par Susan « Scottie » Hargrave (Famke Janssen – GoldenEye, Taken, X-Men, Hemlock Grove, How to get away with murder), co-présidente avec son mari d’une agence centrale d’information, Halcyon Aegis, pour traquer quelqu’un et elle lui proposa à la fin de rejoindre la société Hargrave de façon permanente. L’espion refusa son offre. Or, c’est à l’occasion de cette rencontre qu’il apprit par Reddington que Scottie était sa mère biologique. Une information inconnue de celle-ci. Et c’est là où repose toute la trame de TheBlacklist Redemption. Tom qui s’avère en fait être Christopher Hargrave, a disparu lorsqu’il était encore enfant. Plus tard, l’homme prétendument responsable de l’enlèvement de Christopher était innocenté. On apprenait aussi lors de cet épisode que le faux kidnappeur avait accepté de prendre le blâme pour des raisons jusqu’alors inexpliquées. Et voici comment se crée une histoire bien ficelée et semblable au drame familial d’Elisabeth Keen, personnage principal de TheBlacklist et épouse de Tom Keen.
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La théorie du complot qui tourne autour de la disparition de Tom prend un tout autre tournant lorsque celui-ci découvre au début du premier épisode du spin-off que son père, le milliardaire Howard Hargrave (joué par le vétéran des séries Terry O’Quinn – Hawaii 5-O, Lost, A la Maison Blanche, Alias, Jag, X-Files, Millennium), est vivant et se cache de sa femme qu’il accuse d’être responsable du crash de son avion. Pour quelle raison aurait-elle voulu la mort de son mari ? Howard charge son fils de découvrir la vérité en rejoignant l’équipe de son épouse. Une infiltration qui permettrait aussi à Tom d’en apprendre plus sur sa véritable identité, les circonstances mystérieuses de sa disparition et sur son énigmatique mère, qui se révèle être le véritable centre d’attention de cette série. Espionne hors pair, l’intimidante et charismatique, Scottie surprend néanmoins son fils au fil du temps passé à ses côtés par la bouleversante peine qu’elle semble traverser suite à la perte de son fils et la « mort » de son mari. Jeune veuve et mère éplorée, Susan Hargrave se plonge dans le travail et s’improvise gourou en matière d’espionnage pour son nouveau poulain, Tom. Une relation tortueuse se développe dès lors entre Tom et sa maman, procurant ainsi une dynamique particulièrement intéressante et louable, qui se distancie à sa façon de TheBlacklist.
The Blacklist : Redemption repose de fait sur le dysfonctionnement et le mystère familial des Hargrave. Ce qui fournit un poids émotionnel à la série. Mais, fidèle à sa sa série mère, le spin-off se base aussi sur l’activité d’espionnage de ses protagonistes. Telle mère, tel fils, Tom et Scottie forment un tandem de choc lors des missions opérées pour l’Organisation de mercenaires Halcyon Aegis, et les deux personnages finissent de convaincre les téléspectateurs de l’indéniable alchimie qu’il y a entre Famke Janssen qu’on ne présente plus, et le très charmant Ryan Eggold qui a pris du galon depuis son rôle du professeur Ryan Matthews dans Beverly Hills : Nouvelle Génération. On apprécie notamment la drôle de relation entre lui et son ennemi juré, le dangereux Matias Solomon (Edi Gathegi – StartUp, Into the Badlands, X-Men, Twilight, Dr House, Gone Baby Gone). Leurs échanges, remplis de piques toutes plus marrantes les unes que les autres, offrent à la série un peu de légèreté et terminent de parfaire ce spin-off qui n’a rien à envier à TheBlacklist.
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Bande annonce, The Blacklist : Redemption :
Fiche Technique, The Blacklist : Redemption
Créateur/Showrunner : Jon Bokenkamp, John Eisendrath
Scénario : Jon Bokenkamp, John Eisendrath, Lukas Reiter et J.R. Orci
Interprétation : Ryan Eggold (Tom Keen), Famkke Janssen (Susan « Scottie » Hargrave), Edi Gathegi (Matias Solomon), Terry O’Quinn (Howard Hargrave), Tawny Cypress (Nez Rowan), Adrian Martinez (Dumont)…
Montage : Nicole Brik, Nina Gilberti, Orlando Machado Jr.
Musique : Dave Porter
Direction artistique : Bob Berg
Production : David Amann, Jon Bokenkamp, John Eisendrath, JR Orci, Jon Fox…
Diffuseur : NBC
Genre : Action, Crime, Drame
Format : 8 épisodes de 42 minutes environ
Et c’est reparti pour six mois d’attente avant de retrouver la série créée par Frank Darabont et Robert Kirkman, The Walking Dead, qui vient de s’achever aux Etats-Unis. Et si l’amour que l’on voue à cette série ne nous l’interdisait pas, on pourrait qualifier de lamentable cette saison.
Après le dénouement salvateur de Glenn qui se trouvait finalement sous une benne à ordures à la fin du mid-season, The Walking Dead saison 6, s’était terminée sur un cliffhanger à la fois décevant et choquant : on se demandait qui avait fait connaissance avec Lucille. Six mois plus tard, au début de cette saison 7, on apprenait que la malheureuse rencontre concernait Abraham et Glenn. Une mort fatale pour nos deux héros qui, pour beaucoup, ne méritaient pas une fin aussi mal construite d’un point de vue narratif. Alors, la question était de savoir si le showrunner de la série, Scott Gimple, allait se rattraper – ou en tout cas essayer – avec une saison 7 détonante où ENFIN la bande à Rick Grimes se vengerait. Que nenni. The Walking Dead saison 7 est restée à la hauteur du cliffhanger saboté de la saison 6.
Composé d’épisodes filler (en anglais), à comprendre des épisodes où l’arc narratif ne fait pas avancer l’histoire mais semble ne servir qu’à faire un épisode de plus sans volonté aucune de produire un contenu de qualité, de poids, de valeur. L’excellence n’est-elle pas recherchée à chaque fois dans l’art visuel ? Il semblerait que pas forcément au vu de cette saison au rythme particulièrement lent. Et c’est là où le bât blesse. On savait que The Walking Dead était une série dont l’action était parfois parsemée d’épisodes lents mais ces épisodes souvent indépendants de l’histoire (en exemple, l’épisode « Here’s not Here » consacré à Morgan et sa rencontre fortuite avec Eastman, l’épisode « Still » de la saison 4 sur le binôme Beth et Darryl ou l’épisode « The Grove » saison 4 sur Carol et Tyreese et leur périple avec les petites Mika, Lizzie et Judith) restaient intéressants et formidables à voir. Mais ça, c’était avant, dans la mesure où, alors qu’on marchait avant à pas mesuré, on marche dorénavant au pas.
Alors, une perte de temps cette saison 7 ? Pas vraiment. En effet, alors que nos héros ont passé la majorité de leur temps à pleurer la mort de leurs camarades et à s’apitoyer sur leur sort tout en tremblant rien qu’à la pensée de la nouvelle terreur du quartier, Negan, cette saison fut aussi l’occasion de nous présenter des nouvelles communautés : le Sanctuaire où vivent Negan et ses sous-fifres, les Saviors ; le Royaume d’Ezekiel où Morgan et Carol trouvent refuge ; Oceanside composée de « wannabe » valkyries qui accueillent pendant un temps Tara ; et les Scavengers de l’intrépide Jadis. On connaissait déjà le groupe des Wolves, disparu du jour au lendemain sans laisser de traces (Heath où es-tu passé ?) à la mort de leur leader Owen lors de l’épisode « No Way Out », et la colonie du Hilltop avec le charismatique Paul « Jesus » Rovia dont on savait qu’on en apprendrait plus pendant cette saison. Or, il va falloir dorénavant aussi compter sur toutes ces autres communautés pour conter le nouveau paysage de The Walking Dead.
La promesse d’une insurrection à l’encontre de Negan et son groupe est renforcée au fur et à mesure des épisodes, avec notamment la découverte de certaines de ces nouvelles colonies sous le joug de l’homme à la batte barbelée. Toutefois, il est désormais aisé de dire que cette saison a manqué à sa promesse avec un épisode final où le combat tant attendu n’eut aucun impact tendant à assouvir la soif de vengeance suite à la mort d’Abraham et Glenn et l’humiliation vécue. Certains diraient qu’on a été chanceux de ne pas vivre un nouveau cliffhanger loupé mais la narration de cette fin de saison a raté le coche et cela mérite d’être relevé. Après la mort de nos deux héros, 15 épisodes plus tard, c’est un personnage certes de poids mais définitivement secondaire qu’on voit mourir : Sasha. La belle avale le poison concocté par Eugene afin de ne pas servir d’arme dans la stratégie de menace du machiavélique Negan. Elle se sacrifie pour ses amis mais sa mort n’émeut malheureusement pas et n’est pas une surprise, surtout que l’on savait déjà que Sonequa Martin-Green avait un nouveau show en production sur CBS, Star Trek : Discovery, d’où son départ. La trahison de Jadis des Scavengers ne surprend pas non plus, opportuniste jusqu’à la moelle, on ne pouvait que s’attendre à une bassesse de la sorte de sa part.
L’intrigue autour de Negan n’en serait donc qu’à son début. Il est suggéré et même normal que son personnage soit présent pendant un certain nombre de saisons. Même le gouverneur, autre grand vilain de cette série, a fait plus d’une saison. Toutefois, Negan semble intouchable et l’effroi qu’il insuffle sur son passage suffit à étouffer toutes formes de rébellion à son encontre. Fort d’une interprétation mesurée de Jeffrey Dean Morgan, Negan, le tyran au sourire narquois se prend néanmoins d’ « affection » tout au long de cette saison pour certains personnages. Ses préférés, Daryl et Carl se retrouvent d’ailleurs à cette occasion sous le feu des projecteurs du radar Negan, et font partie des « veinards » qui voient l’intérieur du Sanctuaire. Le premier en tant que prisonnier/esclave, le second en tant qu’invité d’honneur.
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Il est d’ailleurs intéressant d’observer le développement de nos héros. Certains se retrouvant beaucoup plus grandis suite à la récente tragédie du début de saison comme Maggie, Carl et Michonne, tandis que d’autres semblent souffrir de PTSD : Rosita, Sasha, Daryl et Rick. Et le chemin parcouru par chacun d’entre eux afin de se remettre du traumatisme vécu, les mènera à s’accorder sur un point : la vengeance a sonné. Concernant Sasha qui tire sa révérence cette saison, on observe que ce n’était pas la première fois (à la mort de son frère Tyreese et à celle de Bob) que des idées suicidaires lui traversaient l’esprit et le fait qu’elle soit partie de ce monde en offrant un angle d’attaque surprise à sa bande, lui prodigue une fin noble. Eugène quant à lui reste fidèle à lui-même. Il n’a jamais prétendu être un dur à cuir et assume être un lâche…intelligent. Le scientifique ira toujours où l’herbe est plus verte après moults analyses et pronostics. Toutefois, sa dernière conversation avec Sasha laisse suggérer qu’une rédemption est possible pour lui. La désormais martyre lui dit qu’elle croit toujours en lui. Et ça, de la bouche de la compagne de son ancien ami, Abraham, ça devrait valoir quelque chose. Ainsi, celui qui aime désormais proclamer être un Negan rejoindra-t-il les rangs de la résistance contre son maître avec Dwight ? Ce dernier termine justement cette saison en repenti, proposant ses services au camp d’Alexandria. Devenu l’ennemi juré de Daryl lorsqu’il tuait Denise avec son arbalète, Dwight aura cependant du chemin à faire afin de se faire pardonner aux yeux du motard, et surtout de Tara.
Une saison beaucoup plus lente que les précédentes donc, mais un point reste inchangé dans la narration de The Walking Dead : le combat entre le bien et le mal. Quand Aaron rencontre Rick et son groupe au début de la saison 4, l’ancien policier lui dit « We are the walking dead », parfaitement conscient que les humains survivants de cet apocalypse sont en fait les véritables dangers de cette série. Les zombies sont d’ailleurs une espèce en voie de disparition au fur et à mesure des saisons. Relégués au second plan, comme une image de fond ou un moyen de fournir à l’occasion des scènes d’action grandioses, les zombies se révèlent être moins dangereux que les humains. L’Enfer ici c’est littéralement les autres. D’un méchant à un autre, nos héros enchaînent les guerres avec des communautés. Negan, dernier méchant, n’échappe pas à la règle et nous pousse à nous demander ce que les producteurs de la série ont encore en réserve pour nous d’ici la fin, surtout quand on sait que Scott Gimple disait lors du PaleyFest à Los Angeles que The Walking Dead pouvait encore continuer 20 ans.
En tout cas, pour l’instant, comme un phénix qui renaît de ses cendres, la bande d’Alexandria s’en va en guerre contre le vil Negan et nos pop-corn attendront la rentrée prochaine pour être dévorés. En espérant que les producteurs de la série apprennent de leurs erreurs et écoutent les plaintes et lamentations des fans du show.
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Création : Frank Darabont, Robert Kirkman
Réalisation : Gwyneth Horder-Payton, Gregory Nicotero, Ernest Dickerson
Scénario : Charlie Adlard, Frank Darabont, Robert Kirkman, Tony Moore, Gregory Nicotero
Interprétation : Andrew Lincoln (Rick), Norman Reedus (Daryl), Steven Yeun (Glenn), Chandler Riggs (Carl), Melissa McBride (Carol Peletier), Lauren Cohan (Maggie Greene), Danai Gurira (Michonne), Lennie James, Sonequa Martin-Green(Sasha Williams), Alanna Masterson (Tara Chambler), Michael Cudlitz (Abraham Ford), Josh McDermitt (Dr Eugene Porter), Christian Marie Serratos (Rosita Espinosa), Seth Gilliam (Gabriel Stokes), Ross Marquand (Aaron), Austin Nichols (Spencer Monroe), Tom Payne (Paul « Jesus » Rovia), Austin Amelio (Dwight), Xander Berkeley (Gregory), Jeffrey Dean Morgan (Negan), Khary Payton (le roi Ezekiel).
Effets spéciaux : KNB EFX, Gregory Nicotero, Stargate Studios
Musique : Bear McCreary
Production : Robert Kirkman, Frank Darabont, David Alpert, Charles H. Eglee, Gale Anne Hurd, Gregory Nicotero
Genre : horreur, drame, science fiction
Diffusion originale : 23 octobre 2016 – 2 avril 2017
Format : 16 épisodes de 44 minutes.
Il est évident que sans un véritable méchant à opposer au héros du film, il n’y aurait aucune tension scénaristique. Il s’agit donc d’un élément indispensable pour assurer le manichéisme du cinéma hollywoodien, à tel point que le maître du suspense, Alfred Hitchcock, a déclaré:
« Meilleur est le méchant, meilleur est le film »
Le défi de savoir écrire un antagoniste qui sache marquer les esprits tient une place si prépondérante dans la conception des longs métrages modernes que leur caractère interchangeable est l’un des éléments les plus récurrents dans les thrillers et autres films de genre unanimement jugés ratés. À l’inverse, on remarque que, dans les films les plus populaires, le méchant a tendance à être souvent un personnage que les spectateurs préfèrent au héros lui-même. Cet état de fait a d’ailleurs poussé les scénaristes a donner de plus en plus souvent au méchant la place du personnage principal. Un effet de mode qui dépasse depuis longtemps les seuls films consacrés aux gangsters, un genre dans lequel, dès les années 30, ils trouvèrent leurs premières heures de gloire.
Nous nous sommes interrogés au sein de la rédaction sur les méchants que nous avons préférés et sur ce qu’ils incarnent de la part maléfique de l’Humanité. Les résultats de notre réflexion sont ici:
Le Top 10 des meilleurs méchants au cinéma :
1/ Le Joker (plusieurs films de Batman) : Créé en 1940 sous la plume de Bob Kane, Le Joker, par son charisme et sa cruauté, marque les esprits et devient la némésis du super-héros Batman. Plus qu’un simple personnage à travers ses différentes adaptations, le bad guy au maquillage est une icône. N’hésitant pas à faire preuve de cruauté mais toujours au service d’un idéal anarchique, Le Joker agit pour le chaos. Probablement l’un des super-vilains les plus complexes jamais créé, il marque les mémoires à chacune de ses apparitions. On explore alors la folie de ce personnage aussi dérangeant que fascinant par son approche pure du mal. Aucune bonté ne se dégage de cet homme, il n’inspire que crainte et magnétisme, déployant une aura mystique inégalée. À la fois effrayant et hilarant, tragique et passionné, Le Joker est un monument. Louis
2/ Dark Vador (Saga Star Wars) : À première vue, il est difficile de faire plus diabolique qu’un Jedi poussé par la haine du côté obscur. D’autant plus, si ce dernier s’est avéré être au final l’un des plus grands seigneurs Sith. Derrière sa silhouette imposante, sa voix caverneuse et sa lourde respiration, Dark Vador sème la terreur dans une galaxie très très lointaine. Son taux de midichloriens exceptionnel en fait un utilisateur de la Force particulièrement puissant, lui permettant de punir ses subordonnées les moins efficaces ou même d’assassiner son ancien maître Obi-Wan Kenobi. Que cela soit avec un sabre laser d’une couleur rouge sang ou une arme capable de détruire une planète, Anakin Skywalker de son vrai nom, fera tout pour éliminer la menace rebelle au nom de l’empereur Dark Sidious. Cela ne l’empêchera pas de trouver la rédemption auprès de son fils, non sans lui avoir coupé la main au préalable. Maxime T.
3/ John Doe (Seven) : Derrière son physique frêle et son regard de chien battu se dissimule l’un des tueurs en série les plus machiavéliques de l’histoire du cinéma. En moins de sept meurtres (c’est dur d’en parler sans spoiler !), il a réussi à traumatiser toute une génération de spectateurs. Il faut reconnaitre que sa cruauté n’a d’égal que son ingéniosité à mettre au point des séances de torture aussi cauchemardesques que symboliques. En effet, le véritable moteur de ce psychopathe est sa foi chrétienne qui le pousse à se croire investi de la tâche de purger le monde dégénéré dans lequel il vit en « retournant chaque pêché contre son pêcheur ». Le plaisir qu’il prend à remplir sa mission et la façon qu’il a de se voir en martyr de cette cause divine font de lui l’incarnation même de l’extrémisme religieux au sens le plus redoutable du terme. Julien
4/ Jack Torrence (Shining) : « Je ne veux pas te faire de mal Wendy … Je veux juste te défoncer la gueule ! » Qui ne prendrait pas ses jambes à son cou face à cette interpellation d’une rare violence ? Surtout si elle provient de votre propre mari ! Possédé par l’esprit malveillant d’un hôtel dont il assure la garde, Jack Torrance, sous ses airs de mari et père idéal, devient petit à petit psychologiquement instable avant de basculer irrémédiablement dans la folie schizophrénique et devenir le plus terrifiant des meurtriers. C’est armé d’une hache, maniée furieusement, qu’il va commencer à poursuivre sa femme et son garçon à travers les couloirs de l’hôtel dans le seul but de les éliminer. Incarné par un Nicholson en transcendance totale, tout en hurlements, sourires et rires sadiques, Jack Torrance n’est pas qu’une simple représentation du mal : il en est l’incarnation même ! Kevin B.
5/ Norman Bates (Psychose) : Norman Bates est surement un des schizophrènes les plus célèbres du cinéma mondial. Avec son motel, comme partie intégrante du personnage, Norman Bates est redoutable, mais tout de même fondamentalement intriguant. Par une personnalité complexe et réfléchie se dessine une singularité, un profil atypique que seuls les esprits complexes réussiront à cerner dans son entièreté, si cela s’avère possible. De l’homme émane un charme qui ne laisse personne indifférent. Son franc-parler et son discours tantôt incisif, tantôt langoureux, font de lui un méchant parfait, qui réussit les combines pour assouvir ses fantasmes. Magnifiquement interprété par Anthony Perkins, Norman Bates reste gravé dans les mémoires avec un regard qui hantera encore longtemps les spectateurs… De quoi frémir lorsque l’on prend sa douche, ou que l’on va dans sa cave… Zoran
5 ex-aequo/ Anton Chigurh (No Country for Old Men) : Ce qu’il est important de constater à propos d’Anton Chigurh, c’est qu’il ne tue jamais sans raison. Il abat ses victimes pour atteindre son objectif, quel qu’il soit. Et si les causes de ces meurtres brutaux semblent souvent insignifiantes ou même obscures, elles restent des causes. L’arme qu’il utilise, un pistolet à air comprimé tel qu’on entrouve dans les abattoirs, est une extension de cette vision morale : Anton fait juste son travail. Malheur alors à qui croisera sa route, assistera à son œuvre, ou même lui laissera entendre qu’il est fou car le mal qu’il incarne est instoppable. Avec une interprétation parfaite de Javier Bardem, Joel et Ethan Coen nous ont offert l’un des tueurs les plus froids de l’histoire du cinéma. La réalisation des 2 frères nous montre le mal sous sa forme la plus réelle et glaçante : un homme avec une arme et une morale déviante. Yvan
6/ Hannibal Lecter (plusieurs films adaptés de l’oeuvre de Thomas Harris): « Ange déchu » selon Thomas Harris, Hannibal Lecter est l’incarnation même d’une forme de divinité supérieure issue des déviances humaines. Il n’est pas régi par les mêmes codes moraux que ses contemporains et n’éprouve aucun remord car il ne conçoit pas la monstruosité de ses actes. Extrêmement intelligent et raffiné, il est un dandy moderne qui consume tout. De la connaissance à l’art ou les hommes eux-mêmes, étant cannibale. Le cinéma n’en a gardé que sa forme la plus carnassière et romantique, sa folie la plus pure. C’est à la télévision qu’il montre toute sa fascinante complexité et s’accorde le mieux avec la vision de Harris. Car ce qui rend ce méchant aussi mémorable, c’est que malgré ses atrocités, il n’en est jamais vraiment un. Sa logique élitiste poussée à l’extrême et son parcours tortueux lui donnent une aura attirante, tel un diable magnifique il séduit et la tragédie derrière l’homme touche. Fred
7/ Jigsaw (saga Saw) : Jigsaw, alias John Kramer est le personnage emblématique de la saga horrifique, Saw. Également nommé le Tueur au Puzzle, il est le créateur d’un jeu empreint de sadisme. Son but ? Piéger ses victimes en les forçant à s’infliger des tortures à la fois physiques et psychologiques : d’une sévère mutilation aux sacrifices de ses membres. Jigsaw est au centre d’une problématique bien plus profonde que la simple thématique de la violence gratuite. Ce personnage est l’auteur de crimes qu’il n’a pourtant jamais commis. Véritable tortionnaire, Jigsaw est un voyeur passif, qui n’agit que par le biais d’une manipulation mentale : au bout de ce jeu, aucune alternative. La victime se retrouve torturée face à ses propres erreurs. Pure allégorie du mal, Jigsaw, c’est l’union du sadisme lié à la réflexion. Mégane
8/ Annie Wilkes (Misery) : Seul antagoniste féminin cité dans notre classement, Annie Wilkes est le personnage principal de Misery, roman à succès de l’auteur Stephen King. Au sein du récit, Misery est également le nom d’une saga littéraire qu’Annie Wilkes affectionne particulièrement. Lorsque son auteur n’hésite pas à de tuer le personnage principal, elle n’hésite pas à s’en prendre au romancier, qu’elle forcera à écrire un nouveau roman pour faire revivre son personnage adoré. Elle ira jusqu’à le torturer psychologiquement et physiquement. Démesurée et déconnectée de toute réalité, Annie Wilkes est un antagoniste fort dans le sens où elle incarne ce qu’il y a de plus machiavélique pour des raisons dérisoires. Plus qu’un grand méchant de cinéma, c’est un personnage fondamentalement ancré dans une société où la réalité et la fiction se confondent. Interprété par Kathy Bates en 1990 dans l’adaptation de Rob Reiner, il lui vaudra l’Oscar de la Meilleure Actrice. Kevin L.
9/ Keyser Söze (Usual Suspects) : Keyzer Söze est devenu grâce à Usual Suspect de Brian Singer et surtout l’interprétation sans faille de Kevin Spacey une marque déposée en matière de faux-semblant et d’usurpation d’identité. Apposé à la vraisemblable incompétence des autorités (le spectateur n’aurait pas fait mieux et en cela l’ironie n’est que plus bluffante), ce personnage déploie, par un twist de fin, un manichéisme feint et une puissante perversion pour la manipulation. Ce personnage au nom de pâtisserie allemande aux multiples saveurs est un des plus apprécié par son génie sourd noyant le soupçon dans un whisky sans glaçon. Si l’on oublie deux secondes l’interprétation de l’acteur à double niveau, la psychologie de Keyser Söze à la fois tronquée et magnifiée par un instinct de survie primaire laissant place à toute l’empathie nécessaire pour le placer dans notre top. Antoine
10 / Paul et Peter (Funny Games et Funny Games US) : Paul et Peter. Ces deux noms ne vous disent peut-être rien et pourtant c’est le duo de méchants le plus diabolique du cinéma. Qui sont-ils, d’où viennent-ils, que veulent-ils ? C’est peut-être leur absence de passé qui les rend si effrayants. En effet, leur jeu favori est de piéger des familles dans leur maison pour les massacrer, en jouant préalablement avec leurs nerfs (et les nôtres). Méthodiques, flegmatiques, ils ne perdent jamais leur sang-froid même devant les tortures les plus horribles. On suppose que c’est Paul le cerveau des opérations, mais rien n’est moins sûr tant ce monstre à deux têtes semble agir en parfaite harmonie. On ne sait même pas s’ils en sont à leur première attaque ou pas. Le pire, c’est que même les exploser au fusil de chasse ne semble pas avoir d’effets sur eux… Alexandre
Ils ont failli y être : Harry Powell (La Nuit du chasseur), Franck (Il était une fois dans l’ouest), Hans Landa (Inglorious Basterds), Patrick Bateman (American Psycho), L’infirmière Ratched (Vol au-dessus d’un nid de coucou), Le juge Demort (Qui veut la peau de Roger Rabbit?)…
Treizième film de Pedro Almodóvar, Tout sur ma mère est une œuvre vibrante et accomplie. Avec ce long-métrage, Pedro Almodóvar signe une ode à la femme, à la maternité, et simplement à la vérité de l’être.
Synopsis : Esteban et sa mère Manuela sortent au théâtre pour voir « Un tramway nommé désir« , interprété par Huma Roja, son actrice préférée. A la sortie, Esteban est victime d’un terrible accident. Manuela y voit un signe du destin, et se fixe deux objectifs : Obtenir un autographe d’Huma et retrouver le père de son fils, qui a depuis changé de sexe.
Tout sur ma mère est une des œuvres les plus abouties de la filmographie de Pedro Almodóvar. Sous le titre original de Todo sobre mi madre, le film de Pedro Almodóvar est un hommage à All About Eve de Joseph L.Mankiewicz. En cela, la volonté de brosser le portrait d’une femme, si ce n’est de La Femme, est omniprésente. On retrouvera même en Marisa Paredes une Bette Davis bis. Dédié aux femmes de sa vie (Bette Davis, Gena Rowlands, Romy Schneider et à sa propre mère Franscisca Caballero ) Tout sur ma mère est pour Almodóvar l’exutoire de tout cet amour qu’il porte en lui pour la gente féminine, et qu’il essaye de déverser depuis Le Labyrinthe des passions. On peut voir en Tout sur ma mère le dernier volet d’un triptyque initié par La Fleur de mon secret et En Chair et os, s’enrichissant de la mélancolie du premier et de l’agressivité du second. Ainsi, le film d’Almodóvar est une oeuvre complète significative de l’aboutissement artistique du réalisateur tout en amorçant un tournant dans son cinéma qu’il qualifiera lui-même « d’austère ».
Entre tragédie familiale et prostituées catalanes
Véritable bijou cinématographique, Tout sur ma mère interroge avant tout par sa structure. Si c’est bel et bien un terrible drame qui est au cœur du film, il est rapidement expédié lors d’une première partie très brève. Almodóvar lance un jeu pervers dès le départ avec le spectateur lui faisant prendre d’affection le duo mère-fils. Malheureusement l’on sait que dans le cinéma d’Almodóvar rien n’est laissé au hasard. Manuela ne travaille pas autour du don d’organes pour rien. Il ne reste alors que peu de temps au spectateur pour se préparer à la mort imminente d’Esteban. Et là où le film pourrait se complaire dans un drame familial, Almodóvar décide d’emmener son histoire à Barcelone où de nombreux personnages attachants et extravagants attendent Manuela. En effet, Tout sur ma mère ne déroge pas à l’univers d’Almodóvar. On retrouve comme à son habitude travestis, prostituées et camées. Mais le tout s’avère loin de l’excentricité qu’on lui connaît. Cette folie se trouvera seulement présente dans l’excellent personnage transsexuel d’Agravo, notamment lors d’un long monologue humoristique où elle explique comment elle est devenue femme.
Ainsi, l’aspect le plus réussi dans Tout sur ma mère réside dans le somptueux portrait des femmes qu’Almodóvar sublime. Les hommes sont quasiment absents du long-métrage, et c’est tant mieux, tant le quatuor d’actrices brille de sincérité et de naturel. On remercie Almodóvar de saisir avec tant de justesse la beauté de nos mères et des femmes de nos vies. Les quatre personnages se rejoignent dans une scène fantastique lors d’un apéro improvisé. Le cinéaste espagnol arrive à mettre des images et des dialogues célébrant ces femmes dans leur diversité et leur vérité.
Mater dolorosa
Car ce sont bien les notions de vérité et de mensonge qui parcourent ce long-métrage. Manuela se fait passer pour une prostituée pour se faire aider par la bonne sœur Rosa (Penélope Cruz). Agrado (Antonia San Juan) a subi des dizaines d’opérations pour devenir la femme qu’elle s’est toujours senti être. Rosa a attendu trois mois avant d’annoncer sa grossesse. Lola apprend à la fin qu’il est le père d’un enfant décédé. Tout sur ma mère est un défilé de personnages qui finissent tous par embrasser la vérité de ce qu’ils sont réellement. L’omniprésence du monde théâtral planant sur le film n’est pas vaine. Les dialogues d’un Tramway nommé Désir ne sont pas sans rappeler la tragédie maternelle qu’est en train de vivre Rosa. Le théâtre devient alors le reflet du malheur qui frappe les protagonistes. L’analogie entre l’intrigue principale et celle de la pièce de théâtre se précise durant tout le long-métrage. Ainsi, quand est-ce que le personnage existe et que l’acteur disparaît ? C’est donc une réflexion sur l’apparence et la réalité de l’être qui parcourt Tout sur ma mère. Rien que dans le titre, on retrouve cette idée de totalité, de vérité. Le film n’est pas un peu ou beaucoup sur la mère, mais bien tout sur elle. Le soin apporté aux couleurs peut également être souligné tant le rouge incarne un personnage brûlant, que ce soit dans les décors catalans , dans le manteau de Manuela lors de la mort de son fils ou dans la veste de Lola lors de sa dernière apparition.
Cette vérité révélée, les personnages n’ont jamais été aussi purs. Véritable arlésienne du long-métrage, Lola apparaît dans les dernières minutes, sublime et touchante dans un souci de maternité. Cependant les mères de cette fresque ne sont pas toujours celles qu’on attend. Évidemment, Cecilia Roth est la mère dont l’oeuvre racontera tout , comme avait prévu de le faire son fils durant le prologue. L’histoire du film est avant tout celle d’une mère qui va vivre une vie à la place de celle de son fils, rencontrant l’idole que lui désirait voir. Mais Manuela se retrouve également être la mère de substitution de Rosa, Huma apporte la bienveillance d’une figure maternelle à Manuela et Agrado, tandis que la vraie mère de Rosa n’effectue pas son vrai rôle de maman. Rosa, elle, perdra sa vie en donnant naissance à un autre Esteban..
Avec ce titre mise en abyme, Almodóvar se place dans le rôle du fils décédé désireux de faire l’éloge de sa mère. À travers ce film, ce n’est pas seulement le portrait d’une mère qui est dessiné, mais celui des femmes de nos vies, sublimées par leurs excentricités, leurs extravagances et leur sincérité.
Tout sur ma mère : Bande-annonce
Tout sur ma mère : Fiche technique
Titre original : Todo sobre mi madre
Réalisation : Pedro Almodóvar
Scénario : Pedro Almodóvar
Interprétation : Cecilia Roth, Marisa Paredes, Candela Pena, Antonia San Juan, Penélope Cruz, Rosa Maria Sarda, Fernando Fernan Gomez
Costumes : Sabine Daigeler et Jose Maria De Cossio…
Musique : Alberto Iglesias
Montage : José Salcedo
Producteur : Esther Garcia et Agustin Almodovóvar
Sociétés de production : Renn Productions, El Deseo S.A, France 2 Cinéma
Distribution : Memento Films Distribution, UniFrance Films
Genre : Drame
Durée : 101 minutes
Date de sortie : 15 mai 1999
A l’heure où l’Espagne est à nouveau secouée par des scandales de corruption, Alberto Rodriguez revient avec L’homme aux mille visages sur une affaire qui avait marqué la péninsule ibérique dans les années 90 : la fuite de son ancien Directeur Général de la Garde civile accusé de graves détournements de fonds publics. Son film est surtout l’occasion de découvrir un de ses complices : un mercenaire qui s’avère être un personnage hautement cinégénique.
Synopsis : Espagne, années 80. Francisco Paesa est un ancien agent secret espagnol qu’un scandale politique a récemment ruiné. Bien décidé de se venger du gouvernement et de se renflouer, il s’associe à Luis Roldán, l’ancien chef de la Police accusé d’avoir détourné 150 millions de pesos, en l’aidant à fuir la justice de son pays.
Tuto d’arnaque
Il y a quelques semaines, Lost City of Z nous a prouvé qu’une narration trop elliptique s’avérait nuisible au développement aussi bien des personnages que de l’intrigue elle-même. Ce défaut est au cœur du scénario tel que l’a écrit Alberto Rodriguez en adaptant le livre du journaliste Manuel Cerdán. Il faut reconnaitre, qu’après La Isla Minima qui lui valut en 2015 les Goyas du meilleur réalisateur et meilleur film, et malgré la fascination apparente qu’il éprouve pour Franisco Paeso, il s’attaquait à un défi difficile. Difficile parce que, d’abord, le cinéma espagnol n’est globalement pas habitué à revenir sur son passé récent, mais aussi parce que les éléments de l’enquête dont il disposait l’obligeaient à les gonfler par une pure fiction. Voilà pourquoi il lui a d’ailleurs fallu pas moins de 5 ans pour faire de cette histoire vraie la base d’un thriller qui se veuille divertissant. La solution pour laquelle il a finalement opté consiste à mélanger les faits réels et fictifs dans un montage dont la cadence ne nous donnerait pas le temps de nous interroger sur la véracité de chaque scène. Une idée qui s’avère au final la source de bien des soucis.
La première conséquence de ce tempo très saccadé se fait ressentir dès les premières minutes, alors que l’introduction très factuelle du personnage principal ne nous permet pas de poser sur lui un quelconque jugement moral. Ce flou restera jusqu’au bout de ce scénario et atteindra tour à tour chacun des nouveaux protagonistes de l’histoire, et ce malgré les interprétations irréprochables des acteurs. Après Paeso, l’ancien agent secret aux contours difficiles à cerner, c’est ainsi au tour de Roldán dont on ne saura jamais clairement s’il doit être considéré comme un politicard malhonnête ou comme une victime maladroite. Cette absence de traitement manichéen dans la caractérisation n’est pas intrinsèquement un mal mais, le souci le plus gênant de cette construction éclatée (et parfois brouillonne) de la narration est qu’il ne prend pas, en deux heures, le temps de développer ces individus qui, de fait, apparaissent comme froids et énigmatiques, et suscitant ainsi peu d’empathie. Un manque à gagner puisque leurs contradictions intimes et l’évolution de leurs relations apparaissent comme la source d’enjeux à priori majeurs.
Scènes après scènes, ce thriller décrit les coulisses de cette affaire juridico-politico-financière avec une minutie digne d’un roman de John Le Carré, mais leur succession sur un mode didactique -mais pas forcément clair pour autant- ne parvient pas à constituer un récit à la hauteur de son potentiel dramaturgique.
Au-delà de la difficulté qu’a le scénario à faire vivre ses personnages, et plus encore à nous y faire s’attacher, le fait que le tempo du montage reste le même du début à la fin a d’autres conséquences inévitables. Maintenir ainsi un rythme constant empêche évidemment au réalisateur de faire monter la tension à quelques moments clés et, par extension, de générer un minimum de suspense. Puisque Rodriguez est un malin, il a réussi à utiliser de très bons choix musicaux pour retrouver toute l’attention des spectateurs dans les dernières minutes. Sans ces effets musicaux, et après un certain temps face à ce dispositif démonstratif et répétitif, il est en effet relativement difficile de déterminer quelles scènes sont censées être porteuses d’enjeux captivants et lesquelles ont pour unique but de détailler le processus d’une arnaque d’ordre internationale. A défaut de s’inquiéter pour le sort des protagonistes, on se passionne donc pour les préparatifs de cette belle escroquerie, et ceci grâce à un souci du détail qui constitue la véritable force de cette reconstitution historique.
Le travail effectué par la direction artistique, aussi bien sur les costumes que les décors, nous replonge avec succès dans les années 80 et 90, entre l’Espagne, la France et l’Asie du sud-est. Ajoutez à cela des extraits de journaux d’époque et l’immersion est complète. Pour quiconque connait un minimum les troubles qui ont bousculé la démocratie encore récente en Espagne à cette période, le parcours de Franisco Paeso prend une dimension toute particulière. Se faire balader par cet homme mystérieux, en se rappelant que c’est tout un pays qui a été sa victime, peut alors être ressenti comme un plaisir sadique. Et qu’Eduard Fernadez (notamment vu dans La Piel que habito) lui fournisse un charisme incroyable nous fait vraiment penser que ce personnage pourrait avoir été inventé pour le cinéma et donc qu’on aimerait en savoir plus sur la façon dont il est parvenu à vivre pendant tant d’années sur le fil du rasoir. Encore une fois, il est dommage qu’Alberto Rodriguez n’ait pas trouvé la façon la plus adéquate de cumuler thriller historique méticuleusement documenté, film d’espionnage halletant et biopic évocateur. Le manque d’équilibre du résultat est tout autant agréable que frustrant.
A n’en point douter, le public espagnol, qui connait bien cette affaire et ses conséquences politiques, trouvera le récit passionnant. A l’inverse, nous, qui restons dans le flou quant aux réels enjeux, ne partagerons pas cet enthousiaste en voyant un homme fournir une planque et des faux papiers à un autre. Le film est donc loin d’être raté, son drame est qu’il n’avait pas vocation à être exporté. Bref, si vous êtes espagnol, n’hésitez pas : Allez voir ce film!
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L’homme aux mille visages : Bande annonce
L’homme aux mille visages : Fiche technique
Titre original : El hombre de las mil caras
Réalisation : Alberto Rodriguez
Scénario : Alberto Rodriguez et Rafael Cobos Lopez, d’après le livre de Manuel Cerdan Alenda
Interprétation : Eduard Fernández (Francisco Paesa), Carlos Santos (Luis Roldán), José Coronado (Jesús Camoes), Marta Etura (Nieves), Enric Benavent (Casturelli), Philippe Rebbot (Pinaud), Luis Callejo (Belloch)…
Image : Alex Catalan
Montage : Jose Monayo
Musique : Julio de la Rosa
Direction artistique : Pepe Dominguez Del Olmo
Costumes : Fernando Garcia
Producteur exécutif : Jose Antonio Felez
Production : Atresmedia Cine, Canal Sur Televisión
Budget : 5 millions d’euros
Distributeur : Ad Vitam
Récompenses : Goyas 2017 de la meilleure révélation masculine pour Carlos Santos et de la meilleure adaptation
Genre : Thriller, biopic
Durée : 123 minutes
Date de sortie : 12 avril 2017
Toujours prompt à satisfaire les désirs les plus absolus du public, Hollywood continue de sonder les tréfonds de la pop-culture. L’objectif ? Trouver une franchise fédératrice, identifiable et potentiellement lucrative. Bref, une marque pouvant susciter enthousiasme, nostalgie et excitation parmi les geeks trentenaires mais pas que. Sauf que la bonne source de l’imaginaire est tellement sur-exploitée qu’à un moment, il ne faut pas s’étonner qu’il n’y ait plus que la merde qui refoule. C’est donc la série, profondément nulle, Power Rangers qui ressuscite aujourd’hui en reboot super-héroïque à 100 millions. Et si le potentiel nanardeux de la chose est assez évident, il y a tout de même un petit peu de plaisir à prendre dans le bouzin.
Synopsis : Cinq jeunes de la petite ville d’Aldon Grove trouvent des médaillons dans une mine. Sans le savoir, ils sont choisis pour devenir les Power Rangers, des justiciers galactiques devant protéger la Terre des forces du mal. Au même moment, la maléfique Rita Repulsa s’éveille.
Power Rangers (la série), c’est quand même assez piteux. Rien que le concept est hérité de l’exploitation la plus opportuniste qui soit.
1 – Prenez des sentaï et gardez seulement les scènes de baston contre des monstres en caoutchouc.
2 – Insérez d’autres scènes avec des ricains pour faire local et vendre la soupe.
3 – Ajoutez zéro acting, zéro violence, humour affligeant et morale neuneu pour mangeurs de Chocapic.
4 – Voilà, vous avez créé Power Rangers. On ne vous remercie pas.
Le pire, c’est qu’aussi indigent (et chiant) que soit le matériel d’origine, ça marche depuis 1993 avec 24 saisons au compteur et pacson de produits dérivés !
Logique donc que Lionsgate (Hunger Games, Twilight,…) jette son dévolu sur les miettes laissées par la concurrence et propose aujourd’hui ÇA ! ÇA, c’est un film qui s’oublie dès le lendemain. Une sorte de boursouflure numérique précédée d’un teen-movie paresseux et convenu. Un projet à la confluence de tant de problématiques des blockbusters actuels qu’il en devient un cas d’école (et il commence à y en avoir beaucoup). Surproduit jusqu’à l’aseptisation, répondant très peu à ses maigres promesses, ni bien, ni vraiment nul mais profondément inutile. De la fast-food pour multiplexes destinée dans deux ans au bac DVD des stations Total.
Ce qui frappe d’ailleurs, c’est combien le film tente de reproduire les mécaniques initiées par Transformers plutôt que se construire une identité même foireuse. Une mythologie un peu naze, un scénario basique, un casting cosmétique (et United Colors of Benneton), des gros robots, de la musique pour djeuns et une réalisation frénétique et ostentatoire. A ce jeu, Dean Israelite (poulain de Michael Bay, comme quoi) semblait tout indiqué, lui dont le Projet Almanac semblait un miteux préambule à ce film.
A 75% en shaky-cam, Power Rangers réserve bien quelques idées de mise en scène intéressantes et quelques plans fun mais on reste dans un filmage faussement dynamique à la Man of Steel. Pas illisible en soi mais tentant artificiellement, par sa bougeotte constante, d’animer le vide qu’il se prend à filmer. C’est vite usant mais l’emploi des SFX dès le deuxième acte permet quand même au cadre de rester fixe parfois plus de trois secondes.
Ça commence déjà à faire beaucoup mais heureusement pour Power Rangers, la petite mais salutaire identité qu’il possède lui vient d’ailleurs. D’un nom que les producteurs tentent d’ailleurs d’oblitérer, ne faisant jamais mention de lui malgré sa présence indéniable et le secret de polichinelle de sa participation au projet. Ce nom, c’est celui de Max Landis (fils de John), scénariste prolifique dont la carrière visible (Chronicle, Dr Frankenstein, American Ultra, Mr Right) ne rend pas totalement compte du potentiel caché. Or, il se trouve que Landis a écrit l’une des premières versions du script avant d’être purement et simplement viré du projet. Ce avec interdiction de parler du film en sus.
Si le film actuel est très différent du script originel (et visible depuis un moment), il en garde ou reformule certaines idées qu’il est impossible d’expliciter ici sans spoiler. On rira cependant gaiement avec Landis des similitudes faites avec Chronicle APRES son départ (???). Power Rangers à cependant un mérite, conserver le ton décontracté et plutôt cool du premier jet à l’inverse du dead serious dark grim’n’gritty tant redouté de la promo (pourtant socle d’un chouette court de Joseph Kahn). C’est John Gatins qui se retrouve crédité en scénariste, lui aussi adepte de cette démarche gonzo pour avoir scénarisé l’un des autres films de couillons de l’année qu’est Kong – Skull Island. Mine de rien, c’est ce qui sauve en partie Power Rangers, l’humour fonctionnant souvent, impulsant le rythme nécessaire pour éviter l’ennui et apportant sympathie et attachement pour des protagonistes pourtant écrits à la truelle.
Car Gatins (ou un autre, comment savoir ?) ne s’est pas trop embêté, il a littéralement décalqué Breakfast Club pour faire correspondre les caractères succincts des cinq personnages principaux. Nous avons le sportif (Jason, un simili Zac Efron), l’intello (Billy), la fille populaire (Kimberly), la marginale (Trini) et le rebelle (Zack). On va même plus loin car une partie des personnages se rencontre en colle, l’entourage familial de chacun est quasi-identique et leur petit club à eux (l’entrainement) est surveillé de près par l’autoritaire Mr Vern…Zordon ! Littéralement du « photocopillage » de John Hugues qui, bien sûr, n’en garde que les apparats et n’en comprend jamais la profondeur, invalidant de fait et avec une certaine incohérence l’usage de héros clichés. Le film, inconscient, va même jusqu’à essayer de reproduire la poignante scène des confessions dans une nullissime soirée camping très embarrassante en 2017. Malaise.
A vrai dire, il ne faut pas en demander beaucoup plus à un film aussi profond qu’une série CW d’il y a 10 ans qui passe des plombes à nouer des relations convenues entre des protagonistes attachants mais unilatéraux. Que le chouette casting fasse le job n’arrive pas à masquer le manque d’écriture à ce niveau. D’autant plus incompréhensible quant la majorité des scènes n’ont pourtant que l’utilité de mener à la suivante tout en piétinant gaiement la suspension d’incrédulité et la cohérence. Ce n’est pas l’interminable déploiement d’une mythologie risible et peu inventive qui sauvera la chose. Même exécuté par le rigolo et bien conçu Alpha 5 et un Bryan Cranston digitalisé.
En clair, Power Rangers, c’est beaucoup de parlote et d’introduction pour peu de pieds-poings-turbolaser. Mais bon, on sait pourquoi vous êtes venus, vous ne voulez pas des personnages mais de la grosse baston pétaradante et jouissive blindée de SFX rutilants ! Bon… autant vous le dire c’est pas pour tout de suite, tout de suite. Pareil pour les tenues moches tunées aux LED bleues et les gros monstres. Le film aurait même pu jouer cartes sur table et s’ouvrir sur un carton « 1h30 d’attente à partir de ce point », on aurait moins eu l’impression de se faire arnaquer. Mais bon, on finit par y arriver à ce climax absolu !
Et…on repassera, les SFX sont à vomir de laideur (la direction artistique aussi), les plans vraiment spectaculaires sont rares et c’est peu excitant pour ce que c’est moche. C’est simple, on se croit à la fin de Thor avec encore plus de mauvais goût et des pixels dégoulinants. Sans parler de la géographie de l’action qui claque la porte, insultée, au milieu d’effets pas finis.
Par ailleurs, le shot d’action et d’événements est bien trop dense pour que la petite demi-heure finale paraisse cohérente en elle-même et avec le reste du film. On passe ainsi d’une situation à l’autre trop vite et trop facilement pour créer des enjeux. A l’image du Les Quatre Fantastiques de Josh Trank, Power Rangers donne l’impression d’un film tellement pensé en build up, pay off (soit une rétention pour des effets payants) qu’il en devient malade. Ce pour rattraper ses impératifs dans une fin qui ne justifie pas les moyens et rappelle les pires climax des années 2000. Le vilain en carton en prime avec une Elizabeth Banks tellement en roue libre qu’elle pourrait faire du wheeling.
Mais alors, demanderez-vous, qu’est-ce qui marche dans ce qui semble être un beau navet ? Et bien en fait, tout dépendra de votre déviance (nécessaire pour encaisser) et votre tolérance à la bêtise. Car forcément, comme le film essaye de pomper tout ce qui marche actuellement, il se Marvellise et offre ainsi des moments bien idiots et racoleurs comme il faut. Un petit bout du générique originel par là, un Mégazord qui danse par ici et puis tout un tas de petites punchlines bien placées.
Cela pourrait être vu, à raison, comme du cynisme mais Power Rangers n’essaye pourtant pas de la jouer petit malin. Il croit dans ce qu’il raconte (aussi stupide cela soit), veut vraiment faire une oeuvre fédératrice et excitante sans juste s’apercevoir qu’à vouloir faire moderne, il a 10 ans de retard. C’est un alpha film de super-héros, entièrement centré sur sa ligne droite, sans quasiment rien autour pour exister mais avec le minima pour sortir le cul des ronces et offrir, en de rares instants, un peu de plaisir ou d’intérêt. Sa bonhomie frondeuse dans le divertissement décérébré rattrapant son ratage manifeste, son intention de ne jamais viser au dessus suffisant à offrir un résultat presque honnête.
En définitive, donc, quand on fait le compte des points, Power Rangers est plutôt une bonne surprise puisque on n’en attendait rien. Mais il n’y a pas de miracle, on est devant un film assez moyen, très cher, envisagé comme la locomotive d’une grosse franchise mais qui ressemble finalement à un téléfilm pilote un peu cossu. Ce avec a peu près autant d’exigence et de pérennité promise que bien d’autres films plus célébrés et moins sympathiques. Vrai calvaire ou petite rigolade oubliable ? A vous d’en décider.
Power Rangers : Bande-annonce
Power Rangers : Fiche Technique
Réalisation : Dean Israelite
Scénario : John Gatins
Interprétation : Dacre Montgomery (Jason), Naomi Scott (Kim), R.J Cyler (Billy), Becky G (Trini), Ludi Lin (Zack), Bryan Cranston (Zordon), Elizabeth Banks (Rita Repulsa), Bill Hader (Alpha 5),…
Photographie : Matthew J.Lloyd
Montage : Martin Bernfeld
Musique : Ron Wasserman
Costume : Kelli Jones
Décors : Andrew Menzies
Producteurs : Haim Saban, Brian Casentini, Wyck Godfrey, Allison Shearmur
Sociétés de Production : Lionsgate, Saban Entertainment, Saban Brands, Temple Hill Productions
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Budget : 100 000 000 USD
Genre : Action, Science-Fiction, Fantastique
Durée : 124 minutes
Date de sortie : 5 Avril 2017
Même en faisant abstraction de toute polémique, il est difficile de voir dans À bras ouverts autre chose qu’une blague mal écrite étirée trop longtemps par pur crétinisme. Et puisque la vulgarité est de mise, joutons à armes égales tout en gardant, moralement, nos élégances…
Synopsis: Jean-Étienne Fougerole est un intellectuel bobo qui sort son nouveau roman intitulé À bras ouverts et qui appelle les personnes les plus aisées à accueillir chez elles les familles dans le besoin. Alors qu’il fait la promotion de son livre lors d’un débat télévisé, son opposant lui reproche de ne pas appliquer ce que lui-même préconise. Alors coincé, Jean-Étienne Fougerole accepte le défi, de peur d’être décrédibilisé. Le soir-même, une famille de Roms sonne à la porte de sa villa de Marnes-la-Coquette et l’écrivain se sent obligé de les héberger.
Il y a au cinéma un plaisir rare mais pourtant réel, celui de voir un cinéaste apprendre de ses erreurs, écouter les critiques, progresser et affiner son écriture. Philippe de Chauveron semble néanmoins s’inscrire dans l’autre camp : celui des réalisateurs auto-satisfaits qui ne s’embarrassent pas vraiment de concepts aussi superflus qu’une cohérence dans la mise en scène ou d’un scénario avec du fond. Les tensions entre groupes ethniques étaient la base de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu, grand succès de l’année 2014, ce sera donc la même recette pour À bras ouverts. Mais là où le premier avait la décence de tirer sur tout le monde et de n’être coupable que de maladresses dans l’écriture de ses personnages, définis uniquement par leur type ethnique, le second enfonce bien fort la porte ouverte du mépris décomplexé. À bras ouvert est un film raciste ? Si ce n’était que ça.
Dans une salle presque vide (mettons cela sur le compte des séances du vendredi matin) où aucun rire ne fuse, on se prend à rêver à ce que le film aurait pu être. Sous la férule d’un vrai cinéaste, on aurait eu le match retour de la philosophie de BHL contre le cinéma de Kusturica, culminant au cœur d’une partouze de super-héros organisée par la jeunesse dorée parisienne… Et ça aurait eu de la gueule. Mais le cinéma français étant le royaume des promesses non tenues et de la comédie médiocre, on se ramasse une mascarade de bric et de broc avec Clavier en philosophe socialope (pour reprendre le jargon d’un public qui jubilera sûrement devant la caricature) et Ary Abittan en rom macho et crétin. Malgré toute notre bonne volonté, il est vraiment difficile de voir autre chose qu’une saloperie de navet qui ne fait rire que ceux qui l’ont écrit, car ce que les frères Chauveron (ici scénaristes) semblent avoir du mal à se rentrer dans le crâne, c’est qu’une accumulation de vannes de beaufs bourrés balancées habituellement en réunions de famille ne fait pas un scénario de comédie.
Présenter les roms comme des déchets humains se complaisant d’une vie de mendicité et de vol ce n’est pas de l’humour, c’est de la caractérisation basse du front. Bavik et sa famille se serons jamais autre chose qu’une tribu de gentils crétins sans éducation poussés par leurs instincts primaires. On touche un sacré fond quand le fils Fougerolle propose de donner des cours à la fille rom et lui apprend non pas les mathématiques et le français mais la fonction d’un stylo ou d’une feuille de papier (subtil)… Idem de l’autre côté du manche, avec ce couple gauche caviar qui passe son temps à dire une chose et son contraire en des laps de temps records. Comptez environ une dizaine de secondes entre l’évocation d’une philosophie humaniste par un personnage et la contre-réponse petite bourgeoise matérialiste qui suivra. Jean-Etienne accepte de laisser rentrer les invités pour utiliser les toilettes, Daphné lui suggère aussitôt de cacher les objets de valeurs pour « ne pas les inciter (sic) ». La déconstruction méticuleuse des cercles sociaux, encore une donnée superflue manifestement. En bonus nous avons même droit au marseillais feignant, au majordome indien content de sa position d’infériorité et au jeune réac homosexuel. Trois personnages inutiles à l’intrigue mais sensés nous prouver l’ouverture d’esprit d’un réalisateur qui « ose » se moquer de tout le monde, sauf de lui-même apparemment (alors qu’il y aurait de quoi).
Rapide leçon d’écriture : dans une comédie, il est important que les personnages dépassent leur stade d’exposition. Par exemple le personnage de Bavik aurait pu être réussi s’il se révélait au milieu du film plus malin que prévu, voulant piéger l’humaniste à son propre jeu pour le mettre face à ses contradictions en jouant à fond sur le cliché du rom. Où encore si les deux antagonistes mettaient de côté leurs différents pour piéger un système qui les dépassent. Une idée effleurée en fin de film quand Bavik annonce qu’il va écrire un livre sur cette « formidable » histoire et demande à son hôte d’en écrire la préface. Dans les deux cas nous serions restés du côté de la mascarade tout en touchant au plus près cette idéal de farce caustique dont Chauveron se vante d’être l’héritier. Les personnages auraient gagné en grandeur et en profondeur, le verni social se serait fissuré, les clichés auraient été retournés… Bref on aurait eu une œuvre comique de bonne tenue.
Mais prenons le réalisateur au mot, l’Art, dans toutes ses formes est sûrement un passe-temps de raclure cosmopolite. Pour prendre acte de son idée sur la question il suffit de voir l’image qu’il donne de l’art contemporain, avec l’épouse Fougerolle (Elsa Zylberstein) qui empile des ordures pour faire des sculptures. Certes la blague est vieille, les inconnus l’avaient déjà faite dans Les trois frères en confondant une installation avec un porte manteau. Comme pour les roms ou la gauche caviar, il n’est pas interdit de se moquer de l’art contemporain. Mais dans ces trois cas, la méconnaissance profonde du sujet pousse les scénaristes vers des absurdités qui ne démontrent qu’un mépris de plus pour une autre tranche de la population. Ainsi l’artiste présente son œuvre comme inspiré d’un Monumenta d’Ai Weiwei (d’abord appelé « le chinois » parce que quand on n’a pas de race chez les Chauveron on n’existe pas), sachant que le fameux « chinois » n’a jamais participé à l’exposition Monumenta du Grand Palais. Et si le cerveau n’aura pas fini de couler par vos oreilles d’ici là, vous pourrez peut-être entendre cette même artiste qualifier une seule tête sculptée de « triptyque » ou demander à l’un des personnages de poser pour elle parce qu’il a un torse musclé.
Heureusement que Philippe de Chauveron est là pour nous rappeler que l’Art est une occupation de bourgeoise frustrée, et au passage nous étaler au travers du personnage tout son sexisme refoulé. Cette « innocente » moquerie sur le monde artistique ne semble être là que pour détourner l’attention de ce problème plus grave. A l’instar de Bavik, occasionnellement gardien au Louvre, qui interdit de « toucher le cul des statues (sic) » (car un nu en marbre n’est qu’un cul qui s’ignore manifestement), le réalisateur ne semble voir dans ses figures féminines que des morceaux de chair en attente d’être pénétrés. Elles sont soit figurantes, ou trop moches donc forcément intouchables, soit objets de désir ou de séduction. Donc la fille rom n’aura qu’une fonction, être dépucelée par le fils Fougerolle, la mère de ce dernier atteindra son apogée narrative en se jetant dans les bras du prétendant (qui ne la désire que pour son corps et son argent) pour se venger de son mari qui a cédé aux avances d’une étudiante (parce que Christian Clavier est le fantasme de toute étudiante en philo qui se respecte, c’est bien connu !). Sans compter que le pendant « négatif » et hypocrite de la gauche caviar vient systématiquement de la bouche de Madame, Monsieur Fougerolle étant plus angoissé de passer pour un faux jeton. Les accusations de racisme à l’encontre du film auront eu cet avantage pour De Chauveron, occulter cette autre dimension de son « cinéma » tout aussi nauséabonde.
Qualifier À bras ouverts de film ou Philippe de Chauveron de cinéaste, c’est finalement faire trop d’honneur à un objet qui pratique l’autosatisfaction de sa propre stupidité à des niveaux stratosphériques en s’asseyant sur la modique somme de 17 millions d’euros (pour une majorité du film en huis clos c’est pas banal !). Et se cacher derrière le grand débat entre culture populaire et culture savante ne changera rien, car comme disait un homme qui savait manier la caricature et la vulgarité : « Quand on est con… ».
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À bras ouverts : Bande Annonce
https://www.youtube.com/watch?v=G1xUWyh1-mk
À bras ouverts : Fiche technique
Réalisateur : Phillipe de Chauveron
Scénario : Marc de Chauveron, Guy Laurent
Interprétation : Christian Clavier, Ary Abittan, Elza Zylberstein…
Musique : Cecile Coutelier
Producteurs : Christian Clavier, Patrice Ledoux, Adrian Politowski
Budget: 17,5 millions d’euros
Distribution : SND
Durée : 92 min
Genre : comédie pas drôle
Date de sortie : 5 avril 2017
France – 2017
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