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Focus Séries #1 : Le Canada

Pour ce premier numéro de nos nouveaux dossiers Focus Séries, retraçant (dans les grandes lignes) l’histoire serie-audiovisuelle d’un pays, d’une chaîne ou d’une plateforme de visionnement, on ouvre avec le Canada dans le cadre de la rétrospective ciné Québec sur OCS. Vous l’avez compris, le deuxième numéro sera consacré à Netflix…

« Histoire d’en savoir plus, histoire d’en faire une… »

Longtemps moqués dans les séries pour être une sous-nationalité (Robin dans HIMYM ou la xénophobie revendiquée dans South Park) ou des américains arriérés, les canadiens n’ont guère été souvent sur le devant de la scène audiovisuelle internationale, il n’y a qu’à voir : aucune bibliographie française n’est disponible ! Cantonné à la sitcom parodique Le Cœur a ses raisons, le Canada c’est aussi la récompensée Orphan Black, l’historique Vikings, l’éternelle Murdoch Mysteries, la classique pour la jeunesse Les Contes de la Crypte (qui va être reprise par Sir Shymalayan) ou encore Les Tudor, Saving Hope, X-Files… Pour ce premier numéro de Focus, CineSeriesMag s’arrête sur l’Amérique du Nord (encore plus au Nord) et ses six networks (CBC, CTV, City, Global, TVA, et V anciennement TQS).

martin-matte-les-beaux-malaisesVous avez peut-être repéré dernièrement Romeo’s Section, Kim’s Conveniance ou Pure toutes trois diffusées sur CBC ? Vous connaissez la sublime Les Beaux Malaises, adaptée en France avec Frank Dubosc (on se retient d’en rire jaune! ). Vous avez peut-être commencé Ransom, la dernière série de Frank Spotnitz sur Global/CBS/TF1, ou vous avez peut-être dévoré Prémonitions sur la chaîne addikTV du groupe TVA : ces succès qui arrivent en France (ou que l’on attend encore) ne datent pourtant pas d’hier. Minuit, le soir du duo Pierre-Yves Bernard et Claude Legault, qui compte le quotidien de 3 videurs de boîtes de nuit sur anciennement Radio-Canada du groupe CBC. Bon, c’est un mauvais exemple, elle n’a duré que 3 saisons ! Rookie Blues, depuis 2010 sur Global, est au policier ce qu’Urgences est au médical (oui bon il faut pas pousser non plus l’exagération !). Et oui, on ne fait pas que d’y tourner à Vancouver ou Toronto, parce que c’est moins cher, on y fait aussi de sublimes séries !

Il est impossible pour un seul bénévole passionné de vous exposer en un temps record et de manière exhaustive l’historique de toutes les chaînes nationales ou régionales, gratuites, puis payantes. Mais tentons de nous concentrer en trois points sur cet immense terrain de recherche car, aussi étrange que cela puisse paraître, il est difficile d’établir un parallèle avec les USA : années 50 « âge d’or », années 60-70 « miroir de la société en pleine transformation », années 80 « deuxième âge d’or, années 90 « réalisme et politiquement incorrect » !

Les origines : 1960 – 1990

Il faut savoir qu’au-delà de la situation géographique, les États-Unis et le Canada sont très proches, y compris en termes audiovisuels. Des programmes US sont diffusés sur les chaînes canadiennes et vice versa. Une sorte de partenariat comme Arte avec l’Outre-Rhin si ce n’est en plus élargie. L’anglais est la principale langue parlée dans les 12 territoires/provinces sur 13. La tendance est inversée au Québec seulement. Découpé en 4 régions, ce pays à la deuxième plus grande superficie (presque 10 millions de km²) ne regroupe pourtant qu’à peine plus de 33 millions d’habitants. Ce n’est que depuis les années 1980 que le Canada se préoccupe de son autonomie culturelle ! Vous trouverez donc peu de séries exclusivement canadiennes ou québécoises avant cette date. Que ce soit dans n’importe quel manuel ou site spécialisé. Il est d’ailleurs compréhensible de ne pas trouver, dans le peu de bibliographie française sur les séries tv, quoi que ce soit sur le sujet actuel.

Brigade de nuit (Night Heat) 1985-1989 est la première série canadienne à avoir été diffusée aux Etats-Unis. Elle tente de retracer le prétendu quotidien d’une équipe de police de nuit suivie par un journaliste dans leurs enquêtes. Maïwenn s’est-elle laissée influencer pour Polisse ? Sa première diffusion fut un succès sur CTV, puis elle est reprise sur CBS, et sur M6 chez nous en 1987. Mais la série souffre sérieusement du temps qui passe et ne passionnerait plus aucun sériephile à présent. Un de ses créateurs, l’acteur et producteur allemand Sonny Grosso (French Connection), naturalisé américain, a été lieutenant au Narcotic Bureau de New York dans les années 60. Sa participation au démantèlement de l’un des plus grands réseaux criminels de cette époque a permis au roman de Robin Moore et à son adaptation au cinéma par Roy Scheider en 1971 puis oscarisée, de voir le jour.

bizarre-serieBizarre (The John Byner Comedy) 1980-1985 est une des premières « séries à sketchs », produite au Canada par des américains, à être multi-récompensée. Son caractère subversif est à l’origine de l’existence de deux versions destinées à la diffusion. L’intégrale pour Showtime ou ITV et la censurée sur CTV. Jean Roucas et Benny Hill ont certainement fait mieux pourtant !

Malgré tout, dès les années 60, on voit l’apparition de succès comme la série animalière Le Vagabond (The Littlest Hobo) qui, à la manière de Joséphine Ange gardien, met en scène en scène les aventures d’un berger allemand extrêmement rusé qui se déplace de ville en ville, portant secours aux gens en difficulté, mais refusant toujours de se laisser adopter par les hommes avec qui il s’est lié d’amitié. Elle a été reprise sur CTV en 1979 sur plus de 6 saisons ! Le thème est interprété par Gilles Rivard. Si ça ne vous dit rien, ça parlera à un québécois, rassurez-vous.

emilie-la-passion-d-une-vieEmilie, la passion d’une vie diffusée sur Radio-Canada en 1990 est le premier plus grand succès d’audience de l’histoire de la télévision québécoise pour un feuilleton avec plus de 3 millions de téléspectateurs (France 3 qui le diffuse en prime-time cumule 4 millions). Adaptée de la saga Les Filles de Caleb d’Arlette Cousture, la fiction (oui, le terme mini-série n’existait pas à l’époque) a été vendue dans plus de 25 pays, et a même fait l’objet d’une diffusion sur CBS, aux États-Unis.

Les Cadets de la forêt (Forest Rangers), de 104 épisodes de 30 minutes, est une des premières séries d’aventure canadiennes diffusée sur CBC en 1963 pendant deux ans et la première fiction en couleur de la télévision canadienne. Quand un groupe d’enfants vient en aide aux services forestiers pour sauvegarder les denses forêts de l’Ontario…

Avant Dallas, il y a eu Le Clan Beaulieu, saga familiale et financière sur TVA (lancé en 1963 et établi en 1971), qui, entre 1978 et 1982, a connu des heures de gloire. La Cinq la diffuse 6 ans après l’arrêt. Un soap qui ne dura que quatre saisons sur 156 épisodes de 26 minutes. Oui, les productions télévisuelles n’avaient pas le même cahier des charges…

Lance et compte est entièrement tournée en français entre 1986 et 1989 pour Radio-Canada et est diffusée ensuite sur TF1, en 1987, qui la ré-intitule Cogne et gagne pour que ce soit plus parlant aux néophytes du hockey sur glace. Premier téléroman filmé de manière radicalement moderne, avec extérieurs, cascades et reconstitutions de matchs, la série a connu un succès sans précédent tant populaire (presque 3 millions de téléspectateurs par épisode) que critique (razzia sur les prix Gémeaux*). Suite à un différend avec la chaîne canadienne, la série s’arrête et sera prolongée par six téléfilms. En 2002, Lance et compte : nouvelle génération marque les retrouvailles des personnages de la série quinze ans après. Le succès est moindre, mais perdure jusqu’en 2010 sur TQS, puis TVA. Un film en 2010 et une huitième saison en 2012 pour terminer sur une neuvième en 2015. Longévité inégalée jusqu’à présent pour un drame sportif tous pays confondus… Lire à ce propos un article par nos confrères d’HuffingtonPost concernant la dernière saison.

* Les prix Gémeaux sont des récompenses télévisuelles décernées par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision depuis 1987 et distinguant l’excellence de la télévision francophone au Canada.

L’ère du changement, l’amitié américano-canadienne : 1990 – première moitié des années 2000

Ces décennies, correspondant au début de la génération Y, ne marquent pas seulement la transition vers l’ère numérique (internet, téléphones portables… sans oublier mp3 et cd-rom), mais aussi la transition entre classique audiovisuel d’hier et d’aujourd’hui. C’est à la fin de cette période que des plateformes telles que Netflix, Hulu et bientôt Apple voient le jour pour devenir à présent quasi-indétrônables.

On pensait qu’après Beverly Hills (somme toute assez daté et rétro pour un spectateur d’aujourd’hui), Skins avait ré-ouvert la voie au teen series contemporaines, mais le Canada s’y était essayé six ans plus tôt avec Kristin Kreuk (Lana Lang dans Smallville) alors âgée de 19 ans dans Edgemont qui comprend 70 épisodes de 25 minutes. Plus proche de Hartley coeur à vif que Sauvés par le gong – malgré le format court qui pourrait nous laisser penser le contraire – Edgemont est une chronique qui suit des collégiens jusqu’au lycée en se calquant sur quelques « actuels » problèmes de société.

Se concentrer sur le Canada permet donc de mettre en exergue les classiques d’époque et les tollés comme par exemple Marshall et Simon : Une nouvelle dimension qui est un dérivé d’une excellente comédie fantastique pour jeunes et adolescents de 15 épisodes de 21 minutes diffusée entre février et mai 1998. Et oui, Stranger Things n’est pas l’unique référence et certainement pas la dernière. Originalement intitulé Eerie, Indiana, cette brève expérience audiovisuelle nous conte le quotidien de jeunes adolescents témoins de phénomènes étranges dans la petite ville d’Eerie. Pour l’anecdote, Joe Dante aura réalisé cinq épisodes. Encore une digression, mais oui les réalisateurs ciné n’ont pas attendu le XXIème siècle pour s’essayer à cet autre format. Un épisode comportant une histoire de pirates n’a jamais été filmé bien qu’un script ait été produit.

Cette décennie est le théâtre du rapprochement entre la « première » puissance économique mondiale et sa petite soeur qui a longtemps souffert de l’ombre. En d’autres termes, parmi les séries américano-canadiennes, on compte Poltergeist : Les Aventuriers du surnaturel (Poltergeist: The Legacy) entre 1996 et 1999, X-Files entre 1993 et 2016, Au-delà du réel : L’aventure continue entre 1995 et 2002 (repris par SciFi Channel après une première diffusion sur Showtime). Même sort pour Stargate SG-1, une des plus prolifiques et une réelle franchise sur 10 saisons et deux téléfilms qui marque le retour après MacGyver de Richard Dean Anderson et révèle la canadienne Amanda Tapping… Contrairement à la série originale de 1963, très attachée au thème de la peur et de la guerre froide, la série de 1995 se fonde autour de thèmes plus modernes tels que l’arrivée des extraterrestres sur Terre, la mort et l’au-delà, le sexe et la science-fiction, les voyages dans le temps ou encore les robots et androïdes. On retiendra l’accroche du générique  » Ce n’est pas une défaillance de votre téléviseur. N’essayez donc pas de régler l’image. Nous maîtrisons, à présent, toute retransmission. Nous contrôlons les horizontales et les verticales… » Ou encore Captain N, série d’animation rediffusée dans le Club Dorothée avant l’école sur TF1

C’est donc aussi l’émergence de séries pour la jeunesse, que ceux qui ont suivi KD2A ou Les Minikeums connaissent bien. Le Loup garou du campus sur 3 saisons et 65 épisodes sur YTV, les deux anthologies Fais-moi peur de 7 saisons et 91 épisodes, Chair de Poule sur 4 saisons adaptée des romans à succès qui a révélé Hayden Christensen ou Ryan Gosling, Les Aventures de Tintin, Black et Mortimer, la Famille Pirate entre 1998 et 2004 sur Radio-Canada… En parallèle de Charmed, Buffy contre les vampires, Dawson ou Alerte à Malibu aux Etats-Unis etc., les adulescents canadiens ont pu connaitre The Crow avec Mark Dacascos, RoboCop sur le réseau CTV ou encore Highlander qui marquera à jamais l’histoire du PAF également, car c’était la première fois qu’une société de production française était à l’initiative (créativement parlant) d’une série destinée au marché américain. En effet, Gaumont Television qui a voulu adapter les films en série, avait acheté les droits afin de la produire en syndication pour les USA, ce qui était du jamais vu à l’époque. Adrian Paul reprend le rôle de Duncan MacLeod après Christophe Lambert et la première saison est diffusée sur TF1, puis reprise après 1994 sur M6.

Vous l’aurez compris, les canadiens excellent dans le genre fantastique-SF mais, concernant les dramas et autres comédies, qu’en est-il ? Il est rare de citer un drame exclusivement canadien ayant marqué de son empreinte le paysage audiovisuel. Citons le drame d’espionnage adapté du film de Besson, La Femme Nikita, sur lequel le compositeur Mark Snow collabore : la série aura duré 5 saisons complètes entre 1997 et 2001. Puis, Coeurs Rebelles en 2000 ne durant qu’une saison sur Fox Family, réunissant A.J. Cook (Virgin Suicide, Esprits Criminels) Coroner-Da-Vinciet Hayden Christensen après Chair de Poule. Ou encore, la classique Coroner Da Vinci (Da Vinci’s Inquest, 1998-2005) suivant les enquêtes de Dominic Da Vinci, responsable d’une équipe de médecins légistes et de policiers, dans la ville de Vancouver. Le public français connait également Mysterious Ways : Les Chemins de l’étrange, diffusée de 2000-2002 et mettant en vedette Adrian Pasdar (Heros, Agents of SHIELD, Colony), que l’on ne doit pas confondre avec Michael Weatherly (Dark Angel, NCIS). Les sitcoms ne sont pas en reste puisque parmi les cultes, il faut citer La Petite Vie enregistrée en studio devant un public, la culte Dans un galaxie près de chez vous (1998-2001) qui raconte la quête de l’équipage du vaisseau spatial canadien Romano Fafard à la recherche d’une nouvelle planète d’accueil pour l’humanité, l’actuelle Terre devenant invivable à cause de la pollution. Deux films ont aussi été attachés à la série.  L’humour se rapproche de celui du français François Descraques qui, avec Le Visiteur du futur, a démocratisé la web-série en 2009. La Petite Vie (1993-1998), enregistré devant un public (avec les rires de foule en voix-off), est la seule série télévisée québécoise et canadienne à avoir franchi la barre des quatre millions de téléspectateurs, le 20 mars 1995.

annie-et-ses-hommes-finaleConcernant les feuilletons ou « téléroman », n’oublions pas Annie et ses hommes qui, sur 7 saisons entre 2002 et 2009 sur TVA, narre les aventures quotidiennes d’Annie Séguin et son entourage. L’héroïne est interprétée par Guylaine Tremblay (grande actrice quinquagénaire qui joue Melody Babcock dans Le Cœur a ses raisons) aux côtés de Claude Legault, déjà auteur sur Dans une galaxie… Claude Legault est un nom à retenir, car il est également le créateur de Minuit, la nuit ou encore 19-2. La parodie feuilletonesque citée, révélant au public français entre 2005 et 2007, Anne Dorval (et son réalisateur fétiche Xavier Dolan) et Marc Labrèche, est une reprise d’épisodes et de personnages déjà apparus lors d’un talk show Le Grand Blond avec un show sournois sur le réseau TVA. Et si l’on regarde de plus près, la série ne compte que 3 saisons de 39 épisodes, ce qui en fait un succès relatif par rapport à l’ensemble des séries énoncées. Le showrunner Marc Brunet est également le coauteur de spectacles humoristiques tels que ceux de Anthony Kavanagh et Michel Courtemanche. On notera la prestation de Sylvie Moreau qui tient le premier rôle dans la sitcom Catherine avec M. Legault ici présent. Ces deux-ci sont par ailleurs apparus en guests dans Il était une fois dans le trouble sur VRAK TV comptant 11 saisons de 255 épisodes de 22 minutes.

Un deuxième « âge d’or » : De la deuxième moitié des années 2000 à nos jours

La comédie dramatique gagne une nouvelle jeunesse et une audience critique plus réceptive. Les Vies rêvées d’Erica Strange par exemple, qui tient 4 saisons de 42 minutes sur CBC et avec laquelle on reste toujours dans la veine un peu SF est une relative réussite. Le personnage principal peut revivre les moments les plus regrettables de sa vie après la rencontre avec un certain Dr. Tom… HeartlandL’énorme succès, CBC toujours, Heartland adapté des romans de Lauren Brooke sur le quotidien d’une famille dans un ranch, ne manque pas d’action et est encore en production avec 10 saisons depuis 2007. Tandis que ReGenesis (2004 à 2008), qu’Arte a repris en 2009, est un thriller scientifique qui nous introduit au sein du Norbac, un organisme nord-américain créé pour étudier et faire face aux menaces biologiques et sanitaires que l’avancée des sciences, ou encore les attaques terroristes, font peser sur les sociétés occidentales. La série est diffusée sur le réseau câblé et payant The Movie Network (qui possède HBO Canada ou diffuse également les programmes Showtime…). Toujours sur la même chaîne le drame policier sombre Durham County (2007-2010), entre Broadchurch et The Killingrepris par Global. Sans oublier le cultissime Les Enquêtes de Murdoch (qui passe depuis 2009 sur France 3) toujours en diffusion depuis 2008 avec Yannick Bisson déjà apparu dans Sydney Fox : l’aventurière en 1999 et Le Caméléon en 2001. Et pour rester dans la veine policière, avant le succès relatif dDegrassi-Next-Class-Saison-3-et-4e Rookie Blues 2010-2015, il y avait Cold Squad 1998-2005 dont Cold Case s’est entièrement inspiré! Heartland et Murdoch sont à ce jour les plus longues séries de la télévision canadienne encore en production… Sans oublier le cultissime teen drama Degrassi qui depuis Les Années Collège en 1987 sur CBC, a connu un spin-off entre 2001 et 2010 Nouvelle Génération sur CTV et un dérivé disponible sur Netflix Nouvelle Promo depuis 2016.

On attendait à ce que le Canada revienne, seul, sur le devant de la scène et c’est avec Les Tudors (2007-2010) créée par Michael Hirst (Vikings), une coproduction canado-irlandaise, que la donne va se faire. On constate ces dernières années, un regain de qualité avec des nouvelles séries qui méritent absolument le détour, mais qui n’ont toujours pas l’exposition méritée à quelques exceptions près… The Listener ou Les Pouvoirs de Toby au Québec (2009-2014) est un succès sur CTV, mais s’arrêtera au bout de 5 saisons. A l’occasion du centenaire du naufrage du Titanic, deux mini-séries à très gros budget ont été co-produites avec le Canada avec la chaîne Global, Titanic : de sang et d’acier et Titanic. De là à affirmer qu’elles ont coulé faute de fortes audiences…

La chaîne Space a été spécifiquement créée afin de prévenir l’importation de chaînes spécialisées américaines sur le territoire canadien, comme SyFy, et doit quand même produire et diffuser du contenu original canadien sous condition de licence. Sanctuary, avec Amanda Tapping, est créée par un scénariste de Stargate et dure 4 saisons sur cette chaîne spécialisée. Elle permet également à Orphan Black de voir le jour en 2013, et par la même occasion révéler Tatiana Maslany déjà apparu dans Heartland, Les Vies rêvées d’Erica Strange ou The Listener). Son Emmy en 2016 est une consécration pour cette jeune canadienne de 31 ans. La série est diffusée en simultané sur BBC America et rediffusée sur CTV. Grâce à Netflix, elle est disponible sur le territoire français depuis juillet 2016. A cette date, une cinquième et dernière saison est annoncée pour le printemps 2017. La chaîne a rediffusé Blood Ties (aucun rapport avec le thriller de Guillaume Canet, bien que les deux soient des échecs au niveau du box office ou de l’audimat), Dark Matter qui met en scène 6 personnes amnésiques à bord d’un vaisseau spatial (une troisième saison est en cours) et, dans un univers proche entre Twilight et True Blood, Bitten a été arrêtée après deux saisons…

Haven ne réinvente pas l’eau chaude en matière de fantastique pour adolescents, mais a le mérite de tenir sur 5 saisons tout en marquant le retour à l’écran d’Eric Balfour après Six Feet Under et 24h Chrono. La série américano-canadienne est librement adaptée du roman Colorado Kid de Stephen King et diffusée sur Showcase entre 2010 et 2015. La série canadienne diffuse depuis le 17 octobre 2016 Travelers, disponible sur Netflix et dont une deuxième saison est à prévoir pour l’automne 2017. Elle est également à l’origine de Continuum ou Lost Girl. Autre chaine, Citytv est à l’origine de Between, une série mêlant drama teenage bien construit, SF et horreur, a été reprise par le service canadien Netflix pour une diffusion à l’international. Aujourd’hui, elle comporte deux saisons et est toujours en production…

Vikings donc, qui semble s’essouffler, ne perd pas de son audience, puisque la saison 5 est actuellement très attendue  avec le retour à l’écran de Jonathan Rhys-Meyers. Après l’historique, l’espionnage n’est pas en reste, puisqu’avec X Company, qui entame sa troisième saison en cette nouvelle année 2017, CBC confirme son statut de première chaîne séries canadiennes. Tout comme Romeo’s Section dont une troisième saison n’a toujours pas été annoncée ou Pure qui vient de commencer. La première, située dans l’excitant et dangereux monde de l’espionnage suit les aventures de cinq jeunes et talentueux espions arrachés à leur vie ordinaire pour suivre un entraînement dans un centre ultra secret sur les berges du Lac Ontario en pleine Seconde Guerre mondiale. La deuxième nous place dans un réseau d’espions à Vancouver pas comme les autres. Ses agents ont le qualificatif d’espions « Roméo » ou « Juliette » et ont pour but de s’engager dans des relations amoureuses avec leurs cibles afin de glaner les informations qu’ils recherchent. Et la troisième met en vedette Ryan Robbins dans la peau d’un pasteur Mennonite, Noah Funk, qui travaille sous couverture pour démanteler un réseau de crimes organisées pour éradiquer les problèmes trafics de drogue dans cette communauté. La rédaction recommande également de suivre les aventures du Dr Mary Harris qui tente d’échapper aux autorités pour continuer de « conseiller les patients en fin de vie » et leur proposer l’euthanasie en toute discrétion pour se retirer sans douleur. Dans les pas de Breaking Bad au féminin pour un twist final à la HTGAWMMary Kills People s’est suivit avidement en 6 épisodes sur Global et sur la chaîne américaine Lifetime à partir du 23 avril prochain. A ne pas manquer!!!

Le réseau de télévision canadien TVA passe comme tant d’autre en HD et en numérique terrestre entre 2007 et 2009. Son identité visuelle devient celui que l’on connait aujourd’hui en 2012, date à laquelle des créations originales apparaissent, des téléromans à succès tels que O’ suivant le quotidien du clan O’Hara d’origine irlandaise ayant fait fortune dans l’eau embouteillée, Au secours de Béatrice avec Gabriel Arcand (oui le frère de Denys) mettant en scène les péripéties d’une médecin urgentologue, L’Échappée, dont la première saison s’est terminé avant le passage à la nouvelle année 2017, qui décrit à la manière de Broadchurch une petite communauté idyllique vu par le retour d’une quadragénaire et une certain crime qui l’a concerne, sans oublier L’Imposteur avec Marc-André Gondrin (qui s’est rasé pour le rôle) dans la peau d’un ex-prisonnier qui mène une double vie et dernièrement L’Heure bleue* depuis janvier 2017 autour d’une mère qui cherche à se reconstruire après la mort d’un de ses enfants. Et du groupe TVA, la chaîne câblée AddikTV se lance également dans le lancement de drames à suspense avec la policière Mensonges ou la « surnaturelle » Prémonitions avec Pascale Bussières (Becky Walters dans Le Coeur a ses raisons ou Sarah dans l’adaptation québéquoises de WorkinGirls, Complexe G).

Qu’en est-il de la comédie justement? Car depuis les parodies ou comédies à sketch, Bizarre, Second City TV ou Le Coeur a ses raisons, il est difficile de citer des immanquables. Et pourtant. Il faut savoir qu’Un Gars, Une Fille a été adapté d’une série canadienne créée par Guy A. Lepage, également l’acteur principal et que son concept a été repris dans le monde entier. Elle provient au départ de scènes humoristiques sur la vie de couple de l’émission Besoin d’amour diffusée sur les ondes de TQS en 1996 animée par Guy A. Lepage. Il faut aussi nommer le chanteur et humoriste François Pérusse et ses pastilles radiophoniques ou ses séries d’animations (Pérusse City, Série du peuple). D’autre shortcom nous viennent à l’esprit telles que Fais pas si, fais pas ça ou Parents mode d’emploi de notre côté de l’Hexagone, il existe Les Parents 2008 – 2016 avec Anne Dorval qui voit grandir sur huit ans la famille Parents et ces trois enfants au travers des scènes courtes de la vie quotidienne. Imaginez une tribu style Malcolm sans la folie, mais avec l’acuité pseudo réaliste de l’absurdité que toutes les familles ont déjà vécu et vous obtiendrez cette comédie familiale tendre sur ICI Radio-Canada Télé. Comment ne pas citer la culte Les Beaux Malaises qui s’est retiré après un double final de 45 minutes, le 22 janvier 2017 après 3 saisons et une adaptation française qui ne fait que reprendre situations par situations de manière caricaturale et sans saveur avec Frank Dubosc et Anne Marivin sur M6 en octobre 2016. Sur CBC, nous suivons depuis le 11 octobre 2016 le quotidien de la famille canado-coréenne Kim tenant une épicerie. Kim’s Convenience, plus jouissive et subtile que Fresh Off The Boat qui suivait les pas de The Goldberg ou Black-ish s’articulant sur la difficulté d’une minorité ethnique à s’intégrer dans un quartier, joue sur des situations et des personnages drôles et sensibles. Il faut attendre une saison 2 avec impatience…

En espérant que ce tour d’horizon vous aura convaincu que le paysage audiovisuel canadien est riche et mérite plus sérieusement que l’on s’y arrête. Toute proposition est la bienvenu afin d’améliorer à l’avenir ce nouveau chapitre de la rubrique de Séries que Cineseries-mag s’efforce d’étoffer ces dernières années avant le deuxième Focus qui portera sur Netflix. Histoire d’en savoir plus, histoire d’en faire une…

* Période (appréciée des photographes) entre le jour et la nuit où le ciel se remplit presque entièrement d’un bleu plus foncé que le bleu ciel du jour. Aussi appelée « entre chien et loup » ou la « brunante » au Canada.

Les grandes networks à retenir:

CBC Television (Canadian Broadcasting Corporation – communément appelé « CBC ») est un réseau public national qui appartient à la Société Radio-Canada (plus ancien service de diffusion), et dont la programmation est diffusée en anglais – ainsi qu’en langues autochtones dans les territoires et les régions nordiques du Québec et du Labrador.

CTV Television Network (Canadian Television – communément appelé « CTV »), à l’origine CTN (Canadian Television Network). Un réseau privé national (sauf à Terre-Neuve-et-Labrador ainsi que dans les trois territoires) détenu par Bell Media, et diffusant uniquement en anglais.

Global Television Network (communément appelé « Global »). Un réseau privé national (sauf à Terre-Neuve-et-Labrador ainsi que dans les trois territoires) détenu par Shaw Media et diffusant uniquement en anglais.

Citytv, détenu par Rogers Media, est composé de stations locales basées à Toronto, Winnipeg, Calgary, Edmonton, Vancouver, Saskatchewan et Montréal.

CTV Two (anciennement NewNet, puis A-Channel), détenu par Bell Media, est un système de diffuseurs locaux basés en Ontario, en Colombie-Britannique, dans les provinces des Maritimes et en Alberta. La marque de commerce A-Channel fut achetée de Craig Media en 2004, et fut anciennement utilisée pour les stations dans les marchés de Calgary, Edmonton et Winnipeg, lesquelles sont aujourd’hui dénommées CityTV.

ICI Radio-Canada Télé (Société Radio-Canada – communément appelé « SRC » ou « Radio-Canada »). Un réseau public national dont la propriété appartient au gouvernement fédéral, et dont la programmation est entièrement diffusée en français.

TVA (autrefois Télé-Métropole), détenu par Québecor Média Inc., est un réseau basé au Québec, dont la programmation est entièrement diffusée en français partout au Canada via le câble.

V est un réseau exploité au Québec, qui est détenu par Remstar Corporation. La programmation est entièrement diffusée en français.

Frapuccino : la web-série la plus frappée du web, ou presque

Frapuccino: un premier projet ambitieux pour de l’indépendant, surfant entre deux genres, à volonté cinématographique et faisant de l’œil au théâtre.. Mais l’ensemble tient-il la route?

Frapuccino est une web-série française (cocorico!) créée par le collectif Attention Fragile, un collectif artistique produisant diverses pièces de théâtre, courts-métrages et bien-sûr ladite web-série. Cette série se compose uniquement à ce jour d’une saison 1 composée de 12 épisodes, d’à peu près 7 minutes chacun, pour un total de la durée d’un long métrage moyen. A noter qu’il s’agit là d’un projet de longue haleine, puisque le tournage des premiers épisodes a commencé en 2012 (les premières lignes du projet remontent même à 2009), pour se finir en novembre 2016 avec la sortie de l’épisode 12 de la saison 1 sur leur chaîne YouTube.

Le pitch. Cyril, un jeune homme inamical qui ressent le besoin de frapper une personne régulièrement à 8h, 12h et 20h pour son « hygiène personnelle », se voit devoir travailler avec Paolo, italien stéréotypé qui adore les femmes (qui ne lui rendent pas vraiment), pour le compte d’un énigmatique patron. Leur mission est de livrer une malle dont on ignore le contenu, de Paris à Fleury. En chemin ils feront la rencontre d’Amélie, jeune femme typée bourgeoise ayant les mêmes pulsions violentes que Cyril, qui la prendra donc sous son aile pour l’aider à se contrôler. Cette petite troupe s’engage alors dans un roadtrip en Twingo (cocorico?) à destination de Fleury, mais ils se rendront vite compte que deux obscurs personnages ayant « des têtes d’assassins », Job et Rodriguez, leur filent le train.

 

Au départ un peu sceptique quant à cette série, je dois admettre que j’ai été surpris par le professionnalisme du projet. Moi qui m’attendais à une web-série modeste et tout ce qu’il y a d’amateur, force est d’admettre que l’ensemble se tient plus ou moins. Le scénario est particulièrement bien écrit avec des dialogues qui fonctionnent, celui-ci étant bien mis en valeur par le montage, simple mais efficace. L’acting est au premier abord assez inégal, mais s’améliore au fur et à mesure des épisodes jusqu’à s’égaliser plus ou moins. On notera l’apparition d’une tête connue dans l’épisode 7, Jean-François Gallotte, jouant le rôle du prêtre, et étant connu pour ses rôles (généralement en tant que second-couteau) dans diverses comédies françaises. Le gros plus de cette web-série est la volonté tangible et affirmée de son approche cinématographique. Ceci se ressentant dès le survol de ses épisodes, dont les titres rappellent certains films de genre, tel que « Le dernier bar avant la fin d’un monde » pour l’épisode 8, faisant directement référence au Dernier pub avant la fin du monde (2013) d’Edgar Wright. Mais cette approche se retrouve aussi au sein même de l’intrigue, définitivement influencée par des réalisateurs tel que Quentin Tarantino (plus particulièrement dans les derniers épisodes) ou encore Michel Audiard. On notera aussi des références plus subtiles dans les décors, notamment la texture caractéristique de la moquette de l’hôtel Overlook apparaissant sur la paroi de l’ascenseur (quelle coïncidence) d’un hôtel dans l’épisode 10, qui a su faire battre mon petit cœur d’amoureux de l’épouvante et d’admirateur de Stanley Kubrick (c’est moche de me prendre par les sentiments). On sent également un vrai effort de photographie: à ce niveau, il n’y a pas à hésiter, la qualité est au rendez-vous, et est notablement supérieure aux autres séries de même niveau (surtout pour un premier projet). Certains cadres m’ont d’ailleurs étonnement rappelé le genre de plans que l’on peut trouver dans la filmographie de Gaspar Noé. Malheureusement, cette qualité ne se retrouve pas tout au long de la série, et se verra souvent entrecoupée de plans beaucoup plus simplistes, comme les plans à l’intérieur de la Twingo par exemple (ceux-ci peuvent cependant s’excuser par le manque de place disponible..).

L’un des points négatifs de la série est avant tout le format. En effet, une adaptation en long-métrage aurait beaucoup plus rendu honneur au scénario, et l’on déplore ainsi une coupure souvent trop brute des épisodes. Or, Frapuccino était à l’origine prévu comme un long-métrage, nous a confié Mathilde Bourbin, scénariste et interprète d’Amélie. L’équipe ayant au final dû se rabattre sur ce format, plus accessible et jugé moins risqué pour ce premier projet, dommage… Le second point négatif notable est le manque de budget, ou en tout cas, le faible budget, qui se ressent assez fortement lorsque l’action s’accélère, principalement dans les choix des effets spéciaux ou dans les décors. Et pour cause, le budget total de la série s’élève à 15 000€, dont, fait notable, 4 000€ proviennent d’une campagne de crowdfunding. Or, ce budget relativement faible a poussé l’équipe à revoir à la baisse certaines des dépenses, ou jusqu’à devoir abandonner certaines décisions, ce qui donne à certaines scènes un côté assez cheap, qui ne choquera pas outre mesure les amateurs de série B. N’oublions pas enfin de parler de l’humour, puisque comme le pitch le laisse supposer, Frapuccino est avant tout une web-série humoristique. Il s’agit ici  principalement de comique de situation, bien que le comique de caractère soit aussi présent au travers de la personnalité des divers personnages. On notera d’ailleurs dans certaines scènes, un certain attachement au théâtre, ce qui, couplé avec la dimension cinématographique de la réalisation, n’est pas sans rappeler la série Kaamelott. Si l’humour se fait parfois trop lourd et insistant, certaines situations fonctionnent assez bien, et ce sont dans ces moments, que l’influence d’Audiard se fait le plus ressentir.

Le résultat de la saison 1 est plutôt prometteur. Malgré le nombre de vues diminuant d’épisode en épisode sur leur chaîne YouTube (tendant à prouver que la série peine à maintenir l’intérêt de ses spectateurs), il est certain qu’il existe un public pour ce type d’œuvre. En ce sens, les retours du public sont extrêmement positifs ; et nous ne saurions trop vous conseiller de vous y intéresser à votre tour. Si d’aventure Frapuccino vous plait, sachez qu’une saison 2 plus noire et axée sur une guerre de gangs est déjà prévue, et est actuellement au stade d’écriture et de levée de fonds. Il vous est d’ailleurs possible de soutenir ce projet via leur page Tipeee, dont le lien se trouve à la fin de cet article. Frapuccino est, dans son ensemble, une web-série très « fraîche » qui se laisse regarder avec beaucoup de facilité, sans laisser toutefois un impact véritablement fort chez le spectateur. Les cinéphiles y retrouveront des références et une approche artistique familière, tandis que les plus novices y trouveront une expérience sympathique, dont le format court a au moins le mérite de faciliter sa découverte par les citadins un peu trop débordés par le train-train du quotidien et ne rêvant que de partir sur les routes de France en Twingo. L’ensemble est toutefois imparfait, et avec un peu de chance (et d’argent), nous espérons une meilleure qualité pour la saison 2, et souhaitons une fructueuse quête de fonds à Attention Fragile !


Le lien Tipeee pour soutenir le projet d’une saison 2: https://www.tipeee.com/frapuccinowebserie

Auteur : Jeap Horckman

 

Stratton, un film de Simon West : Critique

Privé de sortie en salles, Stratton est un film d’action parfaitement dérisoire et, pire encore, un film d’espionnage risible. Pas de quoi nous faire regretter de ne pas avoir l’occasion de le voir sur grand écran.

Synopsis : Deux agents spéciaux rattachés au MI6 s’infiltrent dans un laboratoire iranien pour y intercepter un produit chimique dangereux. Alors qu’ils tombent dans une embuscade et que l’un d’eux est tué, l’équipe menée par Stratton comprend qu’ils ont affaire à un dangereux terroriste déterminé à utiliser sa toute nouvelle arme biochimique.

A la vue d’un film dont l’argument principal est « d’après les romans d’un ancien membre des Forces Spéciales Britanniques », il était légitime d’espérer trouver un thriller délesté des inévitables gimmicks du cinéma d’action, voire même atteindre un réalisme en rupture avec la stratton-dominic-cooper-pistolet-mitrailleurgrandiloquence un peu kitsch propre à la saga James Bond. C’était sans compter sur Simon West, le réalisateur des regrettables Tomb Raider et Expendables 2 ainsi que plusieurs nanars testostéronés interprétés par Jason Statham. C’est exactement dans cette direction qu’il oriente ce Stratton, à tel point d’ailleurs que l’on aurait tout à fait pu imaginer son rôle-titre sous les traits de son nouvel acteur fétiche plutôt que sous ceux de Dominic Cooper, qui décidément, après Warcraft, ne cesse de nous prouver qu’il choisit mal ses projets.

Dès la scène d’ouverture, West nous fait comprendre que son intrigue a été conçue pour répondre aux attentes des amateurs de films d’action. C’est ainsi que le suspense naît de façon artificielle, poussé par une musique bateau qui monte crescendo ; que la course-poursuite en voiture passe miraculeusement par un entrepôt dont l’architecture est propice aux cascades les plus convenues ; et que la fusillade s’éternise dans un montage chaotique. Tous les espoirs de réalisme intelligemment documenté sont ainsi mis à plat en seulement quelques minutes.

Thomas Kretschmann a beau être un méchant impressionnant, la balourdise du scénario et le manque d’idées dans la conception des scènes d’action font de l’ensemble un actionner sans âme comme on en a déjà vu des dizaines.

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Entendre, par exemple, les agents secrets anglais qualifier les espions de « KGB », alors que cette agence est dissoute depuis un quart de siècle, est une preuve parmi tant d’autres que les scénaristes (mystérieusement restés anonymes) n’avaient aucune notion de ce dont il est question ici. Bien au contraire, il apparaît évident que leur seule intention est de justifier davantage de fusillades et de courses-poursuites toutes plus invraisemblables les unes que les autres.

 Stratton-Tom-FeltonQue dire des personnages ? Hormis les quelques efforts pour rendre le héros attachant en lui offrant un passif familial à travers les souvenirs pleins d’émotions d’un vieux marin alcoolique (Derek Jacobi), et les quelques flashbacks mélancoliques visant à nous faire partager le chagrin de la mort d’un sympathique agent (Tyler Hoechlin), on peut déplorer une absence totale de travail sur les personnages secondaires. Les plus atteints par ce manque d’écriture sont ceux interprétés par Gemma Chan, qui comme souvent ne semble être là que pour apporter une touche de charme, et par Austin Stowell, cet agent américain si inutile qu’il est relégué jusqu’au bout au rang de figurant. L’acteur qui est le plus à plaindre est sans conteste Tom Felton, l’ancien Drago Malfoy de la saga Harry Potter, à qui il semble désormais qu’aucun réalisateur ne veuille donner un autre rôle que celui du traître ou du félon. Aucune surprise donc sur l’unique twist de l’intrigue (peut-on même encore imaginer que dire « Felton joue le méchant » est un spoil?). Ne reste que ce cher Dominic Cooper à qui on laisse trop peu de place pour affirmer son talent. Un échec sur toute la ligne…

Stratton : Bande-annonce

Stratton : Fiche technique

Réalisateur : Simon West
Scénario : Adaptation des romans de Duncan Falconer
Interprétation : Dominic Cooper (John Stratton), Thomas Kretschmann (Grigory Barovsky), Tom Felton (Cummings), Gemma Chan (Aggy), Derek Jacobi (Ross)…
Production : Henry Cavill, Charlie Cavill, Lawrence Elman, Rex Glensy…
Studios de production : GFM Films, Amber Entertainment, Promethean Productions…
Distribution : Marco Polo
Genre : Action, espionnage
Durée : 93 minutes
Date d’accès en VOD : 5 avril 2017
Grande-Bretagne – 2017

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Penny Dreadful Saison 3 : Sortie coffret DVD, Blu-ray & 3D

Un peu moins d’un an après sa fin surprise, la troisième saison de Penny Dreadful s’offre une édition Blu-ray et une édition DVD. Bienvenue à Londres, ville des monstres et créatures en tous genres !

Gothique à souhait, Penny Dreadful se démarque avant tout par son univers. Plonger dans le monde de Penny Dreadful c’est plonger dans l’époque victorienne et baroque d’un Londres sublimé par son atmosphère angoissante et délicieusement dérangeante. Pour servir son histoire et ses personnages, la série décide de s’inspirer directement de la littérature anglaise du 19ème siècle. Ainsi on retrouve les grandes figures du genre telles que Van Helsing, Dorian Gray ou encore le Dr.Frankenstein. Le bestiaire est également complet et les amateurs de fantastique seront ravis ! Loups garous, vampires et sorcières sont célébrés dans la somptueuse série. Dans ce cadre là, le show excelle en un point majeur. Cette réussite réside dans cette capacité à renouveler les mythes. Penny Dreadful se sert de personnages emblématiques afin d’écrire un récit moderne, évitant la médiocrité de La ligue des Gentlemen extraordinaires ou Van Helsing, deux longs-métrages étant basés sur le même concept. Inclure des personnages inédits dans un tout fantastique, entre Frankenstein et Jekyll, était un pari très risqué. Arrivant à reprendre les thématiques originelles du genre, la série fait honneur à ces piliers de la littérature tout en enrichissant l’univers.

D’excellente qualité, le programme n’évite pas le sexe et la violence, éléments caractéristiques des séries grand format actuelles. L’aspect macabre n’est pas là pour choquer mais pour ajouter de la finesse au récit, notamment à travers les  morts-vivants  soucieux de se cultiver. Porté par un casting de talent et notamment la sublime Eva Green, Penny Dreadful est à la fois un drame victorien et un divertissement soigné proposant des réflexions intéressantes autant sur la science que la mort en passant par la foi.

Caractéristiques techniques du coffret Bluray ™ :

pennydreadful-sortiebluray

Format image : 1.78 – Format écran : 16/9

Audio : Anglais Dolby Atmos et Français, Allemand 2.0

Caractéristiques techniques du coffret DVD :

Format image: 1.78 – Format écran: 16/9

Audio 5.1 et Français, Allemand, Italien, Espagnol 2.0

Bonus :

Les prothèses de sorcière d’Hecate • Fabrication du laboratoire du Dr. Jekyll • Portraits des personnages : Ethan Chandler, Sir Malcolm & Kaetenay, Dr. Sweet, Dr. Seward & Renfield, La Créature, Dr. Victor Frankenstein & Dr. Jekyll, Dorian, Lily & Justine et Catriona Hartdegen • Les costumes de Vanessa • Le zoo mort

9 épisodes de 50 minutes – Editeur : Paramount

Synopsis : Londres, 1891, une menace quasi invisible massacre la population. Vanessa Ives, une jeune femme aux pouvoirs puissants et hypnotiques, rencontre et propose à Ethan Chandler, un homme rebelle et violent de s’allier à elle ainsi qu’à Sir Malcolm, un homme riche d’un certain âge aux ressources intarissables, pour combattre cette nouvelle menace. La série propose de revisiter tour à tour tous les contes et histoires d’horreur qui se lisaient à cette époque-là dans les revues (les fameuses Penny Dreadful nommées ainsi car elles coûtaient un penny et étaient effrayantes), intégrant les personnages, les créatures et les intrigues dans le Londres victorien.

Extrait Penny Dreadful saison 3 :

 

Sortie DVD & Blu-Ray de Sully : retour sur un drame humain

Ce mercredi 5 avril sort en coffret DVD & Blu-Ray Sully. Ce biopic, signé Clint Eastwood, retrace le célèbre procès d’un homme aujourd’hui reconnu pour son héroïsme. Entre catastrophe et hommage, retour sur le miracle de l’Hudson.

Synopsis : Le 15 janvier 2009, l’incroyable se produit : un avion qui vient de subir une terrible avarie réussit à se poser sans encombre sur le fleuve Hudson, au large de Manhattan. Bilan : les 155 passagers ont la vie sauve ! Un exploit hors du commun accompli par le commandant « Sully » Sullenberger et bientôt relayé par les médias et l’opinion publique. Partout dans le pays, la presse s’empare du « miracle sur l’Hudson ». Et pourtant, alors même que le pilote est salué comme un héros, une enquête est diligentée, ce qui menace sa réputation et sa carrière…

Le héros de l’Hudson

Cinq minutes et huit secondes. Voici la durée du vol 1549 US Airways. Le 15 janvier 2009, Chesley Sullenberger, alias Sully, s’est hissé au rang de héros. Ce jour-là, 155 vies ont pu être sauvées grâce à son exploit. L’amerrissage sur l’Hudson, fleuve de l’état de New-York a pourtant été pendant de nombreux mois au cœur d’une véritable enquête judiciaire. Une question se pose alors : était-ce l’unique solution ?sully-tom-hanks-proces

Contrairement à ce que nous pourrions penser, Sully n’est pas un film catastrophique. C’est un drame biographique sur l’hommage d’un héros de l’aviation. Clint Eastwood, maître du cinéma américain, nous prouve une fois de plus ses talents de réalisateur. Ce film, pour le moins studieux, met en évidence la part héroïque de cet homme tout en y apportant de nombreux questionnements notamment autour de l’erreur humaine.

Beau humainement, ce film résout les énigmes de ce fait divers de manière honorable. Le jeu d’acteur y est parfaitement maîtrisé, notamment avec Tom Hanks, livrant une performance dans la continuité de son rôle dans Capitaine Phillips. Certains diront que cette œuvre cinématographique est décevante, mais pourtant, il existe une véritable profondeur dans Sully. Clint Eastwood signe ici une réalisation centrée sur l’aspect humain. Loin de tout artifice, Sully séduit par son naturel, son classicisme et son honnêteté. Entre psychologie et spectaculaire, Clint Eastwood a décidé de choisir la voie de la réalité… 

Au cœur d’un fait divers

Ce coffret DVD & Blu-Ray nous plonge huit ans plus tôt, au cœur de cet événement dramatique. Le contenu est à l’image de ce film, c’est-à-dire studieux. Deux aspects sont mis à l’honneur dans le bonus : une partie historique et technique.

sully-clint-eastwood-avion-hudsonPremièrement, nous découvrons de nombreux détails auparavant passés sous silence, autour de cette journée du 15 janvier 2009. En effet, pendant environ trente minutes, nous sommes plongés au cœur du miracle de l’Hudson : interview, images, et portrait du héros, « Sully  » Sullenberger. Deuxièmement, nous nous retrouvons au cœur du tournage, dans les coulisses de ce biopic. Décors, mises en scène ou encore jeu d’acteur sont dévoilés dans cette partie plus technique.  En bref, un peu moins d’une heure d’images purement inédites et spectaculaires.

Captivant, émouvant et audacieux, ce film biographique nous transporte véritablement au coeur de ce drame historique. Sully est un biopic humainement profond, sur la faute humaine et ses conséquences, à découvrir sans plus attendre ! 

Sully : Bande Annonce

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DU DVD

Titre original: Sully
Date de sortie: 5 avril 2017 (en DVD)
Durée : 1h35
Musique: Christian Jacob
Costumes: Deborah Hopper  
Montage: Blu Murray  
Décor : James J. Murakami
Directeur de la photographie: Tom Stern
Produit par: Clint Eastwood, Tim Moore, Frank Marshall, Allyn Stewart, Bruce Berman, Gary Goetzman, Robert Lorenz
Production: Warner Bros.
Sortie : 30 novembre 2016

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CONTENUS DES BLU-RAY

  •  Instant après instant : éviter le désastre sur l’Hudson (15 min)
  •  Sully Sullenberger : l’homme à l’origine du miracle (15 min)
  • Plongée dans l’Hudson : le tournage de SULLY (20 min)

Prix de vente conseillé en DVD : 19.99€

Prix de vente conseillé en coffret BD : 24.99€

Prix de vente conseillé en coffret 4K UHD : 29.99€

 

Heis (Chroniques), un film d’Anaïs Volpé : critique

Pendant deux ans, la jeune réalisatrice Anaïs Volpé s’est consacrée à un projet cross-média à grande échelle : Heis. Découpé en trois volets (long-métrage, série et installation artistique), ce projet est avant tout un travail expérimental. Ce film, de 1h30, aborde des thématiques omniprésentes dans notre société, telles que la culpabilité du choix. Retour sur une œuvre cinématographique révolutionnaire.

Synopsis : En quête de réussir sa vie, Pìa, 25 ans, désespérée après une accumulation de difficultés, doit retourner vivre dans sa famille. Son objectif: revenir pour mieux repartir. Son frère jumeau, Sam, qui vit toujours chez leur mère, n’appréhende pas la vie sous le même angle et ne tolère pas la vision de sa sœur. Qui a tort, qui a raison? Le droit de partir ou le devoir de rester? Entre Amour et Colère, émancipation et culpabilité, Heis est une histoire de sang, de vide et de trop plein : une histoire de famille.

Les liens du sang : une dépendance aveugle ?

Le devoir de rester ou le droit de partir ? La trame de l’histoire est construite sur cette question à la fois personnelle, universelle et symbolique. Heis, qui signifie l’épanouissement personnel en grec, est une œuvre cinématographique d’un nouveau genre. À mi-chemin entre le projet artistique et le documentaire, ce film expose avec modernité la thématique de la dépendance familiale.    

heis-chroniques-critique-akela-sari Intergénérationnel, HEIS s’adresse aussi bien à la jeunesse qu’aux parents. C’est un film profondément moral, dans lequel nous pouvons tous nous retrouver. Pia est une jeune femme qui tente, malgré son attachement familial, de s’émanciper, en essayant de se construire un avenir professionnel. Sam son frère jumeau, est quant à lui entièrement dépendant de sa famille, dans l’incapacité de se détacher de cette dernière. Leur mère, partagée par la volonté de leur réussite mais véritablement bouleversée par l’idée qu’ils puissent un jour s’éloigner d’elle, représente cet entre-deux.

Ce chaos est à l’image de notre société. Nous grandissons dans un monde, dominé par l’accomplissement des choix. Ces derniers nous rendent certes, plus responsables, mais nous éloignent toujours un peu plus de nos repères. Oublier ses rêves ou oublier sa famille ? Quelle réponse pouvons-nous donner face à ce choix quasi impossible ? HEIS est une définition très représentative de ce monde d’aujourd’hui, où le mot société rime désormais avec individualisme.

Une critique de la société

Une jeunesse ambitieuse ?

« On est les enfants des années 90 et les adultes des années 2010. On est passés du biberon au chômage presque sans transition. On est nostalgique d’une époque qu’on n’a même pas connue. »

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Dépeindre la génération « YouTube » : voici l’une des principales intentions d’Anaïs Volpé. HEIS est un film quelque peu militant qui aborde en l’espace de 1h30 de larges problématiques actuelles. C’est le cas du chômage. Sujet « à la mode » depuis le XXIe siècle, cette crise des emplois est une lutte qui prend de plus en plus de place chez les jeunes. Artiste talentueuse, Pia rêve de faire de sa passion, son métier. La trame de l’histoire est bercée par le désir obsessionnel de cette jeune femme, de se voir accorder une bourse d’étude. Sans cette dernière, son ambition s’envole au même rythme que ses rêves.

« Comme la plupart de mes amis, j’étais victime de la crise qui touche les jeunes de moins de 25 ans en France. » Anaïs Volpé.

En mettant en évidence ce problème actuel et récurrent, la jeune réalisatrice espère insister sur l’ampleur de cette jeunesse perdue entre le désespoir et l’ambition. Nous retrouvons ainsi dans HEIS, des séquences symboliques telles que la confrontation sociale entre Pia, toujours dans l’attente d’un avenir, et une amie ayant réussi professionnellement. Tension. Jalousie. Incompréhension. Voici les principaux troubles de notre société, désormais bercée par un esprit de rivalité permanente.

La rupture sociale

« Aujourd’hui est un jour particulier, celui de la perte. Où on réalise que le groupe dans lequel on a toujours évolué n’existe plus. »

heis-chroniques-critique-matthieu-longatte-boxeLa perte d’un amour ou d’un ami est un sujet également mentionné dans HEIS. Loin d’être omniprésente, cette thématique est pourtant abordée de manière officieuse durant toute l’intrigue. Nous rencontrons par le biais des souvenirs de Pia, une part de sa vie antérieure, bien loin de sa solitude actuelle. À aucun moment les raisons de cette rupture sociale sont abordées, mais nous comprenons, grâce à de nombreuses allusions, que cette perte a été occasionnée par ses choix. C’est notamment le cas dans la scène du pile ou face, dans laquelle Pia semble jouer son avenir sentimental. En dissimulant ainsi les motifs de la perte sociale de Pia, Anaïs Volpé a voulu mettre en évidence le fait que chacune des relations que nous établissons ne tient qu’à un fil. En effet, peu importe les choix que nous accomplissons, nous perdons toujours quelque chose en retour.

Le paradoxe de la liberté et de la violence

heis-chroniques-critique-anais-volpe-ballonPia et Sam, ces deux jumeaux au caractère si distinct sont nés à une époque emblématique : celle de la chute du mur de Berlin. Cet événement symbolique a été choisi méticuleusement par la réalisatrice afin d’insister sur l’émancipation d’une jeunesse perdue, et son désir de liberté.

« Les gens qui ont des rêves ne veulent pas mourir et les gens qui n’ont pas de rêve veulent mourir. »

HEIS mêle pendant 1h30, les monologues engagés de Pia, aux discours médiatiques sur le contexte violent dans lequel nous vivons. Attaques terroristes, actes violents… s’imposent rapidement dans ce long-métrage. Les mots parlent d’eux-mêmes et à aucun moment nous découvrons l’ampleur des images. Ce choix, très pertinent permet d’insister sur le dérèglement quasi global de notre société. HEIS, apparaît ainsi comme un véritable face à face avec les problèmes actuels.

Véritable ovni cinématographique, HEIS est une œuvre artistique engagée, face à une société en parfaite décadence. Un long-métrage bouleversant : quand la nostalgie pointe le bout de son doigt, que les souvenirs sont de simples piqûres de rappel, et que le passé doit désormais faire place à l’avenir.

« On est jeune, on n’a encore rien vu. Il nous reste tellement de temps qu’on n’a même pas idée que la route est longue. On est déjà presque en 2020. »

Heis (Chroniques) : Bande-annonce

Heis (Chroniques) : Fiche technique

Réalisateur : Anaïs Volpé
Scénario : Anaïs Volpé
Interprètation : Anaïs Volpé, Akéla Sara, Matthieu Longatte, Émilia Derou-Bernal, Alexandre Desane
Image : Alexandre Desane, Anaïs Volpé, Gabriel Dumas-Delage
Montage : Anaïs Volpé
Musique : CHKRRR
Distribution : Territoire(s) Film
Durée : 92 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 5 avril 2017

France – 2016

Corporate, un film de Nicolas Silhol : critique

Corporate est un appel feutré à la révolte en entreprise. La prise de conscience d’une DRH en quête de vengeance qui va devenir symbole, héroïne des temps modernes.

Synopsis : Emilie Tesson-Hansen est une jeune et brillante responsable des Ressources Humaines, une « killeuse ». Suite à un drame dans son entreprise, une enquête est ouverte. Elle se retrouve en première ligne. Elle doit faire face à la pression de l’inspectrice du travail, mais aussi à sa hiérarchie qui menace de se retourner contre elle. Emilie est bien décidée à sauver sa peau. Jusqu’où restera-t-elle corporate ?

Meurtrière 

Le monde de l’entreprise et la déshumanisation de l’employé, même celui qui se croit supérieur aux autres, tel est le thème de Corporate (comprendre celui qui aime et défend l’entreprise, mais qui se doit aussi d’être proactif, c’est-à-dire de toujours aller de l’avant). Le film explore donc les arcanes du pouvoir d’entreprise à travers Esen et ses dirigeants à la morale douteuse. Parmi eux, une figure intéresse plus particulièrement celine-sallette-corporate-nicolas-silhol-critique: celle d’Emilie, la DRH. Cette femme en apparence froide et calculatrice va devenir héroïne le temps d’un film. Céline Sallette offre à ce personnage une force inattendue, celle d’un regard qui accroche, d’un corps qui décroche pour mieux rebondir. C’est par le vêtement, mais aussi la posture qu’Emilie se transforme. Ce personnage est assez nouveau dans la filmographie de l’actrice. Habituée à faire le lien entre les protagonistes (Cessez le feu, Geronimo…), elle est ici solitaire, désemparée face au groupe. D’abord louée, cette « killeuse » devra faire des choix radicaux pour changer sa vie et peut-être celle des autres. Construit comme une sorte de thriller, Corporate surprend moins par son scénario que par les dilemmes qu’il offre à certains de ses personnages, mais aussi et surtout la confrontation entre Emilie et l’inspectrice du travail. D’abord rivales, les deux femmes vont vite devenir des alliées de choix. Il y a quelque chose de jouissif à les voir gérer, de manière plutôt incongrue, la sécurité sur un chantier d’hommes. Les deux actrices sont superbes de nuances dans ce grand jeu macabre qu’elles tentent de camoufler, puis de dénoncer. Leurs enjeux sont tour à tour dissonants puis complémentaires. A ce jeu-là, Violaine Fumeau vient parfaitement compléter le jeu de Céline Sallette. Autour d’elles gravitent d’autres figures convaincantes : Lambert Wilson, Stéphane de Groodt, Alice de Lencquesaing et des plus ou moins anonymes dont les visages ne nous sont pourtant pas inconnus.

Une petite entreprise qui connaît la crise 

Dans ce vaste labyrinthe qu’est l’entreprise, planquée au cœur de Paris, le monde s’écrit comme dans une jungle. Le plus faible s’écrase, tombe, se courbe. Le plus fort avance sans se retourner. Réfléchir à ses actes, c’est déjà ne plus être compétitif. Emilie le comprend à ses dépens, elle retrouve alors le sel de sa vie, redevient plus humaine en quelque sorte. D’abord convaincue par ses actes, elle finit par les rejeter, sans refuser de les assumer. Ce serait trop facile de dire qu’elle a simplement obéi à des ordres et Nicolas Silhol s’y refuse. Tout est alors construit sur la quête de la vérité,  celle que l’on masque, que l’on fabrique. Silhol se projette du côté de ceux que le système détruit, sans pour autant leur coller aux basques, car il s’attaque au monstre froid : la « killeuse » redevenue pour un temps la petite fille perdue qui ose croire à un monde meilleur, quitte à tout perdre. Entre un Paris rempli d’hommes filmés comme des fourmis ouvrières et les couloirs cliniques de l’entreprise, Silhol promène sa caméra, mais sans lâcher ses protagonistes, en les confrontant sans cesse les uns aux autres et en décidant de ne pas trop les caricaturer pour espérer convaincre. L’entreprise devient alors le lieu du drame que la musique vient accompagner, le monde extérieur apparaît comme une triste consolation où la musique se libère et peut être libère aussi. Une chose est sûre, Emily s’émancipe et, en chutant de son piédestal, s’élève beaucoup plus haut qu’elle ne le croit (sa vie personnelle n’est qu’esquissée, on ne sait pas si elle est soutenue jusqu’au bout, dans ce cocon bien-aimant et limite concurrentiel qu’elle a créé avec des gens – son fils et son mari – qu’elle ne fait que croiser). Mais à quel prix ? (celui d’une vie humaine car elle se réveille un peu tard, celui de l’humanité toute entière peut-être). En partant du bruit d’un corps qui chute, du drame, de l’élément déclencheur – l’employé qui met fin à ses jours dans son entreprise en se jetant par la fenêtre – Nicolas Silhol dresse un bilan  clinique de l’entreprise qu’il décortique et sur laquelle il pose un regard loin d’être bienveillant. Il redit aussi l’importance de protéger ce monde du travail si féroce en tout cas tel qu’il le décrit. Dommage que le film surprenne peu et qu’il paraisse parfois un peu désincarné pour vraiment livrer son message jusqu’au bout.

Corporate : Bande annonce

Corporate : Fiche technique

Réalisation : Nicolas Silhol
Scénario : Nicolas Silhol, Nicolas Fleureau
Interprètes : Céline Sallette, Lambert Wilson, Alice de Lencquesaing, Stéphane de Groodt, Violette Fumeau…
Photographie : Nicolas Gaurin
Montage : Florence Bresson
Décor : Sidney Dubois
Musique originale : Mike, Fabien Fourtzer, Alexandre Saada
Producteur(s) : Jean-Christophe Reymond
Production : Kazak Productions
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 95 minutes
Date de sortie : 5 avril 2017

France – 2016

Baby Boss, un film de Tom McGrath : Critique

Baby-Boss, ou quand les bébés prennent leur revanche sur la famille !

Synopsis : Un petit garçon de sept ans, nommé Tim, est jaloux de son petit frère. Quand il va en mission pour reconquérir l’affection de ses parents, il découvre un complot secret du PDG Puppy Co., qui tourne autour de son petit frère et menace de déstabiliser l’équilibre de l’amour dans le monde.

Baby-Boss, nouveau né des Studio DreamWorks Animation depuis Les Trolls, attire par son synopsis, mais est-il à la hauteur de nos attentes et s’avère-t-il aussi drôle qu’il le laisse entendre ?

S’il ne s’avère pas bon de spoiler, il est important de dire que la bande-annonce ne laisse pas prévoir le délire qu’est Baby-Boss. Derrière l’argument de vente qu’est le bébé qui parle et qui s’avère en fait adulte, se cache de vrais enjeux. Des enjeux certes communs aux films d’animation, mais des enjeux qui rendent le film passionnant. À des questions sur la famille se mêlent des questions sur l’acceptation de l’autre.
Baby-Boss se veut drôle et réussit son pari. Même s’il ne fait pas hurler de rire les spectateurs, il parvient à nous décrocher de (très) nombreux sourires, voire rires. On pense notamment à cette réunion entre bambins, des répliques qui fusent aux dialogues croustillants, tout est bon à prendre. À ces séquences comiques, même très comiques, viennent se greffer des scènes aux tournures « horrifiques », ou faisant des protagonistes de réels « aventuriers ». Les héros ne sont pas au bout de leurs surprises, et on se surprend à se prendre d’affection pour eux, ce qui n’était pas gagné. Baby-Boss a tout de détestable alors qu’on se prend d’une affection folle pour Tim, le petit garçon. Bien évidemment, les à priori et les sentiments évoluent tout au long du film, comme dans bon nombre d’animation.
Baby-Boss brasse les lieux communs des films d’animation actuels, ainsi que tous les procédés filmiques chers au studio DreamWorks. Le dénouement est prévisible, on devine la fin de chacune des péripéties qui composent le film et pourtant, le film fonctionne. Ce n’est pas la première fois qu’un film alterne entre dessins de synthèse et dessins plus « traditionnels ». On sort de la salle le sourire aux lèvres, en se disant qu’on a passé un bon moment. Toutefois, Baby-Boss n’est pas le meilleur, et de loin, des studios DreamWorks. Il s’offre à nous comme une pierre de plus à l’édifice que sont les studios, prouvant qu’ils ne sont pas uniquement bon à sortir des Kung-Fu Panda ou autres Madagascar.

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Mais si Baby-Boss est agréable, c’est également parce que l’on se reconnait dans les personnages, aussi bien les enfants que les parents. Ces derniers, qui courent partout lors de l’arrivée du nouveau né dans le logis, ne peuvent que nous être familiers. Qui n’a jamais connu des parents se mettre dans tous leurs états, ne plus dormir, ne plus savoir où donner de la tête ? Baby-Boss tourne en dérision de nombreuses scènes du quotidien, de quoi nous convaincre.
Et s’il nous convainc, justement, c’est également parce que Baby-Boss ne tourne pas exclusivement autour de deux personnages que sont Tim et le bébé. Que ce soit les parents, les autres bébés ou les multiples rencontres qui se font lors de leur périple, tout est bon à prendre. Le film ne souffre pas d’excédents scénaristiques qui viendraient plomber l’action. L’intrigue progresse et parvient à décrocher un rythme haletant.

Et aux fans de cinéma, ouvrez les yeux et faites attention aux décors ! De (très) nombreuses références culturelles, surtout filmiques, sont disséminées à droite à gauche. De quoi se rassurer de sa bonne culture cinématographique.

Baby-Boss ne sera pas le film d’animation de l’année, mais il se hisse comme un excellent divertissement familial qui saura plaire aux plus petits comme aux plus grands. Par un scénario atypique, ancré dans un quotidien connu de tous, Baby-Boss plait et devrait faire valoir un nombre d’entrées plus que convenable.

Baby Boss : Bande-annonce

Baby Boss : Fiche technique

Réalisateur : Tom McGrath
Scénario : Michael McCullers, adapté du livre The Boss Baby écrit et illustré par Marla Frazee et publié en 2010
Interprétation (Voix VO) : Alec Baldwin, Steve Buscemi, Jimmy Kimmel, Lisa Kudrow, Tobey Maguire, Conrad Vernon…
Interprétation (Voix VF) : Stefan Godin, Vincent Ropion, Laurent Maurel, Sybile Tureau, Timothé Vom Drop…
Montage : James Ryan (VII)
Musique : Hans Zimmer, Steve Mazzaro
Direction artistique : Ruben Perez
Producteurs : Ramsey Ann Naito, Rebecca Huntley, Jed Schlanger
Sociétés de production : DreamWorks Animation
Distribution (France) : Twentieth Century Fox France
Durée : 98 minutes
Genre : Animation
Date de sortie : 29 mars 2017

Etats-Unis 2017

Warner Bros. est toujours en tractation pour la version live du manga Akira

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Alors que les adaptations de mangas semblent avoir le vent en poupe à Hollywood avec Death Note, Ghost in the Shell et Alita : Battle Angel, l’arlésienne Akira, plongée en plein development hell à l’image du monstre protéiforme des séquences finales de l’anime, pourrait bien connaître un rebondissement spectaculaire grâce au carton totalement inattendu au box-office d’un film de genre assez engagé sur le racisme aux USA, Get Out de Jordan Peele.

Le manga Akira, publié par Katsuhiro Otomo en 1982, a marqué des générations entières grâce à son adaptation en film d’animation en 1988. Ce long-métrage culte et apocalyptique plongeait une bande d’adolescents dans une version futuriste de Tokyo, rasée de la carte après la Troisième Guerre Mondiale. Le quotidien de cette bande d’amis inséparables, qui tuent le temps lors de virées grisantes à moto, va basculer lorsque l’un d’entre eux est enlevé et intégré contre son gré comme cobaye dans un programme scientifique et militaire qui défie l’entendement humain.

Un film live, adapté du manga Akira, est évoqué depuis de très nombreuses années. La version Hollywoodienne d’Akira n’a pourtant jamais pu aboutir et déboucher sur un accord officiel avec un début de tournage. Le projet a été marqué du sceau fatidique du « development hell ». Alors que le long-métrage semblait définitivement aux oubliettes, de nouvelles rumeurs et des informations officieuses en provenance de Los Angeles vont redonner espoir aux fans de l’œuvre de Katsuhiro Otomo.

Les studios Warner Bros. seraient effectivement toujours à la recherche de la femme ou de l’homme providentiel pour prendre les rênes du projet fou de transformer le manga et l’anime Akira en film live.

Akira : How to « Get out » of development hell with Jordan Peele ? Yes we can ! Jordan Peele, l’homme de la situation pour les studios Warner Bros 

Ces derniers jours, un rebondissement inattendu est intervenu à Hollywood. D’après des informations de Tracking Board, le comédien Jordan Peele serait courtisé par la Warner. Il est récemment passé à la réalisation avec le film d’horreur Get Out sur fond de préjugés et de tensions raciales, et qui constitue la très belle surprise du box-office américain en ce début 2017 (près de 157 millions de dollars de recettes pour un budget dérisoire).

D’autres noms circulent à Hollywood pour ce projet titanesque. Toujours selon Tracking Board, les studios de la Warner songeraient également à confier l’adaptation d’Akira à Daniel Espinosa (Life) ou à David F. Sandberg (Lights Out, Annabelle 2) en cas d’impossibilité pour Jordan Peele.

Ces informations sont donc encore officieuses. La Warner serait néanmoins déterminée en coulisses à faire avancer une bonne fois pour toutes ce projet dans les mois et les années à venir. Akira est tombé dans l’enfer du développement depuis 2002 ! A l’époque le projet devait être confié à Ruairí Robinson. Selon des informations de Bloody Disgusting, en juin dernier Justin Lin (Fast and Furious, Star Trek : Sans Limites) avait été approché par les studios. En septembre 2015, Christopher Nolan avait été annoncé à la tête du navire pour le projet fou d’Akira avec la société de production de Leonardo Di Caprio, Appian Way. Le scénario, confié à Marco J. Ramirez (Sons of Anarchy), promettait de faire la part belle aux poursuites en deux roues et aux scènes de combats entre les gangs de bikers et les terribles clowns.

Les aventures de Tetsuo et Kaneda pourraient donc ENFIN voir le jour dans le cadre d’une adaptation live si la Warner et les studios sortaient du carcan ambiant à Hollywood avec l’obsession des remakes, des préquelles et des films de super-héros.

La douche froide au box-office US pour Ghost in the Shell (19 millions de dollars ce week-end) risque malheureusement de contraindre les plans ambitieux de la Warner. Un accident industriel sur le sol américain a déjà été désastreux pour la licence Terminator ces dernières années. La créativité, l’univers, le potentiel de l’œuvre d’origine et la prise de risques vont-ils l’emporter dans le cas d’Akira sur l’aspect purement économique et sur l’impérieuse nécessité pour les studios de rentrer dans leurs frais ?

Verdict donc dans les mois et les années à venir ! Un nouvel échec dans les négociations ou un refus de Jordan Peele risquerait de condamner à tout jamais une adaptation d’Akira. En guise de compensation et pour tous les mordus de mangas, les français n’auront plus alors qu’à lancer une opération de financement participatif pour un autre projet cinématographique démesuré, l’adaptation live du manga Space Adventure Cobra par Alexandre Aja, évoqué depuis de nombreuses années tout comme Akira !

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Maman a tort de Marc Fitoussi : sortie DVD le 5 avril

Entre tendresse et moments plus dramatiques, portée par un formidable duo d’actrices, Marc Fitoussi signe avec Maman a Tort une agréable chronique sociale, inscrite dans l’ère du temps.

Synopsis : Connaît-on vraiment ses parents? Anouk, 14 ans, découvre brutalement un autre visage de sa mère, lors de l’incontournable stage d’observation de troisième qu’elle effectue dans la compagnie d’assurances où celle-ci travaille. A travers cette semaine d’immersion, elle va découvrir le monde adulte de l’entreprise, avec ses petits arrangements et ses grandes lâchetés.

« Bienvenue dans le monde du travail ma chérie »

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Les années collèges et la nostalgie associée peuvent être une vraie mine d’or pour les cinéastes. Les salles de classe, les copains, les premiers amours… tant de sujets propices à une diversité de films. Dans l’Hexagone, si certains réussissent à briller par leur subtilité (Entre Les Murs, Le Nouveau), la majorité n’est constituée que par des purs produits commerciaux sans âme (L’Élève Ducobu, La Vraie Vie des Profs). Mais les premiers contacts avec le monde du travail à travers les stages de découverte (ou d’observation) ont rarement, sinon jamais, été abordés à l’écran. C’est justement le sujet de Maman a tort, la dernière réalisation de Marc Fitoussi. 

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Et il est intéressant de voir se confronter à l’écran l’innocence de l’enfance avec le caractère plutôt sans concession du secteur privé. D’autant plus quand il s’agit du domaine des assurances, où le quotidien n’est rythmé que par des paris sur la détresse des gens, des sinistres, la mort… et même quelques magouilles. Tant de choses qu’Anouk n’imaginait pas, elle plutôt candide et altruiste, bien loin du côté plutôt matérialiste des autres adolescents de son âge. Elle est interprétée par Jeanne Jestin, dont c’est le premier rôle en tête d’affiche. Sa prestation, toute en retenue, est le grand atout du film, à l’instar de sa relation avec sa mère (Emilie Dequenne). Ce duo évolue dans un environnement et des situations caractérisés par leur justesse, où tout nous est présenté sans misérabilisme ni volonté de trop en faire (le stress du quotidien, la confrontation parent-enfant, la conciliation entre la vie de famille et le travail…). Ce qui n’empêche pas ni les quelques interludes comiques, illustrées principalement par les deux secrétaires en charge du stage (bien qu’un chouïa trop caricaturées), ni une certaine forme de dénonciation du secteur somme toute impitoyable des assurances.

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Armé  de ce panel assez complet, bien que modeste et pas foncièrement original (car la trame du parcours initiatique a déjà été reprise maintes fois sur grand écran, Maman a Tort est un joli petit film qui vise juste. On déplorera seulement quelques raccourcis bien trop visibles pour convaincre, qui n’entachent cependant en rien le plaisir éprouvé lors du visionnage.

Caractéristiques techniques du DVD :

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Image: 1.66 (16/9 compatible 4/3) – Couleur

Audio: Français Dolby Digital 5.1 et Stéréo

Vidéo: Format 16/9 compatible 4/3, Format cinéma respecté 1.66, Format DVD-9, Film en Couleurs

Sous-titres: Sourds et malentendants

Durée du film: 1h48

Bonus : Documentaire « L’Education Anglaise » (52 min) – Scènes Coupées (14 min) – Bande Annonces

Editeur : M6 Interactions

Prix indicatif : 14,99€

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Maman a Tort : Bande Annonce

Maman a Tort : Fiche technique

Réalisation : Marc Fitoussi
Scenario : Marc Fitoussi
Interprétation : Jeanne Jestin (Anouk), Emilie Dequenne (Cyrielle), Camille Chamoux (Mathilde), Nelly Antignac (Benedicte), Annie Gregorio (Simone), Sabrina Ouazani (Nadia Choukri), Jean François Cayrey (Blanchard), Gregoire Ludig (Le père)…
Photographie : Laurent Brunet
Montage : Damien Keyeux
Décors : Françoise Duperthuis
Costumes : Marité Coutard
Musique : Pascal Mayer
Production : Caroline Bonmarchand
Société de production : Avenue B Productions, Versus Production, SND, France 3 Cinéma, RTBF, Proximus
Distribution : SND
Durée : 108 minutes
Genre : Comédie Dramatique
Date de sortie DVD : 5 avril 2017
France – Belgique – 2016

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This Is Us, une série de Dan Fogelman : Critique saison 1

Plus grande surprise de cette année 2016/2017, This Is Us achève de nous émouvoir ce dernier mardi 14 mars après l’une des plus grosses audiences de NBC depuis 6 ans. On récidive : la meilleure série dramatique toute catégorie et on vous dit pourquoi…

Synopsis : La famille Pearson est composée de Rebecca, la mère qui reprend le chant au sein d’un groupe; Jack le père idéal, jaloux, mais pas possessif; puis les trois enfants, Kevin dont le fantôme « acteur modèle d’une sitcom » le suit dans sa nouvelle vie à New York, Kate en proie avec son obésité et sa nouvelle vie de couple avec Toby, enfin Randall qui cherche à en savoir plus sur ses origines, car de couleur de peau différente, sa femme et ses deux enfants. This is us est le témoin du temps qui passe au sein de cette famille recomposée. 

Intimes Univers-alités

Cela fait déjà 6 mois que la famille Pearson est entrée dans nos foyers, nos cœurs, nos mémoires en cumulant en moyenne entre 8 et 10 millions de téléspectateurs en deuxième partie de soirée sur NBC. (Lire la critique du pilote ici). En France, la série n’est pas encore devenue notoriété publique. Il suffit de demander à votre entourage, beaucoup diront qu’ils n’ont pas encore regardé ou ne connaissent même pas ! Canal+ la diffusera à partir du 6 avril, à raison de deux épisodes par semaine. On a de fortes raisons de penser que l’impact se prolongera au-delà du 8 juin (date de diffusion des deux derniers épisodes sur la chaîne câblée française) et ce jusqu’à la reprise à l’automne 2017 ! C’est donc en toute relative discrétion que cette première saison voit le jour. Et depuis Happy Days, The Cosby Show, La Fête à la maison (Full House), Sept à la maison (7th Heaven) ou The Foster, on avait rarement été séduit aussi rapidement par les membres d’une même famille et leurs problèmes existentiels. La particularité est de jongler entre deux temporalités et cette mode remonte déjà à quelques années (Cold Case, Lost, Broadwalk Empire, The Good Wife, Quantico, The Missing, HTGAWM…). Nous ne disserterons pas sur l’utilité scénaristique de ce procédé courant. Nos confrères de Series Addict ont fait un joli dossier à ne pas manquer ! Mais la spécificité de This is us est de faire correspondre des tranches de vie avec le temps présent pour témoigner de comment ont grandi ces trois enfants. La saison 1 ne fait qu’effleurer l’ensemble des répercutions possibles des personnages sur notre actuelle époque, laissant encore suffisamment de marge pour deux prochaines saisons, voire deux autres, et ces 18 épisodes ne tarissent pas de puiser dans nos lacrymales. Chaque dernier épisode à sa manière aborde sensiblement des thèmes qui peuvent nous être difficiles comme la maladie et l’accompagnement en fin de vie, l’ambition artistique contrariée ou le burn-out professionnel.

La magie de cette nouveauté est de nous emporter, tel un tourbillon de nostalgie et de tendresse, dans plusieurs quotidiens reliés. Alors certes cela peut sembler surfait et trop lisse, par la beauté des acteurs ou la mise en scène en surbrillance, mais l’attachement aux personnages suffit amplement à compenser ces éventuelles critiques. This is US, traduisible par United States, parvient-il à rendre universel son discours? Affirmatif. La sensibilité avec laquelle chaque membre du casting semble prendre au sérieux son personnage, viscéralement, est remarquable et nous  en venons presque à nous demander si la larme n’est pas liée au sublime ou à la réelle émotion retranscrite. Aucune effusion, grandiloquence, spectaculaire ou cliffhanger dramatique, l’haleine est tenue par simple compassion et identification. On apprend dès les premiers épisodes, après les révélations préliminaires sur les complexes enfantins de chacun ainsi que la mécanique du couple somme toute banale, mais fortement attachante (Roméo & Juliette, Ross & Rachelle ou Angel & Buffy apparaissent tels des Raymond & Huguette*), la principale attente qui va ponctuer toute la saison : comment et quand surtout est décédé Jack, ce père chez qui la perfection n’a aucune limite? Les conflits internes se répercutent méticuleusement sur la continuité scénaristique. Si vous attrapez le train en marche, l’avantage est de ne pas avoir la tête qui tourne, mais vous n’aurez pas tous vos bagages pour arriver à destination.

Qu’est-ce qui a provoqué chez Kévin ce besoin irrépressible d’accomplir sa vie et avec qui? Comment aborder sa propre image, mais surtout celle que l’on renvoie au travers l’obsession de Kate pour lutter contre son obésité et quelle animosité l’a fait se distancer de sa mère? Que motive la recherche de ses origines et surtout jusqu’où est-on prêt à aller pour se réconcilier avec ses démons intérieurs pour que Randall en vienne à quitter son boulot? Comment et sur quoi se construit un couple? Si malheureusement, il n’existe qu’une seule vision relativement normative du couple (malgré la tentative de Kévin de coucher avec ses partenaires de jeu), celle de l’évidence, datée des siècles derniers, ce doit être par mesure d’universalité. Et pourtant des millions d’individus partagent la difficulté de s’épanouir dans une durabilité affective ou ne connaissent qu’une multitude de rencontres. Est-ce pour autant synonyme d’instabilité? Faut-il s’accorder sur une seule poussée sentimentale pour construire qui nous sommes? Quoiqu’il en soit, le souvenir amoureux comme construction identitaire vient corroborer ici certaines théories. Car si Westworld est magistrale par son regard porté sur le cinéma, sur la fiction contemporaine dans sa propre définition et les limites spectatorielles dans l’attente diégétique, This is us l’est tout autant par son regard porté sur la famille, sur l’universalité des notions telles que « frères et sœurs », « amours inconditionnelles », « choix extérieurs » ou « construction d’un foyer » et « établissement d’un cocon ». Dégoulinant de nostalgie pour certains (une minorité) ou puissantes évocations et invocations intimes du souvenir comme processus identitaire perpétuel, car constamment menacé par l’oubli pour tous les autres, ce drama ne cessera d’attiser passion et émotion, notamment par une habile stratégie de communication semblable à celle d’HTGAWM sur les réseaux sociaux.

Chacun des arcs narratifs s’ouvre et se conclue sans que l’on s’y attende vraiment, malgré l’attente effective logique et vraisemblable. Comme la mort du père biologique de Randall, William, au terme de l’épisode 16 « Memphis » centré sur son passé, et d’un cancer des poumons incurable ou lorsqu’on apprend l’amour de jeunesse de Kévin, Sophie qui était la meilleure amie de Kate. Les fausses pistes telle que l’alcoolisme de Jack ou les directions artistiques héréditaires telle que la passion pour le chant de Rebecca… D’ailleurs la musique indie folk acoustique (Sufjan Stevens, Goldspot, Ringo Star, Radiohead) participe entièrement à cette plongée tendre american-dreamesque à la manière d’un road movie indépendant pour nous conter telle une veillée de Noël les péripéties satinées des Pearson. Nous en venons à douter, comme pour notre propre existence, des choix que chacun va faire. Pleurer des conséquences, mais surtout de cette délicatesse qui fait écho à nos propres déliquescences, de nos êtres chers perdus ou retrouvés. Une chose est sûre, attendre la saison 2 de This is us est déjà un deuil…

Entretien avec l’équipe après la diffusion du finale

* Il s’est permis cette nauséeuse référence ?! (Scène de ménage)

Fiche Technique : This is us

Créateur et showrunner : Dan Fogelman
Réalisateurs : Glenn Ficarra, Ken Olin, John Requa, Helen Hunt…
Scénaristes : Dan Fogelman, Bekah Brunstetter, Elizabeth Berger, Kay Oyegun…
Interprétation : Mandy Moore, Milo Ventimiglia, Sterling K. Brown, Justin Hartley, Ron Cephas Jones, Chrissy Metz, Susan Kelechi Watson, Chris Sullivan …
Photographie : –
Montage : –
Musique : Siddhartha Khosla
Production : 20th Century Fox Television
Société de production : Barge Productions Rhode Island Ave. 20th Century Fox Television
Format : 18 épisodes de 42 minutes environ
Date de diffusion : 20 septembre 2016
Chaîne d’origine : NBC
Genre : Drame Familial

Etats-Unis – 2016

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier de Pedro Almodóvar

Il aura fallu attendre 1990, le temps que Pedro Almodóvar devienne une valeur sûre, pour que quelques exploitants français audacieux diffusent en salles son tout premier long-métrage réalisé 10 ans plus tôt. Redécouvrir Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier, même encore aujourd’hui, c’est prendre pleinement conscience de la folie qui anime le cinéma almodovarien.

Synopsis : Pepi fait pousser de la marijuana sur son balcon. Lorsque l’un de ses voisins policier lui rend une visite surprise, elle lui offre ses charmes en échange de son silence. Mais le policier, peu enclin au sexe anal, lui prend sa virginité qu’elle espérait vendre à bon prix. Pepi, dès lors animée par une soif de vengeance, met au point un plan : faire tomber Luci, la femme masochiste du-dit policier, dans les bras de son amie, la rockeuse lesbienne Bom.

Un Rape & Revenge follement irrevérencieux

La seule lecture de ce synopsis donne une idée du ton ouvertement transgressif de cet OVNI anarchique et libertin. Cet esprit n’est pas sans rappeler ce que faisait John Waters… 10 ans plus tôt. C’est là tout le souci de Pedro Almodóvar au-delà des aficionados madrilènes de la Movida : en 1980, son envie d’exploser simultanément la bienpensance et les codes cinématographiques apparait, aux yeux des spectateurs à l’internationale, comme un projet de cinéma quelque peu daté. Mais il ne faut pas oublier que, lorsque Franco meurt en 1975, la libération sexuelle qui a secoué les Etats-Unis et une partie de l’Europe près de dix ans plus tôt, reste encore une utopie, et une source de frustration, en Espagne. Almodóvar ne fait que mettre en image l’explosion des mœurs qu’a traversé, de façon déchaînée et désorganisée, son pays en parallèle de sa transition démocratique. Avec un scénario initialement pensé pour être celui d’un roman-photo, son film s’apparente à une succession de saynètes qui, chacune, explosent un tabou de la société traditionaliste : drogue, travestissement, musiques alternatives, et tout un beau panel de pratiques sexuelles dites « non conventionnelles ».

Au-delà d’indéfendables violences conjugales, d’un concours d’érections (dont l’organisateur est incarné par Almodóvar lui-même… et oui, c’est bien lui derrière cette épaisse moustache so queer !) et d’une inoubliable scène de golden shower, ce qui apparait ici comme le plus outrancier est sans doute cette direction artistique bariolée joyeusement kitsch qui deviendra un leitmotiv dans les œuvres suivantes du réalisateur. Les looks improbables des jeunes acteurs et actrices, et en particulier l’épais maquillage de ces dernières, pourraient apparaitre comme des accidents industriels mais sont en réalité autant de marques de ce mauvais goût qu’apprécie tant l’ami Pedro. Une improbable imagerie qui colle parfaitement à l’absurdité des situations puisque les pulsions sexuelles de ces femmes sont automatiquement poussées à leur paroxysme jusqu’à en faire le prétexte à des gags graveleux et surréalistes… mais pas toujours drôles.

« Ce n’est ni un film réaliste, ni une analyse de mœurs, ni un portrait de la société. Encore qu’il cadre bien avec un certain type de gens désinvoltes que l’on rencontre à Madrid, tout à fait superficiels et qui semblent naviguer dans la fiction. » (Pedro Almodóvar)

On pourrait naïvement croire que ce film amateur a été tourné en quelques jours avec trois bouts de ficelles, mais apprendre qu’il a fallu des mois à Almodóvar pour en réunir le budget pas moins d’un an et demi pour tourner toutes les scènes donne une perspective nouvelle à son travail. Difficile alors de ne pas voir dans la décoration de l’appartement de Pepi les nombreux clins d’œil à la culture américaine (de Superman à Rocky III) qui apparaissent comme une preuve que le cinéaste madrilène ne limite pas ses références à d’obscures productions undergrounds. De plus, et même si cette dimension est terriblement brouillonne, les tentatives de mise en abyme, avec notamment une idée traitée de façon parfaitement stérile de film dans le film, prouvent bien qu’Almodóvar avait déjà de véritables appétences cinématographiques. Celles-ci ne s’exprimeront en fin de compte qu’à travers des parodies grivoises de publicités interprétées par Cecilia Roth (future héroïne de Tout sur ma mère), qui certes prêtent à sourire mais n’apportent, pour ainsi dire, rien au film. Un exercice de détournement qu’il réitérera avec davantage de finesse dans ses films suivants.

Il parait qu’aujourd’hui encore, Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier conserve, dans certains milieux espagnols, un statut de film culte – pour ne pas dire « d’objet fétichiste ». Il faut admettre que le voir être régulièrement qualifié d’obscène par les défenseurs de la bien-pensance, justifie le caractère subversif qui a fait sa réputation. Ne pas apprécier l’esthétique amateure et tape-à-l’œil et moins encore les digressions libidinales les plus grossières auxquels se livrent les personnages reste compréhensible. Et l’assimilation entre violences conjugales et fantasmes masochistes est légitimement condamnable (encore que, à l’heure où 50 nuances de Grey et sa suite sont devenus les parangons de l’érotisme mainstream, la question semble actée). Il serait toutefois dommage de passer à côté du regard plein de bienveillance que Pedro Almodóvar pose sur ces marginaux désireux de vivre pleinement et librement leur sexualité sans se soucier du jugement des autres. D’ailleurs, à la vue de son portrait déformant de la contre-culture et du besoin d’émancipation des femmes, la jouissance individuelle apparait comme l’unique valeur viable, en opposition directe au passéisme lugubre qu’incarne ce policier nostalgique du franquisme.

Peu importe si l’ensemble manque de charme et de cohérence dramaturgique, ce film amateur n’en reste pas moins l’émergence d’un cinéaste capable de s’entourer d’artistes de talent et dont les principales obsessions, à commencer par les amitiés féminines, étaient déjà en phase de gestation. Mieux vaut tout de même éviter de le regarder en famille.

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier : Bande-annonce

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier : Fiche technique

Titre original : Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón
Réalisateur : Pedro Almodóvar
Scénario : Pedro Almodóvar
Interprétation : Carmen Maura (Pepi), Alask (Bom), Eva Siva (Luci), Félix Rotaeta (le policier et son frère jumeau)…
Photographie : Paco Femenia
Montage : José Salcedo
Musique : Alaska y los Pegamoides
Maquillage : Juan Farsac
Production : Pepon Coromina, Pastora Delgado, Ester Rambal…
Genre : Comédie
Durée : 77 minutes
Date de sortie : 31 octobre 1990
Espagne – 1980