Festival Lumière 2016 : Quentin Tarantino en feu & Park Chan Wook sous les projecteurs

Tarantino. Encore et toujours. Le natif du Tennessee aura continué à s’acoquiner avec le public lyonnais en donnant de sa voix pour la radio de la ville, quand Buster Keaton, Marcel Carné ou encore Park Chan Wook continuaient de tracer leur chemin dans les salles de la métropole, comme pour mieux faire attendre la venue de la reine du bal : Catherine Deneuve.

On aimerait pouvoir vous parler de quelqu’un d’autre. Vraiment. Mais c’est comme ça : Quentin Tarantino est un trou noir. Il aspire tout dans son sillage et s’accapare toute l’attention. Ajoutez à cela une bonhommie king-size, une aura qui vaut foi dans n’importe quelle congrégation cinéphile et vous obtenez une force cinéphile difficile à mettre à mal. Bref, pas facile d’exister à côté du maître. Et pourtant, Thierry Frémaux, en bon stratège qu’il est, a osé jouer la carte de la contre-programmation dans ce Festival Lumière en offrant au public lyonnais une masterclass à Jean-Loup Dabadie. Scénariste, écrivain, la liste est longue pour désigner toutes les professions qu’a rempli au cours de sa longue carrière ce français, qui s’est notamment illustré chez les plus grands des années 1970, de Claude Sautet, à François Truffaut en passant par Yves Robert. L’occasion parfaite donc de confronter un public lyonnais à une figure méconnue du cinéma français qui lui aura pourtant beaucoup donné, au gré de dialogues ciselés et autres films cultes, notamment Un Eléphant Ça Trompe Énormément. Placée sous le sceau de la bonne humeur, cette longue discussion aura aussi vu Dabadie se mêler avec l’un de ses fidèles comparses, l’humoriste Guy Bedos, déjà à l’œuvre du film susvisé et qui n’aura pas manqué de saluer le geste de Thierry Frémaux, que celui de raviver au goût du jour des classiques dans une ambiance amicale et détendue.

Un polar coréen sombre et dévastateur

Mais si un film était attendu par la rédaction aujourd’hui, ça n’était pas dans nos contrées qu’il fallait le chercher, ni même du côté de la programmation de QT. Non, il fallait se tourner vers la Corée, et son émissaire Park Chan Wook, qui a eu la bonne idée d’apporter dans ses bagages une copie 35 mm de son chef d’œuvre Old Boy. Adulé par Tarantino il y a de ça 13 ans quand il était proposé en Compétition Officielle au Festival de Cannes, le film, après visionnage mérite ses gallons. On y suit l’histoire d’Oh Dae-Su (Choi Min-Sik), un père de famille brusquement enlevé en pleine rue dans la Corée moderne. Détenu contre son gré pendant 15 ans pour des raisons qu’il ignore, il est un jour relâché et pressé par son ravisseur de procéder à diverses épreuves afin de le retrouver. S’engage un jeu de pistes ou règne alors mystère, peur, violence mais surtout incompréhension pour celui qui ignore encore les raisons d’un tel emprisonnement. On se gardera d’en dire plus tant les secrets de l’oeuvre jouent pour beaucoup dans son appréciation finale, subtil mélange de fatalité et de violence burlesque chère à Park Chan Wook. Les acteurs sont ainsi stupéfiants, la musique particulièrement entrainante et rappelant çà et là celle de John Ottman dans Usual Suspects. Bref un vrai polar coréen pur jus, où ne compte que la violence et la représentation de celle-ci, en atteste un plan séquence magnifique voyant le père s’attaquer à une bande d’ennemis dans un couloir avec pour seul arme un marteau. Du grand art.

Bande-annonce Old Boy de Park Chan Wook :

https://www.youtube.com/watch?v=ZyM3d0sFNC8

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.
Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.