Midnight Special, un film de Jeff Nichols : Critique

En une seule année le jeune réalisateur Jeff Nichols avait réussi à imprimer sa marque dans nos yeux de cinéphiles. 2012 qui a vu sortir sur les écrans Take Shelter juste avant une sélection officielle au festival de Cannes de Mud a suffi à consacrer Nichols au rang de grand auteur.

Synopsis : Fuyant d’abord des fanatiques religieux et des forces de police, Roy, père de famille et son fils Alton, se retrouvent bientôt les proies d’une chasse à l’homme à travers tout le pays, mobilisant même les plus hautes instances du gouvernement fédéral. En fin de compte, le père risque tout pour sauver son fils et lui permettre d’accomplir son destin. Un destin qui pourrait bien changer le monde pour toujours.

Enfant du troisième type

Avec sa capacité à filmer les paysages du sud des États-Unis comme de véritables personnages, le cinéaste renouait avec une tradition southern gothic chère à Terrence Malick et autrefois Charles Laughton (La Nuit du chasseur). C’est dire si son quatrième long-métrage était attendu, surtout après avoir déclaré son désir de lorgner du côté de la science-fiction.

Midnight Special commence sur les chapeaux de roues, en l’occurrence celles d’une voiture lancée à toute allure feux éteints dans la nuit des petites rues texanes. Les informations arriveront petit à petit. Nous sommes en fuite avec les kidnappeurs d’un enfant, dont l’un se révèle être le père biologique de celui-ci. Discrètement caché sous les couvertures muni d’improbables lunettes de piscine bleues le petit garçon dénommé Alton suit aveuglement son père et son ami, traqués par le FBI. En attendant un agent de la NSA enquête et découvre les pouvoirs surnaturels du garçon.

Le récit est mené tambour battant. L’intrigue n’a qu’une seule direction, le point de chute des personnages, l’endroit où doit être emmené Alton. On n’en sera pas plus sur ce mystérieux ranch transformé en secte par la grâce du jeune homme, ni sur ce père adoptif déterminé à tout pour récupérer son enfant. Tous les éléments qui ne suivent pas la cadence sont éliminés. Jeff Nichols semble être obnubilé par la traque, laissant de côté tout le merveilleux que revêt son histoire. On peut s’en attrister mais cette focalisation sur la course-poursuite permet le fantastique, là où des événements surnaturels (les pouvoirs d’Alton) surgissent dans un environnement naturel (celui de la traque à travers les routes du sud des États-Unis).

Ce quatrième film amorce un nouveau changement dans l’œuvre de Jeff Nichols. S’éloignant des références trop appuyées aux réalisateurs du sud-est des États-Unis, c’est davantage vers l’Ouest que le cinéaste puise désormais son inspiration. Et plus précisément vers Hollywood où il tourne pour la première fois. Ce n’est plus Terrence Malick comme dans Shotgun Stories son premier film mais Steven Spielberg qui transpire dans chacun des plans de Midnight Special. La trajectoire de l’intrigue, jusqu’au lieu de friction entre deux mondes, fait instantanément penser à Rencontre du Troisième Type. La convergence des personnages vers le monolithe du Wyoming chez Spielberg rejoint la course de Roy et Lucas vers les origines d’Alton. Et comment ne pas penser à François Truffaut avec Paul Sevier, cet agent de la NSA joué par Adam Driver qui découvre tous les événements de l’extérieur, un substitut malin au spectateur qui débarque aussi dans cette histoire sans rien savoir.

L’acharnement des parents d’Alton pour ramener leur fils d’où il vient est aussi très proche de celui d’Elliott emportant E.T. sur son vélo. Ici aussi les pouvoirs surnaturels de l’extraterrestre aidaient les protagonistes sur leur route, un envol de bicyclettes chez Spielberg, une destruction de satellite chez Nichols. Le réalisateur marche ouvertement sur les traces de Spielberg sans pour autant laisser de côté sa Louisiane et son Texas. On peut malgré tout regretter que les paysages, qu’il ne filme quasiment pas, ne jouent pas un rôle aussi déterminant que dans ses précédents films.

À chaque nouvelle oeuvre, Jeff Nichols a su lever son cinéma d’un cran. Avec Midnight Special, nul doute que le réalisateur ne franchit pas un nouveau palier mais se plait à expérimenter tout autre chose, en l’occurrence le fantastique. Pas de quoi nous impressionner pour autant, mais suffisamment pour nous étonner, avec un film à la hauteur de son talent naissant.

Midnight Special de Jeff Nichols : Bande-annonce

Midnight Special : Fiche Technique

Réalisateur : Jeff Nichols
Auteur : Jeff Nichols
Casting : Michael Shannon, Jaeden Lieberher, Joel Edgerton, Adam Driver, Kirsten Dunst, Sam Shepard
Chef opérateur : Adam Stone
Chef décorateur : Chad Keith
Monteur : Julie Monroe
Musique : David Wingo
Producteurs : Sarah Green, Brian Kavanaugh-Jones
Distributeur : Warner Bros.
Durée : 111 min.
Genre : Aventure, Science fiction, Drame
Date de sortie : 16 Mars 2016

États-Unis – 2016

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Jim Martin
Jim Martinhttps://www.lemagducine.fr/
Diplômé en Lettres, puis en Cinéma, je n'avais qu'une gageure. Celle de braver tous les pans de l'histoire du cinéma, du chef-d’œuvre intimiste au navet international, pour écrire et partager mes points de vue sur ce septième art qui, comme nul autre, nous ouvre au monde et à des expériences sensorielles inédites. Je vous engage dès lors à ne pas être d'accord avec moi. Réagissez, débattez et donnez ainsi sens à ce cinéma que l'on chérit tant !

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