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SEO et Contenu IA : Comment Google Perçoit les Textes Générés par l’Intelligence Artificielle

L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle a révolutionné la manière dont les contenus sont produits. Rédiger un article, créer des descriptions de produits ou générer des posts de blog n’a jamais été aussi rapide. 

Toutefois, une question cruciale persiste : comment Google perçoit-il ces textes générés par l’IA ? Sont-ils favorisés, pénalisés ou simplement traités comme les autres ? Pour les professionnels du marketing digital et les créateurs de contenu, comprendre la position de Google sur ce sujet est indispensable pour rester performant en SEO.

L’évolution de la position de Google face au contenu IA

Google n’a jamais été opposé à l’intelligence artificielle en soi. En réalité, l’entreprise l’utilise elle-même pour classer les pages via des technologies comme RankBrain ou BERT. Cependant, lorsqu’il s’agit de contenu généré automatiquement, les choses sont plus nuancées.

Pendant longtemps, Google a déclaré que tout contenu généré de manière automatisée et sans intervention humaine risquait d’enfreindre ses consignes. La raison est simple : le contenu de mauvaise qualité nuit à l’expérience utilisateur. Or, la mission première de Google est de proposer des résultats pertinents, utiles et fiables.

Cependant, avec les progrès impressionnants des modèles de langage comme GPT, Gemini ou Claude, la qualité des textes générés par l’IA a considérablement augmenté. Google a donc ajusté sa position : ce n’est pas la manière dont le contenu est créé qui compte, mais sa qualité, sa pertinence et son utilité pour l’utilisateur.

IA et qualité de contenu : les critères SEO toujours valables

Même si vous utilisez une IA pour générer vos textes, il est impératif de respecter les fondamentaux du SEO. Google continue d’évaluer les contenus selon plusieurs critères clés :

1. L’utilité du contenu

Le texte doit répondre à une intention de recherche claire. Un contenu qui informe, explique ou guide l’utilisateur sera mieux classé qu’un texte générique et creux.

2. L’expérience utilisateur (UX)

Le contenu doit être bien structuré, facile à lire, agréable à parcourir. Une bonne mise en page, des titres clairs et une navigation intuitive sont des éléments indispensables.

3. L’expertise, l’autorité et la fiabilité (E-E-A-T)

Google accorde beaucoup d’importance à ces trois critères. Un contenu qui montre de l’expertise (même générée avec l’aide d’une IA) et qui est publié sur un site reconnu dans son domaine aura plus de chances de bien se positionner.

4. L’originalité et l’unicité

Même si une IA peut produire des textes rapidement, attention à l’uniformité. De nombreux contenus IA se ressemblent et manquent de personnalité. C’est là qu’intervient la nécessité de humaniser un texte.

Humaniser un texte IA : une étape cruciale pour le SEO

Les textes produits par l’IA peuvent être grammatiquement parfaits, mais ils sont souvent reconnaissables par leur ton neutre, leur manque d’émotion ou leur redondance. Pour qu’ils soient plus efficaces, il est nécessaire de les retravailler pour leur donner une touche humaine.

Humaniser un texte ne signifie pas seulement corriger la syntaxe. Il s’agit d’ajouter de la nuance, des exemples concrets, un style éditorial propre à votre marque et, surtout, une valeur ajoutée que l’IA ne peut pas deviner.

Des plateformes comme Humaniser un texte permettent justement d’adapter un contenu généré par l’IA pour le rendre plus naturel, fluide et conforme aux attentes des lecteurs… et de Google.

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Le rôle croissant des détecteurs IA

Un autre aspect à considérer est la détection des contenus IA. Google, tout comme d’autres outils spécialisés, est de plus en plus performant pour identifier les textes générés automatiquement.

Certaines entreprises, notamment dans l’éducation ou les médias, utilisent des outils comme le détecteur IA pour vérifier l’origine d’un contenu. Ces détecteurs s’appuient sur des schémas linguistiques, des métriques de perplexité ou encore des comparaisons statistiques pour évaluer si un texte est “humain” ou non.

Cela pose une question importante : faut-il craindre que Google pénalise un contenu détecté comme étant généré par l’IA ? La réponse est non… tant que le contenu reste utile, original et qu’il respecte les consignes de qualité.

Bonnes pratiques pour optimiser du contenu IA pour le SEO

Voici quelques recommandations concrètes pour tirer le meilleur parti de l’IA tout en respectant les critères de référencement naturel :

  1. Utilisez l’IA comme assistant, pas comme rédacteur principal. Elle peut aider à structurer, suggérer des idées ou produire un brouillon, mais l’humain doit toujours avoir le dernier mot.
  2. Personnalisez vos textes. Ajouter des anecdotes, des données spécifiques, des liens internes pertinents et un ton cohérent avec votre marque.
  3. Évitez les répétitions et les phrases génériques. L’un des signes les plus visibles d’un contenu IA est la redondance. Reprenez vos textes et reformulez les passages trop prévisibles.
  4. Analysez vos contenus avec un détecteur IA pour vérifier leur naturel avant publication. Cela permet de corriger les passages trop robotiques ou suspects.
  5. Pensez à l’intention de recherche. Ne vous contentez pas de produire du texte. Posez-vous la question : “ce contenu répond-il réellement à ce que cherche mon audience cible ?”

Conclusion : IA et SEO, un duo prometteur… mais sous conditions

L’intelligence artificielle ne doit pas être vue comme un ennemi du SEO, mais comme un outil puissant à condition d’être bien utilisée. Google ne pénalise pas automatiquement les contenus générés par IA, mais il reste intraitable sur la qualité, l’utilité et la pertinence du contenu.

Pour rester compétitif, il faut apprendre à conjuguer technologie et expertise humaine. L’idéal est de s’appuyer sur l’IA pour gagner du temps, tout en humanisant le résultat pour qu’il réponde pleinement aux attentes des utilisateurs et aux exigences des moteurs de recherche.

N’oubliez pas : un contenu bien référencé aujourd’hui est avant tout un contenu authentique, engageant et de qualité. Et dans ce contexte, savoir humaniser un texte généré par IA, tout en vérifiant sa naturalité avec un bon détecteur IA, est un atout stratégique majeur pour les marques et les créateurs de demain.

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Materialists : l’amour contemporain disséqué en mode chic

Sous ses abords de comédie romantique hollywoodienne avec triangle amoureux, Materialists pourrait sembler prévisible et académique. Mais ce serait oublier que c’est Celine Song à l’écriture et la mise en scène, la cinéaste révélée par le magnifique Past Lives. On est finalement face à un film certes un peu romantique mais bien plus dramatique et doux-amer, qui décortique avec beaucoup de justesse les rapports amoureux contemporains. C’est enveloppé dans un mille-feuilles d’images à la fois chic et élégant. Et c’est surtout dialogué à la perfection, les paroles constituant le noyau dur et émotif d’un film étonnant, beau et d’une finesse rare. Pour ne rien gâcher, le trio d’acteurs qui mène la danse est impeccable, tout comme la musique. Second essai, second coup de maître !

Synopsis : Une jeune et ambitieuse matchmakeuse new-yorkaise se retrouve dans un triangle amoureux complexe, tiraillée entre le match parfait et son ex tout sauf idéal.

Si on sait peu de choses concernant Materialists avant de rentrer dans la salle, on se dit que le film se positionne comme la comédie romantique hollywoodienne de l’été. Banale, prévisible et formatée mais qui peut être tout à fait charmante si on est client. Le résumé en forme de triangle amoureux, l’affiche très conforme à ce genre codifié entre tous, le casting ultra glamour et à la mode ou encore le contexte new-yorkais ne nous contrediront d’ailleurs pas. On pourrait donc se préparer à deux heures partagées entre les rires et une bonne dose de sentimentalisme tendance mielleuse avec en bonus le micro suspense de savoir lequel, des deux protagonistes masculins, le personnage féminin va finir par choisir. Sauf que non. Materialists est un tout petit peu ça mais il est surtout beaucoup plus.

En effet, la personne qui a écrit et réalisé le long-métrage n’est autre que la géniale Celine Song qui nous avait littéralement enchantés avec son premier film, nommé aux Oscars : le magnifique et mélancolique Past Lives. Une œuvre qui touchait au sublime et qui montrait l’amour comme rarement, notamment les traces qu’il peut laisser lorsqu’il est empêché par le destin. Song passe à la vitesse supérieure ici puisqu’elle choisit de faire tourner des stars pour son second film et avec un budget bien plus important. Son art et son talent auraient pu être vidés de leur substance au sein du broyeur hollywoodien mais elle reste chez A24 qui est – avec Neon – le distributeur indépendant le plus pointu et en vue à l’heure actuelle. La cinéaste ne perd rien de ses aptitudes à parler de l’amour et des rapports amoureux dans son nouveau film et confirme ainsi tout le bien que l’on pense d’elle.

Pour qu’un tel projet fonctionne, il fallait un casting au diapason. Que l’alchimie entre les comédiens passe ou que la mayonnaise prenne. On n’aurait pas forcément misé sur une telle association mais on avait tort. Dakota Johnson irradie encore une fois le film de son charme et de sa classe. Son timbre de voix si singulier et sa beauté glamour convaincront ces messieurs. Pedro Pascal, nouveau sex symbol contemporain, est d’une justesse incroyable et nous propose son premier vrai grand rôle de love interest avec brio. Il n’en fait jamais trop et sa classe naturelle fait le reste. Enfin, Chris Evans nous prouve encore qu’il sait faire autre chose que des rôles musclés dans le MCU. Et ce serait oublier qu’il nous avait déjà fendu le cœur dans le magnifique Mary. Ici, en ex fauché, il est particulièrement touchant. Les deux acteurs masculins devraient chacun dans leur genre enchanter ces dames.

La grande force de Materialists réside clairement et en premier lieu dans son écriture. Song décrit l’amour comme une marchandise (étonnant prologue qui signifie beaucoup) et tisse son film autour de cela par le biais du personnage de Johnson, qui travaille dans une start-up faisant se rencontrer des célibataires. Un postulat idéal pour disséquer la manière dont on appréhende le mariage, les liaisons, le sexe, les rapports hommes-femmes et l’amour tout simplement. C’est d’une finesse et d’une acuité incroyable. Et au sein de ce script très bien pensé et écrit, les dialogues sont d’une puissance phénoménale et presque le moteur du film, comme le prouve la magistrale scène où Johnson explique à Pascal comment elle voit leur potentielle relation. Des répliques qui s’égrènent pendant deux heures en forme de caviar auditif. Un must !

Il y a peut-être quelques petites longueurs, on aurait aimé quelques touches d’humour plus présentes (le film est bien plus grave et triste que drôle), et il y a surtout un coup de mou dans la dernière ligne droite. Mais c’est tellement charmant, pertinent et agréable à écouter et regarder qu’on passe outre. Car, oui, il faut aussi préciser que la mise en scène est élégante, tirant parfaitement parti du décor citadin new-yorkais, mais aussi d’un final rural qui fait un clin d’œil au premier film de Song. La musique du film, nourrie de morceaux parfaitement choisis, est également réussie. Materialists est un excellent opus, chic dans son enveloppe et choc dans ce qu’il dit sur l’amour dans nos sociétés. Sous ses allures de film romantique, il est bien plus profond et puissant qu’il n’y paraît. On attendra donc la troisième proposition de la réalisatrice avec impatience.

Bande-annonce – Materialists

Fiche technique – Materialists

Réalisateur : Celine Song.
Scénaristes : Celine Song.
Production : A24.
Distribution: Sony Pictures Releasing.
Interprétation : Dakota Johnson, Pedro Pascal, Chris Evans, Marin Ireland, Lindsey Broad, …
Genres : Drame – Romantisme.
Date de sortie : 2 juillet 2025.
Durée : 1h49.
Pays : USA.

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4

Rendez-vous : quand elle l’enlace dans ses bras de cendres

Sortie en plein cœur des années 80, premier grand rôle de Juliette Binoche, prix de la mise en scène au Festival de Cannes, Rendez-vous d’André Téchiné est un poison pour tous les protagonistes du long métrage. Entre conquête difficile de la vie de bohème, érotisation du corps malmené, vie rêvée, voici une œuvre particulièrement imprégnée par la notion d’auteur, où les suicidaires sont humiliants et fantomatiques, et où les vertueux ne le sont plus à moyen terme. Le désir de la chair peut déclencher une frustration. La frustration, une obsession. Et l’obsession, une déperdition.

Passion destructrice, élan suicidaire, théâtre et mise en scène de soi, initiation féminine par l’utilisation des corps, Rendez-vous utilise plusieurs thèmes dans un souci de synthèse et d’articulation (la durée du film n’excède pas 1 h 20). Quête initiatique dans un Paris nocturne et troublé : le long métrage casse quelques codes moraux qui sont caractéristiques de cette époque.

Du pluralisme sexuel à la quête perdue du grand amour

La façon d’anticiper, de concevoir la vie avec ergonomie dépend de plusieurs facteurs : respect de la vie privée, de l’intimité, connaissance fine de l’être humain, accomplissement de soi, stabilité psychologique, réussite, sexualité, amour, etc.

Des trois personnages principaux, ces éléments leur font plus ou moins défaut, et les mènent jusqu’au bout d’eux-mêmes.

Juliette Binoche, d’abord, éblouissante (Nina). Elle sort de sa province pour Paris afin d’accéder à son rêve : devenir actrice, en débutant dans le théâtre. Son comportement volage, son papillonnage, ses élans de vie spontanés laissent vite place à des états de crise, des doutes perpétuels. Son instabilité vient de l’attitude de son amant, Quentin (Lambert Wilson) suicidaire, humiliant, puis fantomatique. Amoureuse, elle est victime du syndrome du sauveur. Quentin se laisse volontairement agresser dans la rue sans se défendre. Il y a une désinvolture morbide entre Nina et Quentin.

– Répète-moi que tu ne m’aideras pas.

Ce dernier est à la fois vivant (provocant, plein d’énergie) et presque mort (son âme s’éteint.) Son suicide rapprochera Nina de sa première rencontre, Paulot (Wadeck Stanczak), trop gentil pour être attirant, pudique, sensible, etc. Mais il sera pour elle la promesse d’un refuge, malgré un dénouement difficile.

Scrutzler, enfin, interprété par Jean-Louis Trintignant, incarne un metteur en scène qui a foi en Nina pour jouer dans la pièce la plus célèbre de Shakespeare, Roméo et Juliette. Ce dernier possède une autorité douce et sera comme une figure paternelle.

Tu devrais faire l’amour
– Avec Paulot ? Il est gentil, mais ça ne suffit pas.

Le théâtre : un ailleurs à soi difficile

L’art peut être une échappatoire, permettre de sortir du réel, devenir un purgatoire, son centre de gravité, un ailleurs à soi. Rongée par des conflits intérieurs, Nina a besoin d’un choc salvateur pour continuer à croire en son rêve, perturbé par sa vie personnelle. Roméo et Juliette est comme en écho à son passé avec Quentin, qui avait joué dans cette même pièce. En ce sens, c’est aussi une mise en danger dans son ascension sociale.

Mise en scène vivante, minimalisme sonore

Formellement réussi, le film profite d’une caméra nerveuse pendant les moments de crise et au plus près des acteurs, pour favoriser l’intimité. Les décors urbains traduisent les conflits et l’errance des personnages. La photographie exploite des jeux d’ombres et de lumières, avec des contrastes forts. La musique, peu présente, met à nu les dialogues. Lorsqu’elle est utilisée, elle est orchestrale, majestueuse, et souligne des éléments clefs et déterminants qui parsèment le récit.

Les pieds dans la boue et la tête dans les étoiles

Désir, érotisation, autodestruction, deuil, théâtre, obsession, fuite, errance, nuit, surnaturel, présence spectrale : le champ lexical du film joue sur plusieurs tableaux et témoigne de la difficulté des relations humaines qui peut corrompre un idéal, un rêve. Rendez-vous porte sur une double façade masculine : l’amour, la fougue et la déperdition, ou la sécurité, la banalité, la stabilité, la gentillesse qui peut être perçue comme ennuyeuse. Le tout s’achève sur une ambiguïté, dans une note entre tragédie et espoir.

Le réalisateur dira du personnage de Nina « qu’elle a les pieds dans la boue et la tête dans les étoiles. » Jolie formule.

Bande-annonce : Rendez-vous

Fiche technique : Rendez-vous

Synopsis : Une jeune comédienne, Nina, monte à Paris, et trouve à se loger chez deux jeunes gens, Paulot et Quentin. Elle s’éprend de Quentin, un homme ténébreux et ambigu, avec des manies suicidaires, qui joue dans des spectacles érotiques, tandis que Paulot l’aime en secret. Alors qu’elle se lance dans le projet de monter Roméo et Juliette au théâtre avec Quentin, celui-ci meurt brutalement.

  • Titre : Rendez-vous
  • Scénario : André Téchiné et Olivier Assayas
  • Réalisation : André Téchiné
  • Production : Alain Terzian
  • Assistants réalisateur : Michel Béna, Bruno Herbulot et Philippe Landoulsi
  • Musique : Philippe Sarde
  • Photographie : Renato Berta
  • Montage : Martine Giordano
  • Direction artistique : Jean-Pierre Kohut-Svelko
  • Costumes : Christian Gasc
  • Son : Dominique Hennequin et Jean-Louis Ughetto – Jean Gargonne (montage son)
  • Durée : 82 minutes
  • Date de sortie : France – 15 mai 1985
  • Juliette Binoche : Nina/Anne Larrieux
  • Lambert Wilson : Quentin
  • Wadeck Stanczak : Paulot
  • Jean-Louis Trintignant : Scrutzler
  • Dominique Lavanant : Gertrude
  • Anne Wiazemsky : l’administratrice
  • Jean-Louis Vitrac : Fred
  • Philippe Landoulsi : le régisseur
  • Olimpia Carlisi : Olimpia
  • Caroline Faro : Juliette
  • Arlette Gordon : la journaliste branchée
  • Madeleine Marie
  • Serge Martina : l’acteur de la pièce
  • Michèle Moretti : Daisy
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4

Avignon : un festival de bons sentiments

Dans la fournaise douce d’un été avignonnais, les corps suent, les voix résonnent, les affiches se déchirent au vent. Une troupe vacille entre espoirs froissés et éclats de rire, portée par le pouls vibrant du théâtre de rue. Johann Dionnet y glisse une romance fragile, prise entre des tréteaux de fortune, des bouffonneries de boulevard et de nobles cadences classiques. Le charme opère en partie, même lorsque le maquillage fond et que les masques, doucement, se fissurent.

Pour son premier long-métrage, Johann Dionnet prolonge le sujet de son court métrage de 2022, Je joue Rodrigue, qui se situe déjà pendant le festival d’Avignon. Le réalisateur nous immerge ainsi dans la réalité de ce magnifique festival, qu’il connaît très bien, créé en 1947 par Jean Vilar, et devenu aujourd’hui l’une des plus importantes manifestations internationales du spectacle vivant contemporain.

Dans une ville d’Avignon magnifiée par une mise en scène au cordeau, avec des images de ses remparts et de son célèbre pont (le dernier Lelouch, Finalement, y faisait également une superbe référence), l’atmosphère chaude et fébrile vécue par les troupes de théâtre en recherche de spectateurs et de notoriété dans les rues bondées de la ville et dans les salles, est très bien rendue. Les séances de tractage et de parade dans la ville, avec une scène envoûtante devant le fameux Palais des Papes, montrent ainsi parfaitement la lutte pour la différenciation des pièces de théâtre, clé pour l’avenir de leurs représentations et des financements associés.

A la fois film choral et film de troupe, vu sous l’angle d’une comédie romantique estivale, Avignon nous fait suivre particulièrement les vicissitudes et autres complications d’une équipe de comédiens, qui joue une pièce de boulevard au nom caricatural de Ma sœur s’incruste. Une troupe qui tire le diable par la queue et menace de se faire expulser en raison de la faible fréquentation de sa pièce, disons-le, de qualité médiocre. Le réalisateur nous fait aimer cette bande de comédiens, et notamment Serge le metteur en scène (interprété par un Lyes Salem très convaincant), Coralie sa compagne (jouée par une excellente Alison Wheeler qui crève l’écran par son sens des relations humaines) et Patrick campé avec brio par Johann Dionnet lui-même !

Dans ce groupe soudé, Stéphane est un acteur en mal de reconnaissance dans ses rôles actuels. Ami proche de Coralie, il rencontre par hasard Fanny, une ancienne connaissance, qui joue elle dans Ruy Blas de Victor Hugo, ce grand classique ! Tombant instantanément amoureux d’elle, il lui fait croire, pour tenter d’être à la hauteur, qu’il joue Rodrigue dans Le Cid de Corneille. Par un concours de circonstances, et certains quiproquos plutôt drôles, une sorte de jeu de dupes va s’installer entre eux, leur interdisant de se voir jouer pendant tout une partie du film. Cela fait naître une ambiguïté, dont on sort, comme on le sait, toujours à son détriment.

Introduire cette dimension romantique dans le scénario est plutôt bien vu; elle apporte une forme de suspens sur l’avenir de cette relation, mais ce n’est que partiellement réussi :

  • D’abord le casting de ce couple est décevant : ni Baptiste Lecaplain dans le rôle de Stéphane (bien meilleur tout de même que dans Jamais sans mon Psy), ni Elisa Erka (vue dans Tendre et Saignant en 2021) n’arrivent à être à la hauteur de leur rôle central, par un jeu manquant cruellement de relief dans les sentiments exprimés;
  • La deuxième limite est d’opposer les grands classiques et le théâtre de boulevard, le second trop au détriment du premier alors que ces genres de théâtre ont leur public spécifique, comme au cinéma les films dramatiques et les comédies. Cela donne l’impression que le réalisateur accentue ce manichéisme uniquement pour faire rire, et ce n’est pas toujours réussi, comme le spectateur pourra en juger.

Malgré ces limitations, le réalisateur adresse une question essentielle de la relation amoureuse : doit-on se montrer plus beau que l’on paraît pour plaire, au risque de décevoir ? Et subtilement une scène très réussie fait une métaphore avec le personnage du valet Ruy Blas de Victor Hugo et son amour pour la reine d’Espagne, pour lequel il doit se fait passer pour le noble Don César; la fin est hélas dramatique pour Ruy Blas, lors de la découverte du pot aux roses ; en sera-t-il de même pour Stéphane et Fanny dans Avignon ?

Conclure le film hors des murs d’Avignon est par ailleurs assez décevant, voire un peu bâclé, même si on est soulagé pour l’avenir de la troupe de Ma Sœur s’incruste ! Mais on aura passé un bon moment devant cette belle comédie estivale, à quelques jours du démarrage du festival d’Avignon 2025. Et ce film est davantage une déclaration d’amour au théâtre dans sa dimension spectacle vivant, plutôt qu’une comédie romantique qui restera au fond presque anecdotique.

Bande annonce – Avignon

Fiche technique – Avignon

  • Réalisation : Johann Dionnet
  • Scénario : Johann Dionnet, Benoît Graffin, Francis Magnin
  • Année de production : 2025, date de sortie en France : 18juin 2025
  • Genre : Comédie romantique, film choral
  • Pays d’origine : France
  • Durée : 1h43
  • Lieu de tournage : Avignon (Vaucluse)
  • Production : Nolita Cinema
  • Co-production : TF1 Studio, France 2 Cinéma
  • Distribution : Warner Bros. France
  • Attachées de presse : Audrey Le Pennec, Leslie Ricci, Camille Madelaine
  • Musique originale : Sébastien Torregrossa
  • Directeur de la photographie : Thomas Rames
  • Montage : Sylvie Landra
  • Direction du casting : Anne Fremiot
  • Costumes : Dorothée Lissac
  • Décors : Frédéric Grandclère
  • Ingénieur du son : Philippe Welsh
  • Direction de production : Jean-Marc Gullino

Casting principal

  • Baptiste Lecaplain : Stéphane
  • Élisa Erka : Fanny
  • Lyes Salem : Serge
  • Alison Wheeler : Coralie
  • Johann Dionnet : Patrick
  • Constance Carrelet : Amélie
  • Rudy Milstein : Marc
  • Amaury de Crayencour : David
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3

Peacock : un faux ami en quête d’identité

Avec Peacock, Bernhard Wenger donne à voir le parcours résilient d’un individu qui avait perdu tout contact avec son intériorité. Sur un mode ironique et avec un bel art de la mise en scène. Réjouissant.

Matthias, un ami que tout le monde loue

« Suis-je réel ? » Le sous-titre autrichien est la question que se pose Matthias. On pourrait dire aussi « Qui suis-je ? ». Lorsqu’on a pour profession d’être un ami que l’on peut louer pour toutes sortes d’usages, le danger guette de voir se diluer son identité. Sophia, sa compagne, va encore le dire autrement : Matthias, tu n’es plus « vrai ».

Qui est le paon du titre ? Matthias, comme on le lit partout, ou plutôt tous ces clients qui l’engagent pour briller en société ? L’affiche ne montre-t-elle pas notre homme levant un verre devant une multitude de ces yeux constellant la parure de l’animal ?

Matthias a une palette variée. Il peut être engagé pour aider une jeune femme à éteindre un incendie de voiture de golf, transformant celle-ci en héroïne. Pour valoriser une dame âgée en se faisant passer pour son amant doté d’une belle culture musicale à l’issue d’un concert de violoncelle expérimental. Pour coacher une épouse qui veut apprendre à bien se mettre en colère, afin de pouvoir quitter son mari violent. Pour faire couple avec un homo qui veut obtenir un splendide appartement. Pour rendre fier un jeune garçon dont le père est au chômage ou exerce un job honteux, lors d’une présentation des métiers des papas de la classe, en se présentant en uniforme comme pilote de ligne. Pour aider un riche sexagénaire à se faire élire président d’une fondation en se faisant passer pour son fils débitant un beau discours. Un vrai caméléon.

Nulle prostitution dans cet emploi : la dame âgée lui proposera bien de prendre un dernier verre, mais l’agence ne parle que de louer un ami. On ne cherche pas des comédiens, précise le patron, mais des gens ayant un bon relationnel. Pour cela, Matthias est le meilleur : il s’adapte, ne se met jamais en colère, encaisse lorsque la situation se gâte.

Quand la machine s’enraye

De quoi finir par se perdre. Tout se détraque dans la vie de notre héros, signe que quelque chose ne va pas : sa chaudière émet un bruit inquiétant, une plombière se présente alors qu’il n’a rien demandé, l’assistant vocal de sa voiture n’exécute plus les ordres qu’il lui lance, le toit ouvrant ne veut plus se refermer. La question de Sophia le remet profondément en cause. Le couple n’allait pas très bien, en tout cas sexuellement : pour le figurer, Bernhard Wenger se contente de montrer à plusieurs reprises Matthias plongé dans un livre alors que sa compagne s’est endormie. On peut voir aussi l’achat (ou la location ?) d’un gros chien aux testicules pendants comme une discrète allusion à l’insatisfaction de madame. Ce n’est pas le seul problème : Sophia aimerait briser la placidité constante de son compagnon. Elle fait ainsi manger le chien sur le canapé du salon pour qu’il réagisse. En vain. Alors elle le quitte.

La solitude subie de Matthias représente celle du monde contemporain, où tout est devenu artificiel. Son seul ami est David, son patron : il accourt dès que Matthias est saisi d’angoisse, le conseille, le réconforte en lui faisant un câlin. Mais cette amitié a ses limites : lorsque Matthias voudra tout arrêter, David lui signifiera que ce contrat-là est trop important.

Se frotter au réel

Pour briser sa solitude, Matthias loue un yorkshire, qui ne s’appelle par Matthias mais Aaron. Lorsqu’il le retrouvera noyé dans sa piscine, l’agence lui en fournira un autre puisqu’il avait contracté une assurance tous risques. Dans le monde de Matthias, tout est confortable mais rien n’est vrai. D’où la frayeur qui va le saisir le jour où il va être confronté au mari de la femme qu’il a coachée pour qu’elle le quitte. Là, on est dans le concret, avec ces armes aux murs au milieu de trophées de chasse. Face à ce fou furieux qui le pourchasse, Matthias va être contraint de se frotter au réel : en le repoussant il le blesse et l’envoie à l’hôpital. Une autre scène participe de la conversion de notre homme : au restaurant, alors qu’un candidat que David et lui auditionnaient manque de s’étouffer, Matthias le saisit au thorax et parvient à le sauver. La conversion de notre héros s’achèvera dans l’ultime scène du film.

À la recherche de l’âme sœur

Avant cela, il va devoir passer par d’autres péripéties. Sur les conseils de David, il expérimente un centre de remise en forme à base de yoga, de chi qong et de diverses activités douces. Le gourou des lieux, au visage recouvert de tatouages, l’accueille en lui recommandant une méditation… en écoutant l’herbe sur laquelle on s’est allongé. C’est là que Matthias va retrouver une jeune femme croisée au concert de violoncelle. Ina semble intéressée par une liaison, suggérant qu’elle aimerait avec lui rejoindre un cercle de personnes nues. Il la retrouve en boîte de nuit, pour la mettre comme prévu dans son lit, en un plan troublant : le coït, flou, est relégué en fond d’écran, le point étant fait sur le chien sur le canapé, la piscine qui va bientôt le noyer apparaissant à gauche, façon split screen. Superbe.

Au petit matin, Ina a disparu : décidément, toute relation « vraie » se dérobe à Matthias. Il finit par la retrouver, pris d’un doute : et si Ina avait été embauchée par David ? Ne venait-il pas de lui présenter une fille dans la boîte, celle qui s’avèrera être la copine du DJ ? « Do you suggest that I would be… a prostitute ? » lui lance cette Norvégienne qui s’exprime en anglais. Ina est simplement une femme qui ne cherche pas une relation sérieuse. Pas de chance pour Matthias qui, du coup, tente de reconquérir Sophia, à l’aide d’une mise en scène bien préparée : deux vieux se font agresser dans la rue, Matthias vole à leur secours. On reconnaît le candidat du restau dans l’un des deux malfrats. Cette scène répond à une séquence précédente, où David racontait qu’il avait assisté à une agression dans la rue sans se décider à intervenir. Devant Sophia, Matthias enfonce grossièrement le clou : « je n’ai pas hésité une seconde ». Sophia ne sera pas dupe.

Une mise en scène tout en finesse

C’est toute l’intelligence de Bernhard Wenger que de donner ainsi sens à certaines scènes après coup. Ainsi la performance d’art contemporain dans un théâtre annonce-t-elle celle du banquet final. Dans la première, un vieil homme nu se couvre de peinture et vient percuter violemment des pans immaculés de mur pour y laisser son empreinte multicolore, sur fond d’une (magnifique) musique contemporaine. Matthias ressent un malaise face à ce spectacle, tente de sortir du rang, suscitant l’ire du public. On avait pu assister à ce type de relation glaciale dans une scène précédente, au restaurant avec Sophia, alors qu’on cherchait le propriétaire d’un break noir : les voisins de table avaient tôt fait de condamner Matthias, finalement à tort. Lorsque Matthias et Ina avait entamé une conversation au centre de remise en forme, ils s’étaient également fait fusiller du regard par l’un des pensionnaires. L’irritabilité de la société autrichienne, qui ne supporte plus le moindre dérangement, est ici dénoncée.

Dans la scène du banquet final, le programme du jour proposé par le sauna à base de bain de boue va trouver un débouché : alors qu’on a enjoint à Matthias de changer de chemise car celle-ci a été légèrement souillée par sa collègue maladroite (scène là aussi annoncée par une autre équivalente au bureau), notre homme fait mine de s’y résoudre, pour finalement choisir de débouler dans la salle du banquet entièrement nu et recouvert d’argile. Stupeur, scandale, qui interrompt même la harpiste. Jusqu’à ce que quelqu’un suggère qu’il s’agit d’une performance, vraiment réussie.

Bernhard Wenger, le Ruben Östlund autrichien ?

Impossible de ne pas penser à The Square. Comme la première Palme d’Or de Ruben Östlund, Peacock comporte une satire de l’art contemporain. Des œuvres d’art au mur de l’agence où l’on accroche une veste à l’ours polaire positionné à l’entrée de l’appartement de Matthias, en passant par l’usage de l’électro dans un concert classique et la performance du vieil homme évoqué ci-dessus, les deux films se rejoignent.

Comme le Suédois, Wenger fait preuve d’un joli sens de la composition, et ce, dès le plan d’ouverture, ironique, avec cette voiturette de golf en feu et ces éoliennes en arrière-plan (photo). Dans toutes les scènes de groupe ensuite, au centre desquels trône Matthias : parmi l’auditoire du concert, au sein d’une photo de groupe, avec les pères qui attendent de témoigner dans la classe… à chaque fois Matthias ressort comiquement de la foule. C’est encore la composition qui provoque le rire avec ce gros chien immobile dans le salon que Matthias découvre, avant de lancer, toujours placidement : « Nous avons donc un chien ? ». Un peu plus tôt, Sophia avait suggéré une sculpture de chien plutôt que d’ours polaire. Le chien ne bouge pas d’une oreille, laissant croire à une statue.

On saluera également le choix des couleurs : le bleu de la chemise de notre homme s’accorde parfaitement à l’eau de sa piscine, le rouge qu’il revêt pour retourner voir Ina est assorti aux boiseries de son immeuble. L’image est lisse, soignée, en phase avec le propos. On pense au Little Joe de la compatriote de Wenger Jessica Hausner, qui présentait le même type de caractéristiques.

Mais c’est surtout Östlund qui s’impose, au visionnage de Peacock. Les scènes dont on ne comprend le sens qu’après coup sont une caractéristique du Suédois, ainsi que le goût pour tout ce qui suscite le malaise et la dénonciation d’une société devenue incapable d’empathie. Comme le dit Télérama, voilà pour le trublion Ruben un sérieux concurrent, qui sait imposer sa patte personnelle.

Long en bouche, suscitant suffisamment de mystères pour stimuler le spectateur après coup (pourquoi cette chaudière aux bruits étranges ? cet appartement où l’on descend lorsqu’on entre ? cette collègue qui ne cesse de renverser du liquide sur Matthias ?), surprenant par ses embardées loufoques (le canard qui est entré dans la voiture par le toit ouvrant, l’imitation de la démarche d’un caméléon d’abord par Sophia puis par Matthias), impeccablement servi par Albrecht Schuch dans le rôle principal, le film de Wenger s’achève en beauté : un homme nu, sorti d’une rivière, marche tranquillement vers les bois. Nu, donc authentique. Enfin vrai.

Peacock – bande-annonce

Peacock – fiche technique

Titre original :  Pfau – Bin ich echt?
Scénario et réalisation : Bernhard Wenger
Interprètes : Albrecht Schuch, Julia Franz Richter, Anton Noori, Theresa Frostad Eggesbø, Salka Weber, Maria Hofstätter
Image : Albin Wildner
Montage : Rupert Höller
Production : NGF Geyrhalterfilm, CALA Filmproduktion
Distribution : Pyramide Distribution
Pays de production : Autriche
Genre : Comédie, Drame
Durée : 1h42
Date de sortie : 18 juin 2025

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4

28 ans plus tard : quand Danny Boyle se surpasse et se dépasse

Dans le genre suite que l’on n’attendait pas (dans tous les sens du terme), 28 ans plus tard se pose là. Mais le duo initial à la barre (Alex Garland au scénario et Danny Boyle à la réalisation) réinvente le premier opus et le surpasse grâce à une ribambelle d’idées folles, aussi bien dans la narration que dans la mise en scène. Encapsulé entre un prologue et un épilogue dingues, le film ose tout et se positionne comme l’un des meilleurs (si ce n’est le meilleur) films de zombies de la décennie. L’horreur est extrême et graphique, et paradoxalement ancrée dans des paysages naturels d’une splendeur stupéfiante.

Synopsis : Cela fait près de trente ans que le Virus de la Fureur s’est échappé d’un laboratoire d’armement biologique. Alors qu’un confinement très strict a été mis en place, certains ont trouvé le moyen de survivre parmi les personnes infectées. C’est ainsi qu’une communauté de rescapés s’est réfugiée sur une petite île seulement reliée au continent par une route, placée sous haute protection. Lorsque l’un des habitants de l’île est envoyé en mission sur le continent, il découvre que non seulement les infectés ont muté, mais que d’autres survivants aussi, dans un contexte à la fois mystérieux et terrifiant…

L’étincelle créative

Si 28 jours plus tard n’avait pas forcément cartonné en salles — loin s’en faut —, il avait acquis une belle petite réputation critique à sa sortie et s’était fait un nom dans le cinéma horrifique avec le temps. Danny Boyle avait ajouté une pierre notable à l’édifice assez populeux du film de zombies. Bien gore, avec beaucoup d’idées, un Cillian Murphy génial encore peu connu en tête d’affiche, et un Londres plein d’images chocs, infesté de contaminés au virus, pour une bonne série B qui fonctionne encore à l’heure actuelle.

Pour la suite, 28 semaines plus tard a été confié au réalisateur espagnol Juan Carlos Fresnadillo, qui avait conféré son savoir-faire à ce second opus dans la même lignée. Un temps évoqué, 28 mois plus tard ne s’est jamais fait. Plus de vingt ans après, on passe directement à ce 28 ans plus tard. Une suite qu’on n’attendait pas vraiment : parce que trop tardive et aux velléités apparaissant mercantiles, tout autant qu’elle s’avère inattendue.

Bien mal nous en a pris, car Danny Boyle reprend les rênes de la réalisation et Alex Garland fait une pause entre ses propres réalisations (pour rappel, on lui doit des pépites comme Men ou Annihilation dans l’horreur, et des œuvres moins convaincantes dans l’action telles que Civil War ou Warfare) pour revenir à ses fondamentaux d’écriture. Leur association fait de nouveau des étincelles, tant ce troisième opus est impeccablement scénarisé et réalisé. L’intrigue est surprenante et ose des détours passionnants comme des sorties de route audacieuses, quand, de son côté, la mise en scène enchaîne fulgurances visuelles et expérimentations tordues, mais souvent incroyables. Alors bien sûr, dans les deux cas, il y a quelques ratés, mais c’est le prix à payer de l’originalité et du risque. Et que c’est bon de voir un film qui essaie constamment des choses et cherche à surprendre son auditoire.

Les petites failles d’un grand film

Au rayon des moins bonnes choses, on pourra surtout citer un arc narratif peu passionnant, qui fait le pari de l’émotion. Il s’agit de celui autour du personnage de Jodie Comer et, par ricochet, celui de Ralph Fiennes. Ce dernier incarne un protagoniste passionnant et dingue qu’on aurait voulu voir davantage évoluer, avec d’autres enjeux que ceux personnifiés par Comer. La tentative d’insérer une dose de tragique est méritoire, mais c’est clairement le moins palpitant du film, et cela fait fortement redescendre la tension dans le dernier acte. Ensuite, on aurait souhaité un bouquet final horrifique et d’action plus impressionnant. Peut-être que, bercés par des schémas hollywoodiens ou prémâchés, on s’est trop habitués à voir les scènes les plus impressionnantes dans le final. Ce qui peut apparaître un peu frustrant quand ce n’est pas le cas… mais rien de grave.

En effet, la toute dernière séquence rattrape cela comme il faut : un épilogue complètement dingue, imprévisible et what the fuck, comme le diraient les anglophones. Une conclusion qui répond à un prologue tout aussi dingue, vu dans les bandes-annonces, où l’on n’hésite pas à massacrer des enfants. Ces deux morceaux de bravoure extrêmes encapsulent admirablement le long-métrage, le faisant commencer sur les chapeaux de roue avec du gore sans concession, pour l’achever sur un cliffhanger prometteur pour une probable suite, en cas de succès. On n’en dira pas plus…

Si le film de zombies est un sous-genre horrifique qui peut paraître galvaudé — entre les blockbusters à la World War Z, la version found footage espagnole REC ou l’interminable série phare du genre The Walking Dead —, 28 ans plus tard parvient à renouveler le genre. Et Danny Boyle se surpasse et se dépasse avec cet opus. Inédit dans le traitement, visuellement comme sur le fond, on pense parfois au méconnu The Last Girl – Celle qui a tous les dons, tant, malgré le côté extrême des séquences avec les infectés, il se dégage parfois ici une certaine poésie. Celle-ci se manifeste notamment par la grâce du décor rural des côtes anglaises verdoyantes. Les paysages bucoliques sont magnifiques, et ça tranche avec l’horreur de ce qui se joue, donnant un cachet délicieusement singulier au film.

Un trip sensoriel

Et Boyle en profite pour nous gratifier de multiples scènes d’une beauté formelle stupéfiante : entre plans aériens sur des aurores boréales, jeux d’ombres avec des silhouettes d’infectés sur une colline, ou cadrages champêtres en contre-plongée. Le réalisateur anglais tente plein de choses, s’amuse, et nous régale. Son montage étrange fonctionne à plein régime, la bande sonore et sa voix off bizarre rendent le tout épique, et la manière dont il opère les séquences sanglantes et les mises à mort de zombies s’apparente à du jamais vu. 28 ans plus tard regorge d’idées folles, et mon Dieu, que c’est bon.

Le casting est véritablement limité à cinq acteurs ici, tous excellents. Aaron Taylor-Johnson a une sacrée carrure, comme l’a prouvé le récent Kraven, le chasseur, tandis que Ralph Fiennes rassure en n’en faisant pas trop dans un rôle qui faisait craindre un jeu en roue libre. On retrouve aussi le jeune acteur suédois de la série Young Royals, Edvin Ryding, dans un contre-emploi étonnant et probant. Jodie Comer se débrouille bien également, malgré un rôle ingrat, mais c’est le jeune Alfie Williams qui remporte tous les suffrages en s’emparant avec panache du rôle principal. Encore un jeune acteur prometteur.

Vous l’aurez compris : ce troisième opus est, malgré quelques petits défauts, une petite bombe, et probablement le film de zombies de la décennie ! Vivement la suite !

Bande-annonce – 28 ans plus tard

Fiche technique – 28 ans plus tard

Réalisateur : Danny Boyle.
Scénaristes : Alex Garland.
Production: Sony Pictures.
Distribution: Sony Pictures Releasing France.
Interprétation : Alfie Williams, Aaron Taylor-Johnson, Jodie Comer, Ralph Fiennes, …
Genres : Horreur – Anticipation.
Date de sortie : 18 juin.
Durée : 1h55.
Pays : Royaume-Uni.

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Distinction entre coups réels et fiction scénarisée : guide complet pour décrypter les contenus visuels

Dans l’univers des médias visuels, la frontière entre réalité et fiction s’estompe parfois, particulièrement dans les contenus liés aux sports de combat. Cette distinction devient cruciale pour les spectateurs qui cherchent à comprendre ce qu’ils regardent. Entre les combats réels retransmis en direct et les affrontements chorégraphiés du cinéma, les différences techniques et artistiques méritent d’être visitées pour mieux apprécier ces deux formes d’expression.

Caractéristiques fondamentales des combats réels et scénarisés

La différence la plus évidente entre un combat sportif authentique et une scène de fiction repose sur l’intention. Dans un combat réel, l’objectif des participants est de gagner en respectant un ensemble de règles, tandis que dans une fiction, le but est de raconter une histoire et susciter des émotions chez le spectateur.

Les combats réels se caractérisent par leur imprévisibilité et leur spontanéité. Les athlètes doivent réagir en temps réel aux mouvements de leur adversaire, ce qui crée une dynamique unique impossible à reproduire parfaitement dans un contexte scénarisé. Les analyses de combats MMA révèlent souvent ces moments d’adaptation stratégique qui font toute la richesse du sport.

À l’inverse, les combats fictionnels sont minutieusement chorégraphiés pour maximiser l’impact visuel. Les acteurs et cascadeurs travaillent ensemble pour créer l’illusion du danger tout en minimisant les risques réels. La caméra joue également un rôle crucial, utilisant des angles spécifiques pour amplifier l’impact des coups.

Voici les éléments distinctifs entre ces deux types de contenus :

  • Intention (victoire sportive vs narration)
  • Rythme et timing des échanges
  • Réactions physiologiques aux impacts
  • Conséquences visibles des coups
  • Durée et intensité des séquences

Cette distinction s’illustre parfaitement dans le traitement cinématographique du MMA, qui a connu une popularité croissante ces dernières années. Des films comme « Warrior » (2011) témoignent de cette fascination tout en soulevant la question : comment représenter fidèlement un sport aussi technique tout en créant un divertissement captivant ?

Impact du cinéma sur la perception des arts martiaux mixtes

Le septième art a joué un rôle déterminant dans la popularisation du MMA auprès du grand public. Des productions comme « Warrior » avec Tom Hardy et Joel Edgerton ont contribué à humaniser ce sport souvent perçu comme brutal. Ces œuvres ont mis en lumière les parcours personnels des combattants et les sacrifices consentis pour atteindre l’excellence.

Toutefois, ces représentations cinématographiques créent parfois des attentes irréalistes. Dans les films, les combattants encaissent des coups qui mettraient instantanément fin à un combat réel. Le tableau ci-dessous illustre quelques différences notables entre fiction et réalité :

Aspect Combat réel Fiction scénarisée
Durée des échanges Courte et explosive Prolongée pour l’effet dramatique
Conséquence des coups Immédiate et déterminante Souvent minimisée ou exagérée
Rythme cardiaque Visible fatigue progressive Endurance surhumaine
Stratégie Adaptative et prudente Risquée et spectaculaire

L’intérêt grandissant pour les pronostics et analyses techniques témoigne d’une maturation du public, désireux de comprendre les subtilités du sport au-delà du spectacle. Les amateurs éclairés cherchent à décrypter les stratégies, à anticiper les issues possibles et à apprécier la finesse technique des athlètes.

La représentation fictionnelle des combats continue néanmoins d’influencer notre perception du réel. Les entraîneurs rapportent régulièrement que de nouveaux pratiquants arrivent avec des idées préconçues issues des films, qu’il faut ensuite déconstruire pour permettre un apprentissage authentique.

Outils pour identifier un combat authentique d’une mise en scène

Pour le spectateur non initié, distinguer un combat réel d’une fiction peut parfois s’avérer complexe, particulièrement avec l’évolution des techniques cinématographiques. Voici une approche en cinq étapes pour aiguiser son regard critique :

  • Observer la mécanique des impacts et leurs conséquences physiologiques
  • Analyser le rythme et les temps de récupération entre les séquences intenses
  • Évaluer la cohérence des réactions aux coups reçus
  • Porter attention aux mouvements de caméra qui peuvent masquer l’absence de contact
  • Examiner la progression logique du combat (fatigue, blessures, etc.)

Les combats authentiques présentent une économie de mouvement caractéristique que les fictions tendent à négliger au profit du spectaculaire. Dans un contexte réel, chaque geste superflu représente une dépense d’énergie inutile et une opportunité pour l’adversaire.

La fascination pour l’authenticité des affrontements sportifs explique en partie l’engouement croissant pour le MMA ces dernières années. Ce sport offre une expression brute et sans filtre de l’opposition physique, tout en étant encadré par des règles précises garantissant la sécurité relative des athlètes.

Cette recherche d’authenticité alimente également l’intérêt pour les analyses techniques et les pronostics, permettant aux spectateurs d’approfondir leur compréhension du sport au-delà du simple divertissement. Les combattants deviennent alors des athlètes dont on apprécie la maîtrise technique plutôt que de simples figures de spectacle.

L’œil averti saura reconnaître que même les représentations fictionnelles les plus réussies ne peuvent reproduire parfaitement la dimension imprévisible et chaotique qui fait toute la beauté des sports de combat. Cette reconnaissance n’enlève rien au plaisir cinématographique, mais enrichit l’expérience du spectateur en lui permettant d’apprécier chaque médium pour ses qualités propres.

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Paradaïze, où l’antichambre de l’enfer

A la façon dont il est orthographié, on sent d’emblée que le titre de ce roman est à prendre au second degré. Il correspond au nom d’une propriété immobilière qui se veut d’un luxe… paradisiaque. Mais le titre prend pleinement son sens avec tout ce que la Mexicaine Fernanda Melchor décrit ici, puisque bêtise, arrogance, vulgarité et violence se partagent la vedette.

Le narrateur, Polo, est un jeune homme peu courageux régulièrement en contact avec Franco qui doit avoir à peu près le même âge que lui. Franco vient d’un milieu relativement aisé (son père est avocat) alors que Polo est issu d’un milieu modeste. C’est sa mère qui, au vu de ses résultats scolaires désastreux, a forcé Polo à postuler pour un emploi de jardinier à la résidence Paradaïze. La faiblesse du caractère de Polo apparaît clairement du fait qu’il passe le plus clair de son temps avec Franco, alors qu’il ne l’apprécie pas particulièrement (il le désigne comme le gros, par rapport à son physique). Franco est également très vulgaire, consommateur régulier de chips mais également de films porno, ce qui en dit long sur sa mentalité et sa vision des femmes. Et, celle qui lui a tapé dans l’œil, c’est une des résidentes de Paradaïze, madame Marián, une riche bourgeoise mariée et mère de deux enfants, qui se pavane régulièrement dans des tenues sexy sans réaliser l’effet qu’elles produisent sur Franco. Comme il le dit régulièrement quand ils évoquent madame Marián, le gros ne pense qu’à se la faire. Polo le laisse parler en considérant que ce ne sont que des paroles en l’air.

Des intentions au passage à l’acte

Le roman est partagé en trois parties. La première nous présente les personnages et leurs conditions d’existence, ainsi que les relations qui existent entre eux. La seconde fait évoluer la situation, car Franco ne pense qu’au moyen de parvenir à ses fins vis-à-vis de madame Marián. Quand Polo réalise que le gros a tout prévu et qu’il est prêt à passer à l’action, il est déjà trop tard pour tenter de le dissuader. Le faible Polo ne trouve même pas le moyen de lui refuser sa coopération. Avec Polo, on comprend que Franco est complètement déconnecté de la réalité, puisqu’il n’envisage même plus d’obtenir le consentement de madame Marián. Seule compte à ses yeux sa satisfaction personnelle qui va bien au-delà de la domination. Ce que les autres pensent ou penseront, les conséquences qui deviennent de plus en plus lourdes au fur et à mesure de ce qu’il prévoit comme déroulé des opérations ne lui font ni chaud ni froid. Le fantasme ne lui suffit plus et il ne réalise pas l’énormité de ce qu’il organise. Dans ces conditions, la troisième partie ne peut que tourner à la catastrophe.

Rejet

Ce court roman (217 pages dans une police de caractères assez gros) fait froid dans le dos. L’objectif de Fernanda Melchor est probablement de marquer les esprits en alertant sur les dérives produites par le fonctionnement de nos sociétés où la banalisation de la violence fait son effet en particulier sur les jeunes générations. L’édition française adoube cette vision par une phrase très révélatrice de Virginie Despentes bien en évidence au-dessus du titre sur la jaquette « Chef-d’œuvre de concision dans sa cadence, Paradaïze est un monologue labyrinthique sur la violence banale d’un adolescent d’aujourd’hui. » Malheureusement, il faut quand même dire que ce roman n’apporte aucun plaisir de lecture, avec cette omniprésence de la bêtise, de la vulgarité et de la violence. Puisqu’il est question de cadence, on relève de nombreuses phrases qui n’en finissent pas. Mais Fernanda Melchor n’est pas Marcel Proust et ne décrit pas un univers en enchainant les pages à déguster. Que penser de ses phrases à rallonge ? La meilleure hypothèse serait qu’elle cherche à retranscrire l’enfermement de Franco dans un raisonnement où il tourne en rond, imperméable à toute autre vision des choses que celle qu’il s’est fabriquée. D’autre part, en ne localisant pas son action (période et lieux jamais précisés), Fernanda Melchor refuse la description sociale du Mexique qui pourrait faire la force de son roman par son aspect désespéré. On devine juste qu’elle considère que ce qu’elle décrit pourrait se passer un peu partout dans le monde. Mais, finalement, son titre qui joue sur les faux-semblants, peut en devenir un pour le lecteur appâté par la phrase d’accroche. Comme quoi, dans ce monde obnubilé par la rentabilité, il faut garder à l’esprit que le choix d’une lecture ne doit jamais se faire à la va-vite.

Paradaïze, Fernanda Melchor
Grasset (collection En Lettres d’Ancre) : sorti le 9 mars 2022. Traduit de l’espagnol (Mexique) par Laura Alcoba

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2

Whisky (ex Bidouille)

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Avec cet album qui présente une histoire complète, nous retrouvons Bruno Duhamel, déjà auteur de plusieurs albums chez le même éditeur. Surprise quand même, puisqu’ici il est scénariste, alors qu’au dessin nous trouvons le chevronné David Ratte. Autant dire que le duo trouve ses marques aisément, pour proposer un album qui, sans viser le chef d’œuvre, s’avère plus qu’honorable.

A Paris, de nos jours, deux hommes vivent dans des cahutes voisines en bord de Seine. Théo doit avoir la soixantaine, Français plutôt rondouillard et râleur voire donneur de leçons. Amir, la trentaine, réfugié Kurde, plutôt grand et élancé, s’exprime dans un français approximatif. Bien entendu, ils constituent un duo de circonstances. En fait, même s’il ne le dit pas, Théo n’a qu’une crainte, c’est qu’Amir trouve les moyens de voler de ses propres ailes et que lui-même se retrouve à nouveau très isolé alors qu’il sent le poids des ans s’accumuler. Il supporte donc les cauchemars d’Amir (enfin un seul, récurrent, qui montre à quel point le jeune homme est marqué par ce qu’il a vécu dans son pays avant de le fuir) qui l’amènent à hurler en pleine nuit et par conséquent réveiller son voisin. Alors, quand Théo recueille un jeune chien qui lui apporte un peu de chaleur et de sécurité, Amir se voit plus ou moins contraint d’accepter l’animal, alors qu’il ne supporte pas les chiens.

Une thématique surprenante

Bien évidemment, quand on vit sous les ponts, on doit s’attendre à quelques moments difficiles. Théo a transmis à Amir tout ce que ses longues années de cloche lui on apprit, mais cela n’empêche pas les mauvaises rencontres, qui vont du policier au jeune voyou agressif, en passant par des joggeurs ainsi qu’une famille à la recherche d’un chien perdu. D’emblée, on sent Duhamel inspiré, car son scénario nous sort des sentiers battus pour nous emmener vers des situations peu propices au bon goût. Visiblement, le duo ne recherche pas quelque chose qui serait trop grand public, puisqu’ils s’arrangent pour placer quelques réflexions et allusions sur la condition humaine et l’état de notre société. Cela nous change donc agréablement de Deux sœurs (2024) le dernier album solo de Duhamel. Outre le choix de deux marginaux comme personnages principaux, l’album nous vaut une charge bien sentie contre tout ce qui tourne autour des artistes. Il est question des effets du succès, aussi bien sur son auteur que sur son entourage, ce qui dénote une vraie réflexion d’un artiste qui a pris le temps de relativiser sa position dans la société. D’ailleurs, c’est un sujet que Duhamel aborde toujours avec pertinence, puisqu’il était à la base du scénario de son album Le retour (2017) que je considère comme son meilleur à ce jour. Ici, sans atteindre l’excellence, Duhamel et Ratte harmonisent leurs efforts pour produire un album à l’agréable format (32,2 x 24,3 cm pour 62 planches) où les péripéties s’enchainent pour nous valoir un bon moment de lecture. En première impression, le dessin pourrait passer pour une œuvre de Duhamel. Les silhouettes et les visages sont bien caractérisés et différenciés, les mouvements parfaitement rendus et les couleurs globalement douces (à l’image de celles de l’illustration de couverture) cosignées Atomix et David Ratte apportent un plus, même si celui-ci oriente davantage l’album vers le grand public.

Travail soigné

On retient un découpage de qualité qui évite les temps morts. L’album évite également les dialogues inutiles, avec une capacité à faire avancer l’intrigue en montrant avant tout les actions des personnages, ce qui s’avère souvent très largement suffisant, preuve que les auteurs maîtrisent bien le langage du neuvième art. L’organisation des planches est irréprochable, avec une diversité des tailles et formes des vignettes au service de l’intrigue. D’autre part, l’ensemble s’avère d’une belle lisibilité et nous réserve quelques situations où l’humour est bien présent. C’est donc un album tout public plutôt bien pensé et organisé. Le décor parisien sert bien l’album (et réciproquement). On note au passage que les auteurs s’amusent avec divers affichages bien visibles qui apportent une touche d’ironie qui fait son effet.

Whisky – Bruno Duhamel (scénario) ; David Ratte (dessin et couleurs) ; Atomix (couleurs)
Bamboo Édition (collection Grand Angle) : sorti le 28 mai 2025

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3.5

« L’Amourante » : quand l’amour devient élixir de jouvence

Avec L’Amourante, Pierre Alexandrine propose aux éditions Glénat une bande dessinée singulière, articulée autour d’une variation subtile et féministe sur le mythe de l’amour éternel et du corps soumis au regard des autres.

A priori, rien ne permet de distinguer Louise de ses pairs. Elle n’est pourtant pas une héroïne comme les autres. Sous ses traits avenants et graciles, cette jeune femme cache sa nature d’amourante : une créature dont l’éternelle jeunesse dépend des sentiments qu’on lui porte. Aimer Louise, c’est lui offrir le temps ; cesser de lui accorder ses grâces, c’est l’exposer à une inexorable dégradation physique, plus rapide encore que pour le commun des mortels. Ce pouvoir fascinant tient à la fois de l’aubaine et de la damnation, car il agit sur Louise comme un fardeau moral et affectif. La contrepartie en est effectivement aussi cruelle qu’inévitable : devoir susciter l’amour sans jamais se l’autoriser.

Le récit s’amorce à la suite d’une conversation : Zayn, jeune homme éperdu, cherche à comprendre pourquoi Louise l’a si brusquement quitté. Il pensait avoir rencontré la femme de sa vie. La confession de cette dernière l’entraîne alors – et nous avec – dans un vertigineux voyage à travers les siècles. De la guerre de Cent Ans à l’Europe des Lumières en passant par les heures sombres de la chasse aux sorcières, Louise dévide le fil d’une vie marquée par la peur de vieillir, l’obsession de plaire et la solitude inhérente à sa condition. Pour conserver une jeunesse éternelle, elle doit susciter le désir, la peine, exposer les hommes au désarroi tout en s’échinant à ne pas leur accorder la moindre affection.

Sous ses airs de romance fantastique, L’Amourante questionne des thématiques éminemment contemporaines : l’emprise du regard masculin sur le corps des femmes, les injonctions à séduire, la peur du vieillissement et l’ambiguïté du pouvoir que confère la beauté. Les figures féminines habituellement diabolisées – sorcières, succubes, amantes fatales – sont revisitées avec un regard moderne, quelque part entre Dracula (les larmes remplacent ici le sang) et Dorian Gray.

Malgré des siècles d’existence, Louise conserve une lucidité mélancolique sur le jeu de dupes auquel elle est condamnée : manipuler les cœurs sans s’y attacher, sous peine de perdre l’immortalité. Et quand elle confie sur sa condition plus amère que douce, on perçoit sans mal toute la gravité de son destin. C’est d’ailleurs en vertu de cette solitude qu’elle développe des liens de sororité avec Dame Eleanor, qui l’initie et l’accompagne durant une bonne partie de l’ouvrage.

Autre aspect intéressant de L’Amourante : chaque époque traversée par son  héroïne est dotée de sa propre atmosphère visuelle, des ruelles du Paris médiéval aux fastes vénétiens de la Renaissance. C’est dans ce cadre joliment mis en vignettes que se déploie le portrait d’une femme libre mais paradoxalement prisonnière d’un pouvoir qui la dépasse. Pierre Alexandrine signe un premier album d’une grande ambition, aussi élégant qu’intelligent. Une œuvre singulière, où le male gaze et la vanité des sentiments occupent plus que des seconds rôles. 

L’Amourante, Pierre Alexandrine 
Glénat, juin 2025, 232 pages

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4

« Squad », ou l’adolescence à crocs découverts

Dans Squad, roman graphique signé Maggie Tokuda-Hall et Lisa Sterle, les adolescentes ne se contentent plus de rêver d’émancipation : elles la dévorent et la hurlent les nuits de pleine lune. Ce récit aux allures de teen drama fantastique prend rapidement une tournure bien plus profonde et dérangeante, dans un écrin graphique aussi acidulé que trompeur.

Becca, lycéenne fraîchement débarquée dans une banlieue huppée de San Francisco, tente de s’intégrer dans son nouvel environnement. Complexée, sur la réserve, en quête de reconnaissance, elle est comme tant d’autres héroïnes adolescentes. Jusqu’à ce que Marley, Amanda et Arianna, les reines du lycée, l’intègrent dans leur « squad »… avec une facilité quelque peu suspecte. Une popularité tombée du ciel ? Plutôt d’un croissant de lune… Car les trois amies ne sont pas juste influentes : elles sont aussi des loups-garous. Littéralement.

Là où Squad surprend, c’est dans son articulation ingénieuse entre le registre fantastique et un propos sociétal engagé. Le pacte sanglant que Becca se voit proposer ne concerne pas seulement une transformation surnaturelle : c’est un rite de passage, un contrat moral, une métaphore éclatante de la sororité. Les proies de ces louves ne sont pas choisies au hasard : elles traquent les prédateurs sexuels, les garçons « bien sous tout rapport » qui se fichent du consentement. Une justice sauvage, viscérale, presque mythologique, qui entend rebattre les cartes du genre.

Le féminisme qui irrigue l’œuvre n’a rien de performatif. Il est radical et incarné. Il oppose à la culture du viol une revanche sanglante. Le tout dans un habillage teenage volontairement trompeur : palette pastel, esthétique de magazine Seventeen, références pop qui masquent à peine la noirceur de la trame. Lisa Sterle donne ici à voir un monde visuellement séduisant, mais fondalement sépulcral. Tellement que les mêmes les mères cherchent à promouvoir des relations socialement construites (le discours sur le népotisme…) plutôt que saines et sincères.

Mais Squad explore aussi les questions de genre, d’identité et d’orientation sexuelle. Becca craint le harcèlement lié à son homosexualité. La relation qui se noue avec Marley est progressive. Elle n’a rien de l’idylle artificielle : elle dit le désir de se reconnaître dans l’autre, de ne plus être honteuse de qui l’on est. Cela fait d’autant plus sens dans un groupe régi par l’image : vêtements triés sur le volet, popularité indexée au désir des autres, stratégies éhontées pour être couronnée reine du bal…

Squad n’a rien d’une simple série B pour ados. Sous ses airs inoffensifs, il dissimule une critique sociale vive. Ici, les filles ne sont pas des proies mais des prédatrices. Les rôles sont inversés, les normes sociales déconstruites, les codes du teen movie dynamités. Il y a du Buffy ici : la vengeance comme outil de réappropriation, le monstre comme allégorie du pouvoir féminin. Il est aussi intéressant de noter que c’est la disparition d’un fils de bonne famille qui alerte le FBI ; la justice apparaît socialement connotée dans Squad.

Le tandem Tokuda-Hall/Sterle signe ici un objet hybride, séduisant et inquiétant, comme un bonbon acidulé qui vous écorcherait la langue. Une bande dessinée à double lecture.

Squad, Maggie Tokuda-Hall et Lisa Sterle
Delcourt, juin 2025, 224 pages

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3.5

Glénat BD poches : sept récits au format de poche, sept mondes à emporter

On le sait, les déclinaisons de formats et d’éditions se multiplient, avec plus ou moins de succès. C’est précisément ce que propose Glénat avec sa collection « Glénat BD poches » : une ligne claire et dense, pensée pour élargir le lectorat sans sacrifier la qualité, pour remettre en lumière des œuvres fortes et offrir aux lecteurs des récits de fond dans un écrin de poche. Sept nouveaux albums sont à découvrir sans tarder.

A5. 10 euros. Couverture brochée, rabats généreux et papiers choisis. Le format parle de lui-même : compact mais élégant, économique mais soigné. Il ne s’agit pas ici d’une réduction au rabais, mais d’un geste éditorial réfléchi, un compromis intelligent entre portabilité, accessibilité et respect du matériau d’origine. Avec une pagination comprise entre 100 et 300 pages, chaque volume de la collection « Glénat BD poches » s’offre comme un univers graphique transportable dans un sac de ville, une BD nomade pensée pour l’ère des trajets éclairs et des lectures buissonnières.

Pour cette seconde salve, Glénat frappe fort. Sept titres issus de son catalogue, sept œuvres où se croisent l’intime et le politique, l’Histoire et l’imaginaire, la fiction et le documentaire. Chaque volume est un microcosme qui, dans son genre, tend un miroir aux obsessions, violences, fantasmes ou silences de notre époque.

Les albums

Commençons par ce qui nous apparaît comme l’œuvre-phare : Le Patient, de Timothé Le Boucher. Un thriller psychologique et des jeux de miroirs à la lisière de l’inconscient. Ce roman graphique plonge dans les replis d’une mémoire traumatique. À la croisée de Shutter Island et des labyrinthes freudiens, l’œuvre manipule le lecteur avec une précision diabolique, dans le sillage d’un adolescent victime dont les reliefs psychologiques restent longtemps insondables. Entre hypnose, résurgence et faux-semblants, avec des pulsions meurtrières et sexuelles en toile de fond, le doute est ici fait roi. 

Avec Patrick Dewaere, Laurent-Frédéric Bollée, Maran Hrachyan et Noël Simsolo proposent tout autre chose. On a affaire à un portrait graphique à la fois elliptique et viscéral de l’enfant terrible du cinéma français. Loin de l’hagiographie, l’album interroge la douleur à vif, les déchirements d’un acteur qui voulait tout dire et tout brûler. C’est une plongée dans une époque, une galerie de figures (Coluche, Depardieu, Blier…) et une âme en feu. Dewaere, c’est le génie à fleur de peau, et ce livre en restitue admirablement les éclats comme les failles.

Méto explore un autre registre. Yves Grevet, Lylian et Nesmo y interrogent le contrôle, la surveillance et l’enfermement. Dans une maison régie par des règles strictes et des châtiments opaques, un groupe d’adolescents tente de comprendre les lois qui conditionnent le système qui les accable. L’album, aux allures de parabole politique, pose des questions fondamentales : qu’est-ce qu’un individu libre ? Quelle marge de manœuvre avons-nous dans une société normée ? Un récit initiatique teinté d’urgence. 

D’urgence, il est également question dans Fukushima : Chronique d’un accident sans fin, de Bertrand Galic, Roger Vidal, Pierre Fetet. Peut-être le récit le plus « nécessaire » du lot. Cette immersion dans les entrailles de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, durant les cinq jours suivant le séisme de 2011, est un modèle de bande dessinée documentaire. Au fil des planches dominées par le gris et le bleu, on suit des hommes seuls face à l’aveuglement d’une hiérarchie, la défaillance politique et la brutalité du réel. Galic et Vidal mettent des visages sur l’impensable et restituent, sans pathos, la dignité tragique de ceux que l’on oublie vite dans les bilans officiels.

Christophe Chabouté y va également de son titre, avec Terre-Neuvas. Un noir et blanc hypnotique nous embarque sur la Marie-Jeanne, dans les ténèbres de l’océan et de l’âme humaine. L’album mêle chronique sociale et suspense poisseux : un huis clos marin hanté par un assassin, mais aussi par la dureté du quotidien, le poids du silence et la fatalité. Récit initiatique, hommage aux oubliés de la mer, thriller existentiel : c’est tout cela à la fois.

Avec Une Histoire Corse, Glen Chapron et Sarah Murat retracent le parcours d’une jeune femme revenue sur les terres de ses ancêtres. Ce roman graphique, articulé autour de deux parties distinctes (famille-mémoire, mafia-tragédie), interroge l’omerta, la mémoire familiale et le rôle des femmes face à la violence des hommes. La narration joue subtilement du va-et-vient entre passé et présent, porté par un dessin qui conjugue précision et suggestion, couleurs vives et teintes sépia. Si le récit peut parfois flirter avec les stéréotypes insulaires, sa force réside dans sa dimension féminine et sa capacité à faire émerger une parole longtemps étouffée.

Sang de Sein, de Patrick Weber et Nicoby, complète un ensemble de très bonne facture. La fiction et la réalité se mélangent dans l’ombre d’un écrivain à succès. Haletant, choral, parfaitement mené, le récit ne ménage pas les surprises et les rebondissements. 

Plus qu’un catalogue, une vision

On  peut donc voir l’articulation habile entre diversité formelle (du thriller à la biographie, du documentaire à la fiction sociale) et cohérence thématique. Tous ces titres explorent des zones de fracture : trauma individuel (Le Patient), trauma collectif (Fukushima), injustice sociale (Terre-Neuvas), enfermement symbolique (Méto), quête identitaire (Une Histoire Corse), mythe personnel (Dewaere). Chaque livre est une tentative de compréhension du réel, à travers des récits incarnés, exigeants, mais accessibles.

La collection assume aussi un engagement éditorial fort : donner à lire, mais surtout donner à penser. À rebours des BD de pur divertissement, les Glénat BD poches misent sur la résonance émotionnelle, l’intelligence narrative et la portée critique. Des albums qui interrogent, qui bousculent, qui exposent le lecteur à des points de vue souvent complexes et nuancés.

« Glénat BD poches » s’apparente finalement à une collection modeste dans son format mais ambitieuse dans sa portée. Elle offre une porte d’entrée idéale pour explorer les richesses de la bande dessinée actuelle. Et surtout : sept excellentes raisons de lire.