Atlas des Gestes Instables, Volume 2 : Les 12 Gestes Instables – Cartographie des Fragilités, Ruptures et Dissolutions
Accueil Cinéma Critiques films Rémy Fiers·22 juin 2025·4 min de lecture·1Materialists : l’amour contemporain disséqué en mode chic PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Rémy Fiers Sous ses abords de comédie romantique hollywoodienne avec triangle amoureux, Materialists pourrait sembler prévisible et académique. Mais ce serait oublier que c’est Celine Song à l’écriture et la mise en scène, la cinéaste révélée par le magnifique Past Lives. On est finalement face à un film certes un peu romantique mais bien plus dramatique et doux-amer, qui décortique avec beaucoup de justesse les rapports amoureux contemporains. C’est enveloppé dans un mille-feuilles d’images à la fois chic et élégant. Et c’est surtout dialogué à la perfection, les paroles constituant le noyau dur et émotif d’un film étonnant, beau et d’une finesse rare. Pour ne rien gâcher, le trio d’acteurs qui mène la danse est impeccable, tout comme la musique. Second essai, second coup de maître ! Synopsis : Une jeune et ambitieuse matchmakeuse new-yorkaise se retrouve dans un triangle amoureux complexe, tiraillée entre le match parfait et son ex tout sauf idéal. Si on sait peu de choses concernant Materialists avant de rentrer dans la salle, on se dit que le film se positionne comme la comédie romantique hollywoodienne de l’été. Banale, prévisible et formatée mais qui peut être tout à fait charmante si on est client. Le résumé en forme de triangle amoureux, l’affiche très conforme à ce genre codifié entre tous, le casting ultra glamour et à la mode ou encore le contexte new-yorkais ne nous contrediront d’ailleurs pas. On pourrait donc se préparer à deux heures partagées entre les rires et une bonne dose de sentimentalisme tendance mielleuse avec en bonus le micro suspense de savoir lequel, des deux protagonistes masculins, le personnage féminin va finir par choisir. Sauf que non. Materialists est un tout petit peu ça mais il est surtout beaucoup plus. En effet, la personne qui a écrit et réalisé le long-métrage n’est autre que la géniale Celine Song qui nous avait littéralement enchantés avec son premier film, nommé aux Oscars : le magnifique et mélancolique Past Lives. Une œuvre qui touchait au sublime et qui montrait l’amour comme rarement, notamment les traces qu’il peut laisser lorsqu’il est empêché par le destin. Song passe à la vitesse supérieure ici puisqu’elle choisit de faire tourner des stars pour son second film et avec un budget bien plus important. Son art et son talent auraient pu être vidés de leur substance au sein du broyeur hollywoodien mais elle reste chez A24 qui est – avec Neon – le distributeur indépendant le plus pointu et en vue à l’heure actuelle. La cinéaste ne perd rien de ses aptitudes à parler de l’amour et des rapports amoureux dans son nouveau film et confirme ainsi tout le bien que l’on pense d’elle. Pour qu’un tel projet fonctionne, il fallait un casting au diapason. Que l’alchimie entre les comédiens passe ou que la mayonnaise prenne. On n’aurait pas forcément misé sur une telle association mais on avait tort. Dakota Johnson irradie encore une fois le film de son charme et de sa classe. Son timbre de voix si singulier et sa beauté glamour convaincront ces messieurs. Pedro Pascal, nouveau sex symbol contemporain, est d’une justesse incroyable et nous propose son premier vrai grand rôle de love interest avec brio. Il n’en fait jamais trop et sa classe naturelle fait le reste. Enfin, Chris Evans nous prouve encore qu’il sait faire autre chose que des rôles musclés dans le MCU. Et ce serait oublier qu’il nous avait déjà fendu le cœur dans le magnifique Mary. Ici, en ex fauché, il est particulièrement touchant. Les deux acteurs masculins devraient chacun dans leur genre enchanter ces dames. La grande force de Materialists réside clairement et en premier lieu dans son écriture. Song décrit l’amour comme une marchandise (étonnant prologue qui signifie beaucoup) et tisse son film autour de cela par le biais du personnage de Johnson, qui travaille dans une start-up faisant se rencontrer des célibataires. Un postulat idéal pour disséquer la manière dont on appréhende le mariage, les liaisons, le sexe, les rapports hommes-femmes et l’amour tout simplement. C’est d’une finesse et d’une acuité incroyable. Et au sein de ce script très bien pensé et écrit, les dialogues sont d’une puissance phénoménale et presque le moteur du film, comme le prouve la magistrale scène où Johnson explique à Pascal comment elle voit leur potentielle relation. Des répliques qui s’égrènent pendant deux heures en forme de caviar auditif. Un must ! Il y a peut-être quelques petites longueurs, on aurait aimé quelques touches d’humour plus présentes (le film est bien plus grave et triste que drôle), et il y a surtout un coup de mou dans la dernière ligne droite. Mais c’est tellement charmant, pertinent et agréable à écouter et regarder qu’on passe outre. Car, oui, il faut aussi préciser que la mise en scène est élégante, tirant parfaitement parti du décor citadin new-yorkais, mais aussi d’un final rural qui fait un clin d’œil au premier film de Song. La musique du film, nourrie de morceaux parfaitement choisis, est également réussie. Materialists est un excellent opus, chic dans son enveloppe et choc dans ce qu’il dit sur l’amour dans nos sociétés. Sous ses allures de film romantique, il est bien plus profond et puissant qu’il n’y paraît. On attendra donc la troisième proposition de la réalisatrice avec impatience. Bande-annonce – Materialists Fiche technique – Materialists Réalisateur : Celine Song. Scénaristes : Celine Song. Production : A24. Distribution: Sony Pictures Releasing. Interprétation : Dakota Johnson, Pedro Pascal, Chris Evans, Marin Ireland, Lindsey Broad, … Genres : Drame – Romantisme. Date de sortie : 2 juillet 2025. Durée : 1h49. Pays : USA. Note des lecteurs0 Note4
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