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Joachim Trier se frotte au genre avec Thelma

En restant dans la veine du film sombre et imprégné des fantômes du passé, le norvégien Joachim Trier s’essaye au thriller teinté d’horreur dans une version très personnelle. Verdict.

Synopsis : Thelma, une jeune et timide étudiante, vient de quitter la maison de ses très dévots parents, située sur la côte ouest de Norvège, pour aller étudier dans une université d’Oslo. Là, elle se sent irrésistiblement et secrètement attirée par la très belle Anja. Tout semble se passer plutôt bien mais elle fait un jour à la bibliothèque une crise d’épilepsie d’une violence inouïe. Peu à peu, Thelma se sent submergée par l’intensité de ses sentiments pour Anja, qu’elle n’ose avouer – pas même à elle-même – et devient la proie de crises de plus en plus fréquentes et paroxystiques. Il devient bientôt évident que ces attaques sont en réalité le symptôme de facultés surnaturelles et dangereuses. Thelma se retrouve alors confrontée à son passé, lourd des tragiques implications de ces pouvoirs…. 

Chemin de croix

Que le distributeur du film livre un synopsis d’une telle longueur est une indication quant à la nature du film : l’intrigue n’est pas le plus important, puisqu’on la dévoile beaucoup dans ledit synopsis, mais la manière de faire du réalisateur qu’on a appris à apprécier depuis le culte Oslo, 31 Août

Et pourtant, le film commence par une très belle séquence enveloppée d’un mystère prometteur. Un homme et sa fillette partent à la chasse en traversant un lac gelé sous la surface duquel circulent des poissons. Une très belle scène qui débouche sur une autre bien plus inquiétante lorsque l’homme détourne son fusil de la biche qu’il était en train de viser pour le pointer vers la petite fille.

thelma-2017-film-Eili-Harboe-Okay-Kaya-critique-cinemaCette ambiance de mystère est cependant assez vite mise de côté, car Joachim Trier revient vers une réalité plus terre-à-terre où Thelma (Eili Harboe), la fille de Trond (Henrik Rafaelsen), l’homme au fusil, est à l’université pour la première fois, très réservée et très timide, rencontrant peu, voire pas d’amis le jour et, le soir, racontant par le menu sa journée assez vide à ses parents. La famille est ultra-chrétienne et Thelma semble traverser sa vie sans aucun élan ni aucune passion, entre les prières et l’obéissance filiale. Très vite pourtant, sa vie change. Elle rencontre la belle Anja (Okay Kaya), dont la présence l’hypnotise et lui provoque des crises semblables à l’épilepsie. Thelma est en proie à un désir violent et interdit pour Anja. Anja quitte son petit copain, et semble happée par le même désir. A moins que…

Le spectateur est emmené vers un univers métaphorique au centre duquel se dressent, telles des bûches, tous les refoulements possibles et imaginables d’une Thelma conditionnée par des parents qui appliquent à la lettre les paroles de leur bible. Quand on découvre que les crises ne sont pas épileptiques et qu’en plus elles déclenchent des « facultés surnaturelles et dangereuses » chez Thelma (dixit le synopsis) on se dit qu’à nouveau le réalisateur n’a pas les mots pour décrire l’indicible, pour décrire ce que la jeune femme semble vivre : hier quand elle était une petite fille inquiétée et inquiétante, aujourd’hui comme jeune adulte torturée percluse de traumatismes, ce contre quoi elle se bat de manière littéralement surhumaine.  Il n’avait pas non plus les mots pour exprimer la souffrance du taiseux Anders (Anders Danielsen Lie) dans Oslo 31 Août, recroquevillé dans un mutisme fatal, ni le désarroi de cette famille que le personnage d’Isabelle Huppert a laissée endeuillée. Joachim Trier aime les personnages sobres en surface, scandinaves au fond, mais bâillonnés par la mort jusqu’à l’obsession.

thelma-joachim-trier-film-critique-eili-harboe-hospitTous les personnages du film présentent d’ailleurs cette façade de glace nordique, impassible, illisible. Les voix ne sont que murmures, et tout est incroyablement effacé, de manière presque fascinante, sauf bien sûr les fantaisies de Thelma à propos d’Anja, enveloppées là d’une couleur chaude et d’une musique caressante.

thelma-2017-film-incendie-lac-critique-cinema-reviewLe film est un maëlstrom de genres. Le genre initiatique tout d’abord pour cette jeune fille qui expérimente la première gorgée d’alcool, la première bouffée de cigarette et surtout ses premiers émois sexuels à l’université. Loin de ses parents castrateurs d’ego, Thelma s’essaie à l’interdit. Le genre onirique ensuite qui met en scène des serpents malfaisants et des oiseaux de mauvais augure dans les rêves de Thelma, des symboles pseudo-mystiques tout en étant hyper-sexualisés. Mais surtout le cinéaste invente un film d’horreur très low key et sans beaucoup de budget, où des disparitions de personnes se règlent à coups de champ/contrechamp et où l’ennemi prend bêtement feu au milieu d’un lac, sans aucune esbroufe. C’est ce mélange, plutôt bien mis en scène et joliment filmé, qui fait la réussite de Thelma, un métrage viscéralement mélancolique et dont le côté un peu programmatique de la réalisation très léchée ne nuit pas à son attrait. Joachim Trier et son co-scénariste Eksil Vogt (Blind) ont trouvé le bon dosage pour leur cinéma très particulier, infiniment triste sans être plombant et dont la beauté nous reste longtemps après. Le sourire et la scène de la fin ont beau faire une référence appuyée à certains films de Brian de Palma, Thelma n’en reste pas moins un film très personnel et Joachim Trier s’impose comme un cinéaste singulier qu’on espère pouvoir suivre encore longtemps.

Thelma : Bande-annonce  

Thelma : Fiche technique

Titre original : Thelma
Réalisateur : Joachim Trier
Scénario : Joachim Trier, Eksil Vogt
Interprétation : Eili Harboe (Thelma), Okay Kaya (Anja), Henrik Rafaelsen (Trond), Ellen Dorrit Petersen (Unni), Grethe Eltervåg (Thelma à 6 ans), Vanessa (Vilde la mère de Anja)
Musique : Ola Fløttum
Photographie : Jakob Ihre
Montage : Olivier Bugge Coutté
Producteurs : Thomas Robsahm, Coproducteurs : Eksil Vogt, Stephan Apelgren, Tomas Eskilsson, Fredrik Heinig, Eva Jakobsen, Mikkel Jersin, Jean Labadie, Mattias Nohrborg, Thomas Pibarot, Katrin Pors
Maisons de production : ProductionMotlys, Eurimages (Fonds du Conseil de l’Europe), Film i Väst, Le Pacte, Snowglobe Films
Distribution (France) : Le Pacte
Budget : NOK 47 500 000
Durée : 116 min.
Genre : Drame, Science-fiction
Date de sortie : 22 Novembre 2017

Norvège, France, Danemark, Suède – 2017

Marvin ou la belle éducation : un film d’émancipation

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Le nouveau long-métrage d’Anne Fontaine, Marvin ou la belle éducation, divise les téléspectateurs. S’agit-il d’un film moralisateur à l’égard d’une classe sociale défavorisée ou bien simplement d’une œuvre pleine de cœur?

Synopsis: l’histoire de Marvin Bijoux et sa volonté de quitter son petit village des Vosges ainsi que sa famille dysfonctionnelle. Fuir l’intolérance et le rejet dont il est victime, lui qui est « différent ».  Plus tard, devenu Martin Clément, il décide de créer sa propre pièce de théâtre racontant son histoire.

Précédemment annoncé comme l’adaptation du roman d’Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, le long-métrage d’Anne Fontaine ne s’inspire en vérité que partiellement de cette histoire, le statut d’adaptation propre ayant été retiré du générique. Cela  dit, les deux histoires sont tout de même similaires.

Une sensation d’étouffement

Le cadre est très serré, tant pour montrer l’étau dans lequel est pris le jeune Marvin, collégien, que pour faire partager son ressenti intérieur. Lui qui rêve de s’en aller, de se laisser aller à être comme il est au fond de lui, homosexuel. Mais dans son village, les habitants sont du genre à taguer sur les abribus des insultes aux « pédés ». Alors il voudrait trouver du réconfort auprès de sa famille, mais on ne l’accepte pas non plus. Constamment pris entre son intériorité et la vérité à laquelle il est confronté, il est également victime du rejet de son grand-frère violent, de son père au chômage et sa mère qui a du mal à joindre les deux bouts. Au collège, il n’a pas d’amis et est la tête de turc d’une bande de gamins qui, eux, savent ce qu’il a en lui. Alors comment s’épanouir dans de telles conditions? Quand la violence des autres fait taire ce que l’on a en soi?

Anne Fontaine n’hésite pas à nous confronter à des images crues pour montrer qu’une telle réalité existe. Elle appuie d’autant plus la souffrance et le questionnement intérieur de Marvin en confrontant le spectateur à des dialogues simples mais vraisemblables et parfois incompréhensibles. Toutefois, le film n’échappe pas à quelques clichés, celui de la famille campagnarde arriérée par exemple. L’on pourrait s’interroger sur la qualité d’écriture du film, qui présente un Marvin adulte, devenu Martin qui ne semble pas épanoui par sa liberté pourtant retrouvée. Le film montre le cheminement intérieur complexe de l’enfant qui grandit et ne s’accepte pas pour autant. Sans doute brisé par ce qu’il a vécu. L’histoire ne se fait pas moralisatrice : la caméra de la réalisatrice choisit de nous montrer les personnages tels qu’ils sont, sans jugement de valeur. C’est au spectateur de se faire sa propre idée.

Un rêve d’émancipation

C’est au travers d’autres personnages que Marvin ou Martin va trouver son salut. Tout d’abord, par hasard, grâce à la directrice de son collège qui lui présente des cours de théâtre. Ou bien plus tard, quand il  commence enfin à accepter son homosexualité, à travers le personnage d’Abel Pinto, joué par Vincent Macaigne, toujours très juste. La réalisatrice décide de nous livrer avec cette œuvre une histoire d’émancipation, dans laquelle le personnage essaie de s’extirper de sa condition sociale défavorisée jusqu’à arriver dans les hautes sphères de la société. Mais il n’en est pas heureux pour autant. Lui qui vient de la campagne ne se trouve pourtant pas à sa place au sein des classes aisées.

Trois scènes particulièrement fortes retiennent notre intention: celle où le collégien attend que le train le percute mais qui le rate, montrant sa détresse intérieure, et filmée avec brio de dos par Anne Fontaine. Celle où Martin adulte arrive finalement à trouver un modèle auquel se rattacher, lors de sa première rencontre avec Abel. Et enfin, la dernière scène, celle du spectacle avec la magnifique Isabelle Huppert, où la caméra demeure en retrait. La réalisation choisit de se trouver au plus près des personnages, avec des couleurs parfois ternes (dans la maison familiale) ce qui rappelle également de, par son cadre, le film de Xavier Dolan, Mommy.

D’ailleurs les acteurs sont tous  justes et pertinents dans leurs rôles. A commencer par le jeune Jules Porier dont le regard voilé tout au long du film reste saisissant. L’interprète de Marvin (Finnegan Oldfield), devenu Martin une fois adulte confirme quant à lui son talent. Les autres acteurs, livrent aussi une performance correcte (Catherine Salée dans le rôle de la mère dépassée, Grégory Gadebois dans le rôle du père…), seul le personnage de Charles Berling est peut-être un peu caricatural, en tant qu’homme d’affaires aux nombreuses liaisons.

Le bémol du long-métrage est cependant d’être un peu trop long, et comme il est assez éprouvant aussi bien au niveau sensationnel qu’émotionnel, il peut paraître trop étouffant. Ceci  prouve aussi sa valeur car il ne laisse pas indifférent.

Marvin ou la belle éducation, donc, livre une histoire intéressante, sous le prisme du parcours atypique d’un personnage désireux de s’extirper de sa condition première. Et on n’en ressort pas indemne.

Marvin ou la belle éducation : Bande-Annonce

Marvin ou la belle éducation : Fiche Technique

Titre : Marvin ou la belle éducation
Réalisation : Anne Fontaine
Scénario : Anne Fontaine et Pierre Trividic
Interprétation : Jules Porier, Finnigan Oldfield, Vincent Macaigne, Grégory Gadebois, Catherine Salée, Catherine Mouchet, Charles Berling…
Photographie : Yves Angelo
Décors : Emmanuel de Chauvigny
Costumes : Elise Ancion
Produteurs : Philippe Carcassonne, Jeans-Louis Livi, Pierre-Alexandre Schwab, Christophe Spadone, Stéphane Célérier, Valérie Garcia (Coproducteurs)
Sociétés de Production : Ciné@, P.A.S Productions, F comme Film
Distributeur : Mars Films
Durée : 113 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 22 novembre 2017

France – 2017

Le Brio : une joute verbale filmée par Yvan Attal

Le Brio est le 7e film d’Yvan Attal en tant que réalisateur et son 1er sans Yvan Attal comme acteur. C’est une histoire de contraires qui s’attirent et finissent par adorer se détester. Rien de bien nouveau sous le soleil du cinéma français, mais de quoi passer un moment plutôt agréable à rêver d’ascension sociale et de cynique au grand cœur.

Salaud, on t’aime

Cette semaine chez CineseriesMag, on a décidé de faire un jeu. Le principe est de changer nos habitudes. Les films ont donc été attribués « au hasard » à une plume et si possible en éloignant chaque critique de son univers habituel. En quelque sorte, nous avons décidé que le film ne fait pas le critique. Et c’est aussi un peu, tiens tiens, le sujet du dernier film en date d’Yvan Attal, Le Brio. Dans le film, Neïla se demande si l’habit fait ou non le moine au cours d’un des tours du concours d’éloquence auquel elle est inscrite pour sa « fac de fachos » (en apparence), Assas. Le jeu du film, est de tenter de déconstruire les clichés. Comment ? A coup de mots, et d’une petite dose (mais quand même!) de bons sentiments. Si le film donc ne fait pas le critique, et que le cinéphile peut tout autant s’extasier avec Justice League, Faute d’amour ou encore Jalouse pour prétendre aimer le cinéma, le critique peut-il faire le film ? Non, nous ne tentons pas de raviver ici la vieille polémique sur le critique aigri car il n’a pas pu faire de film/ou autre oeuvre d’art et passe donc sa vie à critiquer (le terme est ici forcément négatif et sans nuance) l’œuvre d’un autre (et le plus souvent s’il vous plait, un génie incompris). Ici, nous nous demandons plutôt si le critique peut faire la réputation du film. Là encore Le Brio se prête assez facilement à la réponse, ou du moins au questionnement, puisqu’il est partout (sans chercher à parodier le titre du précédent film d’Yvan Attal). Oui, littéralement partout dans la presse télévisuelle et écrite, mais aussi à la radio à tel point que l’on peut finir par croire qu’un seul film seulement sort cette semaine au cinéma. Il ne sera donc pas ici question de vous convaincre ou non que Le Brio est un bon film, qui peut-être remplit bien son contrat et vaudrait alors le déplacement dans une salle obscure.

Quand l’élève dépasse le maître

Un contrat rempli d’abord en apparence grâce à celle que la presse qualifie d’ores et déjà de « révélation » (mais la semaine dernière c’était la Maryline de Galienne interprétée par Adeline d’Hermy), Camelia Jordana. La jeune actrice de 25 ans fait bien le job, sans surprise cependant, devenant peu à peu au cours du film, un peu comme son personnage, plus sûre d’elle, plus sereine. Elle parvient à bien parler et à faire passer des émotions. A ses côtés se trouve la parfaite antinomie en la personne de Daniel Auteuil qui, n’ayant plus rien à prouver à personne, se contente de faire ce qu’on attend de lui, à savoir jouer le salaud, mais au cœur tendre. Bref, Daniel Auteuil est le paradoxe du film, la figure forte, soit le prof d’Assas provocateur Pierre Mazard, qui se fait dépasser par son élève, la lumineuse et banlieusarde Neïla Salah. Le tout est saupoudré d’une rencontre houleuse et pour le moins fracassante qui laissera place à une belle amitié. Nous ne sommes pas là face à une « bataille des sexes », comme celle qui se joue dans le film de Jonathan Dayton et Valerie Faris, mais plutôt à une lutte des classes où il s’agit de se détacher de son passé pour de se donner un avenir. Coïncidence ou non, la même semaine Marvin (ou la belle éducation, le sous-titre a de l’importance) se bat lui aussi pour s’extirper de son milieu d’origine. Il est le petit frère de cinéma du personnage aussi fictif que réel qu’Edouard Louis a dépeint, se dépeignant ainsi lui-même, dans En finir avec Eddy Bellegueule, faisant naître la polémique sur le dédain avec lequel il traitait sa famille dans ses pages. Pour en revenir au Brio, c’est aussi en quelque sorte « l’amende honorable » (comme Neïla l’est et ne veut pas l’être pour Pierre) d’Yvan Attal qui se relève un peu de l’échec critique que fût Ils sont partout. Pour cela, il vante des valeurs aussi simples que le pouvoir des mots, la force de l’éducation. Et son film s’ouvre sur des mots justement prononcés par des figures majeures qui s’opposent à la paresse, à leur époque (et si c’était elle qui avait tort?), et qui disent que ce sont les mots qui font l’idée et pas le contraire. Cette dernière formulation, on la tient d’une apparition furtive de Gainsbourg dans Le Brio, non pas celle qu’on attend, mais plutôt son père, oui le père de la femme d’Yvan Attal qui est une actrice. Serge nous prouve donc dans une image d’archive, la force du mot qui va véhiculer l’idée. Au final, Le Brio vaudra quelques mauvais jeux de mots aux critiques sur sa mise en scène réalisée « avec brio ». Ici, on est plus nuancés sur cette mise en scène :  il y a quelques belles idées, notamment dans le métro, sinon c’est l’opposition classique entre le vieux solitaire qui mange seul et la jeune fille aimée qui s’amuse avec ses amis. Puis il y a les scènes de « foule » où Neïla fait entendre sa voix, promet de dire la vérité, même si celle-ci n’existe finalement que le temps qu’elle parle. Au final, Le Brio est ivre de mots, tente sans cesse de faire évoluer ses personnages, de les sortir des sentiers battus, quitte à forcer le trait. Pierre est ainsi dans les mots de Neïla un cynique qui a trop de mots, de passions. Le Brio lui aussi est un produit un peu trop beau, un poil trop calibré pour nous convaincre complètement.

Le Brio : Bande annonce

Le brio : Fiche technique

Réalisateur : Yvan Attal
Scénario : Yaël Langmann, Victor Saint Macary, Yvan Attal
Photographie : Remy Chevrin
Montage : Cécile Lafite-Dupont
Sociétés de production : Chapter 2, Moonshaker, Pathé Production, France 2 Cinema, CN6 Productions
Distributeur : Pathé Distribution
Genre : Comédie
Durée : 95 minutes
Date de sortie : 22 novembre 2017

France – 2017

La Lune de Jupiter, beaucoup d’acrobaties pour pas grand chose

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Avec La Lune de Jupiter, le réalisateur hongrois Kornél Mundruczó réutilise la recette qui avait marché avec son précédent film White God, à savoir mélanger un récit réaliste et social avec une dimension fantastique. Un exercice pour lequel le cinéaste préfère s’attarder sur la forme plutôt que le fond.

Depuis quelques années, le formaliste Kornél Mundruczó devient petit à petit une coqueluche des festivals internationaux. Ayant marqué les esprits avec White God en 2014 qui faisait miroiter les maux de la société au travers des yeux d’un chien, il était reparti de Cannes avec le prix de la sélection un Certain Regard et du Festival Européen du film Fantastique de Strasbourg avec l’Octopus d’or. Rebelote 3 ans après, avec La Lune de Jupiter le voilà en compétition officielle à Cannes, en compétition au FEFFS et à l’Étrange Festival d’où il repartira avec le Grand Prix. Une nouvelle fois, le cinéaste hongrois va utiliser le cinéma de genre afin de faire passer un message sociétal. Comme le titre l’indique, c’est l’Europe qui sera cette-fois ci prise pour cible par Mundruczó. En effet, Europe est l’un des 69 satellites (ou lunes) de la gigantesque planète Jupiter. S’intéressant à la crise migratoire qui secoue le continent depuis quelques années, Mundruczó  va conter le destin d’un jeune immigrant qui se retrouve, après s’être fait tirer dessus, avec la faculté de léviter.

la-lune-de-jupiter-merab-ninidzeDès le départ, Mundruczó plante le contexte particulièrement dur dans lequel va se dérouler son histoire. L’ouverture du film est certainement la séquence la plus réussie, et la plus impressionnante du film. Nous suivons un groupe de migrants à leur arrivée en Hongrie qui commence à se faire prendre en chasse par les autorités. Ce long plan-séquence résume à lui tout seul la situation actuelle que l’on retrouve en Europe, et la difficile condition de migrants. L’un d’eux, le jeune Aryan, se fait tirer dessus et se découvre la capacité de léviter. La mise en scène de Mundruczó  va alors s’envoler en compagnie du jeune homme afin d’en mettre plein les yeux aux spectateurs, incorporant avec aisance son imagerie fantastique dans un récit des plus réalistes. Malheureusement malgré ce départ saisissant, le reste de l’affaire ne sera pas aussi reluisant. En effet, Mundruczó  va accumuler de nombreux faux pas et cela va clairement atténuer le message de son entreprise.

Ce genre de projet est assez casse-gueule, et l’on peut très vite tomber dans du misérabilisme ou du manichéisme. Après que le pouvoir particulier de Aryan ait été découvert par le docteur Stern, celui-ci va alors transformer son patient en véritable bête de foire, le faisant exécuter ses tours mirobolants devant la petite bourgeoisie. À côté de cela, un inspecteur de la police se met en chasse de Aryan, le pensant relié à une série d’attentats qui ont été commis. Rien qu’à lire ces petites descriptions de l’histoire, on voit les facilités dans lesquelles va tomber Mundruczó. Si la façon dont Stern utilise Aryan arrive à mettre en avant un certain égoïsme et opportunisme de la société européenne (même si ironiquement, c’est un peu ce que fait Mundruczó lui-même), le manichéisme à peine dilué du film rend le tout assez lourd. Hormis le personnage de Stern, qui semble être un bienfaiteur mais qui ne manque pas de se faire un peu d’oseille sur le dos du pauvre Aryan, le reste des personnages manque clairement de nuance. Entre l’inspecteur très méchant qui pense que tous les migrants sont des terroristes et le jeune migrant innocent qui n’a rien demandé à personne et qui se fait mener en bateau, Mundruczó n’a pas cherché très longtemps à développer ses personnages. Cette subtilité inexistante amoindrit clairement le message du film, d’autant plus que Mundruczó  y incorpore une dimension christique qui semble être la seule issue pour le migrant.

la-lune-de-jupiter-film-zsombor-jeger-critique-cinema-movie-2017-jupiters-moonMalgré tout cela, La Lune de Jupiter est loin d’être un film honteux. S’il pêche sur le fond, il peut se rattraper au niveau de la forme. Mundruczó avait déjà démontré dans ses précédentes œuvres tout l’intérêt qu’il portait à la mise en scène et ici il va s’en donner à cœur joie. Outre le plan séquence d’ouverture déjà évoqué, ce sont bien évidemment toutes ces séquences de lévitation qui marqueront les esprits. Avec sa caméra qui s’envole, qui tourne sur son axe, qui se retrouve à l’envers, Mundruczó multiplie les acrobaties. Le cinéaste hongrois en fait peut-être même un peu trop, quitte à se regarder filmer et préférant enchaîner les tours de forces formels plutôt que d’approfondir son récit. Plutôt amusant d’ailleurs de voir la facilité avec laquelle Mundruczó arrive à enchaîner les plans ahurissants, mais galère à synchroniser le doublage de Merab Ninidze, au point de se demander parfois s’il ne s’agit pas d’une voix off qui  parle pour le docteur Stern.

Bilan mitigé donc pour La Lune de Jupiter qui n’arrive pas à transcender son sujet en or, Mundruczó accumulant les démonstrations techniques plutôt que d’offrir une véritable densité à son histoire. Reste que les fameuses séquences de lévitations s’imprimeront sur la rétine du spectateur à défaut de retenir quelque chose d’autre.

La Lune de Jupiter – Bande-Annonce

La Lune de Jupiter – Fiche Technique

Réalisateur : Kornél Mundruczó
Avec Merab Ninidze, Zsombor Jéger, György Cserhalmi, Monika Balsai
Scénariste : Kornél Mundruczó  et Kata Weber
Compositeur : Jed Kurzel
Directeur de la photographie : Marcell Rév
Monteur : David Jancso
Genres : Drame, Fantastique
Date de sortie : 22 novembre 2017
Durée : 2h 03 min

Hongrie – 2017

The Girl With All The Gifts se retient de dévorer l’humanité en Blu-ray

Ce 8 novembre est sorti en DVD et Blu-ray The Girl With All The Gifts. Avec au casting Paddy Considine, Glenn Close et Gemma Arterton, le film post-apocalyptique britannique conte le parcours d’une jeune fille qui serait l’antidote d’un virus ayant infecté et transformé la majeure partie de la population mondiale en affamés de viande humaine. Retour sur le long métrage efficace mais sans réelle surprise de Colm McCarthy.

Synopsis : Au fin fond de la campagne anglaise, une base militaire héberge et retient prisonniers un groupe d’enfants peu ordinaires qui, malgré le fait d’avoir été infectés par un agent pathogène « zombie » qui a décimé la planète, demeurent capables de penser et de ressentir des émotions. Lorsque la base est attaquée, Melanie, qui semble être la plus surdouée d’entre eux, réussit à s’échapper en compagnie de son professeur, de deux soldats et d’une biologiste qui ne voit en elle qu’un cobaye indispensable à la découverte d’un vaccin. Dans une Angleterre dévastée, Melanie doit découvrir qui elle est vraiment et décider ainsi de son propre sort comme celui de l’humanité toute entière.

The Last of Us

Le visionnage du film réveillera les souvenirs de quelques joueurs de PlayStation 3 et 4, précisement ceux liés à The Last of Us, développé par Naughty Dog et sorti 2013. Dans le jeu vidéo, Joel, un survivant de la pandémie qui a ravagé l’humanité, va être chargé du bien être d’Ellie, une jeune fille mordue par un infecté mais qui ne s’est pas transformée. La jeune fille représente ainsi l’espoir d’un traitement pour le genre humain, et elle devra être amenée dans un hôpital de résistants à Salt Lake City. Après un long périple, la vie d’Ellie est menacée par ces mêmes résistants qui veulent déloger le champignon mutant qui se trouve dans son cerveau afin de (tenter de) créer un vaccin contre l’infection… Nous n’irons pas plus loin dans le dévoilement de ce récit qui a plus qu’inspiré The Girl With All The Gifts. Notons que cette histoire vidéoludique a emprunté à un grand nombre de récits, de Je suis une Légende de Matheson au filmique Le Fils de l’Homme en passant bien sûr par l’œuvre riche de George A. Romero.

Le film de Colm McCarthy a même repris la forme d’infection fongique du jeu. Ainsi, les individus touchés sont contaminés via une morsure et des spores par une forme de champignon grandissant à l’intérieur d’eux. Le mal neutralise la volonté des individus qui n’ont plus pour seul objectif que de propager le virus. Spores, infectés ayant du mordant, virus végétal dominant les corps (sans aller jusqu’au claqueur, zombie au visage modifié par le virus), le long métrage britannique s’avère être une adaptation libre, inconsciente ou non, de The Last of Us. Le réalisateur n’aurait pas été inspiré par l’œuvre, et pourtant, force est de dire à quel point son film semble avoir été touché sur son récit et son travail visuel. Néanmoins, n’oublions pas que le long métrage est une adaptation du roman éponyme de Mike Carey qui a aussi signé le scénario mis en scène par McCarthy. Il serait ainsi intéressant de creuser la question des influences du côté de l’auteur.

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La petite troupe avance dans un paysage urbain post-apocalyptique verdoyant mais dangereux.

The Girl With All The Gifts, sans surprise mais efficace

Ainsi, sans être d’une grande originalité, The Girl With All The Gifts possède néanmoins un récit qui a fait ses preuves. De ses visions post-apocalyptiques à ses combats face aux zombies en passant par les séquences plus poétiques liées à Melanie, le long métrage efficace et excellemment produit de Colm McCarthy réussit tout de même à surprendre avec sa fin. S’il est enfin très bien servi par son casting, on regrettera toutefois Gemma Arterton et son faciès en trois pauses : sourire, mélancolie, angoisse. L’actrice tend de plus en plus à cristalliser son jeu en un nombre limité de jeux d’émotions.

Bande-Annonce – The Girl With All The Gifts

https://www.youtube.com/watch?v=O2Ya9S0CwUo&feature=youtu.be

The Girl With All The Gifts

Titre français : The Last Girl – Celle qui avait tous les dons

Sortie en DVD & Blu-ray chez Universal le 2 novembre 2017

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CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Image : Universal Pictures VideoPAL 625 50Hz 2.00:1 – 16/9 Widescreen / Durée : 1h46 – Audio : Anglais et Français Dolby Digital 5.1 – Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Français, Bulgare, et Néerlandais

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Image : Universal Pictures Video  – 1080/23.98PsF 2.00:1 – 16/9 Widescreen / Durée : 1h51 – Audio : Anglais, Portugais, Français et Espagnol DTS-HD Master Audio 5.1 – Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Portugais, Bulgare, Néerlandais, Français et Espagnol

Ghost Dog 2 : L’artiste RZA du Wu-Tang Clan prépare une suite du film culte

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Alors que le Wu-Tang Clan vient de dévoiler un tout nouvel album (The Saga continues), le 13 octobre dernier, l’un des membres les plus influents du groupe, l’artiste RZA, vient de communiquer une information qui va ravir les cinéphiles et les mordus de la filmographie de Jim Jarmusch.

Une suite de l’ovni cinématographique de Jim Jarmusch, Ghost Dog, pourrait bel et bien voir le jour dans les années à venir. Le rappeur RZA vient en effet de révéler qu’il travaillait actuellement au développement d’un nouveau projet dans l’univers de ce film culte avec Forest Whitaker et Isaak de Bankolé. RZA faisait d’ailleurs un caméo dans Ghost Dog. L’artiste avait également signé la bande originale magistrale du long-métrage. Ghost Dog mélangeait habilement les codes des films de mafieux, de la blaxploitation avec la culture asiatique, chère aux membres du Wu-Tang Clan. De très nombreux extraits du Hagakure, La Voie des samouraïs sont lus et distillés tout au long du long métrage. Jim Jarmusch et RZA ont également travaillé ensemble dans le cadre d’une séquence du film à sketches Coffee and Cigarettes, aux côtés de Bill Murray et GZA !

RZA serait donc actuellement en contact avec Jim Jarmusch et Forest Whitaker pour ce nouveau projet Ghost Dog. Cette informaton a été dévoilée au grand jour dans le cadre d’un entretien vidéo avec la rédaction de Télérama.

Je vais vous dire quelque chose de cool à propos de Ghost Dog. Jim Jarmusch, mon bon pote, et Forest Whitaker, ont tous deux signé avec moi et un autre écrivain nommé Dallas Jackson pour produire un autre Ghost Dog. Et nous avons déjà quelque chose d’écrit. Donc peut-être que Ghost Dog va faire son retour sur grand ou petit-écran.

Ce projet, actuellement en développement, pourrait donc déboucher sur un nouveau film ou une série télévisée. Un défi de taille attend néanmoins les scénaristes au regard du final du film de Jim Jarmusch ! Reste à espérer que les comédiens Isaac de Bankolé (l’inoubliable vendeur de glaces) et Camille Winbush (la petite Pearline) participent également à ce grand retour !

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La saison 3 de Gomorra dynamite les audiences en Italie

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En Italie, les nouveaux épisodes de la saison 3 de Gomorra, diffusés dans la soirée du vendredi 17 novembre, ont provoqué un véritable séisme dans les courbes d’audience. Le programme était très attendu après le final à couper le souffle de la saison 2.

Les nouveaux épisodes de Gomorra viennent donc de contredire l’adage célèbre, nul n’est prophète en son pays. Cette série italienne a révolutionné les codes des séries policières et est devenue rapidement culte à travers la planète. Gomorra permet notamment aux spectateurs européens d’avoir un attachement plus fort à cette série qu’avec les productions Hollywoodiennes et américaines, pourtant d’excellentes qualités elles aussi, comme The Wire, Les Soprano, True Detective. Gomorra embarque le public dans les quartiers de Naples, sous l’emprise de la Camorra. La série bénéficie d’un réalisme brut, sans concession, où rien n’est épargné aux nerfs des téléspectateurs.

La série est librement inspirée de l’enquête du journaliste Roberto Saviano, qui vit désormais sous protection policière suite aux menaces de mort des sicaires de la Camorra. Des pans entiers de l’ouvrage, des paroles, des témoignages et la mécanique implacable de l’organisation mafieuse (notamment la gestion des places de deals) sont transposés et mis en scène de manière magistrale dans ce programme télévisé. Roberto Saviano a d’ailleurs participé à la création et à l’écriture de la série comme ce fut le cas pour le film coup de poing de Matteo Garrone.

Les deux premiers épisodes de la saison 3 de Gomorra viennent donc de connaître des audiences historiques en Italie sur la chaîne Sky Atlantic. Selon des informations du Hollywood Reporter, plus d’un million de téléspectateurs italiens ont pu suivre la suite de la guerre fratricide entre Genny Savastano et Ciro Di Marzio.  Ce retour de la saison 3 de Gomorra a réuni deux fois plus de téléspectateurs que la saison 7 de Game of Thrones sur le territoire italien. Les chiffres de la soirée de vendredi rivaliseraient même avec les audiences de la dernière finale de la Ligue des champions entre la Juventus Turin et le Real Madrid ! Les deux nouveaux épisodes de Gomorra ont donc réalisé le meilleur démarrage de l’histoire pour une série en Italie. 

Selon des informations de la rédaction de Booska-P, les nouveaux épisodes ont même bénéficié d’une diffusion au cinéma en Italie, le mardi 14 et le mercredi 15 novembre dernier. Les séances spéciales de la saison 3 de Gomorra se sont classées en tête du box-office italien pour la journée de mardi notamment, très loin devant Thor : Ragnarok, qui a attiré cinq fois moins de spectateurs ! D’après des chiffres communiqués par le Hollywood Reporter, l’exploitation dans les salles obscures des deux épisodes en Italie a rapporté la somme de 579 900 dollars.

ITV Studios, le grand groupe de production audiovisuelle anglais coté en Bourse, est récemment devenu majoritaire dans la société de production italienne Cattleya, à qui l’on doit Gomorra, Subura ou bien encore Romanzo Criminale. Cattleya devrait débuter en 2018 la production de ZeroZeroZero, une adaptation du livre de Roberto Saviano sur le trafic international de cocaïne. Roberto Saviano travaille également, de son côté, sur l’écriture d’une série sur le dirigeant libyen emblématique, Mouammar Kadhafi.

La saison 3 tant attendue de Gomorra devrait être diffusée en France sur Canal + au début de l’année 2018. La chaîne cryptée n’a pas encore communiqué de date officielle pour la diffusion de cette nouvelle salve d’épisodes sur ses antennes. Le cliffhanger de cette troisième saison promet encore de belles surprises, des émotions et des sensations fortes. Une quatrième saison est d’ores et déjà prévue.

Captive (Alias Grace) : un récit féministe nimbé d’un mystère hypnotique

Captive (Alias Grace), disponible sur Netflix depuis le 3 novembre dernier, est un récit biographique retraçant le procès de Grace Marks, une servante d’origine nord-irlandaise accusée d’avoir tué ses employeurs, dans le Canada patriarcal du XIXe siècle. Entre œuvre féministe et intrigue schizophrène, cette mini-série envoûte par son mystère et sa grâce.

Créée par Sarah Polley, Captive est une mini-série à la croisée des genres, entre period drama, biopic et thriller psychologique, le tout teinté d’une féminité envoûtante à mi-chemin entre la poésie d’une Jane Campion et la grâce onirique d’une Coppola. Cette chronique sociale en costume, qui met en scène la destinée tragique d’une héroïne mi-ange mi-démon, s’impose comme une œuvre féministe qui s’inscrit dans la même lignée que la Servante écarlate, jouant habilement avec la paranoïa du spectateur pour véhiculer un message choc et engagé. Une mécanique implacable d’une beauté voluptueuse.

Journal d’une femme de chambre

Adaptée d’un roman de Margaret Atwood, Captive est une série qui revient sur une histoire vraie, à savoir le procès d’une jeune servante accusée du meurtre de ses patrons, dans le Canada du XIXè siècle. La mini-série, fidèle au style littéraire de son œuvre d’origine, nous plonge dans un univers efficacement esquissé dès le départ, une époque où une Amérique encore boueuse mais pourtant perçue comme un El Dorado par plus d’un européen désœuvré, accueillait des migrants de tous bords : Irlandais, Hollandais, Allemands… On pense à Gangs Of New-York, The Immigrant, et bien d’autres films nourris du même imaginaire. Naissance d’un continent à la fois sauvage et régi par une loi patriarcale, faite par des hommes pour des hommes, conditions de vie précaires des étrangers venus chercher une vie meilleure, tant de thèmes qui ont la part belle dans Captive, qui démontre finalement que la terre de tous les espoirs peut rapidement s’avérer être un miroir aux alouettes.

Grace est une femme, soumise au bon-vouloir des hommes, aliénée par une époque où tout libre arbitre est annihilé dès l’enfance. Battue par son père, réduite en esclavage par sa propre famille, témoin d’une mère qui n’a vécu que pour exécuter les corvées des autres toute sa vie, Grace n’a aucune liberté, elle va là où on lui dit d’aller, offerte à qui voudra bien d’elle, de ses services. Employée de maison naïve, elle découvre rapidement, du haut de sa jeunesse, que les femmes, surtout lorsqu’elles sont issues des classes populaires, sont broyées par un système qui ne leur laisse aucune chance, aucun moyen d’expression, aucune occasion d’exister. Et c’est de cette oppression que Captive traite, sur bien des plans. Grace est captive de sa condition sociale, des employés pour qui elle travaille, mais aussi captive d’un exil qu’elle n’a pas choisi, captive d’une société qui la juge pour le simple fait d’être une femme. Coupable d’être, tout simplement.

Cette culpabilité jalonne tout le récit, à travers Grace mais aussi les personnages secondaires. On pense à Mary, cettealias-grace-sarah-gadon jeune femme fougueuse, déterminée et révoltée, nourrie des idéaux révolutionnaires d’un Canada en pleine mutation. Contrairement à Grace, conditionnée par la mentalité nord-irlandaise conservatrice, Mary est libre, pleine de rêves, audacieuse, moderne. Elle incarne le nouveau monde. Pourtant, preuve implacable que la femme reste la proie des hommes partout, Mary sera victime de ses espoirs et finira par mourir dans la honte, après un avortement sanglant exécuté par un boucher misogyne, drame qui se jouera dans l’indifférence. Cette indifférence qui pèse et qui opprime, Captive en fait un sujet central, puisque d’emblée, le spectateur comprend que l’héroïne souffre dans l’ignorance générale, et garde ses pensées pour elle, jusqu’à peut-être se consumer, verser dans la folie. Le silence tue. La parole condamne. Alors que faire ?

Canadian Psycho

Captive évoque également, de manière insidieuse, les armes dont peut user une femme lorsqu’elle est opprimée, jugée, observée constamment. Grace est douce, vulnérable, innocente, posée. Elle a le regard angélique, la voix mélodieuse, les gestes gracieux. Elle ne fait rien, et pourtant, elle semble accrocher les hommes dans ses filets presque malgré elle. Accusée d’avoir tué ses employés, condamnée à la prison à vie, torturée à l’asile, molestée et réduite au silence, elle n’a jamais eu l’occasion de s’exprimer, de raconter sa version des faits. Alors quand un psychologue lui donne cette chance et lui offre la possibilité de parler, Grace va tout dire : elle va s’emparer de la parole. Sage, envoûtante et hypnotique, cette femme fragile et pure, pourtant accusée d’un crime tordu, va se confier au docteur Simon Jordan, venu évaluer son degré de responsabilité, dans l’optique d’éventuellement commuer sa peine.

A partir de là, une question se pose : est-elle coupable ou accusée à tort ? Folle ou saine d’esprit ? Victime ou manipulatrice ? Ange ou démon ? C’est le trouble. Au fur et à mesure qu’elle dévoile son vécu, on s’interroge : comment a-t-elle pu rester vivante, droite et forte après avoir subi tant de maltraitances et de drames ? Comment ne pas perdre la tête face à tant de malheur, comment se relever sous le poids des conventions ? Pourtant, Grace a survécu, elle en témoigne avec un détachement étrange, elle pardonne presque. Est-elle résignée à la fatalité de son existence ? Mystère. A-t-elle tué ses employeurs ? Elle dit ne pas s’en rappeler, avoir occulté. Alors s’ouvre une autre page de Captive : celle du combat entre le conscient et l’inconscient, la nécessité de refouler pour survivre, les mécanismes alias-grace-captive-netflixpsychologiques que Grace a enclenchés pour s’en sortir. Déjà lors de la mort de Mary, elle avait quitté son corps, comme possédée par l’esprit de la défunte. Croyance spirituelle, mysticisme onirique ou simple duperie ? Difficile de discerner le vrai du faux. Car Grace sait jouer de cette vulnérabilité : elle se dérobe, s’évanouit pour se soustraire aux questions et aux souvenirs. Impossible d’obtenir la vérité. Témoignages contradictoires, phénomènes étranges : on verse dans une sorte de schizophrénie qui n’est pas sans rappeler une autre oeuvre de Mary Harron, ici aux manettes de la réalisation : American Psycho. Dans les deux cas, on flirte avec la folie, forcés de se fier au point de vue d’un personnage dont l’esprit nous joue des tours. On finit par se demander si Grace n’est pas une habile psychopathe, ou bien si elle ne souffre pas d’un curieux dédoublement de personnalité, hypothèse qui atteint son apogée lors d’une séance d’hypnose révélatrice où Grace sera remplacée par l’esprit de Mary, qui en profitera pour -enfin- libérer sa parole, au mépris du respect et des conventions.

Au final demeure l’incertitude : qui est Grace ? Question qui restera en suspens, au point d’avoir raison de la santé mentale du docteur Jordan : amoureux, envoûté et perdu, ses certitudes et ses convictions ont volé en éclat, son monde a implosé, il en devient fou. Là encore, une interrogation se profile : Grace a-t-elle eu raison de lui ? L’a-t-elle manipulé ? Est-il une autre de ses victimes ? Si le doute qui plane sur la vraie nature de l’héroïne ne sera jamais dissipé, on peut cependant supposer que la thèse centrale rejette la culpabilité sur les hommes et l’ordre patriarcal qui, à force d’opprimer les femmes, engendre des monstres. Grace est le produit de l’oppression. Sa vengeance en serait alors le fruit. Au delà d’un portrait de femme, Captive brosse surtout le portrait d’une société schizophrène.

Quand Jane Campion rencontre Sofia Coppola

Outre son propos aux multiples lectures, Captive est une série au visuel magnétique, servie par une mise en scène soignée et une image travaillée, où l’héroïne est souvent entourée d’un halo de lumière qui vient renforcer son mystère et son aura. Presque considérée comme une figure religieuse (la Bible occupe beaucoup d’importance dans le discours de Grace), la jeune servante devient une icône, un martyr. La force de sa féminité évoque les grandes œuvres de Campion et Coppola, où les femmes, toujours filmées avec grâce et légèreté, incarnent cet étrange mélange de pureté et de danger, d’innocence fragile et de poison. Un geste, un regard, une parole : tout dans ce récit rend hommage aux femmes et à la féminité, démarche renforcée par un texte joliment tourné, teinté d’onirisme et de spiritualité, avec une langue harmonieuse et poétique.

Enfin, l’interprétation parfaite de Sarah Gadon constitue le point d’orgue de Captive : avec sa voix douce et chaleureuse, son accent exotique, son charme discret, ses grands yeux bleus, son port de tête et ses gestes lents et précis, son air absent, elle achève de faire de son personnage une énigme qui s’impose comme la personnification de toutes les femmes. On notera également que les autres acteurs servent avec une grande justesse cette histoire dont l’ambiguïté nous hante longtemps après le visionnage.

Captive : Bande-annonce

Captive : Fiche technique

Titre original : Alias Grace
Créateur : Sarah Polley, d’après le roman de Margaret Atwood
Réalisatrice : Mary Harron
Casting : Sarah Gadon (Grace Marks) ; Edward Holcroft (docteur Simon Jordan) ; Rebecca Liddiard (Mary Whitney) ; Zachary Levi (Jeremiah) ; Kerr Logan (James McDermott) David Cronenberg (révérend Verrenger) ; Anna Paquin (Nancy Montgomery) ; Paul Gross (Thomas Kinnear)
Nombre d’épisodes : 6
Chaîne d’origine : CBC Television (Canada) ; Netflix (International)

Canada / USA – 2017

On Hesme Clotilde dans Diane a les épaules de Fabien Gorgeart

Premier film de Fabien Gorgeart, un jeune homme très concerné par les questions de maternité, Diane a les épaules est aussi et surtout le beau portrait d’une jeune femme moderne de son époque, prise en tenailles entre la désinvolture et la gravité, interprétée par une Clotilde Hesme très inspirée.

Synopsis : Sans hésiter, Diane a accepté de porter l’enfant de Thomas et Jacques, ses meilleurs amis. C’est dans ces circonstances, pas vraiment idéales, qu’elle tombe amoureuse de Fabrizio.

Neuf mois

Diane a les épaules. Avec ce titre qui sonne étrangement, Fabien Gorgeart annonce la couleur de son métrage : celle joliment monochrome d’un film centré fortement sur le personnage de Diane, mais également celle d’un personnage bigarré.

diane-a-les-epaules-fabien-gorgeart-film-critique-clotilde-hesme-vernisAprès le très récent Jeune Femme de Leonor Serraille, une trentenaire qui a du mal à faire son nid dans la ville de Paris, par trop de caractère affirmé, et portée par la vibrante Laetitia Dosch, voici Diane, une autre trentenaire de trempe, interprétée par la sémillante Clotilde Hesme. Ces deux films ont beaucoup en commun, jusque dans la grossesse, même si seul le film de Fabien Gorgeart prend la thématique de la GPA comme apparent fil conducteur.

Diane est un personnage moderne, délivrée de tout tabou, vivante et drôle. Elle inaugure le film à grands renforts de rires moqueurs au détriment d’un jeune Irlandais qu’elle embrasse goulûment l’instant d’après, puisqu’elle sait « separate (my) brain from (my) mouth». Tel est ce personnage : éminemment grande gueule, et terriblement attachant. Alors, quand on découvre qu’elle prête son ventre et ses gamètes à un couple d’homosexuels de ses amis, on n’est pas étonné. De même que n’est pas étonné Fabrizio, l’ouvrier qu’elle rencontre sur le chantier de la maison familiale qu’elle est en train de retaper à grands coups d’une épaule qui est pourtant très fragile.

diane-a-les-epaules-fabien-gorgeart-film-critique-clotilde-hesme-piscineLe cinéaste dont c’est ici le premier long métrage réussit cependant à contenir cette énergie en ponctuant son film de petits moments de respiration, comme si Diane à son tour avait besoin de se reposer d’elle-même. Incapable de lâcher prise, dans le contrôle de ses émotions jusqu’au point du déni, elle dessine pourtant en creux une autre Diane, celle dont l’épaule est fragile et lui arrache les larmes, celle qui s’abandonne dans le sommeil, celle qui retrouve presque une voix enfantine pour faire comprendre à son amoureux Fabrizio qu’elle a subjugué en une réplique et un clin d’œil, que, peut-être sous ses airs indifférents, elle apprécie et plus encore sa présence. Et c’est cette tension permanente entre les deux facettes de Diane qui rend le film intéressant. C’est cette manière, qui passe beaucoup par le corps, de suggérer sans appuyer la sorte de désarroi profond de cette grande fille qui ne semble pas avoir trouvé sa place, dépassant d’une bonne tête tous les personnages masculins, désœuvrée au point de prêter son corps pendant neuf mois à une aventure qui n’a rien d’anodin. Jouant quelquefois avec les reflets, le cinéaste montre la protagoniste dans cette dualité de la femme sans mais sensible quand elle est à l’abri du regard des autres.

Optant résolument pour un ton comique, voire burlesque par moments, Diane a les épaules permet d’aborder la GPA de la plus simple des façons, et sans aucun parti pris dramatique. Les affres habituelles de la grossesse sont minimisées, peut-être un peu trop, la relation entre la mère « porteuse » et le couple est idéale, aucune gêne d’ordre administratif ne vient perturber cet agencement. Les états d’âme de Diane par rapport à cette grossesse, et par rapport à cet enfant à naître sont d’abord inexistants. Puis le cinéaste veille à ne pas écarter les questionnements plus humains dans le cadre de cette GPA, et choisit de les aborder dans la toute dernière partie du film de manière tout à fait délicate et bouleversante.

diane-a-les-epaules-fabien-gorgeart-film-critique-clotilde-hesme-thomas-suire-gregory-montelClotilde Hesme est prodigieuse dans le rôle de Diane. Après une première période où elle fut l’égérie du noyau dur du cinéma d’auteur français (Bonello, Honoré, Garrel mais aussi Guirado ou Bonnell), elle prend le chemin d’un cinéma plus incarné qui trouve son apothéose dans Diane a les épaules. Offrant quelques bribes de sa propre grossesse, notamment dans la splendide scène de la piscine, elle imprime tout son travail de la même générosité et de la même intensité, permettant ainsi à Fabien Gorgeart de réaliser un film juste et sensible, jouant aussi bien sur le non-dit que sur l’exubérance exprimée par la jeune femme.

Diane a les épaules mérite largement que l’on s’y attache, et qu’un homme ait eu envie, et réussisse à dessiner les enjeux de la maternité, de l’instinct maternel est une gageure qu’il faut saluer à sa juste valeur.

Diane a les épaules – Bande annonce

Diane a les épaules – Fiche technique

Réalisateur : Fabien Gorgeart
Scénario : Fabien Gorgeart
Interprétation : Clotilde Hesme (Diane), Fabrizio Rongione (Fabrizio), Thomas Suire (Thomas), Grégory Montel (Jacques), Alice Butaud (Amélie), Olivier Rabourdin (L’Hypnothérapeute)
Photographie : Thomas Bataille
Montage : Damien Maestraggi
Producteur : Jean des Forêts
Maisons de production : Petit Film
Distribution (France) : Haut et Court
Budget : 2 300 000 EUR
Durée : 87 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 15 Novembre 2017
France – 2017

American Horror Story Cult : Make America great again

Après trois dernières saisons très moyennes, American Horror Story Cult revient en force avec une critique virulente de la société américaine depuis l’élection du clown Donald Trump. La série horrifique d’anthologie n’a jamais été aussi politique. Cette fois les véritables monstres sont les humains.

Objet culte de Ryan Murphy, la série d’anthologie American Horror Story vient de conclure sa septième saison. N’ayant laissé fuiter que quelques informations avant son premier épisode, la saison 7 baptisée Cult était attendue au tournant. En effet, cela fait plusieurs saisons que la série horrifique a cessé de faire peur. Pourtant, les deux premières étaient des véritable coups de génie. Murder House réinventait le schéma classique du manoir hanté avec les éléments qui allaient devenir l’ADN de la série, à savoir une galerie de personnages étranges, du sexe et des séquences tordues. Le tout se constituait autour d’une intrigue simple et cohérente, croisement entre Rosemary’s baby et Poltergeist. La saison Asylum s’est imposée comme un chef d’œuvre télévisuel où l’abondance d’intrigues et de thématiques formaient un véritable spectacle d’horreur efficace et intelligent. Depuis, American Horror Story patauge. On retrouve des protagonistes excentriques à foison, des bonnes idées qui fourmillent entre les épisodes et des scènes toujours aussi dérangeantes. Mais la capacité de Ryan Murphy à construire un récit clair, qui ne se laisse pas ronger par ses personnages, est portée disparue. Éloignée du  » gothique chic  » de Freak Show ou Hotel la saison 7 propose un univers plus terre à terre et en phase avec l’actualité.

Pour cette saison, pas de fantômes, de sorcières ou de créatures étranges. Les vrais monstres sont les humains. Pour la première fois, la série n’a jamais porté aussi bien son nom. American Horror Story Cult conte l’horreur que la société américaine est en train de vivre depuis l’élection de Donald Trump et dresse le portrait d’une Amérique névrosée et tourmentée. Tout l’intérêt de la saison réside dans la métaphore politique qu’elle constitue. Chaque personnage est là pour représenter un pan de la société américaine. Le couple lesbien, porté par Sarah Paulson et Alison Pill, forme l’aspect progressiste et démocrate, meurtri par la défaite d’Hillary Clinton. Le personnage de Sarah Paulson, phobique des clowns, fait une crise de panique à chaque vision de Donald Trump. Futé. La baby-sitter Winter Anderson symbolise une jeunesse idéaliste en manque de repères, capable de basculer de la marche des femmes à l’extrême droite. Les voisins Wilton représentent la bien-pensance exacerbée sous forme de  » Social Justice Warrior « , ces justiciers de l’internet prêts à défendre chaque minorité. La journaliste biaisée, Beverly Hope, incarne les médias généralistes américains, qui sont accusés d’avoir contribué à l’élection de Trump.

Arrive alors le personnage clé de la saison : Kai Anderson, leader charismatique, joué par Evan Peters. Manipulateur aux cheveux bleus, il est l’allégorie de l’alt-right américaine. Surfant sur l’insécurité et la crise identitaire, le mouvement se renforce à travers son idéologie suprématiste et ultra-conservatrice. Le  » Cult  » du titre fait référence à la secte que constitue Kai. A une époque où on ne prospecte plus dans les lieux publics mais sur les forums en ligne, Kai va recruter tout le monde. Partout. Séducteur et doté d’une intelligence sociale, son discours s’adapte face à chaque personne qu’il veut endoctriner.  Moralement ambigu, son personnage est tout aussi perdu que les autres. D’un côté, il prône des valeurs familiales conservatrices, de l’autre il s’engage dans un plan à 3 avec sa sœur et son amant pour faire un enfant. Alors qu’il est prêt à sauver toutes les victimes d’un pasteur tordu, il ira plus tard assassiner chaque individu ayant une opinion contraire à la sienne. Finalement, Kai ne représente rien. Il dirige une secte où personne ne partage les mêmes valeurs. Toute la saison pourrait être la représentation physique de ce qui se passe sur Internet, là où les mouvances extrémistes recrutent les esprits influençables. Chacun des assassinats, commis par la secte, sont semblables aux  » raids  » sur les réseaux sociaux. Ces agressions numériques qui ont lieu lorsque qu’un groupe d’internautes se déchaîne et  insulte en masse une même cible de manière organisée. Les épisodes de la saison sont entre-coupés de reconstitutions historiques de vraies sectes qui ont marqué l’histoire des Etats-Unis pendant le 20ème siècle. Ces mêmes sectes qui inspirent Kai, qui se revendique comme un Charles Manson contemporain. Malgré une fin brouillonne, la dernière scène clôt avec force l’ambition morale et politique de la saison. Ally, élue démocratiquement sénatrice du Michigan, qui sous la même capuche de Valérie Solanas semble être bien près de fonder une nouvelle secte. La véritable prise de pouvoir est celle des femmes à l’image de la scène de débat qui oppose Kai, qui déblatère des propos sexistes, face à une Ally impassible.

Soyons clairs : la saison ne fait jamais peur. Véritable cri d’alarme sur une Amérique divisée en crise, Cult provoque l’effroi par son réalisme. American Horror Story se met enfin à reparler d’autre chose que de soi-même.

American Horror Story Cult : Bande-annonce

En bonus le générique d’American Horror Story Cult :

https://www.youtube.com/watch?v=XAmTyoE-imA

American Horror Story Cult : Fiche technique

Créateur & Showrunner : Brad Falchuk, Ryan Murphy
Casting : Sarah Paulson : Rôle : Ally Mayfair-Richards, Cheyenne Jackson : Rôle : Dr. Rudy Vincent, Evan Peters : Rôle : Kai Anderson, Billie Lourd : Rôle : Winter Andersonn, Alison Pill : Rôle : Ivy Mayfair-Richards
Nombre d’épisodes : 10
Nb. d’épisodes : 11
Chaîne d’origine : FX

USA – 2017

Vice Principals, saisons 1 et 2 : Un examen réussi haut la main

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La deuxième et ultime saison de Vice Principals a pris fin la semaine dernière sur HBO. Retour sur cette série attachante créée par l’équipe de Kenny Powers (Eastbound and Down).

Synopsis : Neal Gamby et Lee Russell sont tous les deux vices-proviseurs au lycée North Jackson. Ils ne peuvent pas se blairer mais ils partagent un même rêve : devenir le proviseur de l’établissement. Hélas, leur rêve s’effondre à l’arrivée du Professeur Belinda Brown à la tête de North Jackson. Gamby et Russell vont alors s’allier pour faire partir Brown…

Il n’y a pas que les élèves qui font d’énormes bêtises. Les professeurs et même les proviseurs peuvent aussi en faire. Vice Principals raconte en dix-huit épisodes dispatchés sur deux saisons, la guerre entre deux professeurs/vice-proviseurs comme le titre l’indique, qui se battent pour avoir la place suprême de proviseur délaissée par Bill Murray. Déjà, ça commence bien. Et jusqu’au tout dernier épisode, la série est complètement barrée. Mais pas que justement.

A l’origine, Vice Principals devait être un long-métrage. Le projet, initié par les créateurs de Kenny Powers (Eastbound and Down), s’est finalement transformé en série. Pourtant, la marque du projet initial est plus ou moins présente, notamment à travers le découpage des saisons (qui pourrait pratiquement être perçu comme des chapitres dans un film ou même un entracte) :

« Toute la série dura seulement 18 épisodes. Et puis c’est tout. Nous voulions faire comme un très long film. L’histoire se passe sur une année scolaire, c’est une histoire complète et finie. À la base, c’est un vieux scénario que Jody Hill et moi avons écrit, en 2006. On a rajouté des choses et on retravaillé le truc, pour que ça fasse une histoire en 18 segments. HBO nous a fait confiance. Totalement. Personne n’a même vu ce qu’on a fait ! »  (Danny McBride, Première)

La saison 2 est la suite directe de la saison 1 (cette dernière termine sur un cliffhanger – on connait toute la vérité à la fin de la série) à part que le – vrai – personnage principal, Neal Gamby, évolue considérablement (évolution en question qui reste étonnamment crédible en humanisant le personnage). Ainsi, la première saison se concentre sur la destruction (dans tous les sens du terme) tandis que la seconde porte davantage sur la rédemption.

Au-delà d’une structure qui solidifie considérablement le récit, les personnages principaux (Gamby, Russell et Brown) bénéficient aussi d’une écriture de qualité dans le sens où ils ne sont pas caricaturaux et encore moins manichéens. Les scénaristes ont su faire la différence entre des traits grossis et la pure caricature qui aurait pu tout gâcher. Ils ont alors su dresser les portraits de personnages qui ont besoin d’une reconnaissance publique. Ce sont des personnages marqués par leurs histoires intimes, leurs différences aussi. Leurs failles les humanisent sans évidemment condamner les actes qui sont condamnables.

Danny McBride (Alien : Covenant, Sausage Party) parvient grâce à son interprétation sans failles à montrer la sensibilité qui se cache derrière son personnage : a priori Neal Gamby est un odieux personnage mais il est en réalité un gros nounours qui manque cruellement confiance en lui. Walton Goggins (The Shield, Les 8 Salopards) est certainement celui qui se détache le plus du reste de la distribution. Il est hilarant dans ce rôle de salaud blessé? excentrique et maniéré. Enfin, la méconnue Kimberley Herbert Gregory est surprenante dans le rôle du Professeur Brown, cette mère célibataire et proviseure à la fois très compétente, professionnelle mais également dure dans certaines situations. 

En revanche, et c’est peut-être un des seuls défauts notables de cette très bonne série, les personnages secondaires ne bénéficient pas de cette même qualité d’écriture. On pense principalement au cas d’Amanda Snodgrass (interprétée pourtant par la charismatique Georgia King, dont on garde un excellent souvenir d’elle dans Wild Child) qui reste encore un peu creux. Son histoire avec Gamby est hélas mal exploitée pour ne citer que cet exemple.

Vice Principals est une comédie attachante, souvent drôle mais également très touchante. Notamment dans l’exploitation de la bromance entre Neal et Lee. Peut-être même une des meilleures bromances vue à la télévision. On quitte cette série à contre-coeur.

Vice Principals : bande-annonce

Vice Principals : fiche technique

Créée par Danny McBride et Jody Hill
Casting : Danny McBride, Walton Goggins, Kimberly Hebert Gregory, Georgia King, Busy Philipps, Shea Wingham
Genre : comédie
Format : 30 minutes
Premier épisode  : 17 juillet 2016
Chaîne d’origine : HBO

Le Musée des merveilles de Todd Haynes, un conte éblouissant sur l’enfance

Sous ses allures de film délicat sur l’enfance, Le Musée des Merveilles est un conte initiatique illuminé et émouvant qui suit la fuite de deux enfants sourds à la poursuite de leurs destins. Beau et aventureux, le film de Todd Haynes déclare une nouvelle fois son amour pour le cinéma.

En ce moment même, le cinéma américain ressent le besoin de parler de l’enfance, de leur trauma, de suivre avec leur regard la genèse d’un monde qui se construit sous leurs yeux : comme Stranger Things ou même It récemment. Sauf que Todd Haynes, dans un genre bien différent, va plus loin que cela dans son analyse et magnifie cette bravoure de l’innocence. L’une des citations du film, que le jeune Ben connait de sa défunte mère, est « Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous regardent les étoiles ». Elle décrit parfaitement le film : d’une situation difficile, d’une origine inconnue, de la peur de la solitude, la promesse du mystère n’est jamais loin. Et le cinéma est l’une de ces étoiles.

Le Musée des Merveilles procure le même effet que The Lost City of Z de James Gray sorti cette année :  voir le cinéma américain s’élever à un tel niveau de noblesse et d’humilité requiert une admiration instantanée. Le Musée des Merveilles est un film qui regarde autant vers l’avant que vers l’arrière, avec deux histoires à la temporalité différente (celle de Ben en 1977 et celle de Rose en 1927) : d’un côté il y a la dichotomie du noir et du blanc accompagnée par le cinéma muet des années 20 et de l’autre, la souplesse crade et l’imagerie funky des années 70.

Le cinéma de Todd Haynes, derrière son élégance et son fétichisme presque maniéré, est un cinéma de la liberté. Du parcours de deux enfants dans la mégalopole aussi enchanteresse que dangereuse qu’est New York, Le Musée des Merveilles appuie avec aisance sur la corde du romanesque : pour le cinéaste c’est une manière pour lui de parler à la fois de son amour pour des personnages asphyxiés par les ressorts de la vie que de son admiration pour les possibilités que le cinéma lui offre. Dans cette course contre la montre, qui voit Ben chercher un père qu’il ne connait pas et la jeune Rose trouver une star qu’elle adule, l’espace-temps se décroit autant qu’il s’accroit, les décors changent mais cette énergie de découverte reste la même. Chez Todd Haynes, la naïveté ne rime jamais avec guimauve car sous couvert d’une émotion palpable, l’univers dépeint se veut d’une pudeur sans égale : comme Carol, qui ressemblait parfois fortement à In The Mood for Love, le cinéaste caresse les sentiments de ses personnages au lieu de les exploiter comme en témoigne ce premier souvenir de Ben, un souvenir égaré et langoureux, entre lui et sa mère lors d’un de ses anniversaires où la rare mais éclatante Michelle Williams erre dans la scène comme un fantôme irrattrapable.

Le Musée des Merveilles aurait pu s’avérer très scolaire voir assez monocorde, studieux mais creux dans sa reconstitution d’époque mais c’est tout le contraire. Et même si les scènes se font échos d’une époque à l’autre, cela accentue la portée similaire et gémellaire des origines de nos deux protagonistes. Todd Haynes dévoile ici un écrin sublime, qui derrière la beauté de ses images, est d’une intelligence assez rare. Quand la caméra se pose et découvre le monde qu’elle nous propose, le Musée des Merveilles superpose l’innocence de l’enfant à la phosphorescence du cinéma. L’aventure n’est pas seulement de connaitre la finalité du récit mais aussi de voir des genres de cinéma se modeler et s’animer devant nous sous la magistrale B.O. de Cartel Burwell : notamment à travers les vestiges d’un Musée, d’une chambre d’un garçon, d’une cachette, d’une immense maquette de New York.

Le souvenir, la mémoire, les intentions : c’est tout notre passé qui se lit dans la matérialité et les objets qui nous entourent, dissimulant alors les secrets les plus inavouables, comme l’amour intemporel pour un fils. En narrant le récit de deux jeunes sourds, Todd Haynes ne raconte pas seulement la bataille qui combat les obstacles, la quête de soi ou les prémisses de la tolérance mais dessine les contours du poids des images et du silence, car malgré les marasmes ou les larmes qui coulent sur les joues, lever les yeux au ciel nous permet de distinguer notre étoile.

Synopsis : Sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

Le Musée des Meveilles : Bande annonce

Le Musée des Merveilles : Fiche Technique

Réalisateur : Todd Haynes
Avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore, Michelle Williams
Scénariste : Brian Selznick
Compositeur : Cartel Burwell
Directeur de la photographie : Edward Lachman
Chef monteur : Affonso Goncalves
Distributeur Metropolitan FilmExport
Genres Drame, Aventure
Date de sortie : 15 novembre 2017
Durée : 2h 00min

Etats Unis – 2017