FEFFS 2017 : Occultisme, lévitation et papier marbré

Alors que nous atteignons le mi-parcours dans cette édition anniversaire du Festival européen du film fantastique de Strasbourg, il est temps de refaire un petit tour du côté de la compétition internationale. Trois films ont été présentés ce mardi 19 septembre parmi lesquels on retrouve un premier long-métrage irlandais sur l’occultisme A Dark Song, le nouveau film de Kondrel Mundruczo déjà lauréat de l’Octopus d’or en 2014, La Lune de Jupiter, et un film canadien fait avec très peu de moyen, The Crescent.

[Compétition internationale] – A Dark Song

Réalisé par Liam Gavin (Irlande, 2017)

Présenté comme un film anti-jumpscare, A Dark Song nous raconte l’histoire d’une femme endeuillée par la mort de son fils, qui prend contact avec un médium pas très sympathique pour effectuer un rituel qui lui permettrait d’obtenir ce qu’elle veut. Effectivement, A Dark Song ne repose pas sur des effets aussi faciles que les jumpscares. Son réalisateur, Liam Gavin va prendre le temps d’instaurer une ambiance pesante. Retranché dans une maison isolée, le duo va se lancer dans un rituel dangereux et exigeant. Sa mise en place, ainsi que son exécution afin de prendre contact avec l’au-delà va être un travail de longue haleine, ce qui laisse le loisir à Liam Gavin d’établir une progression dans l’angoisse.

A Dark Song propose donc une ambiance qui va devenir de plus en plus étouffante, portée par une bande-originale extrêmement efficace en corrélation avec cet endroit désolé en plein Pays de Galles. Le film fonctionne également grâce à son duo d’acteur composé de Steve Oram et de Catherine Walker. Les tensions entre les deux protagonistes rendent l’atmosphère du film encore plus tendue, et la peur que tout parte de travers se fait constamment présente. Jouant sur le fil, insufflant cet épuisement à ses personnages lancés dans un périple éprouvant, Liam Gavin distille une peur frissonnante. Et alors que des longueurs pouvaient commencer à se faire sentir, le cinéaste bifurque dans son dernier quart dans un climat cauchemardesque des plus redoutables. A Dark Song est une belle surprise, typiquement le genre de petit film qu’on espère voir dans ce genre de festival. On en attendait rien, on en ressort assez conquis.

[Compétition internationale] – La Lune de Jupiter

Réalisé par Kornel Mundruczo (Hongrie, 2017)

Il avait marqué les esprits avec le sublime White God qui était reparti de la capitale alsacienne avec l’Octopus d’or, le revoilà 3 ans après avec son nouveau film après non sans dire, un petit passage par la compétition cannoise. Kornel Mundruczo revient donc avec La Lune de Jupiter, un film racontant l’histoire d’un migrant qui se découvre la faculté de pouvoir léviter. Une nouvelle fois, le cinéaste hongrois imprime son imaginaire fantastique dans un récit social et réaliste. L’ouverture saisissante du long-métrage donne le ton et met en lumière cette réalité implacable du sort des migrants. Malgré cela, Mundruczo ne va jamais réellement transcender son sujet, du moins sur le fond. Car si il y a bien une chose qu’on ne peut reprocher à La Lune de Jupiter, c’est sa virtuosité technique truffée de plans séquences ou de plans aériens époustouflants (et il en fait peut-être un peu trop).

En dépit de ses qualités techniques remarquables, et notamment ces scènes de lévitations angéliques, La Lune de Jupiter manque clairement de nuance dans son propos. Le déroulement est en effet assez facile, avec cette histoire de migrant pris pour un terroriste et poursuivi sans relâche par la police. On se retrouve devant un film assez manichéen et c’est l’écueil principal dans lequel le film pouvait tomber. C’est assez frustrant, et même si le message délivré par le film est des plus louables, il est développé avec une subtilité de phacochère. La Lune de Jupiter propose donc un bel enrobage mais peine à rendre son discours marquant. Et puis Mundruczo sait proposer des plans acrobatiques ahurissant mais en ce qui concerne la post-synchronisation du doublage, c’est pas trop ça, à tel point que la plupart des dialogues du personnage de Mimidze semble venir en voix-off.

[Compétition internationale] – The Crescent

Réalisé par Seth A. Smith (Canada, 2017)

Il arrive parfois qu’on se retrouve devant un film dont on ne peut s’empêcher de se demander comment a-t’il pu être sélectionné en compétition. Sur les centaines de films proposés, il parait difficile de croire qu’aucun n’était mieux que celui-ci. Tout cela pour dire que The Crescent est certainement le pire film proposé par le FEFFS depuis bien longtemps. Pas la peine de se cacher derrière le couvert amateur du film dont le réalisateur a là aussi du empiler les rôles. The Crescent est une catastrophe à tous les niveaux, de sa mise en scène cheap au possible faisant écho à des œuvres tels que The Room de Tommy Wiseau (mais en moins drôle), sans parler de ses acteurs tous plus mauvais les uns que les autres. On ne portera pas la faute sur le gamin de 3 ans, que le réalisateur filme pendant la quasi-totalité du film vu que c’est peut-être celui qui s’en sort le mieux.

Derrière cette réalisation fadasse au possible, Seth A. Smith essaie de faire passer certaines de ses idées pour des choix artistiques riche en symboliques. Résultat, on se retrouve avec une indigestion de papier marbré, technique de peinture que le réalisateur a du découvrir un jour et a décidé de broder son film autour. Si Smith arrivait encore à instaurer un semblant de frisson dans son film, on pourrait se dire que tout n’est pas complètement raté. Mais même à ce niveau le réalisateur se vautre complètement, la seule chose risquant de provoquer une trouille au spectateur c’est d’imaginer Smith nous sortir un second film. Ridicule de A à Z, disposant d’un twist médiocre dont le spectateur n’en aura complètement rien à faire car il sera indifférent de l’histoire au bout de 30 min, The Crescent s’impose définitivement comme le plus mauvais film de l’année.

Pour le 6ème jour du FEFFS, on risque de s’attendre à du trash à foison. D’un côté le crossover Bitch et de l’autre deux midnight movies dont Kuso qui a fait parler à Sundance et le petit français Game of Death.

Festival

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