Sausage Party, un film de Conrad Vernon et Greg Tiernant : Critique

Entre scènes épiques et humour cru, Sausage Party s’impose comme une comédie politiquement incorrecte réussie.

Synopsis : Une petite saucisse s’embarque dans une dangereuse quête pour découvrir les origines de son existence…

Si l’on suit un minimum l’actualité cinématographique de ces derniers mois, il est impossible d’être passé à côté de Sausage Party, en raison des nombreuses polémiques auxquelles il a été lié. La sortie du nouveau délire de Conrad Vernon et Greg Tiernant, accompagnés de Seth Rogen et Evan Goldberg (à l’origine de L’interview qui tue), a été maintes fois réfléchie : le film doit-il sortir en salles ? Doit-il être directement disponible en VOD et DVD ? Quelle interdiction faut-il appliquer au film : -12 ans ? -16 ans ? Car oui, même si Sausage Party est un film d’animation, il est déconseillé aux enfants par son humour cru et scabreux.
Grâce à tous les débats passés et actuels qui gravitaient et gravitent toujours autour du long métrage, ce dernier a été remarqué et a pu faire parler de lui dans les médias.
Mais que vaut réellement Sausage Party ? Est-ce une supercherie grotesque ou un coup de génie ?

L’humour de Seth Rogen, d’Evan Goldberg et de leurs comparses n’est plus à prouver. Avec de tels trublions aux manettes du scénario, on pouvait s’attendre au pire comme au meilleur. Ici, le film s’inscrit dans un registre grivois, politiquement incorrect, mais l’humour atteint ses objectifs : il dérange le spectateur mais ne le laisse pas indifférent. Certaines séquences relèvent du génie, avec des dialogues jonchés de répliques toutes plus croustillantes les unes que les autres. La scène finale, une orgie entre aliments, a beaucoup fait parler d’elle. Même si dérangeante et indécente, elle ne peut qu’être prise au millième degré, tant elle est poussée dans l’absurde et le scandaleux. Mais âme sensible s’abstenir !
Toutefois, impossible d’échapper à quelques vannes salaces qui ne font pas mouche, qui s’offrent à nous comme un surplus, comme s’il fallait obligatoirement tenir cette ligne d’humour discourtois et irrévérencieux. Comme dans toute comédie, qu’elle soit française ou américaine, il y a du bon et du moins bon.

Mais le principal défaut de Sausage Party n’est-il pas de se cacher derrière l’humour impertinent qui en a fait sa renommée ? En effet, si le dialogue est fait de bonnes trouvailles, le scénario est quant à lui une réelle déception. L’idée de base, qu’est celle de faire parler des aliments dans un supermarché, est jouissive tant elle suscite dans l’imaginaire collectif des scénarios rocambolesques. On discerne clairement de réelles critiques de la société auxquelles il fallait s’attendre : politiques migratoires, remise en question du consumérisme américain… mais malheureusement, les scénaristes nous proposent un film en trois temps : exposition, action et résolution, schéma classique du cinéma dont Sausage Party peine à se détacher. Pour garnir le tout, la place de l’histoire d’amour aurait pu être atténuée, à l’instar de séquences bien plus réussies.
Sausage Party, par contre, est à voir en version originale ! Le casting vocal américain est d’enfer et donne vie aux divers protagonistes comestibles de la plus belle des manières. Les acteurs se lâchent et font des personnages des êtres touchants et singuliers. Première fois que l’on se prend d’affection pour une saucisse ou un bagel au cinéma.

Bien heureusement, l’animation envoie du lourd, mais elle reste tout de même sujette à division : certaines la trouveront d’une laideur infâme alors que d’autres y verront une vraie réussite.
On ne peut que saluer les animateurs qui ont le souci du détail. Durant les déambulations au sein des différents rayons du supermarché, tout est détaillé. Chaque bouteille, chaque sachet, chaque légume, chaque fruit prend vie et se retrouve incarné. Sausage Party repose sur un microcosme singulier épatant où tous les plans sont étudiés et la profondeur de champ travaillée. L’arrière plan peut parfois s’avérer aussi important que le premier plan. Ouvrez vos mirettes et décortiquez les plans car (presque) tout est bon à prendre. On notera également que les humains passent au second plan et sont caricaturaux, ayant de nombreux défauts physiques. Ainsi, l’objectif de cette oeuvre est atteint : les aliments ont pris le dessus sur les humains et sont parvenus à se forger une identité sociale au sein d’une communauté. Pari osé mais pari réussi.

Sausage Party est une comédie indécente réussie par un humour politiquement incorrect mais ravageur. Même si la forme scénaristique laisse perplexe, le casting vocal et l’animation font du film une réussite qui ne laisse pas le spectateur insensible : soit on adhère à ce délire, soit on déteste. Qui a dit que les aliments ne pouvaient pas remplacer les humains ?

Sausage Party : Bande-annonce

Sausage Party : Fiche Technique

Réalisateurs : Conrad Vernon, Greg Tiernant
Scénario : Kyle Hunter, Ariel Shaffir, Seth Rogen, Evan Goldberg
Interprétation (VO) : Seth Rogen, Kristen Wiig, Jonah Hill, Bill Hader, Michael Cera, James Franco, Danny McBride, David Krumholtz, Edward Norton, Salma Hayek…
Interprétation (VF) : Barbara Beretta, Benjamin Pascal, Cyril Hanouna, Benoît DuPac, Nessym Guetat…
Montage : Kevin Pavlovic
Musique : Alan Menken, Christopher Lennertz
Direction artistique : Kyle McQueen
Producteurs : Megan Ellison, Seth Rogen, Evan Goldberg, Conrad Vernon
Sociétés de production : Annapurna Pictures, Point Grey Pictures
Distribution (France) : Columbia Pictures
Durée : 89 minutes
Genre : Animation/Comédie
Date de sortie : 30 novembre 2016
Sausage Party est interdit, en France, aux moins de 12 ans.

France – 2016

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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