L’interview de Stéphane Foenkinos au sujet du dernier film Jalouse, des frères Foenkinos sortie ce mercredi 8 novembre 2017 dans les salles de cinéma.
CineSeriesMag – Parlez-nous de la genèse de ce projet. Quand et comment vous est apparue l’idée de faire le portrait d’une mère en début de ménopause, jalouse de sa fille ?
Stéphane Foenkinos – Après La Délicatesse, l’idée était d’axer en premier lieu le film à nouveau sur une femme mais d’une autre génération. Très vite nous nous sommes rendus compte que si les rapports mère/fille avaient souvent été traités, ils ne l’avaient quasiment jamais été explorés sous cet angle. Des parents jaloux de leur enfants, c’est très tabou et provocateur!
La mère vivant une bascule, à la fois physique et physiologique, elle va peu à peu reporter sa frustration sur celle qui éclot à la vie. Nous tenions notre sujet et le prétexte à une comédie qui dérape.
CineSeriesMag – Comment avez-vous dirigé vos acteurs? Le choix de chacun d’eux et surtout Karin Viard…
Stéphane Foenkinos – Les choix se sont faits en accord avec mon frère et un directeur de casting, David Bertrand (Patients / Chocolat…). Le rôle était écrit et rêvé pour Karin, nous avons eu la chance qu’elle dise oui en 24h. Ensuite, nous avions aussi pensé à Marie-Julie Baup (Isabelle), qui avait joué une pièce de mon frère. Thibault de Montalembert et Bruno Todeschini apparaissaient respectivement dans notre 1er court (Une Histoire de Pied) et notre 1er long (La Délicatesse). Anne Dorval en Sophie, comme Anaïs Demoustier en Mélanie étaient des envies très fortes, mais nous n’avions pas la garantie qu’elles acceptent un « second rôle ». Heureusement le scénario et le désir de travailler avec Karin les ont aussi convaincus. Quand à Corentin Fila, nous l’avions adoré dans Quand on a 17 ans de Téchiné et il a fait des essais remarquables. Last but not least (« Dernière, mais non des moindres »), Dara Tombroff, la fille danseuse de Nathalie, Mathilde, est un miracle à elle seule. Nous avons visionné près de 300 essais venant de toute la France. Il fallait une vraie danseuse qui puisse jouer la comédie et ressembler (même un peu) à Karin. Elle était sous contrat à l’Opéra de Bordeaux et a dû démissionner pour le rôle. C’est une révélation comme rarement. J’ai exercé la profession de directeur de casting pendant 20 ans et j’applique aujourd’hui la règle d’or des cinéastes: le choix des bons acteurs vous déleste déjà de 90% de la direction.

CineSeriesMag – Comment aviez-vous travaillé avec les deux compositeurs? Il me semble que c’est Paul Marie Barbier qui a pris contact avec vous par l’intermédiaire d’un ami en commun?
Stéphane Foenkinos – Nous cherchions un compositeur pour les musiques au piano qui accompagnent le cours de danse. Bertrand Vacarisas, producteur et cinéaste qui a réalisé notre making of nous a parlé de Paul-Marie que j’avais déjà croisé avec les membres du groupe Caravan Palace dont il est le clavier. Il a demandé à lire le scénario et quelques semaines plus tard, il nous a proposé des thèmes avec son comparse, Julien Grunberg. Nous avions beaucoup de propositions de personnes plus connues ou installées, mais dès qu’on a entendu leur thème, sans même nous consulter, nous avons eu un coup de foudre qui ne s’est jamais démenti.
CineSeriesMag – Quelles influences pouvez-vous revendiquer? Musicalement, photographiquement, cinématographiquement..?
Stéphane Foenkinos – Musicalement, nos admirations respectives sont incluses dès le scénario : Coltrane, Tchaïkovski ou Sophie Hunger. On pense évidemment aussi à Emilie Simon qui avait composé la partition de La Délicatesse. Cinématographiquement, on nous rapproche beaucoup d’autres frères, mais notre préférence va aux Coen, sinon nous restons attachés au cinéma français des années 70 (Truffaut, Sautet, Corneau…. sans oublier quelques comédies de Veber ou Zidi) Et puis dans le désordre Haneke, Almodóvar, Woody Allen et la comédie américaine classique par exemple. En photo, nous aimons aussi les classiques et la composition d’un Irving Penn ou l’humour et le naturalisme de Martin Parr. Par ailleurs nous avons tous deux été impressionnés par l’histoire incroyable de Vivian Maier, gouvernante américaine des années 50 à 80 qui prenait des centaines de photos… retrouvées et tirées après sa mort…Et sinon on en oublie forcément!
CineSeriesMag – Comment travaillez-vous tous les deux, entre frères ? Quel type de collaboration ? Qui fait quoi ?
Stéphane Foenkinos – Nous avons la chance d’être très complémentaires dans notre fonctionnement et nos compétences. On travaille beaucoup en amont et sur le plateau je suis plus avec les comédiens quand David reste au cadre, mais toute les décisions se font à deux!
CineSeriesMag – Quel est votre parcours à tous les deux ? Les difficultés rencontrées au début de votre carrière? A quoi faire face en tant que scénariste / romancier..?
Stéphane Foenkinos – Notre enfance calme en banlieue parisienne ne nous prédestinait pas du tout à des métiers artistiques. Mon frère est d’abord devenu attaché de presse et a attaqué ce métier par la communication. Mais l’écriture est arrivée et il a réussi à en vivre très vite. De mon côté j’etais prof d’anglais et la rencontre avec Jacques Doillon a été déterminante. Il m’a fait confiance et m’a propulsé directeur de casting. Plus que des difficultés, je parlerais de galop d’essais. Pendant plus de 10 nous avons travaillé ensemble sur des projets qui ne se sont pas faits !
CineSeriesMag – Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Stéphane Foenkinos – Nous tournons autour d’un sujet… mais la tendance est qu’après 2 films de « femmes », nous avons envie d’une histoire d’hommes!

CineSeriesMag – Quel importance donnez-vous aux festivals? Vous étiez intervenant au 17ème Festival international des Scénaristes de Valence et Jalouse a été présenté en AVP à Arras en octobre dernier… Quels ont été les retours?
Stéphane Foenkinos – Les festivals sont essentiels pour les rencontres d’abord entre gens du métier si éloignées de soi d’ordinaire et surtout pour tester les premiers publics et se roder aux questions qui reviennent souvent 😉
CineSeriesMag – Quels conseils donneriez-vous à de jeunes cinéastes en herbe ?
Stéphane Foenkinos – Soyez curieux! Voyez un film par jour et alternez entre une nouveauté française, un film de patrimoine, un blockbuster, un film d’auteur, un film étranger … Ne négligez pas le théâtre, la littérature, la danse, l’architecture… Mangez de la pellicule! Et aussi testez vous lors de cours de comédie, c’est bête mais cela vous sera très utile quand vous aurez à diriger des comédiens.
Remerciement aux frères Foenkinos.
Elle porte son prénom en hommage à une icône (Marilyn Monroe), c’est en tout cas ce qu’elle dira à une actrice qui s’attache à la soutenir. Ce personnage sobrement décrit comme une « femme modeste » dans le synopsis est en fait, un être privé de reconnaissance, de bienveillance et de douceur. Une scène vers la fin du film, le montrera d’ailleurs très bien. Tout tient à un artifice de théâtre, car c’est bien de jeu qu’il est question tout du long, tout tient à des souvenirs de tristesse, d’enfermement, de manque de mots. Tout tient aussi au visage que veulent bien offrir à Maryline les personnages qu’elle croise. Il y a ceux qui hurlent, qui la rejettent parce qu’elle n’est pas aussi à l’aise qu’eux, aussi forte, aussi détendue. Elle est avant tout fragile et fragilisée par des sortes de monstres humains. Heureusement, Guillaume Gallienne met aussi des adjuvants sur sa route, des personnages bienveillants (c’est le mot-clef). S’il pousse parfois le trait ou le curseur du drame un peu loin, le réalisateur sait aussi doser les péripéties de son héroïne pour la faire grandir sous nos yeux, sans qu’elle ne se renie, sans que tout à coup elle ne devienne un papillon majestueux. Il se moque également de ce regard presque surplombant porté sur la détresse de Maryline. Une scène où Maryline est censée recevoir une vieille amie le montre très bien, car elle est un trompe-l’œil magistralement conçu. On se prend de pitié pour le personnage et Maryline nous fait alors un pied de nez.
La force du film est surtout de distiller de la douceur, de la franchise et de la beauté aussi, une beauté qui dit que ses personnages sont justes humains. S’il malmène énormément Maryline, la caméra du réalisateur la caresse aussi, la rend belle, puissante avant de la mettre à terre l’instant d’après. Maryline est la vie tout simplement, celle qui tend la main pour l’instant d’après la renvoyer au visage, telle une claque en pleine figure. Le film est aussi une pantomime, un peu comme
On ne pas parler de Maryline sans parler de son actrice principale (la prestation de tous les acteurs est excellente), Adeline d’Hermy. Elle est une tragédienne, une actrice aux mille visages. Elle est surprenante, inattendue et porte le rôle, réellement. Elle dit surtout à travers son regard, son visage et les péripéties qu’elle traverse la possibilité d’être soi sans artifice, avec simplicité : l’actrice nous livre sans cesse une émotion brute. Surtout, elle évite un écueil dans son interprétation de Maryline : elle ne la rend jamais neuneu, jamais trop « venue d’un trou paumé », car ce qu’elle dit par le corps va au-delà du cliché.

Man of Steel 
Certaines scènes de combat sont des véritables séquences jouissives où chaque héros arrive à briller. Mais aucune n’arrive à trouver la résonance épique que les personnages devraient évoquer. Cependant, on peut souligner que certains éléments des précédents films ( les Amazones, le Codex ) trouvent une place cohérente dans l’intrigue. Mais certaines questions laissent sans réponses : si le retour de Superman peut être justifié, comment expliquer le retour de Clark Kent ? Qu’en est-il de Darkseid ? De nombreuses scènes semblent manquer à l’appel pour pallier les lacunes de l’histoire. Malgré tout, la formation de l’équipe est sympathique bien que constituée de manière maladroite face à un Steppenwolf, méchant générique dénué de toute originalité. Les enjeux sont moindre tant l’invasion alien qui s’annonce semble déconnectée de la vie des autres humains, à l’exception d’une petite famille en Russie. Le résultat désincarné n’est que décevant lorsqu’on devine le film bien plus intéressant que Justice League aurait pu être.





L’institution qu’il embrasse cette fois-ci est la NYPL (New York Public Library), une bibliothèque pas si municipale, en tout cas pas si publique puisqu’en plus de ceux de la Mairie de New-York, des fonds privés la financent. Avec son bâtiment phare bordant Bryant Park vers la Cinquième avenue, la bibliothèque possède plus de 90 autres annexes disséminées sur Manhattan, Staten Island et le Bronx, Brooklyn et le Queens ayant quant à eux leur propre structure. C’est dire si Wiseman a eu de la matière, c’est dire si les opportunités d’anecdotes sont pléthoriques.
Mais Ex-Libris n’est pas un pamphlet. Frederick Wiseman ne le limite pas à cette seule thématique, même si encore une fois, elle est assez centrale dans le film. C’est une immersion totale dans cet univers de connaissances qu’il propose, au point que le passage d’une annexe à l’autre aux quatre coins des trois boroughs new-yorkais concernés n’est matérialisé que par les panneaux de signalisation verts au croisement des rues. Aucun cartel ne fera sortir le spectateur de la bibliothèque et de ses annexes, depuis ses entrailles, où on voit les employés trier la masse impressionnante des retours et des prêts de livres, jusque dans ses salles de réunions, où des seniors racontent leur lecture de l’Amour aux temps des Choléras de Garcia Marquez au travers de leurs émouvantes vies, depuis ses halls où des sans-abri cherchent de la chaleur, ou encore depuis ses grandes salles de lecture où une personne intéressée par le cancer colorectal en côtoie une autre, intéressée par des personnes particulières vivant dans une ville particulière en Autriche. Aucune distraction ne perturbera le spectateur dans sa rencontre avec les invités d’un jour, Elvis Costello ou Patti Smith, avec le Conseil d’Administration de la bibliothèque, préoccupé essentiellement par le budget et le moyen d’en disposer de plus pour exercer ce qui s’apparente à un vrai devoir citoyen. La beauté du savoir telle que donnée à voir par le grand cinéaste donne des frissons, un morceau de musique au piano, un texte lu par un célèbre céramiste britannique, un groupe de femmes senior esquissant des pas de danse sur le Celebration des Kool & the Gang, des lecteurs de tout poil, tout ça et tant d’autres petites pépites encore font partie d’Ex-Libris, un film qui parle certes des livres, mais tellement d’autres choses que la NYPL offre et qui font du lien entre les usagers, entre les hommes, rebondissant ainsi sur le leitmotiv du cinéaste.
A 87 ans, et près de 100 films plus tard, Frederick Wiseman étonne encore par sa capacité à nous emmener dans ses voyages poético-politiques, sociologiques, humains tout simplement. Ses films en général, et Ex-Libris en particulier redonne du sens aux institutions qu’il étudie, et redonne du sens à nos existences qui se trouvent ainsi ancrées dans les balises que Wiseman trace. Et même si son ambition est de faire un portrait critique de plus en plus exhaustif de son pays, les États-Unis, tout finit toujours par retentir auprès d’un public largement international, dont la France qui semble s’intéresser de plus en plus à son œuvre, pour notre plus grand bonheur…



M est un premier film qui n’hésite pas à foncer dans les clichés des histoires d’amour grandiloquentes, impossibles et qui finissent bien en général. Pourtant, Sara Forestier y distille de la douceur comme de la brutalité et donne au personnage de Lila une interprétation plutôt touchante. On regretta seulement un sens de la mise en scène plutôt minimaliste voire absent, les plans se succèdent sans audace particulière, et surtout sans construction savante. Cependant, ce n’est peut-être pas ce que recherche Sara Forestier qui décide avec M de se placer du côté de l’émotion, en refusant de prendre des postures et en osant même la naïveté assumée dans la construction de son histoire d’amour centrale : du coup de foudre au rabibochage express. Le film finalement lui ressemble : fougueux et naïf, doux et rugueux, fonçant dans le corps à corps des gens qui s’aiment, qui se racontent et qui s’écorchent, toujours à vif. La mise en scène est une mise en scène du corps, sans cesse clouée à eux, à leurs désirs, à leurs douleurs. Ainsi, Mo (le fameux « M » du titre, mais pas que) est un homme sec et nerveux. Sara Forestier répète ainsi à loisir (en interview) que Redouanne Harjane a dû perdre 20 kilos pour ce rôle. C’est d’ailleurs son tout premier rôle qu’il interprète tel un animal en cage. Il dessine un être blessé, un gueulard qui roule à fond dans sa bagnole de « sale type » ou de « frimeur » comme dirait sœur de Lila, petite fille sauvage, elle aussi. Pourtant, il joue surtout une fêlure, un gars qui veut une toute petite souris à protéger et qui ne supporte pas trop quand elle sort de sa cage, s’épanouit. Mais Lila n’est pas prête à se ratatiner devant lui. Elle va aller percer son secret, l’émouvoir comme jamais, l’accompagner. S’aimer c’est aussi parfois être la béquille de l’autre, son cocon, un peu à la « toi et moi contre le reste du monde ».
L’originalité ou du moins l’intérêt du propos de Sara Forestier tient peut-être dans sa réflexion sur le langage ou du moins l’impossibilité à le faire émerger. Quand Mo rencontre Lila, elle ne parle pas ou plutôt elle refuse de parler, par peur du ridicule, par crainte de ne pas parvenir à terminer sa phrase à temps. Elle est bègue et en a honte. Elle veut alors faire un dessin à Mo, écrire, mais lui qui ne sait pas lire et ne veut pas le dire le prend très mal. Il se jette donc sur elle, la griffe, l’emprisonne, la force à sortir un cri. C’est le temps du corps à corps, des séances de lutte doucereuses entre les deux amants (avant les séances de lutte tout court). Il a 30 ans, elle en a 18 (même si on peine un peu à croire à cette histoire de Sara Forestier qui passe le bac). On sent très bien les influences d’une actrice qui a fait ses débuts auprès d’Abdellatif Kechiche. Il n’y a pas de concession. Il y a de la poésie (métaphorique et réelle, balancée comme ça sur un fond noir, ce sont les mots de Lila), sur les contraires qui s’attirent, le besoin de réconfort. Il y a donc beaucoup de déjà-vu dans M, mais aussi des scènes très atypiques, comme ce coup de foudre improbable, cette longue non-conversation dans la voiture, où rien ne sort, un dîner improbable dans un restaurant. Et tous ces moments où le corps ne peut plus rien quand se sont les mots qui doivent sortir et que rien ne vient, quand c’est trop dur, quand on ne veut plus. Récemment, Sara Forestier a dit combien