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Entretien avec les frères Foenkinos : Stéphane répond à nos questions

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L’interview de Stéphane Foenkinos au sujet du dernier film Jalouse, des frères Foenkinos sortie ce mercredi 8 novembre 2017 dans les salles de cinéma.

CineSeriesMag – Parlez-nous de la genèse de ce projet. Quand et comment vous est apparue l’idée de faire le portrait d’une mère en début de ménopause, jalouse de sa fille ?

Stéphane Foenkinos – Après La Délicatesse, l’idée était d’axer en premier lieu le film à nouveau sur une femme mais d’une autre génération. Très vite nous nous sommes rendus compte que si les rapports mère/fille avaient souvent été traités, ils ne l’avaient quasiment jamais été explorés sous cet angle. Des parents jaloux de leur enfants, c’est très tabou et provocateur!
La mère vivant une bascule, à la fois physique et physiologique, elle va peu à peu reporter sa frustration sur celle qui éclot à la vie. Nous tenions notre sujet et le prétexte à une comédie qui dérape.

CineSeriesMag – Comment avez-vous dirigé vos acteurs? Le choix de chacun d’eux et surtout Karin Viard…

Stéphane Foenkinos – Les choix se sont faits en accord avec mon frère et un directeur de casting, David Bertrand (Patients / Chocolat…). Le rôle était écrit et rêvé pour Karin, nous avons eu la chance qu’elle dise oui en 24h. Ensuite, nous avions aussi pensé à Marie-Julie Baup (Isabelle), qui avait joué une pièce de mon frère. Thibault de Montalembert et Bruno Todeschini apparaissaient respectivement dans notre 1er court (Une Histoire de Pied) et notre 1er long (La Délicatesse). Anne Dorval en Sophie, comme Anaïs Demoustier en Mélanie étaient des envies très fortes, mais nous n’avions pas la garantie qu’elles acceptent un « second rôle ». Heureusement le scénario et le désir de travailler avec Karin les ont aussi convaincus. Quand à Corentin Fila, nous l’avions adoré dans Quand on a 17 ans de Téchiné et il a fait des essais remarquables. Last but not least (« Dernière, mais non des moindres »), Dara Tombroff, la fille danseuse de Nathalie, Mathilde, est un miracle à elle seule. Nous avons visionné près de 300 essais venant de toute la France. Il fallait une vraie danseuse qui puisse jouer la comédie et ressembler (même un peu) à Karin. Elle était sous contrat à l’Opéra de Bordeaux et a dû démissionner pour le rôle. C’est une révélation comme rarement. J’ai exercé la profession de directeur de casting pendant 20 ans et j’applique aujourd’hui la règle d’or des cinéastes: le choix des bons acteurs vous déleste déjà de 90% de la direction.

CineSeriesMag Comment aviez-vous travaillé avec les deux compositeurs? Il me semble que c’est Paul Marie Barbier qui a pris contact avec vous par l’intermédiaire d’un ami en commun?

Stéphane Foenkinos – Nous cherchions un compositeur pour les musiques au piano qui accompagnent le cours de danse. Bertrand Vacarisas, producteur et cinéaste qui a réalisé notre making of nous a parlé de Paul-Marie que j’avais déjà croisé avec les membres du groupe Caravan Palace dont il est le clavier. Il a demandé à lire le scénario et quelques semaines plus tard, il nous a proposé des thèmes avec son comparse, Julien Grunberg. Nous avions beaucoup de propositions de personnes plus connues ou installées, mais dès qu’on a entendu leur thème, sans même nous consulter, nous avons eu un coup de foudre qui ne s’est jamais démenti.

CineSeriesMag – Quelles influences pouvez-vous revendiquer? Musicalement, photographiquement, cinématographiquement..?

Stéphane Foenkinos – Musicalement, nos admirations respectives sont incluses dès le scénario : Coltrane, Tchaïkovski ou Sophie Hunger. On pense évidemment aussi à Emilie Simon qui avait composé la partition de La Délicatesse. Cinématographiquement, on nous rapproche beaucoup d’autres frères, mais notre préférence va aux Coen, sinon nous restons attachés au cinéma français des années 70 (Truffaut, Sautet, Corneau…. sans oublier quelques comédies de Veber ou Zidi) Et puis dans le désordre Haneke, Almodóvar, Woody Allen et la comédie américaine classique par exemple. En photo, nous aimons aussi les classiques et la composition d’un Irving Penn ou l’humour et le naturalisme de Martin Parr. Par ailleurs nous avons tous deux été impressionnés par l’histoire incroyable de Vivian Maier, gouvernante américaine des années 50 à 80 qui prenait des centaines de photos… retrouvées et tirées après sa mort…Et sinon on en oublie forcément!

CineSeriesMag – Comment travaillez-vous tous les deux, entre frères ? Quel type de collaboration ? Qui fait quoi ?

Stéphane Foenkinos – Nous avons la chance d’être très complémentaires dans notre fonctionnement et nos compétences. On travaille beaucoup en amont et sur le plateau je suis plus avec les comédiens quand David reste au cadre, mais toute les décisions se font à deux!

CineSeriesMagQuel est votre parcours à tous les deux ? Les difficultés rencontrées au début de votre carrière? A quoi faire face en tant que scénariste / romancier..?

Stéphane Foenkinos – Notre enfance calme en banlieue parisienne ne nous prédestinait pas du tout à des métiers artistiques. Mon frère est d’abord devenu attaché de presse et a attaqué ce métier par la communication. Mais l’écriture est arrivée et il a réussi à en vivre très vite. De mon côté j’etais prof d’anglais et la rencontre avec Jacques Doillon a été déterminante. Il m’a fait confiance et m’a propulsé directeur de casting. Plus que des difficultés, je parlerais de galop d’essais. Pendant plus de 10 nous avons travaillé ensemble sur des projets qui ne se sont pas faits !

CineSeriesMag Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Stéphane Foenkinos – Nous tournons autour d’un sujet… mais la tendance est qu’après 2 films de « femmes », nous avons envie d’une histoire d’hommes!

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Sur le tournage de La Délicatesse (copyright Jessica Forde)

CineSeriesMag – Quel importance donnez-vous aux festivals? Vous étiez intervenant au 17ème Festival international des Scénaristes de Valence et Jalouse a été présenté en AVP à Arras en octobre dernier… Quels ont été les retours?

Stéphane Foenkinos – Les festivals sont essentiels pour les rencontres d’abord entre gens du métier si éloignées de soi d’ordinaire et surtout pour tester les premiers publics et se roder aux questions qui reviennent souvent 😉

CineSeriesMag – Quels conseils donneriez-vous à de jeunes cinéastes en herbe ?

Stéphane Foenkinos – Soyez curieux! Voyez un film par jour et alternez entre une nouveauté française, un film de patrimoine, un blockbuster, un film d’auteur, un film étranger … Ne négligez pas le théâtre, la littérature, la danse, l’architecture… Mangez de la pellicule! Et aussi testez vous lors de cours de comédie, c’est bête mais cela vous sera très utile quand vous aurez à diriger des comédiens.

Remerciement aux frères Foenkinos.

Maryline, le 2e film de Guillaume Gallienne met en scène une héroïne inattendue et touchante

Après l’immense succès de Guillaume et les garçons à table, Guillaume Gallienne revient avec un 2e film radicalement différent. Il lorgne largement vers le drame, parfois un peu trop misérabiliste, mais s’en sort avec brio en s’attachant aux imperceptibles mouvements d’une héroïne touchante et jamais figée.

Elle

Elle porte son prénom en hommage à une icône (Marilyn Monroe), c’est en tout cas ce qu’elle dira à une actrice qui s’attache à la soutenir. Ce personnage sobrement décrit comme une « femme modeste » dans le synopsis est en fait, un être privé de reconnaissance, de bienveillance et de douceur.  Une scène vers la fin du film, le montrera d’ailleurs très bien. Tout tient à un artifice de théâtre, car c’est bien de jeu qu’il est question tout du long, tout tient à des souvenirs de tristesse, d’enfermement, de manque de mots. Tout tient aussi au visage que veulent bien offrir à Maryline les personnages qu’elle croise. Il y a ceux qui hurlent, qui la rejettent parce qu’elle n’est pas aussi à l’aise qu’eux, aussi forte, aussi détendue. Elle est avant tout fragile et fragilisée par des sortes de monstres humains. Heureusement, Guillaume Gallienne met aussi des adjuvants sur sa route, des personnages bienveillants (c’est le mot-clef). S’il pousse parfois le trait ou le curseur du drame un peu loin, le réalisateur sait aussi doser les péripéties de son héroïne pour la faire grandir sous nos yeux, sans qu’elle ne se renie, sans que tout à coup elle ne devienne un  papillon majestueux. Il se moque également de ce regard presque surplombant porté sur la détresse de Maryline. Une scène où Maryline est censée recevoir une vieille amie le montre très bien, car elle est un trompe-l’œil magistralement conçu. On se prend de pitié pour le personnage et Maryline nous fait alors un pied de nez.

« Comme un sourire sur ma destinée »

La force du film est surtout de distiller de la douceur, de la franchise et de la beauté aussi, une beauté qui dit que ses personnages sont justes humains. S’il malmène énormément Maryline, la caméra du réalisateur la caresse aussi, la rend belle, puissante avant de la mettre à terre l’instant d’après. Maryline est la vie tout simplement, celle qui tend la main pour l’instant d’après la renvoyer au visage, telle une claque en pleine figure. Le film est aussi une pantomime, un peu comme M qui sort la même semaine, les films partagent une force commune, celle de parler du langage, de l’impossibilité de parler, de se dire, de sortir ce qu’il y a à l’intérieur de soi. Maryline est un personnage physique qui se jette sur ceux qui la désirent, mais qui  met à terre aussi ceux qui la blessent. Elle blesse aussi son propre corps, le détruit, l’envenime, elle tombe et se relève. Pourquoi une pantomime ? Parce que le film donne à voir ce qui ne peut complètement être dit et qui va bientôt être joué, parce qu’il se repose sur le jeu d’acteur, le théâtre, les tournages et leurs coulisses. C’est un film de blessure (celle de la chanson de Léo Ferré interprétée avec beaucoup de pudeur par Vanessa Paradis) qui s’ouvre infecte, grandie, est cachée puis exposée, avant peut-être de guérir ? Non car ce n’est pas l’objectif : il s’agit pour Maryline de (se) construire autour de la blessure initiale, autour de l’endroit d’où elle vient, sans le renier. Et la scène finale ne dit rien moins que ça : c’est l’explosion silencieuse de la reconnaissance presque excessive, c’est le théâtre de la vie qui s’expose. Ce n’est pas un conte de fées, ce n’est donc pas un happy end, c’est un hymne à la possibilité de garder la tête haute, même s’il nous est arrivé de la baisser, et surtout un hymne aux doutes, aux peurs que l’on peut finir par vaincre, sans pour autant s’oublier.

« Une femme, avec quelque chose en plus » 

On ne pas parler de Maryline sans parler de son actrice principale (la prestation de tous les acteurs est excellente), Adeline d’Hermy. Elle est une tragédienne, une actrice aux mille visages. Elle est surprenante, inattendue et porte le rôle, réellement. Elle dit surtout à travers son regard, son visage et les péripéties qu’elle traverse la possibilité d’être soi sans artifice, avec simplicité : l’actrice nous livre sans cesse une émotion brute. Surtout, elle évite un écueil dans son interprétation de Maryline : elle ne la rend jamais neuneu, jamais trop « venue d’un trou paumé », car ce qu’elle dit par le corps va au-delà du cliché.

Maryline : Bande annonce

Maryline : Fiche technique

Synopsis : Maryline a grandi dans un petit village. Ses parents ne recevaient jamais personne et vivaient les volets clos. À 20 ans, elle « monte à Paris » pour devenir comédienne. Mais, elle n’a pas les mots pour se défendre. Elle est confrontée à tout ce que ce métier et le monde peuvent avoir d’humiliant mais aussi de bienveillant. C’est l’histoire d’une femme, d’une femme modeste, d’une blessure.

Réalisateur : Guillaume Gallienne
Scénario : Guillaume Gallienne
Interprètes : Adeline d’Hermy, Vanessa Paradis, Alice Pol, Eric Ruf, Xavier Beauvois, Lars Edinger, Pascale Arbillot, Clotilde Mollet, Florence Viala
Photographie : Christophe Beaucarne
Montage : Valérie Deseine
Sociétés de production : Gaumont, LGM Films, France 2 Cinéma, Don’t be Shy Productions
Distribution : Gaumont Distribution
Durée : 107 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 15 novembre 2017

France – 2017

We Blew It, l’épilogue américain de J-B Thoret : critique

Avec We Blew It, Jean-Baptiste Thoret passe derrière la caméra pour terminer son état des lieux de l’Amérique des années 1960-70, après des années à avoir poursuivi son spectre à travers son admirable travail de théoricien sur les figures phares du Nouvel-Hollywood. 

Que reste t-il des années 60-70 ? Le mirage d’une révolution contre-culturelle avortée, l’héritage intimidant d’une émancipation des consciences qui peine à trouver son équivalent aujourd’hui, l’effervescence contestataire d’une génération rentrée dans le rang ? Autant de problématiques qui n’ont jamais cessé de poursuivre Jean-Baptiste Thoret en tant que critique et théoricien du cinéma. Passeur, au sens le plus noble du terme, d’une pensée dans laquelle la place centrale occupée par la question politique n’a pas tant vocation à mettre sous sa tutelle les mécanismes cinématographiques qu’à enrichir l’expérience spectatorielle, Thoret n’a cessé de traquer le spectre des ces années fastes à travers son objet d’études, Le Nouvel-Hollywood. Une licorne dont la quête pourrait bien avoir trouvé son achèvement avec We Blew it, road-movie documentaire sur l’héritage de cette époque dans l’Amérique qui n’avait pas encore élu Donald Trump au moment où il tournait.

La fin d’un cycle

Achèvement, car comme son titre l’indique, We blew it ne cherche pas à trouver dans l’Amérique moderne les raisons d’espérer une ultime résurrection de cette époque, ni même de faire le constat de sa disparition. Ni hochet nostalgique en quête du placenta maternel ni épitaphe tardive d’une période dont l’acte de décès a été signé depuis longtemps, We blew it interroge le passé pour investir le présent, détrône les 60- 70’s de leur utopie contre-culturelle pour mettre en perspective notre époque qui semble n’en avoir rien retenu, sinon leur détournement. Autrement dit, Thoret recherche ce qui a bien pu foirer pour que le système qui devait tomber (on nous l’avait promis) ait perduré jusqu’à aboutir à ce point culminant où l’Amérique est sur le point d’élire un milliardaire populiste ayant repris la rhétorique anti-système à son compte.

Or, ce positionnement présente un impact direct sur le dispositif de We blew it. Si la forme du road-movie permet à Thoret et son équipe d’embrasser le potentiel mythologique des paysages américains, visages de cinéma à l’expression ancrée dans l’inconscient populaire, le film ne se tient pas pour autant à une posture de déférence à leurs égards. Au contraire, la caméra de Thoret s’emploie constamment à mettre leur dimension fantasmatique en perspective, comme si l’auteur faisait attention à ne pas laisser sa propre subjectivité déborder l’objectif. Indéniablement, We Blew it est un film qui a conscience de la puissance iconique de ce qu’il filme (et avec son réalisateur, comment pourrait-il en être autrement ?) tout en prenant acte de leur démystification. C’est tout le propos du film que de regarder avec la gueule de bois les motifs qui vous avaient enivré la veille, tout en espérant épisodiquement y trouver quelques raisons de replonger dans l’ivresse.

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Simulacres et simulation

De fait, le portrait de l’Amérique moderne dressé par Thoret n’est pas seulement pour lui l’occasion de dévoiler la palette de nuances que le manichéisme institutionnalisé bien de chez nous (du genre élite new-yorkaise éduquée pro-Hillary vs redneck inculte pro-Trump) interdit. C’est également une façon de dresser le contre-bilan des années 70, de faire violence à son propre imaginaire pour en interroger la construction utopique (scènes terribles où des vétérans du Vietnam ressassent leur traumatisme d’avoir été accueilli à leur retour au pays par des vindictes et anathèmes les condamnant en tant que criminels de guerre). We blew it s’interdit les certitudes, mais celle selon laquelle les années 70 telles qu’on les a vécues par procuration ont vraiment eu lieu. Thoret s’efforce d’être à l’écoute du territoire et des personnes (célèbres ou non) qui le composent, comme s’il fallait mettre en perspective la perception d’une époque et la réalité rapportée par ceux qui en sont revenus.

Au fond, We blew it est un film qui traite la question des années 60-70 pour questionner leur existence même. L’œuvre d’un réalisateur qui évolue dans un paysage d’images et trop conscient de l’impact de ces images elles-mêmes pour ne pas se demander si celles-ci n’ont pas imprimé dans la rétine de l’inconscient populaire une réalité qui n’a jamais eu cours. Une dialectique qui se retrouve notamment dans les partis-pris de mise en scène de Thoret. Cinéaste évidemment cinéphile, l’auteur multiplie les renvois au Nouvel-Hollywood pour questionner ses propres références. On pense à cette scène où la caméra se ballade à Dallas, sur la route sur laquelle JFK a trouvé la mort comme si elle scrutait les traces d’un traumatisme vivace. Au fur et à mesure que l’écran balaye le bitume, une musique oppressante tout droit sortie d’un film de Brian de Palma, soit LE cinéaste qui a fait de ce jour funeste du 15 novembre 1963 le motif de son cinéma, s’accentue et envahit tout l’espace sonore. Comme si Thoret convoquait le spectre du réalisateur de Blow Out pour déréaliser ce qu’il filme et plonger dans une abstraction angoissante, qui dépasse l’événement historique factuel pour toucher du doigt quelque chose de plus perturbant. Pour celui qui arrive dans la salle vierge de toutes références, les outils fonctionnent au premier degré, mais pour le spectateur initié à son auteur et sa cinéphilie, Thoret ramène un événement historique à sa représentation cinématographie, comme si le passage d’un événement historique dans un régime d’images spécifiques en avait altéré la réalité initiale. Le Nouvel-Hollywood a t-il inventé ces années là ? Le cinéma a-t-il crée l’Amérique ? C’est la question angoissante qui parcourt la démarche de l’auteur, qui cherche les traces de cinéma dans ce qu’il filme.

Élégie d’une époque et de sa mémoire, We Blew it est l’histoire d’un bilan, celui d’un pays vis-à-vis de sa contre-culture et celui d’un auteur pour son objet d’études et son imaginaire. Le film marque surtout une incitation à célébrer le présent en tirant un trait sur son époque, à l’instar de cet extraordinaire plan final dans lequel la caméra s’éloigne sur la route en travelling arrière, alors que le noir et blanc envahit progressivement l’image. Comme si Thoret faisait ses adieux sereins à un âge qui rejoint le livre d’images du classicisme, regardant à cet instant une dernière fois en arrière pour mieux aller de l’avant. On n’aurait pu trouver de meilleure conclusion à ce documentaire tout bonnement indispensable, tant pour ceux qui connaissent ce travail que pour ceux qui se posent des questions sur les contradictions apparentes d’une Amérique qui n’a pas encore épuisé tout ses mystères.

We Blew It : Bande-Annonce

We Blew It : Fiche Technique

Réalisateur : Jean-Baptiste Thoret
Un documentaire avec Michael Mann, Peter Bogdanovich, Paul Schrader et Tobe Hooper
Durée : 2h 17min
Date de sortie : 8 novembre 2017
Distributeur : Lost Films
France – 2017

Justice League, des hommes et des dieux

A mi-chemin entre la vision d’auteur de Zack Snyder et le savoir-faire hollywoodien de Joss Whedon, Justice League est une œuvre hybride qui peine à trouver sa place malgré quelques fulgurances.

Pour mieux comprendre Justice League, il faut d’aborder s’intéresser aux obstacles qu’a rencontré sa production. Suite à un  Batman V Superman, jugé trop sombre par une partie du public et de la critique, Warner décide de brider la vision de Zack Snyder pour offrir un produit plus consensuel. C’est annoncé : Justice League sera un film bien plus léger, à des kilomètres de la noirceur du duel entre Superman et Batman. Vers la fin du tournage, un drame personnel touche le réalisateur. Drame qui l’amène à quitter le tournage pour être remplacé par Joss Whedon, papa de Avengers 1 et 2,  supposé simplement s’occuper du tournage additionnel. Joss Whedon a tellement participé à la supervision des reshoots qu’il est crédité comme scénariste. L’intrigue est alors simplifiée et radicalement modifiée. Des personnages sont littéralement virés du film ( Lex Luthor, Iris West ). De nombreuses scènes sont réécrites pour s’adapter aux reshoots massifs. La durée du film passe de 2h40 à 1h59.  Et c’est dans cette histoire qu’on retrouve toute la débâcle qui constitue Justice League.

wonderwoman-epee-galgadotMan of Steel et Batman V Superman étaient des œuvres fortes qui brassaient des thématiques religieuses et philosophiques, caractéristiques d’un réalisateur passionné et entêté. Justice League ne raconte rien. La représentation messianique de Superman disparaît alors qu’elle était tout le propos de son parcours initié par Man of Steel. Alors que le héros devait renaître pour embrasser enfin sa destinée, il n’apparaît que dans des scènes bâclées et jamais mémorables. La majorité de ses scènes dans le film sont issues des reshoots, à se demander son rôle initial dans la version de Snyder. Et c’est ici le principal défaut de Justice League. Le long-métrage souffre énormément de son tournage additionnel. Cohabite en deux heures la vision artistique appuyée de Snyder qui s’efface derrière la conformité et l’aspect familial recherché par Warner. En somme deux films en un. Le premier film permet d’offrir des plans d’esthète et des séquences dantesques, le deuxième noie le tout sous de l’humour forcé et une intrigue impersonnelle. En résulte un produit incohérent et bancal. Tenter de modifier un dessin déjà fini ne peut donner qu’un résultat brouillon.

Lisser pour mieux régner 

On sent les trous entre les séquences qui ont souvent du mal à s’aligner de manière efficace. Un des éléments les plus significatifs est la musique de Danny Elfman. Junkie XL ayant été viré du projet par Joss Whedon pour être remplacé par Elfman. Le célèbre compositeur signe une des pires bandes originales de sa carrière : un accompagnement musical très peu inspiré, qui va puiser dans Batman de Tim Burton et Beetlejuice. Adieu le somptueux thème de Man of Steel composé par Hans Zimmer, qui peine à se frayer un chemin dans le film. Justice League perd toute l’essence et l’intensité de l’arc initié par Man of Steel. A l’exception de quelques fulgurances, les plans bibliques et symboliques de Snyder ne font plus parties de l’ensemble. Tout comme le propos qui accompagnait ces références religieuses et historiques. Défiés dans Batman V Superman, les héros sont  démystifiés et font des blagues. La recette Marvel semble avoir ruiné l’aspect mature et adulte qui était la force de l’univers cinématographique DC. Après les mauvais retours critiques, Warner a décidé de se formater plutôt que d’assumer sa vision artistique. Suicide Squad avait déjà subi le même sort. Le studio ne semble pas apprendre de ses erreurs.

aquaman-batmobile-justiceleague-jasonmomoaPourtant, tout n’est pas à jeter. Loin de là. Le long-métrage repose sur des bases solides, à commencer par les personnages. Wonder Woman est une figure humaniste et angélique qui vole la vedette à chacune de ses apparitions. Gal Gadot ne fait plus qu’un avec son personnage. Ezra Miller incarne un Flash juvénile et sympathique, qui ne maîtrise pas encore ses pouvoirs. L’Aquaman de Jason Momoa est une ré-invention badass du super-héros, longtemps considéré comme ridicule. On regrettera une sous-exploitation du personnage malgré un fort potentiel. Tourmenté, Cyborg est un des personnages clés du film dont la présence est essentielle à l’intrigue. Pour cette autre représentation de Batman, c’est plus compliqué. Le justicier perd en sérieux et en violence mais conserve un grand  charme. Il reste l’adaptation la plus fidèle de l’homme chauve-souris sur grand écran. A l’image de la première apparition du héros où il arrête un gangster, le film n’hésite pas à puiser dans l’héritage cartoon de la Justice League. De nombreuses scènes rappellent le ton amusant et décalé de La Ligue des Justiciers ou encore l’univers de la trilogie Arkham. L’interactivité entre les personnages est savoureuse, notamment à travers le tandem Wonder Woman et Batman. On pourrait même penser que le film est une adaptation quasi-fidèle du long-métrage dessin animé Justice League : War qui contait la fondation de l’équipe. Les clins d’œil aux autres recoins de l’univers DC sont nombreux mais peu appuyés, à l’exception d’une scène post-générique lourdingue et abracadabrantesque et d’ un hommage inutile au Superman de Christopher Reeve. Quelques tableaux ( Aquaman sur la Batmobile, Superman qui fait la course avec Flash ou tient le lasso de Wonder Woman) raviront les fans.

batman-flash-wonderwoman-ezramiller-benaffleck-galgadot Certaines scènes de combat sont des véritables séquences jouissives où chaque héros arrive à briller. Mais aucune n’arrive à trouver la résonance épique que les personnages devraient évoquer.  Cependant, on peut souligner que certains éléments des précédents films ( les Amazones, le Codex ) trouvent une place cohérente dans l’intrigue. Mais certaines questions laissent sans réponses : si le retour de Superman peut être justifié, comment expliquer le retour de Clark Kent ? Qu’en est-il de Darkseid ? De nombreuses scènes semblent manquer à l’appel pour pallier les lacunes de l’histoire. Malgré tout, la formation de l’équipe est sympathique bien que constituée de manière maladroite face à un Steppenwolf, méchant générique dénué de toute originalité.  Les enjeux sont moindre tant l’invasion alien qui s’annonce semble déconnectée de la vie des autres humains, à l’exception d’une petite famille en Russie. Le résultat désincarné n’est que décevant lorsqu’on devine le film bien plus intéressant que Justice League aurait pu être.

Justice League ne semble être le film de personne. Ni de Joss Whedon qui a dû modifié, sur commande, un film pratiquement abouti, ni de la Warner qui a fait du projet son Frankenstein, encore moins de Zack Snyder dont l’œuvre a été entièrement dépossédée. Justice League déconstruit tout, sans faire-exprès. D’univers esthétique et philosophique, le DCEU est devenu divertissement familial. De divinité, Superman est devenu homme.

Justice League : Bande-annonce

Synopsis : Après avoir retrouvé foi en l’humanité, Bruce Wayne, inspiré par l’altruisme de Superman, sollicite l’aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d’une attaque apocalyptique…

Justice League : Fiche Technique

Réalisateur : Zack Snyder
Avec Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot, Ezra Miller, Jason Momoa, Ray Fisher, Amy Adams, Jeremy Irons
Scénariste : Chris Terrio, Joss Whedon
Compositeur : Danny Elfman
Directeur de la photographie : Fabian Wagner
Chef monteur : David Brenner, Richard Pearson, Martin Walsh
Distributeur Warner Bros. France
Genres ! Action, Science fiction
Date de sortie : 15 novembre 2017
Durée : 2h 00min

Nationalité américaine

 

 

 

 

 

 

Steve Carell vs. Emma Stone dans Battle of the Sexes : critique

À l’occasion de l’Arras Film Festival, Battle of the Sexes de Jonathan Dayton et Valérie Faris a été dévoilé en avant-première. Retour sur leur récit de combat pour l’égalité des femmes à travers un match de tennis historique porté par l’interprétation de Steve Carell et Emma Stone.

Synopsis : 1972. La championne de tennis Billie Jean King (Emma Stone) remporte trois titres du Grand Chelem. Mais loin de se satisfaire de son palmarès, elle s’engage afin que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts de tennis. C’est alors que l’ancien numéro un mondial Bobby Riggs (Steve Carell), provocateur qui s’est autoproclamé « gros macho », met Billie Jean au défi de l’affronter en match simple…

Billie Jean King battles

Le nouveau long métrage des réalisateurs de Little Miss Sunshine n’est pas un film centré sur deux personnages, avec le récit de leur rivalité grandissante puis de leur rencontre (sportive) suivie de la naissance d’une amitié certaine, tel que Borg vs. McEnroe. À l’inverse de ce dernier, on ne peut reprocher à Battle of the Sexes de se concentrer davantage sur un personnage plutôt qu’un autre (en plus, de mauvaise manière). Le film porte bien son titre : il conte une bataille, avec les prémices du conflit, puis ses stratégies, le combat et enfin, une victoire, celle de Billie Jean King sur Bobby Riggs.

Ainsi, le métrage démarre sur le succès de la jeune tenniswoman, Billie Jean Kings, devenue numéro 1 mondiale du tennis féminin. Cette héroïne sportive s’engage dans un combat loin d’être facile à gagner au début des années 70s, l’égalité hommes/femmes. Un engagement qu’elle va d’abord mener dans son propre domaine : le tennis. BJK n’est pas extravagante même si les dialogues avec son associée Gladys Heldman (Sarah Silverman) tendent à représenter cette révolution comme une petite folie  d’une femme courageuse qui ne serait pas née à la bonne époque. En effet, la sportive fait face à nombreux machos (parfois insidieux) qui refusent tout progrès pour les femmes – et plus largement pour l’humain – sur le court de tennis. Ainsi l’égalité des salaires et le respect des joueuses leur sont refusés : « les femmes ne seront jamais aussi douées qu’un homme » entendra-t-on plusieurs fois.

Billie Jean King prouvera le contraire plusieurs fois en public : premièrement, en réussissant à mettre en place un tournoi féminin mobile qui aura son succès ; deuxièmement, en acceptant le match avec le provocateur Bobby Riggs, elle devra alors supporter toutes les provocations et extravagances du bonhomme, mais aussi du public et des journalistes dont de nombreux éléments sont machistes ou pro-« woman in the kitchen and in bed ». Puis, il y a ce fameux troisième moment, celui de la victoire de la sportive contre Bobby Riggs. Elle est alors consacrée, applaudie, félicitée par le public, des journalistes (dont certains ayant l’esprit relativement fermé juste avant le match). Et ce match sera l’une des batailles gagnées du combat pour l’égalité des sexes.

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Steve Carell / Bobby Riggs taquine Emma Stone / Billie Jean King avant le match.

Les réalisateurs Valérie Faris et Jonathan Dayton n’oublient pas de représenter la réalité sexuelle de la sportive : elle aime les femmes. Elle nie, puis l’admet. Ainsi sommes-nous témoins de la première relation passionnelle lesbienne de la tenniswoman. C’est alors que le récit d’amour doit faire face à l’Histoire. Billie Jean ne peut révéler cette face de sa vie au grand public. Il ne s’agit d’ailleurs même pas de libération sexuelle. L’héroïne découvre sa sexualité qu’elle devra occulter pendant un certain temps pour deux raisons : l’égalité hommes/femmes n’est pas le combat de l’acceptation de l’homosexualité par l’autre ou des droits civiques des LGBT. Dès lors, révéler sa sexualité pourrait ruiner le combat qu’elle mène pour les femmes sur les courts de tennis ; deuxième motif, son mari Larry explique à l’amante de Billie, Marilyn Barnett (interprétée par Andrea Riseborough) qu’ils ne seraient que des détails dans l’histoire de la sportive. Celle-ci aurait pour grand amour le tennis. Selon le même bonhomme, les détails ne doivent pas venir gêner la concentration de la championne et ainsi empêcher sa victoire, qui les dépasse tous. La sportive, elle-même, ne sera plus sûre de désirer Barnett à ses côtésparce qu’elle doit vaincre. Et pour cela, elle doit se concentrer, réfléchir, s’isoler. Son coming out attendra, et son droit de vivre librement et tranquillement en public sa sexualité aussi… Ce n’est pas le moment, lui dira avec compassion son costumier Ted Tinling (joué par Alan Cumming). Elle est déjà engagée dans un autre combat qu’elle doit mener à sa fin, la difficile battle of the sexes. Billie Jean King gagne, et plus tard, comme nous l’apprend le générique, sort victorieuse d’un autre combat : elle et Larry King divorcent ; les deux restent amis ; la championne devient la première sportive à faire son coming out ; depuis, elle continue à se battre pour l’égalité hommes-femmes ainsi que les droits LGBT. En 2009, la championne reçut la médaille présidentielle de la liberté pour de la Liberté pour ses engagements. Ainsi Battle of the Sexes, reconstruction d’un événement historique socialement et politiquement conséquent, est aussi le théâtre des batailles intimes et universelles de Billie Jean King.

Bobby Riggs victory

Même si Billie Jean King sort victorieuse de ses combats, non sans difficultés, son adversaire n’est pas en reste. Bobby Riggs est un joueur invétéré. Adepte des paris fous malgré la promesse faite à sa femme de ne plus en faire, l’ancien champion ne peut s’empêcher de s’amuser. Il gagne contre ses amis et son psy – lui aussi joueur –, dollars et voitures de luxe. Provocateur, Riggs va jusqu’à perturber une réunion d’addicts au jeu en leur disant qu’ils ne font rien de mal. Le tennisman ira jusqu’à déclarer que leur addiction serait en fait une passion qu’il mettrait mal en usage. Ces drogués aux jeux perdraient parce qu’ils jouent mal et ont de mauvais objectifs. Lui, gagne, car il réfléchit et met en place tout ce qui est nécessaire pour gagner.

Riggs entre de manière passive dans la bataille pour l’égalité des sexes : on le découvre pour la première fois regarder un show de télévision dans lequel Billie Jean King est célébré. C’est alors que vient une idée au quinquagénaire, celle de son ultime pari : vaincre la jeune championne en match libre en prétextant un combat idéologique. En effet, le tennisman s’amuse à s’appeler le « gros macho » et à se présenter comme le représentant des mâles américains et du monde contre les féministes assoiffées de pouvoir et qui voudraient prendre la place des hommes dans tous les domaines. Le récit de Riggs le provocateur est en réalité celui d’un addict de la victoire. Ce tennisman, grand champion couronné de succès et de médailles, a toujours vécu dans la course à son ultime victoire. La battle of the sexes, lancée par Riggs, représente l’opportunité pour le sportif d’avoir accès à ce dernier combat.

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Steve Carell / Bobby Riggs

Le cirque médiatique de Bobby Riggs est spectaculaire, grossier, gras, burlesque, fou, démesuré. Mais le tennisman révèle dans l’intime des brèches : il demande à sa femme prête à lancer le divorce d’être à ses côtés. En effet, le macho autoproclamé est loin d’être aussi fort qu’il le laisse paraître en public. Il demandera aussi de l’aide à son fils, en qui il a pleine confiance. Il sera d’ailleurs déçu que son fils ne l’accompagne pas au match. Bobby a peur, et s’il perdait ? Le succès économique serait moindre, sa réputation pourrait être entachée pour rien, et surtout, son ultime pari/jeu aurait échoué. Premier service, deuxième set, jeu et match : Billie Jean King triomphe du quinquagénaire qui s’est bien battu. Pendant le duel, ce dernier cesse de faire le pitre pour se donner à fond. Alors Riggs se dévoile enfin au grand public comme Battle of the Sexes expose un autre récit aux spectateurs : celui d’un champion qui n’a jamais pu se résigner à ne plus l’être. L’émotion est là, et se poursuit lors des quelques dernières images sur l’ex-champion assis dans les vestiaires. Il semble avoir pris conscience de ses failles. Sa femme le rejoint, Riggs a besoin de réconfort et surtout d’un être cher pour l’aider à traverser sa crise intime. Fini la course aux paris et défis ultimes, Bobby Riggs vient de connaître sa plus grande (et intime) victoire.

Balle de match

Emma Stone est formidable dans le rôle de Billie Jean King. Et même si l’actrice et l’ensemble du casting font le travail dans les règles de l’oscarisable, Steve Carell sort du lot. Son génie d’acteur a toujours été composé par une puissance comique intimement liée à une force dramatique d’une justesse rare. Encore aujourd’hui, Carell surprend. Emma Stone joue, travaille les strates psychologiques et émotionnelles de son personnage. L’actrice travaille la profondeur humaine de son rôle. L’effort est clairement présent à l’écran. Mais, Carell, ce roi qu’on devrait un jour consacrer, raconte Bobby Riggs avec son énergie rythmique au service de ses dialogues ; dans le burlesque transcendé des actions du personnage, ou encore dans la retenue terrible du corps comique associée à celle du tennisman vieillissant en pleine prise de conscience. Ainsi Stone est oscarisable ; Steve Carell est cinématographique.

Bande-Annonce – Battle of the Sexes

Fiche Technique – Battle of the Sexes

Réalisation : Jonathan Dayton & Valérie Faris
Scénario : Simon Beaufoy
Interprétation : Emma Stone, Steve Carell, Andrea Riseborough, Sarah Silverman, Alan Cumming, Bill Pullman, Elisabeth Shue
Directeur de la photographie : Linus Sandgren
Directeur artistique : Alexander Wei
Décors : Judy Becker
Costumes : Mary Zophres
Montage : Pamela Martin
Compositeur : Nicholas Britell
Production : Christian Colson, Danny Boyle, Robert Graf, Karen Ruth Gretchell
Sociétés de Production : Fox Searchlight Pictures, Cloud Eight Films, Decibel Films
Distribution (France) : Twentieth Century Fox France
Genre : comédie dramatique
Durée : 2h 02min
Date de sortie : 22 novembre 2017

États-Unis – 2017

The French Detective : Jean Dujardin et Luc Besson partent à la conquête de l’Amérique

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Jean Dujardin sera à l’affiche d’une série policière américaine, actuellement en développement pour le compte de la chaîne ABC. Le pilote de The French Detective sera réalisé par Luc Besson.

Les fans d’OSS 117 vont être aux anges ! Jean Dujardin, auréolé du sésame prestigieux de l’Oscar du meilleur acteur pour The Artist en 2012, va tourner dans une série policière aux Etats-Unis.  Selon des informations de Variety, The French Detective est un programme en cours de développement chez ABC. Le pilote sera réalisé par Luc Besson.

Cette série est en réalité une adaptation des romans policiers de James Patterson. L’intrigue repose sur le parcours hors du commun de l’inspecteur Luc Moncrief. Ce membre des forces de l’ordre va quitter la grisaille parisienne pour s’installer aux Etats-Unis. Il va alors intégrer la police new-yorkaise. Luc Moncrief sera alors épaulé par une collègue afin de résoudre les affaires criminelles les plus complexes de la Grosse Pomme. L’inspecteur Moncrief pourrait également bien être rattrapé par un passé trouble.

La série sera produite par Luc Besson via les studios EuropaCorp TV. Le scénario a été confié au duo Bill Collage et Adam Cooper (Assassin’s Creed) et à Jonathan Collier (Bones). The French Detective sera donc la toute première série américaine de Jean Dujardin après son conte de fées avec The Artist. Luc Besson est actuellement impliqué sur le tournage de son prochain long-métrage, Anna. Le réalisateur de Léon et de Lucy a déjà travaillé pour la télévision aux USA, en produisant la série Taken, mais jamais en tant que réalisateur.

Happy Birthdead, un slasher qui renoue avec le genre de Christopher B. Landon

Happy Birthdead a cartonné dès la première semaine de sortie au États-Unis, détrônant au box office en première semaine d’exploitation Blade Runner 2049. Ce slasher-movie Blumhouse – n’ayant amassé que 71 millions – fonctionne à tous les points de vue et on vous dit pourquoi…

Synopsis : Tree Gelbman est une étudiante contrainte de vivre la même journée tout en étant confrontée à un tueur masqué. Elle doit donc vivre cette même journée encore et encore, afin de découvrir l’identité du tueur au masque de bébé.

Malgré un sujet très succinct: revivre le même jour jusqu’à arrêter de mourir, une mise en scène dynamique et maîtrisée digne d’un épisode d’une série TV (pour ne citer que « Life Serial » 05×06 de Buffy), et surtout les pointes d’humour quasi référencées, sans oublier le jeu de Jessica Rothe (La la land, Mary + Jane) inconnue jusqu’alors au bataillon, Happy Birthdead ne peut que faire mouche et ce auprès de tous les publics, malgré un habillage teenage éculé.

Who dunnit : quand Scream ou Destination Finale rencontre Un Jour sans fin 

Le réalisateur est le fils de l’acteur producteur Michael Landon (La Petite maison dans la prairie) et a déjà fait ses armes en travaillant aux scénarios de Paranormal Activity 2, 3, 4, jusqu’à réaliser le spin-off. Alors ce n’est pas certes un gage de qualité de prime abord, et pourtant, s’il y a des talents à signaler, il faut le faire : David F. Sandberg, Fede Alvarez, James Wan qui depuis plus d’une décennie est déjà culte grâce ses trois sagas, Saw, Insidious, The Conjuring… Christopher Landon en est à son troisième long métrage, après le film de fantômes de la saga créée par Oren Peli, (P.A. The Marked Ones), et le film de zombies (Manuel de survie à l’apocalypse zombie uniquement sur Netflix), il se tourne au slasher sur des bases et un fond « déjà-vu », le milieu post- teenage et la fac américaine. On comprend très vite qu’il a dévoré tous les opus de Destination Finale, tant le macabre est habilement tissé de dérision sur les possibles morts de Tree Gelbman. A la fois donc léger et sérieux dans ce qu’il traite, le long métrage, à l’humour noir salvateur, se calque sur le supplice d’une mort certaine en fin de journée si justice n’a pas été faite, jusqu’à possiblement user des clichés propres aux films d’horreur pour les contourner.

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Concernant l’article en lien ci-dessus, bon nombre sont donc d’usage. La fille qui tombe, l’autorité inefficace, le piège de la voiture, le message sur l’abstinence (très US by the way), la fausse fin, le couteau, le masque etc, en rajoutant la fausse cachette de la baignoire, se croire en sécurité chez soi, l’homosexuel qui se cache, la beuverie, la réconciliation avec la figure paternelle… De la part d’un cinéphile, la réception est plus compréhensible, d’autant plus que la référence à Sueurs Froides et l’escalier en spirale est évidente. Le plaisir devient coupable lorsque le titre « Confident » de Demi Lovato vient rythmer la séquence d’enquête durant laquelle Tree tente de démasquer les potentiels suspects. On est proche de la dynamique d’How to Get Away with Murder qui, sur une musique sexy et électrisante, restitue l’essence captivante d’un who dunnit agatha christinien. Cette séquence se termine par un effet de transition remarquable qui la replonge dans ce lit de départ étudiant. Les plus acariâtres se plaindront d’univers, figures ou détails déjà-vu : le médical, l’amphithéâtre, la course poursuite au parking ou la musique montée en puissance à la Bernard Hermann, circulaire angoissante très travaillée relativement stridente à la Death Silence qui utilisait les sonorités du jouet carrousel pour enfant, ponctuée ici de poussées abyssales. Le compositeur Bear McCreary compose essentiellement pour la télévision avec les bandes originales de Battlestar Galactica, Defiance, Davinci’s Demon, Marvel : Les Agents du S.H.I.E.L.D, Black Sails, Outlander ou encore Damien. Nous remarquerons que la séquence intérieure avec sa coloc est jouée en fond sur « Ophelia«  de The Lumineers proposant une brève rupture indie folk réconfortante.

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Il faut remarquer que le co-scénariste, Scott Lobdell, est spécialiste de science-fiction. Il a travaillé  sur nombre de comics notamment sur les albums de la franchise X-Men et soumet ici, un récit à la fois pêchu et ambitieux. S’adressant à la génération Y ayant baigné dans les séries américaines adolescentes où le campus universitaire est le principal lieu de tous les crimes (Dawson, Buffy, Beverly Hills, La Guerre des Stevens, Sauvé par le gong ou plus récemment Smallville, Community, Greek, Friday Night Lights…), Happy Birthdead s’articule comme une série MTV(+)/Netflix(-) avec le courage et les moyens d’un blockbuster. Critiquons le ressassé, mais remarquons l’ingéniosité aux multiples influences de ce pop corn slasher movie qui s’attaque à l’utile et l’agréable comme une oeuvre de Poe, Gautier, K. Dick ou Lovecraft ferait matière noble du concept freudien de l’inquiétante étrangeté.

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Nous ne sommes jamais laissés de côté et le plaisir donc coupable est entier. Christopher Landon propose un slasher movie plus intelligent qu’il n’y paraît. A la manière d’une fable un peu déconcertante, Happy Birthdead, confirmant que l’horreur est devenu le genre le plus rentable d’hollywood, s’adresse à tous ceux qui ne prennent pas le temps de renouer avec leur parent, de se regarder vraiment dans un miroir pour prendre conscience de toute la superficialité que notre société, régie par les apparences, nous conduit à admettre comme seule loi.  Mais aussi et surtout de faire le deuil des mauvais choix quitte à devoir lutter pour notre propre survie. Le prince charmant est loin d’être synonyme de beauté ou d’intelligence. Le grand méchant loup n’est pas seulement le psychopathe tueur en série. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois et notre anniversaire est loin d’être le plus beau jour de l’année. Ça tout le monde l’avait compris…

Happy Birthdead – Bande Annonce

Happy Birthdead – Fiche Technique

Titre original : Happy Death Day – Bonne fête encore ! (titre québéquois)
Réalisateur : Christopher B. Landon
Scénario : Christopher B. Landon et Scott Lobdell
Interprétation : Jessica Rothe (Tree Gelbman), Israel Broussard (Carter Davis), Ruby Modine (Lori), Annika Harris (Jodie), Rachel Matthews (Danielle), Charles Aitken (Gregory)…
Photographie : Toby Oliver
Montage : Gregory Plotkin
Musique : Bear McCreary
Décors : Gretchen Gattuso
Producteurs : Jason Blum, Angela Mancuso, Ryan Turek, John Baldecchi et Seth William Meier
Société de production : Blumhouse Productions pour un budget de 5 millions $
Distributeur : Universal Pictures
Durée : 95 minutes
Genre : horreur – slasher – thriller
Date de sortie : 13 octobre 2017 (usa) – 15 novembre 2017 (France)

The Crow Reborn : Jason Momoa rassure les fans en annonçant un tournage imminent

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Jason Momoa, actuellement à l’affiche de Justice League en Aquaman, vient de donner des nouvelles rassurantes du projet The Crow Reborn. Le tournage de cette nouvelle adaptation de l’œuvre culte de James O’Barr devrait donc bien voir le jour à Hollywood.

Le tournage de The Crow Reborn pourrait donc finalement débuter dans les mois à venir. Selon des informations d’Allociné, le comédien Jason Momoa vient en effet de dévoiler des messages encourageants sur son compte Instagram au sujet de ce projet cinématographique.

Ce long métrage ambitieux sera réalisé par Corin Hardy (Le Sanctuaire, The Nun). Ce projet de relancer la franchise The Crow était annoncé depuis un long moment à Hollywood. Le long métrage a pourtant été repoussé à de multiples reprises.

Jason Momoa vient donc de dévoiler sur son profil une image avec le visage du personnage emblématique du comics. Le message, qui accompagne l’illustration, laisse augurer d’une mise en chantier de la production de manière imminente.

J’ai attendu siiiiiiiiiii longtemps. @corinhardy Faisons-ça, aloha j.

Le réalisateur Corin Hardy a également posté une photographie récente à propos du film. Le cinéaste a évoqué un « monstre à deux têtes ». Corin Hardy est associé à ce projet depuis le milieu de l’année 2016. Le cinéaste s’était d’ailleurs déjà montré confiant et encourageant cet été au sujet du film.

The Crow retrace le destin tragique d’Eric Draven. Ce jeune homme est sauvagement assassiné avec sa petite amie par un gang de criminels. A la manière de Spawn, Eric Draven sera ramené à la vie par un sortilège, grâce à un corbeau. Doté d’une nouvelle apparence terrifiante (un visage maquillé de blanc et les yeux cerclés de noir), Eric Draven va tenter d’assouvir sa quête de vengeance en éliminant les membres du gang responsables du meurtre de sa bien-aimée.

The Crow risque de faire un carton auprès de la jeunesse gothique et des fans de rock. Si le réalisateur et l’équipe impliquée sur le tournage prennent les bonnes décisions et restent fidèles au comics d’origine, ce film de super-héros pourrait être beaucoup plus sombre et percutant que les œuvres assez mainstream comme la série des Avengers. Reste à savoir si The Crow Reborn empruntera le chemin tracé par la récente vague d’adaptations classées R et assez irrévérencieuses comme Deadpool et Logan.

Vincent Perez, Edward Furlong et Eric Mabius ont également incarné Eric Draven par le passé. La carrure impressionnante de Jason Momoa (Conan, The Bad Batch) promet des scènes d’action à couper le souffle. Le tout premier film avait été malheureusement endeuillé suite à l’accident tragique qui a coûté la vie à Brandon Lee en 1993, sur le plateau.

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Ex-Libris – The New York Public Library, de Frederick Wiseman : être et savoir

Inlassablement, Frederick Wiseman remet son ouvrage sur le métier pour y tisser un portrait critique de l’Amérique. Cette fois-ci, c’est de la New York Public Library qu’il s’agit, une bibliothèque d’une grande envergure qui est comme il est dit dans le film « plus qu’un lieu où on stocke les livres »

Synopsis : Frederick Wiseman investit une grande institution du savoir et la révèle comme un lieu d’apprentissage, d’accueil et d’échange. La New York Public Library incite à la lecture, à l’approfondissement des connaissances et est fortement impliquée auprès de ses lecteurs. Grâce à ses 92 sites, la 3ème plus grande bibliothèque du monde rayonne dans trois arrondissements de la ville et participe ainsi, à la cohésion sociale des quartiers de New York, cité plurielle et cosmopolite.

Comment cet incomparable lieu de vie demeure-t-il l’emblème d’une culture ouverte, accessible et qui s’adresse à tous ?

 Des livres et nous

Prendre la décision d’aller voir un film de Frederick Wiseman peut parfois s’apparenter davantage à une nécessité qu’à l’anticipation d’un simple plaisir de cinéphile. Les documentaires du grand cinéaste (Jackson Heights, At Berkeley pour les plus récents) durent généralement 3 heures et plus, et son dernier, Ex-libris, n’est pas différent. Une durée qui n’est pas anodine, mais surtout un contenu qui n’est pas anodin. Immédiatement reconnaissable par leur procédé, ces kilomètres de pellicule prennent tout leur sens au montage, sans doute le plus important du travail de Wiseman, en ce que soudain, il donne un sens particulier et profond à une masse initiale importante et quasi indistincte de tournage.

ex-libris-frederick-wiseman-film-critique-main-buildingL’institution qu’il embrasse cette fois-ci est la NYPL (New York Public Library), une bibliothèque pas si municipale, en tout cas pas si publique puisqu’en plus de ceux de la Mairie de New-York, des fonds privés la financent. Avec son bâtiment phare bordant Bryant Park vers la Cinquième avenue, la bibliothèque possède plus de 90 autres annexes disséminées sur Manhattan, Staten Island et le Bronx, Brooklyn et le Queens ayant quant à eux leur propre structure. C’est dire si Wiseman a eu de la matière, c’est dire si les opportunités d’anecdotes sont pléthoriques.

Pourtant, comme à son habitude, ce n’est pas l’anecdote qu’il choisit, mais des axes bien spécifiques pour orienter son film. L’idée générale véhiculée par Ex-Libris est de démontrer l’absolue nécessité d’une telle institution pour l’épanouissement de la démocratie. Il adopte ainsi un point de vue, et par exemple fait une part belle à l’annexe Schomburg Center for Research in Black Culture, située à Harlem, avec de longs extraits de conférences menées par des personnalités telles que Ta-Nehisi Coates, cet intellectuel et journaliste noir, fils d’un Black Panther, célèbre pour avoir publié La Colère Noire, en promotion au moment du tournage. Devant un large parterre d’auditeurs concentrés, Coates parlera donc de l’expérience de dépossession de soi (disembodiment) subie par les noirs des États-Unis depuis l’esclavage jusqu’à nos jours. Ailleurs, des poèmes du premier écrivain afro-américain Richard Wright sont lus, une conférence sur le parallèle entre l’esclavage et la servitude féodale est filmée. Une autre réunion dans une autre succursale de Harlem complète ce tableau, qui montre combien la NYPL est un outil pour, par exemple, contrer l’éditeur de manuels scolaires McGraw-Hill qui présente les esclaves venus d’Afrique comme des « travailleurs migrants » ! L’instant d’après, Wiseman montre la préparation au cordeau, puis la tenue d’un dîner de gala, exclusivement fréquenté par des blancs, des donateurs potentiels, une ironie que même la grande rigueur du cinéaste n’arrive pas à dépasser, bien au contraire…

ex-libris-frederick-wiseman-film-critique-bryant-park1 2Mais Ex-Libris n’est pas un pamphlet. Frederick Wiseman ne le limite pas à cette seule thématique, même si encore une fois, elle est assez centrale dans le film. C’est une immersion totale dans cet univers de connaissances qu’il propose, au point que le passage d’une annexe à l’autre aux quatre coins des trois boroughs new-yorkais concernés n’est matérialisé que par les panneaux de signalisation verts au croisement des rues. Aucun cartel ne fera sortir le spectateur de la bibliothèque et de ses annexes, depuis ses entrailles, où on voit les employés trier la masse impressionnante des retours et des prêts de livres, jusque dans ses salles de réunions, où des seniors racontent leur lecture de l’Amour aux temps des Choléras de Garcia Marquez au travers de leurs émouvantes vies, depuis ses halls où des sans-abri cherchent de la chaleur, ou encore depuis ses grandes salles de lecture où une personne intéressée par le cancer colorectal en côtoie une autre, intéressée par des personnes particulières vivant dans une ville particulière en Autriche. Aucune distraction ne perturbera le spectateur dans sa rencontre avec les invités d’un jour, Elvis Costello ou Patti Smith, avec le Conseil d’Administration de la bibliothèque, préoccupé essentiellement par le budget et le moyen d’en disposer de plus pour exercer ce qui s’apparente à un vrai devoir citoyen. La beauté du savoir telle que donnée à voir par le grand cinéaste donne des frissons, un morceau de musique au piano, un texte lu par un célèbre céramiste britannique, un groupe de femmes senior esquissant des pas de danse sur le Celebration des Kool & the Gang, des lecteurs de tout poil, tout ça et tant d’autres petites pépites encore font partie d’Ex-Libris, un film qui parle certes des livres, mais tellement d’autres choses que la NYPL offre et qui font du lien entre les usagers, entre les hommes, rebondissant ainsi sur le leitmotiv du cinéaste.

ex-libris-frederick-wiseman-film-critique-archivesA 87 ans, et près de 100 films plus tard, Frederick Wiseman étonne encore par sa capacité à nous emmener dans ses voyages poético-politiques, sociologiques, humains tout simplement. Ses films en général, et Ex-Libris en particulier redonne du sens aux institutions qu’il étudie, et redonne du sens à nos existences qui se trouvent ainsi ancrées dans les balises que Wiseman trace. Et même si son ambition est de faire un portrait critique de plus en plus exhaustif de son pays, les États-Unis, tout finit toujours par retentir auprès d’un public largement international, dont la France qui semble s’intéresser de plus en plus à son œuvre, pour notre plus grand bonheur…

Ex Libris : The New-York Public Library – Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=7-VntBJp8Zo

Ex Libris : The New-York Public Library – Fiche technique

Titre original : Ex Libris : The New-York Public Library
Réalisateur : Frederick Wiseman
Scénario : Frederick Wiseman
Photographie : John Davey
Montage : Frederick Wiseman
Producteur : Frederick Wiseman
Maisons de production : Zipporah Films
Distribution (France) : Météore Films
Durée : 197 min.
Genre : Documentaire
Date de sortie : 1er Novembre 2017
USA – 2017

Mission Pays Basque de Ludovic Bernard : sortie DVD le 14 novembre

Mission Pays Basque, une comédie qui, sous ses airs de choc des cultures, cache en réalité une intrigue romantico-policière des plus convenues, et apparaît par conséquent bien plus anodine (et oubliable) qu’elle n’y paraît !

Synopsis : Sibylle, jeune Parisienne aux dents longues, entend briller dans ses nouvelles fonctions professionnelles en rachetant une quincaillerie au Pays Basque afin d’y implanter un supermarché. Elle s’imagine avoir «roulé» le vieux propriétaire mais ce dernier est sous curatelle. Sibylle doit donc faire affaire avec Ramon, le neveu, pour récupérer son argent et signer au plus vite. Sinon, c’est le siège éjectable assuré. Elle va rapidement s’apercevoir que les basques n’ont pas l’intention de se laisser faire par une parisienne, si jolie soit-elle.

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« Je suis ni français ni espagnol ! Je suis basque ! »

L’Ascension, le premier long métrage de Ludovic Bernard, était une bonne surprise. Sorti au début de cette année, ce périple d’un banlieusard vers le sommet de l’Everest, véritable quête du dépassement de soi, touchait par sa sincérité et ses bons sentiments, sans tomber dans la niaiserie. Malheureusement, le réalisateur ne transformera pas l’essai avec Mission Pays Basque, son deuxième long métrage, sorti de façon très discrète quelques mois après.

Et pourtant, tous les ingrédients étaient réunis pour en faire un film populaire et réussi. Basé sur un schéma d’opposition certes très classique entre deux personnages (d’un côté, une carriériste de la upper class pas vraiment habituée à la ruralité, et de l’autre un ex taulard adepte de Luis Mariano et très attaché à ses racines), le film pouvait prétendre à une petite guerre savoureuse à base de coups bas et autres instants drôles, le tout sur fond de présentation de la culture basque.

Il n’en sera rien. C’est triste à dire, mais le film n’est tout simplement pas drôle. Aucun rire à l’horizon ! Un sourire ou deux, tout au plus. Car au lieu de s’orienter vers ce type de canevas, le film préfère se concentrer sur une intrigue policière des plus pataudes, impliquant trafic d’armes, prise d’otage et amour empoisonné. Le tout filmé sans envie, ni passion, digne d’un téléfilm TF1 à regarder sous un plaid un après-midi pluvieux d’automne, alimenté par des comédiens ne donnant même pas l’impression d’essayer de faire corps avec leurs personnages avec un minimum de crédibilité sans tomber dans la caricature grossière (mention spéciale à Daniel Prévost et Damien Ferdel, horripilants !), ni de créer un semblant d’alchimie entre eux.

Et ne vous attendez pas non plus à apprendre quantité de choses sur les coutumes basques. On survolera juste quelques situations clés, comme le concours de cris de bergers, le soulevé de pierres, ou le caractère très chauvin de la population. D’autant plus dommageable que ce petit bout de terre est pour une fois mis en avant sur grand écran ! Et bien force est de constater que Mission Pays Basque échouera dans son hommage, ne rendant pas honneur à la richesse de ce coin, ni à ses magnifiques paysages.

 

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Caractéristiques techniques du DVD :

Image: 1.66 (16/9 compatible 4/3) – Couleur

Audio: Français Dolby Digital 5.1 et Stéréo

Sous-titres: Sourds et malentendants

Durée du film: 1h40

Bonus : Néant

Mission Pays Basque : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=4sc9vteUE_s

Mission Pays Basque : Fiche technique

Réalisation : Ludovic Bernard
Scenario : Michel Delgado, Eric Heumann
Interprétation : Elodie Fontan (Sibylle Garnier), Florent Peyre (Ramuntxo Beitialarrangoïta), Daniel Prevost (Ferran Beitialarrangoïta), Nicolas Bridet (Raphaël Moralès), Barbara Cabrita (Aranxa), Ludovic Berthillot (Altzibar) …
Photographie : Yannick Ressigeac
Montage : Romain Rioult
Décors : Mathieu Menut
Costumes : Claire Lacaze
Son : Amaury de Nexon

Musique : Lucien Papalu, Laurent Sauvagnac
Production : Paradis Films, Orange Studio, D.LIVINSTONE
Distribution : Paradis Films
Durée : 100 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie DVD : 14 novembre 2017
France – 2017

 

Sparring : rencontre avec le réalisateur Samuel Jouy

Après la découverte en avant-première de Sparring lors de l’Arras Film Festival, place à la rencontre avec son réalisateur Samuel Jouy.

Le Quotidien du Cinéma – Votre film est d’une certaine façon l’histoire d’un homme qui n’a jamais eu son épopée, à l’inverse de Rocky. Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter cette contre-histoire de la boxe à travers un personnage qui n’a jamais été destiné à briller sous les spotlights ?

Samuel Jouy : « Déjà, il y avait quelque chose qui m’intéressait dans la fonction de sparring partenaire. Il y avait autre chose : il y a quatre-vingt à quatre-vingt-cinq pour cent des boxeurs professionnels qui sont des boxeurs comme Steve. C’est-à-dire des mecs qui ne seront jamais destinés à être en haut du panier, qui sont juste là pour donner la réplique. Ça m’intéressait de parler de ces gens là, parce que je trouve qu’on ne les montre jamais au cinéma. Et je ne voulais surtout pas qu’il y ait de possible accès à une étoile ou de possible rédemption, ou autre. Donc c’était un pari risqué parce qu’on peut avoir un personnage qui a une trajectoire horizontale. Mais je faisais confiance au personnage et à l’acteur qui allait l’incarner. Et voilà, c’était rendre hommage à ces hommes de l’ombre. Si j’avais voulu faire un film sur le cinéma, j’aurais fait un film sur un figurant. »

CineSeriesMag – La scène où la fille voit son père se faire moquer, c’est une scène d’humiliation terrible. Elle est très psychologique, et il y a aussi une violence physique, plus intime que spectaculaire. On pense par exemple au personnage de Steve qui explique avoir des pertes de mémoire… C’est très fort de la représenter au cinéma.

Samuel Jouy : « Oui, eh bien merci beaucoup. C’est vrai. J’ai été bien aidé par les acteurs, parce qu’il y avait un parti pris avant le tournage que j’avais imposé. Je voulais que les coups soient portés. Donc ça change déjà par rapport à des films où il n’y a que des poings qui passent devant les visages, etcetera. Ici, dans les yeux des acteurs, on sent la violence. Et puis, il y avait Souleymane (M’Baye, champion du monde de boxe des super-légers), et tous les autres sont de très bons boxeurs aussi. »

Steve (Matthieu Kassovitz) et Tarek (Souleymane M’Baye) s’entraînent.

Le Quotidien du Cinéma – Vous capturez des moments qui sont parfois un peu délaissés dans les films de boxe. Par exemple, il y a cette scène où on voit Matthieu Kassovitz qui entre pour la première fois dans l’hôtel qui sert aussi de salle d’entrainement. Vous filmez en plan-séquence, on ressent tout, sa nervosité, sa peur de monter sur le ring… Et ça passe par des éléments de mise en scène qui ne sont pas forcément ostentatoires, mais travaillés de manière discrète sur le son, le cadrage… Comment avez-vous pensé cela ?

Samuel Jouy : « Complètement, ça me fait plaisir que vous l’ayez remarqué, déjà. Parce que ce sont des paris assez risqués, parce que je voulais quelque chose de sobre, de délicat. Je voulais exprimer des sentiments forts avec des moyens sobres. Alors c’est toujours risqué parce qu’il y a déjà des gens qui ne voient pas le film. Il y en a qui passent à côté de mon film. Je peux le comprendre. Par exemple, je voulais raconter la violence de la boxe de manière physique. Je me disais qu’un mec qui se réveille, qui a l’œil collé sur l’oreiller à cause des coups pris la veille, ça fait travailler l’imaginaire du spectateur sur la violence, et ça m’intéresse davantage. Le son, on l’a travaillé à mort. Le son des coups… Je fais de la boxe et je n’ai jamais entendu le son que je connais des gants de boxe dans un film du genre. Parce que c’est quelque chose de presque délicat, de soft. Alors que d’habitude, on accentue… (…) Mais nous on était dans autre chose, je voulais quelque chose de sensuel dans le bruit des gants, pas qui inspire de la violence. »

« Le mec qui fait sa lessive, qui met ses bouteilles dans ses gants, c’est par ces petits détails là que je voulais raconter la boxe. »

– Samuel Jouy –

CineSeriesMag – La délicatesse est aussi présente au niveau musical. Il y a un moment marquant dans le film, lorsque vous utilisez La Valse Triste. Est-ce que cela participait à votre vision de la boxe, c’est-à-dire un spectacle physique – il y a quelque chose de très dansant – et pathétique dans le sens de poignant ?

Samuel Jouy : « Complètement. La Valse Triste est un chef d’œuvre de la musique classique. Il y a beaucoup de metteurs en scène qui ont essayé de l’utiliser mais comme les ayant-droits sont des fous, c’est impossible. (…) Mais c’est grâce à mon producteur. Beaucoup d’autres l’ont voulue, mais les ayant-droits ont demandé des sommes astronomiques. Et moi je lui ai dit : « okay, si on n’a pas La Valse Triste, eh bien je remonte complètement le film » puisque j’ai toujours pensé à ce moment là avec La Valse Triste. Parce que, comme tu le dis, c’est une valse, il y a quelque chose qui envoûte, qui entraîne tout le mouvement. Et puis il y a une mélancolie dans ce morceau qui colle parfaitement au personnage de Steve. J’adore quand il y a le plan sur lui, que la valse repart et que lui a son coach dans le grand hôtel et que l’autre (Tarek M’Bareck, le champion sur le retour interprété par Souleymane M’Baye) est en train de se faire bander les mains… Je ne parle pas en tant que réalisateur, mais en tant que spectateur, c’est un de mes moments préférés du film. »

La Valse Triste, Jean Sibelius, orchestré par Herbert Von Karajan.

Le Quotidien du Cinéma – Cette délicatesse se ressent aussi dans le choix de Matthieu Kassovitz. Ce n’est pas quelqu’un qu’on aurait imaginé dans le rôle, mais il a en lui une délicatesse qui éponge la violence qu’il encaisse sur le ring. Aussi vous imposez une silhouette. Il semble crispé dans sa manière d’avancer. Comment avez-vous travaillé avec l’acteur ? Et est-ce que vous avez pensé ainsi le personnage dès le début du processus de création ?

Samuel Jouy : « Oui, en fait, j’ai passé beaucoup sur l’écriture du film, quatre ans. Et quatre ans c’est beaucoup pour écrire un scénario. Avec mon producteur, on avait fait le tour de tous les acteurs du cinéma français, ceux qui vous amènent de l’argent, ceux qui ne vous en amènent pas. Et je connais bien les acteurs, même ceux du théâtre (…). Je ne trouvais pas mon personnage idéal. Et je n’avais jamais pensé à Kassovitz. En fin d’écriture, un jour, j’ai eu un flash, je me suis dit : « putain mais Kassovitz ». Mais il était un peu plus vieux que le personnage que j’avais écrit qui avait trente-huit, quarante ans. Et Matthieu a déjà quarante-huit, cinquante. Et quand j’ai pensé à lui, je me suis que c’était fait pour lui. Je suis allé voir s’il faisait de la boxe, j’ai vu qu’il faisait de la boxe. Ce qui se passe, c’est que les grands acteurs sont des corps. Et Matthieu, le premier plan sur lui, avec le tatouage… Il y a le tout le personnage. Et puis, Matthieu arrive à un moment de sa vie où lui aussi a encaissé des trucs. Donc il a eu l’intelligence de le mettre dans sa démarche. Et puis c’est un instinctif, pas un mec qui intellectualise, donc au fur et à mesure des jours de tournage, je le voyais de plus en plus prendre la posture du personnage. Et même dans le rythme, dans la parole, il parlait un peu plus lentement. »

« C’est pour ça que c’est un très grand acteur. »

– Samuel Jouy à propos de Matthieu Kassovitz –

CineSeriesMag – Il y a eu un travail important sur les scènes du quotidien. On se laissait imaginer un Kassovitz assez violent, assez sombre. Et c’est tout le contraire, on a un vrai père de famille à l’écran.

Samuel Jouy : « Eh bien ça, c’est lui. Je le voyais comme ça aussi. Je vais te donner un exemple. Il y a eu la scène de famille où vers sa fin, elles (la mère et la fille) insistent pour quelque chose et lui dit « ah vous me saoulez, je me casse » et il sort fumer un joint dans le garage. J’imaginais la scène beaucoup plus violente, je lui disais : « vas-y ». Il me répondait : « non, non, non, je le sens pas si violent ». Il y avait un autre moment sur la plage… Je lui disais : « lorsqu’il te dit : « j’ai pas besoin d’un sac », tu lui rentres dedans : je suis pas un sac, d’accord ? » et lui me disait : « non, parce que c’est irrespectueux vis-à-vis de lui et que ça n’est pas le personnage ». Donc il avait un truc… C’est ça les grands acteurs, à un moment, ils vous font voir l’endroit où vous êtes surpris alors que vous avez écrit le rôle. Et il avait raison là-dessus. Je pense que si Steve avait eu cette agressivité que j’imaginais, ça l’aurait un peu diminué quelque part. Alors que là, le mec est formidable. »

CineSeriesMag – Il est surprenant, il a une humilité qui est complètement inattendue. Il se prend des coups tous les jours. D’ailleurs, même si vos coups sont portés, l’utilisation de la musique que vous faites montre à quel point ces boxeurs ne sont pas des tordus qui se mettent des coups, mais bien des sportifs. Pas juste des gladiateurs modernes, mais des êtres humains qui se donnent complètement, et cela dans le respect de l’autre ?

Samuel Jouy : « Oui, oui, complètement. Je voulais aussi qu’on sente ce truc étrange lorsqu’on ne connaît pas bien la boxe qui consiste en ce que les mecs se tapent, et à la fin, deviennent amis. C’est un truc qui est surprenant. Quand je suis avec des potes ou dans ma famille, qui connaissent pas trop la boxe, on me dit : « ils se sont tapés sur la gueule pendant une heure, et maintenant ils se prennent dans les bras ». Ma mère me disait ça l’autre fois. Je lui dis : « bah oui mais c’est ça la boxe ». Et peut-être que dans nos sociétés, on n’a pas assez la culture de la frappe, et qu’elles seraient moins violentes… »

 « Les films, quand ils sont bien faits, racontent des choses à tout le monde. »

– Samuel Jouy –

 Le Quotidien du Cinéma – On reproche souvent aux acteurs qui font un film de boxe d’être des acteurs qui se sont formés à la boxe « deux semaines avant », mais ici, même si on sent que Kassovitz s’est énormément entrainé, ça sert énormément le film, puisqu’on voit alors la différence de technique entre Souleymane, qui incarne le champion, et Matthieu Kassovitz. Justement, comment s’est passé leur échange ?

Samuel Jouy : « C’était génial, parce qu’une fois qu’il a accepté le rôle… Il avait des bases de boxe thaï, mais ça n’a rien à voir, c’est pas la même garde, pas les mêmes appuis. Il s’est investi à fond dans la boxe anglaise. Et Souleymane et lui se sont entraînés ensemble, j’avais mes autres potes qui font les sparring, qui sont des acteurs mais qui sont d’excellents boxeurs que je connais. Ce sont des amis. Tous les gens autour du ring sont de mon club de boxe. Donc les mecs se sont entrainés deux-trois mois, ils ont baigné dans la boxe. Et Matthieu a progressé vraiment très vite. Et c’est vrai qu’à l’inverse de ce qui se fait habituellement dans les films où ce sont des chorégraphies apprises par cœur, là je leur donnais des thèmes, pas des chorégraphies. Je leur disais : « voilà, pendant une minute, toi tu essaies de le toucher deux coups, – comme on fait dans les entraînements de boxe – et toi tu esquives un coup ». Ce qui fait que les mecs boxent vraiment, dans un canevas. (…) ça donne un truc différent je trouve. »

CineSeriesMag – Par rapport à la scène finale, lorsqu’on voit la fille passer tant bien que mal un concours. Steve l’observe, sourit, puis quitte le champ et l’espace. Peut-on dire du père qu’il a terminé son cycle, et que maintenant, c’est sa fille qui poursuit les efforts, le combat, avec ses échecs et succès dans un autre domaine ?

Samuel Jouy : « Il y a de ça, oui. (…) Pour moi, cette audition de fin, ce que je raconte, c’est qu’il l’a amenée jusque-là, et que maintenant, elle ne joue pas parfaitement bien. Il y a ce moment où on voit qu’elle hésite un peu, c’est pas une Mozart du piano, c’est pas une naze. C’est quelqu’un comme lui, mais elle a le droit d’avoir sa chance. C’est ça la dernière scène, entre autres choses. Et puis si tu vois autre chose dedans, c’est très bien. Chacun y voit ce qu’il veut. »

Remerciements : Samuel Jouy, EuropaCorp Distribution.

Sparring, sortie en salles prévue le 22 novembre 2017.

M, le premier film de Sara Forestier entre fougue et naïveté

M est un premier film, une toute première fois touchante et fougueuse qui manque parfois d’originalité dans le récit de l’histoire d’amour, mais qui sait créer de l’émotion, en jouant sur les corps à corps au-delà des mots. En effet, Lila est bègue (c’est Sara Forestier) et Mo ne sait pas lire (c’est Redouanne Harjane), mais ils vont s’aimer, se déchirer et peut-être bien se retrouver.

« Toi et moi contre le reste du monde »

M est un premier film qui n’hésite pas à foncer dans les clichés des histoires d’amour grandiloquentes, impossibles et qui finissent bien en général. Pourtant, Sara Forestier y distille de la douceur comme de la brutalité et donne au personnage de Lila une interprétation plutôt touchante. On regretta seulement un sens de la mise en scène plutôt minimaliste voire absent, les plans se succèdent sans audace particulière, et surtout sans construction savante. Cependant, ce n’est peut-être pas ce que recherche Sara Forestier qui décide avec M de se placer du côté de l’émotion, en refusant de prendre des postures et en osant même la naïveté assumée dans la construction de son histoire d’amour centrale : du coup de foudre au rabibochage express. Le film finalement lui ressemble : fougueux et naïf, doux et rugueux, fonçant dans le corps à corps des gens qui s’aiment, qui se racontent et qui s’écorchent, toujours à vif. La mise en scène est une mise en scène du corps, sans cesse clouée à eux, à leurs désirs, à leurs douleurs. Ainsi, Mo (le fameux « M » du titre, mais pas que) est un homme sec et nerveux. Sara Forestier répète ainsi à loisir (en interview) que Redouanne Harjane a dû perdre 20 kilos pour ce rôle. C’est d’ailleurs son tout premier rôle qu’il interprète tel un animal en cage. Il dessine un être blessé, un gueulard qui roule à fond dans sa bagnole de « sale type » ou de « frimeur » comme dirait sœur de Lila, petite fille sauvage, elle aussi. Pourtant, il joue surtout une fêlure, un gars qui veut une toute petite souris à protéger et qui ne supporte pas trop quand elle sort de sa cage, s’épanouit. Mais Lila n’est pas prête à se ratatiner devant lui. Elle va aller percer son secret, l’émouvoir comme jamais, l’accompagner. S’aimer c’est aussi parfois être la béquille de l’autre, son cocon, un peu à la « toi et moi contre le reste du monde ».

Pour le réconfort

L’originalité ou du moins l’intérêt du propos de Sara Forestier tient peut-être dans sa réflexion sur le langage ou du moins l’impossibilité à le faire émerger. Quand Mo rencontre Lila, elle ne parle pas ou plutôt elle refuse de parler, par peur du ridicule, par crainte de ne pas parvenir à terminer sa phrase à temps. Elle est bègue et en a honte. Elle veut alors faire un dessin à Mo, écrire, mais lui qui ne sait pas lire et ne veut pas le dire le prend très mal. Il se jette donc sur elle, la griffe, l’emprisonne, la force à sortir un cri. C’est le temps du corps à corps, des séances de lutte doucereuses entre les deux amants (avant les séances de lutte tout court). Il a 30 ans, elle en a 18 (même si on peine un peu à croire à cette histoire de Sara Forestier qui passe le bac). On sent très bien les influences d’une actrice qui a fait ses débuts auprès d’Abdellatif Kechiche. Il n’y a pas de concession. Il y a de la poésie (métaphorique et réelle, balancée comme ça sur un fond noir, ce sont les mots de Lila), sur les contraires qui s’attirent, le besoin de réconfort.  Il y a donc beaucoup de déjà-vu dans M, mais aussi des scènes très atypiques, comme ce coup de foudre improbable, cette longue non-conversation dans la voiture, où rien ne sort, un dîner improbable dans un restaurant. Et tous ces moments où le corps ne peut plus rien quand se sont les mots qui doivent sortir et que rien ne vient, quand c’est trop dur, quand on ne veut plus. Récemment, Sara Forestier a dit combien l’injonction à être sexy pour une femme pouvait être étouffante et devait être combattue, dans M, elle prouve complètement cela et ses personnages se fichent des apparences. Mo cogne, refuse qu’on lui parle mal, gueule. Lila ne parle qu’à ceux qui l’écoutent, écrit des mots dégueulasses qu’elle rend beaux. C’est un film sauvage, naïf, tendu, rêveur, tout ça à la fois. Il promet à Sara Forestier quelques moqueries, mais il touche aussi au cœur, car il ressemble à d’autres histoires d’amour filmées au cinéma et à aucunes à la fois. Les acteurs sont incroyables souvent, Redouanne Harjane ne semblant pas toujours savoir comment jouer juste, mais donnant beaucoup. M frise parfois le ridicule mais atteint souvent quelque chose d’autre, entre le burlesque et l’art de rue, comme un cri dans la nuit, qui viendrait du tréfonds d’un corps qui enfin se libère. Car la nuit, le silence est unique, transperçant, inspirant autant que déchirant.

M : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=UjrYvWSQ5gM

M : Fiche technique

Synopsis : Mo est beau, charismatique, et a le goût de l’adrénaline. Il fait des courses clandestines. Lorsqu’il rencontre Lila, jeune fille bègue et timide, c’est le coup de foudre. Il va immédiatement la prendre sous son aile. Mais Lila est loin d’imaginer que Mo porte un secret : il ne sait pas lire.

Réalisation : Sara Forestier
Scénario : Sara Forestier
Interprètes : Sara Forestier, Redouanne Harjane, Jean-Pierre Léaud, Liv Andren, Nicolas Vaude, Djouhra Lacroix
Photographie : Guillaume Schiffman
Montage : Eric Ambruster, Pauline Casalis, Louise Decelle, Isabelle Devinck, Sara Forestier, Joëlle Hache
Producteurs : Hugo Sélignac et Vincent Mazel
Sociétés de production : Archipel 35, France 3 Cinéma
Distribution : Ad Vitam
Genre : drame
Durée : 98 minutes
Date de sortie : 15 novembre 2017

France – 2017