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Jalouse, une comédie douce amère à ne pas manquer des frères Foenkinos

Les deux frères s’emparent à nouveau de la caméra après La Délicatesse (adaptation de leur roman ayant reçu deux nominations aux Césars 2012) avec Jalouse, une comédie dramatique douce amère qui touche en plein cœur, notamment grâce à Karin Viard qui nous offre un de ses plus beaux rôles.

Synopsis : Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa ravissante fille de dix-huit ans, Mathilde, danseuse classique, son champ d’action s’étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage… au risque de faire le vide autour d’elle.

L’enfer, c(e n)’est (pas que) les autres…

L’un est romancier, l’autre directeur de casting et scénariste, ils ont visé juste en 2011 en donnant à François Damiens et Audrey Tautou, les rôles de deux amoureux a priori incompatibles dans l’adaptation du roman de David Foenkinos, La Délicatesse. Six années après, ils reviennent ensemble pour donner à Karin Viard un de ses plus beaux rôles, celui d’une quadra-quinquagénaire au bord du burn out. La faute à la ménopause? Pas seulement. Nous ne sommes pas tous et toutes des femmes célibataires en plein midlife crisis (crise de la quarantaine semble être une rapide et mauvaise traduction) et pourtant l’impact d’une vie bancale, incomplète résonne en chacun de nous. Voir son ex heureux avec une plus jeune aux premiers abords ingénue et tendrement peu réactive joue un peu sur son humeur et ce malgré le deuil de la rupture faite. L’humain est conçu de la sorte. « Pourquoi l’autre avant moi? » Voir sa propre fille talentueuse qui avait l’habitude de papillonner heureuse en couple doit probablement peser dans la balance. Et la goutte d’eau provient de cette nouvelle professeure dans ce lycée préparant à Khâgnes, tout juste âgé de 28 ans sous les traits d’Anaïs Demoustier. On manque tous probablement de recul nécessaire et ce n’est pas la proche compagnie – Anne Dorval en meilleure amie – qui va apporter le souffle nécessaire. Les acteurs sont triés sur le volet, on retrouve Mathias de 10% (Thibault de Montalembert est un peu trop dandy), le jeune Tom de Quand on a 17 ans d’André Téchiné (Corentin Fila est le jeune amoureux transit) et Bruno Todeschini qu’on ne présente plus en prince charmant à retrouver. La synthèse est maladroite, car malgré l’étiquette, le cliché n’a rien de pesant, si tant est qu’il en soit un. Bien au contraire, la plongée dans le quotidien se fait le plus naturellement possible et il est de plus en plus rare d’assister à de réelles tranches de vie, comme puisées du réel, tout en immergeant le spectateur dans les méandres subtiles du personnage principal.

Ici, Karin Viard interprète, avec toujours sa gouaille rieuse, cette mère célibataire professeur de lettres qui glisse progressivement vers la dépression. Les deux réalisateurs ont, avec la plus grande des délicatesses, réussi soigneusement à nous transporter dans le récit de cet(te) mère/femme/individu pas mal dans sa peau, mais un peu trop négative sans jamais effleurer la moindre pesanteur ou impression de déjà vu essentiellement liée au stéréotype. Il n’est en effet pas rare de voir que le long métrage est souvent prétexte au concentré isolé comme un effet de loupe grossissante plus qu’un passage, entrecoupé, comme choisi aléatoirement, d’une vie. A l’anniversaire de Mathilde (la danseuse l’emporte sur l’actrice, peu charismatique), Nathalie sa mère, aux allures antipathiques par son amertume joviale, ne peut que nous faire décrocher le sourire, mais on sent toute la lourdeur qui découle d’un sentiment de manque. Karin Viard est de celle qui arrive toujours à provoquer l’empathie, comme Juliette Binoche ou Meryl Streep (si l’on excepte Le Diable s’habille en Prada). Et le spectateur cherche, comme il chercherait en lui, l’intérieur du problème avec la légèreté d’une comédie au mot bien trouvé (« je peux pas, j’ai piscine »). Bien que la rencontre avec Monique à la piscine peut paraître téléphonée, l’ensemble est traité avec suffisamment de maîtrise pour nous captiver, malgré un sujet peu réjouissant, aux relents amers. Après avoir collaboré avec la talentueuse Emilie Simon dans La Délicatesse, les réalisateurs ont accepté de travailler avec deux nouveaux talents issus notamment du jazz pour Paul-Marie Barbier, – pianiste, vibraphoniste et percussionniste dans le groupe électro swing Caravane Palace – pour composer la bande son inspirée d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind. La musique moderne, spontanée et singulière laisse son empreinte et contribue à l’adhésion de cette comédie romantico-existentielle.

L’arc sentimental par ailleurs n’empiète pas sur l’arc principal, qui est la compréhension de soi, faceaffiche-jalouse-karin-viard à son entourage et sa famille, et cela permet une meilleure respiration. Par conséquent, Bruno Todeschini ne tient pas le haut du podium tant il est effacé du tableau. Le personnage de la meilleure amie jouée par Anne Dorval peut sembler plus adjuvant que réelle entité, mais pourtant son implication est entière. La plus grande surprise vient de Marie Jule Baup et de son personnage, la nouvelle compagne de l’ex mari, qui ne semble pas avoir inventé l’eau chaude et pourtant d’une gentillesse et d’une humanité sans limite qui la rend la plus intelligente de tous. Karin Viard occupe tout l’espace, tout le champ. Si l’on se reconnait par ses traits sarcastiques et maladroits, dans ses propos peu réfléchis, l’empathie crève l’écran. Mais si le spectateur se tient à quelques lieux de ce genre de problème, la dépression, la maladresse, le mal être intériorisé, il sera probablement moins réceptif à toutes les nuances et les subtilités de l’écriture. Ce qui pose une question cinéphilique et théorique intéressante à (re)soulever : faut-il se reconnaître pour entrer dans la fiction?¹. François Mauriac déclare dans Le romancier et ses personnages en 1933 que les personnages de roman – à étendre à la fiction – « nous aident à nous mieux connaître et à prendre conscience de nous-mêmes. » 

Stéphane (qui apprécie les caméo, ici en professeur de yoga) et David Foenkinos déploient une énergie et une justesse telle que, malgré des légères faiblesses ou imperfections, comme la fille plus danseuse qu’actrice ou l’ex mari trop bobo, l’admiration prend le pas sur les possibles critiques faites à leur encontre « un scénario bon enfant », « un portrait trop amer », « une jalousie mère/fille caricaturale », « une comédie douceâtre peu inspirée ». A côté, Aurore de Blandine Lenoir, déjà décapant, avec Thibault de Montalembert plus accessible par sa barbe et Agnès Jaoui, est une comédie plus cocasse et directe dont le message semble moins touchant. Ce deuxième long métrage des frères Foenkinos est empli de poésie et de tendresse qui nous décroche une larme sincère sans nous remuer. A voir et à revoir…

¹ lire à ce propos Le Signifiant Imaginaire, Christian Metz, 1977

Jalouse : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=LyRB5voCAFg

Jalouse : Fiche Technique

Réalisation : David et Stéphane Foenkinos
Scénario : David et Stéphane Foenkinos
Interprètes : Karin Viard, Anne Dorval, Thibault de Montalembert, Marie Jule Baup, Anaïs Demoustier, Dara Tombroff , Bruno Todeschini, Marie-Julie Baup, Corentin Fila, Stéphane Foenkinos, Éric Frey.
Photographie : Guillaume Deffontaines
Montage : Virginie Bruant
Casting : David Bertrand
Décors : Marie Cheminal
Costumes : Emmanuelle Youchnovski
Musique : Paul-Marie Barbier et Julien Grunberg
Producteurs : Nicolas et Eric Altmayer
Sociétés de production : Mandarin Production
Société de distribution : StudioCanal
Durée : 102
Genre : comédie dramatique
Date de sortie : 8 novembre 2017 – 26 août 2017 (Festival d’Angoulême)

France – 2017

Jackie Chan : Un chinois à Hollywood

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Si Jackie Chan n’a pu, à l’époque de la suite de La fureur de vaincre, marquer les esprits et le box office, dans la défroque initialement tenue par Bruce Lee, il est aujourd’hui aussi réputé que le « petit Dragon ». A l’occasion de son nouveau film, où il partage l’affiche avec Pierce « 007 » Brosnan, retour sur les plus grands films de « l’homme aux mille fractures ».

Si Jackie Chan débute sa carrière cinématographique dès l’âge de 8 ans, ce n’est qu’en 1978 avec Le chinois se déchaîne puis Le maître chinois que l’acteur/cascadeur rencontre le succès dans son pays.

Hollywood lui fait rapidement les yeux doux avec Le chinois et sa suite ainsi qu’un petit rôle dans L’équipée du Cannonball avec la superstar US d’alors Burt Reynolds. Mais le manque de succès de ces productions le ramène à Hong Kong. De retour l’acteur commencera la saga des Police Story puis le Indiana Jones à la chinoise avec Mister Dynamite. Banco pour l’acteur qui devient une super star en Asie et acquiert une solide réputation mondiale grâce à ses nombreuses cascades dangereuses. Il décide alors de retenter l’aventure hollywoodienne.

Après le refus de jouer le rôle du méchant dans Demolition man face à Stallone (Wesley Snipes y fera merveille préfigurant ses rôles de grandes gueules dures à cuire), Chan trouve enfin chaussure à son pied dans un buddy movie mélangeant l’action à l’américaine avec le polar hong-kongais. Comme pour Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin (de John Carpenter), Chan n’est pas le faire valoir de l’Américain, présenté comme la star, mais bien le vrai héro de l’histoire, Tucker se réappropriant le rôle du faire valoir comique en en repoussant les limites à la façon d’un Eddie Murphy sous acide. La formule carbure au box office et le deuxième volet raflera une mise encore plus grosse.

Jackie Chan aime les scènes d’action chorégraphiées, effectuer ses cascades lui même à l’instar de Tom Cruise et est le cauchemar ambulant des assureurs américains qui détestent voir leurs stars prendre autant de risque sur un tournage. Les Rush hour sont donc à l’image des Police Story, un soupçon de rythme en moins, des roller coasters où l’humour de Tucker est confronté aux acrobaties toujours plus folles de Chan. En témoigne des bêtisiers où l’on peut voir l’acteur chinois répéter ad nauseam la même cascade et se prendre moult gadins spectaculaires lui ayant, au fil du temps, valu le sobriquet d' »homme au mille cicatrices ».

Le tandem avec Chris Tucker pour la trilogie Rush Hour propulse Chan en super star mondiale devant Jet Li (autre célèbre expert en arts martiaux connu aux quatre coins du globe). Viendront ensuite le tandem avec Owen Wilson pour les deux Shanghaï kid.

De coups de latte en sauts périlleux, de polars en films d’aventures ou en westerns tout public, le cinéma de Jackie Chan est toujours synonyme de grand spectacle généreux et pas prise de tête et ce quelque soit le côté du Pacifique dans lequel il tourne.

En plus d’un tempérament de feu, ses autres caractéristiques sont la générosité, l’humour et la politesse. De l’autre côté de l’écran, Chan est en effet un philanthrope réputé redonnant une grande part de ses bénéfices à des associations caritatives. La marque d’un grand qui lui vaut d’avoir son étoile à Hollywood, ce qui est rare pour un acteur non-américain et de continuer de carburer au box office à plus de soixante ans.

Mad Max 5 : la suite de Mad Max Fury Road annulée ?

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La suite de l’impressionnant Mad Max Fury Road pourrait bien ne jamais voir le jour. En cause : une histoire de gros sous (pour changer)

Mad Max Fury Road a beau avoir gagné près de 500 millions de dollars, 6 Oscars et la reconnaissance d’une génération entière de cinéphile, que son éventuelle suite demeure toujours autant un mystère. En effet, deux ans après sa sortie, on ignore encore si George Miller arrivera à sortir la suite aux aventures délirantes et sableuses de Max Rockatansky (Tom Hardy). C’est du moins ce que l’on pensait encore la semaine dernière ; puisque si l’on en croit la Warner, la suite tant attendue pourrait bien ne jamais arriver sur les écrans faute à George Miller.

En effet, ce dernier a attaqué en justice le studio, aux motifs qu’il n’aurait pas donné au réalisateur, certains bénéfices issus de l’exploitation du film. Il ajoute ainsi que :

Pour dire ça simplement, une partie non négligeable des bénéfices me revient, de par mon travail qui s’est étalé sur près de 13 ans : 10 afin de préparer le script et la production ; et 3 sur la production en elle même. Ce travail de longue haleine a donné un film au succès mondial. Je préférerais continuer à faire des films avec la Warner plutôt que de les attaquer en justice mais après plus d’un an à demander ces bénéfices, j’ai été incapable d’atteindre une résolution satisfaisante et j’ai désormais besoin de la loi pour arranger cela

La réponse de Warner ne s’est malheureusement pas faite attendre, le major américain ayant précisé qu’il n’en restera pas là et se défendra de ces accusations. Un postulat forcément inquiétant pour la suite, tant la Warner avait dépensé une somme faramineuse pour produire Fury Road ; somme que l’on doute qu’elle investira de nouveau si elle venait à être en mauvais terme (c’est un euphémisme) avec le réalisateur George Miller. 

Bande-annonce Mad Max Fury Road

Violence et cinéma : la liaison intime

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Avec notamment A Beautiful Day, les mois d’octobre et de novembre 2017 nous ont offert un large aperçu de la vision actuelle de la violence montrée au cinéma. Une possibilité, pour nous, de nous questionner une nouvelle fois sur certaines de ses représentations graphiques, sa réappropriation dans les films de genre et son rapport à la fascination du spectateur.

La violence au cinéma est un thème repris et analysé à de multiples reprises et qui présente une liaison très intime au regard du spectateur, en fonction de ses sensibilités et de son vécu, et qui apporte beaucoup de discordance et de mauvaise foi incurable : ces fameux faux débats sur la violence de l’art qui engrange celle de la société et donne des idées aux âmes les plus faibles. Alors que le contraire pourrait être plus approprié. Ce n’est pas nouveau, l’interdit attire toujours l’œil. Mais avec la pluralité des médias, cette connexion perpétuelle au monde qui nous entoure et l’aridité des images propagées sur n’importe quel support audiovisuel, la violence au cinéma change de degré en fonction des mœurs et des cultures mêmes de ses interlocuteurs. Chacun vit les images, les dialogues ou les propos mêmes véhiculés par le film avec sa subjectivité et son propre rapport au monde. Mais sans avoir pour but de retracer l’histoire de la violence dans le 7ème art et de son lien avec la censure, il est intéressant, à la vue des sorties cinéma de ces dernières semaines, de se demander d’une façon non exhaustive si la violence est encore un thème tabou dans les conversations cinéphiles.

« Violence Gore »

Prenons l’exemple de Jigsaw  sorti dans les salles obscures le 1er novembre : la saga des Saw est l’archétype d’une violence qui devient indolore aux yeux de ses fans et qui n’a qu’un seul objectif : divertir. Divertissement et violence sont deux notions tout de même bien distinctes : sauf que la surenchère progressive de la terreur graphique, notamment celle du torture porn, amène une certaine désensibilisation de notre regard à l’acte sanguinolent ; et la portée mortifère n’a plus aucun impact et se détache complètement de notre réflexion vis-à-vis de la qualification de ce que l’on voit. La moralisation même qui est faite aux images est dénuée de tout sens car cette violence s’éloigne d’une certaine forme de réalisme dans lequel l’identification devient moindre et laisse place à une interprétation purement primitive et une envie presque jouasse de s’amuser du cinéma de genre. La violence devient donc un artifice, tel un placement de produit ou une attraction à sensation forte : la forme la plus gratuite de l’imagerie graphique de la sauvagerie mais amenée dans un contexte de thriller de « mise à mort ». Une sorte de « violence gore ».

Même si Saw premier du nom s’avère être un excellent thriller se basant avant tout sur un scénario solide et mystérieux, la suite deviendra une catharsis de la bouffonnerie sanguinolente : aussi conceptuel que régressif mais démontrant une nouvelle fois notre fascination de l’interdit, notre amusement presque déshumanisant devant l’envie de franchir des limites visuelles, à l’image du tortueux et polémique A Serbian Film, tout en connaissant le recul que nous avons devant les images fictives. Ce penchant prend le pas sur beaucoup de films d’horreur qui donnent primeur à la débauche de gore plutôt qu’à l’inventivité créatrice.

« Violence moralisée »

La gratuité, la complaisance sont des adjectifs qui reviennent souvent dans les débats qui entourent ce sujet et qui amènent à se questionner sur la volonté même du réalisateur quant à son rapport à la violence mais aussi à son désir de nous offrir sur un plateau sa vision du monde pour perturber ou pour même nous juger. Et dans les sorties qui viennent de remplir les salles de cinéma, deux noms viennent en tête : Happy End sorti le 12 octobre et La mise à mort du cerf sacré sorti le 1er novembre. Cette fois-ci l’artifice gomme son maquillage et dévoile alors toute sa portée émotionnelle et son aridité naturaliste. C’est assez symptomatique de parler de Happy End car Haneke a souvent milité contre l’orchestration et les chorégraphies faites autour de cette glorification de l’action de la violence (celle de Tarantino ou de John Woo). On pourrait considérer cela comme le torture porn de « films d’auteurs » ou « doloriste » : le cynisme, le nihilisme qui nous est balancé en pleine gueule sans agencement cinématographique (sans musique, sans prise de lumière thématique), comme si le réalisateur voulait à tout prix nous prendre par le coup et nous mettre le nez dedans en nous disant « alors tu aimes ça ? Comment te sens-tu en aimant cela ? ».

Parfois outrancière pour son mauvais gout mais géniale par sa générosité inventive (Irréversible de Noé), abrasive par sa portée sociale et politique (Salo de Pasolini ou Orange Mécanique de Kubrick), dévorante de haine mais intelligente dans son choc des civilisations (Cannibal Holocaust), grossière et drolatique (Visitor Q), cette représentation de la violence est celle qui divise souvent le plus car elle nous est proche. Elle ne prend pas de gants pour emballer son propos, ne s’accommode pas d’une envie particulière d’amener un montage à l’action et accouche donc d’une acidité féroce dans laquelle la société est décrite, où l’horreur est parfois plus psychologique et thématique que visuelle.

Une sorte de « violence moralisée ». Cette démonstration demeure parfois très moralisatrice à l’encontre du plaisir pris par le public qui s’émeut devant ces coups de secousses esthétiques : par cet effet, ce genre de création nous pousse à réfléchir sur la place de notre sensibilité quant aux images véhiculées : peut-on admirer sans aimer ? Comment prendre du plaisir devant le sang ? De cette représentation du portrait du réel et de la misanthropie, c’est le visage même de notre société qui se dessine, où la violence devient une possibilité pour un auteur d’éclaircir et d’appuyer un discours, et prend le pouls de la tonalité du film.

Dans cette veine du Haneke-like, il est possible de s’orienter vers un certain versant du cinéma mexicain avec Michel Franco (Después de Lucia) ou même Amat Escalante qui lui a relié, cette année, un réalisme documentariste à l’atmosphère ténébreuse du fantastique avec le brumeux et torride La Région sauvage : ce cinéma mexicain se veut très sévère avec son pays et les mœurs qui y sont perpétuées et dégage une horreur vraie, sans déguisement. Malaisante, cette expérience, peut se retourner contre soi-même : le procédé voulant dénoncer les affres sombres de notre société peut rapidement s’additionner à un sentiment assez hypocrite quand le cinéaste s’approprie grossièrement lui-même cette violence pour la stigmatiser : la limite entre la mise en image d’un propos et la vaine provocation (souvent reproché à Gaspar Noé par exemple) est de rigueur. Mais derrière cette moralisation ou la surenchère gore de ce thème-là, vient une troisième notion, dont le ressort est de plus en plus répandu : l’iconisation.

« Violence esthétisée »

Ça tombe bien, A Beautiful Day, sorti le 8 novembre en est le parfait exemple : une alchimie parfaite entre l’affirmation du cinéma de genre (vigilante ou polar pour cet exemple-là), un esthétisme calfeutré, une tonalité sérieuse, une musique pesante, qui se chevauchent avec une violence qui se déchaîne à l’écran. L’iconisation à la fois du personnage mais aussi de ses agissements alimente chez le spectateur une forme de compréhension et une empathie quant aux actes perpétrés : tendance vers laquelle les films de super héros aimeraient arriver quand on voit la puissance gore d’un film comme Logan qui appartient à cette catégorie de films « entre deux » : films de super héros qui mutent en films de genre.

Cette capacité à vouloir iconiser, à rendre graphique et chromatique la « barbarie » permet aussi de la rendre « cool », élégante. Dans ce registre-là, Nicolas Winding Refn et son Drive en sont la parfaite illustration : l’alliage idéal entre une musique pop moderne, une mise en scène quadrillée et l’éruption d’un personnage central mutique. Cette façon de procéder reprend souvent les codes des westerns. Une sorte de « violence esthétisée ». Selon le réalisateur danois : il est normal de montrer à l’écran la violence car c’est aussi et surtout une « émotion » comme peut l’être la tristesse ou la joie. Avec ce postulat, la mise en scène viscérale permet, non pas de refléter la société, mais acquiert une velléité aussi graphique que mentale. Cette violence devient la mise en image d’un inconscient et donne au film une cohérence de fond avec la forme : le tableau d’un traumatisme qui gicle sur tous les recoins du cadre (Taxi Driver, Ichi Killer ou Old Boy).

« Violence chorégraphiée »

La proximité qu’on peut nouer avec un film est souvent liée à la mise en scène : souvent codifiée dans les films de genre qui répondent à un cahier des charges ou à un mimétisme enfantin et fan des codes du film de genre. En ce sens-là, on pourrait parler de « violence chorégraphiée ».  Laissez bronzer les cadavres est un film sorti le 25 octobre. Proche du giallo ou du western, cette œuvre française est percutante par son amour du genre et son psychédélisme péremptoire. Au-delà de tout propos et de toute thèse sociétale, cette forme de violence trouve sa candeur dans son intérêt pour le genre et ses aptitudes de mise en scène : la démonstration est presque purement technique à l’image des films d’horreur que sont les slashers (Scream). Sans être vains, la cruauté et les assauts sanguinaires font partie intégrante de l’univers, de l’atmosphère même de l’œuvre.

Comme indiqué plus haut, il est aisé de mentionner Quentin Tarantino, John Woo ou même certains films de Brian Palma dans leurs volontés de « glorifier » les joutes d’armes et spectaculariser les actes qui précèdent la mort : ce qui compte c’est moins la finalité mortifère mais plus la mise sur un piédestal de l’action, la théâtralité des gestes « westerniens ». La dynamique filmique est toute autre. Alors que c’est le contraire chez les films de Refn par exemple où l’action n’est pas de mise mais c’est la violence qui l’intéresse, la mort en elle-même. Malgré ses positionnements purement graphiques, le lien avec la vengeance personnelle et le rapport armé entre les hommes fait parler les nombreux détracteurs de Tarantino.

De cette aspiration stylistique, la vision du monde et notre liaison aux armes n’est jamais loin (Reservoir Dogs) chez l’américain. Au cinéma, comme dans tout art, la violence graphique est plurielle, a une essence aussi futile que profonde, mais dépend surtout de deux choses pour qu’elles soient dignes de ce nom : de la mise en scène ou du propos du réalisateur et aussi de notre propre acceptation des images mises en lumière et de notre compréhension du contexte.

Arras Film Festival 2017 : le Whodunit mis à l’honneur

Cette année, l’Arras Film Festival a notamment mis à l’honneur le Whodunit, soit le récit policier à énigmes. Une rétrospective importante a ainsi accueilli nombre de spectateurs prêts à percer l’identité du ou des meurtriers.

Whodunit pour « Who (has) done it ? », en français « Qui l’a fait ? » : le genre en aura intrigué plus d’un, que ce soit par le roman, le cinéma ou la télévision (Les Cinq Dernières Minutes). Cette année, l’Arras Film Festival a décidé de mettre en avant ces jeux d’énigmes en mettant en place une riche rétrospective : Un cadavre au dessert, Passage à tabac, Le Crime de l’Orient-Express, Maigret et l’affaire Saint-Fiacre, le Mystère de la chambre jaune, entre autres. Crimes, mystères, indices puis résolutions ont ainsi rythmé les projections des films programmés.

Ci-dessous, la bande-annonce du formidable Crime de l’Orient-Express du grand Sidney Lumet : un must see du Whodunit.

https://www.youtube.com/watch?v=u0ykCP1AYlk

Les spectateurs ont pu ainsi, le temps de douze longs métrages, prendre peur face au meurtre, s’inquiéter du mystère, interroger des suspects, mettre en état d’arrestation les criminels, tout cela aux côtés d’Hercule Poirot, Jules Maigret, Sherlock Holmes, ou encore Joseph Rouletabille.

De plus, le programme compte une projection exceptionnelle, celle de The Lodger réalisé par Alfred Hitchcock en 1927, en ciné-concert. La version restaurée du film fut accompagnée par une bande-son soignée par le musicien compositeur Jacques Cambra, artiste associé du festival, dont la carrière fut souvent liée au ciné-concert. Il s’est ainsi produit à la Cinémathèque française, au Centre Pompidou, ainsi qu’à l’international. L’occasion donc de vivre en un même lieu un mystère hitchcockien et une expérience rare de cinéma.

Jean Gabin est Jules Maigret. Un rôle qu’il interprétera à trois reprises : Maigret et l’affaire Saint-Fiacre ; Maigret tend un piège ; & Maigret voit rouge.

Enfin, voici les films de la rétrospective : The Lodger (Alfred Hitchcock, 1927) ; Marie-Octobre (Julien Duvivier, 1959) ; L’Assassin habite au 21 (Henri-Georges Clouzot, 1942) ; Maigret et l’affaire Saint-Fiacre (Jean Delannoy, 1959) ; La Grenouille attaque Scotland Yard (Harald Reinl, 1959) ; Le Crime de l’Orient-Express (Sidney Lumet, 1974) ; Passage à Tabac (George Pollock, 1964) ; Un cadavre au dessert (Robert Moore, 1976) ; Mort sur le Nil (John Guillermin, 1978) ; Meurtre par décret (Bob Clark, 1979) ; Gosford Park (Robert Altman, 2001) ; Le Mystère de la chambre jaune (Bruno Podalydès, 2003).

32ème Festival Européen du Film Court de Brest : le Palmarès

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Le Festival Européen du Film Court de Brest touche à sa fin. Après six jours de pur plaisir visuel, le moment est venu de mettre en lumière les meilleurs courts métrages de cette 32e édition. 

Hier soir s’est déroulée à Brest, la cérémonie de remise des prix du festival du Film Court. Une soirée placée sous le signe de la convivialité et de l’humour. Pendant plus de 1h30, le public composé de spectateurs, réalisateurs et autres professionnels du cinéma a pu découvrir le tant attendu palmarès de la 32e édition du festival. Et on peut dire que, cette année, ce dernier a récompensé des œuvres particulièrement diversifiées. De la comédie au thriller, les courts métrages primés ont su mettre en lumière des genres filmiques tous bien différents.

Le palmarès du Festival Européen du Film Court de Brest

Le Prix France 2 (Compétition Française) : Plus fort que moi de Hania Ourabah

Prix du public (Compétition Française) : Tangente de Julie Jouve et Rida Belghiat

Prix Shorts TV (Compétition Ovni) : Johnno’s Dead de Chris Sheper

Prix du Jury Jeune (Compétition Européenne) : Avec Thelma de Ann Sirot et Raphaël Balboni

Prix du public (Compétition Européenne) : Kukista ja mehiläisistä (About the Birds and the Bees) de J.J. Vanhanen

Prix spécial du jury : Fox-Terrier de Hubert Charuel

Grand Prix de la ville de Brest : Kukista ja mehiläisistä (About the Birds and the Bees) de J.J. Vanhanen

 

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Qu’ils soient Français, Anglais, Belges ou encore Finlandais, les lauréats de cette 32e édition du Film Court se sont imposés notamment par leur jeune âge. La modernité de leur style, l’esthétisme de leur photographie et la justesse de leur scénario ont su captiver l’attention du public et des membres du jury.

Pour ceux et celles qui n’auraient pas pu découvrir ces courts métrages, sachez que les films primés seront rediffusés aujourd’hui au Festival Européen du Film Court à partir de 16h00, pour le plus grand plaisir de tous.

Film Court de Brest : la compétition européenne bat son plein !

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Ce jeudi 9 novembre, les cinéphiles et amateurs de films étrangers ont pu découvrir, en intégralité, les différents courts métrages sélectionnés dans la Compétition Européenne du Festival Européen du Film Court de Brest. L’occasion pour nous de revenir sur nos coups de coeur de la journée.

Vingt-six. C’est le nombre exact des courts métrages représentés dans la Compétition Européenne du Film Court. Autant dire que ce chiffre nous a permis de découvrir une large sélection d’œuvres diverses et variées. Si l’origine, le genre et le scénario de ces films ont une signification évidemment différente, il y a bien une chose sur laquelle ils se rejoignent tous : l’effet de surprise qu’ils suscitent chez le spectateur. Car, oui, un court métrage c’est avant tout une œuvre singulière qui arrive, en seulement quelques instants, à nous délivrer un message fort.

Et cette année, les choix artistiques du Film Court se sont tournés quelque peu vers l’innovation. En effet, la majorité des courts métrages européens présentés lors de cette 32e édition révèlent certaines prouesses techniques. L’histoire ne passe plus seulement par les mots, mais aussi et surtout par les images, et les jeunes réalisateurs l’ont bien compris.

Voici nos premiers coups de coeur !

Sette Pizze (compétition européenne 4)

Sara, une livreuse de pizzas, tombe dans un univers de merveilles, fiction et dangers mortels.

https://vimeo.com/203464096

Wannabe (compétition européenne 3)

Projet à la rencontre entre le cinéma et l’univers des vidéos en ligne, Wannabe raconte l’histoire d’une jeune YouTubeuse qui se construit un monde fictif sur internet.

Avec Thelma (compétition européenne 4)

Lorsqu’un volcan islandais bloque l’espace aérien au-dessus de l’Europe et retient les parents de Thelma à l’étranger, Jean et Vincent accueillent l’enfant chez eux à Bruxelles pour une durée indéfinie. Avec elle, ils découvrent les affres et les joies de la vie parentale.

Évidemment, il s’agit seulement de trois pépites parmi une longue listes de bijoux cinématographiques. Mais ce premier aperçu en dit long sur la richesse des courts métrages présentés pour cette 32e édition du Festival Européen du Film Court de Brest. 

Matthieu Kassovitz enfile les gants de boxe dans Sparring

Découvert en avant première à l’Arras Film Festival, Sparring conte l’histoire d’un perdant qui va enfin avoir son épopée et alors afficher sa valeur et son courage dans un récit exposant un élément de la boxe méconnu du grand public : le sparring.

Synopsis : À plus de 40 ans, Steve Landry est un boxeur qui a perdu plus de combats qu’il n’en a gagnés. Avant de raccrocher les gants, il accepte une offre que beaucoup de boxeurs préfèrent refuser : devenir sparring partner d’un grand champion.

Le courage des sparring

Matthieu Kassovitz / Steve, un boxeur qui encaisse les coups.

Steve (Matthieu Kassovitz) n’est pas un grand boxeur. Mais c’est un sportif professionnel. Sa fille représente tout ou presque pour lui. Elle joue du piano, plutôt bien. Steve croît en elle, au point de se convaincre qu’elle a « le truc », soit le don. Afin qu’elle progresse, le père désire lui acheter un piano. L’instrument a un prix, lui rappelle la mère qui est aussi inquiète par rapport au paiement des mutuelles. Le boxeur est prêt à rapidement vivre son cinquantième combat. Le dernier, a-t-il promis à tous. Finalement, Steve n’arrive pas à se placer dans quelque match que ce soit. Mais l’un de ses plus grands défis arrive. Il demande à un entraineur de le prendre pour être un des sparring partners d’un grand champion sur le retour, Tarek M’Bareck (interprété par le champion du monde de boxe des super-légers Souleymane M’Baye). L’entraineur l’avertit de suite : « Je ne veux pas de sparring qui se plaigne ». Le job est très bien payé, mais il est physiquement destructif. Lorsque la femme de Steve l’apprend, elle lui renvoie à la figure d’anciens propos : « le sparring, tu m’avais pas dit que c’était envoyer des boxeurs à la boucherie afin qu’un autre se fasse la main avant un combat », lui dit-elle énervée.

Au prix d’une humiliation publique, de souffrances physiques et psychologiques, Steve gagne de quoi payer le piano de sa fille et la mutuelle. Il perdra au cours du récit la passion de sa fille pour son statut de boxeur. Elle lui déclarera même qu’elle ne peut pas supporter d’entendre les gens non pas l’insulter, mais lui souhaiter du mal. Mais le boxeur ne perdra pas de sa bravoure. Il ira plus loin, en donnant des conseils à l’ancien champion, et en acceptant même l’humiliation publique. Mais rien ne sera vain, puisque Tarek M’Bareck lui fera un cadeau. Le courageux, comme il l’appelle, aura droit au combat d’avant-programme de celui de Tarek. Soit un beau dernier combat avec un challenge et une grande victoire à la clef. Finalement, il réussira à réveiller la formidable joie de sa fille. Quant au champion, il gagnera grâce aux conseils de son brave sparring.

Ainsi Sparring est un film où la souffrance est intimement liée au courage. Loin des combats chorégraphiés de bon nombre de films du genre, le long métrage de Samuel Jouy a préféré capter les coups tels qu’ils sont. Et ils sont donnés, les acteurs suent, subissent, fatiguent, souffrent. De plus, les chocs des gants de boxe sur l’adversaire ne produisent pas de sons punchys tels qu’on en entend dans les Rocky. Les sons sont secs, exposant la violence soudaine des combats. Les conséquences touchent toutefois sur du long terme : les plaies de Steve s’ouvrent à nouveau facilement ; le sportif affiche des pertes de mémoire. En outre, les traces laissées par la violence de son sport sont visibles dans les espaces propres à l’environnement sportif comme dans ceux du quotidien : Steve, sous la douche, révèle un corps fatigué, profondément blessé ; on pense aussi au réveil difficile du boxeur dont la joue abimée reste collée à l’oreiller. Toutefois, les conséquences sur le psychologique ne prennent agréablement pas la forme du stéréotype de l’athlète sombrant dans ses ténèbres. Jouy travaille la justesse et les nuances du quotidien plutôt que le portrait sportif mythologique. Ainsi, Kassovitz incarne justement un père et un mari souriant, amuseur, vivant. Comme beaucoup, il subit parfois le quotidien : il triche lors de la pesée de ses fruits en supermarchés ; et il ne peut pas payer toutes les leçons de piano déjà accomplies par sa fille, dont certaines qu’il aurait régler il y a déjà un temps. Le courage du boxeur est aussi celui d’un homme comme les autres, qui fait au mieux pour les siens. Enfin, son humilité lui permettra d’accéder à son épopée.

La gloire des perdants

Le générique du film fait d’ailleurs le portrait de quelques boxeurs professionnels ayant connu peu de victoires et un grand nombre de défaites. On est d’ailleurs abasourdi face à celui qui eu trois succès pour environ deux cents cinquante échecs. Le postulat du film est ainsi clairement révélé : Jouy dédie son film aux perdants. Comme il le confirme dans l’interview qui nous a été donnée, le cinéaste voulait exposer les boxeurs de l’ombre, ceux qui souffrent et tombent, souvent pour servir la gloire de ceux restés debout. Steve dit d’ailleurs à Tarek : « Pour que des mecs comme toi puissent exister, il faut aussi des mecs comme moi ». Il expliquera aussi au champion que se remettre d’un chaos est difficile mais nécessaire pour pouvoir revenir dignement sur le ring.

Le courage des sparring – et plus largement de ces athlètes aux carrières difficiles – est ainsi lié à leur souffrance, et au fait d’assumer leur statut de perdant. Steve décrit son style de boxe ainsi : il prend des coups. Son premier entraîneur lui dira lors de son dernier combat qu’il lui faut arrêter d’être un bagarreur. Il lui donnera ensuite le meilleur des conseils : sois ce soir le boxeur que tu as toujours rêvé d’être. Le dernier combat de Steve sera alors épique. Un élément de réflexion se présente donc à nous : tous ces boxeurs qui ont connu tant de défaites et si peu de victoires auraient probablement voulu être des champions. Mais, pour telle ou telle raison, ils ont eu ces carrières difficiles qui ont permis d’élever celles des autres. D’ailleurs, l’utilisation de la Valse Triste de Sibelius lors de la préparation du combat final de Steve appuie la mélancolie de la représentation de ces braves méconnus.

Aujourd’hui le réalisateur nous invite à les reconnaître, à rendre hommage à ces tragiques héros du sport dont la gloire est enfin révélée par Sparring, premier beau film de Samuel Jouy.

Bande-Annonce – Sparring

Fiche Technique – Sparring

Réalisation : Samuel Jouy
Scénario : Samuel Jouy en collaboration avec Clément Roussier et Jérémie Guez
Interprétation : Mathieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Souleymane M’Baye, Billie Blain, Lyes Salem
Directeur de la photographie : Romain Carcanade
Décors : Frédérique Doublet et Frédéric Grandclère
Costumes : Alice Cambournac
Montage : Tina Baz
Musiques : Olivia Merilahti
Production : EuropaCorp
Distribution : EuropaCorp Distribution

Sortie française : le 31 janvier 2018

Les premières réactions sur Justice League sont là

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L’embargo américain autour de Justice League a pris fin aujourd’hui. Les avis sur les réseaux sociaux se multiplient…

Attendu au tournant, Justice League de Zack Snyder va débarquer dans les salles de cinéma du monde entier la semaine prochaine. Réunissant pour la première fois au cinéma l’équipe de super justiciers, le long-métrage est censé continuer la nouvelle ligne directrice de l’univers étendu DC, après le succès de Wonder Woman. Avant même le début du tournage, les studios annonçaient un film plus léger et fun que Batman V Superman et Man Of Steel. Depuis, la production du film a été marquée par le départ de Zack Snyder pour raisons personnelles, remplacé à la réalisation par Joss Whedon. De la disparition de personnages à la simplification de l’intrigue, les rumeurs concernant les modifications du film ont depuis défilé sur la toile. Alors, qu’en est-il du résultat final ?

« Justice League est un blockbuster fun, qui est assez divertissant pour surpasser ses défauts. L’équipe fonctionne très bien ensemble pour livrer quelques séquences héroïques spectaculaires, méritant vraiment d’être vues sur grand écran. Peut-être pas vraiment ce que certains espéraient, mais définitivement pas ceux dont certains avaient peur. »

« Justice League était bon et vraiment fun. Il va plaire au public, pas seulement aux fans mais aussi aux spectateurs lambdas et aux familles. »

https://twitter.com/markhughesfilms/status/929032244735258626?ref_src=twsrc%5Etfw&ref_url=https%3A%2F%2Fbatman-news.com%2F2017%2F11%2F10%2Fjustice-league-social-media-reactions%2F

« Justice League est un manège fun et mouvementé qui réussit ses personnages mais rate sa narration. C’est un produit mitigé qui est sauvé par ses acteurs, qui vont au-delà des défauts pour délivrer une entrée attrayante, drôle et prometteuse, bien qu’imparfaite, dans l’univers DC. »

« Justice League est meilleur que prévu, mais n’est pas un coup de maître. L’interaction entre l’équipe est vraiment fun. Le film mène l’Univers DC dans une direction prometteuse. Flash et Aquaman volent la vedette. Cyborg et le méchant sont les points faibles. »

« Justice League ! C’est okay. Narrativement, c’est un désastre. Les enjeux ne fonctionnent pas et le vilain n’est pas bon. Cependant, les héros sont supers. C’est drôle et il y a un vrai travail autour des personnages. Je n’ai pas adoré, mais il y assez d’éléments pour m’exciter pour le futur. »

« Justice League est divertissant une bonne partie du temps malgré une narration et un développement des personnages faibles. Il y a plus de fun, d’humour et de cœur que dans Batman V Superman, mais le film se précipite dans certaines scènes, ne laissant pas de temps pour développer. »

« Justice League est l’équipe DC que vous attendiez. J’ai beaucoup aimé, du début à la fin. L’extension de la mythologie DC va rendre les fans fous. »

https://twitter.com/NateBrail/status/929030902339874816?ref_src=twsrc%5Etfw&ref_url=https%3A%2F%2Fbatman-news.com%2F2017%2F11%2F10%2Fjustice-league-social-media-reactions%2F

Alors impatients ? Vous pourrez découvrir le film le 15 novembre dans les salles françaises. Réalisé par Zack Snyder, Justice League aura à l’affiche Ben Affleck, Gal Gadot, Jason Momoa, Ray Fisher, Ezra Miller et Henry Cavill.

« Après la mort de Clark Kent / Superman (Henry Cavill) des mains de Doomsday dans BvS, le justicier Bruce Wayne / Batman (Ben Affleck) réévalue ses méthodes extrêmes et commence à réunir des héros extraordinaires pour former une équipe de combattants afin de défendre la terre de toutes sortes de menaces. »

Les Bienheureux : interview de Sofia Djama et de Lyna Khoudri

Après la découverte du film Les Bienheureux, place à l’interview avec sa réalisatrice Sofia Djama et l’une des principales actrices, Lyna Khoudri, qui interprète la jeune Feriel.

D’où est venue l’idée de filmer Alger avec ce récit qui se déroule sur une nuit ?

Sofia Djama : « J’ai écrit une nouvelle il y a quelques années qui s’appelle Un verre de trop. Cette nouvelle éditée aux Lettres Françaises m’avait donné l’envie de repartir sur un plateau de tournage. En fait, Les Bienheureux est mon deuxième plateau réellement. À l’époque, j’avais fait un court métrage, j’avais adoré l’expérience. C’est violent un plateau, il n’y a rien de plus insupportable, parce que c’est irréel, le temps est irréel, les relations sont exacerbées. Et en même temps, c’est tellement dense qu’on a envie de répéter l’expérience. Et l’expérience n’est jamais la même. Et donc je commençais à travailler l’adaptation. À l’époque, je maîtrisais complètement la liberté que j’avais sur l’adaptation puisque j’en étais l’auteur, et donc ça a donné Les Bienheureux. La nouvelle n’a pratiquement plus rien à voir avec le film puisque les enjeux se sont diversifiés. Le film et le livre s’ouvrent et se terminent sur Alger, et le délitement de couple à travers la déambulation dans la ville, sont les seuls points communs. Et s’est ajouté à cela le point de vue des jeunes qui était mon point de vue à l’époque puisque je l’ai situé en 2008. Donc voilà comment a démarré l’aventure, c’est un objet littéraire qui m’a amené à un autre, scénaristique. »

Le récit se passe principalement de nuit, c’est un choix bien particulier…

Sofia Djama : « L’idée c’était Altman. Robert Altman est un réalisateur que j’affectionne particulièrement, même si on en est loin dans la proposition. Et j’avais besoin de raconter ça sur une nuit, un jour. Résumer l’Algérie en un jour, à priori c’est impossible. Mais je savais que je pouvais raconter l’histoire d’un pays par l’intimité. Et l’intimité pour moi, c’est la nuit. Et j’avais besoin de situer ça. Le paroxysme de l’histoire se situe dans la nuit. Je suis littéraire de formation, et dans la formation littéraire, il y a quelque chose qu’on appelle le voyage du héros qui est un concept lié à la nuit. Donc, pour moi, l’enjeu ne pouvait être que dans la vérité de la nuit. »

Sofia Djama – Photographie : Stéphane Picot

Les adultes ont une trajectoire dessinée dès le début du film : ils vont voir leurs amis, puis vont fêter leur anniversaire… L’une des choses formidables du film se situe du côté des jeunes. Tels des héros du néo-réalisme italien, ils errent, sans but. Et les enjeux se dessinent au fur et à mesure de leur errance. Il y a d’ailleurs un plan génial dans le film, Fahim arrive au bar et demande un café. Il le boit tranquillement tandis que le jeune barman regarde la télévision. Et il ne se passe rien. Et en même temps, bien des choses ont lieu devant nous.

Lyna Khoudri : « C’est la vie. C’est exactement ça. Et cet acteur, le petit gars du bar, est génial. Cette gueule que tu vois à Alger, que tu croises… Dans leur regard, il se passe tellement de choses en fait, et on a envie de lui dire : « vas-y, raconte moi ta vie ». C’est vrai que je l’aime beaucoup cette séquence. »

Justement, en tant qu’actrice, comment on travaille un héros errant sans trajectoire définie.

Lyna Khoudri : « C’est une bonne question. »

Sofia Djama : « Elle était plus déterminée pour toi peut-être, un peu moins pour Amin (qui interprète Fahim, le fils d’Amal et Samir). »

Il y a le personnage du policier qui tend à lui dessiner un chemin.

Lyna Khoudri : « Oui, c’est ça. Et je vois complètement ce que tu veux dire. En fait, j’ai l’impression qu’on ne se pose pas de questions. Et c’est l’avantage. Effectivement, c’est pas une success story où le personnage a envie de devenir ci ou ça, comme dans beaucoup de films. Où il y a toujours un but pour les personnages. Je pense que c’est tout de même plus facile de se faufiler dans la vie, de se laisser emporter comme si on était à Alger. Et il suffisait de vivre à Alger pour comprendre. »

Sofia Djama : « C’est ta ville aussi. »

Lyna Khoudri : « Je suis née là-bas, j’y ai pas grandi mais j’y retourne souvent. J’y ai plein d’amis et mon papa qui y vivent. Donc j’avais compris la détermination d’une jeune fille de dix-huit – vingt ans qui vit à Alger et qui doit constamment se battre. Mais simplement, sans être dans une forme de revendication. »

Sofia Djama : « Oui il n’y a de rien de revendicatif, c’est de la négociation. »

Lyna Khoudri et Sofia Djama    Photographie : Stéphane Picot

Lyna Khoudri : « Oui, c’est ça. Il y a une scène qui n’est pas dans le film, où Feriel marche et se fait arrêter par des gars. Et elle se retourne et dit : « Qu’est-ce qu’il y a ? On discute ? On fait quoi ? » Tu vois, elle se fait accoster tout le temps. C’est vraiment ça. En bougeant, même l’équipe technique, je pense à la scripte avec son sac à dos qui marchait tout le temps dans Alger. À un moment donné, elle était devenue Feriel elle aussi tu vois. »

Sofia Djama : « Au début ça n’a pas marché. »

Lyna Khoudri : « Après elle a compris, au bout d’un mois, deux mois et demi de tournage. Je voyais même en elle qu’elle avait capté quelque chose. Elle avait ce truc de femme de parler avec les gens et de repartir. Elle savait qu’il ne fallait pas passer dans la rue à droite à cause de jeunes qui trainaient et qu’il fallait passer dans la rue un peu plus loin. Donc il y avait ces compromis là. En fait, on comprend. Et c’est trop bien de ne pas avoir forcément un but ultime à défendre (…). Là, c’est vraiment la vie de quelqu’un, le quotidien. »

« Il y a une expression algéroise que j’adore : « léguia ». Elle est géniale. Elle résume philosophiquement ce qu’est un algérien de vingt, vingt-cinq ans, trente ans – après trente ans, on est dans d’autres problématiques – : « je ne suis qu’une brindille d’herbe qui ne demande qu’à vivre. » 

– Sofia Djama –

Sofia Djama continue : « C’est tout, on ne demande pas plus. C’est un pays qui a été abîmé, il y a eu l’indépendance en 62’ au prix de violences, juste après, on a un régime totalitaire donc de la violence, et en 88’ on se libère d’un régime totalitaire, puis ça va bien trois ans, et on bascule à un parti islamiste fasciste, puis on bascule dans une guerre civile. Et aujourd’hui, ce à quoi aspire un jeune algérien moyen, c’est la vie, simple, on demande pas plus que ça. On veut pouvoir avoir une vie banale, d’une banalité incroyable. Et c’est ce que je voulais raconter. Donc l’errance fait partie de ça. (…) Tous les jeunes du monde aspirent à jouir de la vie, de façon simple, et l’ennui des algérois est cosmique. Il y a un même mot pour ça, intraduisible (…) je n’arrive pas à traduire ce mot, c’est entre l’ennui, l’errance, le vide. Il n’y a plus terrible pour un jeune que le vide, l’absence de perspective. »

« Je vois la façon dont elle parle d’Alger, sa tonalité, le rythme de sa voix. Sa façon de poser les choses, c’était elle, c’était Feriel, elle était là. »

– Sofia Djama à propos de Lyna Khoudri –

Comment as-tu fait pour éviter de marcher sur les autres rôles, et a contrario, pour éviter de te laisser marcher dessus par les autres personnages ?

Lyna Khoudri : « C’était quand même écrit au scénario. C’était tellement fort pour moi, même pour les garçons. C’est tellement fort de raconter 2008 à Alger, dix ans après une guerre civile que notre ego était complètement laissé de côté. On faisait un travail de restitution de l’histoire. On voulait être juste, essayer de vraiment comprendre. J’ai conseillé aux garçons de traîner à Alger, et ils m’ont écouté et ils ont fait beaucoup plus que ce que je leur avais conseillé (…). Ils se sont tellement laissés engloutir par Alger qu’ils étaient vraiment dans la recherche de la vérité la plus juste. Ils m’ont étonnée, j’étais vraiment surprise du travail qu’ils ont fait (…). On travaillait le soir ensemble, on faisait nos scènes ensemble. »

Sofia Djama : « Ça a commencé aux répétitions à Paris. L’idée était de trouver le trio parfait. Lyna était trouvée, mais fallait obtenir le trio qui colle. Quelle joie de trouver Adam et Amin. Mais après, les répétitions m’ont amené à autre chose. C’est-à-dire qu’à un moment donné, ils ont tellement compris l’intention du scénario et l’intention des dialogues qu’ils m’ont offert des dialogues. Ils m’ont offert des répliques au début en impro au moment des répétitions. Puis lors du tournage, on a eu de l’improvisation. »

« Les jeunes n’ont pas de problèmes avec cette ville, ils sont prêts à la regarder. Ils l’affrontent. Ils se trouvent des espaces de liberté tandis que les adultes sont confinés dans leur voiture, ils s’enferment dans leur appartement, les restaurants… »

– Sofia Djama –

Lyna Khoudri : « On s’est beaucoup laissé aller. On n’était pas du tout dans : « Ah, là j’ai pris trop de place, vas-y, je vais en laisser un peu… », non, on était vraiment dans un débat d’idées (…). Après on se disait que Sofia couperait ce qu’elle n’aime pas. On s’est complètement laissé aller dans le truc. »

Sofia Djama : « (…) Du coup, ça ne fait qu’alimenter leurs personnages, et donc ça m’apporte de la justesse au montage, la séquence de chambre, j’avais envie de pleurer parce que j’ai dû couper alors que j’en avais pas envie, tout était bon. En revanche, concernant les adultes, on était plus dans les dialogues. Il y avait moins d’improvisation, on était plus tenus dans le texte. Pour des considérations d’ordre filmique, je n’ai pas capté les adultes comme j’ai filmé les jeunes. Les jeunes, on panote plus facilement, on se rapproche d’eux, on est plus frontal ; les adultes, je ressors un peu, la caméra est plus fixe, plus tendue. Il y a une tension qui est marquée, et là on était plus dans le texte. Il y a quand même le personnage d’Amal, Nadia (Kaci, l’actrice) qui s’autorise une improvisation au restaurant, au moment final où ça parle justement de l’Algérie, du coup c’est parti du vécu même de Amal / Nadia Kaci, parce que c’est quelque chose qu’elle a vécu, la guerre civile. Elle a quitté l’Algérie par rapport à la guerre civile. »

Remerciements : Sofia Djama, Lyna Khoudri, BAC Films, et Stéphane Picot pour ses photographies.

Les Bienheureux, sortie publique française le 13 décembre 2017.

The Foreigner, Jackie Chan à Belfast

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Cela faisait longtemps que Jackie Chan n’avait pas exhibé sa trogne sur les écrans français. Il revient cette année avec The Foreigner, un thriller d’action, qui lui offre un rôle diamétralement opposé à ceux dont il avait l’habitude. Exit donc le Maître Chinois et place au père revanchard taciturne.

Oublions un peu le bagarreur jovial qui a fait les grandes heures de la kung-fu comedy dans les années 80 et 90, c’est avec un personnage rancunier et très borné que l’on retrouve ce cher Jackie pour son grand retour sur les écrans français. Dans The Foreigner, Jackie Chan a 60 ans et est furieux car on a assassiné sa fille. À première vue, on a l’impression de se trouver dans un film à la sauce Taken. L’avantage de The Foreigner étant d’avoir, non pas un tâcheron issue de l’usine Europacorp aux commandes, mais un faiseur d’action assez efficace. Martin Campbell est surtout connu pour avoir joué à deux reprises le rôle de phénix pour la saga James Bond, lui permettant, dans un premier temps, de revenir après 6 ans d’absence et d’offrir à l’agent britannique le grand saut (à l’élastique ) dans les 90s avec Goldeneye. Il réitérera la chose une dizaine d’années après en réalisant Casino Royale, regain de modernité pour la saga quarantenaire et tournant une nouvelle page avec l’ère Craig. Pas un manchot donc  qui avait d’ailleurs montré un penchant pour de l’action assez musclée, n’hésitant pas à ébranler l’image de l’invincible James Bond dans Casino Royale. Voilà donc le réalisateur néo-zélandais aux commandes de cette adaptation d’un roman signé Stephen Leather et bénéficiant d’un casting des plus alléchants. Outre Jackie Chan, on peut noter la présence de Pierce Brosnan, ex-agent 007, déjà dirigé par Campbell dans Goldeneye.

the-foreigner-jackie-chanThe Foreigner démarre comme une croisade vengeresse, celle d’un homme seul ayant perdu sa dernière famille en la personne de sa fille, dans un attentat perpétré par l’IRA en plein Londres. Quan, humble restaurateur chinois, se lance à la poursuite des commanditaires, et sera prêt à tout pour obtenir des informations sur cette IRA authentique comme elle se proclame. Jackie Chan offre ici un rôle à l’exact opposé de ceux qui ont fait sa renommée. Exit le sourire et les grimaces mais place à un air plus taciturne et une émotion certaine. Dès les premiers instants, Chan arrive à faire ressentir la peine de son personnage, un père ayant perdu le dernier membre de sa famille dans une tragédie. Pourtant, sous cet aspect de petit vieillard grisonnant, se cache un homme revanchard et têtu.  C’est un peu une image récurrente dans le cinéma d’action aujourd’hui. On pense forcément aux rôles de Gosling chez Refn. Chan se transforme donc en une sorte de vengeur taiseux. C’est ainsi que Quan se rend à Belfast afin d’essayer de soutirer au vice-ministre Liam Hennessy (Pierce Brosnan), ancien membre de l’IRA, les noms des responsables de l’attentat.

Dès lors, Quan fait resurgir son passé de membre des forces spéciales. Véritable MacGyver, il aura recours à de nombreux stratagèmes pour acculer le ministre. The Foreigner est loin d’être un film d’arts martiaux, les scènes de bagarres sont peu nombreuses mais plutôt réussies. La première rappelle une séquence de Casino Royale, avec Quan aux prises avec 4 agents de Hennessy dans un petit B&B et qui finira par une violente échauffourée dans des escaliers. La réalisation assez fluide de Campbell, associée à une chorégraphie simple mais efficace en combat rapproché, teintée de petites acrobaties Chan-esque, rend la séquence très prenante. Loin d’être illisible comme la plupart des scènes d’actions américaines aujourd’hui, la patte de Campbell offre aux amateurs de Jackie Chan de quoi se mettre sous la dent.  Malgré tout, The Foreigner est très éloigné des autres Jackie Chan-movie. Le ton très sérieux empêche la moindre pointe d’humour de venir s’immiscer dans son récit.

the-foreigner-pierce-brosnan-michael-mcelhattonAu delà d’une simple vengeance, c’est tout une intrigue politique qui dirige The Foreigner de telle sorte qu’on pourrait presque se demander si le personnage principal de l’histoire n’est pas Pierce Brosnan. Ancien membre de l’IRA, Liam Hennessy semble être une cible de choix pour le contre-terrorisme en ce qui concerne la responsabilité des attentats. Le voilà donc à gérer deux crises à la fois : essayer de maintenir sa réputation et survivre aux différentes tentatives de Quan de lui soutirer des noms, qu’il ne connait lui-même pas. Pierce Brosnan, grisonnant lui aussi et arborant une belle barbe, en fait un peu des caisses dans ce rôle de politique aux connexions peu recommandables.  Son élocution grandiloquente contraste parfaitement avec le côté très mutique de Quan. Résultat : beaucoup de dialogues en ce qui concerne les séquences de l’acteur irlando-américain. On peut reprocher souvent aux films d’actions de vouloir en faire trop, d’accoucher d’intrigues alambiquées venant complètement anéantir le rythme à l’immage du récent Atomic Blonde et son histoire balourde sur fond de chute du mur de Berlin. Bien qu’assez bavard, The Foreigner s’en sort avec les honneurs, même si le tout manque un peu de surprises. La base du bouquin en est certainement pour quelque chose.

Ce nouveau film de Campbell est donc loin d’être un défouloir à la sauce Jackie Chan. S’ il arrive à se diversifier dans ses moments de bravoure, offrant des séquences assez jouissives comme cette traque dans une forêt piégée par Quan, The Foreigner tend  au final plus vers le thriller que le film d’action. Offrant à Jackie Chan un rôle plus torturé, allant même jusqu’à référencer Rambo, The Foreigner malgré son manque d’originalité, dans son déroulement, propose quelque chose d’assez nouveau. Une nouvelle ère pour Jackie Chan, abandonnant son costume de clown, cessant de rendre hommage au film muet pour entrer dans une modernité, soulignée par ailleurs par une bande originale électrisante. La BO de Cliff Martinez, plutôt incongrue à première vue dans ce genre de film, se trouve être diablement euphorisante.

The Foreigner – Bande Annonce

The Foreigner – Fiche Technique

Réalisation : Martin Campbell
Scénario : David Marconi, d’après le roman The Chinaman de Stephen Leather
Interprètes : Jackie Chan, Pierce Brosnan, Charlie Murphy, Michael McElhatton, Liu Tao, Orla Brady, Rory Fleck-Byrne, Ray Fearon
Musique : Cliff Martinez
Directeur de la photographie : David Tattersall
Producteurs : Jackie Chan, Wayne Marc Godfrey, Jamie Marshall, D. Scott Lumpkin, Arthur M. Sarkissian
Sociétés de production : The Fyzz Facility, Sparkle Roll Media, Huayi Brothers Pictures, Wanda Pictures
Société de distribution : Metropolitan Filmexport
Durée : 114 minutes
Genre : thriller, action
Date de sortie : 8 novembre 2017

Angleterre, Chine – 2017

Les Bienheureux, de Sofia Djama : critique

À l’occasion du Arras Film Festival, Les Bienheureux a été projeté en avant-première. Réalisé par Sofia Djama, le film suit les parcours croisés de personnages dans une Alger abimée par les cicatrices de la guerre civile et en proie à une nouvelle montée d’extrémisme.

Synopsis : Alger, quelques années après la guerre civile. Amal et Samir ont décidé de fêter leur vingtième anniversaire de mariage au restaurant. Pendant leur trajet, tous deux évoquent leur Algérie : Amal, à travers la perte des illusions, Samir par la nécessité de s’en accommoder. Au même moment, Fahim, leur fils, et ses amis, Feriel et Reda, errent dans une Alger qui se referme peu à peu sur elle-même.

Vingt-quatre heures à Alger

Alger (et plus ouvertement l’Algérie) est un lieu marqué par l’Histoire. De la guerre de décolonisation (1954-1962) à sa guerre civile (1991-2002), en n’oubliant pas les massacres collectifs de civils (1996-1998), le pays est marqué par bien des cicatrices.

La réalisatrice capte les parcours souvent croisés de six personnages : un couple, Amal et Samir ; leur fils Fahim ; ses amis Feriel et Reda ; et l’ami policier de Feriel. Les vingt bonnes heures que vont vivre ces individus vont permettre à Sofia Djama de peindre un portrait d’Alger. Les gestes du quotidien de chacun, leurs passions, leurs joies, leurs doutes, leurs terreurs ; leurs petits programmes, ou à l’inverse, leur ennui… Une ville vivante donc. Ce quotidien capté pendant ces vingt quatre heures (elles-mêmes condensées en une heure et quarante-deux minutes) va être le petit théâtre politisé et social d’Alger.

Attention, aucun propos n’est installé artificiellement dans la bouche d’un personnage qui, tel une figure de La Chinoise, se mettrait à débiter des discours politiques détachés de toute narration. Notons toutefois la présence des titres introductifs exposant le contexte politique dans lequel le film et sa représentation du réel s’inscrivent. En effet, le long métrage travaille la réalité avec les quotidiens et les engagements en construction ou en irruption de chacun. En bref, nous sommes face à des individus que l’on pourrait croiser au coin de la rue. Ainsi suite à une petite taquinerie, Feriel perd son foulard et dévoile une cicatrice assez importante sur sa gorge. Un apéro d’affaire fait place à une petite fête lorsque deux vieux amis se joignent à la soirée : les deux femmes ont quitté le pays il y a déjà bien longtemps, ce qui suscitera de vives réactions de la part de Samir, qui ne peut accepter un tel acte. À contrario, sa femme supportera le départ. On peut aussi penser à cet autre petit événement. Reda veut se faire tatouer un extrait du Coran, sa décision sera source d’intenses discussions entre lui-même, le tatoueur, et des individus présents dans le squat. Ces derniers, qui boivent et fument de la drogue, déclarent sérieusement que Reda ira en enfer pour son acte ; quant au tatoueur, il considère qu’il doit mettre de côté les convictions religieuses qui lui sont propres, Reda est un client libre de ses choix.

Les jeunes s’amusent au détour de leur errance.

L’errance, et l’ennui revendiqué

On ne pourrait justement donner tort à ce dernier. Qu’importe ce que l’on pense, ou ce en quoi on croit, l’autre est libre de ses choix. D’ailleurs, les parents de Fahim, peuvent penser ceci ou cela de ce qu’il doit faire, le jeune homme veut, comme Reda et Feriel, être libre de faire à sa guise. Ainsi, à l’inverse du couple qui a une trajectoire dessinée (apéro-fête suivi de leur diner d’anniversaire de mariage), les jeunes errent. Fahim erre ; il choisit tout à coup de prendre un café dans un troquet tenu par une connaissance qui allait fermer l’établissement. Finalement Fahim a droit à son café, qu’il boit, les yeux plongés dans le vide : l’autre change de chaine télévisée, et regarde sans attention le programme sportif. Le plan large sur cette scène de vie est absurdement drôle et vivifiant tant la Vie même s’en dégage. Les corps sans intentions, les silences, un moment vidé d’intrigue : Sofia Djama réalise ici l’une des meilleures scènes d’ennui vues au cinéma, à rapprocher près de certaines séquences de Cassavetes.

La jeunesse du film revendique le droit à l’ennui. Par cette volonté, elle demande autre chose intimement lié à l’ennui : le droit de vivre simplement et tranquillement. Alors, Alger, ses cicatrices non fermées et ses maux en puissance, ne fera pas nécessairement face à une jeunesse politiquement engagée. Peut-être se tiendra-t-elle face à de jeunes individus qui n’auraient de droit à imposer que celui de vivre sa vie comme on l’entend, sans contraintes sociales, religieuses et politiques, et qui seraient prêts à progresser sans oublier.

Enfin, si Amal, Samir et les autres personnages principaux du film ne partagent pas les mêmes désirs et convictions, on remarque qu’une volonté les lie tout au long du film, celle de vivre et de laisser l’autre respirer tel qu’il l’entend. Ainsi Fahim n’est pas le jeune homme politiquement engagé espéré par son père ; le policier n’ a que faire de la demande de l’un de ses collègues d’envoyer des policiers « gérer » une manifestation étudiante, – c’est leur bon droit – semble-t-il penser ; et Reda, en construction sur le plan religieux, n’en a ainsi que faire de la bigoterie à laquelle fait face sa volonté de tatouage. Enfin Samir acceptera de laisser partir Amal et Fahim.

Ainsi Les Bienheureux, invitation à la vie, constitue une belle et nuancée réponse aux maux d’Alger et de l’Algérie, d’hier et d’aujourd’hui. 

Extraits – Les Bienheureux

 Fiche Technique – Les Bienheureux

Réalisation : Sofia Djama
Scénario : Sofia Djama, d’après l’une de ses nouvelles
Interprétation : Sami Bouajila, Nadia Kaci, Lyna Khoudri, Adam Bessa, Amine Lansari, Faouzi Bensaïdi, Salima Abada…
Directeur de la photographie : Pierre Aïm
Décors : Patricia Ruelle, Thierry Lautout
Costumes : Claire Dubien
Montage : Sophie Brunet
Production : Patrick Quinet, Serge Zeitoun
Distribution : BAC Films
Genre : Drame
Date de sortie française : le 13 décembre 2017

2017 – France