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Black Lightning, le nouveau super héros de The CW : Critique des deux premiers épisodes

Avec déjà quatre séries super héroïques diffusées sur son antenne, la chaîne américaine The CW lançait, en ce début d’année 2018, un cinquième super héros : Black Lightning. Après deux épisodes diffusés, il faut reconnaître que Black Lightning propose une alternative intéressante à ses prédécesseurs.

Sur le papier, Black Lightning semblait lancer dans l’inconnu un obscur duo de créateurs : Mara Brock Akil et Salim Akil. Tous deux n’en sont cependant pas à leur première collaboration puisqu’ils ont été tour à tour scénariste, producteur exécutif ou réalisateur sur plusieurs séries (Being Mary Jane, The Game, Girlfriends).

Et c’est peut-être pour cela que, d’emblée, Black Lightning séduit.

Ce n’est pas une histoire d’origine comme les quatre séries actuellement diffusées sur The CW et, contrairement à une série comme Supergirl à laquelle il avait fallu sept épisodes pour trouver son rythme en saison 1, Black Lightning ne tâtonne pas et nous propose d’entrée une narration claire servie par une distribution au diapason.

Rôle certainement le plus important, et par conséquent le plus difficile à caster : Jefferson Pierce.

Pour l’incarner, le choix s’est porté sur Cress Williams, acteur à classer dans les vétérans du petit écran car il a tenu des rôles réguliers dans beaucoup de séries à succès (Code Black, Hart of Dixie, Friday Night Lights, Prison Break, Grey’s Anatomy ou encore Urgences) depuis ses débuts en 1994.

A 47 ans et du haut de son mètre 93, il en impose autant en tant que principal respecté du lycée Garfield de Freetown, que dans le costume de son alter-ego super héroïque.

Son visage familier permet également au public de l’imaginer sans difficulté dans son rôle de pilier de la communauté.

Le reste de la famille est composé de Lynn, son ex-femme (Christine Adams), de la fille aînée Anissa (Nafessa Williams) et de la cadette Jennifer (China Anne McClain). Une excellente alchimie se dégage de la famille Pierce que ce soit entre les parents (séparés), entre les sœurs (même si elles se disputent comme toutes les adolescentes de leur âge) et entre parents et enfants. Il y a d’ailleurs une constante qui ressort de ces premiers épisodes : si les parents ont des vues divergentes sur certains sujets, ils font toujours cause commune quand cela concerne leur progéniture.

Comme tout début de série, ces deux premiers épisodes ont pour but de poser les choses.

Dans le premier, « The Resurrection », on apprend qui est Jefferson Pierce/Black Lightning : qui sont sa famille, ses alliés, ses ennemis, son cadre de vie. Dans le second, « Lawanda : The Book of Hope », c’est le pourquoi qui est mis en lumière : les raisons qui le poussent, et l’ont poussé par le passé, à revêtir le costume. Mais la saison 1 ne comptant que treize épisodes, Black Lightning ne s’attarde pas en bavardages inutiles, dialogues pour adolescents ou scènes d’exposition. Même quand il n’y a pas d’action (physique) dans une scène, le propos de la série évolue. Peu de sujets/détails sont sujets à répétition.

Bien sûr, un super héros ne peut rien sans trois éléments : un comparse au courant de son identité secrète, un vilain à abattre et un proche qui ne se doute de rien.

Dans le premier rôle, on découvre Peter Gambi, tailleur de son état. Incarné par l’acteur américain James Remar, il aidait Pierce dans ses missions super héroïques avant que celui-ci ne raccroche le costume. Son opinion sur les raisons ayant poussé Pierce à être/redevenir Black Lightning est diamétralement opposée à celle de Lynn, et les deux vont avoir une explication certes courte mais franche dans le second épisode.

Dans le second rôle, les scenarii des deux premiers épisodes nous proposent plusieurs profils : Will (Dabier), Lala (William Catlett) et Tobias Whale (Marvin ‘Krondon’ Jones III). S’ils sont tous assez terrifiants (même Lala avec son surnom de Télétubbies), c’est clairement Marvin Jones III qui en impose le plus. Bien que de taille moyenne, sa prestance (appuyée par une voix très grave et son albinisme qui le font davantage sortir du lot) donne du corps à son personnage. 

Et enfin, dans le troisième rôle, le policier ami, l’inspecteur Henderson (Damon Gupton), qui n’a pas percé à jour le secret de son ami. Certains regards ou mouvements de caméra font douter le téléspectateur : Henderson n’aurait-il pas démasqué son ami ? Nous devrions en avoir confirmation d’ici la fin de la saison 1 mais en attendant c’est toujours une bonne chose pour un super-héros de devoir être sur ses gardes quant à son identité secrète avec quelqu’un de proche.

Dans ce cercle de proches ignorant le secret de Jefferson, il faut ajouter ses filles : Anissa et Jennifer. De caractères opposés (la seconde essayant de sortir de l’ombre de son aînée), elles font cependant bien souvent front commun. Et ce sont d’ailleurs les actions de la cadette (un peu tête à claques il faut l’avouer), dans cette soif inconsciente d’émancipation, qui vont entraîner le retour de Black Lightning à Freetown. Un retour qui ne devrait sans doute pas être solitaire très longtemps puisque les dernières secondes de l’épisode pilote ont montré qu’Anissa avait des pouvoirs surhumains. Et c’est par elle que la narration de Black Lightning devrait se rapprocher de celle des autres séries super héroïques de la chaîne, avec une histoire d’origine.

Plus mature de par son personnage principal, Black Lightning l’est par voie de conséquence dans son propos, dans les sujets abordés et la manière dont ils sont traitésLa violence est omni-présente dans la majorité des deux premiers épisodes. Mais elle n’est jamais ni gratuite ni outrageusement graphique (la série est diffusée juste après The Flash). Elle sert le propos de la série et est utilisée pour mettre en lumière les sujets abordés.

Ces derniers sont variés et on salue l’absence de fard pour en aborder certains (comme l’homosexualité, la violence des gangs qui gangrène la société ou encore les violences envers les citoyens afro-américains). Des sujets d’actualité bien souvent trop peu mis en lumière dans des productions s’adressant à un public plus jeune (petite exception dans la série Supergirl et le coming-out parfaitement maîtrisé du personnage d’Alex Danvers).

Au final, Black Lightning est une très bonne surprise qui  détonne de manière positive sur la chaîne The CW. Car si beaucoup auraient parié sur une ressemblance avec Luke Cage (seule autre série à proposer un super héros afro-américain), son ton se rapproche plus de celui de Jessica Jones. La série est plus ancrée dans la réalité que celles qui l’ont précédé et on se surprend à espérer que Black Lightning n’intègre jamais l’Arrowverse et sa narration très tournée vers les adolescents fleur bleue.

Rendez-vous donc fin avril ici même pour la critique de la saison 1 de Black Lightning dans son intégralité. Car si les deux premiers épisodes ont permis à la chaîne de réaliser un très bon score niveau audience, et de recevoir des critiques très positives, il ne faut pas perdre de vue que le sujet est plus mature que les autres productions de The CW. ll faut ainsi que Black Lightning maintienne sa qualité narrative pour ne pas perdre d’audience. Elle a en effet face à elle des poids lourds comme NCIS – Los Angeles (CBS) ou encore This Is Us (NBC). Tout faux pas pourrait condamner une éventuelle seconde saison.

SynopsisJefferson Pierce, un super-héros qui a raccroché son costume il y a neuf ans pour s’occuper de sa petite famille, est forcé de reprendre du service quand sa ville se retrouve rongée par le crime et le règne d’un gang mafieux. Il redevient alors Black Lightning un méta-humain qui a la capacité de manipuler les champs électro-magnétiques.

Black Lightning : Bande-annonce

Black Lightning : Fiche Technique

Créateurs : Mara Brock Akil et Salim Akil (basé sur le super-héros créé par Tony Isabella et Trevor Von Eeden)
Interprétation : Cress Williams (Jefferson Pierce / Black Lightning), China Anne McClain (Jennifer Pierce), Nafessa Williams (Anissa Pierce), Christine Adams (Lynn Pierce), Marvin ‘Krondon’ Jones III (Tobias Whale), Damon Gupton (Inspecteur Henderson), James Remar (Peter Gambi)
Directeur de la photographie : Scott Peck
Musique : Kurt Farquhar
Production : Salim Akil, Greg Berlanti, Mara Brock Akil, Sarah Schechter, Oz Scott
Sociétés de production : Berlanti Productions, DC Entertainment, Warner Bros. Television
Genre : Action, drame, science-fiction
Format : 13 x 42 minutes
Chaîne d’origine : The CW
Diffusion aux USA : 16 janvier 2018 et 23 janvier 2018

Episode 1×01 – « The Resurrection »

Réalisation : Salim Akil
Scénario : Salim Akil
Synopsis : Un ancien super-héros ayant le pouvoir de contrôler et de maîtriser la foudre, Jefferson Pierce, autrement connu par certains sous le nom de Black Lightning, dévoile les secrets de son passé pour protéger sa ville et sa famille.

Episode 1×02 – « Lawanda : The Book of Hope »

Réalisation : Oz Scott
Scénario : Charles Holland
Synopsis : Une lueur d’espoir apparaît dans la communauté quand Black Lightning revient pour combattre la violence.

Etats-Unis, 2018

Auteur : Grae Leigh

Oh ! Lucy de Atsuko Hirayanagi : une comédie douce-amère convaincante

Après des études de cinéma dans une branche singapourienne d’une école new-yorkaise, la japonaise Atsuko Hirayanagi met en application dans Oh! Lucy la rencontre des cultures dans un film drôle et grave à la fois. L’actrice Shinobu Terajima y est émouvante.

Synopsis : Setsuko mène une vie solitaire et sans saveur à Tokyo entre son travail et son appartement, jusqu’à ce que sa nièce Mika la persuade de prendre sa place à des cours d’anglais très singuliers. Cette expérience agit comme un électrochoc sur Setsuko. Affublée d’une perruque blonde, elle s’appelle désormais Lucy et s’éprend de John son professeur ! Alors, quand Mika et John disparaissent, Setsuko envoie tout balader et embarque sa sœur, dans une quête qui les mène de Tokyo au sud californien. La folle virée des deux sœurs, qui tourne aux règlements de compte, permettra-t-elle à Setsuko de trouver l’amour ?

L’aventure intérieure

Tiré du court-métrage Oh ! Lucy qu’elle a réalisé en 2014, le premier long-métrage éponyme de la jeune japonaise Atsuko Hirayanagi est un film plein de fraîcheur et de sensibilité qui n’est pas sans rappeler le très récent Jeune Femme de la jeune française Léonor Serraille. On y découvre la même thématique d’une femme jetée et perdue dans le grand bouillon de la vie citadine et qui se débat souvent toute seule pour surnager.

oh-lucy-atsuko-hirayagani-film-critique-shinobu-terajima-shioli-kutsunaEt pourtant ! Autant la protagoniste incarnée par une Laetitia Dosch –bluffante- est jeune et impétueuse dans le film français, autant Setsuko (Shinobu Terajima) est une femme éteinte qui arrive cahin-caha au milieu de sa vie : elle mène une vie de quadra plus que terne, composée d’un travail aussi insignifiant que ses collègues eux-mêmes et d’une vie privée inexistante et très désordonnée que seuls agrémentent quelques contacts avec Mika (Shioli Kutsuna), la fille plus ou moins intéressée de sa sœur. Lorsque cette dernière lui arrache quelques billets en échange d’un cours d’anglais déjà payé mais qu’elle ne peut plus suivre, Setsuko fait la rencontre de John (Josh Hartnett), le prof d’anglais excentrique, et de Tom/Komori (Kôji Yakusho). Et à partir de cet instant, tout un monde de possibles nouveaux s’ouvre à elle.

Entamé sur un ton badin, très drôle même,  Oh ! Lucy est en réalité une comédie plus amère que douce. Petit à petit, la cinéaste effeuille son personnage telle une rose et on découvre au fur et à mesure les couches successives de Setsuko, devenue Lucy le temps d’un cours d’anglais avec un prof qui a l’air tout aussi paumé, tout aussi inadapté que son élève. Avec ce prénom américain, Setsuko se découvre autre, plus libérée, plus libérale. En apprenant ses blessures profondes et ses traumatismes, le spectateur voit le monde avec ses yeux, et très vite, une empathie totale le gagne.

oh-lucy-atsuko-hirayagani-film-critique-josh-hartnett-shinobu-terajima-kaho-minamiPour se sauver d’une vie dans laquelle tout doucement elle se meurt, Lucy passe par tous les états. Les Etats d’Amérique d’abord, si l’on ose ce pauvre jeu de mots, car son histoire l’emmènera Outre-Atlantique, dans un enchaînement assez loufoque et poétique à la fois (ici, on pense de manière fugace au burlesque aérien de Fiona Gordon & Dominique Abel). Mais ce sont ses états d’âme variés qui sont la partie la plus intéressante. Cette colère qui gronde en elle, cette révolte qui se réveille soudain face à une injustice ancienne, mais centrale, ce besoin d’amour dont enfin elle prend acte avec parfois de la maladresse, parfois de la méchanceté , cet amour débordant qu’elle adresse au monde un peu au petit bonheur la chance, tous ces sentiments nouveaux qu’elle expérimente nous rendent Lucy infiniment aimable, et nous rendent la cinéaste admirable dans sa capacité à tout montrer sans démontrer.

Oh ! Lucy bénéficie d’un casting très équilibré, avec tout d’abord la performance de Shinobu Terajima qui passe du rire aux larmes, de l’espoir au laisser-aller le plus profond sans aucune difficulté, imprimant sur un visage pourtant assez illisible, comme l’est celui de beaucoup de japonais, des émotions nettement palpables. Josh Hartnett est une bonne surprise, un bad boy charmant qui joue de son physique de Brad Pitt pour affoler la ménagère de 45 ans. Quant à Kaho Minami, l’actrice qui interprète Ayako, la sœur de Lucy, elle excelle à figurer un personnage détestable enfoncé dans des traditions et des certitudes héritées d’un Japon médiéval, voire moins médiéval et peu ouvert aux autres. Enfin, Shioli Kutsuna apporte la légèreté dans un film, mais surtout le grand Kôji Yakusho (de presque tous les films de Kiyoshi Kurasawa) éclaire l’ensemble de son aura de star et de sa stature de valeur sûre.

oh-lucy-atsuko-hirayagani-film-critique-josh-hartnett-shinobu-terajimaNe perdant jamais le fil de son idée, Atsuko Hirayanagi délivre un film deux-en-un, avec l’aventure intérieure de Setsuko/Lucy qui apprend à devenir une Setsuko nouvelle, plus aimable à ses propres yeux, et une critique sociale d’un Japon, et surtout d’un Tokyo toxique, où le suicide fait partie littéralement de la vie quotidienne, tout en se jouant du choc des cultures. Le film n’est pas dénué de défauts, un peu trop dolent par moments, mais l’émotion est là, et on se met à croire dans l’éclosion d’une nouvelle cinéaste japonaise digne d’intérêt.

Oh ! Lucy – Bande annonce

Oh ! Lucy – Fiche technique

Titre original : Oh ! Lucy
Réalisateur : Atsuko Hirayanagi
Scénario : Boris Frumin, Atsuko Hirayanagi, d’après le court-métrage éponyme de cette dernière
Interprétation : Shinobu Terajima (Setsuko), Josh Hartnett (John), Kaho Minami (Ayako), Kôji Yakusho (Komori), Shioli Kutsuna (Mika)
Musique : Erik Friedlander
Photographie : Paula Huidobro
Montage : Kate Hickey
Producteurs : Han West, Yukie Kito, Jessica Elbaum, Atsuko Hirayanagi, Coproducteur : Katsuhiro Tsuchiya
Maisons de production : Gloria Sanchez Productions, Meridian Content, MATCHGIRL PICTURES, Coproduction : NHK Japan Broadcasting Corporation
Distribution (France) : Nour Films
Récompenses : Sundance Institute/NHK Award pour Atsuko Hirayanagi
Durée : 95 min.
Genre : Drame, Comédie
Date de sortie : 31 Janvier 2018
Japon, USA – 2017

Le roi de la Polka : le King Jack Black de retour sur Netflix

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Sorti sur Netflix depuis janvier dernier, Le Roi de la Polka retrace l’histoire incroyable mais vraie de Jan Lewan (incarné par Jack Black), un chanteur polonais qui a fini en prison pour avoir escroqué ses fans afin de devenir la grande star qu’il a toujours rêvée d’être.

Synopsis : Vivant en Pennsylvanie, le chanteur polonais Jan Lewan, prêt à tout pour connaître le succès aux États-Unis, se lance sur plusieurs années dans une gigantesque escroquerie entraînant ses fans…

le-roi-de-la-polka-maya-forbes-jack-black-jason-schwartzman-netflix-film-critiqueRéalisatrice du remarquable Daddy Cool, Maya Forbes revient, toujours avec une histoire vraie (mais pas la sienne contrairement à son précédent film), cette fois-ci sur Netflix avec Le Roi de la Polka. En France, l’histoire de Jan Lewan n’est pas très connue contrairement aux États-Unis. Dans les années 1980-1990, Lewan était un chanteur polonais vivant en Pennsylvanie qui avait fini par se faire sa petite réputation au point de finir dans la course aux Grammy Awards (nommé dans la catégorie « meilleur album de polka » en 1995). Son petit succès ne lui suffisant jamais à ses yeux, il voulait toujours voir plus grand. Arnaquer ses propres fans (la plupart du temps des petits vieux) n’était pas juste le moyen de s’enrichir, c’était le moyen d’accéder à ce fameux rêve américain.

le-roi-de-la-polka-maya-forbes-jenny-slate-jacki-weaver-film-netflix-critiqueSur un ton léger voire même humoristique (Jack Black à l’affiche annonçant cette promesse), Le Roi de la Polka raconte alors l’ascension puis la chute de cette star locale cheap (n’hésitant pas à faire intervenir sur scène des personnages déguisés en ours ou en poulet), en passant (un peu trop brièvement) par sa renaissance (car, comme le dit Jan Lewan, « tout le monde a le droit à une seconde chance »). Certes, on ne se fend pas la poire (même si certaines scènes, notamment celle où Lewan promet à ses fans de rencontrer le Pape ou encore celles autour du concours de beauté sont drôles) mais ce ton reste agréable dans le sens où Maya Forbes tente parfois de détourner justement à la fois les codes du biopic traditionnel et de la success story à l’américaine comme on a l’habitude d’en voir. Hélas, on emploie justement le verbe « tenter » car malgré ses nobles intentions, on aurait pu s’attendre à une mise en scène bien plus ambitieuse (même si elle reste tout de même correcte) et un ton qui aurait pu être encore plus corsé et renforcer l’engrenage délirant dans lequel s’était fourré le personnage principal. A noter tout de même une chouette reconstitution de l’époque, kitsch mais crédible.

Jack Black (Jumanji : Bienvenue dans la jungle, Chair de Poule) est complètement à l’aise dans le rôle de Jan Lewan, ce bouffon rêveur touchant même si le film n’excuse jamais ses actes condamnables. Les seconds rôles sont également tous remarquables, surtout la méconnaissable et vacharde Jacki Weaver (The Voices, Parkland), qui incarne le seul personnage lucide de l’histoire pour notre plus grand plaisir. Il est certain que Le roi de la Polka aurait pu être bien meilleur, qu’il avait largement les clés pour l’être et que sa réalisatrice ne les utilise pas suffisamment pour tirer son film vers le haut. Reste tout de même un chouette petit long-métrage attachant et sympathique qui mérite d’être découvert. 

Le Roi de la Polka : bande-annonce

Le Roi de la Polka : Fiche Technique

Réalisatrice : Maya Forbes
Scénario : Maya Forbes, Wally Wolodarsky
Interprètes : Jack Black, Jenny Slate, Jason Schwartzman, Jacki Weaver, J.B. Smoove
Producteurs : Jack Black, Ben Stiller, Stuart Confeld, Monica Levinson, Priyanka Mattoo, David Permut, Shivani Rawat
Distribution : Netflix
Genre : Biopic, comédie
Date de sortie (Netflix) : 12 janvier 2018

Etats-Unis – 2017

Grand Prix de Gérardmer : Le Top 5

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Depuis 1994, lorsqu’il a repris le flambeau du festival d’Avoriaz, le Fantastic’Arts ou Festival du film fantastique de Gérardmer est devenu une véritable institution du cinéma de genre en France. À l’occasion de son 25ème anniversaire, il est temps de jeter un œil sur un quart de siècle de découvertes et de revenir sur 5 grands prix ayant marqué le festival.

En 25 ans, pas moins de 200 films se sont disputé le Grand Prix. Parmi eux, des films devenus des classiques incontournables comme Scream, des films high-concepts étonnants comme Cube ou encore des films tombés dans l’oubli le plus total à l’image de Thomas est amoureux. Avec ses sélections éclectiques, ce n’est pas uniquement le fantastique qui a été célébré dans la station vosgienne, mais également l’horreur, la science-fiction, et même le western. Le festival mettant en avant des premiers films a permis également à la France de découvrir des auteurs devenu cultes comme Richard Kelly et son Donnie Darko, Jaume Balaguero avec La Secte sans Nom ou encore Fabrice du Welz remportant le prix du Jury pour Calvaire en 2004. 24 éditions, 24 Grand Prix, difficile tâche que d’en garder 5.

Top 5 des Grand Prix de Gérardmer

Le jour de la Bête, Alex de la Iglesia, Grand Prix 1996.

L’Espagne a depuis toujours été un grand fournisseur pour le Fantastic’Arts, comme en témoigne Jaume Balaguero  reparti avec 3 Prix du Jury pour La Secte sans Nom, Fragile et Rec, mais c’est un autre cinéaste culte de la péninsule ibérique qui a eu la chance de remporter un Grand Prix, Alex de la Iglesia. L’invité d’honneur de la 25ème édition a frappé un grand coup auprès du public vosgien et du jury présidé par Rutger Hauer avec son cinéma mêlant à la perfection horreur et comédie cinglante. Dans son 2ème film, et toujours meilleur essai à ce jour, il nous raconte la croisade d’un prêtre, accompagné d’un metalhead et d’un médium star de la TV contre l’antichrist en personne. À la manière d’un vilain garnement, Alex de la Iglesia n’hésite pas à se payer la tronche du christianisme, empilant les séquences cultes comme celle du rituel satanique, le tout ponctué par des gags proches du grand guignol.

Scream, Wes Craven, Grand Prix 1997

Alors que le slasher était un peu à la dérive depuis la fin des années 80, il fallait bien l’un des piliers de l’horreur pour donner un grand coup dans la fourmilière et opérer un virage drastique au sein du genre. Après avoir exploré le côté méta avec Freddy sort de la nuit en 1994, Wes Craven décide d’y aller à fond les ballons avec Scream. Bénéficiant d’un script pondu par Kevin Williamson, le créateur de Dawson, c’est toute la pop-culture que le cinéaste convoque dans un slasher à la fois cynique et jouissif. Multipliant les moments de bravoure comme cette séquence d’ouverture devenue absolument culte, développant une imagerie qui fera date dans le cinéma d’horreur au travers du personnage de Ghostface, Scream a surtout lancé toute une vague de slasher méta qui continue encore aujourd’hui d’alimenter les auteurs les plus fous comme Joseph Kahn avec Detention ou même Tragedy Girls de Tyler McIntyre, présenté cette année en compétition. Pas étonnant que le film de Craven soit sorti en tête des sondages organisés par le festival pour désigner le meilleur Grand Prix du Festival.

Morse, Thomas Alfredson, Grand Prix 2009

Avant que Thomas Alfredson ne s’engage hasardeusement dans des adaptations bancales de polars de Nesbo, le cinéaste suédois avait surpris tout le monde avec son premier film, le sublime Morse. Tiré du roman Laisse moi entrer de John Ajvide Lyndqvist, le film d’Alfredson revisite le mythe romantique du vampire au travers de deux enfants, Oskar et Eli. Contemplant la neige immaculée de la Suède, Morse bouleverse avec ses deux personnages marginaux qui se trouvent, qui s’aiment. Avec sa poésie rare, son rythme lancinant, sa claque esthétique, le film dénote. Loin de l’hystérie sanguinolente ou de la loufoquerie d’autres Grand Prix, Morse montre que derrière les festivaliers  se cachent des cœurs tendres.

It Follows, David Robert Mitchell, Grand Prix 2015

Autre claque que l’on avait pas vu venir, It Follows. Le jeune cinéaste David Robert Mitchell accouche de l’un des meilleurs films d’épouvante de la décennie, bénéficiant d’un héritage Carpenterien très marqué. Puisant également dans le teen-movie, le film de Mitchell traite de manière frontale le problème des MST au travers de cette entité poursuivant ses victimes, et qui se transmet au cours de rapports sexuels. Porté par un casting impeccable, notamment la révélation Maika Monroe, le film développe une atmosphère oppressante jouant insidieusement avec la peur plutôt que d’avoir recours à des jumpscares faciles. Aidé par la bande son tout bonnement électrisante de Disasterpiece, qui renvoie elle aussi à l’œuvre de John Carpenter, It Follows hantera le spectateur jusqu’à son dernier plan et même sur le chemin du retour.

Grave, Julia Ducourneau, Grand Prix 2017

Il aura donc fallu attendre 24 ans avant que la France soit récompensée par un Grand Prix. Il aura surtout fallu 24 ans pour que le Fantastic’Arts célèbre une réalisatrice. Avec son premier film, Julia Ducourneau décroche un uppercut fatal au cinéma de genre français qui se trouve en état de léthargie depuis pas mal de temps. Film à la croisée des genres, oscillant entre l’horreur, le coming of age, le campus movie, Grave a été une véritable sensation, raflant tout sur son passage et cela dans de nombreux festivals. On ne peut que saluer le tour de force de Ducourneau, qui, bien que peut-être un peu trop sûr d’elle, offre un film organique, viscéral et fascinant sur la jeune Justine et la découverte de son corps. Garance Marillier est la révélation de 2017, et risque très fortement de repartir avec un césar début mars.

Chris Cornell en sons et en images : portrait d’un géant

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En un peu plus de cinquante ans, dont une trentaine sur les planches, Chris Cornell aura marqué des vies : celles de ses proches, qu’il quitte bien trop tôt, mais aussi celles de ses fans ou simplement de ceux qui ont été touchés par sa voix, son jeu de guitare et ses compositions.

« La vie passe vite, très vite, trop vite. Ce qu’on en retient au final : des gens, des lieux et des œuvres ».

Frontman de deux des plus grands groupes de rock de ces trente dernières années, Cornell restera à jamais le papa de Black Hole Sun qui propulse en 1994 Soundgarden en superstar aux côtés de Nirvana (alors que le groupe est formé depuis plus longtemps). Sa voix pouvant passer cinq octaves se fera tour à tour, douce, sensuelle, criarde, rauque, grave, suraiguë jusqu’à se briser dans des élans scéniques mal contrôlés. Ce timbre cassé, mais encore mille coudées au dessus des autres chanteurs de la scène rock, marquera les trois albums du supergroupe Audioslave, où Cornell sera entouré des anciens de Rage against the machine.

Chris Cornell en images :

La musique de Cornell et sa voix ont également orné bon nombre d’œuvres audiovisuelles.

Dans le frais et nerveux Pump up the volume (1990), film culte de toute une génération adolescente, la voix criarde de Cornell (titre heretic de Soundgarden) évoluera en parfaite harmonie avec les images de poupée gonflable habillée en prof, brûlée ; et des foules de jeunes en rébellion.
Les guitares heavy de Soundgarden hurleront leur colère ensuite dans Wayne’s World, True Romance, Basketball diaries, Mission impossible 2 et toute une flopée de films divers et variés.

Cornell et Audioslave feront de même dans Miami vice, où deux des plus beaux titres du groupe seront déroulés en quasi totalité après avoir déjà illuminé l’excellent Collateral du même Michael Mann.

Mais la carrière du grand et beau Chris ne s’arrête pas là puisque c’est à lui que revient l’honneur de composer et interpréter la chanson titre du premier James Bond avec Daniel Craig dans Casino Royale.

Musique Chris Cornell – James Bond Casino Royale

Le retour de Soundgarden permettra au quatuor de composer le générique de fin du film Avengers et d’être mêlé à l’aventure Marvel via un clip efficace et sec comme les riffs l’enjolivant.

Soundgarden – Live to Rise (From Marvel’s THE AVENGERS)

« Paroles Soundgarden – Live to Rise » :  What if all you understand Could fit into the center of our hand Then you found it wasn’t you Who held the sum of everything you knew We’re insane but not alone We hold on And let go Like the sun, we will live to rise Like the sun, we will live and die And then ignite again Like the sun, we will live to rise (oh yeah)

What if the one thing that I missed Was everything I need to pass the test And if I fail, what happens then? Can I still count on you as a friend? We’re insane but not alone We hold on And let go Like the sun, we will live to rise Like the sun, we will live and die And then ignite again Like the sun, we will live to rise (Oh yeah, oh yeah, oh yeah, oh yeah)

Like the sun, we will live to rise Like the sun, we will live and die And then ignite again Like the sun, we will live to rise Like the sun, we will live and die And then ignite again Like the sun, we will live to rise (Oh yeah, oh yeah)

Le 18 mai 2017, après un concert avec Soundgarden, Chris choisira de quitter la scène. Si le géant a la voix unique nous a dit adieu, son oeuvre, elle, nous accompagnera encore longtemps, qu’on soit dans le noir, les enceintes à fond avec Audioslave, Soundgarden, Temple of the dogs, ses albums solos ou devant un film et que sa voix apparaisse au détour d’une scène.

Discographie Chris Cornell : Soundgarden

1988 : Ultramega OK

1989 : Louder than Love

1990 : Screaming Life/Fopp (compilation)

1991 : Badmotorfinger

1994 : Superunknown

1996 : Down on the Upside

1997 : A-Sides (compilation)

2010 : Telephantasm (compilation)

2011 : Live on I-5 (live)

2012 : King Animal

Temple of the Dog

1991 : Temple of the Dog

Audioslave

2002 : Audioslave

2005 : Out of Exile

2006 : Revelations

Albums solo

1999 : Euphoria Morning

2007 : Carry On

2009 : Scream

2011 : Songbook (live acoustique)

2015 : Higher Truth

César 2018 : les nominations sont là !

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Qui de 120 battements par minute ou au Revoir là-haut sera célébré ? Garance Marillier va être récompensée pour sa performance dans Grave ? N’attendez plus : les nominations pour la cérémonie des César 2018 sont là.

La cérémonie des César se tiendra le 2 mars 2018 et aura cette année l’actrice espagnole Penelope Cruz recevra le César d’honneur. La soirée sera animée par Manu Payet et ouverte par Vanessa Paradis. Au revoir là-haut et 120 battements par minutes tiennent le podium des nominations. Trêve de bavardages : plongez dans les nominations en attendant la cérémonie.

Meilleur film :

120 battements par minute

Au revoir là-haut

Barbara

Le brio

Patients

Petit paysan

Le sens de la fête

César de la meilleure réalisation

Robin Campillo (120 battements par minutes)
Albert Dupontel (Au revoir là-haut)
Mathieu Almaric (Barbara)
Julia Ducournau (Grave)
Hubert Charuel (Petit paysan)
Michel Hazanavicius (Le Redoutable)
Eric Toledano et Olivier Nakache (Le sens de la fête)

César du meilleur acteur

Swann Arlaud (Petit paysan)
Daniel Auteuil (Le Brio)
Jean-Pierre Bacri (Le sens de la fête)
Guillaume Canet (Rock’n roll)
Albert Dupontel (Au revoir là-haut)
Louis Garrel (Le redoutable)
Reda Kateb (Django)

César de la meilleure actrice

Jeanne Balibar (Barbara)
Juliette Binoche (Un beau soleil intérieur)
Emmanuelle Devos (Numéro Une)
Marina Fois (L’Atelier)
Charlotte Gainsboug (La Promesse de l’aube)
Doria Tillier (Monsieur et Madame Adelman)
Karin Viard (Jalouse)

César du meilleur acteur dans un second rôle

Niels Arestrup (Au revoir là-haut)
Laurent Lafitte (Au revoir là-haut)
Gilles Lellouche (Le sens de la fête)
Vincent Macaigne (Le sens de la fête)
Antoine Reinartz (120 Battements par minute)

César de la meilleure actrice dans un second rôle

Laure Calamy (Ava)
Anaïs Demoustier (La Villa)
Sara Giraudeau (Petit paysan)
Adèle Haenel (120 Battements par minutes)
Mélanie Thierry (Au revoir là-haut)

César du meilleur espoir féminin

Iris Bry (Les Gardiennes)
Laetitia Dosch (Jeune femme)
Eva Haïdara (Le sens de la fête)
Camelia Jordana (Le Brio)
Garance Marillier (Grave)

César du meilleur espoir masculin

Benjamin Lavernhe (C’est la vie)
Finnegan Oldfield (Marvin ou la Belle Education)
Pablo Pauly (Patients)
Nahuel Perez Biscayart (120 Battements par minute)
Arnaud Valois (120 Battements par minute)

César du meilleur premier film

Grave
Jeune femme
Monsieur et Madame Adelman
Patients
Petit Paysan

César du meilleur long métrage d’animation

Le grand méchant renard et autres contes…
Sahara
Zombillénium

César du meilleur documentaire

12 jours
A voix haute
Carré 35
I’m Not Your Negro
Visages villages

César du meilleur film étranger

Le Caire confidentiel
Dunkerque
L’Échange des princesses
Faute d’amour
La La Land
Noces
The Square

Ça vient vous terrifier en Blu-ray

Depuis le 24 janvier 2018, le terrifiant clown dansant Grippe-Sou imaginé par Stephen King peut vous croquer en Blu-ray, DVD et Blu-ray 4K. Retour sur le film phénomène d’Andrés Muschietti à l’occasion de sa sortie en video. Ça va saigner…

Synopsis : A Derry, dans le Maine, un groupe de 7 adolescents enquête sur une effroyable créature qui hante leur petite ville depuis des siècles : Grippe-Sou le Clown Dansant. Monstre aux pouvoirs terrifiants, ÇA prend la forme de vos peurs les plus profondes. Face à leurs pires cauchemars, le seul moyen de survivre pour ces adolescents sera de combattre ÇA ensemble.

Mécanique horrifique

Ça est un film qui a du plaire à la Warner pour de nombreuses raisons, notamment économiques. Le long métrage, porté par un budget de 35 millions, a rapporté pas moins de 700 millions de dollars de recettes à travers le monde. Après les échecs commerciaux de Blade Runner 2049 (aussi distribué par Sony Pictures) et de Justice League (à l’échec aussi critique qu’économique et dont la sortie fut accompagnée de scandales autour de sa production chaotique), Ça a du apparaître comme un souffle de vie pour la Warner. Car le film, on peut le dire, a fait un carton et a réussi à séduire la critique sans arriver à un consensus hyper-positif comme nous le promettait les énièmes grandiloquents premiers retours américains. Quant à Andrés Muschietti, son réalisateur, il serait en charge de la suite qui devrait arriver en 2019.

Muschietti, à qui l’on doit aussi le beau et sombre Mama (2013), montre avec Ça qu’il sait filmer et donc raconter l’horreur en images. Mais à l’inverse de son premier long métrage, Muschietti n’a pas participé à l’écriture du scénario. Et c’est justement là où le bas blesse. Le réalisateur a beau mettre en place l’horreur à échelle humaine, précisément au niveau de l’enfant, de son regard et de son battement de cœur, son travail est contré par un déroulement du récit trop mécanique. Ça est de retour et pénètre malicieusement dans l’esprit des enfants en les tourmentant d’expériences cauchemardesques adaptées aux peurs des personnages. Le problème se pose ainsi : nous allons faire face à chacune de ces visions traumatisantes des mômes avant qu’ils se décident à se les révéler en groupe. Cela, à l’inverse du livre où certains des cauchemars étaient révélés par le récit oral de gamins à leurs amis. Par conséquent, l’horreur et l’épouvante cèdent rapidement la place à la frustration de l’expérience spectatorielle face à un schéma narratif mécanique. « On va devoir tous se les taper avant que l’un d’entre eux soit assez malin pour le partager avec les autres » se dit-on alors que frustration et longueurs s’installent dans notre siège et à l’écran.

Après le partage des cauchemars par les différents membres du groupe, l’aventure reprend de plus belle. Muschietti n’oublie pas de capter le quotidien amical, amoureux et souvent obscur des enfants. Mais le caractère mécanique de l’écriture reviendra rapidement pointer son nez lors des scènes de genre où les destins de chacun des personnages épouvantés peinent à se croiser de façon fluide (et humaine). L’horreur fonctionne ainsi de telle façon que les séquences sont isolées les unes des autres, séparant d’abord le groupe pour enfin le réunir, sans jamais véritablement travailler l’organicité du groupe comme l’aspect multiple du clown tueur (à ne pas confondre avec la protéiformité de la créature bien présente à l’écran).

Ainsi « vivement la suite » et « dommage » se battent dans la zone ciné-trouble de notre cerveau pour être poursuivis par un « affaire à suivre ! » tandis que le générique défile à l’écran.

Un Blu-ray bien sage pour Grippe-Sou

Il y a peu à redire concernant l’image et le son du film. On peut même remarquer la présence de piste française DTS-HD et Dolby Atmos TrueHD qui raviront les incorruptibles aficionados de la VF. Sur ce point, Universal peut aller se rhabiller. Toutefois, le constat est moins positif concernant les bonus. Trois featurettes making-of d’environ un quart d’heure chacune reviennent sur l’interprétation de Grippe-Sou par Bill Skarsgard ; les jeunes acteurs du club des losers sur le tournage ; et sur l’écriture du roman avec Stephen King en entretien. Enfin, les trois quarts d’heure de bonus sont accompagnés par une quinzaine de minutes de scènes coupées.

Bande-Annonce – Ça (It)

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

1080p High Définition 16×9 2:4.1 – Langues : DTS-HD Master Audio : Français, Anglais ; Dolby Digital Atmos True HD : Français, Anglais – Sous-titres : Français, Anglais (pour sourds et malentendants) – Les bonus peuvent ne pas être en haute définition ; l’audio et les sous-titres peuvent varier.

COMPLÉMENTS

GRIPPE-SOU EST DE RETOUR ! Découvrez comment Bill Skarsgard s’est préparé pour interpréter le terrifiant Grippe-Sou.

LE CLUB DES LOSERS Plongez-vous dans le monde des jeunes héros de ÇA et découvrez leur quotidien pendant le tournage du film.

LE MAÎTRE DE LA PEUR Stephen King nous raconte comment il a écrit un des plus terrifiants romans de l’histoire et développé le personnage de Grippe-Sou.

SCÈNES COUPÉES

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Visuel du Blu-ray de ‘Ça’ édité chez Warner.

Prix de vente conseillé :

DVD : 19,99 €

Blu-Ray : 24,99 €

Blu-Ray 4K UHD : 29,99 €

Steelbook 4K + Blu-Ray : 29,99 €

Paris Manga & Sci-Fi Show : 25ème édition les 3 et 4 février 2018

On l’attendait avec impatience et il est à présent disponible : le planning des scènes Manga et Sci-Fi de la 25ème édition. Pour fêter cela, faisons le point sur les nombreux invités présents ce week-end.

Tous les invités n’étant pas présents les deux jours, nous avons repris entre parenthèses leur(s) jour(s) de présence. La plupart seront présents pour des conférences, dédicaces, photoshoots et autres masterclass.

Invités acteurs

Au nombre de neuf, ils devraient ravir le plus grand nombre.

  • Andrea Parker : Le Caméléon, Pretty Little Liars (présente les deux jours),
  • Pamela Anderson : Alerte à Malibu (présente le samedi 3 février),
  • Richard Dean Anderson : Stargate, MacGyver (présent le dimanche 4 février),
  • Hafþór Júlíus Björnsson : Le Trône de Fer (présent le samedi 3 février),
  • John Wesley Shipp : Flash (présent les deux jours),
  • Brian Krause : Charmed (présent les deux jours),
  • Seth Gilliam : The Walking Dead (présent les deux jours), et
  • Olivia Taylor Dudley et Arjun Gupta : The Magicians (présents le samedi 3 février).

Invités comédiens de doublage

  • Nathalie Homs (présente le samedi 3 février),
  • Charles Germain (présent le samedi 3 février),
  • Emmylou Homs (présente le samedi 3 février),
  • Georges Caudront (présent le samedi 3 février),
  • Yann Peira (présent le dimanche 4 février),
  • Barbara Delsol (présente le samedi 3 février),
  • Nathalie Spitzer (présente le samedi 3 février),
  • Barbara Beretta (présente le dimanche 4 février),
  • Bernard Lanneau (présent le dimanche 4 février)
  • Laura Préjean (présente le dimanche 4 février),
  • Françoise Rigal (présente le samedi 3 février),
  • Dominique Vallée (présente le dimanche 4 février),
  • Benoît Dupac (présent le dimanche 4 février), et
  • Alexandre Nguyen (présent le samedi 3 février).

Invités comics (tous seront présents les deux jours)

  • Tina Valentino,
  • Alessandro Vitti,
  • Tom Lyle,
  • Alan Davis,
  • Mark Farmer,
  • Marco Santucci,
  • Dimat,
  • Maria Laura Sanapo,
  • Laurent Lefeuvre,
  • Fabian Nicieza, et
  • Bob McLeod.

Invités musique

  • suShiMaMiRe (présent uniquement le samedi 3 février).

Invités catch (tous seront présents les deux jours)

  • Christian aka Jay Reso, et
  • Sylvain Guernalec.

Invités web séries

  • Noob (présent les deux jours)

Invités youtubers (tous seront présents les deux jours)

  • TAI REFLECTIONS – STARRYSKY feat. Ermite Moderne & Mickael J,
  • Laurent Caccia,
  • Bob Lennon,
  • Dooms,
  • Devovo,
  • Thomas Cyrix,
  • Laupok,
  • Menu Manga,
  • Siphano,
  • Louis-San, et
  • Sora.

Le planning des scènes Manga et Sci-Fi

Il est susceptible de changer jusqu’à la dernière minute donc vous trouverez ci-dessous le planning tel qu’arrêté au 30 janvier 2018.

NB : cliquez sur les images pour les ouvrir en grand format dans une nouvelle fenêtre.

 

Informations pratiques

Le lieu reste le même : le hall 7.2 de la Porte de Versailles.

Pour vous y rendre, vous avez le choix niveau transports en commun :

  • métro : ligne 12 (station Porte de Versailles)
  • tramway : ligne 2 (station Porte de Versailles) ; ligne 3 (station Porte de Versailles).
  • bus : ligne 39 (arrêt Porte de Versailles) ; ligne 80 (arrêt Porte de Versailles).

Les billets (achat ICI)

Le salon est gratuit pour les moins de 6 ans (sur place ou en prévente).
Pour les autres, plusieurs options :

  • le billet jour samedi ou dimanche (13.50 € en prévente et 14 € sur place),
  • le billet 2 jours (26.50 € en prévente ou 27 € sur place),
  • le billet VIP Mang ou Sci-Fi (60 € en prévente, non disponible sur place).

Paris Manga & Sci-Fi Show # 25 : la bande-annonce

Auteur : Grae Leigh

Devilman Crybaby de Masaaki Yuasa, l’animé bestial et grandiose de Netflix

Avec Devilman Crybaby, Masaaki Yuasa frappe un grand coup. C’est une avalanche de violence, de sexe, d’une jeunesse en proie à ses démons, où la lueur de l’humanité se disperse. Avec cette série d’animation bestiale, Netflix diffuse la première claque de l’année.

L’original « Devilman », paru en 1972, racontait l’histoire d’un adolescent timide, Akira Fudo, dont la vie prend un tournant différent quand il devient possédé par un démon. Avec l’aide de son ami Ryo Asuka, Akira réussit à surmonter sa volonté perverse et à utiliser ses pouvoirs pour combattre d’autres démons, devenant « Devilman ». La version de Yuasa, quant à elle, fidèle à l’intrigue, est un versant plus moderne du matériel de base : plus abrupt, plus euphorisant.

Le premier épisode de la série donne rapidement le ton : dans une zone désaffectée, la jeunesse du monde jouit de fêtes endiablées sous amphétamine, d’orgies consuméristes faites d’alcool, de sexe et de drogue. Dans cette atmosphère nébuleuse malmenée par une techno minimale incandescente, placardé par un visuel psychédélique voire abstrait, Devilman Crybaby hausse le ton et dégaine sa violence gore durant cette fête qui se nomme le « Sabbath ». L’humanité, derrière ses mœurs volatiles, ouvre la porte de l’enfer et voit l’apparition de démons, au sens propre et cinématographique du terme, qui tuent la moindre parcelle de chair fraîche. Une boucherie totale, où le sang tapisse les murs sans vergogne. D’entrée Devilman Crybaby marque la rétine d’une empreinte esthétique crasse et calcinée, avec sa trans féconde qui mélange le plaisir macabre à une déshumanisation accablante. 

Sauf que la gravure visuelle, sa violence, ses festivités morbides, sa sexualisation féminine à outrance, n’est pas qu’une simple gageure opportune. Derrière ce magma qui suinte la fièvre, ce pari grandiloquent, se cache une série qui fourmille d’idées, et détient une sensation de perdition presque totale. Devilman Crybaby est une claque sans nom, qui parsème son aura d’une respiration aussi humaine que nihiliste. L’enjeu est là : les méandres de l’humanité. Où est le démon qui est en nous ? Où se situe la limite de notre humanité ? Dans cette interrogation funeste, la série ne s’enlise pas dans une psychanalyse poussée, mais appuie sur ce qu’il sait faire de mieux : proposer des personnages attachants mais gangrenés par une haine qui va les pousser à monter le curseur de la violence. Akira et Ryo, les meilleurs amis du monde vont petit à petit se déchirer car leurs visions du monde s’avèrent être différentes. L’un veut sauver le monde alors qu’un démon l’habite et l’autre veut voir naître le chaos. Le bien et le mal ne font qu’un.

Pourtant, sous leurs enveloppes humaines, se nourrit un démon amer et carnassier. Avec son format court, sa nonchalance gore, sa course contre la montre, Devilman Crybaby rappelle le plaisir assoiffé que pouvait procurer la série Lastman. Mais la série animée se veut plus sombre, plus désarticulée dans sa réalisation, moins axée sur l’aspect burlesque : noir c’est noir selon l’adage. Cette farandole démoniaque, cette débauche d’excès, cette action animée épileptique, ne parait jamais gratuite au regard de la violence psychologique qui émane des personnages. Tout comme Paranoia Agent de Satoshi Kon, la série n’est pas qu’un simple défouloir : mais un portrait d’une société compétitrice, une jeunesse poussée dans ses derniers retranchements, aussi voyeuriste que déviante, qui délaisse ses individus et vit dans l’accumulation de regrets. Devilman Crybaby a cette odeur d’autodestruction incommensurable.

Certes, la thématique, cette haine de l’humain qui se dégage de la série n’est pas nouvelle. Mais la cohérence présentée entre le visuel au trait baroque et la thématique fait mouche et rend le tout impressionnant de maîtrise, comme pouvaient l’être des films d’animations sanguinolents comme Ninja Scroll de Yoshiaki Kawajiri.

Synopsis: Alors que les démons se sont réveillés et que l’humanité est dans la tourmente, un jeune démon sensible est poussé dans une guerre brutale contre le mal par son ami Ryo.

Bande annonce – Devilman Crybaby

https://www.youtube.com/watch?v=eeoG9Zib13Y

Fiche technique – Devilman Crybaby

Réalisation : Masaaki Yuasa
Scénario : Ichiro Okouchi
Société de distribution :  Netflix
Genre : animation japonaise
Durée : 10 épisodes de 20 minutes environ
Date de diffusion : 5 janvier 2018

Assurance sur la mort, le modèle absolu du film noir signé Billy Wilder

La sortie de la copie restaurée d’Assurance sur la mort, de Billy Wilder, permet de revoir un des grands classiques du cinéma hollywoodien et un des chefs d’œuvre du film noir.

Synopsis : Walter Neff fait du porte-à-porte pour vendre des assurances. Un jour, il rencontre une femme, Phyllis Dietrichson, et tombe sous son charme. Elle va lui demander de l’aider à se débarrasser de son mari.

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Assurance sur la mort n’est pas seulement un chef d’œuvre. Il s’agit sans doute du modèle absolu de film noir, le parangon du genre. D’abord, Assurance sur la mort est l’adaptation d’un roman de James M. Cain, auteur qui connaîtra un grand succès aux États-Unis dans les années 40 et verra deux autres de ses romans adaptés avec succès, Le Facteur sonne toujours deux fois (qui, en 1943, avait donné Ossessione, le premier chef d’œuvre de Luchino Visconti) et Mildred Pierce.

Ensuite, le scénario d’Assurance sur la mort est écrit par Billy Wilder et Raymond Chandler, l’auteur du Grand Sommeil, créateur du personnage du détective privé Philip Marlowe. Même si les deux scénaristes ne se sont pas entendus pendant l’écriture, ils ont su ciseler des dialogues extraordinaires, incisifs (il faut préciser qu’avant d’être réalisateur, Wilder avait entre autres écrit des scénarios pour Ernst Lubitsch, et on retrouve parfois cette influence dans l’œuvre du cinéaste).

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Comme dans tout bon film noir, l’action d’Assurance sur la mort se déroule avant tout sur le plan moral. A l’aide de la voix off, nous plongeons dans la tête d’un Walter Neff pris en plein dilemme, dans cette lutte entre le vice et la vertu. Ici, pratiquement pas de suspense ou de surprise. Le spectateur ne se pose pas la question de savoir ce qui va se passer, si le criminel va s’en tirer ou pas : le film débute par la scène finale, puis le reste de l’historie se déroule devant nous en un long flashback. Ainsi, nous savons dès les premières secondes que Walter Neff est grièvement blessé et nous l’entendons avouer sa participation au crime. L’enjeu n’est pas de trouver l’identité d’un assassin, mais de mettre en scène un conflit moral.

Et Billy Wilder se plaît à employer tous les moyens mis à sa disposition par le cinéma pour arriver à ses fins. La première moitié du film, qui se déroule avant le crime, nous montre Neff tiraillé entre deux choix diamétralement opposés. L’emploi de la voix off, qui d’habitude peut se révéler envahissante, est ici particulièrement bien mesurée et d’une grande utilité pour mettre à nu les déchirements du personnage. Des jeux d’ombres et de lumières hérités directement de l’expressionnisme se dessinent sur l’agent d’assurance, le découpant en une partie sombre et une lumineuse.

Et surtout, toute cette première moitié est marquée par des allers-retours entre deux lieux hautement symboliques, la villa des Dietrichson et le bureau de Neff dans l’immeuble de la compagnie d’assurance. Ces trajets en voiture figurent le balancement moral du personnage. Wilder inscrit géographiquement l’ alternative qui se propose à lui, et la ville devient un véritable paysage mental.

Ce procédé, issu lui aussi de l’expressionnisme, fait du décor la projection de l’intériorité du personnage. « Elle pleurait doucement, comme la pluie sur les fenêtres », dira Neff au sujet de Phyllis.

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Assurance sur la mort est construit comme une tragédie classique. Le fait de connaître la fin dès les premières minutes du film impose comme une impression de fatalité qui tombe sur les personnages. « La machine était partie, rien ne l’arrêterait. » Neff fait plusieurs fois allusion au destin. Une fois qu’il a accepté l’idée de commettre un meurtre, il n’est plus libre des conséquences de ses actes.

C’est cela que nous montre la seconde moitié du film. Là aussi, le scénario prend un parti pris formidable et extrêmement bien exploité : le criminel et l’enquêteur (Edward G. Robinson, absolument génial, comme d’habitude) sont des collègues (et même des amis). Ainsi, Neff peut suivre pas à pas la progression de l’enquête et voir l’étau se resserrer inexorablement autour de lui et de Phyllis, ce qui renforce encore l’impression d’une fatalité.

Tout cela donne au film un rythme diabolique. L’action se déroule à toute vitesse vers un final qui, si on le connaît dès le début du film, n’entraîne pas moins un certain suspense. Wilder crée des scènes qui sont devenues des modèles du genre et ont été copiées un nombre incalculable de fois depuis 1944. Assurance sur la mort est devenu la référence en la matière.

De même, les deux acteurs principaux constituent un des couples mythiques du cinéma classique hollywoodien. Barbara Stanwyck, affublée d’une perruque blonde et d’un bracelet de cheville, dégage une sensualité de chaque instant (aidée en cela par des dialogues emplis d’allusions sexuelles et des ellipses très suggestives). Fred MacMurray, quant à lui, tient là le rôle de sa carrière. Wilder avait d’abord pensé à un acteur plus confirmé, George Raft (spécialiste des rôles de gangster dans les années 30, et que Wilder dirigera dans Certains l’aiment chaud), mais Raft refusera, trouvant que le scénario du film allait trop loin dans l’ambiguïté morale.

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Il faut dire que Assurance sur la mort se déroule dans un monde où tout le monde est fautif. Mis à part éventuellement Keyes, aucun personnage n’est innocent, à des degrés divers. Le mari assassiné était loin d’être une victime tout en pureté, et son adolescente de fille n’est pas remplie de respect envers ses parents.

Au milieu de tout cela, Neff apparaît plutôt comme un imbécile facilement manipulable. Il a deux éclairs de lucidité dans le film, un au début lorsqu’il devine le projet de Phyllis, et l’autre à la fin lorsqu’il lui dit qu’elle n’avait besoin de lui que parce qu’il s’y connaissait en assurances. Sinon, Neff est un personnage qui est toujours d’accord avec la dernière personne à qui il parle, n’ayant aucune opinion et aucune idée personnelle. C’est flagrant dans la seconde partie : lorsqu’il est avec Lola, il est convaincu qu’elle a raison et se retourne contre Phyllis ; quelques minutes plus tard, lorsqu’il est avec Phyllis, c’est elle qui a raison et il se retourne contre Lola. Il apparaît comme une véritable girouette incapable de se décider par lui-même. Son idiotie est d’autant plus mise en valeur qu’il est confronté à Keyes, son collègue, doté d’une grande intelligence et de beaucoup de perspicacité.

Mise en scène extrêmement réfléchie, utilisation intelligente du décor urbain, dialogues remarquables et couple mythique, Assurance sur la mort a tout pour être un des grands classiques du cinéma hollywoodien des années 40 et reste encore de nos jours un modèle dans le domaine du film noir.

Assurance sur la mort : bande annonce

Assurance sur la mort : fiche technique

Titre original : Double Indemnity
Réalisation : Billy Wilder
Scénario : Billy Wilder et Raymond Chandler, d’après le roman de James M. Cain
Interprétation : Fred MacMurray (Walter Neff), Barbara Stanwyck (Phyllis Dietrichson), Edward G. Robinson (Barton Keyes), Jean Heather (Lola Dietrichson), Tom Powers (Mr. Dietrichson).
Photographie : John Seitz
Montage : Doane Harrison
Musique : Miklos Rosza
Producteur : Joseph Sistrom
Société de production : Paramount Pictures
Société de distribution (1944) : Paramount Pictures
Société de distribution (copie restaurée, 2018) : Les Acacias
Genre : film noir, drame
Date de première sortie en France : 31 juillet 1946
Date de sortie (copie restaurée) : 31 janvier 2018
Durée : 107 minutes

Etats-Unis-1944

Golem, le tueur de Londres : Petit théâtre de la rue

Sorti directement en DVD (après un passage en festivals), Golem : Le tueur de Londres de Juan Carlos Medina propose une énième déclinaison du polar victorien. Mais le scénario de Jane Goldman (Kingsman), réserve quelques surprises et chausse-trappes qui sortent cette production du tout venant.

Si le monde est un théâtre et tous les hommes et femmes des acteurs, autant ne pas rater sa sortie. Si nous nous donnons en spectacle, celle-ci doit être spectaculaire et marquer les esprits. C’est plus ou moins la même rengaine qui sous-tend nombre d’histoires de meurtre portées au cinéma. Il est curieux de voir que l’imaginaire policier semble avoir toujours eu des liens plus ou moins proches avec le monde du spectacle. Déjà à l’époque victorienne, les actes de l’Éventreur de Whitechapel défrayait la chronique (à coups de meurtres particulièrement violents et de lettres anonymes), assouvissant chez le londonien moyen cette envie de sang et de peur. Un fait divers glauque transformé en feuilleton public où les meurtres s’enchaînent, ainsi que les inspecteurs chargés de l’affaire. L’aspect insoluble du mystère continue de passionner aujourd’hui et, dans l’imaginaire collectif, le Londres victorien est toujours associé à cette figure du tueur qui aurait « donné naissance au XXe siècle ». Comme le dit Dan Leno, célèbre comique du Music-Hall et personnage du film : « Here we are again ! ».

L’ombre de Jack l’Éventreur plane évidement sur ce récit. Une série de meurtres dans le quartier glauque de Limehouse qui fascine autant qu’elle effraie le public. Inspecteur brillant dont la carrière connaît un coup d’arrêt suite à des rumeurs sur sa sexualité, John Kildare se fait refiler le dossier par une étoile montante de la police qui ne veut pas entacher sa réputation. Son investigation l’amène rapidement sur la trace d’une troupe de théâtre dirigée par le truculent Dan Leno. En parallèle, une ancienne actrice de la bande, Lizzie Cree, est accusée d’avoir empoisonné son mari, un dramaturge raté. Les deux affaires sont évidement liées, car le mari assassiné est un des suspects.
Si tout le décorum victorien est présent (des costumes aux décors), Golem se démarque tout de même par quelques idées intelligentes. Premièrement, l’Éventreur n’est jamais directement cité ou évoqué. Peut-être parce que l’intrigue prend place quelques années avant. Le monstre qui terrifie la ville porte le nom de Golem, d’après la créature du folklore hébreux, mue par une volonté supérieure. Et enfin, le monde du spectacle n’est pas juste là pour faire joli mais sert le véritable propos du film.

Lizzie Cree est une fille des rues qui trouve une échappatoire dans le théâtre, Dan Leno crée des pièces autour des vices de la rue, Kildare cache son homosexualité au monde etc. Fidèle à sa tradition du polar, tous les personnages jouent un rôle ou endossent un masque devant une société victorienne particulièrement stricte et puritaine. Mais la question ici n’est pas tant de savoir qui est le Golem mais bien ce que cache cette affaire de meurtre. Car le développement de l’intrigue en tant que telle peut éventuellement décevoir les puristes. Chaque suspect est éliminé de la liste au fur et à mesure pour déboucher sur un twist qui peut sembler surfait. Notons toutefois cette idée de mise en scène maligne où, par translation, Kildare imagine chaque meurtre avec un suspect différent, avec pour seule pièce à conviction un journal anonyme écrit par le tueur. Artifice qui permet cette séquence hallucinatoire où Karl Marx en personne charcute une des victimes. Si même l’inspecteur juge cette hypothèse finalement stupide, le délire est là. Le film n’hésite pas à enfoncer des portes ouvertes pour le pur plaisir du spectateur. Cet effet de transition laisse également une ouverture pour la fin : la révélation du tueur est-elle exacte ? Ou un autre artifice monté de toute pièce pour attirer l’attention ?

Toujours est-il que nous revenons encore au même triangle que forme Dan Leno, John Cree et Lizzie. Entre attirance, amitié et rivalité, l’exploration de leur vie permet de tracer une carte des vices londoniens. Prostitution, pornographie, drogue, grand guignol… Tout en opposant deux lieux de rencontres qui ont la même fonction spectaculaire : le théâtre et le tribunal, soit la basse et la haute société. Le public veut du sang, qu’il soit vrai ou faux. Tout cela mène à ce lieux unique de la potence, désertée par un public finalement lassé de ce feuilleton. Bien que celui-ci sera finalement recyclé dans une pièce à succès.

Cette idée de représentation est au centre du script de Jane Goldman (d’après un roman de Peter Ackroyd), qui retrouve une efficacité que l’on ne lui connaissait plus depuis le premier Kingsman. Si l’enquête ne trépigne pas et enchaîne les rebondissements attendus, la scénariste laisse suffisamment d’espace pour développer d’autres thèmes qui prennent aujourd’hui une résonance forte. Derrière ce monde de faux semblants, ce sont bien les femmes qui sont sacrifiées sur l’autel de la réussite sociale des hommes. La souffrance qu’elles subissent sert de prétexte à une charité chrétienne mal placée, de thème pour une nouvelle pièce ou encore de tremplin pour une promotion inattendue. Quelles que soient leurs actions (même les plus répréhensibles), elles seront toujours oubliées ou laissées dans l’ombre, tandis que les mâles ramassent les acclamations du public ou les éloges de la presse.

Le film oublie parfois de prendre des gants, certains dialogues manquent de subtilité et Juan Carlos Medina semble par moments un peu trop sûr de ses effets (distorsion d’images et de sons lors des séquences de meurtres). Mais Golem réserve quand même quelques moments forts. Assez bavarde pour maintenir un rythme soutenu, l’histoire laisse tout de même suffisamment de vide pour respirer, pour laisser le spectateur se faire un son propre avis. Si certains points sont évoqués frontalement, d’autres restent dans le non dit ou le sous-entendus. Toujours spectaculaire dans ses représentations des assassinats, mais relativement évasif sur les sujets plus rudes (le viol, l’excision), Golem joue tout de même assez finement sur ce qu’il est possible ou non de montrer à l’écran. Entre la violence réclamée par le public et la réalité, il y a un fossé que personne ne semble vouloir franchir, et là se situe une autre piste d’interprétation.

Golem : Le tueur de Londres peut paraître un peu cheap pour un film de cinéma, mais comme sortie DVD, le film sort des sentiers battus par la richesse de ses thématiques. Avec une distribution suffisamment impliquée (Bill Nighy toujours très bon et remplaçant Alan Rickman au pied levé, Olivia Cook surprenante, Eddie Marsan méconnaissable), le film à rapidement plus d’intérêt qu’un certain nombre de films classe A. Sa description du Londres victorien comme capitale du vice n’est pas sans rappeler l’œuvre d’un certain Alan Moore. Mais là où From Hell (des frères Hughes) était trop propre dans sa description des meurtres de l’Éventreur, celui-ci à toutes les coutures qui craquent, ce qui n’est finalement pas plus mal. Plus qu’un polar victorien, Golem est un film avec un vrai sujet, chose de plus en plus rare aujourd’hui.

Golem : Le tueur de Londres – Bande-annonce :

Golem : Le tueur de Londres – Fiche Technique

Titre original : The Limehouse Golem
Titre français : Golem, le tueur de Londres
Réalisation : Juan Carlos Medina
Scénario : Jane Goldman, d’après le roman Le Golem de Londres (Dan Leno and the Limehouse Golem) de Peter Ackroyd
Direction artistique : Grant Montgomery
Décors : Frederic Evard et Nick Wilkinson
Costumes : Claire Anderson
Photographie : Simon Dennis
Montage : Justin Krish
Musique : Johan Söderqvist
Date de sortie DVD & Blu-Ray : 23 Janvier 2018

Grande-Bretagne – 2016

L’Insulte de Ziad Doueiri : procès de quartier aux tournures nationales

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Si les films judiciaires sont nombreux dans le cinéma mondial, avec L’Insulte, Ziad Doueiri nous passionne pour un procès de quartier bien plus complexe qu’il n’y parait.

Synopsis : À Beyrouth, de nos jours, une insulte qui dégénère conduit Toni et Yasser devant les tribunaux. De blessures secrètes en révélations, l’affrontement des avocats porte le Liban au bord de l’explosion sociale…

4ème long-métrage et retour au Liban pour Ziad Doueiri, réalisateur de Baron Noir, très prochainement de retour sur nos écrans pour la saison 2.
Avec L’insulte, le réalisateur nous propose un nouveau film de procès, sujet ayant déjà été exploré par de très nombreux réalisateurs, avec plus ou moins de réussite.
L’accusé, Yasser, est réfugié libanais et ouvrier. Toni, le plaignant, est un chrétien libanais, tranquillement installé avec sa femme enceinte dans un appartement, où la gouttière pose problème. Ainsi, L’insulte ne se borde pas à un simple film juridique mais soulève également de nombreuses questions sur la cohabitation au Liban, sur les actions d’Ariel Sharon, ou sur la légitimité de la Palestine. L’antisémitisme ainsi que la xénophobie prennent une place à part entière dans L’insulte, mais toujours sous un angle critique. Sans tabou, le réalisateur nous fait voir comment le conflit est abordé au cœur de la population libanaise. Toutefois, il ne prend pas parti, même si des propos peuvent choquer. Les deux partis sont représentés de manière identique. On perçoit l’importance de la cohabitation au Liban pour Ziad Doueiri.
C’est en cela que le scénario est plus que bien construit et bien plus complexe qu’il n’en a l’air. La qualité des dialogues, l’intensité du récit et le très peu de temps morts font de ce long-métrage une œuvre palpitante et haletante. Le spectateur devient public du procès et se forge, malgré lui, une opinion, quitte à être déçu lorsque le verdict tombe. Impossible de rester de marbre face à une telle intrigue.

Mais si L’insulte est une excellente surprise de ce début d’année 2018, c’est grâce à son casting, où il n’y aucune faute note. Une chose est sûre : Kamel El Basha n’a pas volé sa Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine lors de la Mostra de Venise 2017, même s’il aurait pu aisément la partager avec Adel Karam qui vient compléter avec brio le duo principal.
Que ce soient Camille Salameh, avocat de Toni, ou Diamand Bou Abboud, avocate de Yasser, ils laissent le spectateur pantois tant il sont crédibles, à la fois autoritaires et étonnamment humains, avec des relations exiguës qu’il est bon de ne pas dévoiler. La mise en scène de Ziad Doueiri est réfléchie et maitrisée, en adéquation avec le peu de lieux qui composent son film. Et si les acteurs nous apparaissent comme si impressionnants, c’est par les choix techniques et esthétiques du réalisateur. Les gros plans sont extrêmement nombreux et l’intimité des protagoniste nous est dévoilée. Aucun artifice dans la progression de ce procès, presque tout nous est montré. Le spectateur évolue en même temps que les personnages, et aucun détail ne lui est épargné. D’où le principe de témoin du procès évoqué précédemment.

S’il fallait relever un défaut au film, ce serait sans doute sa longueur. Le film aurait gagné en puissance s’il avait été plus court d’un quart d’heure. Certaines scènes peuvent apparaître comme superflues ou redondantes.

Avec L’Insulte, cette fin de janvier 2018 est marquée par un film coup de poing, auquel on ne s’intéresserait pourtant pas forcément. En espérant que la saison 2 de Baron Noir soit à la hauteur de ce long-métrage.

L’Insulte : Bande-annonce

L’Insulte : Fiche technique

Titre original : Qadiat raqm 23
Réalisation : Ziad Doueiri
Scénario : Ziad Doueira, Joelle Touma
Interprétation : Adel Karam, Kamel El Basha, Rita Hayek, Christine Choueiri, Diamand Bou Abboud, Camille Salameh…
Montage : Dominique Marcombe
Musique : Eric Neveux
Récompenses : Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine
Producteurs : Rachid Bouchareb, Jean Bréhat, Julie Gayet, Antoun Sehnaoui, Nadia Turincev
Société de production : Tessalit Productions, Ezekiel Film Production
Distributeur : Diaphana Distribution
Durée : 112 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 31 janvier 2018

Liban, France, Chypre, Belgique – 2018