La Vache, Le Coureur, Leila et Close Up : ce sont quatre classiques du cinéma iranien de ces cinquante dernières années que les éditions Elephant Films nous proposent de voir ou revoir en de très belles éditions Blu-Ray.
Les quatre films iraniens qui sortent en Blu-Ray permettent d’avoir un aperçu de la diversité du 7ème art dans ce pays dont la production cinématographique est devenue incontournable de nos jours. Ces films d’époques différentes, tournés avant ou après la Révolution Islamique, en noir et blanc ou en couleur, montrent un visage profondément humain et d’une grande finesse intellectuelle, subtilement teinté de réflexions politiques.

Close Up est, de très loin, le plus connu des quatre films. D’abord, c’est un film réalisé par Abbas Kiarostami, le plus célèbre des cinéastes iraniens, auteur de Où est la maison de mon ami ?, A travers les oliviers et bénéficiaire d’une Palme d’Or en 1997 pour Le Goût de la cerise. On retrouve ici les procédés habituels du cinéaste, en particulier cette absence d’une frontière bien nette et définie entre réalité et fiction. Kiarostami filme le procès (réel ? fictif?) d’un parfait inconnu, Hossain Sabzian, qui s’est fait passer pour Mohsen Makhmalbaf (un des cinéastes iraniens les plus connus) et en a profité pour s’inviter chez des gens. C’est le début d’un film déroutant. A l’imposture de Hossain, Kiarostami ajoute une autre imposture, celle du cinéma en lui-même. Le film devient une réflexion d’une profonde intelligence sur le pouvoir des images et sur leur capacité à dire la vérité, ou plutôt à en inventer une, et le spectateur se retrouve dans une situation où il ne peut définir ce à quoi il assiste : documentaire ? Fiction ? Un habile mélange des deux ? Le procédé arrivera à un point culminant lors des scènes finales…

Sorti en 1985, Le Coureur, d’Amir Naderi, est également un petit chef d’œuvre, certes dans un genre bien différent, mais cependant inspiré du cinéma de Kiarostami. Comme son illustre collègue, Naderi va nous montrer un film dont le personnage principal est un enfant, la petit Amiro, d’une dizaine d’années environ. Amiro est un gosse des rues. Il vit seul dans une vieille carcasse de bateau toute rouillée et survit par différents petits bouleaux : ramassage d’ordures, distribution d’eau fraîche, cirage de chaussures, etc. Dès les premières scènes, on le voit regarder l’horizon, faire signe aux bateaux ou errer le long du grillage d’un aérodrome. Amiro rêve de partir, d’aller loin. L’acte de courir devient alors une métaphore : courir pour survivre, car pour Amiro la vie est une lutte permanente (contre les innombrables autres enfants des rues, contre les injustices sociales qui constituent autant d’obstacles sur son parcours), une course épuisante, sans cesse recommencée, pour un résultat souvent dérisoire. Dans un style qui se rapproche beaucoup du néo-réalisme italien des années 40, le cinéaste parvient à capter la réalité avec une justesse de ton extraordinaire. En particulier, il montre ces enfants avec leurs jeux, leurs rires, leurs rêves, sans que cela ne fasse artificiel un seul instant. Cette vérité dans la façon de capter l’enfance empêche le film de sombrer dans le misérabilisme et en fait, au contraire, une fable politique magnifique, émouvante, tendre et intense.

Les deux autres films sont signés par le même cinéaste, Dariush Mehrjui. Tout d’abord, nous avons Leila, le plus récent des quatre films, sorti en 1997. C’est un complet changement d’ambiance : Leila nous plonge dans l’intimité d’un drame bourgeois. Leila (incarnée par Leila Hatami, l’actrice de Une Séparation) épouse Réza et ils forment un couple heureux. Mais Leila est stérile. Malgré les propos sans cesse rassurants d’un époux qui multiplie les preuves d’amour à son égard, Leila va sombrer dans la culpabilité, aidée en cela par une belle-mère qui rêve d’avoir un petit-fils pour perpétuer la lignée. Le film de Mehrjui est un drame intimiste, une exploration de la psychologie d’une femme qui est convaincue de faire le malheur de son mari. L’emploi de la voix off, les cadrages, les décors, les fondus enchaînés colorés (rouge, orange) : nous ne sommes plus dans la fibre réaliste, quasi-documentaire, du cinéma d’un Kiarostami. On peut difficilement dire qu’il s’agit d’un film critique ou politique, d’autant plus que Leila ne se veut pas une attaque contre une société patriarcale. Nous avons par contre une belle réflexion sur le couple et le mariage, sur le sacrifice et la communication, et de très beaux portraits psychologiques loin de toute caricature.

La Vache est le plus ancien des quatre films proposés (1969), et le seul qui soit en noir et blanc (un noir et blanc superbe d’ailleurs, très travaillé, avec de forts contrastes entre une luminosité aveuglante et des ombres où se terrent les personnages). Le film nous plonge dans la vie quotidienne d’un minuscule village perdu loin du monde et hors du temps (il est impossible de savoir à quelle époque se déroule le film). Et si le film se concentre sur Hassan, propriétaire d’une vache (l’unique vache du village) qu’il aime à la folie (expression à prendre au pied de la lettre), c’est finalement tout le village qui va nous être présenté. Avec son insistance sur les visage parcheminés par cette rude vie de misère, La Vache est un très beau film rempli d’humanité. Tour à tour drôle ou émouvant, le film revêtira une importance considérable dans l’histoire du cinéma iranien, étant le premier film du pays primé dans un festival international (celui de Venise, en l’occurrence).
Chaque film est présenté dans une très belle édition. Parmi les compléments de programme, il y a une présentation des films par le critique Jean-Michel Frodon, puis soit un commentaire, soit une interview (de l’acteur principal du Coureur), ou encore le numéro de l’émission Cinéastes de Notre temps consacré à Abbas Kiarostami (en complément de Close Up). Visuellement, le travail est superbe. Et surtout, ces éditions nous permettent enfin de voir ces films dont certains n’étaient pas édités en France à ce jour.
BANDE-ANNONCE : 4 CHEFS-D’ŒUVRE DU CINÉMA IRANIEN
La Vache, de Dariush Mehrjui (1969)
Durée : 104 minutes
Compléments de programme :
Le film par Jean-Michel Frodon
Bandes-annonces
Commentaire audio de Bamchade Pourvali (France Culture) écrivain et critique de cinéma
Galerie de photos

Le Coureur, d’Amir Naderi (1984)
Durée : 90 minutes
Compléments de programme :
Le film par Jean-Michel Frodon
Entretien avec Majid Niroumand
Bandes-annonces
Galerie de photos

Close Up, d’Abbas Kiarostami (1990)
Durée : 94 minutes
Compléments de programme :
Abbas Kiarostami : « Vérités et songes » de Jean-Pierre Limosin
Présentation du film par Jean-Michel Frodon
Bande-annonce
Galerie de photos

Leila, de Dariush Mehrjui (1997)
Durée : 124 minutes
Compléments de programme :
Présentation du film par Jean-Michel Frodon
Commentaire audio de Bamchade Pourvali (France Culture) écrivain et critique de cinéma
Bande-annonce
Galerie de photos



Sonate pour Roos est une mélodie sur une relation familiale inspirée en partie du vécu du réalisateur. Lorsque Roos revient sur les terres glacées de Norvège, elle n’est pas forcément la bienvenue. Si son petit frère l’adore, c’est moins le cas de la dernière partie du trio : la mère. Cette dernière semble trouver la présence de Roos pesante. Pourtant, la douceur est omniprésente dans la vie de cette famille, en tout cas de ce qui l’entoure : grands paysages enneigés, musique (la mère fait du piano, le fils des expériences musicales dans la nature), chiens de traîneaux. Le film est celui d’une double disparition, celle actuelle des relations mère-fille et celle annoncée de Roos. La seconde disparition rendant la première caduque. Les liens familiaux sont ici explorés au plus profond d’eux-même, ils révèlent une absence de dialogue latente, comme si les deux femmes, mère et fille, vivaient sur des planètes différentes. Celle de la musique pour Louise, ancienne virtuose du piano auquel elle a consacré sa vie et sacrifié l’enfance de sa fille, et celle de la photographie pour Roos, à laquelle elle consacre aussi sa vie. Or, pour Roos la photographie est une liberté, un moyen de parcourir le monde et d’échapper au carcan des conventions et de la routine. Ce tableau des relations familiales est complété par Bengt, le petit frère, avec lequel Roos entretient une relation très complice et touchante. La force du film réside avant tout dans la pudeur avec laquelle sont dépeintes ces relations, pudeur qui n’empêche ni la douceur, ni la cruauté de s’infiltrer dans le film.
La veine artistique du film fait partie intégrante de la mise en scène, jusqu’aux clichés pris par Roos qui viennent s’ajouter aux images en mouvement. Bengt, de son côté, est dans le monde des sons, de la minéralité aussi. Il est le plus proche de la nature et de son sentiment de puissance comme d’impuissance. Bengt est comme un double du réalisateur : « celui qui essaie de guérir les blessures ». S’il tente d’utiliser la nature pour créer une symphonie sonore, il est aussi celui qui doit harmoniser la famille, la rendre plus solide, même si l’essentiel du drame qui se joue lui échappe. Sur un thème d’une grande simplicité, Boudewijn Koole raconte finalement une histoire de filiation entre l’être humain et la nature, mais aussi des Hommes entre eux. Chaque fois, le parcours est semé d’embûches et de non-dits. La beauté du film réside dans la manière d’inclure les personnages dans un espace vertigineux et beau. Tout fait sens. Comme lorsque Roos se baigne dans un trou d’eau gelée avec son petit frère ou quand ils prennent un bain ensemble. Mais c’est avec la mère que la métaphore se fait le mieux. Cette femme d’une dureté implacable s’occupe avec amour de ses chiens de traîneaux. Ces derniers sont d’ailleurs filmés comme jamais, au plus près des visages et des langues pendantes, de leurs visages si nobles et de leurs courses. Ces détails, c’est aussi Roos qui les voit. Elle regarde simplement les choses, les détails, les toutes petites choses et la caméra est parfois ses yeux et fait de même. Au final, la dureté du film est là, mais livrée dans un bel écrin blanc. La scène finale, ode à l’amour et à la liberté, est aussi glaçante de tristesse que réconfortante de beauté et de pudeur. Au final, rien de se passe, tout se passe, les sens sont en éveil et la caméra se déplace comme dans un rêve, parfois un cauchemar, qui parlent de la vie, tout simplement.



Les cinéastes membres de la SRF élisent un des leurs pour ses pour les qualités novatrices de ses films, pour son audace et son intransigeance dans la mise en scène et la production. Martin Scorsese succède ainsi à de grands noms comme Clint Eastwood, David Cronenberg et Werner Herzog qui a remporté le prix l’an dernier. «En 2018, pour son 50e anniversaire et la 50e édition de la Quinzaine des Réalisateurs, la SRF est fière de saluer un cinéaste d’exception et une source d’inspiration intarissable», a déclaré la SRF dans un communiqué. La récompense lui sera d’ailleurs remise en main propre à l’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs.
Coby est plutôt un regard sur les impacts de la décision de Susanna sur un entourage pourtant extrêmement favorable, empathique et aimant. La source du documentaire est triple : d’abord, les petits films que Coby fait sur YouTube pendant les mois de sa prise de testostérone, une étape cruciale dans sa transition. Il s’agit de petites vidéos où on a l’impression qu’il se parle davantage à lui-même qu’aux autres, où il se découvre en direct avec son nouveau corps, différent de semaine en semaine, et où il raconte ses doutes, ses petites victoires, ses peurs et ses peines. Ensuite le cinéaste parsème son film d’instantanés de Coby, beaux et signifiants, depuis sa petite enfance où, déjà, le jeu est de se mettre de la mousse à raser sur le visage ou de jouer au cow-boy sur le dos de son grand frère, jusqu’à son adolescence pré-transition où on devine dans ses yeux d’ado punk à la mini robe aguicheuse et aux lèvres peintes une sorte de fièvre, peut-être de la détermination déjà par rapport à son projet de vie.
Le cinéaste s’attarde beaucoup sur le corps de Coby, puisque c’est de cela qu’il s’agit. Ce mauvais corps qui a été attribué à Coby, la surprise qu’il déclare avoir à chaque fois qu’il croisait son reflet dans le miroir. Ce corps qui l’engonce et qui l’empêche d’être ce qu’il est vraiment. La caméra de Georgi Lazarevsky est douce et respectueuse, s’attardant en gros plans sur ses courbes étonnamment masculines et féminines à la fois. En même temps, le film rend parfaitement l’idée de la plénitude du jeune homme dans ce nouveau corps encore en devenir.
C’est Thierry Frémaux, le délégué général du Festival, qui a annoncé cette réforme du plus célèbre événement cinématographique français. Il a ainsi déclaré au Film Français : « Les gens de Netflix aiment le tapis rouge et souhaiteraient revenir avec d’autres films. Mais ils comprennent bien que leur intransigeance et leur propre modèle sont à l’opposé du nôtre ». Le délégué avait tenté de convaincre Netflix de sortir les films en salles l’an dernier, sans succès. Toutefois, il devrait quand même y avoir des films Netflix sur la Croisette, l’accès aux projections spéciales et à une diffusion hors-compétition est tout à fait possible. On pense peut-être au Irishman de Martin Scorsese, qui pourrait faire la surprise, de par sa diffusion en avant-première mondiale.
La banlieue. L’éducation. À première vue, on se trouve dans les sentiers balisés du bon petit drame français. Sauf qu’on est ici chez Serge Bozon, et que forcément si on a déjà vu des œuvres du bonhomme, on sait très bien qu’on va assister à quelques chose de spécial. Déjà, le titre met bien sur la voie. Madame Hyde est une variation autour de l’une des nouvelles fantastiques les plus reconnues de la littérature anglophone, L’Étrange Cas du Dr Jekyll et Mr Hyde de Robert Louis Stevenson. Tout le monde connait évidemment l’histoire de ce scientifique se transformant en un être monstrueux. Une figure victorienne qui aura inspiré un nombre incalculable de films d’horreur du cinéma muet jusqu’à l’essai peu fructueux de Dark Universe entrepris par la Warner. Chez Serge Bozon, Docteur Jekyll est en fait le professeur Marie Géquil, professeur de physique très timide dans un lycée technique de banlieue. Forcément, la pauvre Isabelle Huppert n’en mène pas large face à ses élèves et connait d’importants soucis de pédagogie. Tout cela va changer une nuit, lorsqu’au cours d’une expérience, elle se fait foudroyer et va se retrouver métamorphosée.
Si Joachim Trier reste un auteur confidentiel auprès du grand public, le réalisateur norvégien, avec quatre films à son actif, est un habitué du festival de Cannes. Remarqué en France dès 2007 avec son premier long métrage, Nouvelle Donne, il s’en est fallu de peu pour que le cinéaste devienne la coqueluche de la Croisette. Invité à concourir dans la sélection parallèle « Un certain Regard » en 2011 pour y défendre Oslo, 31 août, Joachim Trier transforme l’essai en 2015 en présentant
l’honneur des premiers ou des deuxièmes longs métrages, afin d’y honorer des réalisateurs prometteurs. Parmi les lauréats et les talents qui ont émergé grâce à la Semaine de la critique, on peut citer, entre autres, Ken Loach, Leos Carax, Wong Kar-wai, Guillermo del Toro, Alejandro González Iñárritu, François Ozon, Gaspar Noé ou plus récemment Andrea Arnold (Fish Tank,

