Accueil Blog Page 531

Quatre classiques du cinéma iranien sortent en Blu-Ray chez Elephant Films !

La Vache, Le Coureur, Leila et Close Up : ce sont quatre classiques du cinéma iranien de ces cinquante dernières années que les éditions Elephant Films nous proposent de voir ou revoir en de très belles éditions Blu-Ray.

Les quatre films iraniens qui sortent en Blu-Ray permettent d’avoir un aperçu de la diversité du 7ème art dans ce pays dont la production cinématographique est devenue incontournable de nos jours. Ces films d’époques différentes, tournés avant ou après la Révolution Islamique, en noir et blanc ou en couleur, montrent un visage profondément humain et d’une grande finesse intellectuelle, subtilement teinté de réflexions politiques.

close-up-sortie-blu-ray-abbas-kiarostami

Close Up est, de très loin, le plus connu des quatre films. D’abord, c’est un film réalisé par Abbas Kiarostami, le plus célèbre des cinéastes iraniens, auteur de Où est la maison de mon ami ?, A travers les oliviers et bénéficiaire d’une Palme d’Or en 1997 pour Le Goût de la cerise. On retrouve ici les procédés habituels du cinéaste, en particulier cette absence d’une frontière bien nette et définie entre réalité et fiction. Kiarostami filme le procès (réel ? fictif?) d’un parfait inconnu, Hossain Sabzian, qui s’est fait passer pour Mohsen Makhmalbaf (un des cinéastes iraniens les plus connus) et en a profité pour s’inviter chez des gens. C’est le début d’un film déroutant. A l’imposture de Hossain, Kiarostami ajoute une autre imposture, celle du cinéma en lui-même. Le film devient une réflexion d’une profonde intelligence sur le pouvoir des images et sur leur capacité à dire la vérité, ou plutôt à en inventer une, et le spectateur se retrouve dans une situation où il ne peut définir ce à quoi il assiste : documentaire ? Fiction ? Un habile mélange des deux ? Le procédé arrivera à un point culminant lors des scènes finales…

le-coureur-amir-naderi-sortie-blu-ray

Sorti en 1985, Le Coureur, d’Amir Naderi, est également un petit chef d’œuvre, certes dans un genre bien différent, mais cependant inspiré du cinéma de Kiarostami. Comme son illustre collègue, Naderi va nous montrer un film dont le personnage principal est un enfant, la petit Amiro, d’une dizaine d’années environ. Amiro est un gosse des rues. Il vit seul dans une vieille carcasse de bateau toute rouillée et survit par différents petits bouleaux : ramassage d’ordures, distribution d’eau fraîche, cirage de chaussures, etc. Dès les premières scènes, on le voit regarder l’horizon, faire signe aux bateaux ou errer le long du grillage d’un aérodrome. Amiro rêve de partir, d’aller loin. L’acte de courir devient alors une métaphore : courir pour survivre, car pour Amiro la vie est une lutte permanente (contre les innombrables autres enfants des rues, contre les injustices sociales qui constituent autant d’obstacles sur son parcours), une course épuisante, sans cesse recommencée, pour un résultat souvent dérisoire. Dans un style qui se rapproche beaucoup du néo-réalisme italien des années 40, le cinéaste parvient à capter la réalité avec une justesse de ton extraordinaire. En particulier, il montre ces enfants avec leurs jeux, leurs rires, leurs rêves, sans que cela ne fasse artificiel un seul instant. Cette vérité dans la façon de capter l’enfance empêche le film de sombrer dans le misérabilisme et en fait, au contraire, une fable politique magnifique, émouvante, tendre et intense.

leila-dariush-mehrjui-blu-ray-sortie

Les deux autres films sont signés par le même cinéaste, Dariush Mehrjui. Tout d’abord, nous avons Leila, le plus récent des quatre films, sorti en 1997. C’est un complet changement d’ambiance : Leila nous plonge dans l’intimité d’un drame bourgeois. Leila (incarnée par Leila Hatami, l’actrice de Une Séparation) épouse Réza et ils forment un couple heureux. Mais Leila est stérile. Malgré les propos sans cesse rassurants d’un époux qui multiplie les preuves d’amour à son égard, Leila va sombrer dans la culpabilité, aidée en cela par une belle-mère qui rêve d’avoir un petit-fils pour perpétuer la lignée. Le film de Mehrjui est un drame intimiste, une exploration de la psychologie d’une femme qui est convaincue de faire le malheur de son mari. L’emploi de la voix off, les cadrages, les décors, les fondus enchaînés colorés (rouge, orange) : nous ne sommes plus dans la fibre réaliste, quasi-documentaire, du cinéma d’un Kiarostami. On peut difficilement dire qu’il s’agit d’un film critique ou politique, d’autant plus que Leila ne se veut pas une attaque contre une société patriarcale. Nous avons par contre une belle réflexion sur le couple et le mariage, sur le sacrifice et la communication, et de très beaux portraits psychologiques loin de toute caricature.

la-vache-dariush-mehrjui-blu-ray-sortie

La Vache est le plus ancien des quatre films proposés (1969), et le seul qui soit en noir et blanc (un noir et blanc superbe d’ailleurs, très travaillé, avec de forts contrastes entre une luminosité aveuglante et des ombres où se terrent les personnages). Le film nous plonge dans la vie quotidienne d’un minuscule village perdu loin du monde et hors du temps (il est impossible de savoir à quelle époque se déroule le film). Et si le film se concentre sur Hassan, propriétaire d’une vache (l’unique vache du village) qu’il aime à la folie (expression à prendre au pied de la lettre), c’est finalement tout le village qui va nous être présenté. Avec son insistance sur les visage parcheminés par cette rude vie de misère, La Vache est un très beau film rempli d’humanité. Tour à tour drôle ou émouvant, le film revêtira une importance considérable dans l’histoire du cinéma iranien, étant le premier film du pays primé dans un festival international (celui de Venise, en l’occurrence).

Chaque film est présenté dans une très belle édition. Parmi les compléments de programme, il y a une présentation des films par le critique Jean-Michel Frodon, puis soit un commentaire, soit une interview (de l’acteur principal du Coureur), ou encore le numéro de l’émission Cinéastes de Notre temps consacré à Abbas Kiarostami (en complément de Close Up). Visuellement, le travail est superbe. Et surtout, ces éditions nous permettent enfin de voir ces films dont certains n’étaient pas édités en France à ce jour.

BANDE-ANNONCE : 4 CHEFS-D’ŒUVRE DU CINÉMA IRANIEN

 

la-vache-dariush-mehrjui-sortie-blu-rayLa Vache, de Dariush Mehrjui (1969)
Durée : 104 minutes
Compléments de programme :
Le film par Jean-Michel Frodon
Bandes-annonces
Commentaire audio de Bamchade Pourvali (France Culture) écrivain et critique de cinéma
Galerie de photos

 

le-coureur-sortie-blu-ray-amir-naderi

Le Coureur, d’Amir Naderi (1984)
Durée : 90 minutes
Compléments de programme :
Le film par Jean-Michel Frodon
Entretien avec Majid Niroumand
Bandes-annonces
Galerie de photos

 

close-up-kiarostami-sortie-blu-ray

Close Up, d’Abbas Kiarostami (1990)
Durée : 94 minutes
Compléments de programme :
Abbas Kiarostami : « Vérités et songes » de Jean-Pierre Limosin
Présentation du film par Jean-Michel Frodon
Bande-annonce
Galerie de photos

 

leila-dariush-mehrjui-sortie-blu-ray

Leila, de Dariush Mehrjui (1997)
Durée : 124 minutes
Compléments de programme :
Présentation du film par Jean-Michel Frodon
Commentaire audio de Bamchade Pourvali (France Culture) écrivain et critique de cinéma
Bande-annonce
Galerie de photos

Agatha Christie revient au cinéma en quatre grands crimes

Ce mercredi revient sur les écrans de cinéma quatre grandes adaptations d’Agatha Christie. En effet, Carlotta Films ramène au cinéma Le Crime de l’Orient-Express, Mort sur le Nil, Le Miroir se brisa et Meurtre au Soleil.

On ne présente plus ces grands récits littéraires, ni son auteure, Agatha Christie. De même pour ces films qui ont su traverser le temps et nous plonger, à chaque visionnage, dans un des formidables mystères policiers de Christie. Ce mercredi 4 avril, Carlotta Films – soutenu par Studio Canal et d’autres comparses – vous donne l’occasion de redécouvrir sur grand écran ces périples policiers où la part sombre des hommes rencontre l’exotisme et le quotidien. La récente et bancale adaptation du Crime de l’Orient-Express réalisée par Kenneth Branagh a plus que partagé. Malgré tout, elle a su attirer en salle de jeunes générations de spectateurs. Carlotta et ses comparses les appellent – et nous aussi – à venir aussi découvrir la première et brillante adaptation du roman réalisée par Sidney Lumet en 1974. Une adaptation qui a d’ailleurs été adoubée par Agatha Christie, et qui connaîtra un tel succès que ses producteurs John Brabourne et Richard Goodwin se lanceront sur les mises en chantiers successives de Mort sur le Nil (1978), Le Miroir se brisa (1980) et Meurtre au Soleil (1981).

le-crime-de-l-orient-express-mort-sur-le-nil-le-miroir-se-brisa-meurtre-au-soleil
Le Crime de l’Orient-Express (1974) ; Mort sur le Nil (1978) ; Le Miroir se brisa (1980) ; Meurtre au Soleil (1981)

Trois des quatre films s’intéressent aux enquêtes d’Hercule Poirot, le détective belge tourmenté par son devoir alors qu’il est en vacances, ou sur le retour d’une énième affaire. Trois films pour deux Poirot, devrait-on dire. En effet, le célèbre enquêteur a eu droit à deux interprètes dans cette série d’adaptations : dans Le Crime de l’Orient-Express, le méconnaissable et brillant Albert Finney, cinquième Poirot mis en image mais premier à être adoubé par la « reine du crime » ; et dans Mort sur le Nil et Meurtre au Soleil, le génial et polyglotte Peter Ustinov, qui interpréta le personnage avec bonhommie et s’amusera davantage avec l’absurdité – ou le caractère drôle malgré lui – qui caractérise Poirot. Le Miroir se brisa fut l’occasion pour les producteurs de ramener Miss Marple à la vie au cinéma. Angela Lansbury est choisie pour lui donner corps à l’écran. Notons qu’elle était déjà une suspecte de l’affaire de Mort sur le Nil, et que plus tard, elle incarnera la fameuse Jessica Fletcher, auteure de polar et détective à ses heures perdues dans la longue série culte, Arabesque (co-créée par les deux gusses à l’origine de Columbo, William Link et Richard Levinson).

les-mysteres-d-agatha-christie-de-retour-au-cinema-hercule-poirot-peter-ustinov-albert-finey
À gauche, Peter Ustinov ; à droite, Albert Finney

L’interprétation de Lansbury sonne juste, mais on lui préfère celle plus libre mais plus pétillante et détonante de Margaret Rutherford dans une série de films – lancée par Le Train de 16h50 (1960) et close par Passage à Tabac (1964) – qui a créé une véritable brouille entre la romancière et le cinéma. La séparation sera oubliée une décennie plus tard grâce à cette nouvelle série de films dirigés par des réalisateurs confirmés : le grand Sidney Lumet (Douze hommes en colère, Serpico, Point Limite) pour le premier film ; les entertainers britanniques John Guillermin (le King Kong de 1976, La Tour Infernale, Le Pont de Remagen) pour le deuxième long métrage ; et Guy Hamilton (Goldfinger, Vivre et Laisser Mourir, La Bataille d’Angleterre) pour les deux derniers « volets ».

Ce mercredi 4 avril, vous pourrez ainsi (re)découvrir ces films dans des versions restaurées inédites véritablement soignées (on soupçonne d’ailleurs d’en avoir admiré deux sur les quatre au dernier Arras Film Festival). Rendez-vous alors à partir de demain avec la mort, Hercule Poirot et Miss Marple !

Bande-annonce – Les Mystères d’Agatha Christie

AU CINÉMA LE 4 AVRIL 2018

VERSIONS RESTAURÉES INÉDITES – VOSTF + VF

les-mysteres-d-agatha-christie-de-retour-au-cinema-le-4-avril-2018-carlotta-studio-canal

Le Bonhomme de Neige ou le Millenium de Michael Fassbender en DVD/Blu-Ray le 3 Avril !

Adapté du best-seller éponyme de Jo Nesbo, Le Bonhomme de Neige entendait marcher sur les traces du célèbre Millenium de Stieg Larsson, mètre étalon du genre dès lors qu’on touche aux tueurs en série sévissant sur les grands froids de la Scandinavie. Patatras, Tomas Alfredson n’est pas David Fincher…

Suède, de nos jours. Lorsque le détective d’une section d’élite enquête sur la disparition d’une victime lors des premières neiges de l’hiver, il craint qu’un serial killer recherché n’ait encore frappé. Avec l’aide d’une brillante recrue, il va tenter d’établir un lien entre des dizaines de cas non élucidés et la brutalité de ce dernier crime afin de mettre un terme à ce fléau, avant la tombée des prochaines neiges.

Un film qui fait froid dans le dos.

On dit souvent que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Un dicton justement de mise quand on doit évoquer le cas du Bonhomme de Neige A l’origine chapeauté par Martin Scorsese, le projet est finalement tombé dans la besace du non moins recommandable Tomas Alfredson, lequel avait auparavant brillamment adapté John Le Carré (La Taupe). Dès lors, difficile de ne pas y voir dans ce projet, une véritable promenade de santé pour le cinéaste. Malheureusement, le projet bien que nanti d’éléments étant à même de plaire à n’importe quel cinéphile (un serial-killer, un best-seller nordique, des décors enneigés, une ambiance tétanisante), son exécution a souffert d’un des plus gros travers d’Hollywood : le temps. C’est bien simple : Tomas Alfredson n’a pas eu le temps pour finaliser son film tel qu’il l’entendait. A peine quelques mois. Dès lors, difficile de pouvoir mener à bien une histoire multipliant les temporalités et localités de tournages. Tant et si bien que le film une fois dans la boite a rencontré un énième problème, cocasse : il lui manquait plusieurs scènes clés. Des scènes que le réalisateur estime majeurs et qui n’auront pour conséquence que de vider de sa complexité un film pourtant bien parti pour illustrer les tourments d’un serial-killer. C’est ce qui s’appelle la faute à pas de chance…

Des bonus frustrants

Fatalement, à la vue des bonus, on ne peut que contenir notre frustration tant la prose du romancier Jo Nesbø pouvait donner lieu, si correctement adaptée, à un film valant le détour. Ici, on ne pourra donc que ronger son frein devant l’utilisation des paysages nordiques ou la construction des personnages, notamment celui de Michael Fassbender pour saisir ce qu’aurait pu être le film s’il n’avait pas été la cible d’une production précipitée et d’un montage en catastrophe. Une bien piètre consolation qui au moins a le mérite de nous rassurer pour la suite : si un autre best-seller du romancier norvégien venait à se voir adapté, le réalisateur aurait un bon exemple à ne pas réitérer pour saisir la substantifique moelle de l’auteur et en donner un polar aussi tortueux que les pages du roman.

Caractéristique Technique DVD/Blu-Ray

Version originale sous-titrée français + Allemand DTS HD HRA 7.1, Anglais DTS HD (Master audio) 7.1, Espagnol; castillan DTS HD HRA 7.1, Français DTS HD HRA 7.1, Italien DTS HD HRA 7.1

Images – 16/9 – 1.85 – Couleur

Durée : 119min

Bonus

– la copie digitale
– Les personnages
– Créer le monde de Jo Nesbø
– Le bonhomme de neige
– Les paysages norvégiens
– Plongée dans le lac

 

Bande-annonce : Le Bonhomme de Neige 

Sonate pour Roos, une fable sensorielle venue du froid

Sonate pour Roos retisse les liens défaits d’une mère et sa fille sur fond de sonorités naturelles et de grands paysages enneigées. Cette fable sensorielle apaisera le spectateur tout en l’émerveillant par instants.

Le secret des banquises 

sonate-pour-roos-afficheSonate pour Roos est une mélodie sur une relation familiale inspirée en partie du vécu du réalisateur. Lorsque Roos revient sur les terres glacées de Norvège, elle n’est pas forcément la bienvenue. Si son petit frère l’adore, c’est moins le cas de la dernière partie du trio : la mère. Cette dernière semble trouver la présence de Roos pesante. Pourtant, la douceur est omniprésente dans la vie de cette famille, en tout cas de ce qui l’entoure : grands paysages enneigés, musique (la mère fait du piano, le fils des expériences musicales  dans la nature), chiens de traîneaux. Le film est celui d’une double disparition, celle actuelle des relations mère-fille et celle annoncée de Roos. La seconde disparition rendant la première caduque. Les liens familiaux sont ici explorés au plus profond d’eux-même, ils révèlent une absence de dialogue latente, comme si les deux femmes, mère et fille, vivaient sur des planètes différentes. Celle de la musique pour Louise, ancienne virtuose du piano auquel elle a consacré sa vie et sacrifié l’enfance de sa fille, et celle de la photographie pour Roos, à laquelle elle consacre aussi sa vie. Or, pour Roos la photographie est une liberté, un moyen de parcourir le monde et d’échapper au carcan des conventions et de la routine. Ce tableau des relations familiales est complété par Bengt, le petit frère, avec lequel Roos entretient une relation très complice et touchante. La force du film réside avant tout dans la pudeur avec laquelle sont dépeintes ces relations, pudeur qui n’empêche ni la douceur, ni la cruauté de s’infiltrer dans le film.

Regarde les femmes s’aimer

sonate-pour-roos-critiqueLa veine artistique du film fait partie intégrante de la mise en scène, jusqu’aux clichés pris par Roos qui viennent s’ajouter aux images en mouvement. Bengt, de son côté, est dans le monde des sons, de la minéralité aussi. Il est le plus proche de la nature et de son sentiment de puissance comme d’impuissance. Bengt est comme un double du réalisateur : « celui qui essaie de guérir les blessures ». S’il tente d’utiliser la nature pour créer une symphonie sonore, il est aussi celui qui doit harmoniser la famille, la rendre plus solide, même si l’essentiel du drame qui se joue lui échappe. Sur un thème d’une grande simplicité, Boudewijn Koole raconte finalement une histoire de filiation entre l’être humain et la nature, mais aussi des Hommes entre eux. Chaque fois, le parcours est semé d’embûches et de non-dits. La beauté du film réside dans la manière d’inclure les personnages dans un espace vertigineux et beau. Tout fait sens. Comme lorsque Roos se baigne dans un trou d’eau gelée avec son petit frère ou quand ils prennent un bain ensemble. Mais c’est avec la mère que la métaphore se fait le mieux. Cette femme d’une dureté implacable s’occupe avec amour de ses chiens de traîneaux. Ces derniers sont d’ailleurs filmés comme jamais, au plus près des visages et des langues pendantes, de leurs visages si nobles et de leurs courses. Ces détails, c’est aussi Roos qui les voit. Elle regarde simplement les choses, les détails, les toutes petites choses et la caméra est parfois ses yeux et fait de même. Au final, la dureté du film est là, mais livrée dans un bel écrin blanc. La scène finale, ode à l’amour et à la liberté, est aussi glaçante de tristesse que réconfortante de beauté et de pudeur. Au final, rien de se passe, tout se passe, les sens sont en éveil et la caméra se  déplace comme dans un rêve, parfois un cauchemar, qui parlent de la vie, tout simplement.

Sonate pour Roos : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=DElU4O61rIs

Sonate pour Roos : Fiche technique

Synopsis : Roos rejoint la Norvège tous les ans afin de rendre visite à son jeune frère et sa mère pianiste. Entre les deux femmes, d’anciennes tensions enfouies empêchent toute communication. Cette année, Roos souhaite pourtant partager une nouvelle essentielle. 

Réalisateur : Boudewijn Koole
Scénario : Jolein Laarman
Interprètes : Rifka Lodeizen, Jakob Oftebro,  Elsie de Brauw, Marcus Hanssen
Compositeur : Alex Simu
Photographie : Melle Van Essen
Montage : Gys Zevenbergen
Société(s) de production : Sweet Films, Waterland Film
Distribution : Arizona Distribution
Date de sortie : 18 avril 2018
Genre : Drame
Durée : 92 minutes

Pays-Bas – 2016

Série The Sinner : Sortie en DVD de la saison 1

Le mardi 3 avril sort en DVD la saison 1 de la série The Sinner, produite et interprétée par Jessica Biel, qui nous plonge dans l’esprit tourmenté d’une femme meurtrière malgré elle.

Produite et interprétée par Jessica Biel, la saison 1 de la série The Sinner place les spectateurs face à une énigme. Cora est une jeune femme américaine tout ce qu’il y a de plus banal. Mariée, un enfant, elle travaille dans l’entreprise familiale de son beau-père. Nous sommes dans le quotidien le plus ordinaire.

the-sinner-saison-1-jessica-biel-seriePourtant, dans ces scènes de train-train habituel, on sent déjà que le personnage de Cora est un peu décalé, un peu « à l’ouest ». Comme si, en elle, quelque chose n’allait pas, n’adhérait pas à cette vie. Comme si son esprit était ailleurs. On la voit finalement inexpressive. Elle fixe le mur. Quand elle va nager dans un lac, on a presque l’impression qu’elle cherche à se noyer.

Ces petits détails vont prendre une tout autre importance lorsque Cora, sur les bords du lac, va, sans la moindre raison, prendre un couteau et assassiner un parfait inconnu.

C’est alors que débarque un autre personnage un peu décalé. Le lieutenant Ambrose (Bill Pullman), sur la scène de crime, se contente de remarquer que les arbres sont atteints d’une maladie. C’est avec lui que nous allons suivre une enquête d’autant plus surprenante qu’elle semble pourtant jouée d’avance : le meurtre s’est produit devant de nombreux témoins et Cora elle-même a renoncé à se défendre, préférant plaider coupable.

the-sinner-saison1-serie-bill-pullmanPlaider coupable et se sentir coupable : on va vite découvrir que c’est à cela que se résume la vie intérieure de Cora. L’enquête va prendre une double direction : sur le terrain, dans le présent, mais surtout dans le passé. Et cette enquête rétrospective va se dérouler principalement dans la tête de Cora. C’est là que la série va se faire la plus intéressante, tant la jeune femme est prise dans un processus de punition contre elle-même. Un processus que les flashbacks vont nous dévoiler petit à petit. Ainsi, on découvre l’enfance de Cora auprès d’une mère qui n’a pas grand chose à envier à celle de Carrie. Élevée dans le respect strict, voire fanatique, de la religion, la jeune fille est rendue responsable de la maladie de sa sœur Phoebe. Convaincue d’être cette pécheresse qui donne son titre à la série, elle va occulter une partie importante de son passé. C’est dans ce trou noir mémoriel que se situe la réponse à l’énigme.

L’anglais étant une langue qui ne distingue pas le masculin du féminin, The Sinner peut aussi bien désigner un homme qu’une femme. Et, en effet, on comprend vite que, derrière les apparences bien propres de cette Amérique profonde, chaque personnage a ses perversions. Les trois personnages principaux de la série (Cora, son mari Mason et le lieutenant Ambrose) ont leurs vices plus ou moins cachés. Finalement, qui est vraiment ce « sinner » mentionné dans le titre ?

Le problème de la saison se situe d’ailleurs peut-être ici, dans cette complaisance à montrer des perversions sexuelles.

Sinon, cette première saison de la série The Sinner se regarde avec intérêt. La série adopte volontiers un rythme lent qui privilégie l’ambiance mystérieuse tout en parvenant à accrocher le spectateur. En ne centrant pas la saison exclusivement sur l’enquête, The Sinner fait le bon pari : critique du fanatisme religieux, vie privée souvent glauque des personnages, introspection mouvementée de l’esprit tourmenté de Cora, suspense judiciaire, les huit épisodes explorent différents aspects de l’histoire et c’est cela qui constitue l’intérêt majeur de la saison.

On pourrait toutefois regretter que les compléments de programme se limitent à quelques scènes coupées. Mais l’essentiel est que la série reste un divertissement agréable, une énigme qui nous tient jusqu’au dernier épisode.

Intro et générique : Série The Sinner, Saison 1

The Sinner, saison 1 : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=dxKtG0XyE60

Caractéristiques techniques du coffret 2 DVD :
Audio : Français, Anglais, Allemand Digital 5.1
Sous-titres : Français, Anglais pour sourds et malentendants, Allemand, Néerlandais, Danois, Finnois, Suédois, Norvégien
Bonus DVD : Scènes coupées 2 DVD – 8 épisodes de 45 min

Synopsis : D’après le roman éponyme de Petra Hammesfahr (1999) Cora Tannetti, mère de famille fragile a priori sans histoires, passe un après-midi au bord d’un lac avec son mari et leur fils quand, subitement, elle poignarde à mort un parfait inconnu. Arrêtée, elle reconnaît son crime mais ne l’explique pas. Le détective Harry Ambrose, en charge de l’enquête, veut comprendre ce qui a bien pu se passer. Il se met à fouiller le passé de la jeune femme et nous fait pénétrer dans l’esprit et les souvenirs tourmentés de Cora, à la recherche des traumatismes enfouis qui l’ont poussée à commettre l’irréparable…

the-inner-sortie-dvd-saison-1-bill-pullman-jessica-biel

Cannes 2018 : Martin Scorsese honoré du Carrosse d’Or

0

Après avoir remporté la Palme d’Or en 1976 pour son film culte Taxi Driver, Martin Scorsese est devenu l’un des cinéastes majeurs de ces quarante dernières années. En pleine post-production de The Irishman, il sera honoré du Carrosse d’Or au 71e Festival de Cannes

De Taxi Driver à Silence, quarante ans de carrière pour Martin Scorsese, l’un des metteurs en scène les plus importants de notre époque. Son cinéma, oscillant entre expériences radicales (Raging Bull) et dissertations mystico-métaphysiques (La dernière tentation du Christ), a marqué tous les cinéphiles ayant vu de près ou de loin les films du réalisateur américain. Son dernier film, The Irishman, budgeté à plus de 150 millions de dollars par Netflix, est d’ailleurs attendu comme un graal par ses admirateurs. Mais alors qu’il fignole la post-production de ce film de gangsters, il sera honoré au 71è Festival de Cannes, du Carrosse d’Or, un prix remis chaque année depuis 2002 par la Société française des Réalisateurs de films (SRF).

Les cinéastes membres de la SRF élisent un des leurs pour ses pour les qualités novatrices de ses films, pour son audace et son intransigeance dans la mise en scène et la production. Martin Scorsese succède ainsi à de grands noms comme Clint Eastwood, David Cronenberg et Werner Herzog qui a remporté le prix l’an dernier. «En 2018, pour son 50e anniversaire et la 50e édition de la Quinzaine des Réalisateurs, la SRF est fière de saluer un cinéaste d’exception et une source d’inspiration intarissable», a déclaré la SRF dans un communiqué. La récompense lui sera d’ailleurs remise en main propre à l’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs.

L’occasion sera faite de redécouvrir le long-métrage Mean Streets, qui a véritablement lancé la carrière de Scorsese en 1973, tout comme celles de Robert de Niro et Harvey Keitel, qui faisaient l’une de leurs premières apparitions sur grand écran. L’histoire suit Charlie et Johnny Boy qui tentent de percer dans la mafia de Little Italy dans le New-York des années 70. Si Charlie a ses chances grâce à son oncle bien intégré dans la mafia qui lui promet la gestion d’un restaurant, Johnny Boy criblé de dettes multiplie ce qui apparaît de plus en plus comme des provocations. Charlie marqué par la religion et la figure de saint François d’Assise protège et tente de sauver un Johnny Boy qui se condamne lui-même chaque jour davantage.

Coby de Christian Sonderreger : Je est un autre

Coby est un film intimiste sur un sujet intime : la transition chez un jeune transsexuel américain. Ou comment l’entourage d’un homme qui fait un choix de vie structurant reçoit et accompagne ce changement. Un film lumineux sur la question de genre.

Synopsis : Dans un village au cœur du Middle-West américain, Susanna, 23 ans, change de sexe. Elle devient un garçon : Coby. Cette transformation bouleverse la vie de tous ceux qui l’aiment. Une métamorphose s’opère alors sous le regard lumineux et inattendu du réalisateur… 

Transamerica

Tourné par Christian Sonderegger, le demi-frère français du protagoniste américain de Chagrun Falls , Ohio, Coby est un documentaire axé sur la transition de Susanna, un transsexuel Female to Male devenu Jacob, Jake, ou encore Coby. De multiples diminutifs qui montrent en filigrane la difficulté du chemin emprunté par Coby. Le film n’est donc pas tourné vers la transformation en tant que telle, ni vers ses aspects matériels ; à peine est évoquée la question financière pour une des opérations qu’il doit subir.

coby-christian-sonderegger-film-critique-rapas-familleCoby est plutôt un regard sur les impacts de la décision de Susanna sur un entourage pourtant extrêmement favorable, empathique et aimant. La source du documentaire est triple : d’abord, les petits films que Coby fait sur YouTube pendant les mois de sa prise de testostérone, une étape cruciale dans sa transition. Il s’agit de petites vidéos où on a l’impression qu’il se parle davantage à lui-même qu’aux autres, où il se découvre en direct avec son nouveau corps, différent de semaine en semaine, et où il raconte ses doutes, ses petites victoires, ses peurs et ses peines. Ensuite le cinéaste parsème son film d’instantanés de Coby, beaux et signifiants, depuis sa petite enfance où, déjà, le jeu est de se mettre de la mousse à raser sur le visage ou de jouer au cow-boy sur le dos de son grand frère, jusqu’à son adolescence pré-transition où on devine dans ses yeux d’ado punk à la mini robe aguicheuse et aux lèvres peintes une sorte de fièvre, peut-être de la détermination déjà par rapport à son projet de vie.

Puis, Christian Sonderegger complète ce dispositif par ses propres interventions, un mix d’entretiens avec les différents membres de la famille et des focus sur la vie actuelle de Coby. Le film commence d’ailleurs presque par une séquence où le jeune homme, barbe de 3 jours et muscles saillants, est en situation professionnelle avec ses collègues urgentistes. D’emblée, on le voit donc comme une personne tout ce qu’il y a de plus ordinaire, sauvant ici la vie d’un bébé en détresse respiratoire. Sur le chemin du retour au domicile, sa voiture croise celle de Sarah, sa compagne, qui part à son tour au travail. Deux petites phrases échangées, et là aussi, la normalité d’un couple banal qu’il forme avec la jeune femme est campée : le chien, les autres animaux à nourrir, etc. Cette séquence est immédiatement précédée d’une autre, assez brève, ou Coby est encore Susanna, et où il annonce le début de la prise de la testostérone, et la force du film est de montrer avec une telle juxtaposition que les deux facettes sont totalement lui/elle, fondamentalement un être humain.

coby-christian-sonderegger-film-critique-cobyLe cinéaste s’attarde beaucoup sur le corps de Coby, puisque c’est de cela qu’il s’agit. Ce mauvais corps qui a été attribué à Coby, la surprise qu’il déclare avoir à chaque fois qu’il croisait son reflet dans le miroir. Ce corps qui l’engonce et qui l’empêche d’être ce qu’il est vraiment. La caméra de Georgi Lazarevsky est douce et respectueuse, s’attardant en gros plans sur ses courbes étonnamment masculines et féminines à la fois. En même temps, le film rend parfaitement l’idée de la plénitude du jeune homme dans ce nouveau corps encore en devenir.

L’intérêt de Coby réside surtout dans le suivi du cheminement de la famille par rapport à ce grand bouleversement. L’homosexualité de Susanna est une première étape, ou plutôt ce qui est défini comme l’homosexualité de Susanna, car le film montre le trouble à ce sujet dans son couple : Sarah avoue voir Coby avec un pénis dans ses rêves. Puis, l’homosexualité se transforme en quelque chose d’autre, de plus brutal, plus inconnu et plus radical : c’est alors la perte d’une fille, d’une sœur, et sa transition qui sont en jeu, ce qui entraîne rejet, peur, culpabilité (le père pense que le système d’éducation qui était le leur -enseignement à domicile- est une arme à double tranchant permettant aux enfants d’être libres du regard des autres trop vite), toutes choses qui finissent toujours par être submergées par leur amour manifeste pour leur proche. Le cinéaste laisse son interlocuteur aller au bout de ses confidences, qu’elles soient à son avantage ou non, comme la mère de Coby qui avoue avoir voulu chasser sa fille à un moment. Comme le père de Coby qui résume ainsi la situation : « Changing has consequences. Not changing also has consequences ». Les liens de parenté qu’il avait avec la famille favorisent sans doute le sentiment d’intimité tranquille qui se dégage du métrage.

Contrairement à beaucoup de documentaires sur le sujet, souvent axés sur les difficultés matérielles de la transition et sur les pathos familiaux, et sans vouloir dénigrer ces films qui sont hélas et après tout le reflet de la réalité, Coby est un film lumineux et intimiste, porteur d’un respect profond à la fois envers le protagoniste et envers une famille bousculée qui a su merveilleusement l’accompagner.

Coby – Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=88LBjFWxsHE

Coby  – Fiche technique

Réalisateur : Christian Sonderegger
Scénario : Christian Sonderegger
Interprétation : dans leurs propres rôles : Coby, Jacob Hunt, Sara Mound, Ellen Richards-Hunt, Willard Hunt, Andrew Hunt
Photographie : Georgi Lazarevski
Montage : Camille Toubkis
Productrices : Moïra Chappedelaine-Vautier, Marie-Castille Mention-Schaar
Maisons de production : Ciao Films, Willow Films
Distribution (France) : Epicentre Films
Durée : 78 min.
Genre : Documentaire
Date de sortie : 28 Mars 2018
France, USA – 2017

Cannes 2018 : Les films produits par Netflix sont interdits de compétition

0

L’an dernier, les films Okja et The Meyerowitz Stories produits par la plateforme Netflix, avaient créé la polémique quant à leur présence en compétition. En cause, la non-diffusion des longs-métrages dans les salles françaises. Afin d’éviter de nouveaux écueils entre festivaliers et exploitants, Thierry Frémaux a tout bonnement annoncé l’interdiction de compétition des films Netflix.

Plus de polémique pour le 71e Festival de Cannes, Thierry Frémaux vient d’annoncer l’interdiction des films Netflix en compétition officielle. Cette annonce survient un an après la polémique qu’a suscité les projections d’Okja de Bong Joon-Ho et The Meyerowitz Stories de Noam Baumbach l’an dernier. La plateforme de streaming Netflix, productrice des deux longs-métrages, avaient refusé les négociations afin de sortir les œuvres en salles, ce qui avait provoqué la colère des exploitants. Le patron de la société de distribution Le Pacte, Jean Labadie, avait déclaré que Netflix souhaitait « la mort des salles » quand son homologue chez Wild Bunch pensait que « la présence d’un film Netflix n’est que l’accompagnement naturel de l’évolution du cinéma ».

C’est Thierry Frémaux, le délégué général du Festival, qui a annoncé cette réforme du plus célèbre événement cinématographique français. Il a ainsi déclaré au Film Français : « Les gens de Netflix aiment le tapis rouge et souhaiteraient revenir avec d’autres films. Mais ils comprennent bien que leur intransigeance et leur propre modèle sont à l’opposé du nôtre ». Le délégué avait tenté de convaincre Netflix de sortir les films en salles l’an dernier, sans succès. Toutefois, il devrait quand même y avoir des films Netflix sur la Croisette, l’accès aux projections spéciales et à une diffusion hors-compétition est tout à fait possible. On pense peut-être au Irishman de Martin Scorsese, qui pourrait faire la surprise, de par sa diffusion en avant-première mondiale.

Le débat fait aussi rage au sein d’Hollywood. Si de nombreux réalisateurs ont déjà franchi le pas (David Ayer, Duncan Jones ou encore Scorsese), d’autres en revanche fustigent la plateforme. C’est le cas de Steven Spielberg, qui a déclaré pendant la promotion de son Ready Player One,  » qu’à partir du moment où l’on s’engage pour un format télé, ça devient un téléfilm « . De quoi relancer les débats sur les réseaux sociaux, entre les partisans du changement et les traditionnels habitués au cinéma en salles. Le 71e Festival de Cannes aura lieu du 8 au 19 mai et sera présidé par Cate Blanchett.

Madame Hyde, l’éducation vue au travers de l’univers délirant de Serge Bozon

En s’amusant avec la figure de Dr Jekyll et Mr Hyde, Serge Bozon marque son retour avec une nouvelle comédie complètement absurde. Derrière les blagues cependant, Madame Hyde s’avère être un film très touchant sur l’éducation au travers d’une relation professeur/élève.

madame-hyde-serge-bozon-isabelle-huppertLa banlieue. L’éducation. À première vue, on se trouve dans les sentiers balisés du bon petit drame français. Sauf qu’on est ici chez Serge Bozon, et que forcément si on a déjà vu des œuvres du bonhomme, on sait très bien qu’on va assister à quelques chose de spécial. Déjà, le titre met bien sur la voie. Madame Hyde est une variation autour de l’une des nouvelles fantastiques les plus reconnues de la littérature anglophone, L’Étrange Cas du Dr Jekyll et Mr Hyde de Robert Louis Stevenson. Tout le monde connait évidemment l’histoire de ce scientifique se transformant en un être monstrueux. Une figure victorienne qui aura inspiré un nombre incalculable de films d’horreur du cinéma muet jusqu’à l’essai peu fructueux de Dark Universe entrepris par la Warner. Chez Serge Bozon, Docteur Jekyll est en fait le professeur Marie Géquil, professeur de physique très timide dans un lycée technique de banlieue. Forcément, la pauvre Isabelle Huppert n’en mène pas large face à ses élèves et connait d’importants soucis de pédagogie. Tout cela va changer une nuit, lorsqu’au cours d’une expérience, elle se fait foudroyer et va se retrouver métamorphosée.

Le personnage de Mister Hyde a toujours été une personnification de la part d’ombre qui est tapis dans chaque être humain et qui finit par prendre l’ascendant, se livrant alors à des pulsions jusqu’ici refrénées. Dans Madame Hyde, le sujet n’est pas du tout le même. Ce qui intéresse particulièrement Serge Bozon est ce changement radical de personnalité. Dès les premiers instants du film, le personnage d’Isabelle Huppert apparaît comme faible. Elle a du mal à s’imposer, se fait mener en bateau par ses élèves, se laisse attendrir par Malik, un élève perturbateur, et surtout, n’arrive pas à transmettre son savoir. Une fois sa « transformation » effectuée, le personnage change du tout au tout. Elle développe alors des méthodes pédagogiques assez inhabituelles, gagne  rapidement le respect du staff de l’école, et notamment du principal campé par un Romain Duris dans un contre-emploi hilarant. Elle arrive à mettre en œuvre des projets pour sa classe et surtout commence à créer un lien spécial avec Malik.

Parce que le sujet principal de Madame Hyde, c’est bien évidemment l’éducation. À la manière d’un Good Will Hunting passé à la moulinette du burlesque de Bruno Dumont, Madame Hyde met en avant une relation particulière entre un enseignant et un élève. En plaçant son histoire dans un lycée de banlieue, Serge Bozon qui a un passé de professeur sait très bien dans quel milieu il met les pieds. La difficulté de l’enseignement dans des zones prioritaires est un fait connu, et elle s’exprime bien évidemment des deux côtés. D’une part des élèves qui pensent ne pas être dans leur élément, pensant que l’école n’est pas faite pour eux et de l’autre des professeurs ayant du mal à communiquer leur savoir, souffrant d’un manque de pédagogie qui peut être dû à un manque d’expériences (ce qui aboutit à une blague particulièrement savoureuse du personnage de José Garcia). C’est ce que montre dès le départ Serge Bozon. Les deux délégués de la classe se plaignant de l’inefficacité de leur professeur pour leur donner envie de d’apprendre. De l’autre, Madame Géquil a du mal à garder la main mise sur une classe qui se dissipe très facilement, lui en faisant voir de toutes les couleurs.

La transformation ne va pas donc pas s’opérer uniquement du côté de la professeur mais également de Malik, jeune élève handicapé rêvant devant les joutes de rap des habitants de la cité.  Au contact de la nouvelle Madame Géquil, Malik va développer une nouvelle vision de l’éducation. Il va apprendre à mettre en place une certaine réflexion, et va s’épanouir au sein du labo de Madame Géquil. Il va comme il le dit lui-même, s’ouvrir à un nouveau monde. Une sorte de relation mentor/disciple naît alors. Ce discours sur l’éducation s’avère au final très touchant et d’une certaine justesse. Bozon arrive à capter avec sincérité les problèmes inhérents à ce genre de cas. Bien évidemment, il fait également passer son message au travers de son humour souvent incongru, pouvant déstabiliser. Les dialogues regorgent alors de petites pépites à l’humour parfois très mordant, comme la ligne du proviseur faisant référence aux nombreuses dépressions dans l’équipe.

Et puis bien sûr, il y a quand même ce fantastique qui émerge par moment de façon inattendue, surtout cette première apparition de cette Isabelle Huppert en feu, avec cet effet d’inversion chromatique. Certainement le moment où Bozon se rapproche le plus d’une certaine horreur développée par la nouvelle de Stevenson. Pour revenir d’ailleurs à la nouvelle de Stevenson, il est intéressant d’observer que le décalage comique du film se transmet également par le fait que chaque acteur joue un peu son Hyde. On a bien sûr Isabelle Huppert, habituée à des personnages dominants qui se retrouve ici dans une position de soumise. Romain Duris, qu’on aura jamais connu aussi drôle, avec ses costumes bariolés à la Lagaf et sa mèche, et à l’inverse, José Garcia beaucoup plus dans la retenue et apportant quant à lui une touche un peu plus mélancolique à l’histoire. Toutes ces petites trouvailles font de Madame Hyde, une œuvre des plus singulières. Serge Bozon dose à merveille son côté complètement décalé avec une certaine poésie, l’occasion d’offrir un film politique tout en travaillant son univers délirant.

Madame Hyde – Bande Annonce

Madame Hyde – Fiche Technique

Réalisation : Serge Bozon
Scénario : Serge Bozon et Axelle Ropert d’après l’oeuvre de Robert Louis Stevenson
Interprétation : Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia, Adda Senani
Directeur de la photographie : Céline Bozon
Musique : Benjamin Esdraffo
Producteur(s) : David Thion, Phillipe Martin
Société de production : Les Films Pelléas, Arte France Cinema
Distributeur : Haut et Court
Durée : 95 minutes
Genre : comédie, fantastique
Date de sortie : 28 mars 2018

France – 2018

Cannes 2018 : le cinéaste norvégien Joachim Trier Président du jury de la 57e édition de la Semaine de la Critique

Le réalisateur norvégien Joachim Trier présidera le jury de la 57e édition de la Semaine de la Critique du 9 au 17 mai prochain, à l’occasion du Festival de Cannes 2018 (du 8 au 19 mai).

Ce mercredi (28/03/18), la Semaine de la Critique a annoncé la composition du jury de sa 57e édition, dont le réalisateur norvégien Joachim Trier sera le Président.

Un habitué du tapis rouge

Oslo-31-aout-Joachim-TrierSi Joachim Trier reste un auteur confidentiel auprès du grand public, le réalisateur norvégien, avec quatre films à son actif, est un habitué du festival de Cannes. Remarqué en France dès 2007 avec son premier long métrage, Nouvelle Donne, il s’en est fallu de peu pour que le cinéaste devienne la coqueluche de la Croisette. Invité à concourir dans la sélection parallèle « Un certain Regard » en 2011 pour y défendre Oslo, 31 août, Joachim Trier transforme l’essai en 2015 en présentant Back Home (précédemment titré Louder than Bombs), son premier film anglophone, en compétition officielle. Plus récemment, on lui doit le coming-of age fantastique Thelma, un retour au sources pour Trier qui renoue avec la Norvège pour filmer cet étrange récit d’apprentissage. Pas étonnant donc, que le Festival lui fasse l’honneur de le désigner président du jury de la 57e édition de la Semaine de la Critique, comme l’a annoncé le comité dans son communiqué :

La Semaine de la Critique est particulièrement heureuse de confier la Présidence du Jury de cette 57e édition à un cinéaste dont l’univers sensible, émancipé, reflète les questionnements de sa génération.

Un jury éclectique 

Aux côtés de Joachim Trier, le jury sera composé de quatre personnalités aux horizons très variés. L’actrice américaine Chloë Sevigny, icône hype et comédienne emblématique du cinéma d’auteur indépendant (Larry Clark, Harony Korine, Jim Jarmusch, Lars von Trier…), sera entourée du comédien argentin Nahuel Pérez Biscayart, couronné meilleur espoir masculin aux César 2018 pour son rôle dans 120 Battements par minute. L’italienne Eva Sangiorgi, nouvelle directrice de la Viennale, et le journaliste français Augustin Trapenard, aux manettes de l’émission culturelle Le Cercle (Canal+) depuis septembre 2016, viennent compléter le panel.

La Semaine de la Critique innove

Créée en 1962 et organisée par le Syndicat français de la critique de cinéma, cette sélection parallèle met àCannes-57-Semaine-de-la-Critique l’honneur des premiers ou des deuxièmes longs métrages, afin d’y honorer des réalisateurs prometteurs. Parmi les lauréats et les talents qui ont émergé grâce à la Semaine de la critique, on peut citer, entre autres, Ken Loach, Leos Carax, Wong Kar-wai, Guillermo del Toro, Alejandro González Iñárritu, François Ozon, Gaspar Noé ou plus récemment Andrea Arnold (Fish Tank, American Honey). Cette année cependant, une nouveauté à été mise en place : en plus du Grand Prix Nespresso, décerné à l’un des sept films en compétition, et du Prix Découverte Leica Cine décerné à l’un des dix courts métrages en lice, le jury remettra pour la première fois le Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation, destiné à mettre en lumière la prestation d’un(e) comédien(ne).

A ce sujet, Joachim Trier, qui accorde beaucoup d’importance aux acteurs, et qui a lui-même contribué à lancer la carrière du comédien norvégien Anders Danielsen Lie, se réjouit de cette nouveauté :

C’est un grand honneur d’être invité à diriger ce jury, particulièrement du fait que cette section met en avant des talents jeunes et en devenir. […] J’espère découvrir de l’inattendu. […] Je suis content qu’il y ait l’occasion de récompenser aussi les acteurs cette année. Comme réalisateur, je trouve souvent que les performances des acteurs sont à l’origine d’un bon film.

Un rendez-vous à ne pas manquer

Alors que la sélection de la 57e Semaine de la Critique sera annoncée le 16 avril, il faudra attendre le 17 mai pour découvrir les noms des gagnants. On se rappelle que l’an dernier, la 56e édition avait récompensé le documentaire Makala, du français Emmanuel Gras (Grand Prix Nespresso), et Los Desheredados, court métrage de l’espagnole Laura Ferrés (Prix Découverte Leica Cine). Par ailleurs, la cinéaste Léa Mysius, qui avait fait forte impression avec Ava, était repartie avec le prix SACD, et son film est à nouveau mis à l’honneur cette année puisque l’affiche de la 57e édition met en avant sa jeune actrice Noée Abita.

Cannes Classics 2018 : Christopher Nolan va fêter les 50 ans de 2001 : L’Odyssée de l’espace

0

Une version restaurée du film culte de Stanley Kubrick, 2001 : l’Odyssée de l’espace, sera présentée par Christopher Nolan cette année sur la Croisette dans le cadre de Cannes Classics. Le réalisateur britannico-américain donnera également une masterclass à cette occasion.

Le chef d’œuvre de science-fiction 2001 : L’Odyssée de l’espace va fêter ses 50 ans de la plus belle des manières lors de la prochaine édition du Festival de Cannes. Le film sera projeté dans une version restaurée. Cette opération exceptionnelle est orchestrée dans le cadre de Cannes Classics. 2001, L’Odyssée de l’espace est sorti dans les salles en 1968. Le long-métrage de Stanley Kubrick sera présenté par Christopher Nolan. Le réalisateur de Dunkerque, Interstellar et de The Dark Knight donnera d’ailleurs une masterclass spécialement pour l’occasion, le lendemain de la projection événement. Il reviendra sur sa filmographie et évoquera sa passion pour les œuvres de Stanley Kubrick. Christopher Nolan aurait également récemment travaillé en étroite collaboration avec les équipes de Warner Bros sur le processus de remastérisation de 2001, L’Odyssée de l’espace.

Selon des informations d’Allociné, cette séance exceptionnelle est programmée pour le samedi 12 mai 2018. Des membres de la famille de Stanley Kubrick devraient être présents à l’occasion de la projection de cette version restaurée dans une copie neuve 70mm conforme à l’originale. Sa fille Katharina Kubrick et son co-producteur et beau-frère, Jan Harlan, sont notamment annoncés.

2001-l-odyssee-de-l-espace-stanley-kubrick-1968-festival-de-cannes--restauration-70mm-cannes-classics

Le Festival de Cannes a dévoilé des éléments sur la version du film qui serait présentée.

Cette copie, recréation photochimique fidèle, sans retouche numérique, identique à l’originale, permettra de recréer l’expérience cinématographique qu’ont vécu les premiers spectateurs du film il y a 50 ans.

Pour le délégué général du festival, Thierry Frémaux, « c’est une grande fierté pour le Festival de Cannes d’être le lieu de la célébration des 50 ans d’un des films les plus extraordinaires de l’histoire du cinéma. Comme d’accueillir pour la première fois au Festival Christopher Nolan, dont la présence crée un lien précieux entre le passé et le présent, sans lequel le cinéma n’aurait pas d’histoire. Nous nous réjouissons d’avance de cette projection unique en 70mm qui prouvera, s’il en était besoin, que le cinéma a bel et bien été inventé pour le GRAND écran ».

En mai prochain, 2001 : L’Odyssée de l’espace ressortira donc en salles en 70 mm, d’abord aux États-Unis, avant une ressortie probable en Europe. L’édition 2018 du Festival de Cannes se déroule cette année du 08 au 19 mai 2018.

2001-l-odyssee-de-l-espace-interstellar-chrsitopher-nolan-stanley-kubrick

 

Les nouveaux projets cinématographiques de Gaspar Noé !

0

Trois ans après Love, le cinéaste Gaspar Noé s’apprête à sortir deux nouvelles pépites fascinantes. Le réalisateur de Enter The Void et Irréversible travaille en effet sur un projet en deux parties sur la danse et une œuvre de fiction sur le darknet !

Selon des informations de la Tax Shelter, dévoilées dans le courant du mois de février, Gaspar Noé prépare son grand retour au cinéma. Ce futur projet devrait retracer l’expérience de danseurs drogués à leur insu ! Le cadre de ce film pourrait se situer dans un pensionnat isolé au milieu d’une forêt, dans les années 1990. Les personnages principaux seront une vingtaine de danseurs urbains, en plein phase de répétition. Dans le cadre d’une ultime soirée un peu trop arrosée pour fêter la fin du stage, ils vont vivre leurs pires cauchemars. Drogués sans le savoir, ils vont tous devoir surmonter leur propre « bad trip ». Ces informations dévoilées il y a quelques semaines ont été nuancées depuis par le fondateur de Wild Bunch, Vincent Maraval. Il a publié un message sur les réseaux sociaux afin de préciser le contenu des futurs projets de Gaspard Noé.

Cette œuvre de fiction assez angoissante pourrait donc en réalité être un documentaire en deux parties, « bien plus sage », sur la danse. Ce projet s’intitule Psyché, selon des informations de Konbini. Gaspar Noé risque également de faire couler beaucoup d’encre avec un second projet cinématographique en 2018. Il travaillerait sur un long-métrage dont la thématique reposerait sur le darknet, cette section d’Internet qui regorge d’activités illégales et prohibées. Les fans de la filmographie et des œuvres barrées et uniques de Gaspar Noé attendent donc avec impatience ces deux nouveaux projets.