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Cannes 2019 : Nadine Labaki, Présidente du Jury Un certain regard

Nadine Labaki c’est trois films, deux en sélection officielle au Festival de Cannes et son premier à la Quinzaine des Réalisateurs. Après avoir ému la Croisette l’an dernier avec Capharnaüm et fait chemin jusqu’aux Oscars en février dernier, la réalisatrice libanaise a plus que sa place à Cannes et dans un rôle qu’elle assurera probablement avec une grande humanité : Présidente du Jury Un certain regard.

Nadine Labaki prend la suite de Bénicio del Toro qui avait su récompenser le cinéma de genre avec Border d’Ali Abbasi. Faire évoluer les récompenses en les sortant d’un certain académisme fidèle à Cannes était une très bonne décision malgré les frustrations éprouvées pour d’autres long métrages très méritants qui faisaient la richesse de la sélection précédente. Le ton serait peut être un peu différent avec la cinéaste libanaise à la tête du Jury, quoiqu’elle pourrait offrir de belles surprises mais on imagine difficilement un palmarès à l’opposé de celle qu’elle est. C’est à dire une femme engagée, sensible, pleine d’humanité qui profite de chaque discours pour faire passer des messages au monde entier. On se souvient de celui dans le Théâtre Lumière l’an dernier après avoir reçu le Prix du Jury pour Capharnaüm où elle rendait hommage à tous ces enfants de la rue, non scolarisés et à son pays qui « malgré tout ce qu’on lui reproche, se débat comme il peut et a quand même, accueilli le plus grand nombre de réfugiés dans le monde ».

Je crois profondément au pouvoir du cinéma. Le cinéma n’est pas seulement fait pour divertir ou pour faire rêver, il est aussi fait pour faire réfléchir, pour montrer l’invisible, pour dire ce qu’on ne peut pas dire.

Difficile quand on connaît la filmographie de la cinéaste de ne pas penser à sa manière de voir le cinéma comme une arme politique dans laquelle elle n’oublie pas de glisser l’art. De son premier film Caramel dans lequel elle jouait, à Et maintenant on va où ?, Nadine Labaki a su donner la parole aux femmes et plus largement à ceux dont l’existence est difficile et parfois niée, à l’image de son précédent film où elle dressait le portrait d’un enfant qui n’avait que la rue pour se démener.

Rêvant de Cannes mais surtout de cinéma depuis toujours, et ayant pu faire son premier film grâce à la Cinéfondation, on a donc hâte de voir le regard que l’enfant rêveuse et passionnée va porter sur les films de la sélection Un certain regard, si l’étudiante de cinéma arrivée au plus haut de sa carrière saura traiter les œuvres avec autant de sensibilité et d’humanité que celles qu’elle met dans ses films. Et surtout, on a hâte de découvrir aux côtés de qui elle va débattre et sur quels films !

À ma famille de réalisateurs dont les films seront au Certain Regard cette année, je voudrais dire qu’enfant, je restais des heures, clouée à la fenêtre de ma chambre à regarder le monde qui prend vie : ce sont ces mêmes yeux qui regarderont vos films !

Voir aussi : Alejandro Gonzales Inarritu, Président du Jury du Festival de Cannes 2019.

Jason et les argonautes : gloire aux monstres et aux dieux en Blu-ray

Retour sur l’un des grands films de la collection Ray Harryhausen, édité en combo Blu-ray/DVD par Sidonis Calysta, Jason et les argonautes (1963). Après un travail éditorial bancal concernant L’Île mystérieuse, que vaut le coffret dédié à ce grand huit de dieux et de monstres géré par un Harryhausen toujours plus audacieux ?

Synopsis : le père de Jason a été assassiné par Pélias lors de sa conquête de la Thessalie. Quand Jason revient pour réclamer le trône qui lui revient, Pelias, qui n’a pas révélé son identité, l’envoie conquérir la Toison d’Or. S’il lui rapporte, alors Jason pourra confronter Pelias et récupérer son trône. A bord de l’Argos dans lequel embarquent les meilleurs marins et guerriers, il met le cap sur une terre lointaine et dangereuse d’accès. S’il bénéficie de l’aide de certains dieux de l’Olympe, d’autres, par contre, dressent devant lui des créatures et monstres qui défient l’imagination : des squelettes ressuscités, un titan de bronze, des harpies, un hydre à sept machoires accérées.

Sur le devoir de célébration par la critique et la cinéphilie : à chaque jour son idôle

A l’occasion de sa sortie Blu-ray chez Sidonis Calysta dans un conséquent coffret, Jason et les argonautes a reçu nombre d’éloges ici et là par la critique et autres autorités du tribunal de la cinéphilie. On peut d’ailleurs lire sur la quatrième de couverture du boitier ceci : « Scénario et mise en scène sont à l’unisson de cette débauche d’imagination » (Télérama) ; et « Ce péplum est devenu l’archétype du film d’aventures. (…) La mise en scène est parfaite » (Le Monde). À la revision du film d’aventure dirigé par Don Chaffey et surtout Ray Harryhausen à la réalisation de toutes les scènes à effets spéciaux, on remarque que nombre de rédacteurs et autres griffeurs ont sombré dans la magie du compliment à tout va pour cet objet filmique. La gloriole contemporaine qui s’active automatiquement vis-à-vis d’un temps passé ou d’un nom mal connu de retour sous les projecteurs n’a pas manqué de réitérer ses méfaits. Il ne s’agit pas nécessairement de nostalgie, mais force est de constater que les autorités en matière du bon goût cinématographique s’agitent en fonction de la mode du moment, de telle manière que les premiers jugements sur ces mêmes objets pop semblent n’avoir jamais existé. Parce que c’est bon chic bon genre d’aimer tel ou tel élément ou individu à telle ou telle époque. On en parle aux soirées, on cite les deux trois éléments du dossier de presse. Et pendant ce temps là, le passionné réduit au silence par les logorrhées des parvenus de la culture pop, au savoir plus important sur l’objet de la discussion, pense (tout bas ou tout haut) : « Mais… T’as pas fini de te faire briller le cul ? En plus avec un sujet qui m’est cher et que tu saccages par ton devoir de mémoire artificiel ? »

Le devoir de mémoire artificiel, ou le devoir de célébration du jour, concerne autant les adeptes de cinéphilie de l’internet que les autorités critiques qui s’extasient sur une œuvre au moindre événement lié : une sortie Blu-ray ; une ressortie au cinéma d’un « classique » ; la sortie d’un film jamais finalisé par son auteur aujourd’hui terminé par des « gardiens du temple » à bout de notes et autres artefacts… Extase se faisant, l’ensemble est passionné et la lucidité devient le parent pauvre de l’Histoire. Quoique pour certains films, des bonhommes n’oublient pas de mettre au pilori l’œuvre incarnée par un héros trop fumeur, alcoolique, ou raciste en repentir. Et il y a bien sûr une dose de nostalgie. Quoi de mieux pour beaucoup en ce moment que de retrouver son doudou ou un semblant de doudou (concept de Nicolas Bonci) grâce aux rééditions, ressorties vidéo et énièmes remakes et reboots au cinéma ? Le mal enfin présenté, le présent article tentera d’aller au-delà des oeillères, fantasmes et autres points de vue énoncés ci-dessus dans son approche du film consacré par cet écrit : Jason et les argonautes.

Des monstres et des dieux

Jason et les argonautes est-il un grand film d’aventure ? Non. Premièrement, il manque une incarnation à l’aventure humaine de Jason. La platitude de l’acteur Todd Armstrong n’aide pas, tout comme la réalisation des séquences humaines dont la grammaire cinématographique s’avère limitée et répétitive : les échelles de plan se répètent, le champ/contre-champ prend son pied. Des séquences fortes comme l’engagement des grands combattants marins de Jason ou encore la trahison d’Acaste sont malmenées par un traitement expédié, et par les manques d’ampleur et d’émotion nécessaires à de tels moments (l’amusement pour la première, le stress face à un risque de défaite ainsi qu’une dose de mystère pour le deuxième). Quant aux personnages mythologiques, Médée est moins une magicienne – de la magie, où ça ? – qu’un charm et love interest. A noter que l’aspect romantique est basé sur la rencontre mythologique de celle-ci et Jason, duquel elle tomba follement amoureuse. L’affaire se corse avec Hercules, monsieur muscle vieillissant et inconséquent, qui fait payer le prix de sa conception naïve de la hardiesse à l’un de ses camarades. On pourra tout de même remarquer la volonté du personnage de réparer son erreur (il est en cause dans la mort d’un de ses frères d’armes) finalement ridicule lorsque, quelques dizaines de mètres depuis le bateau, sur la plage, on l’entend hurler comme un benêt le nom de l’homme perdu…

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Le combat de Jason contre des squelettes ressuscités ou un sommet d’inventivité et d’imaginaire cinématographiques

Jason et les argonautes fonctionne comme un grand huit : l’humanité nous ennuie dans la platitude des échanges et nous perd dans le suivi de ses enjeux ; puis il y a ces dieux intrigants et joueurs, qui s’amusent de cette aventure humaine et surtout les incroyables créatures déployées au fur et à mesure des étapes du voyage. Tout le récit fonctionne ainsi de façon bipolaire. On doit au deuxième pole le succès du film : ce récit de dieux et monstres. Le long métrage aurait dû s’appeler Zeus & Hera : une histoire de monstres. En effet, le succès du film – tant narratif que technique – se constitue dans l’audace et l’inventivité démesurées de Ray Harryhausen. Au fond, si un élément du récit est bien clair au final, c’est d’avoir assisté à une partie d’échecs entre les dieux d’un Olympe paradisiaque, plongé dans une vapeur céleste et occupé par quelques gadgets dont une table ensorcelée qui, activée par un dieu, s’avère être une fenêtre sur les tribulations humaines. Et puis ils ont d’autres atouts fantastiques : des créatures et décors dangereux qu’ils vont s’amuser à voir s’animer lors du passage des hommes. L’expérience spectatorielle trouve sa force – pour le rédacteur, tout comme le critique Guillaume Méral et l’un des responsables de PopCorn Reborn, Hadrien Joly – dans ce jeu de démiurge permis par le travail d’un autre démiurge : Ray Harryhausen.

Il ne s’agit pas d’écrire ou penser comme ceci : « pour l’époque c’était bien fait« . Non, même en 2019, Harryhausen reste l’un des maîtres des effets spéciaux, de l’animation, et des monstres au cinéma. Regardez la direction des regards humains sur les créatures, hommes miniaturisés et autres éléments à effets spéciaux. Ils sont parfaitement cohérents, loin du Christopher Waltz d’Alita qui ne sait pas où poser ses deux yeux. Observez la finesse de l’homogénéité visuelle du combats avec les squelettes. Ray Harryhausen fut et reste l’un des rares à pouvoir passionner notre foi et éprouver notre suspension d’incrédulité face à la rencontre de l’impossible et du réel. On peut donc répondre à ceux qui se targueraient d’un « aujourd’hui, on fait mieux » ceci : d’une part, ce n’est pas vrai, on arrive à encore à toucher le fond grâce à des maîtrises catastrophiques des nouvelles technologies (coucou Black Panther, 2018). D’autre part, on peut leur rappeler qu’on ne serait pas arrivé à Star Wars (1977), Jurassic Park (1993), Avatar (2009) et autres grands moments de créativité et de réinvention visuelle, technologique et technique sans l’apport pluridisciplinaire de Ray Harryhausen qui lui-même n’en serait pas arrivé à de telles audaces sans le cinéma inventif de Méliès et le King Kong de Cooper & Schoedsack (1933), et surtout le pionnier des effets visuels et de l’animation Willis O’Brien qui fut d’ailleurs le mentor de Harryhausen. De même que nous n’aurions pas eu la délirante Armée des ténèbres d’Evil Dead 3 de Sam Raimi, ou la mémorable scène de momies guerrières réveillées par Imhotep lors du dernier acte de La Momie de Stephen Summers, sans l’inventivité démiurgique de Ray Harryhausen, dont les créatures et formes monstrueuses, souvent réadaptations cinématographiques de figures mythologiques, font partie des pierres fondatrices de l’imaginaire cinématographique.

Ainsi Jason et les argonautes est-il un grand film ? Oui. Mais cet excellent film existe non pas grâce à Jason et son équipage, ç’aurait pu être Ulysse et son odyssée que le constat n’aurait pas changé. Jason et les argonautes n’est pas un grand film d’aventure humaine. En effet, cette grande œuvre existe grâce à ce film catastrophe de dieux jouant avec leurs petites créatures humaines à coup de sortilèges, créatures et autres malices, tout comme Ray Harryhausen s’est amusé à donner vie à ses monstres mythologiques réinventés dans ce grand cosmos personnel qui n’a jamais cessé de l’animer : l’imagination.

Ci-dessous, le score épique de Bernard Herrmann (VertigoCitizen Kane) pour Jason et les argonautes

HD mythologique

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L’édition signée Sidonis Calysta est de bien meilleur facture que celle de L’Île mystérieuse. Le coffret se présente sous forme d’un digibook comprenant le livre de 152 pages sur Ray Harryhausen, l’enchanteur des effets spéciaux signé Marc Toullec. L’ouvrage, à la manière du documentaire Les Chroniques de Harryhausen, retrace chronologiquement la carrière du créateur avec bien plus de détails. Ce qui est logique à la vue du nombre conséquent de sources réunies par Toullec. On en retiendra aussi le caractère nuancé investi par ses citations : on apprend ainsi de Ray Harryhausen qu’il fut déçu de tel effet spécial qu’il n’a pas pu diriger jusqu’au bout sur L’Île mystérieuse ; ses doutes quant à l’accord de Bernard Herrmann pour la composition originale du premier volet de la trilogie Sinbad ; ou encore sa déconvenue lors de la découverte des dinosaures miniatures lors de son arrivée sur Le Monde des animaux d’Irwin Allen (1956). Marc Toullec rend ainsi un formidable hommage à Ray Harryhausen en retranscrivant la complexité de son parcours loin d’être aussi lumineux que les produits de son imaginaire. L’ouvrage est complété par un bonus de taille : le documentaire formidable de Gilles Penso, co-produit par Alexandre Poncet (récemment réunis sur Phil Tippett, Mad Dreams and Monsters), Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux. Ceux qui auraient goûté aux Chroniques de Harryhausen avant ce documentaire remarqueront la reprise d’extraits de la première, ici augmentée par les interviews de grands noms tels que Peter Jackson, Guillermo Del Toro, James Cameron, Tim Burton, Phil Tippett, Dennis Muren… L’occasion pour Gilles Penso de questionner l’héritage de Harryhausen dans le rapport aux effets spéciaux, à l’animation et l’imaginaire dans la pop culture américaine des années 80 puis des années 90 avec l’arrivée des premiers grands pas en avant des effets digitaux. Que signifie Ray Harryhausen aujourd’hui ? Si le documentaire date de 2011, la question et ses réponses sont toujours d’actualité. Notons joyeusement que le documentaire est présenté en HD. Enfin, l’ensemble est complété par un riche entretien avec Michel Eloy, spécialiste du péplum, ainsi que par des spots télévisuels et bandes-annonces d’époque.

Concernant le film, celui-ci se présente dans sa meilleure copie connue à ce jour, loin de la catastrophique édition DVD. Hélas le master américain est loin d’être parfait. Bien sûr, certains plans abimés semblent devoir leur état à l’usure du temps sur le matériau original. Le même qui a été éprouvé par des procédés techniques lors de l’élaboration des effets spéciaux : utilisation de la rétroprojection ; filmage avec cache puis refilmage de la pellicule avec l’élément à intégrer ; etcétéra. Le visionnage pourra être souvent gêné par une alternance – et cela concerne autant des plans à effets que des dialogues ou séquences sans artifices visuels – entre un rendu médiocre, soutenu par une perte monstrueuse de piqué, un grain émoustillé et une colorimétrie malmenée, et une présentation sublime, avec des images détaillées, des couleurs nuancées et un grain d’origine préservé. À ce propos, on peut remarquer une légère différence dans le traitement du grain entre la copie américaine et le même master réapproprié par Sidonis qui semble avoir légèrement lissé celui-ci. Le rendu visuel, dans son ensemble, est très bon malgré ces baisses qualitatives régulières qui ne sont donc pas dues entièrement à la technique et technologie de conception des effets visuels. À propos du master, il est intéressant de pointer le fait qu’il a déjà dix ans au compteur. Certes, un master numérique reste un master numérique, il est fixé. Toutefois, on peut se demander si on ne pourrait pas aujourd’hui trouver un meilleur matériau pour proposer un remaster. En effet, les consciences vis-à-vis de la sauvegarde du patrimoine cinématographique et des remasterisations et ressorties de « classiques » ont évolué. Et il en est de même pour les technologies de scan, restauration, remasterisation et d’édition. On peut donc espérer obtenir un jour une nouvelle édition HD. Toutefois, si la possibilité d’une meilleure copie ne se présente pas, alors contentons-nous de ce résultat plus que satisfaisant. D’ailleurs, notons le formidable rendu sonore de la piste originale stéréo qu’on préférera à celle en 5.1 à l’effet surround porté par la merveilleuse bande-originale de Bernard Herrmann. Concernant la VF, le rendu sonore est, comme sur l’édition de L’Île mystérieuse, plus que correcte. Remasterisée, la plage audio n’est pas écrasée ni vraiment dominée par les dialogues français qui laissent une bonne place aux effets sonores – la bande-originale y compris. Enfin, le DVD de l’édition comprend le nouveau master du film ainsi tous les bonus ou presque puisqu’il lui manque le documentaire de Gilles Penso. Ainsi, Sidonis Calysta nous présente une belle et riche édition de Jason et les argonautes qu’on ne peut que conseiller malgré les quelques remarques ci-dessus.

Bande-annonce – Jason et les argonautes (1963)

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DU COFFRET

104 mn – 16/9 – 1.66 – Couleur restaurée – VO-VF restaurées Stéréo / 5.1 – Sous-titres français – Chapitrage – Etats-Unis – 1963

COMPLÉMENTS

Livre de 152 pages sur Ray Harryhausen par Marc Toullec

Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux, documentaire de Gilles Penso (93 min)

De la mythologie au cinéma, entretien avec Michel Eloy, spécialiste du péplum (35 mn)

2 bandes-annonces d’époque (4 mn 28 s – VOSTFR)

8 spots TV (3 min 08 s – VO)

Sortie le 18 février 2019 – Prix : 29,99 €

Note des lecteurs2 Notes
4.5

En musique : les meilleures scènes de comédies musicales !

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Pour clore notre cycle sur la musique au cinéma, nous avons décider de plonger dans les meilleures scènes de comédies musicales. Que seraient ces films sans leurs séquences emblématiques ? Alors, c’est parti en musique pour ces moments hors du temps et de la réalité que nous sommes nombreux à connaître par cœur.

Scène d’ouverture de La La Land de Damien Chazelle (2017) :

C’est un jour ordinaire à Los Angeles, cité des anges et du cinéma. Une bretelle d’autoroute, un embouteillage. On imagine les voiture surchauffées au point d’être invivables. On sent l’impatience, on entend les klaxons. Tout est immobile. Et soudain, tout bouge. C’est d’abord la musique qui émerge, une jeune femme qui chante, puis elle sort de son véhicule et commence à danser, suivie par d’autres automobilistes. Finalement le projet de Damien Chazelle est résumé dès cette scène d’ouverture : conjuguer la magie d’une comédie musicale, inspirée aussi bien des classiques hollywoodiens que des films de Jacques Demy, et le réalisme parfois dramatique de la vie californienne. Et un amour du cinéma, de cet art qui transcende la réalité en un rêve le temps d’un film, le temps d’une chanson parfois, puisqu’à la fin de celle-ci, les occupants rejoignent leurs véhicules respectifs, comme si cette parenthèse enchantée n’avait été qu’un rêve. Ré-enchanter le monde sans en masquer le triste train-train quotidien, voilà le travail d’équilibriste qu’accomplit à merveille Chazelle dans cette ouverture, comme dans tout son film.

Hervé Aubert

Le premier concert dans A Star is Born de Bradley Cooper (2018)

Que l’on ait aimé ou non A Star Is Born, été déçu ou surpris, il est difficile de nier le talent de Lady Gaga et Bradley Cooper pour faire ressentir l’amour et livrer des interprétations grandioses. Il n’y a qu’à se souvenir de leur prestation aux Oscars pour être submergé d’émotions. Les comédies musicales ne sont donc pas seulement un genre du siècle dernier mais il semblerait que l’on soit toujours doué pour en créer. A Star Is Born n’est pas la meilleure comédie musicale de tous les temps mais elle a déjà ces scènes mythiques et ces morceaux légendaires. La première scène de live entre Jackson et Ally sur Shallow fait partie de l’un de ces moments suspendus et forts. À l’image de l’œuvre en elle même vibrante et puissante, les premières mots chantés par Lady Gaga transpercent le spectateur tant sa voix emporte. Si ce n’est pas cela une grande scène de comédie musicale alors je ne sais pas ce que c’est…

Gwennaëlle Masle

https://www.youtube.com/watch?v=dNxCz-Iyu0g

Danse du Honeymoon Hotel dans Prologues de Lloyd Bacon et Busby Berkeley (1933)

Première scène de danse d’un trio final des plus épatants de virtuosité, la danse du « Honeymoon Hotel » est d’autant plus jouissive qu’elle est le résultat de plus d’une heure de répétitions mouvementées, en huis-clos, avec le stress palpable d’être en mesure de terminer la chorégraphie dans les temps. Mais tous les efforts accumulés au long du film sont payants, puisque ce « prologue » est d’une précision chirurgicale, tant dans le phrasé que dans les jeux de jambes, mais surtout d’un point de vue cinématographique avec une caméra survoltée qui enchaîne des pirouettes invraisemblables pour une film de 1933. Les décors sont d’une ingéniosité rare, permettant justement à la caméra de se promener plus aisément et d’offrir des transitions impeccables. Sur près de dix minutes, il se passe tellement de choses, il y a tellement de personnages qui défilent à l’écran, tellement de décors qui prennent vie et meurent, tellement de techniques de cinéma innovantes (stop-motion, passage de dessin à acteurs réels, etc.)… et le tout sans ne jamais perdre de vue l’aspect comique et musicale de l’entreprise, qui ne faiblit à aucun moment derrière la perfection plastique et machinale mise en œuvre. Du très grand art.

Jules Chambry

La scène d’adieu dans Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy (1964)

Lorsqu’on pense aux scènes les plus déchirantes du cinéma français, il est évident de citer la scène d’au revoir à la gare entre Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo. Dialogues chantés et échangés entre deux amoureux déchirés de devoir se quitter. Des mots à leurs mains qui se délient, toute la mise en scène accentue l’émotion et fait vibrer les spectateurs avec les personnages. Qui n’a jamais vécu des au revoir sur le quai de la gare comme dans les films ? Il ne reste qu’un train qui part et un être dont le cœur est parti avec le dernier wagon sur le quai. Ici, Catherine Deneuve est, comme souvent et comme durant tout le film, grandiose. D’émotion et de justesse lorsqu’elle répond « Je t’aime » à ses multiples « Mon amour ». Les parapluies de Cherbourg c’est le romantisme à l’état pur et cette scène en est le parfait exemple tant les sentiments amoureux et tendres transpercent l’écran.

Gwennaëlle Masle

La danse dans le désert dans Priscilla,  folle du désert (1994)

Une scène pour redonner le moral à quiconque aurait eu la malchance de le perdre. Ce fantastique road-trip où trois drags-queens parcourent l’Australie en bus nous amène dans sa deuxième moitié au fin fond du désert. Amenés à passer la nuit à la belle étoile, nos trois héros vont rencontrer des aborigènes sous le signe de la musique. Hugo Weaving, Guy Pearce et Terance Stamp, en tenues extravagantes, vont entamer un numéro sur la chanson culte de Gloria Gaynor : I Will Survive. Il suffit de peu de temps pour que leurs hôtes d’un soir se joignent au spectacle. Et autant dire que les didgeridoo se mêlent avec brio la tube des années 90 dans cette scène délicieuse. Si le long-métrage utilise cette traversée musicale pour dénoncer l’intolérance et la fermeture de certains, elle sait aussi célébrer aussi l’amour, le respect et la folie comme dans cette séquence que l’on adore.

Roberto Garçon

L’épilogue de Happy Feet 2 de George Miller (2011)

Parce que George Miller n’a pas que mis en scène des mecs en cuir se battant pour de l’essence, il nous a aussi offert avec le dyptique Happy Feet, des comédies musicales complètement givrées. Suivant Mumble, un manchot adepte des claquettes, les deux films traitent des thèmes chers à Miller comme la religion, la figure du héros messianique ou encore l’écologie. Le deuxième épisode traite à sa façon d’une apocalypse, montrant la nation des manchots en péril. Pour la sauver il faudra l’alliance de plusieurs peuples, à savoir celles des manchots, des éléphants de mer et des krills. Cette communion atteint son apogée dans le climax du film où tous les animaux se mettent à taper du pied et à reprendre en cœur le tube de Queen et David Bowie, Under Pressure afin de sauver les leurs pris au piège. Le battement en rythme de nageoires sur la glace se transforme en un véritable écho d’espoir et d’harmonie dont la force émotionnelle n’est dépassé que par cette union des chants entre Erik et sa mère Gloria. Une séquence absolument frissonnante où la mise en scène virtuose de Miller, naviguant sur et sous la banquise, annonce déjà les grandes heures de Mad Max Fury Road au travers de visuels saisissants.

Maxime Thiss

La déclaration d’amour dans Moulin Rouge de Baz Luhrmann (2000)

 » My gift is my song and this one’s for you.. » entonne Christian (Ewan McGregor) à Satine (Nicole Kidman) dans une chambre en forme d’éléphant en haut du Moulin Rouge. Tout part d’un malentendu. Satine, courtisane, pense que Christian est un riche investisseur. De son côté, Christian, jeune poète candide, pense qu’il doit la convaincre de son talent. Et c’est sur ce quiproquo que démarre l’une des plus belles scènes de déclaration d’amour du cinéma. Sur des airs d’Elton John donc, l’artiste bohème atteint le cœur de la courtisane qui se joint à lui dans un medley fantastique quelques minutes plus tard. Les Beatles, Phill Collins, Kiss, David Bowie.. Dans un duo passionné, les futurs amants tombent amoureux et expriment tout ce qui définira la complexité de leur relation. La fantaisie de bohème de Christian face à la réalité du travail de Satine.

Roberto Garçon

 

The Dirt de Jeff Tremaine : Heavy Metal Jackass

Si la devise Sex, Drugs and Rock’N’Roll a depuis toujours accompagné les rockstars, aucun groupe n’a aussi bien appliqué ce mode de vie que Mötley Crüe. Après avoir accouché d’un récit ahurissant dans leur bouquin The Dirt, la vie et l’œuvre de la bande de Nikki Sixx se voient désormais transposées à l’écran pour Netflix. L’occasion de revenir sur les frasques du groupe le plus décadent du heavy metal.

Alors que les biopics musicaux sont plus qu’à la mode ces derniers temps, en témoignent le succès retentissant de Bohemian Rhapsody et la sortie prochaine de Rocketman, Netflix a sorti sur sa plateforme la tant attendue adaptation de la sulfureuse biographie du groupe de Glam Metal, Mötley Crüe. Si le long-métrage consacré à Freddy Mercury a soulevé une polémique certaine vis à vis de la véracité des faits rapportés, l’avantage dans l’entreprise menée par Jeff Tremaine est de pouvoir se baser sur un recueil écrit à 4 voix par les membres du groupe aidés du journaliste Neil Strauss. Paru en 2003, The Dirt s’est très vite imposé comme la biographie rock, un témoignage sidérant, retraçant sans concession la carrière fastueuse en hauts et en bas de la bande à Nikki Sixx. Un véritable trésor à anecdotes toutes plus sordides les unes que les autres, montrant le caractère sans limite des quatre individus. Un terreau des plus fertiles donc pour donner lieu à un vrai shoot d’adrénaline rock lors de son passage à l’écran. Sauf que le résultat sera des plus mitigés.

Derrière le nom de Mötley Crüe se cache quatre jeunes californiens voulant révolutionner le Sunset Strip à l’aide d’une musique encore jamais vue à l’époque. Ce sont Nikki Sixx, jeune fugueur rêvant de devenir une rock star à la basse, Tommy Lee grand dadet habile de ses doigts à la batterie, Mick Mars être taciturne souffrant d’une maladie dégénérative des os à la guitare, et Vince Neil blondinet amateur de groupies au chant. Quatre profils différents qui vont cependant s’unir dans la musique et surtout dans les conneries. Car oui le choix de mettre Jeff Tremaine, ex-membre des Jackass à la réalisation de The Dirt est l’évidence même. Mötley Crüe c’est un peu les Originals Jackass, des jeunes énergumènes qui pensent que la vie de rockstar c’est de se shooter avec tout ce qu’ils trouvent, baiser tout ce qui bouge et saccager tout ce qui peut être saccagé. Jeff Tremaine ne va donc pas se faire prier, et dès l’introduction de ses personnages va donner la mesure du long-métrage. Sexe, drogue et rock’n’roll seront bien de la partie.

Avec un rythme aussi rapide que les chansons du Crüe, Tremaine va, après avoir raconté de façon expéditive les prémices du groupe, nous plonger dans son univers si particulier. Dans la première heure, il va alors se contenter d’enquiller certaines des prouesses les plus fameuses de Tommy Lee et ses potes. On aura bien sûr droit au coup classique des pipes sous la table (qui va être utilisé comme running gag) ou encore cette rencontre marquante avec un Ozzy Osbourne urophile au bord de la piscine. Même si cela permet de faire un tour succin de l’extravagance du groupe, on regrette que certains passages marquants du bouquin n’apparaissent pas. On pense particulièrement à cette séquence où Sixx et Lita Ford assistent à des phénomènes surnaturels ou de la tournée avec Iron Maiden, où Sixx ne va pas manquer de s’amuser avec la femme de Dickinson. Le tout est entrecoupé de moments sur scène où les grands tubes du groupe sont balancés à fond les ballons comme l’inoubliable Shout at the Devil ou encore Looks that Kill. Tremaine essaie d’ailleurs tant bien que mal de respecter l’aspect témoignage du livre en offrant à chaque personnage plusieurs moments où ils se permettent de briser le quatrième mur. Malgré tous ces efforts, l’aspect global ressemble bien plus à un collage où tout s’enchaîne de façon hasardeuse qu’à un véritable récit structuré.

C’est d’ailleurs dans les moments phares de la carrière du groupe que cela pêche le plus. La carrière de Mötley Crüe ayant connu des bas très bas, l’intensité émotionnelle est ici retranscrite de façon assez approximative. On pense notamment à l’accident de Vince Neil ou plus encore la tragédie qui touche sa fille qui est traitée par-dessus la jambe alors que le passage  dans le bouquin était proprement bouleversant. Même la prise de conscience de Nikki Sixx après son passage de l’autre côté est abordé de façon tellement rapide qu’il perd en impact. Ne parlons même pas d’un Mick Mars effacé tout au long du film, et dont la maladie si particulière ne servira au final qu’à caractérisé le personnage sans pleinement la développer. Si la première partie du film consistait en un ride des plus énergiques dans le quotidien du Crüe, la deuxième est des plus décevantes et s’avère bien plus classique dans la gestion de la dramaturgie, donnant lieu à une rédemption des plus faciles. Le film offre une espèce de happy ending en omettant certains faits importants comme les condamnations pour violence domestique de Tommy Lee.

Au final malgré une base solide, Jeff Tremaine peine à transcender son récit et a de la chance de pouvoir se reposer sur son histoire hallucinante. Si les différentes performances sont assez disparates, on retiendra notamment Machine Gun Kelly arrivant à donner vie à un Tommy Lee plus idiot que jamais ou Iwan Rheon capable de rendre terrifiante son interprétation de Mick Mars, les deux autres compères Douglas Booth et Daniel Webber restent en deçà. Loin d’être aussi exaltant qu’un Loup de Wall Street, The Dirt aurait certainement gagné à explorer en profondeur ses personnages, plutôt que d’offrir une combinaison de frasques servant à les peindre comme des rockeurs complètement inconscients. Il réussit cependant à y apporter un certain recul, empêchant The Dirt de se transformer en une apologie d’un mode de vie dangereux, mais même cela est fait de façon bien trop expéditive. Le gros problème réside alors en sa durée assez faible (1h40 en ôtant le générique) et un manque de vision d’auteur pour pleinement rendre hommage à cette histoire de rise and fall. The Dirt reste cependant réjouissant à plusieurs moments, offrant une reconstitution assez fidèle du Los Angeles des années 80 et du monde dans lequel gravitait le groupe. Essai pas tout à fait transformé donc, on en profitera plutôt pour se replonger dans le bouquin pour prendre pleinement conscience des exploits du Crüe tout en les remettant dans un contexte de remise en question plus poignant.

The Dirt : Bande-Annonce

The Dirt : Fiche Technique

Réalisateur : Jeff Tremaine
Scénario : Rich Wilkes, d’après le livre The Dirt de Neil Strauss
Interprétation : Douglas Booth, Iwan Rheon, Colson Baker, Daniel Webber, Pete Davidson, David Costabile
Photographie : Toby Oliver
Montage : Melissa Kent
Producteurs : Allen Kovac, Erik Olsen, Julie Yorn, Rick Yorn
Maison de production : 10th Street Production, LBI Entertainment
Durée : 108 min.
Genre : Drame, Biopic
Date de sortie : 22 Mars 2019

États-Unis – 2019

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2.5

« M le Maudit » en DVD/Blu-ray : comment Fritz Lang a apprivoisé le son et le sens

M le Maudit est le premier film parlant de Fritz Lang. C’est aussi son avant-dernier en Allemagne. Il annonce les tueurs en série modernes, mais surtout l’avènement du nazisme, comme son titre initial, Les Assassins sont parmi nous, semble l’attester. Avec un excellent combo Blu-ray/DVD Digipack, Tamasa nous invite à redécouvrir ce chef-d’œuvre du septième art.

L’ouverture de M le maudit est magistrale : une comptine glaciale, la découverte d’une communauté vivant dans la peur d’un tueur en série, une gamine qui tarde à rentrer de l’école. La première apparition du meurtrier donnera au personnage un caractère profondément iconique : son ombre est projetée à la manière des expressionnistes sur un avis de recherche… le concernant. Partant, Fritz Lang va démontrer toute l’étendue de son talent – et s’amuser : omniscient, il livre aux spectateurs des informations qui échappent à la police et à la pègre. Ces deux dernières sont assimilées et confondues dans un même élan, par un savant jeu de montage de sons et d’images. Le réalisateur allemand met les malfrats et les forces de l’ordre aux trousses de son tueur en série, avec des méthodes étrangement similaires, puisqu’il s’agira avant tout de recourir aux mouchards et à la délation. L’ensemble se veut naturellement d’une ironie mordante.

La scène de la traque, centrale, est une merveille de mise en scène. Par le choix des échelles de plan et par la typographie des lieux, Fritz Lang restitue à l’écran l’accablement qui s’abat sur Hans Beckert. Le tueur en série grassouillet et aux yeux globuleux semble soudainement plus apeuré que monstrueux. Ce parti pris n’a rien d’innocent et se verra consacré dans le final du film, où il s’agira de déterminer ce que sont véritablement l’innocence et la culpabilité, mais surtout la part de barbarie inhérente à chaque homme. À la vision de M le Maudit, Joseph Goebbels aurait noté ce commentaire dans son journal : « Fantastique. Pour la peine de mort. Lang sera notre réalisateur, un jour. » Il n’aurait en fait pas pu davantage se méprendre : le film porte en son sein une charge virulente à l’encontre de la peine capitale et de la justice expéditive. Il n’est pire aveugle que celui qui refuse de voir.

De bout en bout, Fritz Lang impressionne. En un tournemain, il saisit et exploite toutes les subtilités du son. Il utilise quelques notes de Peer Gynt sifflotées pour identifier son tueur en série. Il inclut dans son film des contrastes sonores saisissants. La séquence de la traque est elle-même conditionnée par les bruits que s’échangent les hommes de main de la pègre. La ville est quant à elle érigée en personnage à part entière, tandis que les vitrines de ses magasins servent à sursignifier la folie et les désirs de Hans Beckert (la flèche, la spirale tournante, le bonhomme écartant les jambes). En sous-texte, ce sont la société allemande et sa justice émotionnelle qui se voient interrogées avec férocité – mais une extrême justesse.

BONUS – RESTAURATION

Le grain et les contrastes sont homogènes. L’image s’avère plus que satisfaisante et semble respecter les intentions originelles de Fritz Lang. On trouvera par ailleurs en bonus, en plus d’un livret analytique de seize pages, un entretien passionnant avec Faruk Günaltay, d’une durée de 42 minutes, portant essentiellement sur le contexte et la technique du film.

Bande-annonce : M le Maudit 

Synopsis : Une petite ville allemande vit dans l’angoisse : un tueur en série s’en prend aux enfants des environs. La pègre et la police décident de traquer le criminel…

Fiche technique : M le Maudit 

Titre : M le maudit ou M, ton assassin te regarde (version raccourcie de 1960)
Titre original : M, Eine Stadt sucht einen Mörder
Réalisation : Fritz Lang
Scénario : Fritz Lang, Thea von Harbou, Paul Falkenberg, Adolph Jang, Karl Vosh, d’après un article de Egon Jacobson
Musique : Extraits de Peer Gynt d’Edvard Grieg sifflés par Fritz Lang (Air : Dans l’antre du roi de la montagne)
Photographie : Fritz Arno Wagner et Karl Vash
Premier assistant opérateur : Erwin Hillier (non crédité)
Montage : Paul Falkenberg
Décors : Karl Vollbrecht, Emil Hasler
Production : Seymour Nebenzal
Société de production : Nero Filmgesellschaft
Sociétés de distribution : Allemagne, Vereinigte Star-Film GmbH
Pays d’origine :  Allemagne
Langue : allemand
Format : Noir et blanc – 1,20:1 – Mono – 35
Genre : Expressionnisme allemand, drame.
Durée :
117 min. (1  57) (version initiale),
89 min. (1  29) (version de 1960),
111 min. (1  51) (restauration numérique, sortie en 2014)

DÉTAILS DE L’ÉDITION
Référence : 3700697001195
Collections : Blu-ray, Classiques, Coffrets, Prochainement
Genres : cinéma allemand, policier, Thriller
Année d’édition : 2019
Support Combo Blu-ray DVD Digipack
Langues Allemand – sous-titré français
Durée : 1h51
Caractéristiques Allemagne – 1931 – N&B – 1,37 – 1h51 – VOSTF – 16/9 – Version restaurée 2K

Bonus – « M, un chef-d’œuvre visionnaire », par Faruk Günaltay, 43’ :
Une analyse du film et de son contexte
– Livret 16 pages, Analyse de séquence, le principe de l’alternance, une poétique du son, la sérialité…

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5

« Hard Sun » : de l’ambition et des failles

Hard Sun a quelque chose de fascinant : dans son rythme, dans sa représentation sombre d’un Londres pré-apocalyptique, dans l’écheveau d’intrigues patiemment mis en place. Mais c’est aussi la série des actes manqués, puisque la déception se trouve souvent au bout du chemin. Sa parution en DVD/Blu-ray nous offre une occasion de (re)découverte.

Un hacker assassiné à Londres. Une clé USB contenant un dossier confidentiel des services secrets. Deux inspecteurs de police qui organisent, par voie de presse, la divulgation d’informations hautement sensibles. La perspective écrasante de voir le monde s’éteindre dans les cinq ans. Voilà le postulat de départ de Hard Sun. Ces éléments scénaristiques se gonflent d’une ambiance pré-apocalyptique tirée au cordeau, d’une relation ambivalente entre les deux agents stars, Charlie Hicks et Elaine Renko, ainsi que de secrets familiaux prenant leur essor tout au long du show.

Le début de l’épisode 3 dit beaucoup de l’ambiance noire charpentée par Neil Cross. Ce dernier déclare dans les bonus de cette édition Blu-ray vouloir « montrer la ville sous un jour particulier ». La nuit, la pluie, les personnages se rendant au dernier degré de la folie, une capitale londonienne érigée en personnage à part entière : les éléments ne manquent pas pour cristalliser cette ambition.

Les fragilités d’une série ambitieuse

L’ambiance de fin du monde qui pèse sur le récit et conditionne certaines intrigues se révèle cependant à double tranchant : si l’aspect sensitif est plutôt réussi, notamment grâce à la musique et l’iconographie de la série, les rebondissements apparaissent quant à eux assez convenus. Une employée à la sécurité nationale fait pression sur des policiers pour récupérer du matériel informatique compromettant sa mission. Elle ne reculera devant rien pour parvenir à ses fins. On a parfois l’impression de se retrouver devant une version édulcorée du complot à l’œuvre dans Prison Break. C’est dire.

La relation entre les deux inspecteurs principaux est censée constituer un élément cardinal du récit. Elaine Renko est en effet chargée d’enquêter secrètement sur la mort suspecte de l’ancien coéquipier de Charlie Hicks, dans laquelle ce dernier pourrait être impliqué. De quoi faire reposer le nouveau binôme sur des bases duales, où la suspicion (la paranoïa ?) est appelée à tenir le crachoir.

Renko est-elle avant tout une « enquêtrice » ou une « collègue loyale » ? Si l’idée de cette duplicité imposée demeure louable, son développement pèche en revanche à plusieurs égards. L’inspectrice prend (trop) rapidement le parti de son équipier, puis cherchera surtout à préserver son fils – reléguant alors cette question à l’arrière-plan. Dans Hard Sun, les intrigues familiales viennent systématiquement seconder le récit policier et pré-apocalyptique : il en va ainsi des trahisons de Charlie Hicks et des actes criminels de Daniel Renko. Cela aurait dû multiplier les niveaux de lecture et apporter de la densité au récit, mais ça prend en réalité l’apparence d’une bouillie lacunaire.

BONUS

On ne trouvera dans les bonus rien de bien surprenant : une courte interview de Neil Cross, une scène coupée et des entretiens de quelques minutes avec plusieurs comédiens. Des bandes-annonces complètent l’ensemble. Relativement chiche et attendu.

Bande-annonce : Hard Sun

Fiche technique : Hard Sun

Fiche détaillée – Hard Sun (Blu-ray)
Titre : Hard Sun
Date de sortie : 20 mars 2019
Réalisateur(s) : Brian Kirk, Nick Rowland, Richard Senior
Acteurs : Jim Sturgess, Agyness Deyn, Nikki Amuka-Bird, Derek Riddell, Jojo Macari, Varada Sethu, Owain Arthur, Joplin Sibtain, Adrian Rawlins
Genre : Mini-series / Feuilletons, Policier, Drame
Durée : 5h12min
Définition : 1080i
Public : Tous publics
Éditeur : Elephant Films
Distributeur : Sony Pictures Home Entertainment
Format et boîtier : BD-50, BD-50 – Blu-ray
EAN : 3348469311204
Année de production : 2018
Date de sortie en salle : NC
Format audio : DTS HD Master Audio: Français:5.1, Anglais:5.1
Sous-titres : Français
Format vidéo : 1080i – Couleurs – 16:9 Natif
Nombre de disque(s) : 2
Zone(s) : A, B, C

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2.5

Scaramouche, de George Sidney : le masque et l’épée

Après une adaptation bondissante et réjouissante des Trois Mousquetaires, George Sidney signe, avec Scaramouche, un des fleurons du cinéma de cape et d’épée hollywoodien.

Le nom de Rafael Sabatini est sans doute bien oublié de nos jours, et pourtant il n’est pas inconnu du cinéphile amateur de classiques hollywoodiens. En effet, les romans de l’écrivain italien ont donné quelques uns des plus beaux films de cape et d’épée, entre autres sous la direction de Michael Curtiz (Capitaine Blood et L’Aigle des mers, tous deux avec Errol Flynn). Comme ces deux titres précédents, Scaramouche avait déjà bénéficié d’une adaptation à l’époque du muet, réalisée en 1923 par Rex Ingram, mais c’est bel et bien la version de George Sidney qui restera dans l’histoire (à noter, pour l’anecdote, qu’un acteur a joué dans les deux adaptations : Lewis Stone, qui tient le rôle du méchant dans la version muette, et qui se retrouve dans le rôle du père de Philippe dans la version de George Sidney).

Un grand divertissement

Scaramouche marque l’apogée du film de cape et d’épée hollywoodien, et il est parfaitement représentatif des productions de la MGM de ce début d’années 50 : des films de divertissement colorés et mouvementés, au rythme soutenu, et fourmillant de célébrités. Et nous sommes ici en plein dans une production typique de la MGM. Le Technicolor est remarquablement employé et met en valeur toute une palette de couleurs, que ce soit dans les costumes ou les décors, signés du génial Cedric Gibbons. Stewart Granger venait de se rendre célèbre en incarnant l’aventurier Allan Quatermain dans Les Mines du roi Salomon, de Compton Bennett. Face à lui, Mel Ferrer, danseur de formation, est remarquable de sournoiserie, avec son sourire méprisant et son charisme démoniaque.

L’histoire de Scaramouche n’est pas sans rappeler celle du Bossu. Dans la France pré-révolutionnaire (mais la France vue par Hollywood, ne l’oublions pas : y chercher un quelconque souci de réalisme historique serait une totale perte de temps), le jeune et fougueux Philippe de Valmorin (incarné par Richard Anderson : les anciens se souviendront de son rôle dans les séries L’Homme qui valait trois milliards et Super Jaimie), aristocrate pétri d’idées républicaines, se fait tuer par le marquis de Maynes, favori de la reine et maître dans l’art de manier l’épée. Ami de Philippe, André Moreau jure de le venger. En attendant, il se dissimule dans une troupe de théâtre et obtient du succès sous le masque de Scaramouche.

Cette histoire permet de rendre un hommage appuyé au milieu des comédiens ambulants. Les scènes de représentations théâtrales sont nombreuses, franchement drôles, et permettent de rythmer le film en instaurant une alternance entre action dramatique et humour scénique.

Car l’humour est très présent tout au long du film. Outre les scènes théâtrales, il se retrouve aussi dans les dialogues, toujours vifs et bien écrits.

Le théâtre et son double

Si l’action s’invite sur la scène théâtrale, il est intéressant de constater aussi que les procédés du théâtre s’appliquent dans l’action du film. Ainsi, chaque personnage joue un rôle : Maynes cache sa noirceur sous les attraits de la noblesse et de la courtoisie la plus fine ; Aline de Gavrillac joue les ingénues alors qu’elle est loin d’être innocente ; et Moreau se cache sous le masque d’un acteur. Les costumes jouent un rôle capital dans le film : ils masquent ou révèlent les personnages.

Mais le plus intéressant, c’est de voir comment la réalisation de George Sidney découpe des cadres qui sont autant de scènes ou d’écrans où se déroule l’action. Les portes, les fenêtres, les murs ou les piliers délimitent un espace qui agit comme une scène de théâtre (voir par exemple comment est montré le duel entre Philippe et Maynes, au second plan et à travers l’encadrement d’une porte, comme si nous assistions à un spectacle ; de même pour les duels de Moreau devenu député). Ainsi, au lieu d’agir dans la vie politique (qui est le domaine de l’aristocratie, donc du marquis), c’est l’acteur Moreau qui entraîne Maynes dans son univers, celui du théâtre. Les éléments théâtraux envahissent le monde.

Un duel légendaire

Le procédé atteint son point culminant lors du légendaire duel final, un des plus connus et des plus longs du cinéma : sept minutes sans la moindre pause. Et ce duel se déroule dans un théâtre, dans les rangs des spectateurs, sur scène et dans les coulisses (dans cet ordre). Dans son mouvement, ce duel permet d’aller derrière le décor, au sens propre : le décor tombe, les masques tombent, et le duel prépare au dévoilement de la vérité.

Alors que George Sidney a la réputation d’être un réalisateur de second ordre, force est de constater qu’avec Scaramouche il frappe fort. Réalisé après une adaptation remarquable des Trois Mousquetaires (avec un Gene Kelly bondissant en D’Artagnan), il fait preuve ici d’un art consommé de la mise en scène. Cadrages, emploi du Technicolor, façon magnifique de filmer les combats et surtout sens du rythme à toute épreuve, il déploie toutes les qualités nécessaires pour faire de Scaramouche un modèle du genre, un des plus grands films de cape et d’épée du cinéma hollywoodien.

Synopsis : dans la France pré-révolutionnaire circule un fascicule républicain signé par un certain Marcus Brutus. Favori de la reine, le marquis de Maynes enquête pour découvrir l’identité de l’auteur républicain. Il découvre qu’il s’agit d’un jeune et fougueux aristocrate, Philippe de Valmorin.

Scaramouche : Bande annonce

Scaramouche : fiche technique

Réalisation : George Sidney
Scénario : Ronald Millar et George froeschel, d’après le roman de Rafael Sabatini
Interprètes : Stewart Granger (André Moreau, Scaramouche), Mel Ferrer (Noël, marquis de Maynes), Elelanor Parker (Lenore), Janet Leigh (Aline de Gavrillac), Richard Anderson (Philippe de Valmorin)
Photographie : Charles Rosher
Montage : James E. Newcom
Musique : Victor Young
Producteur : Carey Wilson
Société de production : Metro-Goldwyn-Mayer
Société de distribution : Metro-Goldwyn-Mayer
Genre : aventure
Durée : 115 minutes
Date de sortie en France : 9 décembre 1952

États-Unis – 1952

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5

Bloody Sunday #3 – Horrors of Malformed Men de Teruo Ishii

Pour ce troisième volet de Bloody Sunday, restons un peu en Asie, et dirigeons-nous vers le pays du Soleil Levant. L’empire nippon n’a en effet jamais rechigné à offrir à ses spectateurs bon nombre de perversions, quitte à en faire même un mouvement artistique et littéraire dénommé « ero guro nansensu ». C’est justement ce qui va nous intéresser aujourd’hui au travers d’un film méconnu du grand cinéaste Teruo Ishii, Horrors of Malformed Men.

Le sexe a toujours eu une place importante dans la culture nippone. Si on distingue encore aujourd’hui une certaine propension à la censure des parties pubiennes qu’elles soient mâles ou femelles, l’imagerie érotique est présente depuis plusieurs siècles. On pense évidemment aux shunga, des estampes mettant en scène l’acte sexuel. Ces estampes ont eu une forte notoriété sous l’ère Edo (XVIIème au XIXème siècle). On y retrouvait des dessins explicites d’hommes et de femmes se livrant à des pratiques sexuelles, les illustrateurs n’hésitant à aucun moment à représenter les pénis ou les vulves des protagonistes. Les shunga faisaient partie intégrante de la culture japonaise, appréciées par tous les sexes et par tous les âges (adultes évidemment), étant même parfois offerte en cadeau de mariage aux jeunes femmes.  Cependant les shunga ne mettaient pas seulement à l’honneur des humains, mais aussi des animaux, comme en témoigne l’estampe très connue signé Hokusai, Le Rêve de la femme du pêcheur, préfigurant l’érotisme à base de tentacules, devenu aujourd’hui indissociable du Hentai (la bande-dessinée ou l’anime pornographique). Ce dernier a su s’exporter jusqu’en occident, et donner naissance à certaines œuvres devenus cultes dans le milieu cinématographique comme Urotsukidoji.  À côté des shunga se situent les muzan-e, produites elles aussi pendant la fastueuse ère Edo. Ici ce n’est plus le sexe qui est dessiné mais des actes de violences barbares. On y retrouve alors de multiples scènes de tortures. Tous ces éléments marquent le point de départ de l’ero guro.

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C’est au début des années 1930 alors que la Japon entre dans une ère à la pression économique importante que va se développer ce qu’on appelle l’ero guro nansensu, tiré de l’anglais erotic grotesque nonsense. La dénomination de ce mouvement suffit amplement à comprendre de quoi il va s’agir, à savoir de l’imagerie porno couplée à du grotesque, du macabre ou du gore. La combinaison des deux univers issus des shunga et des muzan-e donne donc lieu à des scènes particulièrement déstabilisantes (en témoigne ce dessin d’un homme performant un oculolinctus sur une jeune fille se faisant arracher le visage par Suehiro Maruo) Si l’ero guro a joué un rôle important dans le manga, avec notamment des figures comme Junji Ito (dont l’excellent manga Spirale est un véritable concentré de cauchemars mis sur papier), Shintaro Kago (brisant le 4ème mur dans Fraction) ou Suehiro Maruo (connu pour avoir remis au goût du jour les muzan-e), la paternité de ce genre est souvent attribuée à l’un des grands romanciers nippons du XXème siècle, Edogawa Rampo. Derrière ce pseudonyme rendant indubitablement hommage à Edgar Allan Poe, se trouve Taro Hirai, un écrivain adepte de roman à mystères mettant en scène un détective du nom de Kogoro Akechi. Cependant à côté de ces histoires d’enquêtes, Edogawa Rampo dispose également d’un penchant pour l’étrange, et nombre de ses œuvres vont influencer les artistes du mouvement ero guro. On y trouve par exemple La Chenille qui sera adapté en manga par Suehiro Maruo, ou encore l’Île Panorama racontant l’histoire d’un homme usurpant l’identité d’un de ses camarades morts pour construire un gigantesque parc d’attraction sur une île. Une œuvre dont on reparlera et qui a elle aussi été portée au format manga par Suehiro Maruo.ero-guro-suehro-maruo

Le 7ème art n’est évidemment pas en reste, et l’influence de Edogawa Rampo et du ero guro sera également notable. Plusieurs écrits ont été adaptés par des figures plus ou moins connues du cinéma japonais, on pense par exemple à Shinya Tsukamoto qui adapte l’histoire Les Jumeaux avec son Gemini, ou Hasayasu Sato, figure majeure du pinku eiga qui délivre avec Rampo Noir, une anthologie autour de plusieurs œuvres de Rampo. Même Barbet Schroeder se lancera dans l’adaptation de Rampo avec Inju : La bête dans l’ombre. Mais s’il fallait retenir deux œuvres qui auront su retranscrire toute la force de l’imaginaire de Rampo, ça serait La Bête Aveugle de Yasuzo Masumura contant l’histoire d’un sculpteur aveugle séquestrant une jeune femme pour en faire son modèle et développant une relation qui va très vite basculer dans le sadomasochisme, et Horrors of Malformed Men de Teruo Ishii, sortis tous deux en 1969, année érotique comme on dit. Derrière le nom de Teruo Ishii se cache une des figures importantes du studio de la Toei pour laquelle il va réaliser de nombreux pinku eiga à tendance ero guro mettant souvent à l’honneur la torture, comme le très célèbre L’Enfer des tortures. Comme beaucoup de cinéastes du genre, Ishii a été grandement influencé par les livres de Edogawa Rampo, et il était donc normal de le voir se frotter un jour à une adaptation de son œuvre.

Difficile de choisir parmi la myriade d’œuvres toutes plus dérangeantes les unes que les autres laquelle aura l’honneur d’une transposition sur grand écran. C’est pour ça qu’avec Horrors of Malformed Men, la Toei et Ishii vont s’amuser à donner naissance à un medley de l’œuvre de Rampo. Bien sûr, l’une d’elle ressort plus que les autres, il s’agit de cette fameuse Île Panorama. Pour son film, Ishii en reprend les grandes lignes, tout en lui donnant une atmosphère encore plus malsaine. Horrors of Malformed Men suit le docteur Hirosuke Hitomi qui se retrouve piégé dans un asile psychiatrique et qui est hanté par les images d’une île inconnue. Alors qu’il est en cavale après avoir assassiné un homme pour pouvoir s’enfuir de sa prison, Hitomi découvre qu’un membre d’une riche famille vient de mourir et qu’il s’avère être son portrait craché. L’occasion rêvée pour Hitomi de subtiliser son identité et de vivre sous les traits de Genzaburo Komoda. On retrouve donc dans le film de Ishii l’amorce de l’Île Panorama, à la différence que dans Horrors of Malformed Men, l’île va être bien plus étrange encore que celle de l’œuvre de Rampo. Alors que Hitomi essaie tant bien que mal de ne pas se faire gauler pour vol d’identité, il découvre que l’île qui peuple ses souvenirs est celle où s’est reclus le père de Genzaburo pour bâtir un monde féerique. Décidé à tirer les choses au clair, Hitomi débarque sur l’île en compagnie de ses serviteurs.

Bien que la première partie du film fît déjà entrevoir plusieurs éléments macabres comme l’usurpation d’identité d’un mort ou plusieurs meurtres, c’est véritablement une fois que l’on a atteint l’île que l’ero guro prend tout son sens. Rien que la première image que le spectateur reçoit de cette île lui confère une aura à la fois mystique et funèbre, celle d’un homme à la longue chevelure dansant de façon chamanique sur les falaises balayées par le fracas des vagues. Cet homme aux doigts palmés, Jogoro, est le maître des lieux et père de Genzaburo. Mais cela n’est rien comparé à la flopée de bizarreries qui peuplent cette étrange île. Offrant un lieu de refuge aux personnes difformes, l’île de Jogoro est un véritable freak show. Visages déformés, bossus et autres siamois s’adonnent sur l’île à toutes sortes de rituels et d’orgies en compagnie de jeune nymphes peinturlurées qu’ils s’amusent à torturer. Les visions offertes par Teruo Ishii donnent lieu à un véritable concentré d’ero guro dans toute sa splendeur. Le cinéaste ne va pas s’arrêter en si bon chemin, continuant à creuser de plus en plus profond dans les différentes perversions avec des viols ou même des relations incestueuses. Bien que le film ne soit pas si gore que ça, même si la séquence de séparation des siamois fait son petit effet, il respire un climat des plus malsains.

Comme l’annonce le sous-titre japonais « Une collection d’Edogawa Rampo », Teruo Ishii insère au fur et à mesure du récit plusieurs éléments issus d’autres écrits du romancier. On peut penser notamment à ce passage repris de La Chaise Humaine, où un homme a créé une chaise particulière lui permettant de se glisser à l’intérieur pour peloter les femmes s’asseyant dessus. Un élément repris avec un sofa dans le film de Teruo Ishii. L’autre gros apport est celui de la présence du personnage de détective qui, tel un Hercule Poirot et aidé de bon nombre de flashbacks pendant lesquels Ishii va expérimenter plusieurs gammes chromatiques, va lever le voile sur toute cette sombre histoire peuplée d’agressions sexuelles et de machinations politiques. Avec Horrors of Malformed Men, Teruo Ishii donne à l’ero guro ses lettres de noblesses, offrant un film des plus perturbants et à l’imagerie très graphique. Bien qu’inconnu en France, le film est une des œuvres marquantes de la filmographie de Ishii, un cinéaste protéiforme officiant surtout dans le cinéma de genre et qui sera surnommé dans son pays, Le roi du Culte.

Horrors of Malformed Men – Bande Annonce

Horrors of Malformed Men – Fiche Technique

Réalisation : Teruo Ishii
Scénario : Teruo Ishii et Masahiro Kakefuda, basé sur l’oeuvre d’Edogawa Rampo
Interprétation : Teruo Yoshida, Yukie Kagawa, Teruko Yumi, Mitsuko Aoi, Minoru Oki
Photographie : Shigeru Akatsuka
Musique : Masao Yagi
Montage : Tadao Kanda
Société de production : Toei
Genre : Horreur
Durée : 99 minutes
Date de sortie : 31 octobre 1969

Japon – 1969

 

L’homme qui a surpris tout le monde : un beau film tout aussi inattendu

L’homme qui a surpris tout le monde de Natalya Merkulova et Aleksey Chupov fait une arrivée discrète dans nos salles ; le film est pourtant riche, très bien mis en scène, et nous permet d’entrevoir des travers de la Russie d’aujourd’hui, mais aussi sa beauté.

Synopsis : Aux confins la Taïga sibérienne, Egor, garde forestier, est un bon père de famille et un bon mari, respecté par ces quelques concitoyens. Lui et sa femme Natalia attendent un deuxième enfant. Quand Egor découvre qu’il est atteint d’une maladie incurable, il va tenter de tromper la mort… au risque de surprendre tout le monde.

Ma vie en rouge

Ce « petit » film russe a tout d’un grand. Installé timidement et sans grand fracas sur nos écrans, L’Homme qui a surpris tout le monde, le film du couple formé par Natalya Merkulova et Aleksey Chupov, est un bijou à mille facettes. S’appuyant sur l’idée d’une comptine populaire (un canard se transforme en cane en se roulant dans la boue, pour tromper la mort), les réalisateurs imaginent l’histoire d’ Egor (Evgeniy Tsyganov), un homme en phase terminale d’une maladie qui se transforme en femme pour échapper à sa mort certaine.

Egor est un garde-chasse tout ce qu’il y a de plus viril : dès la première séquence, il abat sans état d’âme deux braconniers qu’il a pris en flagrant délit, certes en invoquant la légitime défense. Mais c’est un homme doux également, qui réchauffe entre ses mains avec beaucoup de patience et de tendresse les oreilles gelées de sa femme  Natalya (lumineuse Natalya Kudryashova), et qui pense acheter une douceur ou une autre à sa petite famille sur son chemin de retour du travail. Toute cette première partie du film, très bien construite grâce un montage subtil, s’attache à montrer Egor au sein de sa famille et de son village éloigné au milieu de la taïga sibérienne. Une vie simple et heureuse, malgré une réalité sociale difficile : les villages aux abords de la forêt sont très pauvres. Egor, bon époux, bon père, cache à sa famille que suite à une maladie incurable, le docteur lui annonce une espérance de vie de deux mois , « je ne vous ai pas dit pour deux mois, mais pour environ deux mois », comme le médecin le lui assène froidement. Et la pauvreté est telle que lorsque la famille et le village finissent par découvrir la vérité, et qu’Egor consent enfin à se soigner, il n’a même pas de quoi se payer un spécialiste moscovite de passage.

C’est ainsi qu’il finit par consulter la chamane du coin, une sorte de Baba Yaga plutôt bienveillante, et que celle-ci lui chante le conte du canard qui s’est déguisé en cane. Egor, d’une dignité et d’un courage sans faille jusque-là, s’inspire alors de ce conte pour conjurer quand même le sort, pour se mettre quand même à espérer, et sans un mot d’explication, car il est bien connu que les vœux ne se divulguent pas, à son tour il se déguise en femme. Le film bascule alors dans tout à fait autre chose, à savoir l’homophobie extrême que l’on rencontre dans le pays. Un extrémisme inimaginable, et pourtant une réalité vivace de la Russie. Ce mutisme du personnage est l’artifice qui  permet aux réalisateurs de L’Homme qui a surpris tout le monde d’introduire de biais le sujet de l’homosexualité, un débat qui dépasse les tabous et qui tombe dans l’illégalité. Les réactions sont édifiantes, depuis celle de Natalya, une femme très aimante mais si peu éclairée, jusqu’à celles des villageois et des amis. Les coups, les insultes, les agressions sexuelles, rien ne manque, et la violence est inouïe, presque caricaturale. Et pourtant, tout a été testé auprès des figurants qui ne sont pas des professionnels : tout est crédible, seules les réactions jugées réalistes ont en effet été gardées ici par Natalya Merkulova et Aleksey Chupov.

Au bout d’un moment de cette dénonciation dont l’empilement des exactions ne semble jamais répétitif, car les réalisateurs en embrassent les conséquences de différentes manières (sur le fils, sur l’épouse, et sur Egor bien évidemment), le film, protéiforme mais jamais désuni, se présente de nouveau sous une autre forme. Egor finit par quitter le village pour vivre au fond de la forêt. Le récit devient encore plus intime, et se concentre sur la manière dont Egor fait petit à petit corps avec la nature. Son mode de vie solitaire dans la taïga, à sa pauvre et indécrottable robe rouge près, fait immédiatement penser au personnage joué par Vincent Gallo dans Essential Killing, le saisissant film de Jerzy Skolimowski . Pas aussi radical, ni aussi sensoriel, ni même, soyons honnête, aussi beau, le film montre cependant la même détermination d’un personnage en quête de sa survie. Quand le personnage de Vincent Gallo fuyait l’hyper puissance américaine, Egor se cache de l’omnipotence de la Mort. Quand le personnage de Vincent Gallo se nourrissait de fourmis, Egor se contente de presser la mousse givrée contre ses lèvres, tel un Christ agonisant recevant la posca dans les récits bibliques de la Passion. Car c’est une véritable souffrance, mêlée à une détermination incroyable que cet homme silencieux au visage si doux va subir, comme prix à payer pour rester en vie, faire partie des vivants, du futur, de la vie d’un enfant à naître, de l’amour qui reste à donner et à recevoir.

Incroyable de richesse versatile, L’Homme qui a surpris tout le monde est un film précieux qui reconnecte avec  les fondamentaux de la vie. En faisant un détour plus que salutaire par la dénonciation ferme de l’homophobie en Russie, un pays qui a promulgué une loi contre la « propagande de relations sexuelles non traditionnelles auprès des mineurs », Natalya Merkulova et Aleksey Chupov adressent également un beau message d’amour, résumé par la très belle avant-dernière séquence de leur métrage, une réponse magnifique à toutes les intolérances. Voilà encore un film que l’on déplore de voir confiné dans un nombre ridiculement réduit de salles obscures…

L’homme qui a surpris tout le monde – Bande annonce

L’homme qui a surpris tout le monde – Fiche Technique

Titre original : Chelovek, kotoryy udivil vsekh
Réalisateurs : Aleksey Chupov, Natalya Merkulova
Scénario : Aleksey Chupov, Natalya Merkulova
Interprétation : Evgeniy Tsyganov (Egor), Natalya Kudryashova (Natalya), Yuriy Kuznetsov (Le Grand-père), Aleksey Filimonov (Stepka), Pavel Maykov (Zakhar), Igor Savochkin (Fedor), Maksim Vitorgan (Le Professeur), Elena Voronchikhina (la chamane)
Photographie : Mart Taniel
Montage : Vadim Krasnitsky
Productrice :Katia Filippova
Maison de production : Pan Atlantic Studio
Distribution (France) : JHR Films
Récompenses : nombreuses, dont prix de la meilleur actrice au Festival de Venise et meilleur film, meilleur acteur, meilleure actrice au Festival du Film russe de Honfleur
Durée : 105 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 20 Mars 2019
Russie, France, Estonie – 2018

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Mon Meilleur Ami, drame léger en Patagonie

Les doutes qui planent, les visages qui se cherchent et les regards qui vaguent, le cinéma sait parfois mieux suggérer que montrer. Dans Mon Meilleur ami, que ce soit la construction du film ou les acteurs eux mêmes, il en ressort de très belles scènes lorsque l’ambiance flotte sur les deux protagonistes alors que lorsqu’elles sont plus frontales, le film perd en intensité. Retour sur le premier film de Martin Deus.

Synopsis : Lorenzo est un adolescent agréable et studieux qui vit dans une petite ville de Patagonie. Un jour son père décide d’accueillir sous leur toit Caíto, un jeune garçon frondeur et mystérieux. D’abord méfiant, Lorenzo va peu à peu se rapprocher de Caíto sans soupçonner les conséquences de cette nouvelle amitié… mais Caíto a un secret.

Mon meilleur ami est un film à l’image de son personnage principal, discret, introverti, il dit les choses sans trop oser les imposer. Pour son premier long métrage en solitaire, Martin Deus fait souffrir son oeuvre des faiblesses d’une direction d’acteurs trop légère. En matière d’émotion, le jeu des deux jeunes acteurs est trop novice pour totalement toucher. On croit peu aux moments de tensions et de ruptures entre les deux ados, qui n’apparaissent pas graduellement mais subitement et sonnent alors assez faux. Pourtant, ils restent tous deux très naturels dans leur relation, leurs mouvements et leur manière de faire vivre les personnages notamment à travers la relation avec la mère. On découvre parfois un Angelo Mutti Spinetta qui rappelle Timothée Chalamet dans Call Me By Your Name, et pour cause, c’est avec une grande innocence qu’il s’approprie son personnage et qui plus est, le thème du film ramène à certains sujets très liés à celui de Guadagnino, dont on n’en saura pas vraiment plus durant toute la projection. L’adolescence, thème souvent traité par le cinéaste précédemment, est agréablement bien mise en valeur dans ses questionnements, ses zones floues et ses rencontres parfois incertaines, malgré un ensemble trop en surface qui ne permet pas totalement de saisir le sujet à pleine main.

La caméra, elle, s’en saisit dignement et avec un très bel œil qu’il est important de souligner. Si dans ses collaborations antérieures, le réalisateur argentin s’attardait plutôt sur le jeu et son comparse sur l’aspect technique, il a très bien su ici rattraper ses quelques failles et poser un regard délicat sur ses personnages. La caméra saisit les premiers rapprochements physiques, un doigt qui effleure une ecchymose, une main qui saisit l’autre, et offre des plans d’une grande tendresse qui prouvent bien que parfois des gestes suffisent à offrir l’émotion au cinéma. Lorsque le jeu ou le ton n’est pas toujours juste alors ce que disent les corps et les images valent mieux que toutes les phrases. Dans les moments loin de l’inimité et de la relation de nos deux ados, le réalisateur parvient encore une fois à offrir de jolies émotions à travers une lumière choisie avec précision et des plans sur la Patagonie, que l’on aurait pu espérer meilleurs cependant. L’image a le côté assez lisse des teen movie à l’américaine et enlève un peu de chaleur et de grain à l’histoire qui se déroule sous nos yeux mais reste pour le moins remplie de tendresse et de douceur.

Trouver l’équilibre entre un ado qui a besoin de règles et celui qui a besoin de folie offre de beaux moments de connexion, souvent suggérée, très peu dite, mais où les regards et l’amour qui se dégagent des deux êtres sont captivants. Comme si à chaque regard échangé, les mots fusaient sans qu’ils aient besoin de se les dire, et ces moments suspendus sont de vrais instants délicieux qu’il faut chérir au cinéma. Cette romance avortée ne laissera que des souvenirs forts à ses protagonistes et au public, qui pourra s’exprimer déçu de n’avoir eu qu’une fin de téléfilm où la chanson triste pose le ton lorsque Lorenzo est aperçu seul, avec le fantôme de Caito flottant dans un coin de son esprit.

Mon Meilleur Ami : Bande-Annonce

Mon Meilleur Ami : Fiche Technique

Réalisation : Martin Deus
Interprétation : Angelo Mutti Spinetta, Lautaro Rodríguez, Mariana Anghileri
Société de production : Oh My Gomez! Films, Pensa & Rocca
Producteur(s) : Miguel Ángel Rocca, Pablo Ingercher, Daniel Pensa
Distributeur: Epicentre Films
Durée : 1h30
Genre : Drame
Date de sortie : 27 mars 2019

Le cinéma des Wachowski : synonyme de liberté

Dans une époque où la représentation des minorités prend une nouvelle ampleur dans le cinéma, dans cette même époque où les grandes industries hollywoodiennes se font l’étendard de la tolérance, d’une liberté qui se débarrasse des chaînes du passéisme, de la diversité et qui, dans un sens, tentent de prendre le pouls du réel, les films et leurs pouvoirs prennent alors une dimension toute autre. 

C’est à mettre à l’honneur d’un système qui se sent de plus en plus concerné par les changements sociaux mais aussi, égoïstement et cyniquement, fonctionne par cible. D’un point de vue économique, il doit inévitablement se mettre au diapason d’une communauté de spectateurs grandissante. A l’image de films comme Black Panther ou même Captain Marvel qui matérialisent l’essence même de la nouvelle mission du MCU : construire des œuvres qui détiennent une volonté farouche d’embrasser une communauté chaque jour plus importante et à l’identité plurielle. C’est une chose qui a néanmoins ce mérite de faire naître des souvenirs au plus grand nombre, de ne laisser personne sur le bas côté de la route cinématographique et de créer une identification super héroïque diverse, pour tous. Mais derrière cette couche aux intentions merveilleuses, contenant un symbolisme fluctuant et rassembleur, se pose la question du système et sa bonne conscience toute relative : c’est Xavier Dolan, à travers ses dernières interviews et son film Ma vie avec John F. Donovan par exemple qui s’interrogeait dernièrement sur la véracité idéologique de ce système et sur l’inclusion réelle ou factice des minorités dans la sphère des métiers du cinéma. La représentation a changé, la visibilité aussi, mais la mainmise, la qualité et les décisionnaires de cette même représentation ont-ils réellement changé de visage?  La réponse, pour faire simple, on la connaît sans doute tous, malheureusement. 

Suite à ces questions qui mériteraient un développement bien plus fourni, derrière cette « nouvelle » tolérance palpable mais hypocrite des grandes institutions, le sujet ne s’avère finalement pas autant révolutionnaire qu’on ne peut le penser : le cinéma a déjà vu en son sein d’innombrables films traitant cette inéluctable quête d’identité, qu’elle soit individuelle et/ou communautaire au demeurant. Pourtant, quand on parle de liberté au cinéma, de scruter ce fameux système hollywoodien binaire et capitaliste, quand on commence à débattre sur la puissance des choix de certains personnages dans différents films, quand on imagine un cinéma fait d’influence, de revendication de mœurs, de respect du genre et de multi culturalisme autant sociétal qu’artistique, un nom vient en tête très rapidement : celui des sœurs Wachowski. Et c’est ce qui nous intéressera dans cet article : un duo de réalisatrices qui a marqué une génération, voire même deux à travers leur manière d’appréhender la liberté, l’identité, la définition du soi-même et la symbolique que cela occasionne dans leur cinéma. 

Art, magique et virtuose, qui lui, s’avère d’une sincérité évidente comme nous le démontre l’épisode final de leur série Sense8 qui symbolise l’apothéose identitaire et militant de leur filmographie. Cependant, les sœurs Wachowski n’ont jamais méprisé le médium qu’est le cinéma au profit d’idées symboliques : c’est au contraire grâce au pouvoir du cinéma, à sa technicité et à leur amour du cinéma de genre que les sœurs Wachowski ont toujours matérialisé ce sentiment de liberté avec des œuvres qui, malgré l’abondance de leurs références, ne ressemblent à aucune autre. 

Bound, la première fracture avec le cinéma de genre

Dès leur premier film Bound, les cinéastes mirent en place un univers singulier qui abandonna toute forme de cadre: un environnement qui veut se sortir du piège des règles, autant patriarcale que du genre en lui-même. Ce film est un  polar noir, composé de l’habituelle femme fatale voluptueuse, de ses mafieux indélicats, mais qui voit apparaître l’intrusion originale du rôle de Corky, femme aux traits anguleux et durs mais qui, avec cette protagoniste, se joue des codes inhérents au genre. Rôle qui va permettre de parfumer l’œuvre d’une nouvelle forme et d’une acceptation autre, notamment par le prisme d’une histoire d’amour lesbienne et ce penchant pour un féminisme sous toutes ses coutures, comme en atteste le personnage de Violet, qui sous ses attraits et courbes de femme fatale, n’a de cesse de vouloir se dépêtrer de cette image sexualisée. C’est alors qu’une notion devient le point d’orgue des personnages existants dans les longs métrages des deux sœurs Wachowski: celle d’avoir le choix, le choix de se construire par les actes, mais aussi par sa connexion avec le monde qui l’entoure. Dès le départ, ce qui fait la différence entre les produits marvellisés d’aujourd’hui (sans vouloir tomber dans la critique gratuite) et le cinéma des Wachowski, c’est de comprendre que la bataille communautaire et identitaire ne se gagne pas par la communication ni la profusion d’une bienséance publicitaire mais par son amour du cinéma et son respect du médium. La scène d’amour entre Violet et Corky en est l’exemple même: au delà de l’existence de cette dite scène dans un polar noir, c’est sa beauté graphique, son montage et sa sensualité bienveillante qui rend la scène admirable et pertinente à bien des égards, tant sur la forme que sur le fond. Avec ce premier film, les sœurs Wachowski démontrèrent un talent certain pour le cadrage aux multiples insertions, un amour pour le genre doté de codes et une science minutieuse du montage : heureusement, ce n’était que les prémisses de leur immense univers.  

La trilogie Matrix : le cinéma comme synonyme de liberté et d’inventivité 

Alors que Bound se concentrait sur la domination masculine et se questionnait sur la place de la femme dans le monde tout en modifiant la dimension de l’imagerie féminine dans le cinéma de genre, Matrix et sa trilogie accentuera la genèse de leur dialectique. Pour se définir soi-même, pour être libre dans un univers tolérant et propice à l’épanouissement de chacun, les personnages doivent voir au-delà des apparences et découvrir une part de vérité sous-jacente d’eux mêmes: c’est pour cela qu’il faut sortir de la matrice. Ça sera d’ailleurs le même dispositif dans Sense8 : Nomi, Wolfgang et les autres vont devoir aller au-delà de leur croyance pour s’aventurer dans un univers protéiforme et se déconnecter de ce qu’ils prenaient pour acquis. Cet acquis, c’est la société, binaire, industrielle et froide qui pousse à l’uniformisation, à la déshumanisation et qui devient le contexte politique de Matrix des Wachowski comme pouvait l’être celui de Fight Club de David Fincher. Un décorum grisâtre qui automatise et mécanise la plupart des personnages, à l’image de Thomas Anderson, simple salarié d’entreprise qui deviendra par la suite Néo. Une nouvelle identité, une renaissance humaine qui s’est faite par le biais du choix : le choix de sortir de la voiture où Trinity l’accompagnait pour retrouver sa vie d’avant ou de la suivre jusqu’à Morpheus. Le choix de prendre la pilule rouge ou bleue que lui offrait Morpheus afin de quitter la matrice et les illusions dans lesquelles il baignait depuis des années. De ce fait, les sœurs Wachowski continuent et accentuent cette obsession pour l’identité face à la mutation du monde et l’altérité des sentiments humains : redevenir humain et se réapproprier sa propre personnalité. 

Dans cette optique, pour agencer cette quête existentielle, presque biblique et ses distorsions philosophiques auprès de l’Oracle, les Wachowski vont créer le film SF d’une génération: un film choc, aux multiples références (allant de John Woo, Bruce Lee, à Alice au pays des merveilles…), à l’esthétique faite de cuir autant gothique que cyberpunk, un film à l’action pharaonique où les mouvements de caméra et les combats seront sacralisés par leur aspect iconique et ce fameux « bullet time » que tout le monde connaît. De cette trilogie, les sœurs Wachowski ont assis leur amour pour un cinéma riche, visuel, varié, ludique, multi-culturel et qui fait une part belle au cinéma de genre avec l’objectif de développer une perpétuelle quête de la vibration humaine. Et comme l’avait démontré Bound auparavant, les sœurs Wachowski écartent avec fermeté cette carte narrative traditionnelle de la femme éplorée qui n’attend qu’une seule chose, l’arrivée de son prince charmant. Non, ici, que ce soit Trinity, le capitaine Niobé ou même Perséphone, les femmes sont maîtresses de leur vie, parfois vicieuses ou manipulatrices et sont les seules décisionnaires de leur parcours, quitte à s’abandonner pour des causes qui les dépassent. C’est alors que les liens qui unissent les personnages est la matrice même des Wachowski. Cette liberté que Néo va découvrir, cet amour qu’il va ressentir pour Trinity, cette puissance prophétique qui va s’amorcer en lui-même ne sont pas des choses qui tomberont du ciel. Comme dans Sense8, Cloud Atlas et même Speed Racer, les sœurs Wachowski vont construire des arcs narratifs pour que leurs personnages puissent s’ancrer dans leur vision du réel, apprendre des autres et se connecter à une certaine forme de nature, comme le prouve cette grandiloquente et folle scène de transe collective dans les terres de Zion dans Matrix 2. La liberté individuelle chez les Wachowski ne se transmet que par son rapprochement à l’autre. Le collectif n’est pas là pour faire décroître le libre arbitre et mettre en place des compromis mais est au contraire la possibilité de voir la naissance d’une confiance en soi libératrice : le couple Néo/Trinity de Matrix ou le couple Nomi/Amanita  de Sense8 en sont les parfaits exemples : l’amour de soi et de l’autre vont de pair. Néo, le héros de la trilogie ne serait rien sans Trinity, sans son amour, sa croyance en lui,  sa détermination et sa force. 

Mais les Wachowski ne s’arrêtent pas là: exceptée cette liberté qu’elles immiscent dans le parcours de leurs personnages, elles continuent à mettre cette dite liberté au diapason de leur propre liberté artistique. La trilogie Matrix, notamment au travers de ses deux derniers films, ne fera pas l’unanimité : là où Reloaded complexifiera la quête philosophique de son fils prodigue, Néo, et s’accomplira par le biais de scènes de combats de plus en plus épiques, cultes et gargantuesques, le dernier, Matrix Révolutions quittera petit à petit l’univers très esthétique et baroque de la matrice pour se concentrer sur la Terre humaine de Zion et le rôle sacrificiel de Néo. Alors au sommet d’Hollywood, surtout grâce au succès mondial du premier et du deuxième volets, les sœurs Wachowski auraient pu se servir de leur visibilité et de leur notoriété pour asseoir leur légitimité avec des films de plus grande ampleur : elles feront l’inverse et leur créativité rimera avec expérimentation abstraite. 

Speed Racer, Cloud Atlas, Jupiter Ascending : l’ode à l’expérimentation et la transcendance 

C’est là qu’intervient leur fameux échec au box office (et ce n’est pas le dernier) : Speed Racer, qui est un film Wachowski pur jus avec tout ce que cela contient en terme de thématique (capitalisme, liberté, définition d’un soi, autoritarisme des règles, amour) et de visuel exacerbé (manga, montage épileptique, surimpression, couleur criarde et fluorescente, cadrage magistral). Sauf que d’un coup, on quitte un monde baroque, cyberpunk et adulte pour une épopée dite familiale, amusée, singeant le monde du jeu vidéo (Wipeout Fusion) et  jusqu’au-boutiste dans sa manière de rendre immersive et lisible des scènes de courses endiablées et virevoltantes. Malgré le fiasco du film, tant au niveau du public que de la critique qui fut assassine, la marque des réalisatrices est présente : cette idée de rassemblement un peu naïve dans la genèse d’une création, cette détermination à enfreindre les règles pour s’accomplir, cette connexion entre les êtres et les arts pour faire surgir leurs identités disparates et faire face à une société américaine délavée, grisâtre, consumériste et individualiste. Cependant, Speed Racer, avec le temps commence heureusement à voir s’écrire ses lettres de noblesse et à être défini comme un film culte, et démontre qu’à l’époque les sœurs Wachowski avaient mis en place un véritable tour de force : un film hollywoodien dégénératif, un Blockbuster américain au budget conséquent (plus de 100M) et qui ne mise que sur sa puissance évocatrice de l’expérimentation. Il est rare de voir de nos jours des films avec ce même extrémisme identitaire dans les joutes des grandes productions : à l’exception peut-être de Mad Max Fury Road de George Miller, Gravity d’Alfonso Cuaron ou même Dunkerque de Christopher Nolan. Mais Speed Racer n’était pas qu’un simple coup d’essai isolé et regretté. 

Au contraire, les sœurs Wachowski ne vont pas s’arrêter là et continuer à creuser le sillon de leur identité artistique : celle, qui à l’image de leur personnage, de ne pas se cloisonner dans une zone de confort mais d’additionner les expériences pour enfin atteindre une liberté totale. Cloud Atlas est sans doute l’accomplissement artistique d’une carrière, l’apogée d’une idée créatrice malgré un financement difficile et des recettes maigrelettes : un film monde, « transgenre » d’un point de vue cinématographique, aux multiples univers, qui se voit nourri par toute la filmographie des deux réalisatrices. Aussi ludique par l’universalité de ses thèmes que complexe par sa structure narrative qui demande une certaine gymnastique pour relier de manière constructive les différentes histoires, Cloud Atlas est un bijou de cinéma qui radicalise mais définit de la meilleure des façons l’univers des deux cinéastes. Mais si l’on fait abstraction de le beauté de sa mise en scène, de ce périple iconoclaste à travers les époques et les lieux où l’on saute d’un décor à la Blade Runner à celui de Zodiac, derrière ce sens merveilleux de la tension et du montage, ses indices et l’intelligence de son intrigue, Cloud Atlas est un film qui va plus loin dans leur habituelle logorrhée en amplifiant ce sentiment de déterminisme. 

Un déterminisme qui fait du corps un simple réceptacle, un vaisseau où l’âme erre dans l’espace temps pour apprendre elle même de ses erreurs. En faisant jouer les mêmes acteurs lors des différentes époques, pour que les actes de chacun puissent faire écho et avoir des répercussions sur l’espace temps, les sœurs Wachowski se questionnent une nouvelle fois sur l’identité et le déterminisme de chacun. C’est un film qui voit le passé avoir une incidence particulière sur le futur, et démontre que chacun d’entre nous, par des petits gestes et des actions, peut changer l’Histoire de manière significative. C’est sans doute la première fois que les sœurs Wachowski imbriquaient autant l’infiniment petit à l’infiniment grand, où leur thème de la liberté n’avait jamais pris une puissance aussi vaste. A l’instar de ce moment où Néo voit enfin le réel visage de la matrice, Cloud Atlas amène leur cinéma vers la transcendance. Et cette dernière sera l’épicentre de la dernière œuvre à ce jour des cinéastes : Sense8. On pourrait disserter sur leur dernier film en date, Jupiter Ascending, mais ce space opéra aux scènes d’actions foisonnantes et à la narration un peu bancale regroupe déjà tout l’univers des cinéastes mais accompagne Cloud Atlas dans son envie de recaractériser leur propre définition de l’identité : celle-ci n’est jamais arrêtée, elle est libre et mouvante. Ce qui donne naissance à leur œuvre la plus ancrée dans le réel de notre quotidien : Sense8. 

Sense8 : de la transcendance à la transidentité. 

Dans un monde qui est le nôtre, des individus qui habitent dans des pays et continents différents, de Séoul à Mexico, se voient connectés par leurs pensées, leurs émotions, leurs sens et leurs corps. Chacun peut, de ce fait, intervenir et interagir dans l’univers de chacun à travers le corps de l’autre. Si Sense8 démontre une mise en scène sophistiquée, notamment durant sa saison 2 puis dans l’épisode final, avec une volonté de faire cohabiter les genres (drame, action, humour, film choral), la série est avant pour les Wachowski un moyen de continuer leur étude de caractère de l’identité humaine tout en y insérant un discours plus militant et revendicatif. Sans revenir sur la transidentité des deux cinéastes, chose qui ne nous regarde pas et qui ne concerne qu’elles seules, on ressent toute l’empathie et l’amour des sœurs Wachowski pour leurs personnages. Sense8 est une possibilité pour elles d’ouvrir le médium de la série à des images jamais vues auparavant, à créer des personnages qui sont parfois mis de côté, à travailler avec des acteurs et actrices inconnus, à des mondes dont les différences deviennent une force. Avec un discours qui vise à combattre le racisme et toute forme de discrimination concernant les conditions sociales, les genres ou les orientations sexuelles, les sœurs Wachowski arrivent à créer une œuvre dont beaucoup devraient s’inspirer. Une œuvre, certes un peu naïve et d’une bienveillance contagieuse, mais qui n’a jamais froid aux yeux pour dévoiler des scènes d’orgie, qui donne une réelle visibilité aux minorités (qui n’en sont plus dans cette œuvre) et combat des idéaux par le prisme du cinéma ou de la série. Avec Sense8, on retrouve chez les Wachowski l’habituelle lutte des oppressés, cette ambition de toujours s’absoudre des règles, et magnifier la liberté et les conséquences des choix qui font ce que nous sommes. Mais surtout: il est très rare de voir une série où l’amour entre personnages et entre acteurs/actrices est si forte et visible au premier coup d’œil. Et ça fait du bien, de voir une telle union, une osmose qui n’est pas orchestrée par l’aspect marketing.  Un projet qui unifie autant l’humain que la création. C’était le but ultime des sœurs Wachowski. 

 

« Viva Cinecittà ! » : douze visages du cinéma italien

Viva Cinecittà ! Ce titre porte en lui une double indication. Sur l’objet d’étude de Philippe d’Hugues, mais aussi sur sa passion consommée pour le cinéma italien. Celle-ci, scrupuleusement restituée, se fond dans douze portraits-fleuves : Alessandro Blasetti, Mario Soldati, Vittorio De Sica, Roberto Rossellini, Luchino Visconti, Federico Fellini, Michelangelo Antonioni, Pier Paolo Pasolini, Vittorio Cottafavi, Luigi Comencini, Francesco Rosi et Ermanno Olmi.

Milan, Turin, Gênes, Rome. Le cinéma italien a longtemps connu plusieurs pôles d’activité importants, se disputant une primauté fuyante. Le premier apogée de l’industrie transalpine eut lieu en 1915 et coïncida avec des métrages tels que Christus et Jérusalem délivrée. Il fut néanmoins de brève durée, puisque tous les studios sortirent exsangues de la Première guerre mondiale. Une morosité qui se prolongea jusqu’à la fin des années 1920. La loi de 1931 prévoyant de taxer les films étrangers et d’octroyer des aides aux productions italiennes leur permit toutefois de se relever. Tout comme le fascisme, qui saisit (tardivement) l’importance du septième art : de 12 films en 1930, on culmina à 119 en 1942, tandis que Vittorio Mussolini, le fils du Duce, fonda la célèbre revue Cinema en 1936.

Chantier-phare du fascisme italien, inauguré en 1937 par Benito Mussolini en personne, le complexe romain Cinecittà, également appelé « Hollywood sur Tibre », comporta « plus de soixante hectares, des dizaines d’édifices, plus de vingt studios de tournage ». C’est sous l’occupation allemande que la France vit le cinéma italien prendre le pas sur Hollywood. Philippe d’Hugues, historien du cinéma et ancien conseiller scientifique au CNC, rappelle que deux écoles s’affrontèrent pendant et après la Seconde guerre mondiale : le néoréalisme (déjà) encouragé par les tenants du fascisme et le calligraphisme des opposants antifascistes, un « cinéma ultra-formaliste esthétisant », dont Mario Soldati et Renato Castellani furent d’éminents ambassadeurs.

Alors que Cinecittà devint un temps un camp de réfugiés sous la férule des Alliés, les affaires repartirent après la Seconde guerre mondiale – notamment parce que les bases étaient bien en place et que les règlements de compte politiques demeuraient rares. Le néoréalisme s’imposa alors au monde, même s’il préexistait à la reconstruction du pays. Puis vint ce que l’historien Jean Gili appelle « l’âge d’or du cinéma italien », c’est-à-dire les années 1960 et 1970, pouvant se prévaloir d’une production comprise entre 200 et 300 films par an. Les années 1980 et le berlusconisme télévisuel, diffusant partout en Italie plusieurs milliers de films par semaine, sonna toutefois le glas de cette période faste : cinémas dépeuplés et fermés, audience descendant à moins de cent millions de spectateurs par an, production largement amputée. Bientôt, Fellini adressera à Cinecittà un adieu douloureux, à l’occasion d’Intervista, sorti en 1986.

Le cinéma italien en douze portraits

Ces quelques éléments historiques remémorés, Philippe d’Hugues peut se lancer dans le corps du texte : douze portraits étoffés, éclairés à la lumière du contexte sociopolitique, explicitant avec passion tant les cinéastes que leurs œuvres et singularités.

Que penser du communisme et de l’aristocratie présumés de Visconti ? Fellini peut-il se targuer d’être le plus grand cinéaste italien de tous les temps ? Pourquoi son aura a-t-elle fini par être écornée ? En quoi Le Désert rouge de Michelangelo Antonioni s’érige-t-il en précurseur d’une écologie encore balbutiante ? Blow-Up est-il vraiment le chef-d’œuvre du réalisateur ? Qu’est-ce que le néoréalisme doit à Blasetti ? Les mues de son Pinocchio constituent-elles l’un des morceaux de bravoure de Luigi Comencini ? En quoi les films cités sont-ils « les miroirs et les véhicules » d’un « nouveau climat politique » ? Mario Soldati et Pier Paolo Pasolini doivent-ils être considérés comme des écrivains-cinéastes ou des cinéastes-écrivains ? En quoi Pasolini fit-il scandale dans une société italienne conservatrice ? Pourquoi, malgré une Palme d’Or à Cannes en 1978, Ermanno Olmi reste-t-il méconnu ? Dans quelle mesure peut-il se réclamer d’un héritage rossellinien ?

Toutes ces questions, parmi mille autres, irriguent Viva Cinecittà !. Le livre n’est pas seulement une déclaration d’amour à l’endroit du cinéma italien, c’est aussi une précieuse et abondante mine d’informations, dont les éboulements s’expriment en personnages, en intrigues, en contextes, en conditions de tournage et en (r)évolutions techniques… Philippe d’Hugues ne se contente pas de peindre douze visages du cinéma italien, il explore aussi la société dans laquelle ces derniers se sont exprimés et l’industrie qui les a vus naître. Par le truchement de l’emploi d’acteurs non professionnels, par la pénétration des événements sociaux et politiques dans les longs métrages (par exemple de Francesco Rosi), par les formes plurielles de la comédie italienne… C’est tout un versant du cinéma européen, dans son « sanctuaire » romain, que l’auteur décide de mettre à nu, avec plaisir et érudition.

Fiche technique

Auteur : Philippe d’Hugues
Editeur : De Fallois Eds
Date de parution : 13/03/2019
Format : 15cm x 22cm
Poids : 0,3560kg
EAN : 979-1032102169
ISBN : 1032102160
Nombre de pages : 232
Format : 15,50 x 22,50 x 2,00 cm
Poids du produit : 0,35 Kg

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