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Cannes 2019 : Le Festival délaisse l’émotion au profit de l’étrange

Cette édition du Festival de Cannes était pour le moins surprenante et inattendue dans sa composition. Si depuis des années, le Festival a toujours été le premier à prôner la diversité et la richesse de sa sélection, il semble que cette année en soit la meilleure illustration avec beaucoup d’emprunt au cinéma de genre dans les films en compétition ou dans les autres sections.

Plusieurs semaines se sont écoulées depuis la fin de la 72ème édition du Festival de Cannes et cette année, la saveur était particulière et a laissé d’étranges empreintes intrigantes et captivantes qui rendent difficile le retour dans les salles obscures quotidiennes. Ils étaient nombreux à penser qu’avec Inarritu à la tête du jury, le palmarès serait moins politique qu’habituellement. Entouré de cinéastes comme Lanthimos ou Pawlikowski chez qui la forme cinématographique a une marque importante, on s’attendait alors à voir des prix bouleversés davantage par cette quête esthétique que par leur message politique. Et même si le résultat n’est finalement pas ce dont on rêvait, il a su rendre hommage aux initiatives ambitieuses et originales de la Compétition en récompensant des films comme Bacurau ou Atlantique à ce niveau du palmarès (respectivement Prix du Jury et Grand Prix).

Le Festival s’était déjà ouvert avec un curieux film de Jarmush qui s’amusait clairement du genre zombiesque et donnait le ton de cette édition aux éclaboussures de genre. Mais ce qui ressort dès les premiers jours de festival, c’est une émotion en deçà, au profit d’une forme en pleine ascension qui ose tout au cinéma. Avec des films comme Les misérables ou Bacurau, l’énergie collective des films et les processus mis en place pour les capter prenaient l’avantage sur le ressenti personnel du spectateur devant de telles propositions. Les Misérables offre avec sa scène finale l’un des tours de force du festival mais sera finalement assez vite oublié au profit d’autres ambitions visuelles ayant nourri les festivaliers. Bacurau offre alors, sur le même principe, quelques esclaffades visuelles et scénaristiques, où le sang, comme ce sera souvent le cas durant ce Festival, procure moins d’horreur que de jubilation. Des meurtres comiques et jouissifs, Cannes en a vu cette année. De Quentin Dupieux avec Le Daim à Diao Yinan et Le Lac aux oies sauvagesle Festival a offert sa dose de moments fatals et pourtant, très souvent, c’est par le prisme de l’absurde et du cocasse qu’ils ont été abordés. Faire dériver la mort sur la pente du comique, mélanger les genres et les tons ont été parmi les éléments centraux de cette édition.

De cette idée, le meilleur exemple en reste la Palme d’Or évidemment, Parasite, qui a su briller par son alternance formidable de registre. Mais d’autres films le rejoignent comme le Grand Prix du Festival, Atlantique. Cependant, dans cet amusement de la forme et du genre, il ressort des films moyens où l’on peut reconnaitre l’ambition et la réussite esthétique mais qui laisseront le public frustré de n’avoir rien ressenti. Souvent, à la sortie des salles, les festivaliers échangent un regard en se disant « Oui, c’était bien. », parce que techniquement, on n’y trouve pas forcément de défaut, on passe un bon moment, on est parfois diverti, parfois effleuré par quelques émotions, parfois épaté mais jamais vraiment renversé, à quelques exceptions près. En donnant la primauté au goût du risque des cinéastes, le Festival en a souvent oublié de toucher par ses films. Évidemment, certains s’en réjouiront après le pathos reproché à Yomeddine, Capharnaüm ou encore Les filles du soleil l’an dernier. Mais d’autres, en désaccord avec ce ressenti, resteront alors sur leur faim par les propositions faites cette année. Mais cette 72ème édition a tout de même livré ses grands moments de bouleversements avec notamment Une Vie Cachée et Portrait de la jeune fille en feu, et quelques autres exceptions importantes à souligner mais sur le grand nombre de films sélectionnés toutes sections confondues, il n’en ressort que quelques titres marquants par les émotions qu’ils provoquaient. Il faut dire que quand le festival s’aventure dans le cœur du spectateur, il y va franchement et laisse les festivaliers totalement troublé.

Le cinéma est souvent un savant mélange entre la forme et l’émotion; pour épater autant qu’émouvoir, un film doit avoir un bel équilibre. Certains films ont alors réussi ce pari durant le 72ème édition du Festival de Cannes tandis que d’autres devenaient trop hermétiques à cause du parti pris visuel. Le spectateur doit autant vibrer avec ses yeux qu’avec son cœur. Ceci dit, lorsque le cœur y était, les émotions étaient si fortes qu’heureusement que les films à cette intensité se faisaient assez rares. On regrettera quand même de ne pas avoir été un peu plus bousculés, mais on retiendra ces grands moments de cinéma, d’émotion et de beauté et l’ambition d’un Festival de se détacher du carcan habituel, d’innover et d’offrir une voie aux propositions originales. C’était peut être finalement là la force de cette sélection, endormir les émotions par des films très bons dans leur différence pour les réveiller lors de grands coups d’éclats. Quoi qu’il en soit, le cru 2019 fût assez impressionnant.

Interview : Les femmes s’animent et s’emparent d’Annecy 2019

Nous avons interviewé Corinne Kouper, présidente du collectif « Les femmes s’animent », présent au festival d’Annecy 2019. Un entretien où il est question de stéréotypes, de propositions concrètes et de cinéma, bien entendu.

Le Mag du Ciné : Comment est née l’association « Les femmes s’animent » ?

Corinne Kouper : L’association est née en 2015, suite à ma prise de conscience de la non-parité dans nos studios et la découverte grâce à Lenora Hume (Membre du comité consultatif de Women in Animation, et représentante de TeamTO à Los Angeles) du travail de l’association Women in Animation qui se développe depuis plus de 20 ans aux Etats Unis.

Qui la compose ? Est-ce seulement un combat de femmes ?

L’association se compose de professionnelles essentiellement, quelques étudiantes, quelques hommes et plusieurs sociétés du secteur. Oui, c’est un combat de femmes, mais qui est fort heureusement soutenu par des hommes également. Les tables rondes que nous organisons nous permettent de nous rendre compte qu’ils sont intéressés et nous suivent.

Quelle est la part de femmes présente dans l’animation aujourd’hui en France ?

Elle varie selon les métiers. Bien sûr les métiers de gestion de production sont très féminins. Hélas, les autres métiers sont bien mal représentés.

Les chiffres montrent que les femmes réalisatrices de courts-métrages sont nombreuses (ce qui veut bien dire que les talents ne sont pas loin), pour autant les films de long métrage sont rarement confiés aux femmes.

75%   Chargées de production, 15%   Chef animatrices, 39%   Réalisatrices de courts métrages entre 2009 et 2016 (172 courts sur 441 produits), 6% Réalisatrices des longs entre 2003 et 2017 (10 films sur 154 produits)

Et par rapport au cinéma en prises réelles ?

L’évolution semble un peu plus rapide dans le cinéma en prises de vues réelles en France ( ce qui semble différent aux Etats Unis). Les films d’animation sont chers du fait du nombre de techniciens dans les équipes, et les durées de production.

D’après vous, quels sont encore les freins au développement de la place des femmes dans cette industrie ?

Après avoir regardé les chiffres et dressé les constats, nous pensons que les freins sont multiples : les stéréotypes inconscients, le manque de confiance de certaines femmes en elles-mêmes, le manque d’exposition des talents femmes, le manque de confiance de certains hommes aux commandes.

Comment les combattre concrètement ?

Nous mettons en place des stratégies multiples. Les actions de mentorat, les ateliers, sont parmi les stratégies que nous abordons au sein des Femmes S’Animent. Une avancée majeure cette année, non pas une démarche de quota mais une bonification adoptée par le CNC :  le bonus parité pour le cinéma d’Animation qui a été mis en place par le CNC au 1er janvier 2019. Il est entré dans le champ de cette mesure en faveur de la parité, en même temps que la fiction (et grâce à communication simultanée du CNC avec 5050 en 2020 & LFA ). L’extension de ce bonus parité à la télévision est le prochain objectif.

Il serait essentiel de travailler sur l’éducation des enfants (filles et garçons) dès l’école dans la mise en valeur à égalité des filles et des garçons, combattre les préjugés pour une société plus inclusive.

Mais pour les jeunes femmes qui sortent des écoles d’animation en ce moment, comment éviter qu’elles ne s’éloignent de leur but ? elles suivent les formations, et ensuite on ne les retrouve pas sur le marché du travail.

Nous pensons que des mentorats spécifiques devraient être organisés pour elles, de façon à les aider à accéder à ces postes qui visiblement ne s’offrent pas à elles.

Dans l’animation aujourd’hui, comment se porte la représentation des personnages féminins à l’écran ?

La représentation des personnages féminins en animation est globalement un sujet en nette évolution, et on se doit de reconnaître que les anglo-saxons ont montré la voie vers plus de diversité d’une manière générale. Il est intéressant de voir que les projets actuellement en développement à travers le monde se posent très en amont la question non seulement de la parité des personnages représentés à l’écran, mais également d’une plus grande diversité des histoires, à l’encontre des stéréotypes de genre.

Quelle est votre action au festival d’Annecy ? Est-ce un festival égalitaire, ou du moins a-t-il mis en place des leviers pour le devenir ?

C’est un Festival qui se place en ardent promoteur de la cause des femmes puisqu’il a signé en 2016 la charte pour la parité des femmes dans les jurys. Annecy soutien l’organisation des Rencontres internationales des Femmes dans l’Animation pour la troisième année cette année. Ces rencontres sont organisées conjointement par Women In Animation, l’organisation américaine, et LFA.

LFA sponsorise le concert de clôture des Rencontres avec la musicienne électro engagée pour la cause des femmes, Léonie Pernet. LFA organise en outre, tous les matins du Festival, des petits déjeuners /tables rondes visant à mettre en avant le travail dans l’animation des femmes présentes à Annecy. Chaque matin mettant le focus sur un aspect différent, tel que la place des Femmes au Japon, les femmes réalisatrices en compétition… LFA participe à l’organisation d’une table ronde avec le CNC et Causette intitulée « Quid des Garçons » qui discutera de la place des personnages masculins dans ce nouvel environnement plus paritaire en devenir.

L’action en faveur de la place des femmes se développe un peu partout, mais est-elle réellement efficace ? N’y a-t-il pas un effet « trop plein » ? On le voit à Cannes, il suffit que 3 réalisatrices soient nommées en compétition officielle pour que le débat cesse alors que la question est loin d’être réglée …

Je crois que l’on peut dire sans la moindre hésitation que l’action récente en faveur des femmes est très efficace. Le simple effet de la prise de conscience est énorme et c’est un préalable à une évolution des pratiques vers une plus grande parité. Ainsi, par exemple, de nombreux studios ont commencé à se poser les bonnes questions et ont rapidement pris conscience que même les plus favorables à la cause étaient loin d’appliquer la parité au sein de leurs équipes. Le débat est sur la place publique, et peut sembler lassant, mais c’est au quotidien, dans les studios, chez les producteurs, au sein des équipes que le changement s’opère.

Enfin, avez-vous un coup de cœur présenté à Annecy à nous faire partager ?

Nous sommes particulièrement émues de recevoir Eléa Gobbé-Mévellec à notre petit déjeuner à l’espace détente. Elle a participé à l’un de nos petits déjeuners ici il y a deux ans. Depuis lors, son film (Les hirondelles de Kaboul qu’elle a co-réalisé avec Zabou Breitman) été sélectionné à Cannes et à Annecy. C’est assez remarquable pour une jeune femme de son âge.

La Montagne Jaune, duel autour d’une mine en DVD et Blu-ray

Les éditions ESC nous proposent un western de série B inédit en France à ce jour, La Montagne Jaune, qui ravira sans doute les amateurs de westerns…

La Montagne jaune possède à la fois tous les charmes et toutes les limites d’un western de série B des années 50. Il s’agit d’un film sans star (le seul acteur connu, John McIntire, est un habitué des seconds rôles dans des westerns essentiellement), d’une durée réduite (75 minutes), réalisé avec une certaine efficacité, mais sans la moindre originalité ni personnalité. Jesse Hibbs, le réalisateur, a signé une douzaine de films, des westerns en grande partie, puis a terminé sa carrière avec la série culte Rawhide (avec le jeune Clint Eastwood).

Le film souffre clairement de ce statut de série B : l’acteur principal n’est pas un génie, le scénario est d’un grand classicisme.

Cependant, cela n’empêche pas le film d’être plaisant si l’on aime les westerns. Pour les plus anciens d’entre nous, cette Montagne Jaune pourrait évoquer les films diffusés dans l’émission La Dernière Séance d’Eddy Mitchell. Nous avons d’abord le Technicolor qui fait appel à notre nostalgie des productions des années 50. Puis, il y a ce décor, cette ville de prospecteurs, avec les rues boueuses et poussiéreuses dans lesquelles on se bat pour un oui ou pour un non.

D’ailleurs, on se bat souvent dans ce film. L’amitié virile qui unit les deux protagonistes masculins du film, Andy Martin et Pete Menlo, se fait à grands coups de poing dans la figure. Dès la scène d’ouverture, les deux personnages se retrouvent en se tapant dessus, et cela deviendra un running gag plutôt efficace tout au long du film. Le ton est donné : nous sommes dans un film qui n’est pas d’une grande finesse mais qui est finalement plutôt agréable.

Dans ce cadre, le film va développer le conflit entre deux propriétaires de mines d’or, Menlo et Bannon. Pour obtenir le plus de concessions possibles, tous les coups sont permis, légalement d’abord, mais la tension monte vite entre les deux hommes. Cette tension est symbolisée par le conflit entre les deux hommes de main, Drake et Martin, qui se menacent de façon de plus en plus explicite.

Sur ce canevas, La Montagne jaune va nous proposer tout ce que l’on attend d’un western classique : course-poursuite, fusillades, ruée vers l’or, méchant propriétaire terrien, histoire d’amour, saloon enfumé et duel dans la rue comme point d’orgue.

Compléments de programme

A ce film resté inédit en France jusqu’à présent vont s’ajouter deux compléments de programme.

Le premier, le plus intéressant, est un entretien avec Noël Simsolo, historien du cinéma, qui fait une présentation passionnée et érudite de la firme Universal en général et de ses westerns en particulier.

Le second entretien donne un certain recul par rapport au Nevada et permet d’inscrire le film dans l’histoire de l’État.

En bref, un film qui ravira les amateurs de westerns qui pourront y retrouver une ambiance et des thèmes classiques mais efficaces.

Caractéristiques du DVD/Blu-ray

Nouveau Master Haute Définition
USA / 1954
Durée : dvd : 78 mn – Blu-ray : 82 mn
Couleur (Technicolor)
Image : 1.37
Langues : anglaise
Son : mono  2.0
Sous-titres : français

Compléments de programme

« Jesse Hibbs et les westerns Universal », entretien avec Noël Simsolo (32 minutes)
«  Prospecteurs et joueurs du Nevada », entretien avec IAC (6 minutes)

Barry, saison 2 : la merveille de Bill Hader

Après une première saison des plus prometteuses, Barry tient la dragée haute avec une saison 2 au-delà des espérances. Bill Hader s’affirme autant comme brillant auteur que grand acteur. On a déjà hâte de voir la suite.  

LA VIE D’APRÈS

On avait quitté Barry Berkman dans le pétrin. Après avoir assassiné l’agent du FBI Moss (aussi compagne de Gene Cousineau) pour protéger sa véritable identité, l’antihéros raccroche le pistolet… et vend des vêtements. Le tout en continuant à suivre les cours d’un Gene (Henry Winkler) dévasté par la perte de sa douce. L’heure est à la reconstruction, à une nouvelle vie. Mais malheureusement pour l’ami Barry, on n’échappe pas si facilement à son passé…

BREAKING BARRY

Dès les prémices de la saison 1, Bill Hader apportait à son Barry ce qui faisait le sel de Breaking Bad. Ce soupçon de référence permettait de jouer avec son anti-héros avec l’attachement que l’on porte au personnage, apprivoiser ses forces et ses faiblesses. En somme, créer une forte empathie pour en accentuer les ressorts dramatiques. Barry est une sorte de miroir à Breaking Bad. Mais le rapport est inversé. Barry (Bill Hader) ne se transforme pas mais fuit un passé injecté de sang et de larmes.

Et tout comme la série de Vince Gilligan, tout se joue dans le mensonge, les non-dits et la dissimulation. Tous les personnages passent par là. De Sally (Sarah Goldberg) qui change son histoire personnelle pour son spectacle, à Hank (Anthony Carrigan) et son business étrange avec la pègre bolivienne en passant par Fuches (l’excellent Stephen Root), véritable Juda de Barry.

La série use habilement de ces faux-semblants pour amener le spectateur vers le plus savoureux des adultères : celui des twists, des cliffhangers en pagaille, des multiples effets de surprise, de la folie des personnages et de la moralité questionnée.

La deuxième saison garde tous les atouts de la première, à savoir son humour noir mordant, sa manière de jouer avec la déstabilisation de nos attentes et une irrémédiable bascule vers la tragédie. Elle est entièrement construite sur des arcs narratifs tragiques. Et comme les plus belles tragédies grecques, ce second acte propose une vision plus sombre et ô combien pessimiste, laissant la fenêtre d’espoir se refermer violemment dans la tronche de ses protagonistes. L’étau se resserre inlassablement et les destinées s’embrasent violemment. Ça pleure, ça se crispe, ça frôle la mort. Les actes sont lourds de conséquences et plus personne n’est à l’abri.

Une construction narrative puissante qui n’empêche pas à Bill Hader et Alec Berg de s’octroyer des moments de grâces, puissamment jubilatoires, en puisant minutieusement dans le cinéma de genre.

https://www.youtube.com/watch?v=ir1_hjemxNA

FAIS PAS GENRE BARRY

Barry peut s’appuyer constamment sur la maîtrise de son cadre, de sa mise en scène et la solidité constante de son écriture. L’épisode 5 ronny/lily en est le parfait exemple. Une sorte de perfection hors du temps et qui constitue l’un des meilleurs épisodes de séries de ses dernières années.

Étrangeté quasi-fantastique, un sens du burlesque délicieux, mécanique comique implacable et un bijou d’écriture doublé d’une mise en scène au cordeau. Une autre dimension. Un épisode qui réunit tout l’attrait de ce produit HBO. Constamment, Bill Hader va puiser partout pour donner une réelle singularité à son bébé. Véritable atout de la série, l’auteur-acteur brille autant devant que derrière la caméra. Il confirme un talent d’acteur saisissant, capable de faire rire et d’émouvoir avec la même intensité, tout en alternance et rupture de ton. Une partition intense et incarnée.

Bill Hader s’affirme aussi comme brillant auteur avec un sens de l’écriture et de la mise en scène toujours remarquable, repoussant toujours ses propres limites pour proposer un show fin et intelligent, rafraîchissant et brillant et dont la conclusion, d’une froide violence, laisse présager le pire pour ses personnages et le meilleur pour nous spectateur.

Barry
Créée par Bill Hader et Alec Berg
Distributeur : HBO
Genre : comédie, drame
Format : 30 min
Nombre d’épisode: 8

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4

L’aventurier du Texas, de Budd Boetticher : cool lonesome cow-boy

De  1956 à 1960, le réalisateur américain Budd Boetticher et l’acteur Randolph Scott réalisent ensemble les sept westerns dits du cycle Ranown (du nom de la société de production). Sidonis Calysta ressort dans sa collection « les Westerns de légende », le 4ème de la série, Buchanan rides alone : un film atypique où humour et personnages détonnants se côtoient.

Le cow-boy par excellence

Quel acteur représente le mieux la figure du cow-boy solitaire que Randolph Scott ? Longtemps utilisé par André de Toth, il engage avec Budd Boetticher une collaboration qui verra la réalisation d’une petite dizaine d’excellents westerns. De fait, on retrouve dans L’Aventurier du Texas, qui fait suite à L’Homme de l’Arizona et surtout Sept hommes à abattre, un Scotty on ne peut plus à l’aise. Après avoir servi comme mercenaire dans la révolution mexicaine, Tom Buchanan est sur le chemin du retour (and a long way from home) avec 2000 dollars en poche. De quoi donner le sourire à notre aventurier texan. Force tranquille et détachement, telles sont les qualités du héros boettichien, sorte de Lucky Luke viril et flegmatique que Randolph Scott incarne si bien. C’est décontracté et sourire aux lèvres, qu’on le voit arriver dans la petite ville d’Agry Town.

Des seconds rôles excellents

Mais en débarquant dans cette grosse bourgade c’est en quelque sorte dans un nid de serpents qu’il pose ses éperons. Il faut dire que la ville tient son appellation d’une redoutable fratrie qui y détient tous les pouvoirs : Lew Agry en est le shérif, Amos Agry l’hôtelier et Simon le juge. Trois frères qui vont en faire baver des ronds de chapeau à Buchanan et un pistolero auquel il est venu en aide. Mais les héros ne sont pas la principale attraction du film, la vedette leur étant volée par les méchants, ces trois frères à la malhonnêteté chevillée à la ceinture. La palme de l’implication revenant à l’acteur Peter Withney (Amos Agry l’hôtelier) dont la silhouette pataude et la bouille d’ahuri ne manquent jamais de faire sourire à chaque apparition.

Un scénario un peu léger mais plaisant

De fait, L’Aventurier du Texas est un film particulièrement drôle. Lorsque les frères Agry rivalisent de perfidie et de cupidité ou encore lors de cette fameuse scène de l’enterrement dans l’arbre avec prière à la limite du surréalisme. Le déroulé du film lui-même enchaîne les rebondissements mais au prix de certaines invraisemblances. C’est peut-être le reproche principal que l’on peut faire à ce bon western de série B, l’absence de rigueur dans l’écriture et dans les dialogues, celle-là même qui faisait merveille lorsque le scénariste Burt Kennedy était aux manettes. Pour autant, ce modeste western à l’humour détonant reste très plaisant à suivre et constitue une curiosité tout à fait recommandable.

Synopsis : Tom Buchanan (Randolph Scott), un mercenaire ayant participé à la révolution mexicaine, décide maintenant de retourner dans son Texas natal pour s’y fixer. A la frontière californienne, il s’arrête dans la petite ville d’Agry dont il se rend vite compte qu’elle est sous la coupe de la famille du même nom. Pour avoir pris la défense de Juan (Manuel Rojas), un Mexicain venant de commettre un meurtre sur la personne du fils du juge Agry, Tom est arrêté, dépouillé de son argent et jeté en prison : les habitants comptent bien le lyncher dès le lendemain en compagnie de l’assassin. 

Bande Annonce : L’Aventurier du Texas 

Caractéristique de cette édition Sidonis Calysta prestige sous fourreau

COMBO DVD – BLU-RAY
Format combo dvd /Blu ray  (prix public : 19,99€)

UN GRAND MOMENT DU FILM B

SORTIE US 1ER AOÛT 1958
Image et son restaurés
DURÉE : 78 MN • TECHNICOLOR • FORMAT : 1:85 • 16/9
VERSION : VF / VOST FRANÇAIS • MONO • CHAPITRAGE
BONUS : • Présentation par Bertrand Tavernier et Patrick Brion

Sortant du cadre habituel de la collaboration Boetticher/Scott (Comanche Station, La chevauchée de la vengeance), le personnage de Randolph Scott, bien que cavalier solitaire, n’est pas le taciturne personnage en quête de vengeance et de rédemption. Confronté, non à lui-même mais à la vindicte d’une famille de notables, Scott est lui-même promis à la potence. Boetticher dresse là un récit
dramatique sobre et équilibré, ponctué de poursuites et de rebondissements qui apportent à cette oeuvre non dénuée d’humour une tension particulière.

Fiche technique :

Titre original : Buchanan Rides Alone
Titre français : L’Aventurier du Texas
Réalisation : Budd Boetticher
Avec Randolph Scott, Craig Stevens…
Scénario : Charles Lang Jr d’après le roman The Name’s Buchana
Société de production : Producers-Actors Corporation
Société de distribution : Columbia Pictures
Pays d’origine:  Etats-Unis
Langue originale : Anglais
Genre : Western
Durée : 78 minutes

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3.5

X-Men Dark Phoenix ou le timide chant du cygne des mutants

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2

Après le douloureux X-Men Apocalypse en 2016, on aurait pu croire que la saga des célèbres mutants initiée sous la houlette de Bryan Singer en 2000 était finie et prête à se faire avaler par la récente fusion entre la Fox et Disney. C’était sans compter sur la tête pensante de la saga, Simon Kinberg, qui livre avec X-Men Dark Phoenix, un opus sensé clore officiellement l’aventure de nos mutants préférés. Une gageure qu’il ne réussit que timidement voire pas du tout (c’est selon…), la faute à un désintérêt majeur du casting et de l’histoire mise en scène. 

Car cette fois-ci, point de nemesis ultime à abattre, pas de Oscar Isaac grimé en bleu ou de Tyrion Lannister avec une pornstache des 70’s, mais bien un ennemi au sein même de la fratrie des X-Men : Jean Grey. Soit tout le credo du tant décrié X-Men 3 sorti en 2006, non ? Tout juste. La mutante rouquine est en effet de tous les plans dans ce Dark Phoenix qui entend montrer comment la télépathe, jeune protégée de Charles-Xavier, va passer de mutante un brin bizarre à l’une des entités les plus puissantes de l’univers. Un glow-up totalement assumé par le film, qui à l’instar de ses pairs super-héroïques va malheureusement peu dévier du cahier des charges : avec la constance d’un horloger suisse, on assistera ainsi à la naissance de la menace, la division de notre famille mutante et enfin un gros climax gonflé aux CGI confrontant ces mêmes mutants à ladite menace. Là où on pourra néanmoins trouver un intérêt, c’est dans sa propension à embrasser pleinement le postulat dramatique de son histoire tout en confiant le gros de l’écran à une « espèce » souvent reléguée au second plan dès lors qu’on parle de blockbuster : les femmes. 

Future is Female. 

Car à l’image de sa « méchante » campée par la talentueuse Jessica Chastain, et de ses héroïnes Jean Grey (Sophie Turner), Mystique (Jennifer Lawrence) ou même Tornade (Alexandra Shipp), Dark Phoenix brille ou tout du moins surprend par la place qu’il accorde à ses femmes. Alors bien sûr, rien de bien nouveau sous le soleil et pas de quoi attendre un puissant plaidoyer féministe mâtiné de relents super-héroïque. Non, tout juste pourra-t-on s’attendre à voir les personnages féminins prendre toute la couverture et notamment Jean Grey dont le combat interne a vite fait de fasciner le néo-réalisateur Simon Kinberg. En ce sens, prioriser les sentiments exacerbés de la jeune femme, montrer de plain-pied son incompréhension, ses dilemmes moraux, sa résistance (futile) à la chimère qui la dévore de l’intérieur est quelque peu inédit. On multiplie ainsi les gros plans, les scènes posées, les silences et on se surprend, au milieu de la soupe qu’est d’habitude un divertissement super-héroïque, à guetter les scènes où la fine équipe des mutants réfléchit davantage qu’elle n’agit. Et c’est un peu ça que le film cherche à dépeindre. Après déjà 3 opus ayant vite fait de montrer la puissance de feu de nos mutants, il est ainsi plaisant de les voir mesurer le poids de leurs actions ; entre l’uber optimisme d’un Charles Xavier qui n’hésite pas à jeter son équipe en pâture aux humains, une Mystique consciente des risques et qui désapprouve les desseins mêmes du groupe auquel elle appartient ou un Fauve qui a accepté son statut de membre au point de sacrifier sa propre personne. Cela donne à l’ensemble un certain gravitas, plutôt bienvenue d’ailleurs puisqu’il a le mérite de pleinement justifier les rares scènes d’actions du métrage, entre une intro spatiale plutôt bien fichue et un climax ferroviaire qui brille par son intensité. Mais derrière le concert de louanges que l’on adresse volontiers au ton déployé par le métrage, on pourra pas nier qu’il y a un hic. Et pas des moindres. 

Une conclusion plutôt désincarnée.

Ce hic, c’est le massif désintérêt véhiculé par l’histoire. Déjà contée en 2006 par l’infâme X-Men 3, l’avènement du Phoenix n’a ainsi plus rien dans ses manches pour emporter l’adhésion si ce n’est son ton dramatique qu’il use parfois ad nauseam. Ainsi, on a beau greffer une antagoniste campée par la non moins recommandable Jessica Chastain, on sait éperdument que ça ne sera qu’une vulgaire péripétie et non un point de scénario majeur. De la même façon, les interactions entre certains personnages semblent tellement forcées qu’on a l’impression de voir des comédiens devant respecter un juteux contrat hollywoodien et pas des personnages mus par une volonté de sauver la planète. C’est d’ailleurs ce côté forcé ou anti-spontané qui nuit le plus au film puisque couplé à la prévisibilité de ce qu’il met en scène, le spectateur a vite fait de ne plus se sentir investi émotionnellement parlant. On assiste ainsi à une série de scènes, au demeurant bien troussées mais qui parfois manquent de tension, d’investissement, de malice, de noblesse pourra-t-on même dire, lesquelles une fois compilées donnent cette chose. Et à la longue, on se surprend à voir une oeuvre dénuée d’enjeux propres et surtout de vision. Cela peut s’expliquer par le fait qu’il s’agit de la première mouture du réalisateur Simon Kinberg qui a peut-être été animé par la volonté de clore l’histoire de ses personnages plutôt que d’imposer son travail comme une réflexion sur la différence, telle que l’avait fait en son temps Bryan Singer avec son X-Men des années 2000. Une volonté honorable loin s’en faut, mais qui appose sur le film une impression d’opus intermédiaire et pas de conclusion finale à l’ensemble, tant en plus d’être expédié, son final illustre toutes les incohérences de cette quadrilogie bâtie en marge de celle d’il y a 20 ans. Dès lors, entre les incohérences narratives, visuelles et celles inhérentes à la saga, ce Dark Phoenix s’assume comme un divertissement peut-être bien troussé oui, mais dont l’ajout à la saga a vite fait de plonger celle-ci dans les limbes du bon goût d’Hollywood. Si bien qu’à la fin, passée la déception de se dire que l’on verra plus la paire Fassbender/McAvoy, on est presque soulagé de se dire que cette saga si bien partie ne pourra plus, ou tout du moins jusqu’à un énième reboot, être perturbée par les désiratas des studios soucieux d’exploiter le filon jusqu’à la dernière goutte. Vous l’aurez compris, pour l’originalité, on repassera. Pour l’investissement personnel, autant faire une croix dessus également. Mais pour ce qui est du divertissement, ça serait être de mauvaise foi de ne pas concéder que ce Dark Phoenix, aussi pétri de mauvaises intentions soit-il, réussit à assumer son postulat récréatif le temps de quelques scènes bien sympa. Mais bon, pour un opus sensé clore une saga matricielle du divertissement des années 2000, c’est peu. Bien trop peu…

Autant dramatique qu’il n’est désincarné, autant bien troussé qu’il est dispensable, X-Men Dark Phoenix semble être constamment entre deux feux, tiraillé entre une histoire et une volonté de conclure. Cela a vite fait de donner à l’ensemble un coté étrange, qui malheureusement le restera, la faute à un manque d’investissement et de vision transformant le tout en banal récréation super-héroique. So long les X-Men…

Bande-annonce : X-Men Dark Phoenix

Synopsis : Dans cet ultime volet, les X-Men affrontent leur ennemi le plus puissant, Jean Grey, l’une des leurs. Au cours d’une mission de sauvetage dans l’espace, Jean Grey frôle la mort, frappée par une mystérieuse force cosmique. De retour sur Terre, cette force la rend non seulement infiniment plus puissante, mais aussi beaucoup plus instable. En lutte contre elle-même, Jean Grey déchaîne ses pouvoirs, incapable de les comprendre ou de les maîtriser. Devenue incontrôlable et dangereuse pour ses proches, elle défait peu à peu les liens qui unissent les X-Men.

X-Men Dark Phoenix : Fiche Technique

Titre original : Dark Phoenix
Réalisation : Simon Kinberg
Casting : James McAvoy, Michael Fassbender, Jennifer Lawrence, Sophie Turner, Jessica Chastain, Tye Sheridan, Evan Peters, Nicholas Hoult, Alexandra Shipp, Kodi Smit-McPhee,
Scénario : Simon Kinberg,
Direction artistique : Michele Laliberte
Costumes : Daniel Orlandi
Décors : Claude Paré
Photographie : Mauro Fiore
Montage : Lee Smith
Musique : Hans Zimmer
Production : Simon Kinberg, Hutch Parker, Lauren Shuler Donner et Bryan Singer
Producteurs associés : Daniel Auclair et Kathleen McGill
Producteurs délégués : Todd Hallowell, Stan Lee et Josh McLaglen
Sociétés de production : 20th Century Fox, TSG Entertainment, Bad Hat Harry Productions, Marvel et The Donners’ Company
Société de distribution : Walt Disney Studios Distribution
Durée : 114 minutes

Etats-Unis – 2019

L’autre continent : Un film très attachant de l’autre Cogitore

L’autre Continent de Romain Cogitore est le film d’un cinéaste photographe, et ça se voit. Une photo de toute beauté qui sert une histoire très émouvante qui est portée par l’amour mais qui interroge d’autre thématiques importantes tournant autour de l’identité.

Synopsis : Maria a 30 ans, elle est impatiente, frondeuse, et experte en néerlandais. Olivier a le même âge, il est lent, timide et parle quatorze langues. Ils se rencontrent à Taïwan. Et puis soudain, la nouvelle foudroyante. C’est leur histoire. Celle de la force incroyable d’un amour. Et celle de ses confins, où tout se met à lâcher. Sauf Maria.

Un amour infini

La première image du film de Romain Cogitore est un tilt-shift, à la fois une démarche technique, et la métaphore d’un monde qui n’existe pas vraiment. On comprend immédiatement alors que si enchantement il y a, il viendra entre autres de l’image. L’homme sait manipuler sa caméra. La bonne distance, le bon cadrage, les bonnes tonalités. Ses images reflètent assez parfaitement les ambiances de ce deuxième long métrage : L’autre Continent. Mélancolique, onirique et pourtant terriblement réel, le film fait sans cesse de l’équilibrisme sur une crête dangereuse, celle d’un film intimiste qui tout d’un coup pourrait basculer vers le mélo pur et dur.

Le film est riche de plusieurs thématiques, avec peut-être l’identité comme thème central, de plusieurs partis pris aussi. Les deux protagonistes eux-mêmes en effet sont complexes. Olivier, interprété par un Paul Hamy une fois de plus impressionnant, après notamment son inoubliable partition dans l’Ornithologue de João Pedro Rodrigues, est un jeune homme lunaire, qui surfe légèrement sur le spectre autistique, parlant 14 langues, sauf celle du flirt et de la séduction. Maria (pétillante Déborah François), une femme libre et légère, qui part à Taïwan pour pouvoir se consacrer à son roman. Le jour de son départ, elle se fait conduire par sa mère aux quatre coins de la ville pour pouvoir dire, très joyeusement semble-t-il, adieu à ses différents amants. Autant dire que la rencontre entre ces deux êtres, guides touristiques tous les deux pour faire bouillir la marmite, ne pouvait être qu’improbable et sujette à de nombreuses opportunités cinématographiques, drôlatiques pour certaines.

Mais la magie de l’amour a opéré, et toute la première partie du film montre merveilleusement la beauté, la poésie de leurs premières fois, qui sortent ici de l’ordinaire pour prendre un tour délicieux, très attachant, dans chaque séquence. Le soleil éclatant de leur pays d’adoption et les choix photographiques de Cogitore contribuent par ailleurs à cette impression de légèreté, de bonheur ineffable qui flotte dans l’air.

Quand, dans une deuxième partie, le drame arrive, et que les deux amoureux reviennent précipitamment en France, le spectateur est déjà accroché. Olivier est gravement malade, et le film restitue avec beaucoup de force les affres d’une femme amoureuse, jadis le symbole même de la liberté, et qui se trouve emprisonnée par un destin qui la dépasse. Tiraillée entre l’amour puissant qu’elle éprouve pour Olivier et un désir tout aussi vivace de se protéger, de protéger son essence, son écriture, presque son intégrité. Ici encore, le maître mot c’est l’amour, y compris l’amour parental, celui des parents d’Olivier, comme celui de la mère de Maria qui tente de la sortir de cette bulle. Romain Cogitore réussit avec ses thèmes très casse-gueule à garder le sang-froid, et évite les écueils du film tire-larme tout en faisant pleurer.

On ne le sentira plus faible que dans une troisième partie plus molle, peut-être à l’image de ses personnages dont la vie elle-même est devenue une mélasse qui les englue vivants, d’où chacun veut s’extirper, mais où leur relation très forte voudrait les maintenir. Comme eux, le cinéaste semble ne pas trop savoir comment terminer cette histoire qui démarrait très fort. Des redites apparaissent, également quelques incohérences notamment dans le personnage de Paul Hamy, ainsi que dans cette voix off (celle de Déborah François) un peu trop terre-à-terre au regard du reste du film. Mais dans l’ensemble, tout cela n’arrive heureusement pas à diluer l’émotion que les parties précédentes du métrage ont distillée.

L’autre Continent, celui de l’Orient, mais également celui de l’intime (le cœur, la tête, voire les entrailles des personnages), est un film qui montre une adresse certaine chez Romain Cogitore, la même que celle de son grand frère Clément, très remarqué entre autres avec  son Braguino, et avec lequel il collabore régulièrement. Son choix de l’imposant Paul Hamy pour jouer ce personnage fragile et de Déborah François pour interpréter cette détermination sans faille est tout simplement judicieux et gagnant. En rajoutant la magnifique photo de son film, on pense tenir là un cinéaste prometteur et qu’on espère retrouver pour de nouveaux films tout aussi percutants.

L’autre continent – Bande annonce

L’autre continent – Fiche technique

Réalisateur : Romain Cogitore
Scénario : Romain Cogitore
Interprétation : Déborah François (Maria), Paul Hamy (Olivier), Daniel Martin (Jacques), Christiane Millet (Sophie-Charlotte), Vincent Perez (Professeur Deglacière), Aviis Zhong (Professeur Chen), Nanou Garcia (Danouta), Réginal Kudiwu (Florian)
Photographie : Thomas Ozoux
Montage : Romain Cogitore, Florent Vassault
Musique : Mathieu Lamboley
Producteurs : Tom Dercourt, Vincent Wang Co-producteurs : Estela Valdivieso Chen, Sophie Erbs, Hsin-Hung Tsai
Maisons de production : CinémaDefacto, House on fire
Distributeur France : Sophie Dulac Distribution
Budget : EUR 900 000
Durée : 97 min.
Genre : Drame, Romance
Date de sortie : 05 Juin 2019
France – Taïwan – 2018

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4

Le Congrès d’Ari Folman : la numérisation du cinéma

Le Congrès n’est pas la suite de Valse avec Bachir mais en est une belle continuité. Une continuité, parce qu’Ari Folman accentue son introspection mémorielle et la matérialisation des traumas qui peuvent guider les hommes et les femmes à sombrer dans une certaine forme de néant.

Mais alors que Valse avec Bachir était un long métrage d’animation dans son intégralité, Le Congrès contient 30 premières minutes de prises de vue réelles pour ensuite glisser dans l’animation la plus colorée et délurée. Le ton du film est donné dès le premier plan : une actrice, Robin Wright, qui joue son propre rôle, avec le visage face caméra et les larmes qui glissent sur sa joue, regarde inerte son agent lui remémorer tous les mauvais choix qu’elle a pu faire pendant sa carrière. En un seul plan, Le Congrès sent d’emblée l’odeur de fin du monde.

C’est la fin d’une actrice qui, à bientôt 45 ans, n’a presque plus aucune offre qui arrive sur la table. Sa carrière n’en est plus une et elle s’occupe de son fils, gravement malade, qui dans plusieurs années, deviendra aveugle et sourd. Une seule possibilité lui est proposée : celle de se faire scanner et de voir une grosse boite de production utiliser son image, ou autrement dit, ses clones numériques, pour un nombre de blockbusters illimités. Mais pour ce faire, elle doit faire profil bas pendant 20 ans. C’est la fin d’une actrice, mais aussi la fin d’une certaine idée du cinéma, d’un artisanat technique et manuel dont l’aventure humaine se métamorphose dans le résultat d’un agglomérat d’algorithmes et d’effets synthétiques. Les deux sont, dans les 30 premières minutes, à chaque fois jumelées : la consommation d’un nouveau type de cinéma dont les codes déshumanisent la notion même de l’acteur et l’actrice. Les films en question ont besoin de visages, de violence, d’émotions affichées mais n’ont pas besoin d’incarnation. Un clone, un hologramme suffisent amplement à remplir les salles de cinéma : pourtant derrière cette dématérialisation de l’identité, se génère l’intemporalité du métier d’acteur qui retranscrira ad vitam aeternam la jeunesse et la fougue de l’humanité. Sauf que cette intemporalité est synonyme d’aliénation, dissimulant une perte d’altérité évidente et un consumérisme imparable de l’âme. Comme une mort annoncée, à l’image de ces plans où l’on voit Robin Wright marcher dans les couloirs de la production comme si elle allait à l’abattoir.

Cette première partie est d’un brio sans égal : alors que le questionnement sur le cinéma et son avenir aurait pu devenir opaque , réac’ et sentencieux, Ari Folman a cette brillante faculté de construire ce désenchantement à travers le regard inerte de son actrice. Partie qui se finit dans l’émotion la plus palpable avec cette séance de scanner où Harvey Keitel (l’agent) crie son amour et son admiration pour son actrice. Le réalisateur arrive parfaitement à organiser sa pensée par le prisme de l’humain. C’est alors 20 ans plus tard que commence cette deuxième partie, où Robin Wright sera l’invitée d’honneur du Congrès de la société de production, dans un environnement numérisé où le monde entier deviendra un parc géant où chacun se créera un avatar. De ce fait, Le Congrès bascule dans la science fiction et la bizarrerie animée la plus totale : on pense aux traits abstraits de Osamu Tezuka, à la farandole hybride de Satoshi Kon, aux attraits existentialistes de Matrix (la pilule pour la réalité morne et apocalyptique face à l’hallucination divinatoire), et d’un point de vue, de la philosophie, est presque un anti Ready Player One (la soustraction de la réalité par l’immatérialité de l’avatar).

Cette deuxième partie riche, psychédélique et passionnante semble parfois un peu brouillonne, farfelue, partant vers un nombre de pistes qui ne cesse de s’allonger et voulant parler autant du cinéma que de la société générale : notre rapport au cinéma, la société qui se module par sa façon  de consommer ses plaisirs, l’identité qui se détruit pour se reconstruire, cette envie de l’Homme de se détacher de ses barrières corporelles, la déshumanisation de notre perception de la réalité ou même le virtuel comme remède aux maux du monde réel. C’est donc un monde en déliquescence qui offre ses plus belles paillettes : le point culminant de Le Congrès, malgré ses pyrotechnies visuelles, sa course à la phosphorescence, est le regard de cette actrice, qui n’a qu’une seule envie : celle d’avoir le choix, de garder son libre arbitre pour pouvoir exister, et non pas seulement subsister. Dans sa vie, comme dans sa carrière, ses choix, mauvais ou bons, ont été guidés par le seul horizon du bonheur et la sécurité de son fils. C’est le fil rouge du film, qui derrière sa volonté d’en montrer beaucoup, sait très bien faire parler la fibre émotionnelle de sa direction artistique et narrative : embrasser l’humain, qui est au centre de tout. 

Synopsis : Robin Wright (que joue Robin Wright), se voit proposer par la Miramount d’être scannée. Son alias pourra ainsi être librement exploité dans tous les films que la major compagnie hollywoodienne décidera de tourner, même les plus commerciaux, ceux qu’elle avait jusque-là refusés. Pendant 20 ans, elle doit disparaître et reviendra comme invitée d’honneur du Congrès Miramount-Nagasaki dans un monde transformé et aux apparences fantastiques…

Bande Annonce – Le Congrès

Fiche Technique – Le Congrès

Réalisateur : Ari Folman
Scénario :  Ari Folman (provenant du roman éponyme de Stanislaw Lem)
Genre : Drame/ Animation
Durée : 2h03
Date de sortie : 3 juillet 2013

L’Homme aux colts d’or, d’Edward Dmytryck : le marshall, l’infirme et le shérif

En 1959, Edward Dmytryk réalise avec L’Homme aux colts d’or (Warlock), un western qui sans se hisser à la hauteur des chefs d’œuvre du genre détonne par l’originalité de son scénario et de ses personnages. Réédité par Sidonis productions, avec les commentaires de Bertrand Tavernier et Patrick Brion en bonus, ce film atypique mérite d’être redécouvert.

Une entrée en matière classique
Les premières scènes de L‘Homme aux colts d’or ressemblent à celles de nombreux westerns des années cinquante. Warlock, une petite bourgade comme tant d’autres, vit sous la domination d’un grand propriétaire terrien, Abe McQuown, dont les hommes de main imposent leur loi jusqu’au shérif lui-même. Lorsqu’un redresseur de torts , Clay Blaisedell, (Henry Fonda) est appelé à la rescousse, on reste dans le schéma très classique de l’homme providentiel. Pareil côté décors : le saloon à droite, la prison en face et la grand rue au milieu achèvent de donner un sentiment de déjà vu. Quant à la réalisation de Dmytryk, bien que s’appuyant sur une belle photographie de Mac Donald, elle reste somme toute très littérale. Fort heureusement, le scénario porté par une galerie de personnages originaux confère au film toute sa singularité.

Un scénario à trois « bandes »
Signé Robert Aurthur et adapté du roman d’Oakkley Hall le scénario de Warlock – le titre original – rompt avec la linéarité propre à la plupart des westerns. Exit l’opposition binaire entre les bons et les méchants, L’Homme aux colts d’or se structure comme un billard à trois bandes opposant Blaisedell, l’homme de l’ordre (Henry Fonda), Bannon, l’homme de loi (Richard Widmark) et McQuown l’homme de pouvoir (Tom Drake). Et de fait, il va s’agir bien plus de confrontation psychologique entre les membres de ces trois clans que des gun figths annoncés par le titre, les fameux colts d’or brillant davantage par leur absence que pour leur usage. Parallèlement, le film noue deux intrigues amoureuses entre le marshall et une habitante (Dolorès Michaels) et entre le shérif et une Dorothy Malone vengeresse. Bref, un scénar plus kiss kiss que bang bang. Du moins jusqu’aux explications finales.

Des personnages atypiques
Si le marshall, mercenaire implacable, ange noir de la mort, incarné dans toute son ambiguïté par Henry Fonda, ne manque pas de surprendre, la véritable originalité du film réside dans le personnage de Tom Morgan. L’homme de confiance de Blaisedell avec lequel il partage l’élégance vestimentaire et la gâchette fatale, regarde la modernité en marche comme la pire des calamités.  Figure ambivalente, à la fois beau parleur et infirme, il entretient avec son alter ego une relation fusionnelle que certains ont interprété comme pouvant être de nature homosexuelle. Un « couple » qui détonne dans l’univers du western, qui préfère en règle générale les lonesome cow-boys. Quant au duel fratricide qui les oppose, un des plus réussis du genre, il est à mettre au crédit de Dmytryk, de son sens du cadre et de la mise en scène.
De quoi lui tirer définitivement son chapeau…

Synopsis : Abe McQuown et sa bande de hors-la-loi sèment la terreur dans la petite ville de Warlock. Les habitants engagent alors Clay Blaisedell, un mercenaire célèbre pour sa tenue noire et ses colts aux crosses en or, toujours flanqué de son fidèle et mystérieux compagnon au pied bot, Tom Morgan. Mais bien décidé à faire régner la paix dans la légalité, Johnny Gannon se fait également nommer shérif. Dès lors, la ville est dotée de deux représentants de l’ordre, aux méthodes trop différentes pour cohabiter.

Bande Annonce : L’Homme aux colts d’or

Fiche technique : L’Homme aux colts d’or

Réalisation : Edward Dmytryk
Titre original : WARLOCK
Durée : 2h02
Scénario : Robert Alan Aurthur, d’après le roman de Oakley Hall
Direction artistique : Herman A. Blumenthal et Lyle R. Wheeler
Costumes : Charles Le Maire
Musique : Leigh Harline
Photographie : Joe MacDonald
Montage : Jack W. Holmes
Producteur : Edward Dmytryk
Société de production et de distribution : Twentieth Century-Fox
Date de sortie : 1/04/1959
Langues : Anglais

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4

« The Handmaid’s Tale », saison 3, le début de la révolte

La saison 3 de The Handmaid’s Tale arrive à point nommé aux Etats Unis, dans un climat de tension pour les droits des femmes. Cette série dystopique, où les femmes sont privées de leur liberté, se rapproche dangereusement de la réalité dans laquelle nous vivons, ou du moins, vers laquelle nous tendons inéluctablement. Alors que la saison 2 se donnait un ton beaucoup plus froid et alerte, cette nouvelle saison redouble en portée politique. Attentions, risque de divulgacher.

Comment s’était finie la saison 2 ?

Précédemment dans The Handmaid’s Tale, June/DeJoseph (Elisabeth Moss) avait enfin accouché dans des circonstances des plus affreuses, d’une fille, Nicole. Malgré son accomplissement de servante, sa situation chez les Waterford ne s’était pas pour autant améliorée. Après l’attentat contre le commandant (Joseph Fiennes), Serena (Yvonne Strahovski) avait subtilisé momentanément la place de celui-ci, et jouissait alors d’un certain pouvoir, en complicité avec June. Cependant, au retour du commandant, Serena avait payé le prix de son affront par la perte d’un doigt. Emily, après un séjour dans les camps de travail et une excision, s’était retrouvée affectée chez le très étrange commandant Lawrence.

Une saison décevante

Le dernier épisode rattrapait le rythme plutôt lent d’une deuxième saison mitigée, dans un enchaînement de retournements de situations. Serena acceptait de confier sa fille Nicole à June pour qu’elle puisse vivre une meilleure vie hors de la société patriarcale de Gilead. Le Commandant Lawrence, avec la complicité des Martha, protège et aide June et Emily à s’exiler au Canada. Mais au dernier moment, June confie le bébé à Emily, sans la suivre. Elle prend alors la décision la plus inattendue, de ne pas sauver sa peau, mais retrouver sa première fille Hannah.

Face à ce sacrifice inattendu, on comprend la frustration des spectateurs qui reprochaient aux scénaristes d’avoir changé la psychologie du personnage de June. Certains allaient même jusqu’à remettre en question la portée « féministe » de la série, quand les personnages féminins lesbiens ont gravement été mis à mal (l’excision d’Emily, la quasi-invisibilité de Moira). Et même si le personnage de Serena est enfin sorti de l’ombre de son mari, en sa qualité de dominante, elle traite toujours June comme son esclave. Sa position reste alors ambiguë, passant de bourreau de June à victime de son mari. L’évolution scénaristique des personnages de The Handmaid’s Tale a été sujet à débat, par le fait que cette seconde saison se détachait aussi du roman de Margaret Atwood.

https://www.youtube.com/watch?v=RcTvQx1Wot0

« Burn, Motherfucker, Burn »

C’est donc dans un mélange d’excitation et d’appréhension que cette saison était fortement attendue par les fans. Et avec joie, les trois premiers épisodes de The Handmaid’s Tale ont été disponible ce jeudi 06 Juin sur Hulu (et OCS en France). On retrouve enfin June, plus téméraire que jamais, tant le danger semble lui glisser sur les épaules. De plus en plus rebelle, elle n’hésite pas encore à risquer sa vie pour retrouver un court instant sa fille Hannah chez sa famille de remplacement. Un moment de torture émotionnelle pour June, avant de retourner, de force, chez les Waterford.

Entre cris et larmes, Serena reproche à June la décision d’avoir abandonné « leur » fille aux bras d’Emily. Le commandant au milieu de leur affrontement fait pâle figure, tant il est royalement ignoré. Encore une fois, l’ambiguïté de la relation entre June et Serena oscille entre respect et rejet. C’est alors dans un acte désespéré, mais esthétiquement incroyable, que Serena brûle le lit conjugal. Une manière de raser son passé, réduire en cendre la demeure qui a accueilli les viols à répétition et la mascarade d’une famille brisée. Comme punition, DeFred se retrouve dans une nouvelle maison…

Le début de la révolte contre le patriarcat

On s’imagine alors le pire. Après les Waterford, June risque de se retrouver de nouveau à jouer le rôle de pouliche pour un nouveau commandant. Or c’est avec une certaine surprise que June devient DeJoseph, la nouvelle servante du commandant Lawrence. Pourtant, il serait naïf de faire entièrement confiance à cet étrange homme, au rôle anticonstitutionnel.

Il reste un homme froid à l’égard des Martha et des servantes. Parfois menaçant, et jouant de son pouvoir pour humilier June. Mais à d’autres moments, il devient complice des agissements rebelles des Martha en couvrant des tentatives d’évasion.

Pourtant June n’a pas froid aux yeux. En quelques épisodes, on est témoin de sa détermination à rejoindre la cause rebelle. Mais elle comprend aussi qu’elle devra s’entourer des bonnes personnes, celles qui ont du pouvoir. Car cette révolte, qui gronde, invisible, restera aussi stérile que les femmes de Gilead, si elle n’est pas menée par un groupe fort et organisé.

Notre June parviendra-t-elle à mener son combat révolutionnaire ?  Le commandant Lawrence deviendra-t-il un allié ou un ennemi ? Serena reviendra-t-elle en position de pouvoir ? Et qu’adviendra-t-il d’Emily, Luke et Moira, de l’autre côté de la frontière ? Les réponses, on l’espère, dans les prochains épisodes….

 

« Shampoo » : l’autre journée de la jupe

Carlotta commercialise une édition prestige consacrée au Shampoo d’Hal Ashby. Le film y est présenté en version restaurée 4K et n’a rien perdu de sa fraîcheur.

George est un coureur de jupons. Il travaille dans un salon de coiffure, mais passe le plus clair de son temps à flirter avec ses clientes au lieu de s’occuper de leur look. Dans l’une des séquences les plus comiques de Shampoo, on l’aperçoit sécher les cheveux d’une jeune femme dans une posture équivoque laissant penser à… une fellation. Avec sa moto, son blouson de cuir, ses cheveux longs, ses lunettes de soleil et son air je-m’en-foutiste, on pourrait le confondre avec un commis de la contre-culture. Le temps diégétique nous renvoie d’ailleurs en 1968, un an à peine avant que Woodstock n’écrive les pages les plus folles du flower power. Ne prend-on pas d’ailleurs George pour un « hippie » à la banque ? Et même pour un « anticapitaliste » plus tard ?

Le héros d’Hal Ashby est surtout un jouisseur rêvant de liberté. Dans une séquence particulièrement réussie, il va quémander un prêt à son banquier. Quand ce dernier lui demande ses références, il lui lâche le nom d’une star qu’il lui est arrivé de coiffer. Est-ce qu’un révolutionnaire pacifiste irait supplier un type en costume de lui fournir les fonds nécessaires à l’ouverture de son propre salon de coiffure ? Warren Beatty, puisque c’est de lui qu’il s’agit, ira ensuite exposer ses plans à un investisseur frileux. Un argument scénaristique qu’Hal Ashby va exploiter en marabout : d’abord pour conter les liens ténus entre la politique et l’argent ; ensuite pour poser un regard ironique sur l’élection de Nixon – le film a lieu la veille de l’élection de 1968, mais est tourné en 1975, après le scandale du Watergate ; enfin, pour mettre en exergue la libération sexuelle en cours dans les années 1960, à travers une galerie d’infidèles et de cocufiés – chacun pouvant endosser ces deux rôles simultanément !

En à peu près vingt-quatre heures de temps diégétique, Hal Ashby, aussi décomplexé qu’appliqué, narre les moeurs changeantes de la société américaine – une ouverture sexualisée, une séquence osée avec la néophyte Carrie Fisher –, donne le tournis à coups de triangles ou carrés amoureux, bat en brèche certaines idées reçues – le coiffeur forcément homosexuel – et égrène des séquences à marquer d’une pierre blanche : quand George entend dormir mais que sa compagne lui parle d’enfants ; lorsqu’une soirée où tous les amants sont réunis tourne irrémédiablement en eau de boudin ; quand les femmes rivales se toisent pendant que les hommes qui les accompagnent discutent de… coiffure ; quand deux Amériques se font face le temps d’un plan, l’une noire, en tenue décontractée et affublée d’un joint, l’autre blanche, endimanchée et un verre d’alcool aux lèvres… Dans Shampoo, du malaise, de la naïveté et des incompréhensions naît souvent le rire. Et Jack Warden, Julie Christie, Goldie Hawn ou Lee Grant se surpassent en la matière. Cette dernière fut d’ailleurs oscarisée pour la cause.

Les collectionneurs seront ravis : Carlotta accompagne cette irrésistible comédie de dix reproductions de shooting photo, de cinq cartes postales, d’un magnet et d’une affiche.

Caractéristiques

ÉDITION PRESTIGE LIMITÉE #09
Blu-ray + DVD + Memorabilia

BD 50 • MASTER HAUTE DÉFINITION • 1080/23.98p • ENCODAGE AVC
Version Originale DTS-HD MA 5.1 & 1.0 / Version Française DTS-HD MA 1.0
Sous-Titres Français • Format 1.85 respecté • Couleurs
Durée du Film : 110 mn

DVD 9 • NOUVEAU MASTER RESTAURÉ • PAL • ENCODAGE MPEG-2
Version Originale Dolby Digital 5.1 & 1.0 / Version Française
Dolby Digital 1.0 • Sous-Titres Français • Format 1.85 respecté
16/9 compatible 4/3 • Couleurs • Durée du Film : 106 mn

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3.5

British Invasion, un livre et cinq films sur la culture britannique

Avec British Invasion, Carlotta nous permet de faire le point, en un livre et cinq films, sur l’importance de la culture britannique des presque soixante dernières années.

Le livre part d’un constat : celui du déferlement culturel britannique sur l’Occident depuis le début des années 60. Un déferlement qui va toucher tous les aspects de la vie culturelle : musique bien sûr, mais aussi cinéma, télévision, mode…

Mais au lieu d’en faire un livre encyclopédique qui recenserait froidement les diverses formes prises par cette « invasion », British Invasion se livre à nous sous la forme d’un dialogue. Dialogue entre deux personnes qui furent témoins de ce déferlement. D’un côté nous avons Valli, chanteuse et journaliste américaine vivant à Paris et qui est devenue célèbre en France grâce à la chanson « Chacun fait c’qui lui plaît ». Depuis, elle est devenue journaliste et animatrice.

Stephen Clarke, quant à lui, est un écrivain britannique qui décrit avec humour les relations entre Français et Anglais dans ses livres A year in the merde ou Français, je vous haime.

Ces deux Anglo-saxons francophones vont donc nous livrer leur vision de cette conquête du monde culturel par la Grande-Bretagne. Il ne s’agit pas là de livrer une vision exhaustive du sujet, mais bien d’en montrer la perception qu’en ont eue les deux intervenants, une perception croisée américano-britannique. Il est ainsi très intéressant de voir, par exemple, comment les Beatles ont été perçus la première fois qu’ils ont débarqué aux États-Unis. Valli montre que, là où Elvis divisait profondément les générations, le groupe de Liverpool avait tendance à plaire aussi bien aux parents qu’aux enfants.

Le chapitre consacré à la musique, qui ouvre le livre, est le plus fourni. L’invasion britannique y est décrite en plusieurs vagues successives : Beatles, Stones, Kinks, Led Zeppelin, Bowie, Sex Pistols… Les groupes sont décrits avant tout comme des phénomènes médiatiques, avec des anecdotes personnelles.

Le livre est divisé en six chapitres : musique, style, art (photographie et peinture essentiellement), cinéma, télévision et littérature. On y parle, pèle-mêle, de Twiggy, de l’Aston Martin de James Bond, de Peter Sellers, Colin Firth, Emma Peel (on apprend d’ailleurs que son nom est un jeu de mot plutôt coquin), John LeCarré, Salman Rushdie, et bien d’autres artistes encore. En bas de chaque page se trouvent des repères historiques qui commencent avec l’accession au trône d’Elisabeth II et se terminent par le mariage du prince Harry avec Meghan Markle. Enfin, chaque chapitre se clôt avec une playlist d’albums à écouter…

On pourrait bien entendu juger dommage que la place attribuée à certains artistes soit trop réduite (pour les Monty Python par exemple), que Daniel Day Lewis ne soit que mentionné ou que Stephen Fry soit carrément absent. Mais le but n’est pas ici de faire une étude complète du phénomène mais de montrer son influence et son évolution permanente.

Car la culture britannique est toujours vivante et fortement active de nos jours. Et un tel livre, s’étendant sur presque soixante ans, montre son évolution, qui est le reflet de la société britannique dans son ensemble, à travers ses bouleversements socio-politiques (la forte opposition à la politique de Thatcher par exemple).

Et avec le livre se trouvent cinq films représentatifs de cette culture britannique. Il était évident de débuter avec les Beatles, dans A Hard day’s night, de Richard Lester. La comédie figure bien entendu en bonne place avec The Party, chef d’œuvre burlesque de Blake Edwards avec un Peter Sellers inoubliable, mais aussi Alfie, de Lewis Gilbert, centré autour de la personnalité hautement égocentrique d’un séducteur incarné par le génial Michael Caine. Avec Blow Up, Antonioni fait une radiographie d’une incroyable précision de la pop culture londonienne tout en menant une réflexion sur le statut de l’image ; le film obtiendra la palme d’or à Cannes en 1967 et aura une influence fondamentale sur le cinéma. Enfin, Good Morning England fait un peu la synthèse de toute cette « British Invasion » en nous montrant les débuts des radios libres, alors interdites. Ce qui permet au réalisateur Richard Curtis (qui avait signé auparavant Love Actually ainsi que les séries Black Adder et Mr Bean, entre autres) de développer son amour de la musique (la bande originale est juste ébouriffante, des Kinks à Bowie en passant par The Who) et de faire une très jolie comédie portée par un casting quatre étoiles.

En conclusion, un livre très intéressant, agrémenté de nombreuses photos et rempli d’informations, mais aussi de souvenirs et d’émotions.

British Invasion, Pop save the Queen
Livre de 144 pages, incluant plus de 100 photos / 5 DVD
Sortie le 7 juin 2019
L x H : 24 x 29 cm
59,99 Euros TTC
ISBN : 9782377970766

Incluant 5 films :

_ A Hard day’s night, de Richard Lester (1964), avec Les Beatles
_ Alfie, de Lewis Gilbert (1968), avec Michael Caine, Shelley Winters
_ Blow Up, de michelnagelo Antonioni (1966), avec David Hemmings, Vanessa Redgrave et Jane Birkin
_ The Party, de Blake Edwards (1968), avec Peter Sellers, Claudine Longet
_ Good Morning England, de Richard Curtis (2009), avec Philip Seymour hoffman, Rhys Ifans, Bill Nighy