La Party, de Blake Edwards : entreprise de destruction sociale

Et si la comédie de l’été datait de 1968 ? La reprise de La Party, de Blake Edwards, nous donne l’occasion non seulement de revoir un classique, mais aussi et surtout de savourer une des meilleures comédies de l’histoire.

Synopsis : Hrundi V. Bakshi ruine complètement le plateau de tournage du film dans lequel il joue. Le producteur note son nom sur un papier, pensant l’interdire définitivement de plateau… sans se rendre compte que le papier en question est la liste d’invités d’une fête qu’il donne dans sa maison.

En 1968, quand sort La Party, Blake Edwards était déjà un des grands noms de la comédie. Des films comme Opération Jupons, La Panthère rose ou Qu’as-tu fait à la guerre papa ? ont montré son talent pour l’humour burlesque, les personnages décalés et les situations loufoques.

Monsieur Catastrophe

Si La Party s’est imposé comme une des références absolues en matière de comédie, c’est d’abord par son acteur principal. Peter Sellers, qui avait déjà incarné l’inénarrable inspecteur Clouseau dans la série de La Panthère Rose, joue ici le rôle d’une catastrophe ambulante. La séquence d’ouverture nous montre comment l’acteur (ou présumé tel) Hrundi V. Bakshi ruine littéralement le tournage d’un film à grand spectacle, d’abord par son absence complète de talent pour la comédie, puis par son étourderie et enfin par sa capacité à générer des catastrophes. Sellers joue à merveille un personnage lunaire et décalé, tellement déphasé par rapport à la réalité dans laquelle il évolue qu’on ne peut même pas lui en vouloir de tout détruire.

Parce que, bien entendu, La Party est une immense entreprise de destruction. Le film reprend le fonctionnement des grandes comédies burlesques du muet : il s’agit, par étapes successives (et allant crescendo), de ravager littéralement une machine qui, jusqu’à présent, semblait tourner parfaitement bien.

L’humour provient, d’abord, de l’étourderie du personnage. Une partie non négligeable des gags proviennent de son incapacité à agir correctement, à trouver de bonnes solutions dans une situation donnée. Bakshi est maladroit, certes, mais il semble aussi tellement déconnecté du monde réel, tellement lunaire, qu’il imagine des remèdes qui non seulement n’arrangent pas la situation, mais aggravent encore les problèmes.

Le talent de Blake Edwards est d’exploiter chaque situation au maximum de son potentiel, le tout avec un apparent détachement. Impossible de ne pas penser à Jacques Tati, mais aussi à Buster Keaton dans La Party. Les situations sont de plus en plus énormes mais la réalisation reste d’une grande subtilité et évite d’en faire des tonnes.

Dans La Party, tous les détails sont employés à des fins comiques, que ce soient les décors, les accessoires, mais aussi les seconds rôles. A un moment ou à un autre, les différents invités de la fête sont source de comique, et chaque personnage est caractérisé.

Mais, comme dans tout bon film burlesque, le personnage principal se trouve aussi (et surtout) confronté à des objets, des machines plus ou moins récalcitrantes, depuis la chasse d’eau jusqu’à un tableau électronique de contrôle de la maison. Une fois de plus, la façon qu’a Edwards de regarder cette maison ultra-moderne n’est pas sans rappeler Tati et Mon Oncle.

L’observateur

Bakshi est donc un monsieur catastrophe. Mais Bakshi est aussi un observateur. En cela, le personnage se fait le double du cinéaste, jetant un regard acéré sur ce monde de pince-fesses hollywoodien pour en dévoiler le ridicule fini, mais aussi l’immoralité. On se rend vite compte que déjà à cette époque, il y avait des porcs à balancer. Et l’ahuri Bakshi sait très bien voir ce qu’il faut voir, et agir en conséquence, se faisant alors le chevalier servant d’une demoiselle en détresse.

Blake Edwards profite donc de cette comédie pour faire une description féroce du milieu hollywoodien, mais aussi de ces années 60 finissantes. Le destructeur Bakshi se fait révélateur de l’hypocrisie et du ridicule d’un certain milieu. Dans La Party, on ne se contente pas de ravager une maison, on ravage tut un milieu social.

L’ensemble est ponctué de gags hilarants, qui s’enchaînent de façon implacable. Edwards emploie avec succès différentes sortes d’humour : humour de situation, running gags, humour de caractères, dialogues absurdes, satires. La Party est totalement imprévisible, et il est impossible de deviner comment le film se terminera. Le réalisateur sait exploiter à fond chaque situation et ne se contente pas d’enfiler des gags perlés qui seraient coupés les uns des autres.

L’ensemble continue à être une référence en matière de comédie. Peu de films ont à la fois une telle puissance comique et une si grande maîtrise dans son écriture et sa réalisation.

La Party, bande-annonce

La Party, Fiche technique

Titre original : The Party
Réalisation : Blake Edwards
Scénario : Blake Edwards, Tom et Frank Waldman
Interprétation : Peter Sellers (Hrundi V. Bakshi), Claudine Longet (Michele Monet), Stephen Liss (Geoffrey Clutterbuck), Gavin MacLeod (Divot).
Photographie : Lucien Ballard
Montage : Ralph E. Winters
Musique : Henry Mancini
Producteur : Blake Edwards
Société de production : Mirisch Corporation
Société de distribution : United Artists
Date de première sortie en France : 13 août 1969
Date de reprise : 18 juillet 2018
Genre : comédie
Durée : 99 minutes

États-Unis – 1968

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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