Voyage fascinant dans la taïga sibérienne avec Braguino de Clément Cogitore

Avec sa nouvelle œuvre Braguino, l’alsacien Clément Cogitore nous emmène au fin fond de la Sibérie orientale. Dans le village éponyme coupé du monde, deux familles, les Braguine et les Kiline vivent en autarcie, suivant leurs propres règles. Seule une barrière sépare les deux familles. Au milieu du fleuve, un ilôt sur lequel les enfants des deux communautés viennent s’amuser.

braguino-clement-cogitore-braguineC’est un très long chemin qui aura conduit l’artiste Clément Cogitore de la France jusqu’à l’infinie taïga sibérienne. Le jeune cinéaste qui s’est fait connaître il y a deux ans avec son film de guerre faisant se croiser la religion et le fantastique, Ni le Ciel ni la Terre, livre ici un moyen-métrage que n’aurait pas renié le grand Werner Herzog. C’est par bateau, puis par hélicoptère que Cogitore s’est rendu dans ce village perdu au milieux des conifères. Braguino, nommé ainsi par son fondateur le patriarche de la famille Braguine, est le refuge d’un clan vivant en autarcie la plus complète. Longeant le fleuve, les maisons en bois dégagent une dimension intemporelle. Braguine et sa famille vivent selon des règles strictes, notamment au niveau de leur relation avec la nature. Ne pas utiliser la taïga, mais vivre avec la taïga. La chasse doit se faire avec parcimonie. Avec sa caméra, Cogitore suit cette famille dans son quotidien et imprime la pellicule d’images fortes, à la fois dures et poétiques. Le chef de famille utilisant sa carabine comme un cor de chasse, les enfants imitant des cris d’oiseaux, ou encore cette séquence impressionnante montrant un ours se faire évider. Braguino met en avant ce rapport à la terre que cultive la famille Braguine. La taïga est un nid foisonnant, parfois inquiétant, parfois apaisant.

braguino-clement-cogitoreMais Braguino n’est pas seulement le témoignage d’un mode de vie, c’est aussi celui d’une rivalité. De l’autre côté du fleuve, derrière une barrière vivent les Kiline. La famille ennemie des Braguine. Derrière les rideaux de brumes, on ne distingue seulement que quelques têtes blondes. Comme disait Sartre, l’enfer c’est les autres. Pour Braguine et sa famille, les Kiline représentent tout l’opposé des valeurs qu’ils défendent. Chassant à outrance, communiquant avec l’extérieur à l’aide d’un appareil militaire, revendiquant le territoire de Braguino… Si proches et menaçant, les Kiline invisibles distillent une peur dans tout Braguino. Mariées à la musique insidieuse d’Eric Bentz, les images offrent une nouvelle dimension au récit. Cogitore convoque à la fois le cinéma d’horreur, le western et le film de guerre. Entre les deux camps, un îlot de sable surgissant du fleuve semble jouer le rôle d’un havre de paix. Un no man’s land où viennent jouer les enfants des Braguine, mais également des Kiline. Cela aboutit forcément à une rencontre. Les progénitures aux cheveux blonds et aux visages angéliques témoignent dans leurs regards d’une innocence. Ils restent sans voix lorsque les deux clans se retrouvent sur ce terrain neutre. Pas de mots, juste des regards que encore une fois Cogitore capte avec une sincérité sublime. Les enfants n’ont pas besoin de parler pour qu’on les comprenne. Cet instant suspendu dans le temps montre la force dégagée par Braguino.

En 50 minutes, Clément Cogitore délivre une œuvre d’une puissance et d’une beauté rare. Un documentaire aux images mystérieuses et oniriques, un voyage au bout du monde. Même dans les étendues sauvages, l’ennemi de l’homme restera toujours l’homme.

Braguino – Bande Annonce

Braguino – Fiche Technique

Réalisation : Clément Cogitore
Scénario : Clément Cogitore
Image:  Sylvain Verdet
Montage: Pauline Gaillard
Musique: Éric Bentz
Producteur(s): Sandra Da Fonseca
Société de production: Seppia
Durée : 50 minutes
Genre : Documentaire
Date de sortie : 1er novembre 2017

France – 2017

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