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Bienvenue à Marwen : l’ode à l’imaginaire de Robert Zemeckis débarque en DVD/Blu-Ray

Sorti en catimini en début d’année, Bienvenue à Marwen est la nouvelle mouture du vétéran Robert Zemeckis. Au programme, un film qui s’inscrit dans la droite lignée de son The Walk, en reprenant un incroyable fait divers qu’il va grimer, par la force de ses images, en une puissante (et forcément émouvante) ode à l’imaginaire dans laquelle brille un certain Steve Carell. Chef d’oeuvre !

Après s’être fait tabasser dans un bar, Mark Hogancamp reste plusieurs jours dans le coma. À son réveil, il est frappé d’amnésie. Il va alors se créer un monde imaginaire, Marwen, un village belge fictif durant la Seconde Guerre mondiale. La création de ce village en miniature devient une obsession. Comme une auto-thérapie, Mark invente des lieux imaginaires qu’il peuple avec des poupées représentant principalement des femmes de son entourage et de son passé. Dans ce monde imaginaire, son alter ego Captain Hogie côtoie ainsi la sorcière belge Deja Thoris, GI Julie ou encore Caralala. Tout cela lui redonne la force physique et mentale nécessaire pour le retour à la réalité : Mark doit se rendre au procès de ses agresseurs. 

Une incroyable ode à la puissance curative de l’art…

Avec moins de 11 millions de dollars de recettes au box-office américain (13 millions à l’international) pour un budget de 39, Bienvenue à Marwen est probablement le plus gros échec public de la carrière de Robert Zemeckis. Un échec que même 6 mois après, on a bien du mal à comprendre tant on est paradoxalement face à l’un des meilleurs films du réalisateur. Oui rien que ça. Et ne pensez pas qu’on a l’emphase facile en disant ça. Non, on a affaire à l’un des films qui dans 15/20 ans se payera un ravalement de façade en bonne et due forme et siégera au coté de ce même Forrest Gump qui vampirise la carrière du bon Zemeckis. Mais alors pourquoi, me direz-vous ? Pourquoi ? Parce qu’en bon cinéaste qu’il est, Zemeckis a mûri son sujet. Ici, un obscur fait divers impliquant un quidam agressé à la sortie d’un bar qui va entreprendre rien de moins qu’une thérapie par l’art. L’art oui. De quoi imprimer sur l’oeuvre un parfum métatextuel bienvenu à l’heure où l’industrie tout entière plonge avec délice dans cet outil (Deadpool pour ne citer que lui). Et dans la même optique un parfum idiosyncrasique à l’ensemble. Puisque si Zemeckis semble rappeler le pouvoir curatif de l’art sur l’humain, c’est peut-être parce que ça a toujours été son credo. Chez lui, l’art a toujours fonctionné ainsi. Comme un exutoire, comme un échappatoire. D’où le fait qu’il cultive une certaine dose de fantaisie dans la plupart de ses oeuvres. Certains argueront que cette fantaisie s’apparente à de la candeur et ils auront raison tant le cinéaste a conscience à chaque fois de filmer des vraies personnes et non pas des personnages. Un choix osé qui confère une dose d’humanité à la plupart de ses films et qui ne fait pas exception dans ce Bienvenue à Marwen qui cultive encore avec une rare acuité, l’humain. On ressort ainsi de Bienvenue à Marwen ému, touché même par le parcours empli de résilience de cet homme qui va se reconstruire aussi bien physiquement que mentalement, en chassant ses démons et en s’affirmant à la face du monde. Bref, rien de forcément nouveau au soleil si l’on connait le bonhomme, mais à l’arrivée, un beau film, plein d’espoir, plein de vie, plein de rêverie et qui montre encore une fois l’humain dans ses meilleures facettes : combatif, aimant et optimiste. 

qui reste très mystérieuse sur sa fabrication…

En atteste déjà le choix de sortir le film en simple édition DVD à l’échelle nationale. Pour les amateurs de galette bleues, il faudra se tourner vers la Fnac pour obtenir le précieux sésame. Une petite déconvenue cependant vite oubliée à la vue de la qualité du Master qui éclipse nos réserves. Les images sont ainsi sublimes et notamment celles dépeignant la vie au sein de l’univers du héros campé par Steve Carell ; preuve d’un transfert réussi par l’éditeur. Niveau son, même rengaine puisque l’édition Blu-Ray n’a pas lésiné sur la qualité : on a ainsi droit à un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 redoutablement spatialisé : l’immersion est totale, les effets sont dynamiques et nombreux, et le rendu acoustique affiche une ampleur assez impressionnante. La version française quant à elle n’est encodée qu’en Dolby Digital 5.1, et les amateurs de VF n’auront d’autre choix que de s’en contenter, d’autant qu’elle fait preuve d’un dynamisme remarquable. Coté bonus, la récolte est malheureusement un peu plus maigre. Mis à part une sélection de scènes coupées ou alternatives (de 12 minutes) présentées en l’état et quelques featurettes revenant sur les décors, la personnalité de Robert Zemeckis et la transformation des acteurs, on n’aura rien de plus à se mettre sous la dent. Ce qui est quelque peu regrettable quand on a un film qui ose allier divertissement et vrai contexte de création.

Caractéristique du DVD Bienvenue à Marwen 

Langues : Français, Anglais / Sous-Titres : Francais, Sourds & Malentendants

Son : D.D5.1 et audio description / Images : 16/9- 2.39 – Couleur

Durée : 106 minutes

Caractéristique du Bu-Ray de Bienvenue à Marwen 

Audio – Dolby TrueHD 5.1 : Anglais / Dolby Digital 5.1 : Français, Italien.

Image – 1080p HD / 2.39:1.

Sous-titres – Anglais, Français, Néerlandais, Italien, Danois, Finlandais, Norvégien, Suédois.

Durée – 115 minutes.

Bande-annonce : Bienvenue à Marwen 

Zombie retrouve sa voracité en Blu-ray chez ESC éditions

Le 24 mai 2019 est sorti un coffret cult’edition méritant une certaine attention. En effet, l’éditeur ESC a consacré leur nouvelle édition collector Blu-ray à Zombie Dawn of The Dead de George A. Romero. Attention, ça va saigner de plaisir.

Synopsis : Soudain, sans qu’aucun signe précurseur ne l’ait annoncé, un phénomène inexpliqué se produit : les morts se redressent et s’attaquent aux vivants pour les dévorer. Une pandémie à l’échelle de la planète touche la civilisation qui sombre alors dans le chaos. Quatre survivants de Philadelphia quittent la ville dans un hélicoptère. Alors le carburant commence à manquer, l’équipe décide de faire une halte dans un gigantesque centre commercial.

Zombie : « un grand film politique »

Bertrand Bonello –

Bien des commentaires ont été faits sur le film de George A. Romero. On ne cesse encore d’entendre, même dans les compléments de l’édition, que le film est un pamphlet social et politique conséquent, à la logique subversive plus explicite que dans le précédent volet de la saga, La Nuit des Morts-Vivants, réalisé par Romero en 1968, dix ans avant sa suite. Dans l’un des bonus du premier Blu-ray l’édition, Bertrand Bonello déclare à Jean-François Rauger et à l’assemblée présente à l’occasion de la projection du film à la cinémathèque, que Zombie est « un grand film politique avant d’être un film gore, de genre, ou peu importe ». Encore une fois, l’engagement politique est mis en avant. Cependant, comme on peut le constater dans bien des commentaires de films de genre (horreur, gore, science-fiction), le message politique et la critique sociale ont tendance à définir davantage la grandeur d’un film plutôt que le métrage en lui-même. Comme si l’expérience cinématographique comptait moins que son discours qui existe bel et bien grâce au récit filmique. Certes, Zombie/Dawn of the Dead est un long métrage qui ne mâche pas ses images et encore moins ses mots lorsqu’il s’agit de mettre à mal les gloires nord-américaines. Toutefois, cela en fait-il un grand film politique ?

Zombie(s)

Avant de s’enfoncer dans la diatribe enchantée de ce coquin de Romero et son film de zombies, ne devrait-on pas d’abord se poser la question de la version ? Non, il ne s’agit pas du problème qu’a posé Blade Runner (1982-2007), encore moins celui de La Soif du Mal (1958-1998). Zombie n’est pas une œuvre au long processus créatif « finalisé » quelques années ou décennies plus tard par son réalisateur, un technicien, ou une équipe de passionnés. Le long métrage de Romero a été en grande partie porté par le cinéaste Dario Argento (Les Frissons de l’angoisse, Suspiria) en tant que producteur, conseiller sur le scénario, aide à la composition musicale, scénographe… Bref, Dario et son équipe de production italienne n’ont pas croisé les bras et ont porté le projet de l’ami Romero avec passion. L’important engagement financier (la moitié d’un budget pas grandiloquent, soit 650 000 dollars) et humain de la bande italienne lui permet d’obtenir les droits de distribution en Europe, en Afrique et en Asie, tandis que le producteur américain garde les droits d’exploitation pour les US et l’Amérique du Sud. Afin de soutenir au mieux la sortie en salles du film en Europe, notamment en Italie, Argento propose plus que de prêter son nom à différents postes cruciaux. Le cinéaste développe, en accord avec Romero, une version européenne avec quelques caractéristiques propres au réalisateur d’Inferno. D’abord, on remarque de suite la présence de Goblin à la composition musicale. Ensuite, on note l’efficacité d’un montage plus court, plus resserré. Argento explique que la majorité des coupes sont produites pour passer sous les radars de la censure. Cependant, les deux modifications du cinéaste italien sont bien plus que des simples usages propres à la distribution du métrage. Argento a magnifié le long métrage de son ami, en trouvant un équilibre entre humour, action, horreur et farce politique. En effet, la version américaine est loin d’être un grand film engagé tant il sombre sans subtilité dans la farce sociale et politique. Dawn of the Dead, soit Zombie dans sa version américaine, est hyper-explicite, l’œuvre étant plongée – quand elle n’est pas noyée dans la critique sociale poussive – dans une forme de série B ne laissant aucune place au mystère. On retrouve d’ailleurs dans la bande-son ces notes musicales propres aux mort-vivants qu’on retrouvera dans sa plus belle et récente itération, Shaun of the Dead (2003, Edgar Wright). À ce propos, on notera que la bande-son américaine a repris et mixé quelques extraits de la bande-son européenne qui vient servir ici les lignes directrices de Romero.

Un son culte attaché à la figure du mort-vivant/zombie romeronien 

Concernant le récit, le montage de Romero est poussif à tel point qu’on ne peut s’inquiéter du sort de ses protagonistes qui sont finalement, comme semble le signifier le final suivi de son générique grand-guignolesque, des personnages de cartoon. Dawn of the Dead, soit Zombie dans la version américaine, est une farce totale qui s’empresse de tout montrer pour mieux hurler au monde son mépris de la civilisation occidentale. Un grand film politique ? Non, l’œuvre parait même plus transgressive ici que subversive. Romero ne laisse pas de place à l’implication émotionnelle du spectateur pour mieux la questionner et la détourner. Dawn of the Dead se regarde avec une distanciation qui pourra séduire nombre de spectateurs qui penseront jouir d’un film empli d’un riche sous-texte ancré dans une forme exubérante. Mais le film de Romero semble s’arrêter ici à une série B emplie de grandes idées mises à mal par une farce politique beaucoup trop présente ainsi que par son lourd récit manquant d’efficacité, au service de la comédie de mœurs survivalistes que Dawn of the Dead semble attaché à être. Certains pourraient répondre à ce texte que le premier volet, La Nuit des Morts-Vivants, épousait la même forme que celui-là, avec moins d’ampleur. Mais il n’en est rien, comme l’explique dans un complément Julien Sévéon, journaliste-cinéma et auteur d’une monographie sur George A. Romero : La Nuit des Morts Vivants est « un pur film de terreur » qui a été « considéré à tort comme un film politique ». Il s’agissait en réalité pour Romero et son équipe de faire un film à faible budget qui leur permettrait de dégager assez de recettes pour produire des œuvres plus personnelles. Dès la conception du deuxième volet, Romero « se pose comme un cinéaste politique ».

Une musique plus que joyeuse pour le final de Dawn of the Dead

Zombie

Zombie, soit la version d’Argento, n’est pas élagué des dialogues explicitement critiques de la société nord-américaine propre à Romero. La farce n’est pas en mal, toutefois, le long métrage fonctionne sur un jeu d’équilibriste entre la blague politico-sociale, le film d’action, le survival (formidable), et le genre apocalyptique. La musique de Goblin et le montage nerveux du cinéaste italien permettent au film de Romero d’obtenir un réel suspense. Ainsi sera-t-on pris aux tripes par la tension des nombreuses scènes d’action, rigolera-t-on de joie face aux succès de notre groupe humain, sera-t-on dérangé par le sort de deux d’entre eux (le cadrage sur la séquence de décès du premier gagne en tension et en émotion par rapport à la version américaine qui semble dénuée de tout effort en ce sens). Aussi rira-t-on de temps à temps vis-à-vis des dialogues réflexifs tant ils sont poussifs, des déclarations de personnages telles que Romero en pondra jusque dans ses derniers films (Land of the Dead, entre autres). On pense notamment à ce dialogue : « mais pourquoi viennent-ils dans ce centre commercial ? », l’autre répond : « ils viennent par instinct. C’est le souvenir d’un endroit qu’ils aimaient qui les anime jusqu’ici. » Notez la subtilité du discours, la possibilité de son caractère méta, et surtout, la disparition du caractère allégorique du mort-vivant/zombie.

Zombie s’apparente davantage à « un grand film politique » grâce à l’investissement d’Argento. Le caractère engagé du long métrage n’est pas tant lié à ses quelques dialogues traités précédemment qu’au traitement davantage sérieux de son récit de survie. Ainsi les enfants zombies qu’on doit abattre éveillent de l’effroi chez le spectateur. La séquence dans le logement occupé par une communauté afro-américaine est terrorisante vis-à-vis de l’action fasciste et raciste qui semble inarrêtable. Et les moments télévisuels politiques en deviennent véritablement glaçants. Bien sûr, le survival n’est pas en reste puisque, comme le note Bonello, la survie du petit groupe dans le centre commercial constitue un miroir de la société contemporaine : de l’organisation militaire à l’ingéniosité humaine en n’oubliant la consommation à outrance, quitte à en oublier l’extérieur et ses horreurs. Cet écho social est d’autant plus fort que la version européenne permet au spectateur de s’investir dans le récit, et donc de céder ou de remettre en question les pulsions et choix du microcosme. Cela, à l’inverse de la version de Romero à la distanciation problématique tant tout semble n’être que farce et vilenie dans ce monde dans lequel rien ou presque ne compte.

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Notre groupe de survivants prêt à faire du shopping – Copyright : Laurel Group – ESC Éditions

Dario Argento’s Zombie, a film by George Romero

Oui, Zombie est un grand métrage politique. Mais il n’est pas que ça. Du fun, de la finesse, un rythme soutenu, une puissance d’évocation et une force d’originalité et d’imagination portent cet objet filmique grandiose.

La série de jeux vidéo Dead Rising doit ainsi tout ou presque au duo de génies derrière Zombie plutôt qu’au « seul » auteur de Dawn of the Dead. En effet, n’oublions pas l’impact de ce cocktail rock sur l’histoire du cinéma, et plus encore sur la pop culture. Œuvre au croisement de deux cinéastes à leur firmament, Zombie est un brillant film pop, et, pour reprendre l’expression de Julien Séveon, un grand « comic book live » aux flamboyantes « libertés visuelles ».

Zomblu-ray

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Copyright : ESC Éditions

La Cult’Edition de Zombie est une réussite pour ESC Edition. Son grand intérêt consiste en la présence des quatre versions de l’œuvre, soit celle des deux films, Zombie et Dawn of the Dead, présentés dans leurs deux versions: la version européenne, la version européenne en Full Frame ; la version américaine en Director’s Cut et en version longue (la même qui fut présentée au Marché du film du Festival de Cannes).

La version européenne, au nouveau master 4K supervisé par le chef opérateur Michael Gornick, règne ici en maître. Couleurs bien vivaces, lumières, sauvegarde du grain d’origine et stabilité sont au rendez-vous. On nuancera toutefois sur le rendu colorimétrique qui ne semble pas avoir été bien géré par l’éditeur au niveau de l’encodage malgré une excellente source. La version Full Frame, qui présente le film dans un format 4/3 avec une image complète et non recadrée en haut et en bas, souffre d’instabilité. Le phénomène est régulier, et devient particulièrement gênant lorsque le cadre de l’image s’agite et/ou change de couleur. Aussi, les recadrages sont davantage visibles dans cette version.

Les versions américaines semblent être le produit soit d’anciens scans, soit de scans de copies abimées, ou encore le fruit d’une restauration limitée. La résolution est, de façon générale, moyenne. Quelques scènes, bien éclairées, réussissent à convaincre. Toutefois le rendu colorimétrique manque de puissance, au point de proposer un rendu terni par une forme de clouding permanent. Les copies souffrent d’instabilité. Le grain est géré de façon aléatoire. A vrai dire, sa présence, plus ou moins importante, est liée à l’état de la copie. Celle-ci est loin d’avoir été nettoyée et restaurée comme les versions européennes. En effet, de nombreux plans sont poussiéreux et porteurs de griffes. Le rendu général de ces versions est ainsi plutôt médiocre, tant au niveau visuel que sonore. De meilleures sources n’ont peut être pas encore été trouvées, à l’inverses des éléments européens. Ou alors, peut-être est-ce dû à l’âge de ces masters ? D’ailleurs, depuis quand ceux-ci existent-ils ?

Du côté des compléments, ESC n’y est pas allé chichement. Certes, certains se répètent, on pense à l’entretien-maison avec Dario Argento qui tend à redire nombre d’éléments déjà déclarés dans l’entretien avec Dario et Claudio Argento, Afredo Cuomo et Claudio Simonetti. Bien sûr, il y a quelques anecdotes qui viennent différencier le premier du deuxième, et il y a le plaisir de voir Argento, aujourd’hui bien âgé, revenir sur le film. La « présentation du film » par Argento a probablement été filmée dans le même temps. Celle-ci s’avère plus touchante qu’elle ne présente d’informations. On retrouve aussi au programme les fidèles hérauts d’ESC, Linda Tahir et Christophe Champclaux. Le duo de cinéphages propose un complément, produit par leur société Rose Night, consacré à Romero. Le document, à l’introduction bricolée avec amusement, revient sur son goût pour le fantastique et la science-fiction développé dans sa jeunesse, les films de morts-vivants qui l’ont inspiré pour sa version, soit le modèle moderne du zombie, et sa carrière. Le retour biographique est guidé par des extraits d’une intéressante interview de 2001.

On se doit de saluer la présence du journaliste et spécialiste de Romero, Julien Sévéon, sur deux modules d’une vingtaine de minutes chacun. On appréciera aussi l’entretien avec Bonello et Jean-François Rauger, qui revient sur le récent Nocturama de Bonello et sur l’une de ses grandes inspirations, Zombie. Si vous n’avez pas vu Nocturama, rassurez-vous, il ne s’agira pas d’une séance d’autosatisfaction soutenue par quelques propos sur une vieille œuvre de genre sortie pour l’occasion. Le rapprochement est fort à propos et vous serez certainement intrigués par les dires des deux bonhommes sur le film de Romero et d’Argento. Outre les différents et intéressants entretiens, on note la présence sur les Blu-ray 2 et 3 de matériels promotionnels et d’un document un peu plus léger, la visite du centre commercial Monroeville Mall avec l’acteur Ken Foree. Enfin on appréciera de retrouver des commentaires audio conséquents des Blu-ray 1, 2 et 4, avec entre autres, Michael Gornick, Tom Dubensky (assistant caméraman), George A. Romero et Tom Savini (responsable des effets spéciaux et acteur), ou encore celui de Claudio Simonetti (compositeur du groupe Goblin).

Soutenue par cinq photographies collector, l’édition est enfin complétée par un livre écrit par Marc Toullec, un habitué des éditions ESC. Après une introduction d’une dizaine pages (moitié moins si on retire les images) revenant sur la portée allégorique et le caractère engagé de l’oeuvre de Romero ainsi que son intérêt pour sa créature, le riche ouvrage consacre ses 140 autres pages à sa saga des morts-vivants, de la genèse et l’exploitation de La Nuit des Morts-Vivants à celles de Survival of the Dead (2009) en n’oubliant pas Land of the Dead (2005) ou encore Diary of the Dead (2007). On notera la qualité du travail éditorial, autant dans le choix et la qualité des photographies que dans la mise en page du texte passionné et passionnant signé par Toullec.

Dawn of the Blu-ray

Certains ont déjà probablement crié leur déception vis-à-vis de l’édition sur les réseaux sociaux, notamment à cause des masters des versions US. Toutefois, le coffret d’ESC mérite un énorme « bravo ». Le travail éditorial est formidable. On pense au travail soigné sur les menus, à la possibilité d’avoir toutes ces versions dont deux magnifiquement remasterisées et une, celle de Cannes, très rare. Et on compte bien sûr l’importante dose de compléments à déguster.

Bande-Annonce – Zombie

Zombie – Coffret Cult’Edition 40èmeAnniversaire
Coffret Collector 40ème Anniversaire avec 4 versions du film, un livre de 152 pages et 5 tirages photo collector :
– Blu-ray 1 : Version Européenne de 120′ (montage supervisé par Dario Argento avec la BO de Goblin), dans un nouveau master restauré en 4K produit en 2019 par ESC Editions sous la supervision du directeur de la photo Michael Gornick (VF 5.1 et VOST 5.1 et 2.0 mono)
– Blu-ray 2 : Version Director’s Cut US de 127′ – nouveau master Haute définition (VOST 5.1 et 2.0 mono)
– Blu-ray 3 : Version longue présentée au Marché du Film du Festival de Cannes 1979 de 139′ – nouveau master Haute définition (VOST 5.1 et 2.0 mono)
– Blu-ray 4 : Version Européenne en Full Frame (ratio 1.33 – VF 5.1 et VOST 5.1 et 2.0 mono)
– un livre de Marc Toullec de 152 pages
– 5 tirages photos collector

COMPLÉMENTS

Blu-ray 1 (Version Européenne) :
Présentation du film par Dario Argento
Commentaire audio du directeur de la photographie Michael Gornick, Tom Dubensky (assistant caméraman) et Lee Karr (historien du cinéma et auteur) produit et réalisé par Jim Cirronella
Entretien autour du film avec Dario Argento (20′)
George A. Romero, l’homme aux Zombies par Julien Sévéon (27′)
Discussion publique entre Bertrand Bonello et Jean-François Rauger à la Cinémathèque Française (60′)
Entretien avec Dario Argento, Claudio Argento, Alfredo Cuomo, Claudio Simonetti… (30′)
Blu-ray 2 (Director’s Cut US) :
Commentaire audio de George A. Romero et Tom Savini
Document sur les décors du film avec le commentaire audio de Robert Langer (13′)
Visite du centre commercial Monroeville Mall avec l’acteur Ken Foree (10′)
Documentaire : « The Dead Will Walk » de Perry Martin (2004, 75′)
Blu-ray 3 (Version Cannes) :
« Les Zombies de Romero » par Linda Tahir et Christophe Champclaux (26′)
Les effets spéciaux de Zombie décryptés par Benoit Lestang (Maquilleur effets spéciaux) (18′)
Entretien avec Jean-Pierre Putters (Fondateur et ancien rédacteur en chef du magazine Mad Movies) (18′)
Matériels promotionnels
Blu-ray 4 (Version Full Frame) :
Commentaire audio du compositeur Claudio Simonetti
Commentaire audio des 4 principaux acteurs
Documentaire : « The Definitive Document of The Dead » de Roy Frumkes (102′)
La musique de Zombie par Julien Sévéon (19′)

Prix de vente conseillé : 69,99 € TTC

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4

« 125, rue Montmartre » : le crime était presque parfait

Pathé Films propose une réédition DVD/Blu-ray de 125, rue Montmartre. Lino Ventura y apparaît dans l’un de ses premiers grands rôles, cinq années après Touchez pas au grisbi. Le Paris populaire y est mis à l’honneur sur fond de machination criminelle.

Au moment de tourner 125, rue Montmartre, Gilles Grangier a déjà réalisé une bonne trentaine de films et collaboré à plusieurs reprises avec Jean Gabin. Lino Ventura, en revanche, en est encore à sa phase de découverte du cinéma, même si ses idées sur le sujet, et a fortiori sur les personnages qu’il incarne, sont bien arrêtées. Tous deux vont donner à ce polar méconnu l’allant indispensable aux grandes œuvres. L’acteur italien, ancien champion de lutte, se montre magnétique dès les premières séquences du film : cigarette aux lèvres, moue lasse ou contrariée, il débite avec charisme les dialogues parfaitement ciselés d’un Michel Audiard en grande forme. Gilles Grangier façonne quant à lui un polar échevelé où le mystère s’épaissit constamment, tout en radiographiant le Paris populaire à travers l’histoire d’un vendeur de journaux à la criée.

Adapté d’un roman primé d’André Gillois, accompagné de partitions parfois anxiogènes, 125, rue Montmartre bascule au moment où Pascal repêche sous un pont Didier (Robert Hirsch), qui a tenté de mettre fin à ses jours en se jetant à l’eau. Ce dernier se dit victime de sa femme et de son beau-frère, qui cherchent à le faire passer pour fou, probablement dans l’espoir de s’accaparer ses « deux fermes » et ses « trente hectares ». Malgré le comportement erratique de son nouveau compagnon et quelques revirements de bord, Pascal le prend sous son aile, lui dégote un job où il peut espérer « 300 balles par jour », puis l’accompagne dans sa demeure bourgeoise pour récupérer quelques liquidités. Sauf que rien ne se passe comme prévu et que le pauvre vendeur de journaux finit… accusé du meurtre de Didier, l’authentique cette fois ! Nous voilà plongés dans le parfait scénario hitchcockien du faux coupable.

Mine de rien, l’acuité du regard est l’une des grandes qualités de ce long métrage. Il y a d’abord la caractérisation fine de Pascal, habitant un appartement modeste, doublant ses revenus mensuels grâce au Tour de France, accordant confiance et logis à un inconnu par pure charité, tout en déclarant : « Il m’énerve. J’aime les gens normaux, moi ! » Par ailleurs, le quartier de la presse, les tournées des vendeurs, la criée constituent autant de particularités sociologiques étudiées dans le film. Il y a aussi le regard de l’inspecteur, dont les doutes seront favorables à Pascal, et qui assènera : « J’aime que les assassins concordent avec l’arme du crime. » Pendant ce temps, les quiproquos et confusions identitaires le disputeront à l’humour audiardesque, tandis que les numéros d’acteur de Lino Ventura et la photographie soignée de Jacques Lemare sublimeront un peu plus cet étonnant 125, rue Montmartre. Un polar dont la brève allusion à la peine de mort, à l’endroit d’un innocent au grand cœur, se niche certainement dans le corps du courant abolitionniste.

BONUS & RESTAURATION

Le film est plaisant à regarder et à entendre. Le travail de restauration se veut sans conteste à saluer. Parmi les quatre suppléments compris dans cette édition, trois s’avèrent très chiches, si bien que l’on s’intéressera avant tout aux entretiens (40 minutes environ) avec Patrick Eveno, Philippe Lombard et Jean-Pierre Bleys, centrés sur le film et ses intervenants, mais évoquant aussi Jean Gabin, qui introduisit Lino Ventura dans le cinéma français. Il sera aussi question de Gabin (et de ses répliques fleuries) dans le petit film consacré à Michel Audiard.

Fiche technique

Réalisation : Gilles Grangier
Scénario : Jacques Robert, André Gillois, Gilles Grangier
Adaptation d’après le roman éponyme 125, rue Montmartre d’André Gillois (aux éditions Hachette, 1958)
Dialogue : Michel Audiard
Assistants réalisateur : Jacques Deray et Guy Blanc
Décors : Robert Bouladoux
Assistants décors : James Allan et Georges Richard
Photographie : Jacques Lemare

Infos techniques : DVD – 1.66 – N&B – 91 min
LANGUES : Français Dolby Digital 2.0
SOUS-TITRES : Sourds et malentendants BLU-RAY – 1.66 – N&B – 95 min
LANGUES : Français DTS mono 2.0 SOUS-TITRES : Sourds et malentendants
Suppléments : Série d’entretiens autour du film (environ 40 min)
Actualités Pathé d’époque : Grand cocktail parisien pour la sortie du film 125 rue Montmartre – 1959 (environ 1 minute); Retour sur la carrière de Michel Audiard -1969 ( 3 min 30 ) ; Buster Keaton fait le show au cirque Medrano – 1947 (5 min)

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4

Men in Black : International, une nouvelle féminisation des blockbusters

Sortie le 12 Juin, Men in Black : International s’annonce comme une suite, mais incarne plutôt un reboot du MIB original. La nouveauté ? Son casting au féminin. Tessa Thompson en tête d’affiche, aux cotés de Chris Hemsworth, adopte le costume et les lunettes noirs comme une vraie (wo)Men in Black. Mais que propose le film d’original ? Rien de plus.

Women and Men in Black

Après Oceans 8, Ghostbusters, c’est le très connu Men in Black qui se féminise. Mais si le titre de « Men in Black » reste inchangé, le film remet les pendules à l’heure, les « femmes en noir » existent bel et bien au sein de l’agence MIB. Aux commandes du QG de New York, on retrouve l’agent O (Emma Thompson) réaffirmant sa position en tant que femme. Alors, si nos agentes ont été invisibles jusqu’alors, la franchise semble se faire pardonner en incrustant un casting plus féminin. Passé le discours d’empowerment, le film reste un classique film d’action et rien de féministe à l’horizon.

Nouvelles têtes, même formule

Pour ce quatrième opus, ce sont les agents H (Chris Hemsworth) et M (Tessa Thompson) qui prennent la relève du mythique duo K et J, aka Tommy Lee Jones et Will Smith (Nos anciens héros ne feront l’objet que d’un bref cameo pictural). Avec quelques appréhensions, ce nouvel opus nous introduit la petite nouvelle : Molly. Petite fille, elle assiste à l’intervention des MIB chez elle, mais ne se fait pas flasher. Toute sa vie, elle garde secret l’existence des aliens et espère un jour aussi intégrer les agents secrets en costard-cravate. A force d’acharnement, elle s’incruste au QG de New York et parvient à être mise à l’essaie pour intégrer les MIB.

Paris et les Français sous les projecteurs

Qui dit « International », dit délocalisation. C’est à Londres que l’agent M est placé, sous l’aile du grand T (Liam Neeson), Big Boss du siège anglais. Elle devra alors faire équipe par défaut avec l’agent H, aussi talentueux qu’arrogant. Notre nouveau duo fonctionne avec quelques à-coups au début, mais ils finissent par s’entraider pour sauver le monde (encore). Un partie de l’action se déroule également à Marrakech et Paris, pour le plaisir du public français. Certains reconnaîtront également les « Twins » (Larry & Laurent Bourgeois), des jumeaux danseurs qui ont participé notamment à La France a un incroyable talent, dans les rôles des antagonistes.

Vrai duo ou romance déguisée ?

En comparaison avec les Men in Black précédents, cet épisode reste dans la vague du « buddy movie » à la 21 Jump Street ou nos deux héros, aux caractères divergents, s’entraident autant qu’ils se chamaillent. Chris Hemsworth reprend le rôle du jeune agent intrépide et égocentrique comme Will Smith avant lui. Alors que Tessa Thompson incarne plutôt la nouvelle fraîchement débarquée, en période d’essai, qui excelle en tout point pour faire ses preuves. Le développement de son personnage, à la fois drôle et badass opère bien pour apporter un point de vue féminin à l’aventure. A coté, Chris Hemsworth souffre d’être réduit à un rôle de beau gosse arrogant. Surement dû à  son personnage de Thor (Avengers) qui lui colle à la peau. Attention, même si une romance au sein de notre duo n’est pas explicitement montrée, la fin laisse en suspens une romance qui devrait surement éclore dans une possible suite.

Un MIB qui n’a pas besoin de flash pour se faire oublier

Si l’ensemble réussit à nous divertir, le film n’est pas exceptionnel. Le scénario est assez classique pour le genre, avec un peu d’humour et beaucoup d’effets spéciaux. Il s’ajoute aux blockbusters qui brilleront le temps d’un été. Si on peut être satisfait de voir de plus en plus de femmes comme héroïnes des reboot de nos films d’action cultes, la volonté ne fait pas la qualité. Ces versions féminines, censées attirer un public plus féminin, restent d’ennuyeuses copies de leurs originaux et n’ont pas grand intérêt. Et il serait d’ailleurs naïf d’imaginer que le public féminin se contente d’un recyclage de vieilles formules à succès, plutôt que des véritables nouvelles héroïnes. La véritable révolution serait plus de faire des films comme Wonder Woman, dirigés aussi par des réalisatrice comme Patty Jenkins, qui nous montrent de véritables modèles féminins.

Bande annonce de Men In Black : International

Synopsis : Quand elle était enfant, l’agent M a vu les Men in Black effacer la mémoire de ses parents. Elle n’a rien oublié et est bien décidée à intégrer ce corps d’élite. Recrutée par l’agent O, elle doit faire équipe avec l’agent H, lequel travaillait jusqu’ici avec High T. Ils ont pour mission de découvrir qui est la taupe de l’organisation et surtout mettre celle-ci hors d’état de nuire. Ils se rendent d’abord à Londres mais leur enquête les entraîne un peu partout à travers le globe…

Men in Black : International – Fiche Technique :

Réalisateur : F. Gary Gray
Scénario : Matt Holoway, Art Marcum
Casting : Tessa Thompson (Agent M), Chris Hemsworth (Agent H), Liam Neeson (High T), Emma Thompson (Agent O), Kumail Nanjiani (Pawny), Rafe Spall (Agent C), Rebecca Fergusson (Riza)
Décors et costumes : John Bush, Penny Rose
Photographie: Stuart Dryburgh
Musique : Chris Bacon, Danny Elfman
Production : Sony Pictures, Colombia Pictures Corporation, Amblin Entertainment, Parkes / Macdonal Productions
Pays d’origine : Etats-Unis
Genre: Science fiction, Action
Durée: 1h 55min
Date de sortie : 12 Juin 2019

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2.5

Conséquences (Posledice) : remportez des places de cinéma du film

Concours : A l’occasion de la sortie en salles, le 26 Juin 2019, gagnez des places de cinéma du film, Conséquences (Posledice), le premier long métrage du réalisateur slovène Darko Stante mettant en vedette Matej Zemljic.

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

« Andrej, un jeune délinquant, est placé dans un centre de détention pour mineurs. Il y fait la rencontre de Zelko, un chef de gang pour qui il voue une véritable fascination. Conscient de l’emprise qu’il exerce sur Andrej, Zelko le pousse à commettre des délits de plus en plus graves qui pourraient avoir des conséquences irréversibles… »

https://vimeo.com/273558457

Scénario et réalisation: Darko Štante
Avec Matej Zemljic, Timon Sturbej, Gasper Markun, Lovro Zafred, Lea Bok, Rosana Hribar, Dejan Spasic, Blaz Setnikar, Iztok Drabik Jug, Matjaz Pikalo, Igor Matijevic, Urban Kuntaric, Dominik Vodopivec..
Image: Rok Kajzer Nagode
Son: Julij Zornik
Décors: Špela Kropušek
Musique : Vladimir « Doša » Kosovič
Montage: Sara Gjergek
Distribution: Epicentre Films

Modalités du jeu concours – Dotations 2 places

Pour participer à notre concours, réservé à la France Métropolitaine, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 26 Juin 2019. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter. Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.

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La Dolce Vita, de Federico Fellini : vacuités bruyantes et idoles magnifiques

La Dolce Vita de Federico Fellini avec une once d’originalité ? Tout a été dit, analysé, interprété, le film fait partie de la culture internationale et certaines scènes comme la baignade nocturne dans la fontaine de Trevi sont devenues légendaires. Il faut donc toujours beaucoup d’humilité pour aborder de tels chefs-d’œuvre, et faire évidemment le deuil de l’exhaustivité. Essayons.

Si La Dolce Vita est le film encore aujourd’hui le plus populaire de Fellini, c’est sans doute parce qu’il dépeint un monde dans lequel n’importe qui peut se reconnaître, à des degrés différents. Après s’être intéressé à la misère itinérante dans La Strada, aux déambulations d’une prostituée flâneuse dans Les Nuits de Cabiria, le cinéaste italien peint ici le tableau d’une Italie de la fin des années 50 qui au contraire tourne en rond. Les stars de cinéma, les paparazzi, les médias, les belles voitures, les cabarets, les travaux urbanistiques : tout participe d’un bruit de fond constant, d’une perpétuelle mise en mouvement qui sera sans cesse vouée à l’échec tout au long du film.

Tout dans La Dolce Vita n’est que mascarade, tout ne sert qu’à nourrir l’illusion que l’existence est porteuse de sens pour ces personnages en proie au vertige, au doute (une scène de questions-réponses entre des journalistes et Sylvia – spectrale Anita Ekberg – est sur ce point terrifiante). La vie des personnages n’est que mise en scène, divertissement, ivresse, tentative d’oublier l’ennui et la profonde solitude qui rongent cette mondanité décadente.

Le vide existentiel se matérialise même dans l’espace : les rues désertes de Rome, l’hôpital immensément vide dans lequel une sœur fait les cent pas, les promenades nocturnes en voiture dont l’unique but est de tourner en rond pour repousser le moment de rentrer chez soi, etc. Ce monde est désenchanté, désacralisé (dès le début, le déplacement par hélicoptère d’une statue de Jésus symbolise cette volonté de « s’accrocher », de se « suspendre » au sacré, comme pour se rassurer). Même la religion n’est plus qu’une grotesque superstition salie par des masses hystériques, comme lors d’une scène de miracle collectif où tout n’est plus que brouhaha et discours ineptes. Du bruit et de la pluie, bruyante elle aussi. Comme les vagues de la fin…

Dans cette cacophonie, tout n’est que remplissage vain d’une solitude qui est comme ce vase percé que l’on s’épuise à remplir à ras bord. Maupassant écrivait : « Notre grand tourment dans l’existence vient de ce que nous sommes éternellement seuls, et tous nos efforts, tous nos actes ne tendent qu’à fuir cette solitude. ». La Dolce Vita est peut-être la plus frappante mise en image de ce désespoir qui s’illusionne dans l’artificialité. La scène d’ouverture donne déjà le ton, avec cette première soirée où les masques des danseurs comme les lunettes de soleil portées en pleine nuit annoncent ce refus de voir la réalité de l’existence, et de se vautrer dans l’ivresse de la fête. Ce refus du réel, ce refus de cette solitude angoissante, sonne comme un refus du naturel que l’on a quasiment oublié à force de se complaire dans l’artificiel : Marcello appelle lui-même ce monde bourgeois « la jungle », et la séquence où tous écoutent des bruits de nature à travers un enregistrement radio donne l’impression d’être en face d’individus totalement déshumanisés, qui ont comme oublié ce qu’est le monde extérieur hors de leur bulle mondaine. Aussi semblent-ils redécouvrir ce qu’est la vie à ce moment précis, si éphémère.

Il y a beaucoup de personnages dans La Dolce Vita, divinement interprétés, mais celui de Marcello Mastroianni est forcément le plus mémorable. Il est le seul personnage « principal », bien qu’il ne fasse pas grand-chose – bien qu’aucun d’entre eux ne fasse grand-chose… Il traverse le film comme une ombre, butinant ici et là. Les gens passent, certains paraissent importants puis disparaissent à jamais, d’autres les remplacent. Tout s’écoule comme si rien n’avait d’importance ni ne laissait de trace. Il n’y a même pas d’histoire à proprement parler, pas de réelle narration. La Dolce Vita est plutôt une succession des saynètes mélancoliques comme autant d’instants de vie que Fellini a toujours aimé transmettre dans tous ses films.

Un film intemporel, une longue nuit fellinienne sublimée par la musique de Nino Rota qui, dans toute la discrétion qu’on lui connaît, parvient à retranscrire à la perfection l’élégance et la tristesse infinies qui se dégagent de cette œuvre éternelle. Une œuvre sur l’échec, conclue par l’échec : échec de la nuit, échec des relations humaines, échec de l’amour, échec du désir, échec du langage, échec de tous les artifices qui sont comme anéantis par le lever du jour. Tout s’envole, sauf cet ultime regard de tendresse lancé par Marcello Mastroiani, les yeux meurtris de cernes, à une jeune enfant qui, elle aussi, et comme tous les autres, passait seulement par là.

La Dolce Vita – Bande-annonce

Fiche technique :

Réalisateur : Federico Fellini
Distribution : Marcello Mastroianni, Anita Ekberg, Anouk Aimée, Yvonne Furneaux
Scénario : Federico Fellini, Tullio Pinelli, Ennio Flaiano, Brunello Rondi, Pier Paolo Pasolini (non crédité)
Décors et costumes : Piero Gherardi
Photographie : Otello Martelli
Musique : Nino Rota
Pays d’origine : Italie, France
Genre : chronique dramatique
Durée : 174 minutes
Dates de sortie : 5 février 1960 (Italie), 11 mai 1960 (France)

 

Champs Elysées Film Festival 2019 : La sélection

Pour la huitième année consécutive, la plus belle avenue du monde va vibrer au rythme du septième art durant une semaine. C’est le retour du Champs Elysées Film Festival créée par Sophie Dulac, et voici la sélection 2019.

Cette année, ce ne sont pas moins de 60 films qui seront présentés lors du festival, des avant premières aux séances spéciales sans oublier la Compétition, les festivaliers auront de nombreux choix à faire. Plusieurs invités viendront également à la rencontre du public parisien à l’occasion de masterclass où on pourra retrouver l’acteur Jeff Goldblum, la réalisatrice Debra Granik, les acteurs Kyle MacLachlan et Christopher Walken, ainsi que le cinéaste David Lowery.

L’un des événements les plus attendus du festival sera l’avant-première du nouveau film de James Franco : Pretenders. Mais David Lowery pourrait bien aussi lui voler la vedette avec la présentation de son dernier film The Old Man & The Gun dans lequel il met en scène Robert Redford et Sissy Spacek. D’autres séances inédites viendront s’y ajouter, notamment avec les films Her Smell de Alex Ross Perry en sa présence, et The Mountain, une oydssée américaine, de Rick Alverson, qui sera également là pour présenter son film. À l’occasion de la première de Dragged Across Concrete du réalisateur américain S. Craig Zahler, le festival permettra de revoir ses deux premiers films Section 99 et Bone Tomahawk. Tapis rouges et invités de prestige marqueront cette huitième édition. Mais le Champs Elysées Film Festival chante aussi, et fort du succès rencontré lors de l’édition précédente, un showcase sera organisé chaque soir sur le prestigieux roogtop du festival. Au programme Adam Naas, Claire Laffut, Hervé ainsi que les DJ Set à ne pas manquer de Corine et Fishbach en ouverture et clôture du Festival, une programmation musicale qui donne autant envie de danser que de se réfugier dans les salles de cinéma pour découvrir chacun des films.

Le jury 2019 est présidé par le cinéaste Stéphane Brizé, choix plutôt étonnant quand on voit la sélection de l’année qui semble très éloignée du genre de cinéma que le réalisateur pratique, mais le mélange devrait s’avérer intéressant. Il sera entouré de la chanteuse ayant remporté la Victoire de la musique de l’artiste interprète féminine de l’année Jeanne Added, des acteurs français Clotilde Hesme et Grégoire Ludic, de la réalisatrice libanaise Danielle Arbid et de l’acrobate Yoann Bourgeois. Le réalisateur et humoriste Océan fera également partie de ce jury et se verra présenter le documentaire portant son prénom et retraçant sa vie depuis début 2018 et sa décision de changer de sexe, une projection qui promet d’être passionnante.

Six longs métrages français et américains indépendants composeront les deux compétitions du format long afin d’obtenir le Prix du Public, du Jury ainsi que celui de la Critique dont le jury sera composé des journalistes Iris Brey, Romain Burrel, Sarah Drouhaud et Sylvestre Picard.

La sélection française :
Long métrages
– Braquer Poitiers – Chapitres 1 & 2, de Claude Schmitz
– Daniel fait face, de Marine Atlan
– Frères d’arme, de Sylvain Labrosse
– L’Angle mort, de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic
– Siblings, d’Audrey Gordon
– Vif-argent, de Stéphane Batut

Court métrages
– Après la nuit, de Valentin Plisson et Maxime Roux
– Djo, de Laura Henno
– Je sors acheter des cigarettes, d’Osman Cerfon
– La Ducasse, de Margaux Elouagari
– La Route du sel, de Matthieu Vigneau
– Le ciel est clair, de Marie Rosselet-Ruiz
– Le Roi des démons du vent, de Clémence Poésy
– Ông Ngoai (Grand-Père), de Maximilian Badier Rosenthal

La sélection américaine :
Long métrages
– Chained for Life, de Aaron Schimberg
– Fourteen, de Dan Sallitt
– Lost Holiday, de Michael et Thomas Matthews
– Pahokee, de Ivete Lucas et Patrick Bresnan
– Saint Frances, d’Alex Thompson
– The World is Full of Secrets, de Graham Swon

Court métrages
– 605 Adults 304 Children, de Michael Mahaffie
– How Does It Start, d’Amber Sealey
– Jeremiah, de Kenya Gillespie
– Liberty, de Faren Humes
– Night Swim, de Victoria Rivera
– Skin of Man, de Jimmy Joe Roche
– The Boogeywoman, d’Erica Scoggins
– The Rat, de Carlen May-Mann

Silence, de Masahiro Shinoda, la foi et la douleur

Le 19 juin 2019, Carlotta va nous permettre de voir enfin Silence, réalisé par Masahiro Shinoda en 1971 et resté inédit en France jusqu’à ce jour.

Sorti en 2018, le film Silence de Martin Scorsese a fait connaître le roman de Shūsaku Endō dont il était l’adaptation. Carlotta nous permet maintenant de découvrir la première adaptation du même roman, réalisée par le cinéaste japonais Masahiro Shinoda et qui, bien qu’il fut présenté au festival de Cannes en 1972, est resté inédite en France jusqu’à ce jour.
La première chose qui frappe ici, c’est la grande sobriété de la mise en scène. Le film est constitué en grande partie de plans fixes, entrecoupés de rares panoramiques sur les paysages. La musique n’intervient que très rarement. Les effets sont mesurés, ce qui ne les rend que plus efficaces : certaines scènes de la seconde partie du film sont très intenses émotionnellement parlant. Au sein de cette sobriété, le moindre geste est important, le plus infime détail est riche de signification. Ainsi, les plans sur la mer insistent sur le fait que le Japon est une île : la mer enferme les personnages qui ne peuvent s’échapper. De fait, il est souvent question d’enfermement ici : enfermement géographique (sur une île ou dans un cachot), enfermement dogmatique…

Silence est divisé en deux parties bien distinctes.
Dans la première partie, nous suivons les pères Rodrigues et Garrpe, deux jésuites envoyés au Japon pour retrouver un des leurs disparu il y a longtemps maintenant, père Fereira. Les deux prêtres seront accueillis par les communautés chrétiennes de l’île et obligés de se cacher pour échapper aux autorités de la province de Nagasaki. L’imagerie convoquée ici par Shinoda fait inévitablement penser aux premiers chrétiens victimes du pouvoir impérial romain. La façon de se dissimuler, la crainte que chaque nouvel arrivant ne soit un traître, la peur permanente des sbires du gouverneur, tout est savamment dosé pour donner un sentiment de danger constant.
Là commence aussi à se développer une image christique du père Rodrigues, image qu’il cultive lui-même. Rodrigues marchant d’un village à l’autre avec ses disciples, Rodrigues en martyr, Rodrigues et son Judas, la passion de Rodrigues, les parallèles sont légion. Et c’est le prêtre lui-même qui semble chercher cette comparaison, jugeant flatteur de souffrir pour la cause de son dieu.
Face à la position tranchée du gouverneur (qui demande aux chrétiens d’abjurer leur foi sous peine de mort), Rodrigues répond par un autre « jusqu’au-boutisme ». Il accepte la souffrance du martyre en prétextant même qu’elle ne peut que nous rapprocher du Christ.
L’originalité du film de Masahiro Shinoda par rapport à celui de Scorsese est d’insister sur le sort des chrétiens japonais pris en étau entre ces deux extrêmes. Dès le début du film, il est posé comme une certitude que l’on ne peut pas être à la fois Japonais et chrétien. La réalisation de Shinoda se plaît à nous montrer, avec un grand souci du réalisme et une attention portée aux moindres détails, la vie quotidienne de ce peuple de petits paysans et de simples pécheurs : nous sommes loin ici des grandes querelles théologiques. Ces Japonais veulent simplement vivre tranquilles et se retrouvent obligés, par des décisions supérieures absurdes, de choisir entre leur foi et leur vie. C’est sans doute là que le film de Shinoda prend toute sa force, dans ces scènes où la foule des personnages secondaires qui représentent le peuple nippon est torturée, mentalement et physiquement. De fait, il y a dans ce film plusieurs scènes de torture qui sont difficilement soutenables.

La seconde partie de Silence est donc constituée d’un affrontement direct entre le gouverneur de Nagasaki et le père Rodrigues, deux hommes aveuglés par cette conception du monde qu’ils cherchent à imposer. Au centre des débats se trouve la question (essentielle) de l’universalité des valeurs : le jésuite affirme que la vérité est unique et est donc vraie partout, là où le gouverneur pense que ce qui est bon en Occident ne l’est pas forcément au Japon. Avec intelligence, Shinoda pose le débat mais se garde bien d’apporter une réponse.
L’autre conflit se fait dans le for intérieur (au sens propre de l’expression) de Rodrigues, qui est amené à se poser la question de son attachement réel non pas à sa foi, mais à l’expression publique de celle-ci.

Derrière son apparente sobriété, Silence est un film très travaillé, parfaitement organisé (le scénario est co-écrit par le réalisateur et l’auteur du roman), chaque plan est réfléchi, l’emploi rare de la musique ne la rend que plus importante. L’esthétique du film n’est pas sans rappeler le théâtre traditionnel nippon, mais fait aussi inévitablement penser à Ozu. Un film beau et fort à découvrir enfin, 48 ans après sa sortie au Japon.

Silence : Bande annonce

Silence : fiche technique

Titre original : 沈黙Chinmoku
Réalisateur : Masahiro Shinoda
Scénario : Masahiro Shinoda, Shusaku Endo, d’après son roman
Interprètes : David Lampson (père Rodrigues), Mako Iwamatsu (Kichijiro), Don Kenny (père Garrpe).
Photographie : Kazuo Miyagawa
Musique : Toru Takemitsu
Producteurs : Kiyoshi Iwashita, Kinshirô Kuzui, Tadasuke Ômura
Société de production : Hyogensha-Mako International
Société de distribution : Toho Company
Distribution de la sortie en France (2019) : Carlotta
Durée : 129 minutes
Genre : drame
Date de sortie en France : 19 juin 2019

Japon- 1971

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4

Greta : Grâce notamment à Isabelle Huppert, un retour plutôt réussi de Neil Jordan au bon vieux thriller sauce 90’s

Neil Jordan réussit avec Greta à susciter notre intérêt pour un film pourtant assez formaté et qui fleure bon le thriller des années 90. La prestation impeccable d’Isabelle Huppert n’y est pas pour rien ; l’actrice prouve une fois de plus qu’elle sait absolument tout jouer.

Synopsis : quand Frances trouve un sac à main égaré dans le métro de New York, elle trouve naturel de le rapporter à sa propriétaire. C’est ainsi qu’elle rencontre Greta, veuve esseulée aussi excentrique que mystérieuse. L’une ne demandant qu’à se faire une amie et l’autre fragilisée par la mort récente de sa mère, les deux femmes vont vite se lier d’amitié comblant ainsi les manques de leurs existences. Mais Frances n’aurait-elle pas mordu trop vite à l’hameçon ?

Obsession

On ne peut pas parler de Greta, ce nouveau film de Neil Jordan, sans évoquer d’emblée Isabelle Huppert. Une actrice iconique tout autant que redoutablement efficace. En effet, tout a été dit sur les hommages appuyés que Neil Jordan a adressé à Hitchcock dans ce film, à commencer par une première image, celle de la star de dos, s’éloignant sur un quai, la coupe au carré, la jupe à l’ancienne, une parfaite copie de cette autre scène de Marnie, un des plus fameux films du maître. Des hommages plaisants par ailleurs, que d’aucuns ont vite fait d’utiliser comme étalon pour (mal) juger le cinéaste et son film.

Donc, le véritable intérêt de Greta, c’est de voir comment l’actrice française, rompue aux films d’auteurs, va s’emparer du personnage titulaire, une psychopathe toute droite sortie des années 90, on pense bien sûr à Glenn Close de Liaison fatale en premier lieu. Et de ce point de vue, et il faut bien l’avouer, sans avoir pris trop de risque, Neil Jordan a rempli son contrat. Que ce soit dans la posture de la veuve française vaguement excentrique qui vit à New-York, ou celle de la harceleuse postée à tous les coins de rue, apparaissant subitement ici et là avec un don d’ubiquité inégalé, Isabelle Huppert fait toujours le job impeccablement.

Le film a deux parties assez inégales. Dans un premier temps, la mise en place orchestrée par le cinéaste est assez molle. Frances McCullen (Chloe Grace Moretz) est une jeune bostonienne émigrée à New-York pour fuir une histoire familiale somme toute assez peu extraordinaire. Elle vit en colocation avec Erica (étonnante Maika Monroe), sa copine de fac, une jeune femme moderne qui pratique le yoga et autres lavements bobo dans son gigantesque loft, une manière d’ancrer le film dans notre époque. Frances , quant à elle, est plus simple, plus naturelle, et c’est en toute logique qu’en jeune femme innocente et pétrie de droiture, elle va rendre à Greta (Isabelle Huppert) le sac qu’elle a laissé dans le métro, et qui contenait son adresse . Neil Jordan échoue quelque peu à brosser en profondeur le portrait de ces deux personnages, dont le potentiel était pourtant assez important et pouvait apporter au film un contenu qui lui manque un peu.

Quand la nature double de Greta, pour ne pas dire plus,  est dévoilée, le film prend un peu plus d’ampleur pour se terminer assez efficacement en crescendo dans son genre, le thriller. Isabelle Huppert est impressionnante dans sa capacité à dompter Greta, un personnage qui peut dérailler facilement vers la caricature, tant elle est affublée de tous les stéréotypes du genre : la froideur et l’hystérie, la violence et la fragilité, les traumatismes et les refoulements. Même dans les situations les plus improbables, et le film en recèle quelques-uns, elle arrive toujours à apporter une crédibilité par son travail rigoureux, un travail qu’elle semble respecter énormément pour savoir jongler entre les films d’Haneke, Honoré ou encore Hong Sang-Soo d’une part, et des films plus grand public comme Mon pire Cauchemar (Anne Fontaine), pour ne citer que lui, d’autre part.

Quant à Chloe Grace Moretz, elle s’en sort plutôt pas mal à camper ce personnage de jeune femme influençable et fragile, ayant perdu sa mère récemment, et prête à se lier d’amitié à la première figure vaguement maternelle venue, même si celle-ci sent la femme à problèmes à plein nez dès sa première apparition. Le film aurait peut-être gagné en peps avec Maika Monroe à la place de Moretz, mais la platitude qui se dégage de cette dernière est sans doute due à un rôle insuffisamment écrit (Ray Wright est également crédité au générique), qu’à une actrice incompétente (sa participation au Suspiria de Luca Guadagnino a été très convaincante).

On peut reprocher à Neil Jordan de n’avoir voulu s’attacher qu’au côté thriller, et de ne pas avoir essayé de développer la veine sociale et intime qui est restée en jachère dans son film : le passé des deux protagonistes est à peine effleuré, ainsi que la manifestation de la solitude dans une grande ville comme New-York, quand on est une femme d’un certain âge et étrangère de surcroît, ou au contraire une jeune provinciale fraîchement orpheline et réservée. Le film est tourné pour une bonne partie en Irlande, et ceci explique sans doute cela ; les scènes essentiellement tournées en intérieur ne donnent pas assez la mesure de cette solitude.

Pour finir, Greta est un thriller efficace, avec de vrais bons moments de suspense, notamment vers le dernier tiers du film. Il démarre cependant beaucoup trop mollement et avec trop peu de matière pour convaincre totalement. Heureusement, Le travail hypnotique d’Isabelle Huppert comble nos frustrations.

Greta – Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=g8Ff_3g4JMM&t=28s

Greta : Fiche technique

Titre original : Greta
Réalisateur : Neil Jordan
Scénario : Neil Jordan, Ray Wright
Interprétation : Isabelle Huppert (Greta Hideg), Chloë Grace Moretz (Frances McCullen), Maika Monroe (Erica Penn), Jeff Hiller (Maître d’hotel Henri), Jessica Preddy (Barmaid du Park Hill Bartender), Colm Feore (Chris McCullen), Zawe Ashton (Alexa Hammond), Stephen Rea (Brian Cody )
Photographie : Seamus McGarvey
Montage : Nick Emerson
Musique : Javier Navarrete
Producteurs : Lawrence Bender, James Flynn, Sidney Kimmel, John Penotti,Karen Richards, Coproducteurs : Mark O’Connor, Dylan Tarason
Maisons de production : Sidney Kimmel Entertainment, Lawrence Bender Productions, Little Wave Productions
Distributeur France : Metropolitan FilmExport
Récompense : Meilleur Film Irlandais – Festival de Dublin 2019
Durée : 98 min.
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie : 12 Juin 2019
Irlande | Etats-Unis – 2018

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3.5

Le cinéma noir américain, de la lutte au consensus

Ranger le cinéma dans des cases ou des règles est souvent difficile et réducteur d’une époque ou d’un style, mais quand il est marqué d’une histoire et que celle-ci s’en retrouve l’élément central alors il convient de définir la forme par son fond. On appellera cinéma noir américain, celui où les films sont produits ou au moins réalisés par des noirs, définition parfois sujette à débat.

Mémoires de l’Histoire

Ancré dans sa société, le cinéma noir américain n’a cessé d’évoluer depuis les années 70 et de changer de tons. En lien direct avec ses dirigeants politiques et les moeurs de son époque, il raconte, crée et frappe la société qu’il subit parfois autant que les acteurs qui le font, ou ses protagonistes, érigés en porte parole des combats. Lorsque l’on plonge dans la filmographie des oeuvres afro-américaines, il apparaît très clairement le besoin de raconter, de sortir du silence les années d’esclavage qui ont marqué l’Histoire du pays et de rendre hommage aux victimes, aux héros et aux figures marquantes de cette période. Le cinéma comme devoir de mémoire dans les heures les plus sombres de l’Histoire, des films de guerre aux films d’esclavage, les drames humains ne font pas toujours de bons films mais ont le mérite de créer du débat et des émotions, souvent contradictoires. S’emparer de sujets aussi sensibles, c’est aussi prendre un risque et se mettre en danger lorsque l’on est artiste. Mais là où les films noir-américains restent pertinents, c’est dans la vérité et la réalité que retracent les scénaristes ou réalisateurs, ayant souvent à coeur de rendre hommage à leur communauté. Rétablir la vérité alors, défendre ses droits aussi, puis lutter surtout, toujours. C’est ainsi qu’ils ont fait du cinéma, sans éviter les erreurs ou les défauts mais en faisant vivre ce qui était alors invisible au cinéma, en montrant ce qui était caché ou oublié, en rappelant quelle était la réalité là où des années avant, on avait tenté de la balayer en offrant raison au Ku Klux Klan à travers The Birth of a Nation, de Griffith en 1915.

Dans les années 70, le cinéma afro-américain connaît son âge d’or avec les films de la Blaxploitation. Les Noirs y sont alors totalement revalorisés dans des premiers rôles et bien que beaucoup soient réalisés par des cinéastes blancs, quelques figures marquantes émergent. Gordon Parks fait le premier film hollywoodien avec Les sentiers de la violence puis enchaîne avec Les nuits rouges d’Harlem. Les genres se mélangent, beaucoup de séries B voient le jour dans lesquelles la violence a une part importante. L’époque cinématographique reflète la lutte des années 60-70 pour les droits civiques, et les films sont empreints de l’ambiance qui règne dans cette Amérique raciste : les Noirs sont tués par les flics ou jugés injustement coupables d’actes criminels. Même lorsque les films visent à divertir, ils sèment subtilement ou non, leurs revendications et colères. Que ce soit dans des films d’action, ou dans des comédies plus légères, on peut alors difficilement séparer les films afro-américains de la situation vécue par la communauté tant les deux sont liés.  Les années 70 voient tout de même ce qui peut être considéré comme le premier film véritable sur l’esclavage avec Mandingo, de Richard Fleischer, qui répare les erreurs faites par Griffith. Mandingo n’hésite pas à donner la vérité en plein visage au spectateur. Inutile de cacher le sexe inter-racial, inutile d’endormir le spectateur dans des dialogues embellis, Fleischer n’hésite pas et présente la monstruosité d’une époque avec une honnêteté abjecte mais réelle.

Cette audace et ce goût de la percussion dans une société trop enfermée dans ses clivages, Spike Lee la retrouvera quelques années plus tard. Après avoir connu une période plutôt calme où la naissance des blockbusters aura fait mal à la production des films afro-américains, l’Amérique verra alors de nouveaux visages émerger avec l’un de ceux qui ne quittera pas le pays de si tôt, Eddie Murphy. En 1986, Spike Lee réalise son premier film avec Nola Darling n’en fait qu’à sa tête dans lequel il fait s’affranchir une femme de toutes les contraintes qu’on lui impose. Dans ce manifeste féministe, Spike Lee pose les points de départ de son cinéma contestataire et intelligent à la base du New Jack Cinema des années 90. Très vite, ces années là donnent la parole aux ghettos jusqu’à présents assez méprisés au cinéma. Do the right thing, Boys N the Hood, New Jack City, que ce soit dans les images ou les dialogues, les films noirs s’urbanisent et n’ont plus peur de montrer la vie des ghettos. Cette vague de jeunes réalisateurs rafraîchit le cinéma afro-américain en apportant un autre ton, pas moins enragé que précédemment, mais dans une quête de la justice un peu différente. Si l’avant Reagan était marqué par davantage d’optimisme et d’héroïsme, ici, on sent au contraire la révolte pure. Les années ont passé, les gouvernements réprimants également, et rien n’a changé, si ce n’est empiré. Les années 90 voient alors un repli communautaire se former, les émeutes éclatent et le cinéma est en colère. À travers Glory ou encore Malcolm X, les personnages réclament justice et n’ont plus peur d’aller directement au front avec le gouvernement ou ceux qui les oppriment quotidiennement. Là où la Blaxploitation était une libération des années de silence, le New Jack Cinema est une période de rage et de violence où la vie dans les quartiers noirs est dépeinte au plus près de la réalité et des rancœurs populaires et communautaires.

Vers l’apaisement et la légèreté 

Les années 2000 voient un net recul de cette rage précédente. Les Black Panthers sont divisés et dissolus, les gangs de rue ont émergé, l’unité communautaire n’est plus vraiment présente et la révolte est lasse bien que toujours d’actualité. Le cinéma de cette époque trouve alors son industrie complexifiée par l’arrivée de Bush au pouvoir. Les thèmes afro-américains sont délaissés au profit de films mainstream « blancs ». Le cinéma afro-américain devient celui des classes moyennes des quartiers résidentiels ou celui des comédies romantiques ou familiales. Le ton change et la création évolue avec une nouvelle génération de cinéastes noirs comme George Tillman. L’époque fait évoluer les représentations des femmes noires qui sont moins sexualisées dans ce qu’on appelle alors les « black comedies ». À l’image d’Act of love, ou encore Brown Sugar, les initiatives sont plus banales mais prouvent ainsi que le cinéma noir-américain n’est pas obligé d’être politique et engagé, que le goût de la révolte qui définit souvent ce cinéma ne devrait pas avoir lieu d’être et que si les choses avaient été bien faites, aucune distinction n’aurait dû être faite entre cinéma « blanc » ou « noir ». La seule chose qui les différencie c’est l’Histoire et l’oppression d’un peuple sur un autre. Les années 2000 rappellent bien que les fictions peuvent être les mêmes, qu’importe la couleur de ceux qui les racontent, l’amour, la création est universelle et à la portée de tous.

L’arrivée de Barack Obama en 2009 relance la vague quelque peu contestataire des années 90. Des cinéastes noirs travaillent pour Hollywood, les indépendants émergent et l’héritage afro-américain est célébré. L’héritage culturel à travers des biopics musicaux comme Get on Up, Jimi, NWA permet au cinéma noir-américain de souffler sur les braises de son passé et de relancer l’optimisme populaire. L’esclavage est également remis en image avec 12 years a slave (Steve Mc Queen), The Birth of a Nation (Nate Parker) ou Django Unchained (Quentin Tarantino) où les Noirs sont érigés en héros. Outre la qualité et le ton inégaux de ces trois films, ils rendent justice aux personnes ayant vécu cette époque monstrueuse. Les films, qu’ils soient réalisés par des Blancs ou des Noirs, quand ils retracent l’histoire afro-américaine font des millions d’entrée au box office US et marquent alors un changement important dans la société américaine dont le public de cinéma évolue, et les mentalités, on essaie de s’en persuader, également. Le ton est à l’espoir revenu, aux fins à succès, le rêve d’Obama est dans la continuité de celui de Martin Luther King, la célébration d’une communauté remplit les cœurs de ceux, trop longtemps restés en marge. La mémoire est intacte, et sauvée, le long chemin des champs de coton à la Présidence d’Obama est énoncé clairement et salué internationalement. L’unité du pays est retrouvée contrairement à l’éclatement vécu dans les années 90, les conflits communautaires sont intégrés dans les films avec des arguments de toute part. Le Majordome en dresse une image intelligente où chacun mène à sa façon la lutte, qui finalement rassemble. Loin du radicalisme des années 90, l’heure est plutôt au vivre ensemble et à la réconciliation et non plus à la condamnation des Blancs. Mais certains films se refusent à se laisser endormir par l’obamania et continuent de montrer le vrai visage de la société américaine avec ses personnages en marge. De Precious à Moonlight, en passant par Blue Caprice, le cinéma n’oublie pas les problèmes sociaux qui demeurent durant l’ère Obama. Bien que ces films restent dans l’ombre des grands succès, ils n’en restent pas moins importants.

Réalité ou consensus et idéalisme ?

Les années qui suivent ne permettront pas vraiment de l’affirmer puisqu’Obama perdra quelques partisans au fil de ses mandats qui verront renaître tout ce qui avait été passé sous silence durant quelques années positives et réveillera le suprématisme blanc. La joie de l’élection d’un président noir redescend et fait à nouveau face à la réalité sociétale bien moins idéaliste. L’apartheid est toujours ancré sur le sol américain et l’héroïsme blanc surgit dans les films en se servant des Noirs pour faire apparaître les héros blancs, comme si la lutte pour l’égalité était le résultat d’une lutte des Blancs. Retour à la lutte avec le regain du racisme et des violences policières. Quatre siècles d’oppression contre 8 ans de présidence noire, la balance penche et la société américaine aussi. De nouveaux mouvements émergent, des martyrs aussi, tristement. Freddie Gray, Oscar Grant, Alton Sterling, les noms sont nombreux de ceux tombés sous les balles injustes des policiers. Avec Fruitvale Station, Ryan Coogler met frontalement en accusation le racisme policier des années 2010. Un nouveau cinéma noir-américain est en train de naître, celui du #BlackLivesMatter…

Source :

Le cinéma noir américain des années Obama, Régis Dubois

Piranhas de Claudio Giovannesi : Baby Boss à Naples

Adapté du livre éponyme de Roberto Saviano, l’homme derrière Gomorra, Piranhas de Claudio Giovannesi est un récit intense mêlant naturalisme et conte mafieux. Une démarche qui s’inscrit dans un courant social désireux de genre et très en vogue dans le cinéma italien contemporain.

Le film, déjà auréolé de l’Ours d’argent – Prix du scénario – à la Berlinale et du Prix du jury au Festival du Film Policier de Beaune, est centré autour de Nicola (Francesco Di Napoli) et ses amis, une bande de jeunes adolescents qui se balade en scooter dans les rues étroites napolitaines. Ils observent les parrains de la Camorra à l’œuvre venant racketter les riverains. Et entre fascination, appât du gain et volonté d’émancipation pour faire comme les grands, il n’y a qu’un pas…

« Petit frère n’a qu’un souhait, devenir grand »*

Le feu et le sang. Des corps encore imberbes, un gigantesque feu dans un terrain vague et une jeunesse qui tourne autour tel des supporters Azzuri. Dès l’introduction emplie de symbolisme, Piranhas, saisit son sujet à bras le corps. Ce sera un film sur une jeunesse incandescente, inscrite dans les traditions locales et désireuse de pouvoir.

Avec son troisième film, Claudio Giovannesi poursuit sa quête naturaliste en racontant l’histoire des « Baby gangs » notamment dans cette volonté primaire de saisir le réel dans son matériel le plus vif. La caméra est à hauteur d’homme, souvent portée à l’épaule, proche des corps et des visages. Le but est d’incarner plus que d’observer. Cette jeunesse est à l’œuvre, allons la scruter. Le film évite alors l’écueil de la thèse sociologique explicative, du sermon hautain qui chercherait à se justifier. Il faut faire du cinéma.

Et pourtant, et c’est là l’une de ses grandes forces, le film refuse le jugement et épouse avec beaucoup de ferveur les conditions de vie modestes des familles vivant dans les quartiers napolitains. Il y a un sens du détail dans la retranscription de la vie, à la fois intime et collective, qui est très fort. L’on comprend rapidement alors que cette délinquance émerge des conditions de vie, des inégalités, des injustices et d’une reproduction sociale très forte. L’Italie va mal, socialement et économiquement et Piranhas en devient un témoin supplémentaire. Le film peut s’appuyer sur la solide direction d’acteurs, comme toujours chez Giovannesi.

Le rapport entre adolescence et criminalité s’introduit par l’urgence de grandir, de ne pas rester inactif, de faire comme les grands, de protéger sa famille jusqu’au refus de l’insouciance. Jusqu’à la fin de l’innocence. Mais là encore, le long métrage nous rattrape par cette innocence intrinsèque à l’enfance : on se dispute avec son petit frère pour des gâteaux, on joue aux jeux-vidéos, on drague la jeune fille du quartier. Et lorsque la violence les rappelle, c’est à travers des procédés visuels et sonores, une fois encore diablement réalistes, notamment dans la sensation glaçante de voir une arme à feu dans les mains de jeunes de 15 ans. Nous ne sommes pas à Hollywood…

« Sur le canon de mon arme, vos noms s’inscrivent, incandescents ».

https://www.youtube.com/watch?v=C41N5rBbjrQ

« À 13 ans, il aime déjà l’argent, avide mais ses poches sont arides, alors on fait le caïd… »*

Avec son volet naturaliste, Piranhas joue également sur un autre tableau, celui de la fable mafieuse – genre incontournable dans l’histoire du cinéma. En jonglant entre naturalisme et fresque baroque, Giovannesi s’échappe malicieusement de la chronique réaliste sur des adolescents en perdition, déjà exhumée à de multiples reprises.

Le film se joue des codes d’honneur, transgresse la réalité pour apporter ce souffle romanesque qui donne de l’air et de l’épaisseur au film. Jusqu’à se prendre rapidement au jeu, rentrer dans du pur cinéma qui nous aspire dans cette spirale infernale de violence.

Nouvelle vague Italienne

Piranhas semble s’inscrire dans une nouvelle génération de cinéastes italiens à l’œuvre depuis une petite dizaine d’années. Celle d’un cinéma réaliste, social et populaire, ouvert sur le monde et qui, en digne héritière des Visconti, Fellini et tuttiquanti, s’échappe souvent vers le conte, la romance, la fresque.

Incarnée d’abord récemment par Daniele Luchetti (La Nostra Vita) et Matteo Garrone (GomorraDogman), elle a donné lieu à de véritables petites pépites telles que Il Figlio, Manuel de Dario Albertini et Cœurs purs de Roberto De Paolis, sortis en 2018, ou encore Fiore Gemello de Laura Luchetti ou Il Vizio Della Sperenza de Edoardo De Angelis inédits en France. Il ne suffit pas de chercher très loin pour voir que dès ses premiers films Claudio Giovannesi tendait vers ce cinéma à la fois social et onirique. À l’image de Fiore (2017), une romance libre entre deux adolescents placés en prison pour mineurs. La bonne nouvelle, c’est qu’une génération a soif de cinéma et se fait un témoin précieux de l’Italie contemporaine.

*Extraits de « Petit Frère » d’IAM.

Synopsis : Nicola et ses amis ont entre dix et quinze ans. Ils se déplacent à scooter, ils sont armés et fascinés par la criminalité. Ils ne craignent ni la prison ni la mort, seulement de mener une vie ordinaire comme leurs parents. Leurs modèles : les parrains de la Camorra. Leurs valeurs : l’argent et le pouvoir. Leurs règles : fréquenter les bonnes personnes, trafiquer dans les bons endroits, et occuper la place laissée vacante par les anciens mafieux pour conquérir les quartiers de Naples, quel qu’en soit le prix.

Piranhas – Fiche Technique

Titre original : La Paranza Dei Bambini
Réalisateur : Claudio Giovannesi
Avec Francesco Di Napoli, Ar Tem, Viviana Aprea, Alfredo Turitto,
Genre : Drame
Date de sortie : 5 juin 2019
Durée : 1h52
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Nationalité : Italie

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4

Quatre superbes mélos réunissent Marlene Dietrich et Josef von Sternberg en Blu-ray

Elephant Films sort en Blu-ray ou combo quatre des sept films tournés par Josef von Sternberg avec Marlene Dietrich.

Ce sont quatre superbes mélodrames que nous proposent les éditions Elephant Films. Quatre des sept films dans lesquels Josef von Sternberg dirigea Marlene Dietrich, formant un des couples réalisateur-actrice les plus glamours de l’histoire cinématographique. Dans l’ordre chronologique, nous avons Agent X-27 (Dishonored), sorti en 1931, et qui reprend l’histoire de Mata Hari de façon à peine romancée : une jeune veuve obligée de se prostituer, dans la Vienne de 1915, est engagée par les services secrets autrichiens pour user de ses charmes afin de soutirer des informations aux ennemis, en particulier russes.
Comme son titre l’indique, Shanghaï Express se déroule en Chine, dans un train qui relie Pékin à Shanghaï, pendant la guerre civile chinoise. Marlene Dietrich y interprète Shanghai Lily, une « entraîneuse » tiraillée entre un ancien amour méfiant et un rebelle influent qui cherche à la séduire.
L’Impératrice Rouge (The Scarlet Empress) nous plonge dans la Russie tsariste : une jeune noble allemande est choisie pour épouser le tsarévitch et futur empereur Pierre III. Le film raconte la transformation de la jeune femme naïve et ingénue en une des plus grandes souveraines européennes, Catherine II.
Enfin, La femme et le pantin (The Devil Is A Woman) est l’adaptation, signée par le grand romancier américain John Dos Passos, du roman de Pierre Louys. Marlene Dietrich y incarne une femme qui sait jouer avec les sentiments des hommes autour d’elle pour obtenir ce qu’elle veut. Il s’agit du dernier des sept films que tourneront ensemble le réalisateur et son actrice.

Petite et grande histoires

Nous avons donc quatre mélodrames qui montrent le destin d’une femme forte qui assume ses actes au risque de choquer la « bonne société ». Les personnages que Marlene Dietrich incarna pour Sternberg sont tous du même acabit : meneuses de revue dans des cabarets, prostituées, elles sont toutes en marge de la société et flirtent avec les limites de la morale. D’ailleurs, dès les premières scènes le décor est planté : des rumeurs se propagent dans le Shanghai Express au sujet de cette Shanghai Lily de mauvaise vie ; l’héroïne d’Agent X-27 (dont on ne connaîtra jamais le nom) fait le tapin dans la rue ; et au sujet de la protagoniste de La Femme et le pantin, Pascual passe la moitié du film à nous mettre en garde contre elle…
Et pourtant, ces femmes fortes sont loin d’être de simples dévergondées comme on pourrait le croire de prime abord. Le cinéaste a toujours soigné la profondeur psychologique de ses personnages. Et surtout, il nous propose, dans chacun de ces films, des portraits de femmes rachetées, sublimées par l’amour. Car ces quatre films sont quatre superbes histoires dans lesquelles l’amour pousse à faire les plus grands sacrifices (voire le sacrifice ultime, celui de sa vie).
Car l’histoire personnelle est gravée dans « l’Histoire avec sa grande hache » (comme l’écrivait Georges Pérec). Les histoires présentées ici se déroulent dans des contextes politiques compliqués. Même le carnaval, pourtant a priori inoffensif, de La Femme et le pantin se transforme en un lieu dangereux : un des dirigeants de la ville donne explicitement à ses policiers l’ordre de tirer en cas de débordements, sans chercher à faire de prisonniers, et le fait qu’un des personnages principaux soit un proscrit rentré clandestinement d’exil renforce le côté dangereux de l’événement.
Agent X 27 se déroule lors de la Première Guerre Mondiale, mais surtout dans le contexte d’effondrement social et moral de l’Autriche-Hongrie (officiers qui trahissent, alcool qui coule à flot, obsédés sexuels) ; la Russie de L’Impératrice rouge est aux mains d’autocrates cruels et tortionnaires et la future Catherine est prise dans des enjeux de pouvoir qui la dépassent ; enfin le Shanghai Express fonce (plus ou moins) dans un pays déchiré par la guerre civile.
A chaque fois, c’est ce contexte politique qui va imposer à l’héroïne une situation tragique où l’amour va l’exposer à de graves dangers. L’amour est constamment interdit car il se fait hors des cadres de ce que la société de l’époque considérait comme normal. C’est l’amour qui aboutit soit à la rédemption, soit à la mort.

Travail esthétique

L’esthétique des films est très travaillée. Josef von Sternberg avait un sens artistique rare. Ainsi, chaque film, se déroulant dans un milieu différent, a donc une ambiance différente. L’esthétique la plus marquante est sans conteste celle de L’Impératrice Rouge : les images baroques sont remplies de sculptures et d’icônes morbides, dans une surcharge de détails signifiants qui a sans doute influencé Sergueï Eisenstein lorsqu’il a réalisé son fameux Ivan le Terrible, quelques années plus tard.
Une autre caractéristique des films de von Sternberg est son emploi de la musique. Parfois elle s’inspire de compositeurs classiques (Tchaïkovski pour L’Impératrice rouge, avec entre autres la splendide « Ouverture 1812 » pour la scène du couronnement de Catherine II, ou Rimsky-Korsaov pour La femme et le pantin). Son rôle est particulièrement important dans Agent X 27 : la seule musique présente dans l’histoire est celle jouée par la protagoniste ; or, si l’espionne a appris à maîtriser ses émotions et paraît froide, c’est par la musique qu’elle exprime les sentiments qui la dominent.

En bref, par l’intelligence de ses scénarios, par les choix artistiques judicieux et souvent éblouissants, par la qualité de l’interprétation (bien entendu, Marlene Dietrich est exceptionnelle dans chacun de ces films, mais les autres acteurs sont tout aussi bons ; mention spéciale à Victor McLaglen, acteur habituel de John Ford, qui est formidable de finesse dans Agent X 27), Josef von Sternberg crée ici quatre œuvres magnifiques.

Caractéristiques des Blu-ray :
Langue 1 anglais
2.0 DTS-HD Master Audio
Sous-titrage 1 français
Format image 4/3 format respecté 1.33
Qualité Pal
Noir et Blanc
Son mono

Compléments de programme :
Le film par Jean-Pierre Dionnet (13’)
Josef von Sternberg par Jean-Pierre Dionnet (12’)
Marlene Dietrich par Xavier Leherpeur (13’)
Entretien croisé avec Mathieu Macheret & Théo Esparon (38’)
Bande-annonce
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Crédits

Durée des films :
Agent X 27 : 91 minutes
Shanghai Express : 87 minutes
L’impératrice Rouge : 104 minutes
La femme et le pantin : 80 minutes