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Top 10 des meilleurs films ayant le casino pour thème

Depuis plusieurs décennies déjà, le cinéma aborde la thématique des jeux de hasard et d’argent. Les films qui se déroulent dans des casinos, ou dans des environnements similaires, ou encore ayant un thème lié aux casinos sont disponibles par milliers. On pourrait même créer une catégorie de films de casino tellement ils ont du succès.

Très appréciés des fans de cinéma, mais encore plus des joueurs de casino, certains films de casino ont réussi à se démarquer en décrochant une place de choix au box-office. Aussi, d’autres films à succès modéré ont tout de même su devenir des incontournables du genre. Découvrons le top 10 des meilleurs films sur le thème des casinos.

Casino Royale

Réalisateur : Martin Campbell
Avec : Daniel Craig, Eva Green
Bande-Annonce : Casino Royale

Film réalisé par Martin Campbell en 2006, cette version rassemble un duo d’acteurs des plus séduisants : Daniel Craig et Eva Green. Budgétisé à 72 millions de dollars, le 21e titre de la célèbre saga James Bond a su convaincre l’intégralité des fans de jeu de sous. En effet, le héros principal évolue dans cet environnement, des Caraïbes où il remporte une Aston Martin DBS, au Monténégro où il joue une partie en compagnie d’un terroriste…avec 10 millions de dollars comme mise de départ.

Casino

Réalisateur : Martin Scorsese
Avec : Robert de Niro, Sharon Stone, Joe Pesci
Bande-Annonce : Casino

Ce film dramatique américain, sorti au cinéma en 1995 et réalisé par Martin Scorsese, scénarise 2 grands acteurs : Joe Pesci et Robert de Niro, les interprètes des 2 rôles principaux. La sulfureuse Sharon Stone jouant le rôle d’une prostituée (qui lui a valu un Golden Globes) accompagne les 2 héros, dans un univers gangster des années 1970. Le concept du film tourne autour des casinos, vu que de Niro (jouant le rôle de Sam) est exilé à Vegas, dans le but de gérer un hôtel casino, servant de couverture à une organisation mafieuse de Chicago. L’argent coule à flot, mais les problèmes suivent rapidement la cadence… Nous vous proposons également de plonger dans le monde des casinos https://1-casinosenligne.com/machines-a-sous/.

Ocean’s 11

Réalisateur : Steven Soderbergh
Avec : George Clooney, Brad Pitt, Matt Damon, Andy Garcia, Julia Roberts
Bande-Annonce : Ocean’s Eleven

Le film est un remake d’un film de Franck Sinatra réalisé en 1960. Sortie en 2002, la pellicule a été réalisée par Steven Soderbergh et réunit un éventail d’acteurs les plus connus tels que Brad Pitt et George Clooney, qui côtoient Andy Garcia, Julia Roberts et Matt Damon, composant une équipe extraordinaire de criminels. Leur but étant de réaliser le vol du siècle : cambrioler en même temps les 3 plus grands casinos de Las Vegas, le Bellagio, le Mirage et le MGM.

Las Vegas Parano

Réalisateur : Terry Gilliam
Avec : Johnny Depp, Benicio del Toro
Bande-Annonce : Fear nd Loathing in Las Vegas

Las Vegas Parano est une comédie dramatique américaine réalisée par Terry Gilliam, sortie en salle de cinéma en 1998. L’avant-première était un vrai échec commercial…et puis, contre toute attente, le film est devenu culte ! Peut-être que ce revirement de situation est dû aux personnages principaux, Johnny Depp et Benicio del Toro qui partagent la tête d’affiche. Ou alors, l’approche décalée du film a fini par convaincre les téléspectateurs : un journaliste, escorté par son avocat, se rend à Vegas dans le but de couvrir un évènement sportif…ce n’est qu’une image de façade. En fait, le but est de créer le trouble dans des maisons de jeux…pour s’adonner aux excès, et surtout à toutes les formes de drogue.

Leaving Las Vegas

Réalisateur : Mike Figgis
Avec : Nicolas Cage, Elisabeth Shue, Julian Sands, Valeria Golino
Bande-Annonce : Leaving Las Vegas

Réalisé en 1995 par Mike Figgis, ce film franco-américano-britannique, regroupe Nicolas Cage, Elisabeth Shue, Valeria Golino et Julia Sands. Très sombre, le film raconte la descente aux enfers de Ben, un scénariste qui vient de perdre son travail et décide alors de terminer sa vie dans les méandres de Las Vegas et dans l’alcool. Il loue un local dans un hôtel déplorable, à proximité des casinos et des cabarets nocturnes et fait la rencontre d’une serveuse également perdue…qui va sombrer avec lui dans ses derniers moments.

Las Vegas 21

Réalisateur : Robert Luketic
Avec : Kevin Spacey, Laurence Fishburne
Bande-Annonce : Fear and Loathing in Las Vegas

Drame américain sorti en 2008, cette fiction est inspirée d’une histoire vraie : celle d’une équipe de blackjack du MIT (Massachussets Institute of Technology). Avec Kevin Spacey et Laurence Fishburne, le film raconte les péripéties d’un étudiant surdoué, Ben, devant partager son temps entre un concours de sciences, ses études et des petits jobs. Un jour, il rejoint une équipe d’étudiants, gérée par un professeur, qui va dévaliser les casinos de Vegas avec une technique sans failles…mais risquée.

Jouer à des jeux de casinos en ligne français est la meilleure manière de s’immerger dans l’univers des casinos, comme dans les meilleurs films. Faites un tour notamment au Casino770 pour vivre une expérience de jeu des plus extraordinaires, avec des possibilités incroyables de gain.

The Hangover (ou ’’Very Bad Trip’’)

Réalisateur : Todd Philips
Avec : Bradley Cooper, Ed Helms, Zach Galifianakis, Heather Graham
Bande-Annonce : The Hangover

Cette comédie américaine, réalisée par Todd Philips, est sortie en 2009. Elle met en scène un quatuor exceptionnel, incluant Bradley Cooper et Ed Helms…pour une comédie ébouriffante. Le synopsis est de taille : Doug sur le point de se marier, ses amis décident de le conduire à Las Vegas pour enterrer sa vie de garçon. Mais…avec l’abus d’alcool, la situation va empirer et les garçons devront gérer une disparition énigmatique de Doug, et l’apparition extraordinaire d’un bébé.

Rounders

Réalisateur : John Dahl
Avec : Matt Damon, Edward Norton, John Malkovich, Martin Landon
Bande-Annonce : Rounders

Ce film devenu culte a été réalisé en 1998 par John Dahl. Le succès du film est dû à son thème concernant le poker Texas Hold’em qui était très tendance en 1998. Le film réunit des pointures du cinéma, tels que Matt Damon, Martin Landon, Edward Norton et John Malkovich. Les 2 acteurs principaux sont des amis qui, pour rembourser leur dette excessive, jouent aux tournois de Poker, de ville en ville. Mais quand la mafia russe et les salles de jeux illégales s’en mêlent…

The Cooler

Réalisateur : Wayne Kramer
Avec : Alec Baldwin, William H. Macy, Maria Bello
Bande-Annonce : The Cooler

Le film dramatique de Wayne Kramer sorti en 2003, met en tête d’affiche, Alec Baldwin, qui joue le rôle d’un patron de casino atypique. L’histoire concerne une personne malchanceuse (un cooler), qui a la réputation de porter la poisse aux joueurs dès qu’il s’assoit sur une table de jeu…jusqu’au journoù il tombe follement amoureux d’une serveuse.

Croupier

Réalisateur : Mike Hodges
Avec : Clive Owen, Alex Kingston et Gina McKee
Bande-Annonce : The Cooler

Film sorti en 1998 et réalisé par Mike Hodges, il est tourné comme un film noir, du milieu des années 1940. Cependant, il s’agit d’une version moderne néo-noire. La fiction rassemble la crème de la crème des acteurs, tels que Gina McKee, Clive Owen et Alex Kingston. Ce film est spécialement sombre, car il scénarise un écrivain à succès mitigé, obligé d’accepter une fonction de croupier dans l’optique de survivre. Cependant, ce dernier va se laisser entraîner dans le monde du casino, au point de s’y perdre.

Once Upon a Time… in Hollywood : la déclaration d’amour de Tarantino

Avant d’être un bon petit délire dont Quentin Tarantino a le secret, Once Upon a Time… in Hollywood est avant toute chose une déclaration d’amour du cinéaste pour le cinéma. À son histoire, à son fonctionnement et à ses techniques, auxquels le papa de Pulp Fiction vient apporter sa patte, son respect et surtout son savoir-faire qui ne sont plus à démontrer. L’ensemble pourra en dérouter certains, mais la réussite est bien là !

Synopsis : En 1969, la star de télévision Rick Dalton et sa doublure de longue date Cliff Booth poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie hollywoodienne en pleine mutation, cette dernière pouvant les ranger au placard des « vedettes has been » à tout instant. En parallèle, l’actrice Sharon Tate et voisine de Rick Dalton rentre à Los Angeles avec son mari Roman Polanski pour profiter pleinement de sa vie de célébrité, sans se douter que son destin lui fera croiser le chemin des disciples de Charles Manson… 

Que pouvons-nous bien ajouter de plus quand tout a déjà été dit depuis sa présentation au dernier Festival de Cannes ? Surtout quand la rédaction du site même était présente sur la Croisette le 21 mai 2019 pour en délivrer une première critique (que vous retrouverez ici). Que dire quand la majorité des médias se montrent unanimes quant à la qualité et la prestance du film dans le paysage cinématographique ? Et ce depuis déjà quelques mois ! Autant dire que l’exercice s’avère plutôt difficile, étant donné que le risque de cette critique est d’arriver après la bataille. De paraître aux yeux des lecteurs comme une simple redite, rédigée à l’occasion de la sortie nationale du long-métrage. Surtout qu’aux vues de la note attribuée au titre, certains rétracteurs pourront y voir comme un effet « mouton suivant bêtement la masse ». Que le rédacteur de cette critique, plutôt que de se mettre les cinéphiles à dos, ait préféré aller dans leur sens pour ne pas les froisser parce qu’il s’agit d’un film de Quentin Tarantino. Réalisateur acclamé, pour ne pas dire intouchable. Oui, la situation est vraiment délicate ! Mais au lieu de se prendre la tête avec autant de questionnements, plongeons à corps perdu dans cette critique et disons-le clairement : oui, Once Upon a Time… in Hollywood est une vraie réussite, qui saura mettre tout le monde d’accord – contrairement au précédent film de Tarantino, Les Huit Salopards.

Mais il faut tout de même avouer que le film en déroutera plus d’un, à commencer par ceux n’ayant aucune affinité avec le réalisateur. Ne connaissant pour le coup aucun de ses critères de cinéaste, ils se lanceront à corps perdu dans un long-métrage qui semble mener nulle part. Car sur une durée de 2h41, Once Upon a Time… in Hollywood prend deux heures – si ce n’est plus – à suivre les déboires d’un acteur en perdition et de sa doublure. Deux heures à nous présenter une vedette narcissique has been en proie au doute lors de ses répétitions, sur les plateaux de tournage, dans sa villa, pendant ses crises de diva préoccupée par son image. Deux heures à montrer le quotidien de son homme à tout faire, insistant sur la route qu’il entreprend pour le voir rentrer dans sa caravane donner à manger à son chien. Sur une antenne de télévision qu’il doit réparer. Sur sa drague avec une parfaite inconnue. Deux heures à surligner l’amitié, pour ne pas dire la fraternité, qui unit les deux hommes, pouvant compter l’un sur l’autre jusqu’à passer une simple soirée devant la télévision avec des bières. Deux heures pour raconter tout cela, en y ajoutant en parallèle la vie de l’actrice Sharon State. Une autre intrigue qui ne se résume qu’à voir le personnage se dandiner à la moindre musique, la moindre soirée et se satisfaire au cinéma devant un film auquel elle apparaît au casting. En gros, en deux heures, Once Upon a Time… in Hollywood ne semble rien raconter. Ne pas avoir de but précis et ce même en essayant d’instaurer une menace avec « la famille Manson » comme un cheveu au milieu de la soupe. Et comme Tarantino est notamment connu pour prendre son temps, de prendre les minutes qu’il faut pour proposer des séquences de dialogues pouvant s’étirer sur des dizaines de minutes, le visionnage semblera paraître bien long et vain pour les néophytes. Mais même pour les habitués du réalisateur, Once Upon a Time… in Hollywood peut ne pas plaire. Et pour cause, Tarantino, qui nous avait habitués à des films mélangeant habilement violence et délire avec mafia et autres tueurs, nous offre ici une comédie dramatique. Quelque chose a priori plus calme qu’à l’accoutumée, qui attend d’exploser sans jamais y arriver. Est-ce ennuyeux et frustrant pour autant ? Rappelez-vous qui est à la barre !

Depuis son premier film Reservoir Dogs, Quentin Tarantino a tout de suite dévoilé son talent pour proposer à ses réalisations une écriture de très grande qualité. Le genre de plume qui parvient à donner du peps à n’importe quelle situation s’étirant pourtant à l’excès au premier abord. Dans chacun de ses précédents projets, le cinéaste a toujours su nous livrer des répliques d’une finesse exemplaire. D’une intelligence tout bonnement remarquable. Des dialogues sonnant à chaque fois juste pour emmener le film vers un délire verbal d’une jouissance tout bonnement extrême, permettant à une simple séquence de tenir la distance sur plus de quinze minutes. Si Reservoir Dogs en est le parfait exemple (car étant principalement un huis clos), nous pouvons également prendre comme exemple les discussions entre John Travolta et Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction. Les monologues de Hans Landa (Inglourious Basterds) et de Calvin Candie (Django Unchained). Les Huit Salopards dans son intégralité – bien que la plume de Tarantino y trouvait ses limites. Once Upon a Time… in Hollywood ne déroge pas à la règle et s’offre une écriture une fois de plus de qualité. Une écriture qui permet donc de transformer ces deux longues heures a priori banales sur le plan scénaristique en un véritable plaisir de cinéma. Le quotidien des deux personnages principaux devient pour le coup léger, drôle et intense. Brad Pitt donnant à manger à son chien ? Un vrai gag qui provoque le rire. La détresse de Leonardo DiCaprio face à sa notoriété déclinante ? Tout simplement hilarante, en décalage avec le drame de la situation. Tout devient énergique rien que par la force des mots. Par cette envie d’apporter un peu d’absurde, de ridicule à des séquences qui ne le sont pas. Un constat qui se voit rehausser par le montage, se permettant d’agrémenter certains passages via d’autres scènes venant s’inscruster l’air de rien (des extraits des films de Rick Dalton, le souvenir de Cliff Booth à Bruce Lee…). Par la bande originale, bien punchy. Mais surtout par l’interprétation de tous les comédiens présents, Tarantino ayant toujours su bien s’entourer et diriger son équipe à la perfection. Et s’ils s’en sortent tous avec les honneur, la palme revient tout de même au trio de tête : Leonardo DiCaprio délicieusement pathétique et d’une incroyable justesse, Brad Pitt crève l’écran comme il ne l’a plus fait depuis belle lurette (peut-être bien depuis Inglourious Basterds, justement), Margot Robbie est pétillante et lumineuse à souhait comme jamais. Avec tout ça en poche, malgré son départ pouvant en rebuter plus d’un, Once Upon a Time… in Hollywood capte l’attention dès ses premières secondes comme tout film de Tarantino qui se respecte. En étant incroyablement fun et cool sans perdre un seul instant de vue ses personnages et son histoire.

Mais si au bout du compte Quentin Tarantino livre ici ce qui semble être son film « le plus sage » en matière de violence orgasmique et d’envolées percutantes, Once Upon a Time… in Hollywood se présente comme son œuvre la plus personnelle à ce jour. Il serait même réducteur de dire que le titre soit un long-métrage. Et pour cause, avec sa neuvième réalisation, Tarantino délivre une véritable déclaration d’amour. Une déclaration aux années 60, qu’il a pris soin de reconstituer avec une cohérence et une crédibilité à la limite de l’obsession maladive. Filmant le moindre accessoire pour renforcer l’authenticité de ces derniers (une boite de pâté pour chien, un paquet de cigarettes, un emballage de céréales, des télévisions…), le moindre costume qu’il dévore de son objectif, le moindre décor construit au millimètre près. Usant du personnage de Sharon Tate pour imager l’évolution qui s’est faite à cette époque – la voir danser et participer à des fêtes exprime cette envie de liberté, de casser les tabous de la société américaine de ces années-là. Une déclaration au genre du western, déjà exprimé avec Django Unchained et Les Huit Salopards. En filmant certaines séquences comme s’il réalisait un film de ce genre : les plans sur les chaussures des protagonistes, une partie du métrage axée sur ce que tourne Rick Dalton, Cliff Booth débarquant chez « les Manson » comme un étranger arrivant dans une petite ville du Far West… Mais avant toute chose une déclaration pour le cinéma. Pour son histoire avec un grand H, qui a donné naissance à de grands noms, de grands films, qui traversent encore les âges (Rick Dalton se souciant de son image et de sa notoriété, ses choix de projets…). Qui a connu maintes et maintes évolutions pour se bâtir au fil des décennie – le fait de situer son récit dans les années 60, transition entre le Vieil et le Nouvel Hollywood comme le furent les années 30 pour le cinéma muet et sonore. Pour ses techniques et procédés (répétitions, tournage, caméra, production, célébrité…) qui sont mis en valeur à chaque seconde, justifiant pourquoi Tarantino daigne prendre autant de temps sur le quotidien de ses personnages. Et ce en le critiquant – les personnages de Rick Dalton et de Sharon Tate, nombrilistes et noyés dans la débauche et dans leur petit monde sans jamais faire attention à ce qui les entoure (dont la menace du « clan Manson », la guerre du Viet-Nam…). Dès lors, les deux longues heures « entamant » Once Upon a Time… in Hollywood prennent tout leur sens. Par leur biais, Tarantino exprime toute sa passion pour cet art qu’est le cinéma. Et ce film est pour lui l’occasion de la partager pleinement, comme jamais.

Une déclaration que le cinéaste effectue avec tout son cœur, tout son savoir-faire. Car s’il y ajoute sa patte comme nous le citions en amont de cette critique, il profite de Once Upon a Time… in Hollywood pour s’amuser comme un fou avec tout ce qu’il a expérimenté par le passé, tel un medley de sa filmographie. Comme changer à sa guise la réalité et faits historiques pour les besoins de son récit (le sort d’Adolf Hitler dans Inglourious Basterds) : la destinée de Sharon Tate et de ses agresseurs, le caractère hautain de Bruce Lee… Et ce sans jamais manquer de respect aux faits. D’ailleurs, il faudra une seule séquence – Margot Robbie jouant Sharon Tate au cinéma devant un film avec la vraie Sharon Tate – pour indiquer cette frontière entre réalité et fiction alternative. Apporter une explosion de violence visuelle d’une jouissance sans nom (le climax, avec des membres de la « famille Manson »), à l’instar de la majorité de sa filmographie. Parvenir à copier un style de film particulier visuellement et techniquement parlant (Boulevard de la Mort), par le biais de petites scénettes retraçant la carrière de Rick Dalton : ses westerns, ses productions italiennes, ses interviews, ses publicités (dont une faisant office de séquence post-générique)… Savoir créer un décalage hors norme avec la séquence filmée : Tex et « ses filles » se préparant à tuer rappelle fortement la scène tordante des cagoules de Django Unchained. Instaurer du danger et de la tension malgré le ton léger de l’ensemble (quand Cliff Booth se rend chez « les Mansons »). Se permettre des effets de mise en scène dont il a le secret, comme de long travellings et autres plans séquences (rappelez-vous celui du premier Kill Bill, en vue du dessus). Vous l’aurez compris, les exemples ne manquent pas à l’appel pour dire à quel point cette déclaration d’amour transpire le Tarantino par tous les pores. Le réalisateur partage sa passion avec sa liberté, son style, son énergie et son talent. Ce qui renforce en tout point le plaisir avec lequel Once Upon a Time… in Hollywood se savoure.

Peut-être long et vain au premier abord, Once Upon a Time… in Hollywood est pourtant bien plus qu’un « simple » film de Quentin Tarantino. Sans doute pas son plus inoubliable quand nous savons ce qui constitue sa carrière (Reservoir Dogs, Pulp Fiction…). Mais certainement le plus personnel. Le plus passionné et pour le coup le plus abouti de sa filmographie. Une véritable déclaration d’amour à ce qui lui a permis d’être le réalisateur adulé que tout le monde respecte, que nous soyons cinéphiles ou pas. Une intense et délicieuse plongée dans le monde du cinéma que nous ne sommes pas prêts d’oublier. Et si la question du moment est de savoir quel sera son dixième (et peut-être dernier) long-métrage – un film d’horreur comme il semble avoir envie de faire, un Star Trek, relancer Kill Bill 3…–, le passionné qu’il est saura toujours nous livrer une œuvre digne de ce nom. Car si pour certains aimer des artistes vénérés par la masse relève de l’effet « mouton » cité en introduction, Quentin Tarantino reste un metteur en scène de grand talent et ce même dans ses œuvres les plus imparfaites. Au point de ne jamais décevoir pleinement. Subjectivement parlant.

Once Upon a Time… in Hollywood – Bande-annonce

Once Upon a Time… in Hollywood – Fiche technique

Titre original : Once Upon a Time… in Hollywood
Réalisation : Quentin Tarantino
Scénario : Quentin Tarantino
Interprétation : Leonardo DiCaprio (Rick Dalton), Brad Pitt (Cliff Booth), Margot Robbie (Sharon Tate), Emile Hirsch (Jay Sebring), Margaret Qualley (Pussycat), Timothy Olyphant (James Stacy), Julia Butters (Trudi Fraser), Austin Butler (Charles ‘Tex’ Watson)…
Photographie : Robert Richardson
Décors : Barbara Ling
Costumes : Arianne Phillips
Montage : Fred Raskin
Producteurs : Quentin Tarantino, David Heyman et Shannon McIntosh
Productions : Columbia Pictures, Sony Pictures Entertainment, Heyday Films, Bona Film Group et Visiona Romantica
Distribution : Sony Pictures Releasing
Budget : 90 M$
Durée : 161 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 14 août 2019

États-Unis, Royaume-Uni – 2019

Note des lecteurs4 Notes
4.5

Vacances au cinéma : Vacances Romaines de William Wyler

Il fait beau, il fait chaud, très chaud même. Mais c’est les vacances. Et rien de mieux que la douceur d’une romance d’été pour rafraichir les yeux et réchauffer les cœurs. Modèle du genre de la comédie romantique, Vacances Romaines de William Wyler est un sommet de plaisir simple. Une sucrerie estivale éternelle et indémodable.

Le cinéma est un art de circonstances. Un art où le moindre détail peut changer la face d’un film. De la préparation au casting, du tournage au montage. Un art du mouvement, de l’instant. Et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui Vacances Romaines de William Wyler est une référence de la comédie romantique. Souvent copié, peu égalé.

Vacances Romaines, c’est l’histoire d’une princesse étouffée qui rêve de liberté et d’un journaliste dépassé en quête de scoops. À Rome, le temps d’une journée, la tendresse d’un amour éphémère.

Quel impact aurait eu ce film si Elizabeth Taylor ou Jean Simmons avait accepté le rôle de la princesse Ann ? Quel souvenir garderait-on si Cary Grant avait rempilé encore pour une nouvelle comédie ? Ceci restera de l’ordre du mystère. Pour le reste, il aura fallu la patience d’un William Wyler – alors auréolé de deux Oscars pour Madame Miniver et Les Plus Belles Années de notre vie – pour trouver la perle rare. Une jeune débutante nommée… Audrey Hepburn. Une aventure qui signe la naissance d’une étoile devenue incontournable et légendaire qui obtiendra un Oscar donc, pour son premier grand rôle.

Le résultat est inoubliable : le souvenir d’un couple Hepburn-Peck, absolument délectable. Du charisme et de la malice imprimés sur la pellicule. L’autre raison du succès se nomme aussi Ian McLellan Hunter. Un scénariste de génie plus connu sous le nom de Dalton Trumbo, alors sous couverture pour éviter la chasse aux sorcières du McCarthysme. Scénario d’une simplicité déconcertante mais qui sort habilement de la route happy-ending toute tracée du « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».

Ce sont ces concours de circonstances qui font de Vacances Romaines un moment délicieux et suspendu, ces rêves d’une journée hors du temps. Un alignement de planètes qui mêle la découverte d’un talent brut, des dialogues d’une grande finesse à des situations comiques et romantiques incroyables. En candide rêveuse, Audrey Hepburn brille de mille feux et excelle dans le mélange d’un charme désarmant et d’une malice espiègle. Gregory Peck sort de sa zone de confort dramatique et son essai comique se montre très concluant.

En décidant de tourner l’intégralité de son film en Italie, William Wyler opérait alors une petite révolution à Hollywood. Le tournage de cette romance douce-amère bénéficie de nombreuses scènes en extérieur et qui ajoutent assurément un nouveau charme à qui connait la beauté de la capitale italienne.

Vacances Romaines agit alors comme un cocon dans lequel on se sent bien. Une échappée fugace se terminant par des images explosives de mélancolie où les deux heures passées deviennent un souvenir. Un moment inoubliable.

Vacances Romaines : Bande Annonce

Vacances Romaines – Fiche technique 

Réalisation : William Wyler
Interprétation : Audrey Hepburn, Gregory Peck, Eddie Albert
Scénario : Dalton Trumbo, John Dighton
Composition : Georges Auric
Production : Paramount Pictures

Playmobil, le Film : les LEGOs du pauvre

Playmobil, le Film est l’exact contraire de La Grande Aventure LEGO. Plutôt que d’être un bijou d’animation diablement intelligent, cette adaptation de la gamme de jouets allemande s’avère être d’une banalité mercantile affligeante. Un film d’animation français qui livre le minimum syndical pour plaire aux plus jeunes et vendre des tonnes de produits dérivés, rien de plus !

Synopsis : Suite au décès de ses parents, la jeune Marla doit s’occuper de son petit frère Charlie, devant mettre de côté ses rêves et son esprit d’aventures. Devant un soir ramener son cadet ayant fugué dans un magasin de jouets, Marla va se retrouver projetée dans l’univers magique des Playmobils. Aidée de Del, un vendeur-ambulant un brin escroc et de l’espion Rex Dasher, elle va devoir parcourir les différents mondes qui s’offrent à elle pour pouvoir sauver la vie de son petit frère, transformé en redoutable guerrier capturé par l’infâme empereur Maximus… 

En 2014, les réalisateurs Phil Lord et Chris Miller (Tempête de Boulettes Géantes, 21 Jump Street et sa suite) avaient surpris tout le monde. Et pour cause, à partir d’un projet qui sentait l’opération mercantile à des kilomètres, ils ont su tirer de La grande Aventure LEGO un film d’animation savamment travaillé. Un objet cinématographique d’une très grande intelligence, porteur d’un message sur l’imaginaire et notre société actuelle. Se permettant même de critiquer le manque de liberté artistique propre à Hollywood qui limite ses créations par des « règles » (cahiers des charges à respecter, réussite commerciale à atteindre, aseptisation des projets pour contenter le public…). Une véritable surprise qui donna naissance à un énième univers étendu perdant de sa saveur au fil des titres : un LEGO Batman sympathique mais limité dans sa mise en abyme, un Ninjago basique au possible, une Grande Aventure LEGO 2 singeant son aîné… Et si nous entamons la critique par un récapitulatif de la saga LEGO, c’est pour mieux insister sur le fait qu’il n’était pas étonnant de voir débarquer un jour sur grand écran la gamme de jouets rivale des petits briques jaunes. À savoir les petits bonshommes en plastique qui berçaient notre enfance – qui a pu oublier le slogan télévisuel « En avant les histoires » ? – : les Playmobils. Et revenir sur le parcours des LEGOs permet également de dire que les jouets allemands n’ont clairement pas eu la même chance que leurs homologues danois. En effet, Playmobil : le Film se présente comme l’exact contraire de La Grande Aventure LEGO : un pur produit marketing qui fait le minimum syndical pour amuser le jeune public.

Il faut tout de même avouer qu’il est très difficile de passer après la réussite de Phil Lord et Chris Miller. Le duo de réalisateurs avait trouvé un angle tellement original pour les LEGOs qu’on pouvait se demander si les Playmobils pouvaient faire le poids. Devaient-ils suivre la même logique, au point d’être un banal copié-collé ? Piocher dans d’autres œuvres ? Ou bien tenter quelque chose de totalement différent qui puisse mettre en valeur les jouets dont le film est l’adaptation ? Pour le coup, il est compréhensible que ce dernier ait choisi la facilité en se présentant comme un pot-pourri de ce qui a déjà été fait dans le cinéma pour enfants. Comme le fait d’avoir une trame qui voit nos héros propulsés dans un univers qui les dépasse. Des similitudes avec La Grande Aventure LEGO comme cette diversité de mondes (entendre par-là de décors) et ce mélange entre film live et d’animation. Une histoire partant sur de mauvaises bases (le décès des parents, une sœur et son frère aux relations tendues) qui va évoluer vers un happy end attendu (la sœur et le frère qui vont se retrouver sur le plan relationnel). Bref, du déjà-vu, du réchauffé, du classique ! Mais le classique peut encore se montrer efficace s’il est traité à bon escient, comme le cinéma a pu nous montrer au fil des décennies. Playmobil, le Film aurait très bien pu surprendre l’assistance avec de bons artisans à sa direction : Lino DiSalvo à la réalisation – ancien animateur chez Disney ayant travaillé sur Chicken Little, Bienvenue chez les Robinson, Raiponce et La Reine des Neiges – et les producteurs de la merveille qu’avait été Le Petit Prince en 2015. Peine perdue de croire cela…

Dès les premières minutes du film, le manque de qualité se fait irrémédiablement ressentir. Démarrant directement sur du live, le long-métrage nous montre à quel point le réalisateur ne sait pas diriger. Que ce soit la pourtant talentueuse Anya Taylor-Joy (The Witch, Morgane, Split, Le Secret des Marrowbone, Glass), en totale roue libre et manquant de crédibilité. Ou bien tout simplement une scène, dont la photographie bas de gamme et la mise en scène plate rappellent un mauvais téléfilm de Disney Channel. D’ailleurs, pour faire la transition avec le passif du réalisateur chez Mickey, ce dernier offre à son film des séquences chantées affligeantes. Car étant forcées comme ce n’est pas permis (à chaque apparition de personnage) et d’un vide intersidéral (aucune magie, aucune poésie, aucune écriture digne de ce nom…). Avec une telle entrée en matière, difficile de s’attacher aux personnages ou de s’intéresser à l’ensemble ne serait-ce une seule seconde. D’autant plus que le tout paraît limité au jeune public qu’il semble cibler avidement, arborant pour le coup une légèreté et un humour pour le moins discutables (entendre par là beaucoup trop enfantins). Et s’il n’est question ici que d’une dizaine de minutes de films live, cela ne s’arrange pas au passage à l’animation…

Visuellement, c’est plutôt laid. Est-ce parce qu’il s’agit d’un film français, qui ne possède pas le même budget d’une production hollywoodienne ? Les récents Le Domaine des Dieux et Le Secret de la Potion Magique prouvent que nous pouvons livrer des films d’animation de bonne tenue sur le plan graphique. Tout comme nos voisins européens, à l’instar des films du Belge Ben Stassen (dont Le voyage extraordinaire de Samy). Non, il faut se rendre à l’évidence que, malgré son expérience auprès de Disney, Lino DiSalvo n’est pas l’homme de situation. Faisant de Playmobil, le Film un long-métrage d’animation techniquement similaire aux pauvres séries animées diffusées à la télévision sur TF1, France 3 et consorts. D’autant plus que le bonhomme, contrairement à ce qui a été fait sur La Grande Aventure LEGO – déjà plus marquant pour son animation rappelant l’image par image propre aux briques danoises – ne s’amuse jamais à reproduire les caractéristiques propres aux jouets. S’il le fait pendant quelques secondes (l’héroïne ne parvenant pas à se relever à cause de la rigidité de son corps), nous nous retrouvons avec de banals personnages en plastique n’ayant aucune limite : des membres qui se plient normalement, des cheveux qui ne sont pas figés, des chevaux avec des poils et qui galopent… Bref, à aucun moment nous avons l’impression de faire face aux Playmobils. Pour le reste, cela suivra la route tracée par l’introduction live, à savoir un amoncellement de niaiseries, de blagues immatures et de thématiques beaucoup trop enfantines pour convaincre.

Mais encore une fois, seul le jeune public semble visé. Nous, adultes, ne sommes clairement pas concernés par ce bidule mercantile faisant office de film. Et en essayent de retrouver son âme d’enfant – de très jeune enfant –, il faut avouer que le long-métrage Playmobil peut fonctionner. Car en s’y repenchant un peu, il remplit en quelque sorte le cahier des charges d’un film d’animation acceptable : des blagues, des personnages hauts en couleurs, des chansons, de la magie, des décors variés, de l’action… D’autant plus que même si l’intrigue et les thématiques sentent le réchauffé à plein nez, le titre n’est pas avare en leçon de vie pour les enfants. Comme le deuil (qui procure au film son seul soupçon de sérieux et de maturité), l’amitié, les liens familiaux, le désir d’aventures, le passage à l’âge adulte, l’imaginaire… il y a suffisamment de quoi faire pour faire passer un agréable moment aux plus jeunes. Entendre en fin de visionnage leur contentement par des « J’ai aimé ! » et des « C’était trop bien ! » confirme que le divertissement est à la hauteur de leurs attentes. Mais tout comme nous qui devons nous contenter de produits hollywoodiens fades et aseptisés, il est vraiment regrettable de voir que nos enfants doivent également s’accommoder de si peu pour être amusés

Ne livrant que le strict minium sur tous les plans, Playmobil, le Film peine à convaincre. Sans aucune envergure, l’adaptation des jouets allemands ne parvient même pas à rivaliser avec Ninjago et La Grande Aventure LEGO 2, les deux titres les plus faibles de la saga LEGO. Initialement prévu comme le départ d’une trilogie – et comme peut en témoigner la séquence post-générique –, il n’est pas certain que l’aventure continue vu la piètre qualité de l’ensemble. Et vu la notoriété décroissante des LEGOs au cinéma, pas sûr que les Playmobils puissent faire mieux, surtout avec une adaptation aussi peu mémorable. Seul le jeune public sera décider du sort de cette prétendue saga commerciale.

Playmobil, le Film – Bande-annonce

Playmobil, le Film – Fiche technique

Titre original : Playmobil : The Movie
Réalisation : Lino DiSalvo
Scénario : Greg Erb, Blaise Hemingway, Jason Oremland, Lino DiSalvo et Michael LaBash, d’après les jouets créés par Hans Beck et Horst Brandstätter
Doublage : Anya Taylor-Joy (Marla), Gabriel Bateman (Charlie), Jim Gaffigan (Del), Daniel Radcliffe (Rex Dasher), Meghan Trainor (la Bonne Fée), Kenan Thompson (Bloodbones), Adam Lambert (l’empereur Maximus)…
Animation : Julien Rossire
Montage : Maurissa Horwitz
Musique : Heitor Pereira
Producteurs : Moritz Borman, Dimitri Rassam et Alexis Vonarb
Productions : ON Entertainment et ON Animation Studios
Distribution : Pathé Distribution
Durée : 99 minutes
Genre : Animation
Sortie : 07 août 2019

France – 2019

Note des lecteurs3 Notes
1.5

Fast & Furious : Hobbs & Shaw, un buddy movie au point mort

À la fois mise en bouche à Fast & Furious 9 et fruit de problèmes d’ego en coulisses, le spin-off Hobbs & Shaw est avant toute chose un buddy movie bourrin et décérébré à l’image de la saga. C’est efficace question divertissement, mais cela confirme également l’essoufflement d’une série ayant roulé trop longtemps sur ses acquis depuis 2011 avec Fast & Furious 5.

Synopsis : Luke Hobbs est un agent fédéral et père de famille, courant après la justice et faisant tout ce qu’il faut pour sauver le monde. Deckard Shaw, ancien militaire des forces spéciales, est désormais un mercenaire offrant ses services aux plus offrants. Deux hommes que tout diffère qui vont devoir s’allier à nouveau pour contrecarrer les plans de Brixton Lore. Ce dernier, un soldat cybernétiquement modifié, cherche à mettre la main sur un virus détenu par la soeur de Deckard, Hattie, qui pourrait l’aider à éradiquer la moitié de la population mondiale… 

Il est vrai que pour certaines critiques, nous prenons notre temps à la rédaction. Et pour cause, il nous arrive de publier des articles bien après que les films en question sont sortis en salles. Cela peut être l’ordre de quelques jours comme d’une semaine entière. Mais quelque part, pourquoi donc se presser ? Ici, nous ne sommes pas là pour tirer la couverture au maximum en fonçant sur la première occasion. Nous ne sommes pas du genre à vouloir diffuser nos écrits avant les autres juste parce que les médias sont une course à l’information, où la même chose va être répétée en boucles des jours et des jours. Nous préférons laisser le temps à nos rédacteurs de voir les films selon leur disponibilité et de pouvoir pousser l’analyse avec du recul. Oui, vaut mieux légèrement appuyer sur le frein plutôt que de pousser à fond l’accélérateur ! Chose que semble faire la saga Fast & Furious depuis le succès surprise de son cinquième opus. Une série qui n’a dès lors roulé que sur ses seuls acquis sans se renouveler, atteignant l’overdose du n’importe quoi (Fast & Furious 8). Et comme si cela ne suffisait pas, voilà que la fameuse « famille Vin Diesel », si parfaite jusque-là, se retrouve prise au piège dans sa course au succès, enchaînant les conflits et autres bad buzz (confrontation entre Diesel et Dwayne Johnson, le pétage de plombs de Tyrese Gibson, Michelle Rodriguez ne mâchant plus ses mots…). C’est d’ailleurs à partir de cela que les producteurs ont voulu suivre la mode des univers étendus et offrir aux spectateurs un spin-off. Un projet en guise de mise en bouche à Fast & Furious 9 (prévu pour 2020) mais surtout un projet écartant Diesel, afin de mettre en avant ses deux rivaux du moment que sont Dwayne Johnson et Jason Statham. Deux personnages introduits dans la saga et qui se sont retrouvés en un rien de temps dans le cœur du public, au point de faire gonfler bien des egos. Et de montrer que courir après le succès avec autant de précipitation ne peut engendrer qu’une sérieuse perte de vitesse.

Quoique ce spin-off, sobrement intitulé Hobbs & Shaw, pourrait être vu comme une véritable mise en abyme de ces différends cités plus haut. Et pour cause, le film met sur le devant de la scène deux personnages qui s’étaient déjà croisés dans la saga principale et qui, par leurs différences (de caractère, leur physique, leur façon de se battre…), font de chaque instant un véritable concours d’ego. Leur rivalité certaine, présentée dans Fast & Furious 7 puis transformée en une sorte de running gag dans le 8, devient ici le centre d’intérêt de tout un long-métrage, durant lequel ces deux personnages éponymes ne vont pas arrêter de se lancer des vannes à tout bout de champ. De se comporter en véritables gamins malgré les situations périlleuses se présentant à eux. Bref, de savoir lequel des deux est meilleur que l’autre ! Et c’est en cela que Hobbs & Shaw, sortant au milieu de toutes ces polémiques entourant l’envers du décor – la dernière en date faisant état des lieux de contrats limitant le nombre de coups reçus par les protagonistes –, aurait très bien pu se voir comme un film d’auteur usant de ces histoires pour exister voire même dénoncer. Ou bien un blockbuster à la production bien huilée, créant de fausses polémiques pour aider sa propre publicité – la mésentente entre Vin Diesel et Dwayne Johnson avait démarré quand nous apprenions que Fast & Furious 8 présentait un Diesel/Toretto abandonnant sa « famille » pour passer du côté des méchants. Oui, derrière ce blockbuster décérébré pourrait très bien se cacher un objet beaucoup plus pointu et intelligent que prévu. Mais au visionnage du film, ce dernier nous rappelle dès ses premières minutes que nous avons affaire à un simple film Fast & Furious, qui ne fait que reprendre la formule de ses prédécesseurs et rien d’autre…

Après, ne nous voilons pas la face : depuis le cinquième opus, le moindre Fast & Furious a toujours su amuser la galerie, jusque-là sans trop forcer : faire le plein de grosses séquences d’action spectaculaires, être débile à souhait tout en l’assumant et aller à fond les pédales dans cette direction. Hobbs & Shaw ne déroge donc pas à la règle et se livre à nous comme un gros blockbuster assurant le spectacle comme il se doit, au risque de déplaire aux plus pointilleux par son sérieux manque de scénario. Et comme le film se concentre sur la rivalité caractérisant ses personnages éponymes, il devient pour le coup un véritable buddy movie tout droit sorti des années 80-90. Dans lequel la majorité des ressorts comiques, d’action et d’intérêt va se focaliser sur les aptitudes de ses protagonistes : les muscles et la force exagérément herculéenne de Dwayne Johnson, le combattant aguerri et froid qu’est Jason Statham… Procurant au film sa dose de joutes verbales et de scènes au corps-à-corps bien senties, que viennent par ailleurs souligner la mise en scène du réalisateur David Leitch (John Wick, Atomic Blonde, Deadpool 2). Si le bonhomme n’a pas de style bien particulier ni de patte bien à lui, il parvient à donner ce qu’il faut d’efficacité et de peps à l’ensemble, bien loin de l’aspect mollasson qu’avait eu F. Gary Gray sur Fast & Furious 8 (la séquence d’évasion de Johnson et Statham). En plus d’avoir des interprètes qui semblent s’amuser malgré leurs différends et des petits nouveaux tout aussi excités de faire partie de l’aventure (mention spéciale à Vanessa Kirby, révélée dans Mission : Impossible -Fallout), le spin-off est un spectacle appréciable, qui saura divertir sans la moindre difficulté. Mais qui est bien, bien loin de la jouissance qu’il aurait pu nous procurer avec son postulat et ses têtes d’affiche.

Car si Hobbs & Shaw pouvait prétendre au blockbuster d’action de l’été, il est irrémédiablement rattrapé par la marque Fast & Furious dont il dépend. Même s’il semblait vouloir s’en éloigner en mettant de côté bolides et autres pépés en petite tenue, le long-métrage n’arrive pas à se défaire des défauts de la franchise pour autant. Le scénario ? Bien qu’il soit aux abonnés absents et qu’il ne s’en cache pas, il reste désespérément cliché et vide au possible, au point de donner l’impression d’un projet en roue libre totale. Le rythme ? Des vannes qui s’étirent parfois longuement pour faire patienter jusqu’à la prochaine séquence d’action. Les effets spéciaux numériques ? D’une laideur sans nom pour un titre de ce calibre (la cheminée d’usine qui s’effondre, la « chenille » de véhicules reliés à l’hélicoptère), bien que ce spin-off privilégie bien plus les véritables cascades que ses prédécesseurs. Les invraisemblances ? Il y en a bien moins que dans Fast & Furious 8, mais le film reste toute de même à un bon niveau de n’importe quoi pouvant être indigeste même si c’est pleinement assumé (certaines cascades, Hobbs en chute libre pour rattraper des mercenaires en rappel, encore une fois la « chenille » de véhicules…). La crédibilité ? Après les invraisemblances des autres films et la geek ultime jouée par Charlize Theron (Fast & Furious 8), vous aurez ici droit à un antagoniste certes badass mais tout droit sorti de l’univers des G.I. Joe (super-soldat avec force surhumaine et yeux bioniques) – qui confirme la rumeur selon laquelle les scénaristes désireraient emmener la saga dans le domaine de la SF, pour notre plus grand déplaisir. Et si vous n’êtes toujours pas convaincus, attendez-vous un à un climax qui sent bon le Fast & Furious à l’excès. Car si le film évite jusque-là certains écueils de la franchise, il plonge dans sa dernière partie dans le gnangnan niaiseux (le fameux esprit de « famille » de la saga) et le WTF sans nom (Dwayne Johnson se livrant à un haka ridicule). Ajoutez à cela le fait que le film, bien qu’efficace, n’ose jamais aller plus loin dans son délire. Que ce soit le postulat, n’allant jamais dans la mise en abyme citée en amont de cette critique, ou bien la mise en scène de David Leitch, menée avec savoir-faire mais se reposant sur ses lauriers, n’ayant de « délirant » que le générique de début en split-screen, c’est pour dire…

Tout cela pour dire qu’il était inutile de foncer tête la première pour rédiger une critique de Fast & Furious : Hobbs & Shaw. Bien avant que le film ne se dévoile via sa promotion, nous savions déjà à quoi il allait ressembler. Vu comment la saga se présente depuis quelques années, nous pouvions faire une critique de ce spin-off sans même l’avoir vu. Et puis, se presser pour dire qu’il s’agit d’un buddy movie efficace mais loin d’être jouissif à cause d’une formule usée jusqu’à la gomme, cela n’en valait clairement pas le coup. Cependant, prendre autant de temps permet de voir que la folie des grandeurs de la franchise commence à lasser – le film peine à attirer le public, étant bien loin des scores pharaoniques de ses prédécesseurs au box-office. Est-ce à cause du postulat, qui s’éloigne de la saga principale et de ses personnages attitrés ? De la surdose d’une série qui s’éternise au point d’être prévue jusqu’à un dixième voire onzième opus ? De cette avalanche de polémiques qui casse l’envie de poursuivre l’aventure (de part leur propos et/ou leur ridicule) ? Du manque de renouvèlement certain de la franchise ? Tant de questions qu’un film Fast & Furious parvient à poser, cela relève presque de l’exploit ! Aussi bien pour la saga que pour le paysage hollywoodien actuel, ce dernier étant devenu tout aussi tape-à-l’œil et grandiloquent qu’une voiture customisée. Hobbs & Shaw est certes efficace et divertissant, ne le cachons pas. Mais il en devient vraiment insultant de devoir se contenter de si peu. D’être obligé de rouler à cadence réduite alors que la nitro de notre moteur attend patiemment d’être activée pour une bien meilleure course.

Fast & Furious : Hobbs & Shaw – Bande-annonce

Fast & Furious : Hobbs & Shaw – Fiche technique

Titre original : Fast & Furious Presents : Hobbs & Shaw
Réalisation : David Leitch
Scénario : Chirs Morgan et Drew Pearce, d’après les personnages créés par Gary Scott Thompson
Interprétation : Dwayne Johnson (Luke Hobbs), Jason Statham (Deckard Shaw), Idris Elba (Brixton Lore), Vanessa Kirby (Hattie Shaw), Eiza González (Madame M), Eddie Marsan (professeur Andreiko), Helen Mirren (Magdalene Shaw), Cliff Curtis (Jonah Hobbs)…
Photographie : Jonathan Sela
Décors : David Scheunemann
Costumes : Sarah Evelyn
Montage : Christopher Rouse
Musique : Tyler Bates
Producteurs : Chris Morgan, Hiram Garcia, Dwayne Johnson et Jason Statham
Production : Universal Pictures
Distribution : Universal International Pictures
Budget : 200 M$
Durée : 137 minutes
Genre : Action
Date de sortie : 07 août 2019

États-Unis – 2019

Note des lecteurs4 Notes
2.5

Vacances et Cinéma : Les Vacances de M. Hulot, quand Jacques Tati embête les vacanciers !

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Qui dit vacances, dit vacanciers ! Et le bruit, l’idiotie ou le ridicule de certains ne datent pas d’hier. La preuve, en 1953, Jacques Tati proposait avec Les Vacances de M. Hulot une satire drôlissime des vacanciers en bord de mer, au style de plus en plus américanisé.

Les Vacances de M. Hulot est une grande étude de mœurs réalisée avec malice et bienveillance. Jacques Tati se moque beaucoup, mais ne juge jamais vraiment. Il constate la transformation de son pays dans chacun de ses films : les campagnes dans Jour de fête, la ville dans Playtime, les autoroutes dans Trafic, et ici les vacances. Un exercice quasi sociologique qui n’oublie pas avant tout de divertir, faire rire et sourire face à l’immense douceur qui s’en dégage.

Le film prend les allures d’un véritable petit séjour d’été, qui commence par le départ de tous les vacanciers qui se retrouveront bientôt. Certains viennent en train, d’autres dans des voitures bondées de personnes et de bagages, d’autres encore arrivent en bus, quand certains viennent même à vélo. M. Hulot, lui, arrive dans une petite voiture qui tousse sa fumée, seul. C’est un personnage atypique, entre l’hébétement d’un Buster Keaton et la propension aux enfantillages d’un Chaplin. Hulot est un grand dadais, gauche et courbé, avec sa casquette qui lui tombe devant les yeux, sa houppette et sa pipe trop longue, ses dents trop longues elles aussi. Il semble destiné à errer au milieu des autres vacanciers, comme un étranger, et que ces derniers méprisent d’ailleurs un peu.

L’« esprit vacances » est entièrement présent, jusque dans les moindres détails. Sur le plan formel, la blancheur de l’image, la pureté de la photographie, la propreté des vêtements, les beaux chapeaux et les beaux maillots de bain ; puis cette musique inoubliable, le brouhaha de la plage, les rires des enfants et bien sûr le bruit des vagues participent à ce sentiment de bien-être et de douceur absolus. Malgré sa date de sortie bien lointaine (1953 !), Les Vacances de M. Hulot dépeint avec acuité les petits détails que tout vacancier a un jour connu dans sa vie.

La remise des clés et la découverte de la location, la cloche sonnant l’appel au restaurant, la gêne lorsqu’il faut parfois s’asseoir à côté d’autres vacanciers inconnus pour déjeuner, entre ceux qui racontent leur vie, ceux qui se disputent, ceux qui râlent, etc. Mais puisqu’il faut bien cohabiter sereinement, l’hypocrisie est volontiers de mise, et la flagornerie avec. Dehors, les jeunes refont le monde et s’indignent en lisant le journal, assis sur des bancs. Les moins jeunes s’adonnent à leur séance de yoga quotidienne, tandis que les encore moins jeunes jouent aux cartes, à l’abri du soleil et du vacarme de la plage. Les plus sportifs font de la randonnée, quand d’autres préfèrent jouer au tennis. Les parties sont silencieuses, longues, très longues, rythmées par les seuls « poc-poc » que font les balles frappées par les raquettes. Hulot semble avoir développé un sacré service, d’ailleurs, qui a le don d’énerver les petits bourgeois mauvais perdants.

La plage est le lieu idéal pour étudier les comportements et s’en moquer gentiment. Entre les gens qui dorment n’importe comment, les femmes qui cousent entre deux commérages, les hommes qui pêchent, les enfants qui font des châteaux de sable ou bien jouent au ballon, voire embêtent les filles; et puis les vendeurs de glace, les jolies filles, les hommes musclés, les petits vieux sur leur chaise pliante, les parasols emportés par le vent, etc. Et au milieu de tout ce beau monde, M. Hulot, qui ne sait pas trop où se mettre, que tout le monde regarde de travers, mais qui a l’air de s’en moquer pas mal. Lui aussi s’adonne à tout plein d’activités, notamment à la peinture de son kayak, qui donne lieu à l’une des scènes les plus drôles et inventives du film, et que ni Chaplin ni Keaton n’auraient reniée. Rien n’est caricatural, tout est d’une rare authenticité, et le regard que porte Tati sur ce microcosme n’est jamais méprisant, mais simplement un peu railleur, à la manière d’un sale gosse un peu rebelle mais pas bien méchant.

En réalité, le spectateur se place davantage du côté d’un autre personnage, lui aussi fantomatique, lui aussi seul et quasiment muet : une jeune femme blonde tout à fait lambda, que Tati semble avoir prise pour témoin. Le spectateur est un peu comme cette jeune femme, perchée sur son balcon, observant tout ce petit monde s’activer dans tous les sens. D’un côté, Hulot fait sa vie comme s’il était seul au monde, créant un contraste forcément grotesque avec la superficialité et les mœurs de la classe sociale dans laquelle il évolue ; de l’autre, le jeune femme qui écoute, regarde, sourit, et profite de ses vacances comme tout le monde, avec toutefois un certain recul.

Le film continue ainsi pendant près d’une heure et demie, avant que le séjour ne touche à sa fin. D’abord, l’ennui commence à poindre parmi les vacanciers, alors même qu’il semble y avoir un millier de choses à faire. Heureusement, le bal déguisé de fin de séjour arrive vite, point final de ces vacances bien reposantes. Puis l’heure du départ : il faut ranger ses affaires, rembarquer en voiture, promettre à ses nouveaux amis de se revoir bientôt, en sachant très bien que cela n’arrivera jamais. Et laisser un grand vide sur ces plages désormais désertées et désertiques, dans ce restaurant sans vie où l’on rempile les chaises et retire les nappes. Seul M. Hulot est encore là, tel un mauvais élève resté dans la cour de l’école pour mettre en œuvre son ultime bêtise, son ultime gag, donnant lieu à une scène tout bonnement magnifique. Et de repartir à son tour, l’épuisette calée sur le côté de la portière, et le pot d’échappement toussant une nouvelle fois sa fumée.

Bande-annonce – Les Vacances de M. Hulot

Synopsis : Monsieur Hulot arrive en vacances dans un paisible hôtel familial au bord de la mer. Il se montre maladroit et commet de nombreuses bourdes. À la fin de leur séjour, les vacanciers repartent sans que rien d’important ne se soit passé…

Fiche technique :

Réalisation : Jacques Tati
Distribution : Jacques Tati, Nathalie Pascaud
Scénario : Jacques Tati, Henri Marquet, avec la collaboration de Pierre Aubert et Jacques Lagrange
Société de production : Cady films
Pays d’origine : France
Genre : Comédie
Durée : 114 minutes (version 1953) – 89 minutes (version 1978)
Date de sortie :

« Justice League Dark Rebirth » (T01) : torts de magie

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Urban Comics propose Le Crépuscule de la magie dans la collection « DC Rebirth ». Wonder Woman et ses acolytes de la Ligue des Ténèbres y font face à une menace apocalyptique cherchant à redéfinir le rôle de la magie dans leur univers super-héroïque.

En feuilletant Le Crépuscule de la magie, un premier constat frappe le lecteur : les planches s’avèrent d’une qualité indéniable. Pour s’en rendre compte, il suffit de se référer à quelques pleines pages (60, 98, 101, 157, etc.) ou de s’arrêter un instant sur les visages les plus expressifs de Man-Bat, la Créature du marais ou Chimp. Le scénariste James Tynion IV dispose à l’évidence d’un matériel de premier choix pour donner corps à son histoire. Aux quatre personnages déjà cités, il ajoute notamment la magicienne Zatanna et le détective de l’occulte John Constantine. Tous vont s’échiner à protéger la magie face à l’alterespèce, l’homme inversé et une déesse triple à la personnalité et aux motivations complexes.

Hécate est une super-vilaine tout en nuances. Elle a endossé tour à tour les rôles de la vierge, de la mère et de la harpie. Bannie des Dieux, chassée par les hommes, elle aspire désormais, vengeresse, à « éteindre » la magie. Elle se sert de plusieurs super-héroïnes, récipiendaires insoupçonnées de ses pouvoirs, pour parvenir à ses fins. En ce sens, Le Crépuscule de la magie se conjugue au féminin, puisque ses principaux protagonistes sont toutes des femmes (Wonder Woman, Hécate, Zatanna, Circé, Orchidée noire…). À l’ère de l’anthropocène, le récit questionne aussi la responsabilité humaine : ce sont les hommes, par leurs excès, qui ont transformé quelque chose de « majestueux » en une menace destructrice.

Rythmé, choral, riche en rebondissements, Le Crépuscule de la magie fait également plusieurs fois mouche dans l’art délicat de l’humour. « Je me dis qu’on n’a pas encore vu le plus étrange, dixit le chimpanzé parlant naviguant sur un bateau plein de monstres. » Plus loin, John Constantine, cynique, se décrira lui-même, laconiquement, comme « un exorciste de pacotille avec une sale toux ». Quant au singe Nightmaster, sa nouvelle condition, quelque peu inattendue, fera l’objet de commentaires amusés. Ce comics transporte en outre le lecteur dans une grande variété d’endroits : la Tour du Destin, le Hall of Justice, l’Île du Paradis, les îles grecques, la cité mystique de Nanda Parbat, une métaphore lunaire, le Bar de l’oubli… Tous seront le théâtre d’événements importants.

Multiplicité de lieux, de personnages, d’enjeux : Le Crépuscule de la magie est un premier pas concluant vers un nouvel univers voulu foisonnant – où une super-vilaine peut en cacher une autre, comme cette histoire le laisse suggérer. L’égérie de DC Wonder Woman y est grandement malmenée, et son enfance s’en trouve un peu plus éventée. Une autre raison de jeter un œil attentif sur ce tome inaugural.

Justice League Dark Rebirth T01 : Le Crépuscule de la magie, scénarisé par James Tynion IV
Urban Comics, juillet 2019, 232 pages

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3.5

Chevy Stevens : ce que ses trois premiers romans disent d’elle

Ses thrillers ont tôt été remarqués. Et pour cause : Séquestrée, son premier roman, fut un best-seller aux États-Unis et en Allemagne, au point de se vendre à plus d’un million d’exemplaires et de remporter l’International Thriller Writers Award for Best First Novel. Son second livre, Il coule aussi dans tes veines, a également connu un vif succès, puisqu’il fut traduit dans vingt pays et se hissa parmi les meilleures ventes du New York Times et du Spiegel. Si Des yeux dans la nuit ne rencontra pas le même enthousiasme que ses deux prédécesseurs, comme l’attestent notamment les classements de vente communiqués par Amazon, il a néanmoins le mérite de clôturer une trilogie solide et cohérente, aux thématiques souvent analogues, placée sous le patronage de la psychanalyse.

Chevy Stevens a grandi dans un ranch sur l’île de Vancouver, au Canada. Elle fut diplômée en Arts appliqués, puis agent immobilier, avant de se lancer dans une carrière de romancière. Dans une interview publiée en 2013 par 20 minutes, elle se dit passionnée par la psychologie. Ces éléments autobiographiques, on les retrouve en bloc dans ses trois premiers romans. L’île de Vancouver est le principal théâtre des événements qu’elle narre, sa première héroïne n’est autre qu’un agent immobilier retenue captive par un dangereux psychopathe et la psychiatre Nadine Lavoie se trouve au cœur des deux derniers romans cités – tandis que Séquestrée ne déroge pas non plus à l’exploration de la psyché humaine.

1/ La psychanalyse. La série Les Soprano exposait les états d’âme du chef de la mafia du New Jersey dans le cabinet du Dr Melfi. La dualité du parrain incarné par James Gandolfini était éventée à travers des séances de psychanalyse donnant lieu à un double décryptage : celui d’un personnage complexe d’abord, criminel sanguinaire doublé d’un farceur souffrant de crises d’angoisse ; celui du spectacle télévisuel ensuite, puisque les événements mis en scène étaient ensuite commentés par leur principal instigateur. Dans les deux premiers thrillers de Chevy Stevens, le cheminement est légèrement différent : les séances chez le psy constituent la seule fenêtre ouverte sur les mésaventures vécues par deux jeunes héroïnes. Annie et Sara se livrent à leur thérapeute selon une modalité binaire : elles confessent leurs sentiments, leurs espoirs ou leur mal-être, mais exposent aussi les éléments narratifs qui, assemblés, forment l’histoire contée par Chevy Stevens. Les manipulations mentales, dans les trois romans, et surtout le dernier d’entre eux, n’y apparaissent que plus clairement : Annie conserve de sa période de captivité les servitudes imposées par son bourreau ; Sara éprouve des sentiments ambigus au sujet d’un père biologique sanguinaire mais prévenant ; Nadine Lavoie étudie les mécanismes d’enrôlement d’une secte dirigée par un gourou charismatique et pédophile.

2/ La cellule familiale et ses failles. « J’aime explorer la dynamique mère/fille, la relation d’un père à ses enfants et les liens existants au sein d’une fratrie. Il peut y avoir tellement de tensions et de douleurs dans une famille, mais également de grandes joies et beaucoup d’amour. » Dans les trois romans présentement analysés, Chevy Stevens accorde une place prépondérante à la famille. Séquestrée met en scène une famille recomposée, des tensions et jalousies entre soeurs et cousines, des rapports mère/fille parfois exécrables, mais aussi une trahison familiale des plus sordides. Il coule aussi dans tes veines se veut encore plus dense en la matière, puisqu’il y est question d’adoption, de l’attention disputée d’un père, de la recherche de parents biologiques et de trois soeurs aux liens distendus. Qui a été favorisé au détriment de qui ? Pourquoi Sara repousse-t-elle indéfiniment l’écoute du CD de Kyle, le petit ami de Mélanie ? Qu’est-ce qui explique le comportement parfois abject de cette dernière vis-à-vis de sa soeur ? Des yeux dans la nuit repose dans une large mesure sur le sentiment d’abandon ressenti par Lisa à l’endroit de sa mère Nadine, et sur le désarroi de cette dernière face aux accoutumances tenaces de sa fille. Une autre manière d’envisager cette thématique serait de postuler que la communauté d’Aaron Quinn renvoie elle aussi, en seconde intention, à la famille : de substitution, par vulnérabilité et avec pertes et fracas. Dans tous les cas, l’incommunicabilité semble être le mal qui ronge ces noyaux éprouvés.

3/ Le deuil, les méchants inattendus, les femmes. Derrière la thématique familiale se cache une autre : le deuil. Il est concret et actuel dans Séquestrée, symbolique et filial dans Il coule aussi dans tes veines, pluriel dans Des yeux dans la nuit (le mari, le statut de mère, la mémoire, la patiente Heather, le chien). Même Vérité posthume, la courte nouvelle révélant le passé trouble de Sandy McBride, le sergent du roman Il coule aussi dans tes veines, fait la part belle à ces deux récurrences : le deuil concerne ici la mère de l’héroïne… qui aurait supposément été assassinée par son époux ! Il existe bien entendu d’autres liens entre les quatre ouvrages précités : si la menace apparaît protéiforme – un inconnu sadique et sociopathe, un tueur en série particulièrement rusé, un gourou pédophile –, les méchants inattendus peuplent l’imaginaire de Chevy Stevens. Un ami de la famille, un policier, une mère, un beau-fils, le mari d’une patiente (malgré lui) : il est difficile d’évoquer toutes ces figures sans rien divulgâcher. « Derrière un visage angélique, une inspiration démoniaque », résume en une formule laconique l’éditeur L’Archipel. Force est de constater que cette inspiration méphistophélique frappe exclusivement les femmes, puisque tous les personnages principaux de l’auteure canadienne, en ce y compris ceux qui irrigueront les ouvrages succédant aux quatre que nous mentionnons ici, sont exclusivement féminins.

Le travail m’a tué / Prolongeau-Delalande-Mardon

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La souffrance au travail, difficile d’y échapper. Malheureusement, cela peut tourner très mal, parfois jusqu’au suicide sur le lieu même du travail. Alarmant et révélateur. La rentabilité, jusqu’à quel prix ?

Première particularité de cette BD : elle commence par la fin, avec une introduction montrant une veuve avec son avocate. Obtiendra-t-elle gain de cause pour faire reconnaître l’employeur responsable du suicide de son mari ? Le cas pourrait faire jurisprudence.

Deuxième particularité de cette BD : son titre à la première personne à propos d’un personnage dont on sait dès le début qu’il est mort. La contradiction fait son effet et rend bien compte du contenu de la BD qui retrace le parcours fatal du personnage depuis ses origines familiales jusqu’à son acte désespéré au travail.

Troisième particularité de cette BD : son style graphique qui fait sentir l’évolution psychologique du personnage central. Le trait ne cherche jamais la caractérisation trop précise des individus. On peut le regretter pour l’aspect esthétique, mais la précaution permet de garder une distance salutaire vis-à-vis des personnages qui restent des personnages de BD. Pour ce qui est de l’esthétique, le dessinateur choisit de présenter chaque planche en noir, blanc et une couleur qui varie régulièrement (au début par planches successives, ensuite par séries de cases). L’effet n’est pas désagréable, mais un peu artificiel.

Quatrième particularité (fondamentale) de cette BD : son sujet. Autant dire que l’album se lit bien, sans doute grâce à la crédibilité des situations et l’évidente montée du stress, avec l’implacable enchaînement des circonstances. Puisqu’on connaît la chute, on voudrait comprendre.

Ingénieur automobile

Structuré en chapitres, l’album montre bien l’engrenage dans lequel le futur suicidé s’engage sans réaliser ce qui l’attend. Issu d’un milieu relativement modeste, le jeune homme fait de solides études pour devenir ingénieur. Passionné d’automobile depuis son enfance, il voit son rêve se réaliser quand il se fait engager par un groupe qui ressemble étrangement à Renault. Inévitable, le rapprochement émerge avec le prénom du personnage (évoqué enfin page 12) qui s’appelle Carlos… comme Carlos Goshn, PDG de Renault de 2005 à 2019. Pour ne pas trop pointer dans une direction unique, le logo de la boîte est une tête de cheval qui rappelle plutôt le cheval cabré de Ferrari. Ultime clin d’œil page 109, avec un bolide type Formule 1 (qu’on aperçoit sur la couverture), dans le grand hall de l’usine.

Le monde du travail, son univers impitoyable

Puisqu’il est vital d’obtenir un emploi rémunéré, le stress existe avant même d’entrer dans le monde du travail. Une fois embauché, il faut se faire sa place dans un univers généralement sans pitié. Les connaissances acquises pendant les études peuvent constituer un bon atout, rarement suffisant. Au travail, il faut des résultats, mais aussi faire son chemin en tenant compte des personnalités et agissements des collègues. Surtout que certain.e.s ne se gênent pas pour user de moyens psychologiques (raffinés, subtils ou brutaux, rarement anodins), pour parvenir à leurs fins : que ce soit pour se faire payer un café au distributeur, négocier une augmentation ou de nouvelles fonctions, séduire un(e) collègue ou l’obliger à travailler davantage. D’innombrables cas de figure peuvent se présenter (l’album n’en illustre qu’une partie) et ce d’autant plus facilement que l’entreprise est de taille. C’est un peu comme une jungle où tout peut arriver et où le pouvoir représente un enjeu tellement décisif que le principe du « diviser pour mieux régner » revient régulièrement.

La pression… pas seulement des pneus

Comment fait-on face à la pression ? Selon les caractères et les possibilités des uns et des autres : en se concentrant sur son travail, en affichant le masque de la décontraction et de l’assurance, en parlant beaucoup et fort, en donnant des ordres, en flattant celles et ceux qui détiennent du pouvoir, en visant d’emblée le haut de la hiérarchie. La palette des possibles est très riche (les auteurs le font sentir) et les plus malins combinent les attitudes selon les moments, les ambiances ou leurs interlocuteurs.

Le suicide au travail

Il arrive que la pression devienne insupportable, parfois jusqu’à conduire au suicide. En France, des cas ont été médiatisés, dans des grosses entreprises comme Renault ou France Télécom. Les RH ont intégré le phénomène pour surveiller les éléments les plus fragiles et tenter de prévenir (parce que guérir…). Malheureusement, le phénomène existe toujours et ne fait que s’intensifier.

En disséquant un cas, cette BD donne à réfléchir. Pourtant, sa teneur clairement revendicative me semble orientée vers un seul axe : rendre le travail plus humain ou demander à ce que la tendance (à la déshumanisation) s’inverse.

Perversion d’un système

Les décisions visant à la rentabilisation du travail nuiraient systématiquement aux relations humaines. Vision outrancière pour illustrer un cas extrême ? Peut-être, car ici l’ensemble se rapproche progressivement d’un système totalitaire qui limite (contraint) de plus en plus la liberté individuelle. La rationalisation irait donc à l’encontre du but recherché. Dans ces conditions, l’individu se retrancherait derrière son absence de responsabilité personnelle vis-à-vis de dysfonctionnements clairement identifiés. Simples effets pervers ? N’oublions pas que l’ensemble est conçu par des personnes et fonctionne sous les actions combinées d’êtres humains.

Où chercher les responsabilités ?

En choisissant comme titre Le travail m’a tué (Carlos s’exprime, mais les auteurs conçoivent la BD), Hubert Prolongeau et Arnaud Delalande (scénario), ainsi que Grégory Mardon (dessin) incitent à considérer l’entreprise seule comme pleinement responsable du drame. Les actionnaires étant évoqués à un moment, cela sent un peu l’aveu d’impuissance par la dénonciation d’un système, puisque tous les noms qui pourraient émerger ne sont que ceux des valets de ce système.

La lecture cynique de cette BD consisterait à voir Carlos comme un naïf et un faible. Justification possible : le suicide est un acte individuel et personnel (parfois sous le coup d’une impulsion irraisonnée, malheureusement), qui plonge l’entourage dans l’effarement, l’incompréhension.

Juridiquement, chercher à mettre toute la responsabilité sur le dos de l’employeur se défend. Par contre, moralement, la BD montre que cela ne colle pas. La vraie question serait de savoir dans quelle mesure un individu peut dire stop et quitter ce système qui le broie. Le suicide signale l’absence d’échappatoire acceptable.

La veuve… Elle semble ne pas voir ou comprendre qu’elle porte sa part de responsabilité dans le suicide de Carlos, alors qu’elle l’a juste incité à dédramatiser. Sa motivation ? Conserver sa vie de couple (et la maison à Saint-Cloud), faire des enfants et les voir grandir. Un personnage presque caricatural à force de banalité et de lieux communs. Mais son incompréhension des difficultés rencontrées par son mari, ses emportements et réflexions ont contribué à faire monter la pression. Pas plus que les autres personnes côtoyant Carlos (chacun.e se réfugiant derrière ses intérêts personnels), elle ne lui a présenté une porte de sortie vivable.

Avec ses exigences un peu aveugles, ses réorganisations continuelles, ses changements de responsabilités (irresponsables) mettant les techniciens (ceux qui œuvrent à la production) dans des situations impossibles (car soumises à des décisions technocratiques), l’entreprise est effectivement coupable. Mais l’entreprise, ce sont des personnes. Est-ce que d’autres personnes à la place de celles qu’on voit diriger ne feraient pas plus ou moins la même chose ?

Si le monde va mal, c’est aussi parce que personne ne trouve la solution pour calmer le jeu, pas seulement au travail. Maintenant, bonnes vacances à celles et à ceux qui peuvent en profiter !

Le travail m’a tué, Hubert Prolongeau et Arnaud Delalande (scénario), Grégory Mardon (dessin)
Futuropolis, juin 2019, 120 pages

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3.5

La Grande évasion : l’évasion comme un devoir moral

En réalisant La Grande évasion, d’après un fait authentique, John Sturges signe un des films de guerre marquants du cinéma hollywoodien des années 60, avec un casting parmi les plus remarquables.

1963. Après le succès international des Sept Mercenaires, l’équipe qui avait produit, réalisé et interprété le western se réunit à nouveau. On retrouve Steve McQueen, Charles Bronson et James Coburn dans la distribution, Elmer Bernstein à la musique, et le grand John Sturges à la réalisation. Et on retrouve ici les qualités déjà présentes dans Les Sept Mercenaires.

Cela commence par la musique, une marche militaire entraînante et joyeuse qui reste en tête longtemps après avoir vu La Grande évasion. Bien entendu, l’interprétation est formidable. Steve McQueen joue à fond sur son image « cool » : blouson de cuir, gant de base-ball à la main, s’amusant à lancer la balle pour passer le temps quand il est au trou, et surtout devenant carrément iconique en enfourchant sa moto. A ses côtés, outre ses camarades des Sept Mercenaires, on trouve un casting anglo-américain de toute beauté : Richard Attenborough en cerveau des évasions, Donald Pleasance, David McCallum, Gordon Jackson, James Garner et même Angus Lennie, moins connu que les autres mais inoubliable lorsque l’on a vu le film.

Et à la tête de tout ce beau monde, John Sturges est au meilleur de sa forme. Son sens du rythme est sans faille : il parvient à faire un film de près de trois heures sans le moindre temps mort, en alternant savamment scènes d’action, suspense, drame et même humour. Car La Grande évasion réserve quelques scènes très drôles, comme cette célébration du 4 juillet par les détenus américains, avec distribution d’un tord-boyau de fabrication artisanale.

Une des autres grandes qualités de la réalisation réside aussi dans l’organisation spatiale du film. Dès la scène d’ouverture, nous faisons un tour du camp de prisonniers où se déroulera une partie importante du long métrage. Jamais le spectateur n’est perdu dans les multiples recoins du camp, et chaque espace est utilisé à un moment ou à un autre : les dortoirs bien sûr, le bureau du directeur, mais aussi les jardins, les barbelés, les miradors… Avec une efficacité souveraine, Sturges ne laisse rien au hasard : tout ce qu’il montre est nécessaire à l’action.

Depuis la fin des années 50, le cinéma propose des films de guerre à grand spectacle avec casting foisonnant : Le Pont de la rivière Kwai, de David Lean, Le Jour le plus long (signé par plusieurs réalisateurs, parmi lesquels l’Allemand Bernhard Wicki et l’Américain Andrew Marton) ou Les Canons de Navarone, de Jack Lee Thompson. D’un certain côté, La Grande évasion s’inscrit dans cette mode qui durera un long moment. De plus, La Grande évasion se présente comme l’adaptation d’un fait authentique (même s’il a été fortement remanié pour le film).

Et cependant le film se démarque des réalisations habituelles sur la Seconde Guerre mondiale. Se déroulant en immense partie dans un camp de prisonniers, il prend ainsi un soin particulier à ne pas jouer dans la même cour que le film à succès de David Lean. Ici, on ne pose pas trop de réflexions sur les accords de Genève et les protections dont pourraient bénéficier les prisonniers. Dès le début, le ton est donné : dès qu’ils débarquent dans le camp, les prisonniers cherchent la moindre faille dans la sécurité, le moindre petit angle mort dans la surveillance des miradors, la fragilité de la palissade, etc. Il faut dire que les prisonniers réunis ici sont tous des pros de l’évasion, et que le camp a été conçu et fabriqué spécialement pour eux.

Or, pour ces hommes, l’évasion n’est pas seulement une question de liberté : c’est une obligation morale. Très vite les enjeux sont fixés : pour tout officier emprisonné, le devoir est de chercher à s’évader de toutes les façons possibles. C’est bel et bien une question d’honneur, de devoir moral. L’évasion, c’est la continuation de la guerre par d’autres moyens. Et si La Grande évasion ne nous propose pas de grandes scènes de combat, si l’on n’y voit aucun tank, s’il évite toute l’artillerie lourde des films de guerre traditionnels, il appartient pourtant pleinement à ce genre.

Cela lui confère une sorte de recul par rapport aux événements (ce qui permet l’humour), mais cela n’empêche pas Sturges de nous offrir un film spectaculaire et passionnant.

Synopsis : 1943. Des prisonniers, ayant tous pour point commun de s’être déjà évadé d’un camp allemand, sont réunis dans un camp spécial d’où toute évasion serait impossible. Ce qui ne les empêche pas d’essayer…

La Grande évasion : bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=svDSVgrw7B8

La Grande évasion : fiche technique

Titre original : The Great Escape
Réalisation : John Sturges
Scénario : James Clavell, W. R. Burnett
Interprètes : Steve McQueen (Hilts), James Garner (Hendley), Richard Attenborough (Bartlett), Charles Bronson (Danny), Donald Pleasence (Blythe), James Coburn (Sedgwick), David McCallum (Ashley-Pitt), Gordon Jackson (MacDonald), Angus Lennie (Ives)
Photographie : Daniel L. Fapp
Montage : Ferris Webster
Musique : Elmer Bernstein
Production : John Sturges, James Clavell
Société de production : The Mirisch Company
Société de distribution : United Artists
Date de sortie en France : 11 septembre 1963
Genre : guerre
Durée : 172 minutes

États-Unis – 1963

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4.5

Sincérité et truculence : le cinéma de Jean-Pierre Mocky

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On a aimé rire avec ses films. On a apprécié ses personnages truculents. On a entendu ses coups de gueule et ses engagements. Jean-Pierre Mocky a fait partie intégrante du paysage cinématographique français, où il s’est rendu incontournable. Au point que sa personnalité forte et attachante nous manquera.

Lorsque j’évoque Jean-Pierre Mocky, ce sont d’abord les comédies qui me viennent en tête. Bien entendu, il était aussi un grand réalisateur de polars, bien noirs, bien sombres, très engagés politiquement, et dans lesquels, le plus souvent, il se donnait le rôle principal. Généralement un rôle de franc-tireur isolé, seul contre tous, mais terriblement attachant, et fonçant dans le tas tête baissée. C’était comme s’il tenait son propre rôle, celui du mec à contre-courant qui ne lâche rien parce que ce qu’il fait correspond à ce qu’il est.
C’était sans doute cela la première et la principale qualité de Jean-Pierre Mocky : sa sincérité. Pas une once de duperie en lui : il faisait ce en quoi il croyait dur comme fer. Jamais il n’a cédé aux sirènes de l’hypocrisie commerciale. Qu’on aime ou qu’on déteste, il s’en moquait, Mocky. Lui, il disait ce qui lui tenait à cœur, il filmait comme il était.
D’ailleurs, l’hypocrisie, la duplicité, c’étaient ses cibles majeures. Le conformisme et le pouvoir en place également. Durant toute sa carrière, il s’est plu à combattre tous ceux qui, de part leur fonction ou leur place sociale, possédaient et abusaient de leur pouvoir. Bien entendu, les policiers ont été des victimes de choix, souvent ridiculisés dans des comédies qui ressemblaient à des courses-poursuites (Les Compagnons de la marguerite, La Grande lessive (!) ).

Les compagnons de la marguerite : bande annonce

https://www.dailymotion.com/video/x2jrwja

C’est ainsi que Jean-Pierre Mocky va peupler ses films de personnages marginaux, tendres et décalés dont l’objectif principal sera de mettre à nu cette hypocrisie et de détruire ce conformisme. Dans Les Compagnons de la marguerite, c’est Claude Rich, admirable faussaire, qui va trafiquer les registres d’état-civil pour annuler certains mariages, libérant ainsi des maris et des femmes mécontents de leur situation (et permettant à Mocky de s’en prendre joyeusement à une institution de l’état bourgeois). Dans Le Miraculé, il s’attaque au business de Lourdes. Le personnage de Victor Lanoux dans Y a-t-il un Français dans la salle ? met à nu le fonctionnement des hautes sphères de l’état, avec sa corruption, son arrogance et sa police aux ordres.
D’aucuns pourraient lui reprocher de manquer de finesse. Dans ses films, les vulgarités sont fréquentes, les ficelles sont grossières. Mais il faut considérer les films de Mocky comme des armes servant à dénoncer des réalités vulgaires et grossières. Chez Mocky, la vulgarité et la violence verbale sont toujours du côté des possédant, des vainqueurs, des dominants. A l’inverse, ceux qui combattent ce système politique sont souvent plus fins, plus subtils, plus élégants aussi. Il faut voir l’émouvant parcourt suivi par le personnage de Victor Lanoux dans Y a-t-il un Français dans la salle ? Il commence en étant chef d’un parti politique, personnage influent et violent, exploiteur et méprisant. Puis il va être touché par la grâce à travers l’amour d’une adolescente, et le personnage va se transformer en un être émouvant et dramatique.
La sympathie de Mocky allait toujours vers ceux qui se battaient pour leurs idées. Par contre, il pouvait être féroce, et cette férocité n’épargnait personne, du haut en bas de l’échelle sociale. Si, en bon anar’, la bourgeoisie dominante était sa cible préférée, il n’hésitait pas à caricaturer une « France d’en bas » veule et prête à se vendre pour un peu de bien matériel. Personne n’était épargné, et tout le monde en prenait pour son grade.

Jean-Pierre Mocky, c’était vraiment un style particulier et unique. Il ne s’attachait à aucun style, ne relevait d’aucune école (même si son excellent premier long métrage, Les Dragueurs, pourrait se rapprocher de la Nouvelle Vague). L’indépendance était sa méthode, la liberté son mot d’ordre. Il produit, écrit, réalise et distribue lui-même ses films, et sa filmographie devient vite pléthorique : plus de soixante longs métrages à son actif, dont certains succès commerciaux, mais aussi des films beaucoup plus confidentiels, surtout dans les dernières années.
L’une des raisons de la réussite de Mocky, en plus de la sincérité de sa parole, c’est le nombre d’acteurs et d’actrices qui se pressaient pour jouer chez lui. Il y avait les habituels (Michel Serrault et Jean Poiret, Bourvil, Dominique Zardi, Francis Blanche) et ceux qui étaient de passage le temps d’un film (Jean-Louis Barrault, Charles Vanel, Alberto Sordi). Jean-Pierre Mocky disait choisir ses acteurs sur leur « gueule », mais dans la réalité il tissait un lien très étroit avec eux. Il en ressort un plaisir évident à jouer des textes truculents et des personnages décalés dans des situations frôlant l’absurde.
La filmographie de Mocky est d’une grande cohérence, formant une œuvre unie reconnaissable entre toutes. Et lorsque l’on aime ce cinéaste généreux et sincère, alors c’est un plaisir de plonger dans ses films, même s’ils ne sont pas tous des grandes réussites.
Avec la disparition de Jean-Pierre Mocky, c’est une des personnalités majeures du cinéma français de ces soixante dernières années qui nous quitte. Un cinéaste qui n’aura jamais arrêté (il travaillait à un film sur les Gilets Jaunes, évidemment pourrait-on dire quand on connaissait le bonhomme). Il nous reste ce plaisir coupable à revoir ces films uniques et audacieux.

Vacances au Cinéma : Little Miss Sunshine de Dayton et Faris

Vacances ne signifie pas toujours farniente ni faire la crêpe au soleil. Dans le savoureux Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris, l’escapade familiale est aussi un moment propice pour se reconnecter avec soi-même et avec ses proches.

Synopsis  :  L’histoire des Hoover. Le père, Richard, tente désespérément de vendre son « Parcours vers le succès en 9 étapes ». La mère, Sheryl, tente de dissimuler les travers de son frère, spécialiste suicidaire de Proust fraîchement sorti de l’hôpital après avoir été congédié par son amant.
Les enfants Hoover ne sont pas non plus dépourvus de rêves improbables : la fille de 7 ans, Olive, se rêve en reine de beauté, tandis que son frère Dwayne a fait voeu de silence jusqu’à son entrée à l’Air Force Academy.
Quand Olive décroche une invitation à concourir pour le titre très sélectif de Little Miss Sunshine en Californie, toute la famille décide de faire corps derrière elle. Les voilà donc entassés dans leur break Volkswagen rouillé : ils mettent le cap vers l’Ouest et entament un voyage tragi-comique de trois jours qui les mettra aux prises avec des événements inattendus…

Away we go

Pour nous autres, les vacances sous forme de road-trip, où les enfants et le chien sont coincés à l’arrière d’une Citroën pendant qu’au volant le père grille cigarette sur cigarette, sont bel et bien révolues. A tout le moins, les moyens de transhumance se sont démultipliés. Pour les Américains, habitants d’un territoire beaucoup plus vaste que le nôtre, les grands déplacements autoroutiers et familiaux restent fréquents, aussi bien à la ville qu’à l’écran. C’est ainsi que le genre road movie est un genre florissant, alimenté par toutes sortes de films, allant d’American Honey (Andrea Arnold) pour un des plus récents, à Thelma & Louise de Ridley scott, The Darjeeling Limited de Wes Anderson, mais aussi Nebraska d’Alexander Payne ou Into the Wild de Sean Penn.  Ici, on s’intéresse à Little Miss Sunshine, de Jonathan Dayton et Valerie Faris, dans le sous-genre road trip de vacances. Ce film devenu culte se déroule sur un week-end, mais on peut le classer dans notre thématique des vacances au cinéma, puisqu’il s’agit d’un voyage familial dont le but est récréatif, celui d’amener la petite Olive Hoover en Californie à un concours de beauté, le  Little Miss Sunshine du titre.

Vacances ne signifie pas toujours coquillages, crustacés, soleil et plage. Ici, sous ses dehors de comédie très réussie et très acclamée depuis sa sortie en 2006, Little Miss Sunshine est en réalité un film doux-amer qui adresse une critique de certains travers de l’Amérique. Olive Hoover (Abigail Breslin) , la protagoniste, est une pétillante petite fille plutôt ordinaire , plutôt boulotte, mais qui souhaite participer à un concours de beauté, puisqu’abreuvée d’ émissions télévisuelles qui glorifient les miss. Elle aura la chance de participer à ce concours, et c’est en famille qu’elle fera plus de 1300 kilomètres depuis Albuquerque pour rejoindre la Californie et le site du concours. Comme pour beaucoup de  road-movies qui se respectent, le scenario embarque une famille non seulement disparate, mais quelque peu dysfonctionnelle. Richard Hoover, (Greg Kinnear), le père, est un obsédé de la réussite et de l’American dream, alors même que sa méthode de « succès en 9 points » ne se vend absolument pas , l’oncle Franck (Steve Carrell), sort de l’hôpital après un suicide raté, le grand-père (Alan Arkin, qui a obtenu l’Oscar pour ce « second » rôle) sniffe de l’héroïne au sous-sol, et le grand frère Dwayne (Paul Dano) fait sa crise d’ado en se murant dans le silence sous inspiration nietzschéenne. Seule la mère Sheryl (Toni Collette, impeccable comme toujours) garde le cap, pour permettre à la petite Olive, un adorable sourire en permanence sur ses lèvres, de nager dans un bonheur apparent.

Les 90 minutes du film verront la famille Hoover naviguer de périples en accidents cocasses, de grandes colères à de vrais moments de tendresse et d’amour familial. La combi VW jaune qu’on ne peut démarrer que dans une pente sillonne des paysages mythiques et beaux, dont le magnifique plateau du Colorado qui appelle inévitablement à nos souvenirs de vacances dans le Grand Canyon. Mais elle va surtout traverser une Amérique des gens ordinaires comme ce garagiste qui donne la solution aux Hoover pour leur combi défaillante ou ce policier qui les laisse filer avec un cadavre dans le coffre, aveuglé par quelques magazines porno. Les protagonistes vont aussi rencontrer l’autre Amérique, celle du clinquant et du paraître, avec les petites apprenties miss maquillées comme des voitures volées, ou encore l’animateur du show aussi factice que ses dents blanches.

Dayton et Faris étrillent leur pays et ses petits travers, mais in fine, Little Miss Sunshine est un feel good movie qui respire le grand air et l’évasion.  On se sent bien en compagnie de cette famille chaleureuse, drôle et tonitruante, qui se reconstruit sous nos yeux. A l’heure où on écrit cet article, on ne peut pas s’empêcher d’avoir une pensée à El Paso, dans l’état voisin, à peine à 400 kilomètres de leur Albuquerque natal. La famille d’Olive est aux antipodes des tristes événements qui s’y produisent,  et on constate que l’Amérique est décidément terre de contraste, où la bienveillance familiale la plus émouvante côtoie la barbarie la plus crasse.

Comme dans la vraie vie, les vacances ne sont donc pas synonymes uniquement de bon temps et d’insouciance dans Little Miss Sunshine. C’est un temps d’escapade, de halte,  où chacun peut se reconnecter avec lui-même, et aussi avec son entourage et ses proches. L’ensemble du casting familial, en tant qu’ensemble, a obtenu de multiples récompenses, des prix mérités, tant chaque acteur a personnifié son rôle à son maximum. Face à de sérieux concurrents aux Oscars et autres remises de prix, dont les Infiltrés de Scorcese, ou Babel d’Iñárritu, le film est un des meilleurs de son année de production, en nous faisant passer du rire aux larmes, au travers d’un voyage extraordinairement émouvant. Vive les vacances, si elles sont comme celles-ci !

Little Miss sunshine – Bande annonce

Little Miss sunshine – Fiche technique

Titre original : Little Miss sunshine
Réalisateur : Jonathan Dayton, Valerie Faris
Scénario : Michael Arndt
Interprétation : Abigail Breslin (Olive Hoover), Greg Kinnear           (Richard Hoover), Paul Dano (Dwayne), Alan Arkin (‘Grandpa’ Edwin Hoover), Toni Collette (Sheryl Hoover), Steve Carell (Frank Ginsberg), Brenda Canela (serveuse), Julio Oscar Mechoso (Mécanicien), Bryan Cranston (Stan Grossman), Matt Winston (Maître de cérémonie concours)
Photographie : Tim Suhrstedt
Montage : Pamela Martin
Musique : Mychael Danna, DeVotchKa
Producteurs : Albert Berger, David T. Friendly, Peter Saraf, Marc Turtletaub, Ron Yerxa
Maisons de production : Big Beach Films, Bona Fide Productions
Distribution : Twentieth Century Fox France
Récompenses : Alan Arkin aux Oscars et aux BAFTA, meilleur scénario aux BAFTA, plusieurs récompenses pour le casting familial en tant qu’ensemble. 72 récompenses en tout.
Budget : USD 8 000 000
Durée : 101 min.
Genre : Comédie, Drame
Date de sortie : 06 Septembre 2006
USA – 2006