Les Sept Mercenaires, de John Sturges : le colt et la fourche

Adaptation du chef d’œuvre d’Akira Kurosawa, Les Sept Mercenaires, de John Sturges, réunit toutes les qualités qui font un film iconique, depuis le casting jusqu’à la musique, en passant par des scènes qui marquent les spectateurs.

Synopsis : un village de pauvres paysans mexicains est régulièrement assailli par une bande de brigands dirigée par Calvera. Excédés, les paysans décident de passer à l’action en faisant appel à des mercenaires.

En ce début d’années 60, le western classique hollywoodien subit de larges transformations. L’arrivée d’une nouvelle génération de cinéastes (Robert Aldrich, Don Siegel, et bien sûr Sam Peckinpah) mais aussi l’appropriation de ses codes par des cinéastes non américains (à commencer par le travail d’Akira Kurosawa, grand admirateur de John Ford, dans des films comme Les Sept Samouraïs ou Le Garde du corps, puis bien entendu Sergio Leone, mais aussi Nikita Mikhalkov) va fortement bouleverser le devenir du genre. Déjà un film comme Le Train sifflera trois fois a mis à mal l’image du marshall sans peur et imperturbable face à l’ennemi, tandis que Vera Cruz, de Robert Aldrich, a ravagé l’image manichéenne d’un héros défenseur du bien.

Le chef d’œuvre de John Sturges

On pourrait ainsi admettre que, sorti quelques mois après Rio Bravo, Les Sept Mercenaires constitue un peu une sorte de chant du cygne du western traditionnel. A priori, nous retrouvons ici tous les éléments classiques du genre : les gentils défenseurs des opprimés, un groupe de bandits qui terrorise de pauvres paysans, des fusillades et une action tendue vers un règlement de compte final.

Et tout cela, John Sturges le réalise très bien. Il faut dire que ce n’est pas le premier western qu’il réalise, loin de là : Fort Bravo, Coup de fouet en retour, Le Dernier train de Gun Hill ou, bien entendu, l’incontournable Règlement de comptes à OK Corral ont démontré le talent du cinéaste. Struges faisait partie de ces cinéastes qui, à défaut d’être de grands artistes comme John Ford ou Howard Hawks, ont été de bons artisans, sachant réaliser des films solides et efficaces. Cela se ressent dans tout le film : les cadrages, le montage, le rythme, l’emploi des décors et la direction d’acteurs (qui ne fut pas chose aisée, vue la rivalité d’ego entre Yul Brynner et Steve McQueen) sont absolument impeccables. A peine pourrait-on reprocher une légère baisse de rythme lors de la fête mexicaine, mais c’est un détail vite passé.

L’emploi du décor, par exemple, est remarquable. Que ce soit le village mexicain où se déroule l’essentiel du film, ou la rue que remonte le corbillard au début, le décor joue un rôle dans l’action. Il permet de se cacher ou de se révéler. Les personnages passent leur temps à se dissimuler derrière les murets ou dans les maisons, que ce soient les paysans, les mercenaires, le tueur derrière son rideau ou les bandits de Calvera. Les personnages appliquent une règle de base de la guerre : celui qui l’emporte, c’est celui qui maîtrise le champ de bataille.

Des « héros » peu conformistes

Mais, derrière cette apparence de classicisme, le film érafle (doucement, certes) les codes du genre. Ces libertés prises envers le western traditionnel s’expliquent en partie par le fait que Les Sept Mercenaires est, comme chacun le sait, l’adaptation des Sept Samouraïs d’Akira Kurosawa (film que les Occidentaux avaient découvert dans une version courte, et non dans la version que l’on connaît de nos jours). On retrouve ici des éléments du film originel, à commencer par le fait que les personnages principaux ne sont pas à proprement parler des héros. Hommes exclus de la bonne société (pour des raisons que l’on ignore : nos mercenaires ont tous un passé, que l’on peut deviner parfois peu reluisant), vagabondant dans cet Ouest encore sauvage et en formation (ou même carrément en fuite, comme on peut le supposer pour Lee, interprété par Robert Vaughn), pauvres, voire miséreux (comme O’Reilly, le personnage incarné par Charles Bronson), tous agissent avec leurs propres motivations personnelles, et non pour le bien de l’humanité. L’Ouest des Sept Mercenaires n’est déjà plus le monde des shériffs justiciers faisant régner l’ordre et la loi. C’est le monde plus désenchanté de la loi du plus fort, une loi validée par les protagonistes. Ici, ce n’est pas la loi qui gagne, c’est uniquement le colt et celui qui sait le mieux s’en servir.

Ce désenchantement gagne aussi les mercenaires eux-mêmes, qui ne semblent pas forcément fiers de ce qu’ils accomplissent. Ce sont des hommes à vendre, prêts à mourir pour 20 dollars.

Les vrais vainqueurs, ce sont les paysans

Tout cela prépare la déclaration finale de Chris selon laquelle les véritables vainqueurs sont les paysans. Sans réussir à faire ce que Kurosawa avait réalisé dans son film, où les paysans représentaient la vie, la nature, l’ordre face aux chaos, ici, Sturges parvient quand même à faire ressentir que la vie paysanne est la seule vie saine. De plus, le film réussit à présenter l’existence quotidienne rurale de façon documentée, sans caricature ni facilité. Les Sept Mercenaires, sur cet aspect-là, est hyper-réaliste (ce qui, là aussi, relève d’une certaine originalité dans l’univers du western, où la ruralité n’est souvent représentée que par le seul biais du nomadisme des cow-boys). Le choix du décor montre aussi ce parti-pris réaliste : loin de Monument Valley ou des grandes plaines qui peuvent donner des plans d’ensemble si magnifiques, Sturges nous plonge dans la poussière et l’aridité d’un village mexicain. On sent ici le type de décor poussiéreux qui se retrouvera dans Pour une poignée de dollars, par exemple.

Les Sept Mercenaires parvient à maintenir un équilibre remarquable entre scènes d’actions (savamment éparpillées dans le film) et moments plus émouvants. Sturges présente chaque mercenaire dans son individualité pour pouvoir mieux les unir en un groupe, une équipe solide, à l’heure des combats. Cela nous permet aussi de mieux ressentir la douleur à chaque mort. Face à eux, Eli Wallach est génial et méconnaissable en un bandit cynique et violent. Il en fait des tonnes, en imitant lourdement l’accent hispanique, mais le film lui doit beaucoup.

Enfin, il faut évidemment dire deux mots de la musique d’Elmer Bernstein. Le compositeur signe une partition absolument inoubliable, qui va accompagner chaque scène du film.

Trois ans plus tard, une partie de l’équipe des Sept Mercenaires (le réalisateur John Sturges, le compositeur Elmer Bernstein, les acteurs Steve McQueen, James Coburn et Charles Bronson) se retrouveront pour un des fleurons du film de guerre hollywoodien, La Grande Évasion.

Les Sept Mercenaires : Bande-annonce

Les Sept Mercenaires : Fiche technique

Titre original : The Magnificient Seven
Réalisateur : John Sturges
Scénario : William Roberts, Walter Bernstein et Walter Newman, d’après le film d’Akira Kurosawa
Interprètes : Yul Brynner (Chris), Steve McQueen (Vin), Eli Wallach (Calvera), Charles Bronson (Bernardo O’Reilly), James Coburn (Britt), Horst Buchholz (Chico), Robert Vaughn (Lee), Brad Dexter (Harry)
Photographie : Charles Lang
Musique : Elmer Bernstein
Montage : Ferris Webster
Production : John Sturges
Société de production : The Mirisch Company, Alpha Productions
Société de distribution : United Artists
Date de sortie en France : 1er février 1961
Durée : 128 minutes
Genre : western

Etats-Unis- 1960

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4.5

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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