En 2012, le prix Un Certain Regard du festival de Cannes est attribué à Michel Franco pour son film Después de Lucia. Le réalisateur mexicain avait déjà troublé la croisette en 2009 avec son premier long métrage Daniel y Ana sur deux frères et soeurs kidnappés et forcés à coucher ensemble par leur ravisseurs. Son second film, Después de Lucia, aborde de nouveau la torture mais présenté cette fois dans le cadre du lycée, où nos tortionnaires sont de simples lycéens. Et c’en est d’autant plus choquant.
Peu loquace au début, Después de Lucia se dispense d’explications et présente nos personnages : Roberto et sa fille Alejandra démarrent une nouvelle vie à Mexico. Lui en tant que chef cuisinier dans un restaurant chic, et elle dans un lycée bourgeois. Les images parlent d’elle même et on comprend très vite qu’ils sont en réalité en deuil. Lucia, la mère de Alejandra, est récemment morte dans un tragique accident de voiture, qui ne sera d’ailleurs que suggéré (voire presque caché) tout au long du film. Une ambiance dès le début très peu loquace et très lente, pour mieux créer le malaise et monter crescendo dans l’histoire insoutenable du harcèlement.
Le lycée comme théâtre du drame
Dans son nouveau lycée, Alejandra, jolie et intelligente, se fait rapidement une nouvelle bande d’amis, avec qui elle fume et boit. Mais lors d’une soirée très arrosée et sans adultes, Alejandra finit par coucher avec l’un des garçons, qui filme leur ébats sur son portable. Le lendemain, la vidéo a déjà circulé dans tout le lycée et le cauchemar commence pour Alejandra. Au début, elle n’est victime que de rires et de moqueries dans les couloirs. Mais la vie continue et elle pense que ça passera. Puis, elle se fait véritablement insulter de « puta » par messages, humilier par les autres filles et harceler dans les toilettes par les garçons. Même face aux pires situations, Alejandra est murée dans son silence, trop accablée par la honte et la culpabilité.
Un certain regard sur la cruauté
Le film est d’autant plus insoutenable à voir, que les scènes sont filmées en plans larges. Le spectateur est alors témoin distant et impuissant des pires humiliations subies par notre personnage principal. Une distance perturbante mais nécessaire aussi pour ne jamais s’identifier ni aux bourreaux ni à sa victime. C’est en ça que le film est d’autant plus efficace : il n’y a pas de pathos ou de moralité. Nos émotions face à cette injustice sont déclenchées uniquement à travers la brutalité des images et sans une lourde mise en scène.
Quand la victime devient le bourreau
Le pire drame du film se déroule lors de la sortie scolaire, où Alejandra devient véritablement otage de ses camarades de classe. La cruauté de ces lycéens n’a plus de limites et « le drame » tant redouté pousse Alejandra à fuguer. Entre alors en scène le père, jusque là ignorant tout du harcèlement subi par sa fille. La colère intériorisée d’Alejandra se déchaîne en lui crescendo. Il veut se venger, mais pas seulement pour sa fille, mais pour tous les malheurs subis depuis la mort de sa femme. De nouveau le spectateur est complice d’une torture insupportable dans cette sorte de justice cruelle du père, qui prend pour unique responsable le lycéen qui a filmé les ébats avec sa fille. Une fin à la fois salvatrice mais dérangeante qui laisse le spectateur décontenancé et plein de questions.
Un prix Un Certain Regard largement mérité pour ce film aux images marquantes qui réussit en une simplicité déconcertante à attiser de vives émotions chez le spectateur. En 2017, Michel Franco revient avec un autre film coup de poing, Les filles d’Avril (Las hijas de Abril), qui remporte cette fois le Prix du Jury Un certain regard.
Synopsis : Lucia est morte dans un accident de voiture il y a six mois ; depuis, son mari Roberto et sa fille Alejandra tentent de surmonter ce deuil. Afin de prendre un nouveau départ, Roberto décide de s’installer à Mexico. Alejandra se retrouve, nouvelle, dans une classe. Plus jolie, plus brillante, elle est rapidement la cible d’envie et de jalousie de la part de ses camarades. Refusant d’en parler à son père, elle devient une proie, un bouc émissaire.
Después de Lucía : Bande Annonce
Después de Lucía : Fiche technique
Réalisation : Michel Franco
Scénario : Michel Franco
Photographie : Chuy Chávez
Son : José Miguel Enriquez
Production : POP Films, Filmadora Nacional, Lemon Studios, Stromboli Pictures, Lucia Films, Trebol Stone
Genre : Drame
Durée : 93 minutes
Date de sortie : 06 octobre 2012 (France)
Il faut d’abord confesser que, sortie en 2004, Veronica Mars est un sérieux plaisir coupable d’ado. Parce qu’on adorait aimer-détester Logan, parce que Veronica était vraiment trop forte et impertinente ! On passera sur l’existence récente d’une saison 4 plus que discutable (Logan !), mais force est de constater que pour une série d’ados, Veronica Mars se pose en petite pépite réjouissante sur les affres d’une période de lycée pas toujours ragoûtante ! Et plus encore…
She’s a marshmallow
Si enfance et adolescence se confondent et que les héroïnes définissent les petites filles comme les contes autrefois alors Veronica Mars est la série parfaite pour grandir en fracassant tout. Elle nous apprend à être irrévérencieux et à refuser de se laisser dicter une conduite toute faite. C’est déjà pas mal. En plus, c’est souvent drôle, un poil mélodramatique sans trop en faire non plus (parce que notre héroïne est rancunière mais pas pleurnicharde). Entre ça et Gossip Girl ou encore Un dos tres, séries sorties entre 2002 et 2007, on a vite fait son choix. Ici, ce sont surtout la galerie de personnages secondaires qui marquent la série et entourent notre marshmallow de Veronica Mars. On y découvre surtout des caïds au grand cœur et des gentils pas si gentils (bon Wallace mis à part, d’accord), ce qui rend la série assez dark tout en étant par moment totale teenage ! Mais ce qui fait sa force, c’est que Veronica a du recul sur sa propre situation. On la voit ainsi construire une histoire d’amour et se moquer de ses propres choix, ne pas se définir que par ses histoires, se construire seule à la force de son mental (et grâce à son super papounet dont elle a parfois du mal à avaler les failles). A travers ce personnage, c’est l’Amérique elle-même et son système injuste, très « star system »( coucou la merveilleuse famille Echolls !) justement qui est critiquée, la violence n’est jamais cachée et elle n’est pas toujours là où on l’imagine. D’où les choix radicaux faits dans la saison 4, qui nous a sortis un peu trop brusquement de l’enfance finalement. Pour Veronica la sortie de l’enfance a été brutale elle aussi, presque trop, avec la mort de sa meilleure amie dès le début de la série. Sortie de l’ombre aussi de ce personnage très envahissant comme on le verra dans la suite de la série, Veronica sort de sa coquille.
She’s a feminist ?
Qui n’a pas rêvé de devenir détective à Neptune, une sorte de Gotham un poil moins cauchemardesque, où le crime a tous ses droits, où un seul faux pas peut faire basculer un chouette shérif dans le côté obscur de la ville ? Voilà l’excellente question que pose la série, ne clivant pas simplement les plus riches et les plus pauvres puisque Veronica elle-même oscille sans cesse entre les deux états, défendant la veuve et l’orphelin et se prenant d’amour pour les fils à papa dont elle révèle, là encore, le côté obscur tout en en développant la tendresse. La force de la série est que si Veronica a différentes relations, de Duncan à Piz en passant par Logan ( « garçon que, entre parenthèses, je déteste » et sans oublier Léo donc !!!), elle ne se définit pas que par ces relations, elle évolue au gré de ces rencontres et doit apprendre à vivre avec et contre eux. Ce qui donnera lieu à des ruptures plus ou moins digérées, qui toujours sont une nouvelle avancée pour le personnage, quitte à refaire mais jamais à l’identique, un peu comme avec le remake, notre cycle d’avril. Veronica est un véritable phénix qui avance avec indépendance, quitte à laisser des champs de ruines autour d’elle mais qui croit toujours à la force de la co-construction tout de même. Au-delà de ces thèmes rabattus, elle reste une des premières séries d’ados parfois ouvertement féministe en parlant du viol sans tabou et en étant du côté des filles qui ne s’en laissent pas compter. Ce ne sont ainsi pas que des petites choses fragiles ou provocantes qui subissent l’outrage. Et ça, pour une série de 2004, c’est quand même un bon point. Preuve de plus de la réussite des personnages secondaires, Parker se révèle un personnage complexe, entre sa superficialité apparente et la profondeur de sa résilience. Logan non plus ne s’y est pas trompé.
Une fin sans fin
Mais Veronica est tenace, la fameuse Parker l’apprendra à ses dépens, Logan aussi (toujours lui décidément). Ainsi, quand la série s’achève en 2007, après seulement trois saisons, le personnage est encore à la croisée des chemins, un peu comme les petits fans qui la regardent. Qui peut parier sur ce qu’elle deviendra finalement ? Et la force de ses rêves ? Ni le film sorti en 2014, ni la récente saison 4 ne répondent à cette question, tant la série n’a résisté qu’à son charme adolescent. Une chose est sûre, on n’échappe pas aussi facilement à Neptune, dont la réputation n’est pas prête de s’enjoliver. Terminons (presque) par cette phrase qui résume si bien ce qui fait le sel de la série et de son personnage, marquant pour celui ou celle qui grandit devant, « Veronica n’est jamais aussi bien que lorsqu’elle est outsider (…) si elle avait une relation parfaite, il n’y aurait pas de série ». L’occasion de donner la parole à la formidable interprète de cette héroïne, qui n’a jamais été aussi formidable que dans ce rôle d’ailleurs auquel elle apporte fraîcheur et pugnacité, même son rôle dans The Good place paraît fade à côté, c’est dire ! Ou alors peut-être qu’on a simplement grandi… Ce qui ne nous empêchera pas d’être présents, excités et peut-être même déçus en cas de saison 5… Une fin sans fin on vous a dit ! On ne se débarrasse pas si facilement de ses vieux amis, surtout quand « we used to be friend ». Ce portrait passionnant d’une jeune fille puis femme avec des enquêtes tenaces et bien documentées, n’est donc pas près de nous quitter, quel que soit son avenir télévisuel.
Six-Gun Gorilla pourrait s’appréhender comme une fusée dont les étages s’emboîteraient progressivement et en plein vol. Simon Spurrier y narre l’histoire de Bleu-3425, un jeune supplétif de l’armée envoyé comme chair à canon sur une planète colonisée par les hommes. Dans ce Blister du XXIIe siècle, des rebelles indépendantistes livrent une guerre sans merci à des bataillons terriens…
Ce qui va suivre évente largement les surprises que contient Six-Gun Gorilla. Et pour cause : c’est en se lestant progressivement de trames secondaires et d’aspérités dystopiques que cette bande dessinée livre toute son ampleur. Les premières planches nous plongent dans un appareil militaire spatial où se côtoient des bleus suicidaires et des professionnels de la guerre, des supplétifs acceptant de sacrifier leur vie pour un peu d’argent et des soldats aguerris. Rebaptisé Bleu-3425, le jeune héros de Simon Spurrier ne s’est jamais relevé d’une blessure sentimentale. Ce faisant, il a décidé, sans grande conviction, de mourir sur le champ de bataille colonial et de léguer le prix de cet ultime sacrifice à celle qu’il continue de chérir. Ses acolytes apparaissent plus pathétiques encore : un chômeur junkie, un homme atteint d’une maladie incurable ou une dépressive l’accompagnent en première ligne dans un conflit armé impitoyable.
Nous sommes au XXIIe siècle, dans le Blister, une colonie extraterrestre. La guerre à laquelle prennent part occupants et indépendantistes est retransmise en direct à la télévision ou via des procédés de réalité augmentée. Pendant que des badauds « accros aux hormones » se passionnent pour les combats, des bandeaux publicitaires les incitent sans discontinuer à la consommation. L’audience est surveillée comme le lait sur le feu. La guerre et les affaires ont plus que jamais partie liée. C’est là l’une des subtilités scénaristiques de cette bande dessinée : les armes, les haines, les morts ont des conséquences réelles, mais font partie d’un narratif militaire savamment construit, programmé pour entretenir un spectacle permanent et hautement rémunérateur. La situation telle qu’elle est appréhendée par le commun des mortels demeure pourtant d’une logique entendue : les humains ont colonisé le Blister dans l’espoir d’exploiter ses ressources naturelles, mais la population locale réclame désormais un gouvernement autonome et une renégociation des accords passés. Ce que cache ce rapport classique d’émancipation entre colonisés et colonisateurs, c’est une mécanique bien rodée destinée à produire des images addictives sur lesquelles se greffent des contenus publicitaires. Aussi, afin de s’assurer de la bonne marche de leurs affaires, les belligérants s’échangent secrètement leurs plans de bataille…
Ce cynisme transparaît dans Six-Gun Gorilla aussi clairement que la richesse de l’univers qui y est exposé. C’est bien là l’autre tour de force de Simon Spurrier : le Blister est un monde où le réel et le subconscient interagissent de façon constante. Il est en outre doté d’une volonté, voire d’un conatus spinozien qui lui sont propres. La ronde des protagonistes a quant à elle de quoi émerveiller, et le moindre des personnages n’est évidemment pas ce gorille providentiel et apparemment increvable qui s’agite sur la couverture. Jeff Stokely fait montre d’un talent rare pour mettre en images ce monde dystopique peuplé de généraux corrompus, de tueurs sans scrupules, de matriarches rebelles, d’enfants singuliers et de créatures inattendues. En conséquence de quoi cette bande dessinée vous est chaudement recommandée.
Six-Gun Gorilla, Simon Spurrier et Jeff Stokely Boom ! Studios, juin 2014, 160 pages
Quatrième volet de la série des aventures de Jérôme Moucherot, assureur de son état et surnommé Le Tigre du Bengale par sa femme. Voici un album assez typique de l’esprit d’un personnage qui inspire toujours François Boucq, son dessinateur.
Comme le deuxième album de la série des aventures de Jérôme Moucherot, ce quatrième volet comporte plusieurs histoires indépendantes :
– Pâle reflet (5 planches) – Retour à la genèse des origines du commencement de l’assurance (12 planches) – Petite méditation sur les chambardements du chaos (2 planches) – Le quantique des quantiques (3 planches) – Contrat du troisième type (1 planche) – Le rock du potager (3 planches) – Les joyeuses fées de l’assurance (3 planches) – Troubles circulatoires (5 planches) – Le tigre du Bengale assure un max (2 planches) – Petit verre dans un rêve d’eau (10 planches) – La compagnie « Le rire assuré » (4 planches) – Le millénaire à bout (4 planches)
Impair et gagne
Un peu comme pour Sus à l’imprévu (deuxième volet), l’album séduit moins que les numéros impairs comportant une seule histoire avec d’innombrables péripéties et détails improbables issus de l’imaginaire fécond de François Boucq. Les six histoires comportant un maximum de 3 planches relèvent essentiellement de l’anecdotique. Heureusement, l’album comporte deux histoires plus longues qui enrichissent avec bonheur la bibliographie du personnage, l’un des favoris de son dessinateur et scénariste. Cette fois il cite en début d’album Stéphane Deleurance et Karim Belkrouf pour leur aimable collaboration, sans qu’on sache exactement ce qu’on leur doit.
L’univers de Jérôme Moucherot
Dans cet album, l’imaginaire de François Boucq fait encore une fois merveille, pour propulser Jérôme Moucherot dans des aventures comme lui seul sait les mettre en images, avec un évident talent et un état d’esprit vraiment très personnel. Toujours aussi décidé et affichant une foi inébranlable dans sa capacité à rassurer (réassurer) celles et ceux qui craignent les hasards de l’imprévu, (le petit) Jérôme Moucherot affronte des périls tous plus improbables les uns que les autres, pour mettre sa famille à l’abri du besoin. En bon assureur, il se veut en mesure de tout couvrir. Pour cela, il peut aller au bout du monde partir à la recherche du Graal des assureurs : l’arbre mythique de l’assurance-vie éternelle ! Bien évidemment, Boucq en profite pour lui faire côtoyer des individus aux comportements plus que limite. La jubilation pour le lecteur (la lectrice) vient du fait que dans le monde de Jérôme Moucherot, les comportements les plus extrêmes sont banalisés. Plus rien ne semblant choquer ces personnages, le dessinateur nous invite à considérer notre monde avec un peu de recul. Si on peut rire de l’outrance de certaines situations de l’album, c’est parce qu’elles vont largement au-delà de ce qu’on accepterait dans la réalité. Mais ne laissons-nous pas passer régulièrement des attitudes ou comportements incorrects, à force de petites lâchetés ?
Un dessinateur inimitable
Sinon, François Boucq s’amuse encore pas mal avec des références que beaucoup noteront en fonction de leurs connaissances personnelles. On note ainsi un clin d’œil à Gotlib, singé en méchant rédacteur en chef d’une revue (Fluide glacial) qui pratique l’humour d’une manière très personnelle, cynique. Les cinéphiles feront immanquablement le rapprochement avec Le Parrain, le film de Francis Ford Coppola. La première histoire emmène Jérôme Moucherot dans un délire qui reflète la capacité du dessinateur à nous propulser dans des univers parallèles. La deuxième histoire, pleine de péripéties, nous emmène au bout du monde et comporte des références à Moebius. Par certains aspects, elle rappelle un peu l’album précédent de la série. Dans les deux suivantes, Léonard de Vinci apparaît à nouveau dans son rôle de personnage récurrent, la deuxième étant à mon avis la plus amusante. Les deux histoires suivantes font sourire, sans plus, même si elles restent bien dans le ton des aventures de Jérôme Moucherot. Dans Troubles circulatoires Boucq trouve une variation pleine de détails rigolos, pour illustrer un thème qui l’obsède : les difficultés liées à la circulation automobile envahissante. Enfin, avec Petit verre dans un rêve d’eau Boucq rend un hommage très inspiré à Winsor McKay et Little Nemo in Slumberland. Occasion pour un petit jeu de mots aussi astucieux que référencé, en faisant du capitaine Nemo un des personnages de la dernière histoire.
Conclusion
Même si cet album est moins enthousiasmant que ceux de la série avec une histoire complète, François Boucq se montre à la hauteur du titre qu’il choisit sans le moindre complexe. Pas de doute, toujours aussi inspiré graphiquement, il illustre avec panache des scénarios qui enrichissent la série et, à l’image de son personnage, il peut affirmer tranquillement : « J’assure » !
Green Boys est la rencontre entre deux enfants qui construisent une cabane. Un peu comme dans Le Havre de Aki Kaurismäki (une pointe de burlesque en moins), il s’agit pour eux d’aller l’un vers l’autre, tout en douceur. On comprend à demi-mots, la traversée de deux ans qu’à été le « voyage » d’Alhassane. Cette rencontre est comme celle de deux planètes qui entrent tout à coup dans le même orbite, simple et poétique.
Synopsis : Green Boys pourrait être un “Petit Prince” du millénaire de l’exil. Alhassane, 17 ans, a quitté la Guinée et arrive seul en France après un éprouvant périple. Accueilli dans un village en Normandie, il rencontre Louka, 13 ans. Entre les deux garçons une amitié naît et s’invente jour après jour. Ce qui les sépare les lie tout autant que ce qui les unit. Durant l’été, ils construisent une cabane sur la falaise qui surplombe la mer. Comme une zone de liberté, elle sera un lieu secret de l’enfance et le refuge des blessures.
Rencontre au sommet des arbres
Green Boys n’est pas l’histoire de deux petits hommes verts qui se croisent sur une planète lointaine. Pas de sabres lasers ici mais un arbre majestueux et la plaine qui l’entoure (qui surplombe la mer) et qui sera le terrain idéal de construction d’une cabane. On ne sait pas trop si les deux enfants y passeront un jour la nuit, ils ne sont pas trop d’accord pour savoir si le Diable viendra ou non. Alhassane ne convainc pas Louka même en poétisant sur l’air invisible qui nous entoure. Les questions du jeune Louka sont d’une belle douceur et d’une douce naïveté parfois : il veut savoir quel temps il faisait quand Alhassane est arrivé en France. Lui, se souvient surtout du « croissant au chocolat » que lui avait donné une dame. Sa vie depuis la France est une succession de moments où la main est tendue vers lui et d’autres où la justice le questionne, l’observe, le décortique. Alhassane pourtant avec Louka est comme un petit enfant qui pêche des crabes dont il a peur, qui rêve de devenir indépendant et mécanicien. Rien de plus que des instants suspendus où l’avenir est encore à tracer. La réalisatrice du documentaire, Ariane Doublet, pose sa caméra et ne dit rien, elle observe. Parfois d’autres protagonistes entrent dans le champ et construisent un moment avec Louka et Alhassane, toujours il est questionné sur son parcours, inlassablement. La réalisatrice pourtant s’attache à filmer la nature florissante, les bruits des animaux qui entourent les deux garçons et qu’ils commentent… Pas de téléphone portable, de jeux en ligne : juste deux enfants et la nature autour, à perte de vue.
Se savoir aimé
La douceur qui se dégage de cette rencontre, associée à une chanson qui dit simplement « aimé et être aimé en retour », est une petite merveille. Parfois Louka raconte comment il aime la neige mais pas l’hiver, l’espoir que là-bas, en Afrique, il fasse toujours beau. Il essaye d’expliquer comment Alhassane et lui auraient pu se rencontrer en colonie de vacances et y construire ensemble des cabanes avant de camper dans la forêt. De Louka, on sait peu de choses sinon que la vie lui est douce. Pour Alhassane les choses sont un peu différentes mais il inspire tout de même le calme et la sérénité dans ce moment suspendu qu’est pour les deux garçons l’été qui vient. Plus tard, il lui faudra retrouver la jungle urbaine et se construire enfin une vie qui lui ressemble, qu’il désire ardemment. Et faire, peut-être, mais ce n’est pas pour maintenant lui dit une des rencontres, des choix difficiles. Pour le moment, la marée est descendante et sur la plage tout paraît suspendu à la rencontre entre un crabe apeuré et un homme qui l’est tout autant. La cabane devient une rose merveilleuse, une construction aussi solide qu’éphémère comme une métaphore de la vie que ces deux jeunes garçons construisent, enrichis de la rencontre qu’aura été leur fugace amitié (le film ne dit pas s’ils se recroiseront un jour, mais j’en doute). Clôturons avec les mots de Françoise Hardy : « On est bien peu de chose. Et mon amie la rose. Me l’a dit ce matin »
Au-delà du film
Le film doit son existence à l’association Des lits solidaires, voici un extrait du dossier de presse du film, pour en savoir plus:
« Des jeunes qui arrivaient de l’étranger dormaient dans la gare du Havre. Des gens ont commencé à les accueillir chez eux et nous nous sommes rendus compte que nous étions plusieurs à le faire. Nous avons alors créé l’association Des lits solidaires. C’est par ce biais que j’ai rencontré Alhassane que nous avons accueilli chez nous (…) Mais à partir du moment où ils m’ont ouvert la porte, on a formé un petit trio. Nous avons réfléchi au film que nous pourrions faire ensemble, de ce qu’ils voulaient y mettre ou pas. »
Le film est disponible en VOD depuis le 6 mai 2020.
En attendant de pouvoir retrouver une vie cinéphile sereine, en se ruant dans les salles obscures ou en arpentant les festivals, attardons-nous un instant sur L’odeur de la papaye verte, œuvre poétique délicate qui remporta la Caméra d’or à Cannes en 1993.
L’odeur de la papaye verte, c’est une réminiscence, une relique, un fantasme, l’impression tenace d’un possible retour au pays de son enfance. C’est, avant toutes choses, la chronique nostalgique et poétique d’un exilé qui se souvient. Tran Anh Hung explicita clairement la nécessité psychologique qui présida à sa volonté de faire ce film : « J’avais besoin de regarder derrière moi, besoin d’un passé cinématographique national que je n’avais pas ». Il parvient ainsi, à travers les yeux de la jeune Mui, à recréer ce qui se loge au fin fond de la mémoire, donnant toute son importance à ces petits riens révélateurs d’un monde intérieur : la sève d’un arbre qui coule, une cigale qui chante, des légumes qu’on coupe, un cou en sueur, des fourmis qui meurent sous le doigt d’un enfant. Il nous communique magiquement des odeurs, des parfums, des frissons. La rumeur d’une vie silencieuse vouée au service des hommes, l’atmosphère diffuse d’un Vietnam intemporel. Avec ce premier long métrage, qui décrocha la Caméra d’or à Cannes en 1993, le jeune cinéaste signe une œuvre à la sensibilité exacerbée et préfigure l’élégance plastique des grands films de Wong Kar-wai, In the Mood for Love notamment.
Nous sommes dans le Viêt-Nam des années 1950, quand la sirène du couvre-feu disait la menace de la guerre. On découvre cette maison typiquement vietnamienne, organisée autour de sa cour à la végétation luxuriante, où les grillons voisinent avec les grenouilles, où les chants des oiseaux font écho aux notes d’un instrument de musique traditionnelle. L’atmosphère extrême-orientale se diffuse à travers l’écran par la langue, la musique, son instrumentation, la lenteur du récit, et plus encore, par les décors et les costumes des protagonistes. Comme le titre l’indique, Le Vietnam est restitué par ses odeurs, ses sons et le goût de ses aliments. Mui prépare les repas, épluche une papaye, teste ses grains du bout des doigts. Elle alimente un insecte et le film alterne systématiquement de grands panoramiques latéraux, en hommage aux maîtres japonais (Ozu, Mizoguchi) et des gros plans de fruits, d’objets, d’étoffes, d’insectes. Si l’image métaphorique du grillon en cage, pour évoquer le foyer, peut paraître trop évidente, elle est parfaitement intégrée au récit et permet d’aborder sans détour la question relative à la condition de la femme.
« Je voulais parler du problème de la servitude, qui est au cœur de la condition de la femme vietnamienne. Cette servitude étant très liée à la tradition et à l’éducation, elle se perpétue par un recommencement continuel », dira d’ailleurs le cinéaste lui-même. La mère (Truong Thi Loc) subit passivement les frasques de son mari (Tran Ngoc Trung), qui disparaît régulièrement et dilapide la fortune familiale. La belle-mère (Vo Thi Hai), qui vit dans le souvenir de son époux mort, reproche à sa belle-fille de n’avoir pas su rendre son fils heureux. Les deux domestiques, la jeune et la vieille Ti (Nguyen Anh Hoa), accomplissent les gestes du quotidien sans jamais se plaindre.
C’est ainsi que la multiplication des gros plans, parfaitement maîtrisés, nous donne à voir au plus près la réalité vietnamienne. Les vingt-cinq kilos de riz qui glissent dans une jarre vernissée, les petites assiettes et les bols des repas disposés avec minutie, l’épluchage au plus près de la papaye, légume quand elle est verte, fruit lorsqu’elle est mûre. La papaye, dont les grains, semblables à de petites perles, sont caressés par le regard émerveillé de Mùi.
La fascination du film tient sans doute à la qualité du regard de cette fillette vietnamienne que rien n’étonne, qui porte attention à la moindre chose, au plus petit être vivant. C’est un gecko qui se glisse dans les feuilles du philodendron, ce sont les grenouilles et leur chant omniprésent, c’est le grillon porte-bonheur que Mùi emportera dans la maison du pianiste alors qu’elle a vingt ans. Impassibilité sereine, qui est celle du cinéaste filmant le doigt de Tin (Neth Gérard) écrasant une fourmi, aussi bien que les éclats d’une potiche de porcelaine cassée. Si la violence et la douleur affleurent, elles sont toujours contenues et suggérées : plan superbe de la mère et du fils Lam (Do Nhat), assis dans la même attitude et unis dans la souffrance après l’humiliation de la mère ; gros plan sur les humbles sandales de Mùi, symbole de sa servitude, regard de Tin, le petit maître, toisant sa domestique, photo de la petite sœur disparue sur l’autel des ancêtres.
Si la douleur est sous-jacente, la douceur est aussi présente. On retiendra la scène émouvante où la maîtresse offre à sa petite domestique, un ao-daï et des bijoux en or, ceux qu’elle réservait à sa fille morte : « Tu m’as tellement aidée, lui dit-elle, pendant ces dix ans. » C’est encore le sourire mystérieux avec lequel Mùi, servant à table, découvre Khuyên (Vuong Hoa Hai), le musicien au service duquel elle entrera dix ans plus tard. C’est enfin la merveilleuse scène de cache-cache, toute en fluidité, où Mùi retarde son abandon à l’amour du jeune pianiste, qui lui apprendra à lire.
Mais plus que l’esthétique choisie, c’est la volonté de recréer en studio un Vietnam éteint qui donne tout son sens à la démarche artistique de Tran Anh Hung. La senteur du fruit, de ce quotidien, n’existe plus, nous dit-il. Et ce n’est qu’en vertu de cette lecture d’un bouddhisme cyclique qu’il a mis en scène que son film parvient à être finalement drôlement optimiste. Le Vietnam renaîtra de ses cendres, sous une autre forme, avec d’autres odeurs et, tout comme le cinéaste y sera parvenu dans l’artificialité d’un studio parisien, c’est dire qu’en remontant aux origines de sa culture, le Vietnamien parviendra à se retrouver en lui-même.
Synopsis :Vietnam – années 50. À travers le regard d’une petite servante de dix ans venue de la campagne, on assiste à une crise affective d’une famille abandonnée par un père volage. Puis le père revient. Malade, il meurt.
Dix ans plus tard, la petite servante est devenue une belle jeune femme. Un couple va se former. La servitude et l’amour se mêlent inextricablement. Après une enfance laborieuse et avant d’être une femme délaissée, c’est l’étape la plus lumineuse de la vie d’une femme traditionnelle vietnamienne….
L’odeur de la papaye verte : Bande-Annonce
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L’odeur de la papaye verte : Fiche technique
Réalisation : Tran Anh Hung
Scénario : Tran Anh Hung
Photographie : Benoît Delhomme
Musique : Tôn Thât Tiêt
Production : Lazennec & Associés
Genre : Drame
Durée : 100 minutes
Date de sortie : 06 juin 1993 (France)
Lorsqu’elle reçoit le prix d’interprétation féminine pour Mon Roi (2015), Emmanuelle Bercot déverse une émotion palpable, presque « trop » envahissante pour certains. Elle a été prise dans le dispositif émotif à la Maïwenn où tout explose, où l’affect est roi. Polisse, son film le plus intime à ce jour dit-elle, n’échappe pas à la règle. Il avait marqué le festival de Cannes 2011 dont il est reparti avec un Prix du Jury.
« Voici venu le temps, des rires et des chant (…) c’est le pays joyeux des enfants heureux. »
Polisse commence, dans son générique, comme un souffle d’espoir ou tout du moins une ritournelle joyeuse sur l’enfance, celle qui est partout dans la rue, qu’il faut protéger. On s’en rend compte très vite avec les premiers plans, ceux d’une petite fille qui raconte les attouchements (véritables?) que lui auraient fait son papa. Le spectateur comprend alors qu’il s’engage entre légèreté de l’enfance et confrontations aux scènes particulières et prises sur le vif d’incestes, viols et autres atrocités auxquelles sont confrontés les policiers de la Brigade de protection des mineurs (BPM). Eux aussi, on le verra, ont bien du mal à gérer leurs propres vies à cause d’un métier qui prend toute la place, dans tous les instants de leurs vies. Ainsi faire prendre un bain à sa fille en tant que père ne devient plus une expérience anodine. Quitter les locaux de la BPM et rentrer chez eux ne signifie pas oublier toute la crudité de ce qu’ils ont vu et entendu.
C’est ce que la caméra de Maiwenn, qui maîtrise parfaitement son sujet, capte le mieux. Les histoires sont prenantes, les acteurs à fond dans leurs rôles, parfois même un peu trop. En effet, ce qu’on se demande le plus souvent en regardant ce film, où se croisent Joey Starr (qui se débrouille pas mal en flic sensible mais à fleur de peau et surtout amoureux), Karin Viard, Nicolas Duvauchelle, Audrey Lamy, Marina Fois, c’est pourquoi passer par la fiction ? (et cette question énerve Maïwenn, elle le dit dans Le Grand Entretien sur France Inter). En effet, tout le jeu du cinéma consiste pour Maïwenn à mêler sans jamais les séparer vraiment, réalité et fiction, crudité des faits et volupté des sentiments. Maiwenn, elle-même, joue dans son propre film, elle assume cette position, ce besoin constant d’être dans ses réalisations comme pour se livrer toujours plus (elle dit elle-même que ce film est bien plus personnel qu’on ne veut bien l’entendre). Elle nous dit simplement que son but n’est pas de prendre du recul avec son sujet mais de s’y jeter complètement, de s’y immerger, quitte à tout tenter, à tout regarder. Même un enfant qui pleure consolé par un Joeystarr tout en douceur et frustration. C’est l’instant d’après qu’il explose. Son dispositif est ainsi jusqu’au-boutiste et clivant.
Poésie urbaine
Polisse recèle aussi et surtout des instants de poésie (après le démantèlement d’un camp),et parfois de rires francs bien que gênants : la scène du portable en est l’illustration. Une scène hilarante qui, tout en faisant rire, laisse un arrière-gout d’une réalité révoltante face à une génération parfois prête à tout pour pas grand-chose : « c’est quand même un beau portable ». La réussite de ce film est de nous faire passer, par un montage ultra efficace (qui mérite sa récompense aux Césars) qui fait de l’enchaînement des scènes une évidence, du banal du quotidien, au rire en passant par le drame ; un montage parfait, nerveux mais fluide. La confrontation est toujours le moteur qui fait marcher la machine Maïwenn (Karin Viard et Marina Foïs en sont le paroxysme, toutes deux géniales) et la scène la plus forte du film reste celle de la confrontation entre la jeune policière musulmane et un père de famille qui tente de marier sa fille de force ; dans l’énervement, elle reprend sa langue maternelle… Le film montre l’humain au plus près, à coup d’hyperréalisme, il réussit à pointer le plus précisément possible son sujet. Maïwenn s’accroche donc aux scènes de groupes, serrées, tendues, où chacun trouve sa place, dans l’effervescence. On pense au départ pour une course contre la montre à la recherche d’un bébé, des moments de repas aussi, calmes avant la tempête. Une part des dialogues est de l’improvisation, certaines scènes sont donc prises elles aussi « sur le vif » et offrent à leurs acteurs des petits instants suspendus où ils réagissent aux réactions des autres, sans aucune maîtrise.
Décoller, tomber…
Que l’on tombe ou que l’on décolle, on ne sort pas indemne du film de Maiwenn qui sait aller au cœur de son sujet en y plongeant le spectateur. Sa fin nous laisse encore un moment suspendus aux images du film tout comme ces êtres, auxquels le film nous confronte, sont suspendus à la vie…
Polisse : Bande annonce
Polisse : Fiche technique
Synopsis : Le quotidien des policiers de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs) ce sont les gardes à vue de pédophiles, les arrestations de pickpockets mineurs mais aussi la pause déjeuner où l’on se raconte ses problèmes de couple ; ce sont les auditions de parents maltraitants, les dépositions des enfants, les dérives de la sexualité chez les adolescents, mais aussi la solidarité entre collègues et les fous rires incontrôlables dans les moments les plus impensables ; c’est savoir que le pire existe, et tenter de faire avec… Comment ces policiers parviennent-ils à trouver l’équilibre entre leur vie privée et la réalité à laquelle ils sont confrontés, tous les jours ? Fred, l’écorché du groupe, aura du mal à supporter le regard de Melissa, mandatée par le ministère de l’intérieur pour réaliser un livre de photos sur cette brigade.
Réalisation : Maïwenn
Scénario: Maïwenn, Emmanuelle Le Bercot
Interprètes : Joey Starr, Karin Viard, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, Karole Rocher, Maïwenn, Emmanuelle Bercot, Frederic Pierrot, Naidra Ayadi, Jeremie Elkaim
Photographie : Pierre Aïm
Montage : Laure Gardette
Sociétés de Production: Arte France Cinema, Trésor Films, Mars Films, Chaocorp, Shortcom
Distributeur: Mars Films
Durée : 127 minutes
Date de sortie : 19 octobre 2011
Genre : Drame
Dans l’univers des séries, Greg Daniels n’est pas le premier venu : scénariste, réalisateur, il est surtout connu pour les séries The Office (version US) et Parks and recreation. Il revient avec Upload, série dont la première saison est un petit régal, entre humour, romance, suspense et intelligence des scénarios.
Comme toute oeuvre d’anticipation, Upload soigne d’abord son univers. Sans surprise, nous sommes dans un monde “futuriste mais pas trop” (l’action se déroule en 2033). L’humain est de plus en plus absent du monde. Les voitures sont automatisées. Les magasins sont automatisés. Mais la grande révolution technologique, c’est le Upload.
Le Upload consiste à transférer les souvenirs, la personnalité d’un individu pour qu’il puisse continuer à vivre dans une sorte d’éternité virtuelle.
C’est exactement ce qui arrive à Nathan Brown. Jeune programmateur informatique travaillant sur un Upload pour personnes défavorisées, il était en pleine réussite. Son programme est sur le point de se vendre, il est fiancé à Ingrid, il a un avenir radieux face à lui.
Sauf qu’il est victime d’un improbable accident de voiture automatisée. Il a alors une terrible décision à prendre : faire appel à la chirurgie, avec tout son lot d’imprévus dans une situation aussi critique, ou accepter d’être “uploadé” dans les serveurs de la meilleure entreprise du marché, Lakeview, de Horizen. Venant d’une famille modeste, Nathan sait qu’il ne pourrait pas se permettre un tel luxe, mais c’est sa fiancée qui le pousse dans cette direction, elle qui vient d’une famille richissime.
Bien entendu, le premier épisode va surtout être consacré à la découverte de ce nouvel environnement. Tout a été fait visuellement pour nous montrer que nous sommes dans une réalité virtuelle. Le reflet du soleil dans l’eau du lac s’avère être un GIF. Quelques bugs sont un peu trop voyants. Quelques ratés de programmation apparaissent ici ou là. Certains détails sont vraiment très drôles, comme cette scène où Nathan découvre qu’aux urinoirs, quoi qu’il fasse, il ne peut jamais louper sa cible…
A cet aspect d’anticipation vaguement cauchemardesque et doucement comique à la fois, va s’ajouter une romance certes prévisible mais qui satisfera ceux qui apprécient le genre. Chaque “upload” (comprenez : une personne qui a été téléchargée dans un des serveurs) a un “ange gardien” chargé de répondre à ses questions ou satisfaire ses besoins (si on a les moyens de se le permettre, bien évidemment). L’ange gardien de Nathan s’appelle Nora. Sa vie est un peu pourrie : son père est mourant (et refuse de se faire uploader), le boulot est guère gratifiant, et la vie moderne favorise encore la solitude et les rencontres sans lendemain.
Mais Nora et Nathan vont sympathiser. Ce qui est, bien entendu, totalement interdit par le règlement, et pour cause : Nathan, en fin de compte, n’est qu’une suite de données stockées dans de la mémoire informatique. Dans le vrai monde, il est tout simplement mort. Une liaison de ce type enfreint les règles, transcende les frontières entre réel et virtuel.
Et c’est toute la question qui va se poser, de façon subtile. Qu’est-ce qu’un individu ? Qu’est-ce qui fait notre personnalité ? Sommes-nous la somme de nos souvenirs ? De nos sensations ? Est-ce que ce qui fait notre personnalité peut se résumer à quelques images du passé ? Suffit-il d’un avatar créé par ordinateur pour exister vraiment ? D’où viennent les sentiments ?
Upload se demande aussi si la vie virtuelle, c’est quand même de la vie… Ainsi, les personnages uploadés ne changent plus. Le problème se pose, par exemple, pour un jeune garçon upoadé à l’âge de 12 ans. Maintenant, il devrait en avoir presque 19, mais son corps reste celui d’un pré-ado. Ses anciens potes le fuient maintenant, parce qu’eux ont bel et bien 19 ans, dans le monde réel, et que passer du temps avec des filles (par exemple) est plus intéressant pour eux que jouer aux Pokemon avec un garçon.
La vie à Lakeview est ainsi une vie figée, où rien ne change, comme ce GIF qui repasse en boucle, indéfiniment. Et, à coup sûr, ce qui ne change pas, c’est le niveau social.
La série se fait, assez rapidement, la critique d’un capitalisme qui est définitivement prêt à tout transformer en marchandise. Désormais, même l’après-vie est devenu un objet potentiellement rentable. Les “résidents” de Lakeview sont assaillis de publicités, et l’entreprise propose toute une série d’améliorations optionnelles payantes, depuis le paquet de chips jusqu’à la thérapie animalière. Très vite, on se rend compte que l’après-vie reproduit les mêmes inégalités sociales que la “vraie vie”. C’est ainsi que le voisin de Nathan (interprété par William B. Davis, le fameux Homme à la cigarette de X-Files) n’est autre qu’un ultra-richissime chef d’entreprise qui, non seulement va pouvoir tout se permettre, mais en plus gagnera plus que les autres résidents.
Ce problème financier se posera aussi à Nathan. Venant d’une famille modeste, il ne peut pas se payer cet upload luxueux, et c’est sa fiancée Ingrid qui finance tout. C’est elle aussi qui peut, du jour au lendemain, décider de l’effacer complètement. La vie d’un uploadé est extrêmement précaire, et entièrement dépendante de celui ou celle qui finance son séjour post-mortem.
Les scénaristes de la série parviennent ainsi, par le biais de ce monde virtuel, à rendre palpable des réalités complexes : inégalités sociales, voracité du capitalisme, précarité de la vie…
Et si tout cela ne suffisait pas, à la comédie, à la romance, aux réflexions, s’ajoute un thriller. Mais de cela, nous ne parlerons pas, pour ne rien divulguer… Sachez seulement que la tension ira croissant tout au long de cette saison.
Une première saison qui file à toute allure. Sur les dix épisodes, neuf durent une demi-heure maximum, et le pilote fait 45 minutes. Autant dire que le rythme est soutenu. Les personnages sont attachants, la série est plus complexe qu’elle n’en a l’air de prime abord et les scénarios savent explorer les différentes facettes de la situation. Il ne reste plus qu’à espérer une seconde saison.
Upload : bande annonce
Upload : fiche technique
Créateur : Greg Daniels Réalisateur : Kacie Anning, Greg Daniels Scénariste : Mike Lawrence, Shepard Boucher Interprètes : Robbie Amell (Nathan Brown), Andy Allo (Nora Antony), Allegra Edwards (Ingrid Kannerman), Kevin Bigley (Luke) Photographie : Simon Chapman, Amy Vincent Montage : Rob Burnett, David Rogers Musique : Joseph Stevens Production : Mike Lawrence, Arielle Boisvert, Shawn Williamson, Jill Danton Société de production : Amazon Studios, Baral Walley Productions, Reunion Pacific Entertainment Société de distribution : Amazon Durée : 1X45 minutes et 9X30 minutes Date de diffusion : 1er mai 2020 Genre : anticipation
Six décennies durant, de 1850 à 1915, l’entomologiste Jean-Henri Fabre se consacra à sa passion. Près d’Avignon où il fut enseignant-chercheur, puis à Orange pour la dernière partie de sa vie. Touche-à-tout génial, esprit frondeur et homme de grande culture, Jean-Henri Fabre fit l’admiration de ses contemporains jusqu’à Napoléon III lui-même. C’est à ce scientifique d’exception qu’Henri Diamant-Berger consacre un film en 1951. Avec dans le rôle de Monsieur Fabre un Pierre Fresnay exceptionnel.
Une figure attachante
Quel personnage incroyable que ce Jean-Henri Fabre ! Intarissable sur les mœurs des insectes , particulièrement sur des hyménoptères, ce savant fut l’exemple parfait du polymathe, esprit universel curieux de tout. Si l’homme fut un scientifique audacieux, le film nous le présente également dans la vie privée comme un père affectueux quoique très à cheval sur les principes en matière d’éducation parentale. Libertaire d’un côté mais vieille France de l’autre, Fabre était un personnage assurément singulier. Singulier et attachant. De 1853 à 1871, il fait figure d’enseignant peu orthodoxe, instaurant une relation originale avec ses étudiants. Sa hiérarchie un peu rétrograde lui reprochera l’inconvenance d’avoir enseigné aux jeunes filles la reproduction des fleurs ! Face à ces accusations, Fabre prend la mouche et, dans une scène très drôle, démissionne de ses cours du soir après vingt-huit années d’enseignement. Il a 47 ans, six enfants et pas un sou. Peu lui importe, il vivra de son écriture, aidé financièrement par Stuart Mill, son ami de toujours.
Leçons d’entomologie
Parmi les curiosités du film, il y a ces leçons d’entomologie dispensées par Fabre à son fils (joué par le tout jeune Patrick Dewaere) dans la campagne avignonnaise. Des parenthèses à vertus pédagogiques qui zooment sur la vie des insectes dans leur habitat naturel, par exemple le combat titanesque de l’araignée cloto face au centipède venimeux ou le piège mortel tendu par la larve du fourmilion. Une approche scientifique toute en rigueur, sans sentimentalisme ni anthropomorphisme. « Y a pas de morale chez les insectes ! » aime à rappeler Fabre à son ministre de tutelle, l’excellent Victor Duruy. Beaucoup d’humour également dans le regard d’entomologiste que Fabre porte sur ses concitoyens : l’aréopage de parvenus papillonnant autour de l’Empereur lors de son voyage à Paris, l’impératrice en mante prédatrice, les nobles scarabées et autres cigales dépendantes de la cour impériale. Au microcosme parisien, qu’on lui fait miroiter, Fabre préférera de loin sa chère ville d’Avignon. Le film vaut aussi pour le tableau de cette province méridionale à laquelle Fabre était viscéralement attaché avec sa vie quotidienne et ses figures locales pas piquées des hannetons.
Un beau portrait porté par un Pierre Fresnay très inspiré.
Parfois jugés trop longs, fastidieux par la pléthore de leurs complots et joutes politiques complexes, les dramas historiques coréens peuvent de prime abord rebuter. Certes, ce ne sont pas des séries de tout repos devant lesquelles vous pourrez vous détendre avec une boisson chaude. Pourtant, le genre, en perpétuel renouvellement, mérite vraiment d’être étudié. Cette période de confinement représentait l’occasion idéale pour se plonger à corps perdu dans de somptueuses épopées historiques, d’un autre temps mais résolument modernes. Les deux dernières années nous ont offert deux dramas magnifiques, haletants et particulièrement riches, Mr. Sunshine (2018) et My country (2019). Un peu plus ancien, Empress Ki (2013) reste le grand classique de la catégorie. Par le prisme de ces trois dramas d’exception, procédons à une petite analyse des thèmes, figures et esthétismes élevant ces séries au rang de chefs d’oeuvre presque sans défaut.
Des fresques majestueuses : fictions au coeur de l’Histoire
Les dramas historiques se basent très largement sur des faits réels. En effet, les récits s’imbriquent tous dans une période bien précise de l’Histoire coréenne, principalement celle de Goryeo, située du début du Xème siècle à la fin du XIVème siècle. Cet État, placé sur la péninsule coréenne, faisait face au nord ouest au royaume des Yuans et au nord est à celui des Jurchens.
Empress Ki se déroule au plein coeur de la période Goryeo, lorsque les Yuans, avides de conquêtes, tentent de s’emparer et d’annexer l’État libre de Goryeo. Il raconte l’ascension d’une jeune femme originaire de Goryeo, Seung Nyang, qui deviendra impératrice de la dynastie Yuan. D’abord destinée à être amenée aux Yuans en tribut, elle s’échappe grâce à la compassion du Prince héritier de Goryeo et au sacrifice de sa mère. Déguisée en garçon, elle se réfugie chez le seigneur Wang Go dans l’espoir d’apprendre les arts martiaux et d’accomplir sa vengeance, jusqu’au jour où elle découvre que son maître est un associé de l’assassin de sa mère, le général Dang Gi Se. Si l’impératrice Ki a bel et bien existé, le récit du drama reste toutefois étoffé et très romancé.
My country inscrit son action juste après Empress Ki, entre la fin de l’ère Goryeo et le début de la dynastie Joseon lui succédant. Il montre l’accès au pouvoir du général Yi Seong Gye, fondateur et premier roi de Joseon, ainsi que ses affrontements avec son fils, Yi Bang Won. Ces deux personnages historiques, bien présents, ne constituent cependant pas le centre du drama. My country : new age se focalise sur l’amitié mêlée de rivalité entre deux jeunes hommes, Seo Hwi, le fils d’un général condamné, et Nam Seon Ho, le fils d’un ministre proche du roi Yi Seong Gye. Frères d’armes dans l’enfance, les deux héros s’éloignent progressivement au gré de leurs désirs et objectifs, au gré des intrigues politiques.
Mr. Sunshine en revanche, se déroule beaucoup plus tard, de la fin du XIXème siècle au début du XXème siècle. Une période passionnante de l’Histoire coréenne, malheureusement rarement abordée dans les dramas. La Corée, placée sous occupation américaine et japonaise, lutte pour le maintien de sa souveraineté. Face à la faiblesse de son roi, les armées vertueuses, formations irrégulières composées essentiellement de paysans et de roturiers, prennent le relais pour défendre l’indépendance de l’Etat. Dans ce cadre, une fille d’aristocrates, Go Ae Sin, s’implique secrètement dans les activités des armées vertueuses. Elle rencontre lors d’une fusillade un soldat américain d’origine coréenne. Celui-ci, ancien esclave ayant fui enfant la Corée, revient dans son pays natal en tant que représentant de l’ambassade américaine. Jugé coréen par les Américains et américain par les Coréens, le soldat Yu Jin Choi, revenu pour se venger, commence à douter de son identité.
En définitive, Empress Ki, My country et Mr. Sunshine traitent de récits fictifs emprunts de véritables contextes historiques, entremêlant étroitement l’histoire à l’Histoire, au sein d’un déluge d’affrontements personnels et collectifs.
L’art de la guerre : intrigues, complots et batailles
La grande spécificité des dramas historiques réside dans leurs lots de stratagèmes, d’alliances, de trahisons et de vengeances pour défendre des causes politiques ou s’emparer du pouvoir. La vision de la Nation, le choix du roi et du type de gouvernement, l’indépendance de l’Etat, sont autant de questions sources de divisions. Les conflits se réglant essentiellement à la lame tranchante du sabre, les scènes d’action, d’une qualité exceptionnelle, donnent du rythme aux séries.
La deuxième partie de Empress Ki nous plonge complètement dans cet univers d’intrigues grâce à un huis clos plein de rebondissements au coeur du palais impérial. Seung Nyang devra combattre le Grand conseiller, sa fille, épouse de l’empereur, ainsi que l’impératrice douairière. L’espionnage, la rumeur, le mensonge, la trahison et l’empoisonnement deviennent ainsi monnaie courante tout au long du drama.
My country présente également de tels complots dans l’entourage du nouveau roi Yi Seong Gye et dans la lutte de celui-ci contre son fils, Yi Bang Won. Les deux héros, Seo Hwi et Nem Seon Ho, apparaissent presque tragiquement comme des pions utilisés pour leurs talents sur l’échiquier du pouvoir. En témoigne un plan séquence spectaculaire de plus de deux minutes en plein champ de bataille, dans lequel Seo Hwi se bat pour sa survie. Une scène à couper le souffle de l’épisode 3 qui n’a rien à envier aux combats de Game of Thrones.
L’approche de Mr. Sunshine reste sensiblement différente, le cadre d’un palais impérial n’existant pas véritablement dans la série, même si quelques scènes présentent l’impuissant roi de Corée donner audience sur son trône. Cependant, les enjeux liés à la lutte de l’armée vertueuse et à l’invasion des Japonais laissent la place à de belles intrigues. Ici encore, une scène d’action magistrale de près de dix minutes, retraçant le Sinmiyangyo (un combat intervenu en 1871 entre les Coréens et les Américains dans le cadre d’une expédition), nous marque dès l’épisode 1. Tout comme dans le plan séquence de My country, le spectateur est confronté avec violence et réalisme aux horreurs de la guerre.
Des drames épiques : du sang et des larmes
Les dramas coréens historiques ne misent pas uniquement sur leurs complots politiques et leurs scènes d’action pour tenir en haleine le spectateur. Ils s’attachent à développer des personnages fascinants, à la psychologie complexe, chargés d’émotions incroyablement puissantes. Le sang et les larmes, coulant à flot, rendent touchants et inoubliables les récits de ces séries.
Au coeur des sentiments, l’amour occupe la place centrale. Empress Ki, Mr. Sunshine, et dans une bien moindre mesure My country, mettent en scène des trios amoureux. L’amour fait donc partie des moteurs principaux des héros. Pourtant, loin de servir seulement à émouvoir, il constitue un véritable ressort dramatique en favorisant l’évolution des personnages, souvent confrontés à un choix entre l’amour et leurs causes, et en accentuant les enjeux politiques. Ainsi, dans Mr. Sunshine, c’est en tombant amoureux d’une jeune aristocrate que le soldat Choi commence à réviser ses valeurs et sa haine pour la Corée. Quant à Seung Nyang, elle reste tiraillée entre l’amour et sa quête de vengeance dans Empress Ki.
Que ce soit par désir de reconnaissance, d’amour, d’acquérir du pouvoir, ou de se venger, les héros des dramas, sans cesse éprouvés, souffrent et vont toujours jusqu’au bout de leur destinée. Les figures féminines comme masculines, toutes aussi puissantes, présentent des qualités bien spécifiques.
Les figures féminines : entre volonté, intrépidité et sensibilité
Dire que les femmes des dramas coréens historiques sont fortes paraît presque un euphémisme. Quel plaisir de trouver des personnages féminins courageux au caractère bien trempé, qui ne risquent pas de se laisser marcher sur les pieds. Car oui, les femmes savent ce qu’elles veulent, et font preuve d’une détermination et d’une bravoure hors norme pour parvenir à leurs fins.
La jeune Go Ae Sin de Mr. Sunshine, désireuse d’intégrer l’armée vertueuse, n’hésitera pas à affronter son père, à apprendre à tirer au fusil et à se mettre constamment en danger pour défendre l’indépendance de la Corée. De même, dans Empress Ki, Seung Nyang s’initie aux arts martiaux et recourt à tous les stratagèmes imaginables pour se débarrasser de ses ennemis.
La difficulté est d’autant plus grande que la place des femmes reste peu reconnue à ces époques. Hormis l’impératrice, qui jouit d’une position de pouvoir, les femmes sont peu considérées. Certaines sont d’ailleurs envoyées en tribut aux Yuans pour devenir malgré elles des concubines. Go Ae Sin et Seung Nyang ont ainsi toutes deux recours au déguisement pour apprendre à se battre. Han Hee Jae, l’héroïne de My country défend également des valeurs féministes avant-gardistes. Plus encore, Go Ae Sin, prisonnière d’un mariage arrangé par son père, témoigne du peu de liberté des femmes aristocrates au début du XXème siècle. Ces contextes peu propices ont contribué à faire de ces héroïnes des femmes martiales, qui ne sont cependant pas dépourvues de sensibilité.
Les personnages féminins des dramas cachent toujours, derrière leurs carapaces de guerrières inébranlables, une grande quantité d’émotions et de fragilité. Le choix de renoncer volontairement à l’amour, la peur de le perdre, ou les risques inconsidérés pris pour le sauver rendent ces femmes, d’un courage presque surhumain, parfaitement humaines.
Les figures masculines : entre férocité, rivalité et fraternité
Les héros masculins des dramas historiques, tout comme les femmes, font preuve de bravoure, même si celle-ci s’associe parfois à une certaine cruauté. Ainsi l’empereur Ta Hwan de Empress Ki, Nam Seon Ho de My country, et Gu Dong Mae, chef Yakuza de Mr. Sunshine, montrent dans quelques scènes une grande violence dans le cadre de leurs complots et vengeances respectifs.
Bien plus que les personnages féminins, les hommes peuvent devenir de véritables ennemis, qu’il s’agisse d’une rivalité amoureuse, personnelle ou politique. Dans Empress Ki, l’empereur Ta Hwan et le roi de Goryeo, Wang Yu, sont à la fois des adversaires amoureux, pour la possession du coeur de Seung Nyang, et politiques, pour le statut du royaume de Goryeo. Lors de My country : new age, Seo Hwi et Nam Seon Ho deviennent rivaux en choisissant différents camps politiques. Enfin, les trois héros masculins de Mr. Sunshine, Yu Jin Choi, Gu Dong Mae et Kim Hui Song, se battent pour l’amour de Go Ae Sin et s’affrontent en raison de leurs rôles et places respectifs au sein du contexte politique.
Pour autant, les dramas coréens donnent également à voir de belles histoires d’amitié et défendent l’idéal de la fraternité. Les hommes de Wang Yu, amis fidèles, sont prêts à tous les sacrifices pour défendre leur roi dans Empress Ki. Les trois héros de M. Sunshine, que tout semble initialement opposer, finissent par se respecter et à nouer d’inattendus liens d’amitié en devenant camarades de beuveries. Surtout, My country porte directement sur une histoire de fraternité, contrariée entre Seo Hwi et Nam Seon Ho, inébranlable entre Seo Hwi et ses compagnons de combat.
Une esthétique sublime : costumes traditionnels et décors d’époque
Véritables marques de fabrique des dramas coréens historiques, les visuels très colorés, les palais et vêtements d’époque, les paysages sublimes et la réalisation picturale rendent ces séries magnifiques à contempler. Les tissus multicolores (My country, épisode 1), la lumière et la neige (Mr. Sunshine), les portes du palais impérial (Empress Ki) et les vastes paysages, champs de blé, plaines ou forêts de bambous (Mr. Sunshine, My country) constituent un cadre magnifique. Ces images éblouissantes nous restent longtemps dans les yeux. Difficile d’oublier également les somptueuses bandes-originales des trois dramas, qui savent parfaitement accentuer les émotions, le suspense et l’action.
Parmi les dramas historiques, Empress Ki, Mr. Sunshine et My country : new age occupent aujourd’hui une place centrale. Malgré la longueur de leurs épisodes, les intrigues se renouvellent, le suspense s’accroît, et les quelques lenteurs sont très rapidement oubliées. La réalisation, plus classique dans Empress Ki, atteint des sommets de beauté dans Mr. Sunshine et My country. En définitive, au sein de toutes les catégories de dramas coréens, seuls les dramas historiques conservent le réel pouvoir de successivement nous émerveiller, nous tenir en haleine, nous plonger dans la bataille et nous faire pleurer. A quand le prochain chef d’oeuvre ?
Fiches Techniques (Empress Ki, Mr. Sunshine, My country) :
Empress Ki (2013)
Episodes : 51 X 60 minutes (diffusion du 28/10/2013 au 25/04/2014
Genre : Historique, romance, action
Diffuseur : MBC
Réalisation : Han Hee, Lee Seong Jun
Scénario : Jang Yeong Cheol, Jeong Kyeong Sun
Acteurs : Ha Ji Won (Seung Nyang), Ju Jin Mo (Wang Yu), Ji Chang Wook (Ta Hwan)
Mr. Sunshine (2018)
Episodes : 24 X 80 minutes (diffusion du 07/07/2018 au 30/09/2018)
Genre : Historique, romance, action
Diffuseur : tvN
Réalisation : Lee Eung Bok
Scénario : Kim Eun Suk
Acteurs : Lee Byeong Heon (Yu Jin Choi), Kim Tae Ri (Go Ae Sin), Yoo Yeon Seok (Gu Dong Mae), Byeon Yo Han (Kim Hee Seong), Kim Min Jeong (Hina Kudo)
My country (2019)
Episodes : 16 X 70 minutes (diffusion en automne 2019)
Genre : Historique, romance, action
Diffuseur : JTBC
Réalisation : Kim Jin Won
Scénario : Chae Seung Dae
Acteurs : Yang Se Jong (Seo Hwi), Woo Do Hwan (Nam Seon Ho), Seol Hyun (Han Hee Jae), Jang Hyeok (Lee Bang won)
Certains longs métrages laissent une trace indélébile dans l’esprit du spectateur. Des films qui épuisent leur forme réaliste pour s’engouffrer dans une dynamique du fantastique et toucher de près la transcendance. Possession fait partie de ces œuvres poreuses, grinçantes et vulnérables, qui s’immiscent de surcroît dans la désintégration viscérale d’un couple où une frénésie exécrable aura raison de leur vie.
Marc, marié à Anna, rentre chez lui après un long voyage. Malheureusement, elle semble aliénée, changée et ne souhaite plus vivre au domicile familial, préférant dès lors passer son temps chez son amant. Un amant qui lui a fait découvrir les joies d’une sexualité ivre et débridée. Le dialogue paraît impossible entre les deux anciens amoureux, se finissant à chaque fois dans une cascade de décibels. Les disputes sont nombreuses, abrasives et hystériques, mais mettent un visage sur les maux de la dislocation sentimentale du couple. C’est de là que s’organise toute la magie baroque d’Andrzej Zulawski, dans sa capacité à être radical dans son parti pris visuel et à faire se mouvoir les corps avec intensité. Le cinéaste imprime une atmosphère âpre, une ambiance aux allures de conte post-apocalyptique, dans un Berlin magnifié et une ère de fin du monde, où se conjuguent ruelles vides et couleurs bleutées : comme si l’humanité avait été rayée de la surface de la Terre.
Derrière une ambiance qui devient de plus en plus convulsive et inhumaine, Possession dévoilera l’existence de cet amant monstrueux – au sens propre comme au sens figuré – qui se révélera dangereux et démoniaque. Il est à l’origine de la mutation de la jeune femme qui semble, comme un caméléon, intégrer en son sein le malaise et le chaos de toute une ville. Cette histoire d’adultère aurait pu s’avérer traditionnelle, et aurait pu dissimuler un petit récit touchant de près ou de loin la simple notion du couple. Mais Andrzej Zulawki fait de son couple un organe secondaire et manipulable ; l’organe vital étant Berlin et sa frénésie. Possession est un film-monde, un film qui dessine et pense l’idée même de territoire : celui d’un couple, celui de la disparité de la foi, celui d’une sexualité et même celui des frontières qui définissent le monde.
Andrzej Zulawski n’impose aucune barrière à son film. Sa mise en scène virevolte autour de ses protagonistes, alliant des plans larges et circulaires avec des plans resserrés sur des visages graves alimentant les regards troubles et possédés d’Isabelle Adjani et Sam Neill. Devant nos yeux se compose une danse épileptique macabre et horrifique où rien n’est intériorisé, où toute la dimension émotionnelle passe par l’émulsion des corps, des regards et des cris primitifs. Parfois enlevées, animales et outrageuses, les prestations des acteurs terrifient. Leur acmé sera cette fameuse et tumultueuse scène centrale du métro où Isabelle Adjani vociférera les yeux révulsés, s’esclaffant comme une « folle », rejetant alors son démon par tous les pores de son corps. L’horreur du film ne s’intègre donc pas uniquement par son penchant pour les codes du cinéma de genre, mais aussi par son délitement du réalisme.
Une idée qui concilie l’expérimentation du cinéma de genre et l’introspection sentimentale où l’abandon devient le maître mot : le réel est le fantastique, et inversement. Les deux s’interpénètreront, une nouvelle fois, au sens propre comme au figuré, ainsi que l’attestera la séquence sexuelle entre Anna et son mystérieux amant tentaculaire, des images qui rappelleront de manière frontale le cinéma de David Cronenberg avec son accointance étroite entre le désir et la chair.
Possession est donc un film pesant, crachant sa haine irréversible de soi-même, catapultant son film dans une colère soudaine, en s’appuyant sur la force des performances de ses acteurs qui s’imprègnent de la souffrance et de la honte de leur personnage. Mais l’incarnation des protagonistes par les acteurs – incroyable Isabelle Adjani – ne se limite pas à la simple idée de performance. L’œuvre d’Andrzej Zulawski est une proposition de cinéma complètement folle, qui se réapproprie le réel et un contexte politique fort (le mur de Berlin) pour en faire une plongée dans la folie humaine.
Bande Annonce – Possession
Fiche technique – Possession
Réalisateur : Andrzej Zulawski
Casting : Isabelle Adjani, Sam Neill…
Genre : Drame/Fantastique
Durée : 2h05
Date de sortie : 27 mai 1981
Dans certaines franchises cinématographiques, il n’est pas rare de voir les suites devenir meilleures que le film original de la saga. La rédaction du Magduciné donne sa liste de 10 films qui ont surpassé ou au moins égalé son ou ses prédécesseurs : Spider-Man 2, The Dark Knight, Terminator 2…
Terminator 2 de James Cameron
En 1984 sort Terminator et le monde découvre alors le cinéma de James Cameron. Un univers où la technologie et les femmes fortes auront une place prépondérante. Si le premier volet reste un pilier de la science-fiction, propulsant également Schwarzy au rang de super-star, c’est véritablement sa suite qui va montrer toutes les qualités de visionnaire de Big Jim. Le Canadien nous aura habitués à chambouler notre conception du 7ème art au travers de Titanic et surtout de son utilisation de la 3D dans Avatar, mais Terminator 2 en pose les premiers jalons. Sorti en 1991, le film marque les esprits dans un premier temps au travers de son budget astronomique de 102 millions de dollars faisant de lui le film le plus cher de l’histoire à l’époque. Surtout, Cameron va faire jaillir à l’écran l’entièreté de son budget démesuré. Terminator 2 est évidemment bigger and louder que son aîné, mettant encore plus l’accent sur l’action au travers de poursuites et fusillades mémorables. Mais plus que tout ça, Terminator 2 est révolutionnaire. Quiconque pose les yeux sur T2 ne pourra qu’être soufflé par ses effets spéciaux novateurs et notamment cette fameuse technique de morphing permettant de rendre si menaçant le redoutable T-1000. Avec Terminator 2, James Cameron ne réalise pas seulement une pierre angulaire du cinéma de science-fiction mais pave la voie à toute une série de cinéastes et de techniciens.
Batman Begins posait la première pierre à l’édifice voué au culte du super héros masqué. Dans un processus initiatique troublé par la perte de ses parents jadis et sa volonté de venger la mémoire et l’honneur d’une ville qui sombre dans la criminalité, Bruce Wayne n’avait qu’un seul mot en tête : la justice. Et dans une continuité parfaitement cohérente, The Dark Knight mettra cette notion à toute épreuve : quel visage doit avoir la justice ? Jusqu’où peut-elle aller pour diriger ? Et c’est là que le Joker prend tout son sens : sa place, sa fantaisie, sa folie, sa destruction, son nihilisme presque amusant et amusé. Il est le chaos à lui tout seul. Une force centrifuge qui ne demande qu’à voir le mal s’incarner par lui-même ou par l’utilisation de stratagème, comme en témoignent la séquence des bateaux ou ce chantage entre la mort d’un homme contre l’explosion d’un hôpital. Il est le fantôme qui circule en chacun de nous : on peut tous passer de l’autre côté. Il est un effet placebo mais déplacé vers sa version morbide. Et derrière son costume de blockbuster spectaculaire qui ne tombera jamais dans la paresse du climax pyrotechnique, The Dark Knight est un polar redoutable sous la dialyse du film choral qui se verra affecté par des questionnements politiques passionnants.
Avec le premier opus de Spider-Man, Sam Raimi inventait le film de super-héros moderne. Le ton sérieux et réaliste du métrage allait à l’encontre des fantasques adaptations de comics des années 90 comme Batman Forever. Les nouveaux codes de l’origin story étaient posés. Raimi faisait du justicier adolescent un personne en chair et en os, tout en piochant dans l’imaginaire des comics Marvel. Alors que pouvait mieux réussir Spider-Man 2 après un film qui a façonné une décennie de longs-métrages héroïques ? Tout. Sam Raimi propulse le justicier en collants dans une maîtrise totale de son oeuvre . La vie personnelle et les doutes intimes du personnage, ses dilemmes messianiques de héros, la frontière entre le bien et le mal, l’héritage du matériau d’origine, une suite attendue de tous… Dans Spider-Man 2, on assiste à un récit gigantesque qui équilibre sur un fil d’araignée des scènes d’action démentes, des personnages démesurés, des enjeux palpables pour le spectateur. En bref, Spider-Man 2 arrive à réconcilier tous les publics sans jamais faire des compromis sur son propos. Ni juste un film de super-héros, ni juste un drame, ni juste une suite commerciale. Si l’on veut définir ce qui manque à toutes les productions héroïques grands publics et sans saveur, il suffit de regarder ce film et comprendre que Raimi a fait un film auquel personne n’a réussi à faire suite. Lui compris.
30 ans après le chef d’œuvre SF de Ridley Scott, Blade Runner 2049 a été très attendu au regard de la fascination déclenchée par le premier volet. Et pourtant, Denis Villeneuve -déjà habitué à l’univers SF avec Premier Contact en 2016- nous livre ici un film complémentaire et créatif, qui a su reprendre les codes de l’univers de Blade Runner sans pour autant réaliser une fade copie. L’ambiance visuelle et sonore a été développée et sublimée par des effets spéciaux redoutables, et l’intrigue illustrée par l’officier K partant à la recherche de Rick Deckard nous amène à une introspection mettant en doute tout ce que le spectateur pensait savoir. Le second opus offre une puissance graphique et émotionnelle dont Blade Runner avait posé les bases en 1982, mais ne répond pas pour autant à la fameuse question : Rick Deckard est-il un Replicant ? Alors que Ridley Scott ouvre l’imaginaire du spectateur avec un décor urbain futuriste et apocalyptique, l’univers froid, immense et coloré du second volet illustre parfaitement le labyrinthe identitaire hanté par les âmes d’autrefois dans lequel nous plonge Villeneuve. Désormais culte, ce blockbuster non conventionnel et d’une richesse incroyable a réussi le pari d’être à l’image de son prédécesseur : intelligent, vertigineux et glacial.
Fred Jadeau
Mad Max 2 de George Miller
Le premier épisode racontait le drame d’une société qui s’effondrait et d’un homme, un policier qui s’enfonçait dans la violence par envie de vengeance. Le deuxième opus instaure, quant à lui, un récit qui emprunte à la mythologie. Max n’a plus de nom, il n’a plus d’histoire, il est un inconnu qui arrive de nulle part et y retourne ensuite. Entretemps, il va voler presque malgré lui au secours d’une communauté assaillie par la horde barbare de Humungus. Récit de la lutte entre un embryon de société organisée et une horde animale, Mad Max 2 se hisse au niveau des grandes narrations épiques qui raconte l’histoire semi-légendaire de la fondation des civilisations. Avec ce film, Mad Max n’est plus un drame personnel, c’est l’épopée d’un peuple avec son héros et ses exploits. Avec ce film, George Miller fait une oeuvre plus brutale, plus violente. Les personnages présents ici n’ont plus grand chose d’humains : l’enfant ne sait pas parler, Humungus et ses hommes sont revenus à l’ère de la barbarie, ce qui pose bien les enjeux symboliques du film. Et tout cela n’empêche pas le cinéaste australien de faire aussi (et avant tout) un formidable film d’action, avec des scènes monumentales.
Hervé Aubert
Aliens 2 de James Cameron
Le film de James Cameron se distingue en plusieurs points de celui de Ridley Scott. On passe d’un lieu et un xénomorphe uniques à une colonie spatiale et des cohortes de bestioles à double mâchoire. Là où l’épisode fondateur codifiait l’effroi dans un espace minutieusement exploité, son successeur privilégie les scènes d’action avec des xénomorphes chassant en troupe et apparaissant plus vulnérables. Aliens, le retour n’en possède pas moins des qualités évidentes. Bercé aux filtres bleus ou rouges, nocturne, rendu encore plus immersif par le recours aux radars ou à la caméra sur épaule, cette suite parvient à prolonger les fondements posés par Ridley Scott tout en s’en détachant et proposant ses propres enjeux, parmi lesquels une relation filiale pleine d’à-propos entre Ripley et une fillette prénommée Newt. Cet instinct maternel dans le chef d’une héroïne « féministe » fait doublement sens, puisqu’il viendra en sus se heurter à celui de la reine des aliens dans une bataille épique ayant résisté au temps et aux modes.
Jonathan Fanara
L’Empire contre-attaque de Irvin Kershner
L’Empire contre-attaque est presque systématiquement considéré comme le meilleur Star Wars de toute la saga, et l’acmé dramatique de la première trilogie. Un Nouvel Espoir posait les fondements de l’univers au détour d’un voyage initiatique un brin naïf, avec un Luke encore dépendant de son maître Obi-Wan, une Leïa et un Han cherchant encore leur place dans tout ceci, et un Vador inatteignable en figure du Mal nébuleuse et invincible. L’Episode V sera celui de la confirmation pour tous les personnages, et le début des doutes, avant l’accès à la maturité du Retour du Jedi. Dans L’Empire contre-attaque, Han et Leïa sont au sommet de leur relation d’amour-haine, s’envoyant missile sur missile entre deux regards de tendresse qui ne trompent pas. Luke n’est plus l’enfant ingénu de l’Episode IV, mais bascule dans une sorte d’adolescence capricieuse liée à la découverte de ses nouveaux pouvoirs. Impatient, fougueux, même Yoda ne parvient pas à le canaliser, et il n’en fait qu’à sa tête lorsqu’il décide d’interrompre sa formation. Vador se rapproche, et à mesure que son ombre grandit au-dessus de Luke, il devient paradoxalement plus fragile, moins froid ; on pressent déjà, derrière le masque, les doutes qui le rongeront dans l’Episode VI. L’heure est à la rencontre entre père et fils, dans une scène où tous les destins deviennent possibles. L’Empire contre-attaque est donc l’épisode charnière de la trilogie originelle, le plus déterminant dans la formation psychologique des personnages et quant au poids de leurs responsabilités. Aussi est-il considéré comme « le plus sombre », parce que la frontière entre les camps s’estompe : le bon Obi-Wan n’est plus, la flamboyante armée rebelle n’est pas encore ; ici les personnages se cherchent, dans un entre deux où le côté obscur n’a jamais été aussi proche, où les anciens amis peuvent rimer avec trahison, où la Force (de la volonté, de l’amitié, de l’amour) est mise le plus à l’épreuve.
Jules Chambry
Le Parrain 2 de Francis Ford Coppola
Mais pourquoi le deuxième volet de la trilogie mafieuse de Coppola est si souvent cité comme la « meilleure suite de tous les temps », voire comme l’opus qui enterre son prédécesseur ? Passer après le succès critique et publique du Parrain semblait impossible, de même que supplanter la figure imposante de Marlon Brando. Coppola réussit pourtant ce tour de force, sans tomber dans la redite, en imaginant son premier film comme un territoire dont on aurait à peine exploré la surface. L’ascension de Michael Corleone (Al Pacino) se double d’un parallèle avec celle de feu son père (Robert De Niro qui reprend le rôle de Marlon Brando). D’un côté celui qui a tout et doit défendre sa place, de l’autre celui qui n’avait rien et s’est hissé au sommet. Véritable réussite narrative, Le Parrain II raconte deux Amérique en miroir : celle d’avant la seconde guerre mondiale, où le nouveau monde est encore plein de possibilités pour les immigrés, et celle d’après, où les rêves ont laissé place aux lois du marché et où la place se fait de plus en plus restreinte. Le film de gangster prend des allures de tragédies antique, et les États-Unis ne se racontent plus par l’héroïsme (même ambigu) mais par la violence pure. Mais la véritable réussite du film tient à ceci : nul besoin d’être un fan de films de gangsters ou un véritable cinéphile pour ressentir toute la puissance du drame qui se joue sur l’écran. On pourrait même penser que ce second opus se suffit à lui même.
Vincent B.
Ghost in the shell : Innoncence de Mamoru Oshii
Faire une suite à Ghost in the Shell avait tout du projet dangereux, même avec Oshii aux commandes, tant le film de 1995 donnait l’impression d’avoir « tout dit » en seulement 1h20. En 2004, l’animation 3D s’utilise de plus en plus, et le risque était aussi de gâcher une direction artistique parfaite. Si certains modèles 3D (les véhicules, notamment) accusent le coup, force est de constater que l’ambiance est intacte, voire poussée à une ostentation esthétique qui épouse finalement la surcharge mécanique de cet univers. Major n’est plus là, on suit alors un Batou désabusé dans son quotidien morose de flic solitaire. La première partie est d’une grande mélancolie, lente et silencieuse, rythmée par un jazz qui n’est pas sans rappeler Blade Runner. Alors que le premier film, malgré ses pauses contemplatives, allait à cent à l’heure en termes d’intrigue et d’éléments à digérer, celui-ci prend son temps, pour laisser mûrir une réflexion philosophique troublante.
« Si nos dieux et nos espoirs ne sont que des phénomènes scientifiques, alors il faut dire que notre amour est aussi scientifique. » C’est sur cette phrase que s’ouvre le film. Là où le premier mettait en scène une cyborg se demandant si elle avait une âme, si elle pouvait se considérer comme « vivante », celui-ci renverse le questionnement : c’est l’homme, par la médiation de Togusa, qui se demande s’il est réductible à des mécanismes scientifiques (invoquant la théorie de Descartes des animaux-machines). La mémoire, les sentiments, la pensée : tout ceci est-il réductible à des équations mathématiques, à des phénomènes chimiques ? Oshii fait part de son angoisse face à ce monde moderne où le progrès scientifique et l’avancée dans notre connaissance du monde entraînent une mécanisation de l’humain, c’est-à-dire qu’il ne se conçoit plus qu’en termes mécaniques, niant tout « supplément d’âme ». La dissertation est passionnante, sans sacrifier l’action et l’intrigue pour autant, bien que celles-ci soient plus en retrait que dans le premier film. Bref, une suite indispensable pour prolonger la réflexion de Ghost in the Shell, la compléter, donner un autre point de vue, et replonger dans cet univers tentaculaire.
Jules Chambry
Gremlins 2 de Joe Dante
Entre le conte de Noël terrifique et la comédie noire américaine, le premier Gremlins de Joe Dante nous présentait de drôles de créatures. Les Gremlins, donc..oui c’est dans le titre. Nous n’aurons aucune réponse de leur présence sur Terre. Sont-ils des aliens ? Des démons ? Le résultat d’expériences scientifiques ? Peu importe au fond, ils ont l’apparence d’ignobles lutins verts et sèment le trouble dans une pauvre petite ville américaine. Que pouvait promettre un deuxième épisode? De nouvelles créatures prêtes à remettre le couvert dans une autre ville cette fois plus grande ? Bigger is better à Hollwyood. La réponse ? Oui et non. Dante relocalise l’aventure dans un immense building américain digne de la Trump Tower. On retrouve les personnages clés du premier dans un huis-clos un peu hors du commun… Car où sont les Gremlins dans tout ça me direz-vous ? Et bah partout ! Plus grands, plus gros, plus fous… Dante profit de ce second opus pour dynamiter son bestiaire et décliner ces Gremlins sous toutes les formes : savant, créature ailée, femme, etc. Le réalisateur quitte les codes et clichés du premier opus pour offrir un gigantesque cartoon. Un spectacle démesuré calibré pour ne plaire à personne si ce n’est aux folies et à la passion pour la pop-culture de son auteur. En bref, une déclaration à la culture contemporaine qui n’a pas pris une ride et a poussé son propos jusqu’à se moquer et tourner en dérision son premier opus. Une des rares suites où le bigger is better fait sens.