Accueil Blog Page 290

Les 20 meilleurs films avec Tom Hardy

0

Le film avec Tom Hardy est un film de variété inhabituel, dans lequel les fusillades peuvent être mêlées à des drames personnels, mais la dynamique prend le pas sur le développement de l’intrigue et garantit un spectacle palpitant. S’extirpant rarement des rôles secondaires, l’acteur s’intègre avec assurance aux personnages, complétant ainsi le film. Ayant travaillé avec le maître de la cinématographie moderne, Nolan, il est fermement ancré dans les films du réalisateur, jouant un soldat de la Seconde Guerre mondiale et l’un des membres de l’équipe d’embrigadement des esprits. Tom parvient à ne pas gâcher un classique, son apparition dans Mad Max recréant l’image du célèbre personnage de Mel Gibson.

film-tom-hardy

Les rôles principaux sont tout aussi bons. La réincarnation à l’écran du fils du maître d’arts martiaux a élevé Hardy, montrant au monde entier qu’il pouvait incarner un personnage central grâce à ses talents d’acteur, et ces dernières années ont cimenté dans l’esprit des gens une forte association avec le personnage de Venom de Marvel.

Le dernier film de l’acteur, Venom 2, s’appuie sur sa présence musclée et menaçante à l’écran, mais il existe une autre facette qui transparaît dans certains des grands rôles de Hardy.

Catherine Morel nous a aidés à rassembler les meilleurs films de Tom Hardy dans cette liste. Elle travaille comme rédactrice web du projet FRcasinospot. Elle a récemment écrit une critique de l’un des jeux basés sur un film de Tom Hardy. Inspirée par son travail, elle a décidé de partager toutes les informations qu’elle a recueillies. La liste des films Tom Hardy, va du moins populaire au plus populaire.

20. Rocknrolla (2008)

La carrière de Tom Hardy ne comporte pas autant de rôles de moqueurs que l’on pourrait le croire, bien qu’il ait joué dans ce film et dans Layer Cake de Matthew Vaughn, où il incarne l’un des membres peu enthousiastes d’une équipe dirigée par le dealer de cocaïne au professionnalisme glacial de Daniel Craig. Dans le célèbre drame de gangsters de Guy Ritchie, il joue le rôle de Handsome Bob, un bâtard un peu louche, avec une vie sentimentale secrète, qui travaille avec Idris Elba. Le film m’a fait grincer des dents, mais Hardy y apporte un peu de son charisme truculent si caractéristique.

19. This Means War (2012)

C’est un film douteux pour les fans de Hardy.  Dans cette comédie frénétique et tendue, Hardy joue un agent fédéral super dur, un superlad cockney avec un pull à col en V et une démarche simiesque. Son partenaire est le beau gosse Chris Pine. Les deux hommes tombent sous le charme de l’adorable Reese Witherspoon et utilisent tout leur attirail de logiciels espions pour s’espionner mutuellement lors des sorties de Reese.

18. Venom (2018)

Hardy mérite un rôle de premier plan dans un film Marvel – et il est l’un des très rares acteurs qui seraient aussi crédibles en tant que super-héros ou super-vilain. Mais ce n’est pas celui-là. Il joue ici le rôle d’un journaliste d’investigation coriace, Eddie Brock, qui s’attaque aux méchants des entreprises dans son émission hebdomadaire en ligne. Mais il « fusionne », horriblement, avec un organisme symbiote importé de l’espace par précisément le genre de mastodonte commercial maléfique qu’il dénonce dans son émission et devient le monstrueux Venom. L’élément de comédie générale n’est vraiment pas le truc de Hardy.

17. Marie Antoinette (2006)

Hardy a un rôle minuscule dans le film de Sofia Coppola, celui de Raumont, le noble mécontent de la cour de Marie-Antoinette, un jeune intrigant qui participe assez activement à la politique du pouvoir de l’époque, mais sans le statut auquel il pense avoir droit. Si Hardy est relativement discret dans ce rôle, c’est probablement parce qu’il n’est pas tout à fait crédible en tant que beau garçon et qu’il n’a pas encore développé son apparence plus massive et plus macho.

16. Enfant 44 (2015)

Hardy est ici bien dans sa phase de beau gosse impassible dans cette adaptation lourde du best-seller historique, situé dans l’Union soviétique d’après-guerre et basé sur un cas réel. Hardy incarne Leo Demidov, le soldat qui a hissé le drapeau rouge au sommet du Reichstag à Berlin en 1945 et qui est ensuite devenu agent de sécurité. Il est sur la piste d’un tueur en série, mais il est détesté par le régime pour son refus catégorique de dénoncer sa femme pour une accusation montée de toutes pièces. C’est un film lourd, mais Hardy y apporte une masse musculaire d’acteur.

15. The Reckoning (2002)

Hardy a pris le large et a été suffisamment confiant dans sa masculinité pour jouer un personnage très difficile à cerner dans ce film étrange qui se déroule au 14e siècle. Il met en scène une troupe de saltimbanques dirigée par Willem Dafoe ; l’un d’eux, Straw, interprété par Hardy, est spécialisé dans le travestissement et l’application de rouge à lèvres avec une précision délicate avant de monter sur scène.

14. Lawless (2012)

Hardy n’est pas spécialement connu pour les tricots à motifs, mais peut-être devrait-il l’être, compte tenu de ses vêtements laineux dans ce drame mafieux gonzo-violent de l’époque de la prohibition. Il incarne le pince-sans-rire Forrest Bondurant, un trafiquant de gnôle en Virginie dont le pull-over a vraiment besoin d’un lavage à la main. Son frère est Howard, joué par Jason Clarke, et il y a un jeune frère nerveux, Jack, joué par Shia LaBeouf. La présence lente et froide de Hardy donne du lest au film.

13. Warrior (2011)

Ce film a été largement considéré à l’époque comme un film de choc et d’action. Hardy incarne Tommy, un vétéran de la guerre d’Irak qui rentre chez lui à Philadelphie pour régler ses comptes avec son père alcoolique et tyrannique, Paddy, joué par Nick Nolte. Le père accepte avec contrariété d’entraîner Tommy dans sa carrière de combattant de MMA, mais l’adversaire de Tommy s’avère être son frère Brendan, interprété par Joel Edgerton. C’est du réchauffé, mais Hardy est d’un charisme contagieux.

12. Dunkirk (2017)

Ce n’est qu’un caméo de retour, mais quel caméo et quel film, d’un réalisateur qui a donné à Hardy certains de ses meilleurs rôles. La scène est le miracle de la victoire après la défaite de Dunkerque, lorsque des milliers de soldats britanniques échoués ont été sauvés des plages du nord de la France à l’aide d’une courageuse flottille de petits bateaux. Hardy joue le rôle de Farrier, le seul pilote de la RAF qui combat l’ennemi au-dessus de ses têtes au prix de risques presque suicidaires. Ce rôle est d’autant plus important que la RAF a été critiquée pour son incapacité à fournir une couverture aérienne suffisante pendant l’évacuation.

11. Capone (2020)

Une performance très étrange mais saisissante de Hardy dans le rôle d’Al Capone, vieillissant prématurément, assigné à résidence en Floride dans la dernière année de sa vie, souffrant de démence et de syphilis, commençant à avoir des hallucinations et ayant la fâcheuse habitude de se salir dans les moments de stress. Hardy grogne et râle ses insultes en italien et en anglais.

10. Bronson (2008)

De nombreux connaisseurs d’Hardy pensent que c’est ce film du provocateur danois Nicolas Winding Refn qui a vraiment propulsé l’acteur dans la cour des grands. En effet, il a pris 45 kilos (ce qui lui conférait une nouvelle corpulence et une nouvelle solidité à la Russell Crowe) pour incarner le célèbre prisonnier britannique Charles Bronson (un nom qu’il s’est lui-même donné, puisqu’il est né Michael Peterson), un condamné à perpétuité dont les délires bizarres et la propension à la violence en prison l’ont maintenu en prison pendant les trois dernières décennies. Bronson s’adresse directement au public, comme un tour de music-hall drolatique et pimpant. C’est un film étrange, mais une performance forte de Hardy.

9. Legend (2015)

Jouer des jumeaux est une épreuve pour tout acteur, et Hardy s’y attaque avec brio dans ce double rôle pour lequel il est sûrement né – Reggie et Ronnie Kray, les hideux frères et sœurs cockney qui régnaient sur les gangs de l’East End dans les années 1960.

Reggie est le plus rationnel, bien que sans lunettes, tandis que Ronnie est fou à lier, avec des lunettes et un peu plus de poids. Le Ronnie de Hardy a un regard perpétuel de désapprobation psychopathe, insistant sur sa propre homosexualité d’une voix grondante, comme un effrayant Tommy Cooper.

Le cœur de leur activité était la protection des casinos clandestins et des maisons de jeu. Les frères Kray aimaient aussi jouer eux-mêmes à la roulette dans l’un de leurs casinos clandestins. Des journalistes avaient écrit sur l’addiction au jeu de Tom Hardy, mais il a été révélé que l’acteur n’avait jamais fréquenté les casinos que dans les films.

Si vous voulez vous sentir comme une légende du cinéma ,

et en même temps ne pas jouer, nous vous recommandons de commencer par la roulette .

Nous vous recommandons la liste des casinos en France où vous pouvez jouer à la roulette en ligne argent réel, la liste ne comprend que les meilleurs casinos et le plus important, ils sont complètement sûrs et de confiance .

8. London Road (2015)

Cet excellent film sous-estimé de Rufus Norris a été l’une des expériences cinématographiques les plus saisissantes de la dernière décennie : un opéra cinématographique basé sur l’affaire du tueur en série d’Ipswich de 2006, dans un style reportage verbatim, tiré des récits de témoins oculaires – basé sur la pièce de théâtre du National Theatre de Londres. Hardy joue le rôle de Mark, un chauffeur de minicab qui a une fonction chorégraphique, chantant sa propre expertise sur le sujet de l’homicide psychopathe. Il dit sur la défensive : « J’ai étudié les tueurs en série ; ça ne veut pas dire que j’en suis un. » (Mais il y a une pause inquiétante avant la phrase : « J’en suis un. ») C’est ce qui se rapproche le plus de Travis Bickle pour Hardy.

7. Inception (2010)

Dans le thriller cérébral vertigineux de Nolan, Hardy fait partie d’une équipe dirigée par Cobb (Leonardo DiCaprio), un pirate informatique spécialisé dans l’espionnage industriel dont la spécialité est d’envahir le subconscient des gens afin de voler leurs secrets commerciaux. Ou, dans le cas présent, pour orchestrer l’implantation (ou la naissance) d’une idée qui fera voler en éclats un empire commercial. Hardy est Eames, l’homme de Cobb, dont la spécialité est l’usurpation d’identité, une compétence très utile pour manipuler l’ennemi. C’est un rôle plus posé, plus lisse et plus sinueux que ce que nous attendons de Hardy, et le film de Nolan fait ressortir tout le style latent et la menace de l’acteur.

6. The Dark Knight Rises (2012)

Il s’agit d’un autre des rôles lourds qui ont permis à Hardy de se faire connaître. Dans le troisième et dernier des films Dark Knight de Nolan, Hardy joue le puissant et impitoyable Bane, qui affronte Batman. Bane est un homme masqué avec un lourd respirateur en cuir pour cacher un affreux défigurement et il est le chef d’une armée souterraine de mécontents. Le plus curieux, c’est qu’il parle de manière plutôt indistincte à travers son masque et qu’il faut souvent se concentrer très fort pour comprendre ce qu’il dit. On dirait Dark Vador qui crie, tout en jouant de l’accordéon basse à travers un pot d’échappement de Harley Davidson. Mais Hardy ne se donne jamais à moins de 100%.

5. The Revenant (2015)

Il s’agit probablement du rôle le plus purement méchant et le plus réussi de la carrière d’Hardy, même s’il aurait pu tout aussi bien jouer le rôle principal. Leonardo DiCaprio joue le rôle du véritable pionnier du XIXe siècle, Hugh Glass, qui faisait partie d’un corps expéditionnaire chargé d’établir une base de trappeurs de fourrures dans le Missouri. John Fitzgerald, interprété par Hardy, est l’un des hommes sournois travaillant à ses côtés. Il abandonne Glass à sa perte après que le groupe a été attaqué par une tribu de guerriers, et réclame ensuite une rémunération supplémentaire pour lui avoir soi-disant offert un enterrement chrétien. Mais Glass est toujours en vie, il survit contre toute attente et vient pour se venger. D’une certaine manière, Hardy est là pour incarner tout ce que le personnage de DiCaprio combat : il doit être un adversaire alpha digne de ce nom, et pas seulement méchant et fourbe. Sa présence malveillante et glauque marque le début et la fin du film – nous nous dirigeons vers une confrontation puissante.

4. Tinker Tailor Soldier Spy (2011)

Les thrillers de John Le Carré sont bien loin des fantasmes romantiques de James Bond. Le sien est un monde de gars ennuyeux dans des costumes ennuyeux qui essaient de ne pas penser aux compromis et aux trahisons minables et honteux. Mais dans cette excellente version de Tinker Tailor Soldier Spy, le personnage de Hardy, Ricki Tarr, est ce qui se rapproche le plus d’un personnage de 007, entouré de M et de Q. Il s’agit d’un jeune espion en bonne forme physique, qui fait un peu de casse-tête et de drague dans sa vie, et qui rend compte de façon spectaculaire à Smiley, le personnage de Gary Oldman, de son affectation à Istanbul. Il n’est pas chic comme les autres, et il porte une veste en peau de mouton, une chemise en jean racée – et Hardy a également une perruque rousse et blonde pour le rôle. L’accoutrement est peut-être à la limite de l’absurde, mais Hardy le porte bien et il est tout à fait cohérent avec l’époque.

3. The Drop (2014)

De tous les rôles principaux qu’a eus Hardy, celui-ci est probablement le plus conventionnellement sympathique et héroïque. Dans un drame criminel de Boston adapté d’une histoire de Dennis Lehane, Hardy joue un gars ordinaire et sympathique appelé Bob, qui travaille dans un bar appartenant à son cousin Marv (James Gandolfini). L’endroit est utilisé comme point de chute par les gangsters tchétchènes pour leur argent illégal. Bob sauve un chiot d’une poubelle voisine et cet acte d’altruisme et d’innocence déclenche une série d’événements dramatiques et tragiques. Bob est une figure unique dans le CV de Hardy : il est fondamentalement sympathique et racontable, et le visage et le style de Hardy ont toujours résisté à ce genre d’ingratitude. Son personnage de film Tom Hardy est également assez vulnérable, car il est malmené par un policier local et accusé par celui-ci de laisser tomber l’église. The Drop est, à bien des égards, une aberration pour Hardy, mais il pourrait indiquer la voie à suivre pour sa future carrière.

2. Mad Max : Fury Road (2015)

Pour la majorité de ses fans, c’est probablement le film clé de Hardy : Le reboot largement adoré de George Miller de sa franchise Mad Max – une fantaisie d’action bizarre de poursuite de convois dans le désert australien post-apocalyptique, où un seigneur de guerre contrôle le pétrole, l’eau, les balles et le lait. Hardy joue le rôle du taciturne Max Rockatansky (approximativement le personnage joué par Mel Gibson dans l’original), un ancien homme de loi intercepteur et maintenant un loup solitaire, tourmenté par les souvenirs de la femme et de l’enfant qu’il n’a pu sauver. Il est capturé par un chef haineux et emmené dans sa forteresse, d’où il s’échappe en compagnie de la charismatique Charlize Theron. Elle est à la tête d’une lutte féministe contre la tyrannie misogyne qui maintient les femmes opprimées, comme des animaux de ferme, et elle fait cause commune avec Max. Il s’agit presque d’un rôle de film muet pour Hardy, mais sa présence puissante, bourrue et violente et son visage féroce – robuste, mais aux lèvres sensuellement pleines – font de lui une caricature vivante de la rage sous le soleil du désert.

1. Locke (2013)

C’est l’heure de gloire de Hardy, un film qui montre ce qu’il peut vraiment faire en tant qu’acteur, alors que tous les films qui l’avaient rendu célèbre semblaient avoir supprimé les qualités mêmes de subtilité et de sensibilité qu’il montre ici. Hardy joue le rôle d’Ivan Locke, un chef de chantier britannique, et tout le film n’est qu’un plan de lui au volant de sa voiture, comme une dashcam, alors qu’il parle aux personnes importantes dans sa vie sur son téléphone portable mains libres. C’est un homme fiable, professionnel, sans émotions, qui était sur le point de superviser le coulage de milliers de tonnes de ciment humide dans les fondations d’un nouveau bâtiment dans les Midlands. Mais au moment où l’on a besoin de lui en personne, Locke abandonne le site et se dirige vers le sud de Londres. Il traverse une crise conjugale et une dépression émotionnelle, mais il tient bon ; le remarquable jeu de Hardy, qui en fait moins, montre les terribles dommages que cela lui inflige personnellement. C’est une performance vocale et physique qui pourrait être comparée à celle de Richard Burton, mais qui est une œuvre personnelle entièrement distincte. C’est le meilleur Hardy.

Conclusion

Les films de Tom Hardy obligent le public à éprouver de l’empathie pour le héros, même lorsqu’il s’agit d’un anti-héros. Les fans attendent les films Tom Hardy chaque année et suivent les nouvelles quotidiennement. Parmi ces nouvelles, Tom Hardy reprend le rôle Alfie Solomons dans Peaky Blinders. Le personnage de Tom Hardy dans la série est plus spectaculaire que le rôle de Cillian Murphy, ce qui prouve une fois de plus que Tom Hardy est l’un des meilleurs acteurs du 21 ème siècle.

Guest Post

Le Geste Débordé : quand l’excès fait exploser les formes, la saturation envahit l’espace et le débordement redessine le monde

Le geste débordé est un geste qui dépasse. Il excède sa forme, déborde de son cadre, sature l’espace. Ce n’est plus un geste contenu : c’est un geste qui envahit, qui prolifère, qui se répand. Dans cet excès, quelque chose se révèle — une intensité incontrôlée, une saturation du mouvement, une dynamique qui ne connaît plus de limites.

Le geste débordé fracasse toute mesure, toute retenue, toute limite assignable : il excède sa forme originelle, déborde violemment de son cadre comme une crue qui emporte ses digues, sature l’espace jusqu’à l’étouffement en une prolifération vorace qui ne connaît ni frein ni rivage. Ce n’est plus un geste contenu, maîtrisé, prévisible : c’est une invasion en acte, une déflagration gestuelle qui envahit, prolifère, se répand en ondes concentriques d’énergie brute, révélant dans cet excès démesuré une intensité incontrôlée, une surcharge du mouvement où la limite n’est plus loi mais première victime d’une dynamique qui refuse toute borne.

1. Le geste excessif : intensité démesurée et prolifération sauvage

Le geste excessif explose sa propre mesure, amplifie son énergie jusqu’à la rendre irrespirable, multiplie ses effets au-delà de toute intention initiale pour devenir force centrifuge qui échappe à qui la porte. Il ne se contente pas d’être plus grand, plus fort : il devient poussée incontrôlée qui redéfinit l’espace par son seul débordement, transforme chaque trajectoire en raz-de-marée gestuel où l’intention première se noie sous l’ampleur de sa propre déflagration.

1.1. L’excès : intensité à l’état brut

L’excès fait du geste une machine à intensité pure : vitesse démultipliée jusqu’au flou, amplitude hypertrophiée qui balaie l’espace, densité musculaire saturée qui fait craquer les articulations sous la pression d’une énergie qui ne trouve plus de forme à habiter. Le geste excessif n’est plus expression mais poussée géologique, éruption où chaque muscle travaille à la rupture, où la maîtrise s’efface devant la violence d’un corps qui ne sait plus contenir ce qu’il déchaîne.

1.2. La prolifération : multiplication tentaculaire

L’excès prolifère comme une végétation invasive : le geste se dédouble, se fractionne, se propage en ramifications imprévues qui colonisent l’espace, chaque membre devenant centre d’une nouvelle explosion gestuelle indépendante. Un bras qui frappe devient tempête de bras, un tronc qui pivote engendre spirale de torses, une jambe qui avance déclenche avalanche de jambes : la prolifération fait du geste un organisme autonome qui se multiplie par lui-même, envahit par contagion, devient dynamique rhizomique où chaque point devient source d’expansion incontrôlée.

2. Le geste saturé : densité asphyxiante et surcharge critique

Le geste saturé remplit l’espace jusqu’à l’asphyxie, accumule les couches de mouvement jusqu’à l’opacité totale, superpose les impulsions jusqu’à créer une masse gestuelle compacte qui menace de s’effondrer sous son propre poids. Cette saturation n’est pas enrichissement mais engloutissement : elle densifie l’air, épaissit le temps, fait du moindre déplacement une matière gluante, presque solide, où chaque geste supplémentaire risque la rupture cataclysmique d’une structure déjà au bord de l’implosion.

2.1. La saturation : densité devenue matière

Le geste saturé devient compact, épais, opaque comme lave refroidie : il occupe chaque centimètre cube d’espace disponible, envahit chaque interstice de temps, densifie la présence corporelle jusqu’à la rendre presque gravitationnelle. Plus de vide, plus de respiration, plus de légèreté : chaque muscle hypertendu, chaque articulation surchargée, chaque trajectoire surimposée créent une matière gestuelle si dense qu’elle semble se solidifier dans l’air, transformer le mouvement en substance tellurique qui broie l’espace sous sa masse.

2.2. La surcharge : tension à rupture

La surcharge fait du geste une bombe à retardement : trop de directions contradictoires, trop d’énergies simultanées, trop d’amplitudes emboîtées créent une tension interne qui fait craquer le corps de l’intérieur. Les muscles se battent entre eux, les articulations grincent sous des forces opposées, le centre de gravité vacille sous l’assaut de mouvements incompatibles : le geste saturé n’est plus unifié mais champ de bataille, structure au bord de l’effondrement où chaque surcroît d’énergie menace l’explosion finale ou le gel paralysant.

3. Le geste débordé : invasion spatiale et excès continu

Le geste débordé abolit définitivement toute limite : il envahit l’espace comme une marée noire, déborde de tout cadre prévisible, se répand en ondes de choc qui redessinent la topographie même du monde sensible. Ce débordement n’est pas accidentel mais constitutif : le geste devient phénomène naturel, force élémentaire qui ne s’arrête plus devant les frontières du corps, de l’espace, du temps, mais les traverse, les dissout, les réinvente dans le mouvement même de son exubérance dévastatrice.

3.1. Le débordement : envahissement total

Le geste débordé envahit sans discrimination : il franchit les frontières corporelles, traverse les limites spatiales, colonise le temps par la durée même de son expansion. Bras qui s’allongent jusqu’à l’illimité, torses qui s’ouvrent comme failles géologiques, trajectoires qui percent les murs invisibles de l’anticipation : chaque limite devient poreuse, chaque cadre devient peau à déchirer, chaque intention devient prétexte à expansion qui ne s’arrête plus que devant l’épuisement physique ou l’effondrement structurel.

3.2. L’excès continu : forme devenue force autonome

L’excès ne s’épuise pas, ne se résorbe pas : il devient forme en soi, dynamique qui s’auto-alimente, mouvement qui trouve dans sa propre démesure les ressources de sa perpétuation. Le geste débordé n’a plus besoin d’intention extérieure : il est sa propre finalité, sa propre justification, sa propre transcendance, instabilité créatrice qui redéfinit le geste non comme moyen mais comme fin absolue, comme manière d’être-au-monde par l’exubérance même de son être.

4. Le geste débordé : crise de la forme dans la danse et la performance

Dans la danse, le geste débordé devient arme absolue contre la tyrannie de la forme : le danseur ne trace plus des lignes mais creuse des cratères, ne sculpte plus l’espace mais le submerge, ne compose plus des phrases mais déclenche des raz-de-marée gestuels où la virtuosité classique s’effondre sous l’assaut d’une expressivité qui ne supporte plus la retenue. Chaque membre devient tentaculaire, chaque articulation point d’explosion, chaque respiration prélude à l’invasion : la scène entière devient territoire conquis par cette sauvagerie gestuelle qui refuse toute domestication.

Dans la performance contemporaine, ce débordement devient critique radicale : il fracture la scène, dissout la frontière entre performer et spectateur, transforme le plateau en zone de catastrophe gestuelle où l’excès n’est plus défaut mais méthode, où la saturation devient langage, où le débordement fait du corps un territoire en état d’urgence permanente. Le geste débordé révèle alors sa vérité politique : capacité à occuper, à proliférer, à résister par l’exubérance même à toute tentative de cadrage, de normalisation, de réduction à la mesure.

L’excès : vérité dévorante du geste vivant

Le geste débordé révèle que le mouvement n’a de vérité que dans sa capacité à dépasser, à saturer, à envahir, à refuser toute limite comme toute mesure : excès qui explose les formes, saturation qui densifie le monde, débordement qui redessine les frontières de l’existant. Il montre que le geste vit pleinement dans cette démesure qui le dépasse autant qu’il la porte, dans cette prolifération qui le dépasse autant qu’il la génère, dans cette violence créatrice qui fait de l’instabilité non un défaut mais la condition même de sa souveraineté. Excès, saturation, débordement : autant de noms pour la grandeur tragique d’un geste qui ne se mesure plus à l’aune de la retenue, mais à celle de sa capacité à tout emporter sur son passage.

KSA émet un avertissement à Holland Casino après avoir promu des annonces de paris en ligne

0

Kansspelautoriteit (KSA) est l’autorité néerlandaise qui contrôle le paysage des jeux d’argent. Son pouvoir d’action s’étend de la régulation au contrôle des opérateurs, notamment leurs pratiques. Ce mois, Holland Casino, le principal opérateur du pays a reçu un avertissement en raison de ses annonces relatives aux paris sportifs. On fait le point dans cet article.

parisjeu

Ce qui a valu l’avertissement à Holland Casino

En Hollande, la loi interdit la diffusion des annonces de paris, juste avant le début des matchs. Cette restriction s’applique aussi sur les matchs en cours et les annonces faites immédiatement après les rencontres. Lorsqu’une rencontre sportive a lieu, l’adrénaline monte d’un cran. Cela suscite de l’engouement et les pronostiqueurs n’ont pas toujours les idées claires sur l’issue des matchs.

En Hollande, la loi sur la diffusion des annonces a été faite dans le but de protéger les parieurs impulsifs. Curieusement, Holland Casino a dérogé à cette règle en faisant passer des annonces sur la chaine Eredivisie.nl durant des matchs, ce qui lui a valu un avertissement.

De plus, ce mois-ci, Kansspelautoriteit s’est également adressé aux joueurs aux Pays-Bas qui jouaient toujours en ligne via des opérateurs illégaux, les avertissant d’opter pour des casinos sous licence qui offrent toujours des machines à sous populaires, au risque de devenir des cibles faciles pour les escrocs. C’est un conseil avisé, car les opérateurs illégaux ne visent que les gains quitte à opter pour les pratiques douteuses.

Zoom sur Holland Casino

Pour saisir la teneur de cet avertissement, il faut savoir l’importance de Holland Casino. Holland Casino est le principal opérateur du pays depuis 1975. La Fondation, gérée par l’Etat, avait le monopole des jeux d’argent dans le pays, que ce soit pour des paris sportifs ou des jeux de casino. Les bénéfices générés par la Fondation sont reversés dans les caisses de l’Etat.

Avec le vote de la loi KOA en Octobre 2021, d’autres opérateurs ont rejoint la danse des bookmakers agrées. Mais Holland casino demeure le principal acteur des jeux d’argent en ligne, raison pour laquelle il doit servir d’exemple. Il l’a d’ailleurs fait par le passé, en étant le meilleur opérateur luttant contre le jeu compulsif.

La KSA aux aguets des pratiques des opérateurs de jeux

Comme la Gambling Commission du Royaume Uni, le Kansspelautoriteit ne badine pas avec la santé mentale des néerlandais. En amont, une société d’inspection est en charge de l’équité des jeux. Le régulateur veille aussi  à la transparence des activités des différents opérateurs et au taux de reversement des gains. Par ailleurs, les outils de jeu responsable doivent être mis en place sur les casinos agrées, en l’occurrence la possibilité de s’auto-exclure en cas de nécessité.

Par ailleurs, la protection des données des joueurs est aussi un élément essentiel de sa politique. Chaque casino ou site de jeux d’argent a la responsabilité d’avoir des informations exactes sur ses joueurs, afin de faciliter leur prise en charge. La façon dont ces informations sont utilisées doivent être clairement définies et ne doivent pas sortir du cadre légal. On comprend mieux pourquoi l’autorité demande de ne pas jouer sur des sites illégaux qui ne respectent pas ce cahier de charges.

Guest Post

 

 

« Le Livre de Cassandre » : deux mondes qui s’entrechoquent

0

Avec « Le Livre de Cassandre », Olivier Péru, Benoît Dellac et Evgeniy Bornyakov publient aux éditions Soleil le second tome de la série No Zombies. On s’y intéresse plus particulièrement à Cassandra, vulnérabilisée, et encore marquée par ses souvenirs d’ancien mort-vivant.

« Quoi qu’on fasse pour oublier, pour se pardonner, on redevient pas tout à fait humain, pas tout à fait vivant. Quelque chose reste mort en nous. » Dans No Zombies, le mort-vivant n’est qu’un statut semi-permanent. Un vaccin permet en effet de ramener les morts à la vie, mais ces derniers demeurent assaillis de visions cauchemardesques, les horreurs qu’ils ont commises en tant que zombi étant rattachées à eux comme une seconde peau. Pour Cassandra, l’héroïne de ce second tome, cela se manifeste par des réminiscences d’un passé douloureux, où elle s’est notamment opposée à son mari et son enfant.

Difficile de ne pas évoquer la série télévisée The Walking Dead quand on analyse une œuvre mettant en scène des morts-vivants. Cette fois, c’est l’édification d’un village fortifié, le Kellerman’s camp, qui nous rappelle forcément Woodbury. Là-bas, des jeunes protagonistes se sont rassemblés autour d’un professeur : leurs parents ont en effet tous mystérieusement disparu après avoir franchi les barricades de la ville. Cassandra, Joseph et Ruben font ainsi la rencontre d’une communauté qui peine à accepter l’idée qu’un vaccin pourrait lui ramener les siens.

« Le Livre de Cassandre » ne déroge pas à ce qui a été initié dans cette nouvelle série : ambiance post-apocalyptique, hordes de zombis, communautés repliées sur elles-mêmes, héros messianiques colportant le vaccin… Là où Joseph était préoccupé par son frère dans le premier tome, cette fois c’est Cassandra qui apparaît vulnérable, en proie à la température et aux visions d’horreur, de telle sorte qu’on se demande si le mort-vivant tapi en elle ne va pas surgir à nouveau. La psyché du personnage est d’ailleurs effeuillée avec beaucoup d’à-propos : ancienne sportive désormais diminuée, vivant avec les remords de sa vie de zombi, elle songe au suicide, sans l’avouer à ses compagnons de route.

Au-delà du changement de protagoniste principal, deux particularités distinguent cet épisode de son prédécesseur : l’immunité offerte par des vaccins expérimentaux du gouvernement semble ramener à la vie plus rapidement les morts-vivants ; un étrange croquemitaine, pas étranger à ces protocoles vaccinaux, sévit aux alentours du Kellerman’s camp, dans un état hybride plutôt bien pensé. Entre ces événements, qui nourrissent abondamment l’intrigue et l’action, et un personnage de Cassandra plus profond qu’il n’y paraît, « Le Livre de Cassandre » tient toutes ses promesses et confirme que No Zombies est une série à suivre attentivement – et dont, notons-le, le second volume peut se lire indépendamment du premier.

No Zombies : Le Livre de Cassandre, Olivier Péru, Benoît Dellac et Evgeniy Bornyakov
Soleil, janvier 2022, 64 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

« Immonde ! » : les monstres de l’industrie

0

Les éditions Glénat publient Immonde !, d’Élizabeth Holleville. Cette bande dessinée au long cours fait écho au cinéma de genre, en citant notamment David Cronenberg et Steven Spielberg, mais elle s’appuie aussi sur des enjeux plus contemporains, tels que la pollution industrielle, le changement climatique ou encore les identités sexuelles.

En page 11, Élizabeth Holleville donne à voir une paisible bourgade suburbaine, un peu à l’image de celle que J.J. Abrams met en scène dans Super 8. Les ponts entre les deux œuvres sont d’ailleurs nombreux : toutes deux reposent sur des jeunes protagonistes dont on adopte le point de vue, par ailleurs apprentis réalisateurs de films de genre, et bientôt confrontés à des créatures surnaturelles… En recadrant, page 12, la scénariste et dessinatrice d’Immonde ! insiste sur ce qui caractérise la ville de Morterre : l’entreprise Agemma semble la phagocyter dans une planche où elle apparaît, immense, à son arrière-plan. C’est dans ce cadre géographiquement restreint que Jonas et Camille, des adolescents de 17 ans, ainsi que leur nouvelle amie Nour, récemment débarquée de Paris, vont multiplier les rencontres étranges.

Partant, deux choses vont particulièrement nous intéresser : les personnages au seuil de leur vie d’adulte et la ville industrielle. Chacune est porteuse de ses propres meurtrissures. Camille, une fille se sentant garçon, ne remet pas seulement en question les assignations sexuelles. Elle verbalise tôt le mal-être adolescent, quand, à un arrêt de bus, elle fait l’objet de moqueries : « Pourquoi on nous congèle pas pendant l’adolescence ? On nous réveillerait à 18 ans, vierge d’acné et de traumatismes psychologiques. » Nour, qui vient de quitter Paris pour Morterre, voit se porter sur elle toutes sortes de préjugés, liés à son rang social (vient-elle de Paris… ou de sa banlieue ?) et à sa religion (ne mange-t-elle pas de viande parce qu’elle est végétarienne… ou musulmane ?). Quand elle se positionne au-delà de ses personnages, Élizabeth Holleville n’omet pas d’y inscrire d’autres enjeux. Agemma incarne ainsi à la fois la pollution industrielle, le cynisme capitalistique et la corruption politico-économique.

Pour bien le comprendre, il suffit de se reporter à quelques détails : une réunion à l’Hôtel de ville où un capitaine d’industrie invite la mairie à se préoccuper de ses affaires, c’est-à-dire le marché de Noël, et à le laisser vaquer à ses propres occupations ; un employé disparu réapparaissant avec de terribles excroissances sur le visage ; des salariés promus en échange de leur silence… Et puis, il y a cette tentation, certes exagérée, de recourir à des créatures nées de la pollution pour remédier aux carcans du code du travail : « À terme, non seulement nous pourrons les utiliser pour creuser nos propres galeries, mais de plus sans revendications ni maladies professionnelles… ils constituent les employés idéaux. » Comme le claironnent les graffitis apparaissant sur les murs de Morterre, Agemma empoisonne et défigure la ville. Et si ces cris d’alarme disparaissent si vite, c’est parce que cela a lieu dans un silence assourdissant. Est-ce si surprenant dès lors qu’Agemma a redonné vie à une ville qui se vidait auparavant de ses forces vives ?

Les dessins d’Immonde ! ne figurent probablement pas parmi les plus sophistiqués du genre, mais ils se prêtent parfaitement à l’univers portraituré par Élizabeth Holleville, dont la cohérence chromatique est d’ailleurs à saluer. Le récit est maîtrisé, pétri de références (parfois un peu trop voyantes) et arrimé à des personnages attachants. Les années 1970 et 1980, David Cronenberg, Steven Spielberg ou Stephen King : les influences apparaissant dans l’album sont nombreuses et populaires. Un extrait de Scanners, un poster de The Fly ou de Jaws, des malformations cronenbergiennes à la pelle, une ambiance très Stranger Things, des livres disséminés çà et là : Élizabeth Holleville s’emploie à augmenter son univers par le truchement de références cinématographiques et littéraires. La scénariste et dessinatrice parvient aussi à attirer l’attention du lecteur sur des sujets qui ne sont évoqués que de manière marginale : on apprend au détour d’un extrait vidéo que des singes se disputent une source d’eau à cause de la sécheresse, on assiste à un cours sur les gaz à effet de serre, on découvre que la jeunesse de Morterre fabrique du faux shit de manière artisanale…

Malgré les quelques facilités conceptuelles d’un récit un peu trop convenu, Immonde ! ne trahit aucune de ses promesses : il évoque la fin d’adolescence avec sensibilité, il délivre un bestiaire pléthorique et inventif, il narre habilement les collusions entre les pouvoirs politique et économique… Surtout, il appâte le lecteur en capitalisant sur la nostalgie du cinéma des années 1970-1980 et s’inscrit effectivement, comme cela a été abondamment mentionné par l’éditeur Glénat, dans les pas de l’illustre Charles Burns (la lecture de Dédales suffira à s’en convaincre).

Immonde !, Élizabeth Holleville
Glénat, janvier 2022, 240 pages

Note des lecteurs0 Note
4

« La Terre, le ciel, les corbeaux » : la guerre et ses résidus

0

Teresa Radice et Stefano Turconi publient La Terre, le ciel, les corbeaux aux éditions Glénat. On y suit le parcours d’Attilio Limonta, un prisonnier de guerre italien évadé d’une base militaire soviétique en compagnie d’un soldat nazi et d’un geôlier russe.

Que se passerait-il si trois individus incapables de communiquer entre eux, et aux rapports régis par les ententes militaires internationales, devaient faire face, ensemble, à l’adversité ? « Ils n’ont aucune envie de se comprendre », mais ils demeurent pourtant contraints de compter les uns sur les autres pour leur propre salut, sous peine de retourner creuser des fosses ou construire des baraquements sur les îles Solovetskij. Forcément, on se scrute, on se jauge, on essaie de lire les arrière-pensées de l’un, d’effeuiller les gestes de l’autre. Attilio, Fuchs et Vanja, respectivement italien, allemand et soviétique, ont chacun leur personnalité, leurs ressentis, leurs aspirations. La Terre, le ciel, les corbeaux va s’attarder sur chacun d’entre eux et s’appuyer sur leurs rapports erratiques, en cours de maturation, pour conter un versant trop souvent inexploré des conflits militaires : l’humain, dans son étiage.

Teresa Radice et Stefano Turconi confèrent à leur album ce qu’il faut de justesse et de poésie. Les aquarelles renforcent la nature sensible, au plus près des personnages, de leur entreprise. Si les théâtres de guerre ne sont pas absents de La Terre, le ciel, les corbeaux, c’est surtout la dynamique de groupe en construction qui va prévaloir. C’est ensemble que les trois évadés vont fuir, affronter les températures glaciales, être hébergés… Et Attilio Limonta, dont on adopte le point de vue, de se demander : « Et si fuchs n’était pas ce roc qu’il aimerait faire croire ? » Ou de se dire : « Le Russe est un danger permanent. » Ce qui va advenir est pourtant inattendu. Non pas pour le lecteur, qui en devine les prémisses, mais pour les personnages eux-mêmes, dans une sorte d’ironie dramatique. Une « inexplicable harmonie » se fait jour entre trois hommes pourtant programmés pour se détester.

Ce one-shot dû à l’habituel tandem Teresa Radice et Stefano Turconi radiographie le climat particulier de la Seconde guerre mondiale et unit trois hommes qui ne se sont pas choisis dans une même quête de liberté. C’est cette chair humaine, cette ivresse spécifique à l’affranchissement, qui va ordonner l’ensemble du récit. Anti-spectaculaire, semi-réaliste, dépassant les clichés dont on voudrait affubler l’autre, La Terre, le ciel, les corbeaux se conçoit comme une immersion dans la résilience et l’incommunicabilité. Cette dernière transparaît d’ailleurs amplement à travers des phylactères rédigés en allemand ou en russe. Si le rythme peut sembler lâche et les planches parfois verbeuses, l’intensité (réelle) de ce roman graphique naît de ses dispositifs d’interactions et de dévoilements : nuances de couleurs, d’émotions, d’humanité donnent à voir le tréfonds de l’être et ce, dans le contexte si spécifique de la Seconde guerre mondiale.

La Terre, le ciel, les corbeaux, Teresa Radice et Stefano Turconi
Glénat, janvier 2022, 208 pages

Note des lecteurs2 Notes
4

De l’acception de l’« Universalisme »

0

Dans Universalisme, opuscule paru dans la collection « Le Mot est faible » des éditions Anamosa, Julien Suaudeau et Mame-Fatou Niang questionnent un concept aujourd’hui largement dévoyé.

« Ce sont ces rentiers de la République qui s’arrogent le droit de dire ce qui est ou n’est pas universaliste. Tout comme l’Académie française n’entend pas partager la définition du bon usage de la langue, les vigies du pseudo-universalisme exercent une police idéologique sur les valeurs – nous montrerons que l’universalisme n’en est pas une. « Déçus » de la gauche, pourfendeurs du « wokisme » et garants de la laïcité face aux dérives « islamo-gauchistes » des démagogues, ces progressistes autoproclamés occupent le terrain en s’insurgeant contre les ravages du politiquement correct (« on ne peut plus rien dire »), en dénonçant la dictature malsaine des réseaux sociaux et en se présentant comme seuls adversaires légitimes de l’extrême droite – puisque les antiracistes en sont les adjuvants plus ou moins conscients. » Comme l’illustre parfaitement cet extrait, Julien Suaudeau et Mame-Fatou Niang se penchent sur une opposition presque programmatique : un pseudo-universalisme oublieux du passé et sourd aux différences contre un universalisme post-colonial désireux de remettre en question l’ordre blanc et les narratifs historiques souvent trop schématiques. Ces heurts philosophico-réflexifs se manifestent notamment à l’endroit de l’antiracisme, volontiers considéré comme sectoriel et communautariste, quand d’autres ne voient en les défaillances mémorielles qu’une mise sous cloche des blessures passées et la perpétuation d’une forme de domination des uns sur les autres.

Universalisme a partie liée avec Fragilité blanche, l’ouvrage de la sociologue américaine Robin DiAngelo paru aux éditions Les Arènes. Tous deux évoquent les mécanismes d’autodéfense des dominants, mais aussi une forme de racisme institutionnel, dont l’appellation des rues ou les statues seraient l’un des nombreux témoignages. Julien Suaudeau et Mame-Fatou Niang épinglent par ailleurs le « pseudo-universalisme » pour sa capacité à refouler l’histoire et à présenter le racisme comme une vulgaire relique. Ils en appellent à une réelle conscience historique et à une relativisation des points de vue, qui permettraient non seulement de replacer certains faits et personnalités à leur juste place (de la Charte du Mandé à Gabriel, Boni ou Mafungo), mais aussi à bien nommer les choses, tel que l’escomptait en son temps Albert Camus. À cet égard, comme le stipulent les auteurs, les discours sur l’« ensauvagement » des banlieues françaises ou une abolition de l’esclavage exclusivement du fait des Blancs ajoutent le mépris et les biais aux douleurs anciennes. La quête d’universalisme nécessiterait pourtant un examen attentif et sincère d’un « roman national » par trop manipulé.

« Ce qui se dit dans les enquêtes d’opinion sur la laïcité et l’incompatibilité supposée de l’islam avec les valeurs républicaines, c’est qu’une majorité de Français sont convaincus par le paradigme houellebecquien de la soumission : le voile est la forme visible d’une idéologie qui veut changer « notre » façon de vivre. Cette menace ne mériterait rien moins qu’une loi sur le séparatisme, normalisation d’un état d’exception visant les ennemis de l’intérieur : mauvais musulmans et suppôts de l’islamo-gauchisme. » Le pseudo-universalisme compartimente la France en communautés tout en regrettant le communautarisme. Et Julien Suaudeau et Mame-Fatou Niang de se demander pourquoi certains Français se sentent agressés par un voile ou une mosquée mais pas par l’ubérisation de l’économie, le remplacement des petits commerces par Amazon ou les anglicismes phagocytant la langue – et notamment le parler financier et managérial. Pour l’anecdote, notons que les auteurs appréhendent Donald Trump comme l’expression de notre mauvaise conscience : cela suppose qu’à leurs yeux, il s’agisse davantage d’une lame de fond que d’un épiphénomène localisé. Universalisme y apporte quelques éléments de réflexion.

Universalisme, Julien Suaudeau et Mame-Fatou Niang
Anamosa, janvier 2022, 104 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Les Promesses de Thomas Kruithof : tous accros à la politique ?

3

Les Promesses de Thomas Kruithof se présente comme « un film sur la politique et non pas un film politique ».  Ce sont les mots employés pendant la promotion du film par les acteurs Reda Kateb et Isabelle Huppert, tous deux impeccables dans leur rôle respectif. Soit une maire et son directeur de cabinet pris dans une spirale entre choix de carrière et humanité. A partir d’un propos classique (et plutôt vu et revu), Thomas Kruithof parvient à construire un film en tension permanente, porté par une vraie soif du verbe et un duo qu’on prend plaisir à accompagner.

L’exercice du pouvoir

Au début des Promesses, on la voit dans le feu de l’action, au contact de l’humain. Puis, c’est lui que l’on aperçoit au milieu du tumulte, comme un arrêt sur image. Tous deux sont respectivement maire et directeur de cabinet. Elle, c’est Clémence. Lui, c’est Yazid. Ce couple politique, qui n’est pas sans rappeler celui dessiné par Borgen, la série danoise qui mettait une femme au pouvoir, est au cœur du film. Un duo complice mais conscient des failles de l’autre. C’est donc comme une sorte de joute verbale (on pense à la scène du diner où Yazid raconte une histoire édifiante pour défier justement Clémence) qui se construit peu à peu opposant – surtout rassemblant – un faux idéaliste (qui avoue que ce qu’il cherche c’est une carrière à Paris, mais plus par provocation) à une femme politique authentique  rattrapée par l’ambition. Or, l’enjeu du film est ailleurs, il est dans une fuite monumentale, dans l’insalubrité la plus totale d’une barre d’immeuble de la cité des Bernardins. Ce centre névralgique est la raison d’agir des protagonistes des Promesses. C’est autour de cette cité d’ailleurs que se nouent et se dénouent les fameuses promesses du film. C’est la victoire de réhabilitation avec laquelle Clémence veut quitter la politique après deux mandats. Ce qui compte ici, au-delà de l’histoire de ces personnages, pris comme ils sont au moment de l’action, c’est l’exercice du pouvoir politique, à un niveau local. Que l’on se trouve dans les arcanes de la politique parisienne compte moins que ce qui se passe sur le terrain où Clémence, la maire, évolue.

« T’as peur de devenir une droguée de la politique, comme eux tous ? »

Il y a donc dans Les Promesses, un sens du rythme indéniable puisque les protagonistes sont sans cesse dans l’action. Pas de repos pour le guerrier du politique de terrain qui serre des mains, prend des nouvelles de la femme d’untel, des enfants d’un autre, connaît chacun par son prénom. Pourtant, la politique se joue aussi ailleurs et nos héros le savent. Ils tentent donc quelques petites promesses à l’avance, même celles perdues d’avance. Galvanisée par le désir de convaincre ses électeurs, Clémence lâche même un pourcentage au-delà des espérances, et surtout complètement faux sur la réussite d’un projet dans lequel elle veut les embarquer. Son ambition pourtant n’est pas personnelle mais bien collective, elle dépasse la politique recluse sur elle-même à la quête du pouvoir pour le pouvoir et non la réalisation concrète.

« C’est pas avec elle qu’on va faire rêver les gens »

Dans chaque scène, convaincre est le maître mot, c’est un combat de chaque instant. C’est en ce sens que Les Promesses se conçoit comme un thriller. L’enjeu de nombreuses scènes est aussi de comprendre où est le pouvoir et qui le détient, ce que peut vraiment le local contre la machine politique. En effet, c’est quand elle est approchée puis rejetée par le gouvernement en place parce qu’elle ne ferait pas « rêver » que Clémence s’aperçoit que, comme les autres, elle désire ardemment être adorée et surtout ne pas être oubliée. Quitte à oublier ses propres promesses ! Le film est autant celui d’un combat, pour la cité des Bernardins, qu’un renoncement, Clémence doit dire adieu à la politique. C’est en cela peut-être que ce parcours est aussi touchant que passionnant à suivre, Reda Kateb/Yazid incarne la transition en douceur vers cette fin à venir pour Clémence. La douceur est dans le verbe, et sa manière d’accompagner son départ, quitte à courir tous les risques politiques, à occuper le terrain. On les voit insister avec pugnacité et Yazid n’acceptera pas que Clémence abandonne le seul vrai combat qui compte : celui pour les gens !

La baronne 

Thomas Kruithof s’est nourri de ses acteurs pour construire des personnages qu’on prend plaisir à suivre : « J’ai rapidement vu la manière de se déplacer de Reda, son élégance mais aussi sa tension ainsi que la silhouette frêle mais pleine de force et d’énergie d’Isabelle Huppert et son autorité naturelle. Donc, c’était très inspirant » explique-t-il dans une interview sur la genèse du film. On se souvient de ce naturel qu’Isabelle Huppert nous avait déjà offert dans un autre duo, cette fois-ci aux côtés de Gérard Depardieu, dans Valley of love (Guillaume Nicloux, 2015). Quant à Reda Kateb, il prouve une fois de plus qu’il est capable d’autant de douceur que de force dévastatrice, quand on passe dans sa filmographie de A moi seule (Frédéric Videau, 2011) à Hors Norme ( Olivier Nakache, Eric Toledano, 2019). Les Promesses ne nous apprend rien de nouveau sur la politique mais infiltre le pouvoir comme Baron noir (un des coscénaristes des Promesses a écrit pour la série de Canal+). Ces deux œuvres s’intéressent à ceux qui font de la politique non un combat personnel, mais une œuvre collective, en contact avec le monde, et cette eau qui suinte et qui s’infiltre dans un quotidien cabossé qui attend de toutes ses forces une main tendue. Dans Les Promesses, c’est une femme politique qui l’incarne, Clémence, capable de tout donner pour ce en quoi elle croit. Ce n’est donc pas du rêve qu’elle vend mais bien une vie concrète, c’est d’ailleurs sur ce plan là que Les Promesses se distingue : partir de la vie pour rester collé à elle et non pas promettre monts et merveilles. Ainsi que l’on soit à la marie, dans une piscine, ou à l’Élysée, c’est bien la cité des Bernardins qui est dans toutes les têtes et irrigue tout le film, nous tenant en haleine sur son avenir, et seulement sur lui.

Les Promesses : Bande annonce

Les Promesses : Fiche technique 

Synopsis : Maire d’une ville du 93, Clémence livre avec Yazid, son directeur de cabinet, une bataille acharnée pour sauver le quartier des Bernardins, une cité minée par l’insalubrité et les « marchands de sommeil ». Ce sera son dernier combat, avant de passer la main à la prochaine élection. Mais quand Clémence est approchée pour devenir ministre, son ambition remet en cause tous ses plans. Clémence peut-elle abandonner sa ville, ses proches, et renoncer à ses promesses ? …

Réalisateur : Thomas Kruithof
Scénario: Thomas Kruithof, Jean-Baptiste Delafon
Interprètes : Isabelle Huppert, Reda Kateb, Naidra Ayadi, Jean-Paul Bordes, Laurent Poitreneaux, Soufiane Guerrab, Hervé Pierre
Photographie : Alex Lamarque
Montage : Jean-Baptiste Beaudoin
Sociétés de production: 24 25 Films, France 2 Cinéma
Distributeur: Wild Bunch Distribution
Durée : 98 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 26 janvier 2022

France – 2021

Spencer de Pablo Larrain : un huis clos funeste

Avec Spencer, Pablo Larrain s’attelle une nouvelle fois à déconstruire le genre du biopic. Au lieu de retracer toute la vie d’un personnage, allant d’un époque à une autre, il prend la grande Histoire par le petit bout de la lorgnette. En ce sens, il dresse le portrait d’une princesse en pleine déliquescence lors d’un récit qui se déroule sur trois jours. La caméra du cinéaste va observer Lady Diana mordre la poussière et se confronter à un environnement royal qui n’est pas ou qui n’est plus le sien.

Après Jackie, incroyable film labyrinthique et existentielle, Spencer suit une trame narrative beaucoup plus linéaire, plus attendue, qui s’immisce presque dans le huis clos asphyxiant, plongeant presque dans les affres de l’horreur. Tout comme First Reformed et The Card Counter dernièrement pour Paul Schrader, Jackie et Spencer forment un diptyque impressionnant pour Pablo Larrain. Avec également des films comme Ema, le cinéaste a toujours autant de fascination à filmer la figure féminine, tourmentée et dont les responsabilités sont mises en difficulté par un contexte douloureux. Pour agencer toute cette ambition, Pablo Larrain met les petits plats dans les grands : une mise en scène sèche voire rêche en mouvement, mais surtout élégante et sublimée par la photo sensationnelle de Claire Mathon (Portrait de la jeune fille en feu), une bande sonore imposante par Jonny Greenwood, une Kirsten Stewart qui démontre une nouvelle fois qu’elle est une grande actrice tant son jeu parfois maniéré change d’une séquence à une autre. Puis la direction artistique, quant à elle, chatoyante et sombre à la fois, nous fait largement penser à Shining ou même Barry Lyndon.

Techniquement parlant, l’oeuvre est une orfèvrerie dépassant nos attentes. Sauf que là où Jackie nous piégeait et nous amenait vers des endroits inattendus, avec une structure narrative propice à la perte du personnage mais aussi du spectateur, Spencer se veut beaucoup plus lisible avec un personnage au prise d’un système hiérarchisant et oppressant, ou une caste royale guindée et propice aux traditions. Nous suivons une princesse qui a du mal à s’émanciper et ne semble plus trouver sa place ni en tant que femme ni en tant qu’épouse, à l’image de l’introduction avec les séquences de la pesée ou celle du souper. Un monde où la sincérité n’existe plus.

Alors que le film pourrait mordre la poussière à cause du scénario bien mince, répétitif et peu fulgurant de Steven Knight, Spencer garde toutefois une réelle tessiture : c’est un peu comme si Marie Antoinette de Sofia Coppola finirait de décuver et aurait pris une gifle par la Reine Mère. Car au delà de l’aspect protocolaire de l’afféterie du film, c’est une oeuvre qui annonce une petite mort. C’est le film d’un fantôme qui s’effondre petit à petit devant nos yeux et dont le destin funeste était déjà annoncé. Une explosion avec un réel compte à rebours. C’est un tout extrêmement cohérent dans le fond et aussi dans la forme. Là où Ema était en perpétuel mouvement autour de sa protagoniste solaire, Spencer entoure, encercle et enferme Lady Diana dans sa folie naissante. Le film est à l’image de son personnage : dévitalisé et écoeuré par le temps. Un temps figé où tout est spectral : un passé comblé de souvenirs inatteignables et un présent carnassier. 

Bande Annonce – Spencer

Synopsis : Le mariage de la princesse Diana et du prince Charles s’est terni depuis longtemps. Bien que les rumeurs de liaisons et de divorce abondent, la paix est ordonnée pour les festivités de Noël au domaine de la reine à Sandringham. Il y a à manger et à boire, à tirer et à chasser. Diana connaît le jeu. Mais cette année, les choses seront bien différentes. Spencer est une illustration de ce qu’il aurait pu se passer pendant ces quelques jours fatidiques.

Fiche Technique – Spencer

Réalisateur : Pablo Larrain
Scénario : Steve Knight
Casting: Kirsten Stewart, Jack Farthing, Sean Harris, Timothy Spall…
Sociétés de distribution : Amazon Prime Video
Durée : 1h57
Genre: Drame
Date de ressortie :  17 septembre 2022

 

« Le Dernier Piano » : une première fausse note ?

0

Label Festival de Cannes 2020, Le Dernier Piano (Broken Keys en VO) est un premier film trop chargé. C’est un peu le Moyen-Orient vu à travers le regard de Douglas Sirk. La maîtrise académique en plus. Le naturel et l’effet de spontanéité en moins.

Synopsis du Dernier Piano : Karim (Tarek Yaacoub), un pianiste de talent, a l’opportunité unique de passer une audition à Vienne. La guerre et les restrictions imposées bouleversent ses projets et la survie devient un enjeu de tous les jours. Son piano constitue alors sa seule chance pour s’enfuir de cet enfer. Lorsque ce dernier est détruit par l’Etat Islamique, Karim n’a plus qu’une idée en tête, trouver les pièces pour réparer son instrument. Un long voyage commence pour retrouver sa liberté.

Un bel air

Certes, le premier long-métrage de Jimmy Keyrouz, jeune réalisateur libanais formé à l’Université de Columbia à New York, procède d’une belle intention. Celle de raconter une histoire actuelle avec émotion. Celle de conter l’histoire du Moyen-Orient à travers un regard engagé et amoureux. Oui, le film est agréable pour le regard, malgré la dureté du propos. La photographie notamment est très efficace, à mi-chemin entre la violence extérieure et la chaude résilience qui émane des personnages. Assurément, un bel air se dégage du film. Celui de ce monde qui s’écroule mais qui est reconstruit. Celui de cette souffrance qui résiste en musique.

Cependant, un autre air semble se dessiner. Celui du trop-plein. Tout semble trop réfléchi. Évidemment, le cinéma de fiction est, par définition, un cinéma écrit, choisi. Un cinéma conçu, voulu et exécuté selon les pensées d’un scénariste ou d’un réalisateur. Ce même cinéma de fiction est souvent peuplé de ces histoires inspirées de faits réels. Des histoires de toutes les régions du monde montrant une certaine réalité. Bien entendu, avec une vision, un point de vue. Mais jamais uniquement avec ce seul point de vue, qui plus est romancé.

Un trop bel air ?

Parce que Le Dernier piano est romancé. Extrêmement romancé. Si le noyau central du film, son sujet contemporain à la fois doux et violent, est percutant, Le Dernier Piano est une œuvre beaucoup trop misérabiliste. Une œuvre qui joue sur les codes du mélodrame à outrance. L’œuvre de Keyrouz manque cruellement de fluidité et de spontanéité et nous rappelle en permanence que nous sommes au cinéma.

Raconter une histoire, aussi triste soit-elle, et même dans un film assumant son aspect tragique, ne veut pas dire contrôler les émotions du spectateur à travers un pathos exagéré. Ainsi, la musique du Dernier Piano, composé par Gabriel Yared, est assez gênante. Non pas qu’elle ne soit pas mélodieuse. Mais la mélancolie des airs de Yared, doublée du symbolisme des images, devient rapidement étouffante. Finalement, elle ne semble être là que pour nous dire quand ressentir. Pire, quoi ressentir.

Voir un film, c’est faire face à des images qui parlent d’elles-mêmes. Des images imaginées et choisies certes mais qui offrent une émotion naturelle et personnelle, selon le spectateur. Des images nous offrant la possibilité de comprendre par nous-mêmes. Simplement.

Fiche technique – Le Dernier Piano

Réalisation : Jimmy Keyrouz
Scénario : Jimmy Keyrouz
Interprétation : Tarek Yaacoub (Karim)
Durée : 1h57
Genre : Drame
Date de sortie : 13 avril 2022
Pays : Liban

Matrix Resurrections : la déconstruction d’une trilogie

Matrix Resurrections est une initiative assez paradoxale, mais terriblement libératrice. D’un coté, il permet à Lana Wachowski d’ouvrir une nouvelle brèche cinématographie pour parler de son rapport au cinéma et à la trilogie qu’elle a créée. Ce nouvel opus est bizarrement autant une suite logique à la trilogie susnommée qu’à sa filmographie entière, de Bound à Sense8.

Une œuvre qui fait le pont entre plusieurs thématiques comme celle du libre arbitre, du lien intemporel ou celle de la transidentité. De l’autre, le film est un blockbuster vif, drôle, rempli d’idées visuelles et qui contient dans ses veines un amour infini pour ses personnages : un spectacle onirique, graphique, où l’action n’est jamais mise de coté. Qu’on se le dise, le sujet central est bien là : l’amour. L’amour est un tout, un talisman qui brille et qui permet à chacun et chacune de se libérer, de se comprendre voire de s’écrire. Nous y voyons l’amour d’une cinéaste pour ses personnages, puis l’amour entre les personnages qui fait se réunir les mondes. Certes, le film reprend de nombreuses figures emblématiques de la mythologie Matrix : les pilules rouges et bleues, l’illusion, la croyance, la matrice et la réalité, les combats, l’aliénation, l’humain et la machine sauf qu’à l’image de Morpheus et l’agent Smith, le reflet a quelque peu changé.

A l’image de toute la première séquence, qui reprend presque trait pour trait l’ouverture de Matrix, Lana Wachowski joue avec nos attentes en se demandant : qu’est ce qu’une suite surtout lorsqu’elle invoque une forte nostalgie ? En ce sens, ce qui marque premièrement le plus dans ce nouvel opus, c’est à quel point il est conscient de lui-même notamment dans sa première partie : un film qui s’autoréférence à outrance, sans que cela soit hors propos ni fallacieux. C’est même le contraire. Il ne fait que parler de l’aura qu’il a eu auprès d’une longue et large communauté, avec la toxicité que cela a pu amener. De manière sarcastique et ironique, le film s’interroge sur sa propre existence et les causes de sa naissance mais ne le fait jamais de manière gratuite. La réalisatrice arrive parfaitement à trouver l’équilibre entre son propos dénonciateur, l’avancée de son récit, et l’écriture nouvelle de ses personnages (Buggs).

Avec Matrix Resurrections, nous sommes plongés dans une nouvelle matrice, où Thomas Anderson a crée le jeu vidéo « Matrix » qui est devenu un carton planétaire et pendant ce temps là, « Trinity » a une vie de famille paisible, sans que les deux ne se connaissent de près ou de loin. Là où des films comme Spider-man : No Way Home se fourvoient dans une nostalgie factice, consensuelle et qui se servent des souvenirs comme de simples figurines qu’on sort une fois tous les 5 ans des cartons poussiéreux afin de faire rêver une fanbase déjà conquise à sa cause, Lana Wachowski prend alors le pari inverse. Pari ingrat mais qui à l’honnêteté de dévoiler une cinéaste prenant un recul nécessaire par rapport à sa création : avec cette volonté perpétuelle de la construction/déconstruction (la notion de l’Elu) comme l’avait fait dernièrement Ridley Scott avec Alien Covenant ou Rian Johnson avec Star Wars VIII : Les Derniers Jedi.

Cette velléité est celle de se questionner sur sa raison d’être et de pointer du doigt une communauté qui a enfermé sa trilogie dans une sphère qui la dépasse. Derrière ses quelques lignes, on pourrait rapidement penser que Matrix Resurrections ne soit qu’un simple film à thèse, peu subtil, et qui comme le faisait déjà Speed Racer, se veut être un pamphlet contre la société de consommation. Mais tout comme ce dernier, le cinéma est visible à chaque plan. C’est un plaisir de chaque minute. Après tout ce propos sur le monde du cinéma, sur la notion de suite et l’apogée hollywoodienne qui s’abat sur ce non renouvellement continuel et consumériste, Matrix Resurrections un « vrai film de cinéma ». L’expression est malvenue et inutile car il est difficile de différencier un vrai film avec un faux film, mais la réalisatrice s’efface petit à petit de l’écran et du texte, pour regarder ses personnages se mouvoir dans un nouvel environnement et nous faire ressentir un sentiment que les blockbusters actuels arrivent peu à toucher : l’émotion. Un simple rendez vous entre Néo et Trinity autour d’un café devient un moment de grâce.

L’aspect blockbuster « reprend ses droits » dans une deuxième partie à la structure plus attendue, avec cette conquête et cette recherche de l’être aimé mais qui arrive tout de même à nous faire retrouver la gloire d’antan visuelle, épique et inventive du cinéma d’action que peut fabriquer Lana Wachowski. Matrix Resurrections est un film hybride, une suite qui ne ravira pas tous les fans qui se sentiront visés ou insultés par une cinéaste qui ne souhaite qu’une seule chose : faire que ses personnages n’appartiennent à personne et soient libres de leurs propres destinées. 

Bande Annonce – Matrix Resurrections

Synopsis : MATRIX RESURRECTIONS nous replonge dans deux réalités parallèles – celle de notre quotidien et celle du monde qui s’y dissimule. Pour savoir avec certitude si sa réalité propre est une construction physique ou mentale, et pour véritablement se connaître lui-même, M. Anderson devra de nouveau suivre le lapin blanc. Et si Thomas… Neo… a bien appris quelque chose, c’est qu’une telle décision, quoique illusoire, est la seule manière de s’extraire de la Matrice – ou d’y entrer… Bien entendu, Neo sait déjà ce qui lui reste à faire. Ce qu’il ignore en revanche, c’est que la Matrice est plus puissante, plus sécurisée et plus redoutable que jamais. Comme un air de déjà vu…

Fiche Technique – Matrix Resurrections

Réalisation : Lana Wachowski
Scénario : Lana Wachowski, David Mitchell, Aleksandar Hemon
Casting : Keanu Reeves, Carrie Anne Moss, Jonathan Groff, Jessica Henwick…
Durée : 2h28 minutes
Genre: Drame/Action
Date de sortie : 22 décembre 2021 (Warner Bros France)

 

« Satanisme et écoresponsabilité » : l’enfer est pavé de bonnes intentions

0

Satanisme et écoresponsabilité voit le jour aux éditions Dupuis. Avec beaucoup d’ironie, Loïc Sécheresse y dépeint Satan en vigie écologiste.

Satanisme et écoresponsabilité fait l’économie de la grammaire habituelle des bandes dessinées : dépourvu de cases et de moments de contemplation, réduisant le dessin à ses esquisses, il repose en grande partie sur les détournements qu’opère le scénariste et dessinateur Loïc Sécheresse, qui érige Satan en vigie écologiste. En effet, si les comportements anti-environnementaux dévastent la Terre au point d’y menacer l’espèce humaine, comment ce dernier pourrait-il continuer à pervertir les hommes ? Cette interrogation délicieusement ironique sous-tend certes l’album, mais elle se voit enveloppée de réflexions plus vastes, dont la dimension sociale et philosophique n’apparaît qu’en seconde intention, puisque la succession des événements fait surtout le lit de l’humour.

Les deux premiers « procès » que Satan dispense à l’humanité concernent les trottinettes électriques, faussement éco-responsables, et les terrasses chauffées, vues comme une aberration antinomique (pourquoi sortir dans le froid si on aspire au confort d’une pièce chauffée ?). En quelques pages apparaît la substance de Satanisme et écoresponsabilité : le capitalisme et les besoins artificiels des hommes mettent en péril la perpétuation de nos modes de vie, lesquels s’inscrivent en inadéquation avec la pérennité des écosystèmes. Et ce ne sont certainement pas ces goélands devenus accros aux chips qui vous diront le contraire… Très vite, Satan, bizarrement assimilé à… un chaton, devient l’icône d’un mouvement écologique. On brûle les SUV, on verdit le black metal (plus d’enceintes électriques, mais des ukulélés), on édifie une Église chatonnique, on claironne partout que « l’énergie la plus propre est celle que l’on ne consomme pas »

Au-delà de la pertinence des constats qu’il pose, Loïc Sécheresse fait essentiellement mouche grâce à sa science de l’absurde. Qu’il s’agisse des clivages des Gilets jaunes sur l’environnement ou d’un ministre de l’Écologie dépeint en suppôt du Diable, Satanisme et écoresponsabilité ne cesse de produire de l’ironie en jet continu. On y verra par exemple un présentateur télévisé regretter l’absence de victimes (c’est moins sensationnaliste) et ensuite un intervenant déclarer avec hypocrisie qu’il profite de sa pause-déjeuner pour aller sauver des loups en montage à bord de son pick-up. L’organisation d’un grand sommet, au cours duquel Cthulhu finit par s’opposer à Satan, nourrit également, avec humour, une bonne part de l’album.

Il y a évidemment une certaine incongruité à entendre Satan chanter les louanges, du matin au soir, des oiseaux ou des fleurs, qui tendent à le relaxer. De la même manière, l’organisation d’une ZAD dans les marmites de l’enfer n’est pas sans un certain sens de l’absurde. Il en va ainsi de tout Satanisme et écoresponsabilité : Belzébuth, un brin jaloux, dispute à Satan la paternité d’un capitalisme mortifère ; et, par souci écologique, il se voit offrir en guise de remerciement… un bout de bois. Plus loin, c’est le toutologue Christophe Barbier, à peine caricaturé, qui décrit une grande surface comme un « si beau temple de la démocratie ». Les tsunamis et les réfugiés climatiques ne tarderont pas à poindre…

Par ses partis pris figuratifs ou l’absence de respirations, Loïc Sécheresse risque de laisser certains lecteurs sur le bord du chemin. Ce qui est certain en revanche, c’est qu’il pose un regard satirique sur un monde en voie de décrépitude. Finalement, cet album frappé au coin du non-sens entre en résonance avec nos comportements de consommateur rarement judicieux.

Satanisme et écoresponsabilité, Loïc Sécheresse
Dupuis, février 2022, 208 pages

Note des lecteurs0 Note
3